Littérature

La Divine Comédie

Commedia (later Divina Commedia)

v. 1308–1321 · Ravenne (écrite en exil)

En une phrase

La Divine Comédie est un très long poème italien dans lequel Dante s’imagine traverser l’Enfer, gravir la montagne du Purgatoire et s’élever jusqu’au Paradis.

La Divine Comédie
Image: Domenico di Michelino / After Alesso Baldovinetti · Public domain · Wikimedia Commons

Commencez en haut pour une introduction simple. Descendez pour découvrir plus de détails et de travaux de recherche.

  • Facile
  • Intermédiaire
  • Avancé

Pour les jeunes lecteurs

Il y a environ 700 ans, un homme appelé Dante vivait à Florence, en Italie. Il aimait la poésie et participait aussi à la vie politique de sa ville. Un jour, ses adversaires ont gagné. Dante a dû partir et n’a plus eu le droit de rentrer chez lui. Il a passé le reste de sa vie à voyager d’une ville à l’autre, loin de Florence.

Pendant qu’il vivait loin de chez lui, Dante a écrit un très long poème. Dans cette histoire, il s’imagine perdu dans une forêt sombre. Virgile, un poète célèbre qui a vécu longtemps avant lui, apparaît. Il lui dit de le suivre : il va lui montrer le chemin, mais le voyage sera long.

Ils descendent d’abord en Enfer. L’Enfer ressemble à un énorme entonnoir creusé dans la Terre, avec des cercles de plus en plus petits. Les personnes qui s’y trouvent ont commis de mauvaises actions. Leur punition rappelle ce qu’elles ont fait, un peu comme une devinette. Puis Dante et Virgile gravissent une grande montagne appelée le Purgatoire. Là, les gens apprennent à devenir meilleurs, marche après marche.

Tout en haut, Dante retrouve Béatrice, une femme qu’il aimait quand il était jeune. Elle le guide à travers le ciel de la Lune, celui du Soleil, ceux des planètes et celui des étoiles. Ils arrivent enfin dans un lieu rempli de lumière. À la fin du poème, Dante voit un amour si grand qu’il fait bouger le Soleil et toutes les autres étoiles.

Le poème s’appelle une « comédie » parce qu’il commence dans un lieu effrayant et se termine bien. Cela ne veut pas dire qu’il est drôle. Dante l’a écrit dans la langue que les gens parlaient chaque jour à Florence, plutôt qu’en latin. Son poème a aidé cette langue à devenir l’italien utilisé aujourd’hui.

En bref

Auteur
Dante Alighieri (1265–1321), poète et penseur florentin, homme politique exilé
Période de composition
Vers 1308–1321 (la date du début est discutée ; le Paradis a été achevé peu avant la mort de Dante)
Lieu de rédaction
Pendant son exil, surtout dans le nord de l’Italie (probablement en Lunigiane, à Vérone, puis à Ravenne), et non à Florence
Langue
Italien vernaculaire florentin (toscan), et non latin
Forme
Poème narratif de 100 chants en trois parties (Enfer, Purgatoire, Paradis), comprenant 14 233 vers en terza rima
Date fictive du voyage
La semaine de Pâques de l’an 1300
Première édition imprimée
Foligno, 11 avril 1472
Importance
Œuvre fondatrice de la littérature italienne et l’un des poèmes les plus influents de la littérature mondiale

Facile

Qu’est-ce que la Divine Comédie ?

La Divine Comédie est un long poème narratif écrit en italien par Dante Alighieri au début du XIVe siècle. Dante y raconte à la première personne un voyage imaginaire à travers les trois régions de l’au-delà telles que se les représentait la chrétienté latine du Moyen Âge : l’Enfer (Inferno), le Purgatoire (Purgatorio) et le Paradis (Paradiso).

Dante appelait simplement son poème la Commedia, c’est-à-dire la « comédie ». Dans la théorie littéraire médiévale, une comédie n’était pas nécessairement une histoire drôle : elle commençait dans le malheur et finissait dans la joie, avec un style relativement simple. Une tragédie suivait le chemin inverse. L’adjectif « divine » a été ajouté plus tard par des admirateurs : Giovanni Boccaccio qualifia le poème de « divin » dans les années 1350, et le titre complet Divina Commedia apparut pour la première fois sur une édition imprimée à Venise en 1555.

Le poème est immense : ses 100 chants (un chant est une partie d’un long poème comparable à un chapitre) comptent 14 233 vers. Pourtant, sa construction est très rigoureuse. Il met en scène de nombreuses personnes réelles, issues de l’histoire ou de l’époque de Dante, et rassemble des idées de théologie, de philosophie, d’astronomie et de politique. On peut le lire à la fois comme un récit d’aventures, une autobiographie spirituelle, une protestation politique et une encyclopédie du savoir médiéval.

[1][3]

Facile

L’histoire : d’une forêt sombre aux étoiles

Le poème s’ouvre sur ses vers les plus célèbres : au milieu du chemin de sa vie, Dante se retrouve perdu dans une forêt sombre, après s’être écarté du droit chemin. Trois bêtes — une panthère, un lion et une louve — lui barrent l’accès à une colline ensoleillée. L’ombre du poète romain Virgile apparaît alors. Virgile explique que Béatrice, une Florentine aimée de Dante et morte en 1290, a demandé depuis le Ciel qu’on vienne à son secours. Pour sortir de la forêt, il faut faire un long détour par l’au-delà.

Dans l’Enfer, Virgile conduit Dante à travers neuf cercles qui forment un immense entonnoir sous Jérusalem. Les cercles supérieurs accueillent ceux dont les péchés viennent d’un manque de maîtrise de soi, comme les amants Francesca et Paolo, emportés sans fin par une tempête. Plus bas se trouvent les violents, puis, tout au fond, les fraudeurs et les traîtres. Au fond gelé de l’Enfer, Lucifer est pris dans la glace et mâche les traîtres Judas, Brutus et Cassius. Les voyageurs descendent le long de son corps, traversent le centre de la Terre et ressortent de l’autre côté du monde.

Dans le Purgatoire, ils gravissent une montagne qui s’élève au milieu de l’océan, dans l’hémisphère Sud. Les âmes qui se sont repenties avant leur mort y sont purifiées de leurs fautes sur sept terrasses, chacune consacrée à l’un des sept péchés capitaux : l’orgueil, l’envie, la colère, la paresse, l’avarice, la gourmandise et la luxure. Contrairement à l’Enfer, le Purgatoire est plein d’espoir, de prières et de chants, et les âmes montent vers le sommet. Là se trouve le paradis terrestre, le jardin d’Éden. Béatrice y apparaît, Virgile disparaît discrètement, et Dante avoue ses fautes avant d’être purifié.

Dans le Paradis, Béatrice guide Dante à travers les neuf sphères célestes de l’astronomie médiévale : la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, les Étoiles fixes et le Premier Mobile, la sphère en mouvement la plus extérieure. Des saints et des philosophes expliquent des questions liées à la foi, au libre arbitre et à la justice. Enfin, au-delà de l’espace et du temps, dans l’Empyrée, Dante voit les bienheureux disposés comme une immense rose blanche. Guidé désormais par saint Bernard de Clairvaux, il entrevoit Dieu. Le poème s’achève quand sa volonté s’accorde avec « l’amour qui meut le Soleil et les autres étoiles ».

[4][5][6]

Facile

Qui était Dante ?

Dante Alighieri est né à Florence en 1265, dans une famille de petite noblesse. Jeune homme, il écrivit des poèmes d’amour et fréquenta un cercle de poètes dont il appela plus tard le style raffiné le « doux style nouveau » (dolce stil novo). Son premier livre, la Vita nuova (« Vie nouvelle », vers 1293–1295), raconte en prose et en vers son amour pour Béatrice, généralement identifiée à Béatrice Portinari, morte en 1290.

Dante participa aussi à la vie politique. Florence était divisée en factions et, en 1300, il exerça pendant deux mois la charge de prieur, l’une des plus hautes fonctions de la ville. En 1301–1302, une faction rivale soutenue par le pape Boniface VIII prit le pouvoir. Dante, alors absent de Florence, fut condamné en janvier 1302, puis menacé de mort s’il revenait. Il ne revit jamais sa ville.

Pendant son exil, Dante dépendit de protecteurs installés dans d’autres villes, notamment les seigneurs Della Scala à Vérone et, à la fin de sa vie, Guido Novello da Polenta à Ravenne. Durant ces années, il écrivit le Convivio, ouvrage philosophique ; le traité latin De vulgari eloquentia, sur la dignité de la langue vernaculaire ; le traité politique Monarchia ; et la Commedia. Il mourut à Ravenne en septembre 1321, peu après avoir achevé le Paradis. Il y est enterré, et non à Florence.

[2][3]

Intermédiaire

Contexte historique : l’Italie et le monde vers 1300

Vers 1300, la péninsule italienne ne formait pas un seul pays : elle réunissait des républiques urbaines, des seigneuries, le royaume de Naples et les États pontificaux. Florence était l’une des villes les plus riches d’Europe, un centre bancaire et commercial pour la laine et les étoffes. Son florin d’or circulait dans toute la Méditerranée. Sa vie politique était violente : à la longue lutte entre les guelfes, globalement favorables à la papauté, et les gibelins, globalement favorables à l’empereur, avait succédé une division des guelfes vainqueurs en Blancs et Noirs. Dante appartenait aux Blancs.

Cette politique imprègne le poème. Dante place des papes parmi les damnés, y compris Boniface VIII, encore vivant à l’époque du voyage fictif, grâce à une prophétie ingénieuse. Il dénonce l’avidité de Florence et souhaite qu’un empereur du Saint-Empire romain germanique apporte la paix à l’Italie. Quand l’empereur Henri VII arriva en Italie en 1310, Dante plaça précisément cet espoir en lui ; la mort d’Henri en 1313 y mit fin. En 1309, la papauté s’était installée à Avignon, en France, ce qui nourrissait aussi la colère de Dante contre la corruption de l’Église.

Sur le plan intellectuel, Dante vivait à l’apogée de la scolastique, une méthode de réflexion sur la théologie et la philosophie développée dans les universités. Les œuvres d’Aristote, dont beaucoup étaient parvenues à l’Europe latine aux XIIe et XIIIe siècles grâce à des traductions du grec et de l’arabe, ainsi que les commentaires de philosophes musulmans tels qu’Avicenne et Averroès, avaient été intégrés à la pensée chrétienne par des auteurs comme Albert le Grand et Thomas d’Aquin. Dante rend hommage à cet héritage partagé : dans les Limbes, premier cercle de l’Enfer où les non-chrétiens vertueux vivent sans supplice, il place Avicenne et Averroès aux côtés d’Aristote, de Platon et d’Euclide, ainsi que le sultan musulman Saladin.

Ailleurs dans le monde, le début du XIVe siècle vit les États issus de l’Empire mongol s’étendre à travers l’Eurasie, le sultanat mamelouk régner sur l’Égypte et la Syrie, l’Empire du Mali atteindre son apogée sous Mansa Moussa, dont le célèbre pèlerinage à La Mecque eut lieu en 1324–1325, et la dynastie Yuan gouverner la Chine. Dante connaissait peu ces régions lointaines, mais les échanges commerciaux et intellectuels entre la Méditerranée et le monde islamique ont contribué à façonner les savoirs présents dans son poème.

[3][2]

Intermédiaire

Forme et structure : une cathédrale de nombres

Dante a construit son poème avec une symétrie presque architecturale. Il comprend trois cantiche, ou grandes parties, de 33 chants chacune, auxquelles s’ajoute un chant d’introduction : 100 chants au total, un nombre que les lecteurs médiévaux considéraient comme parfait (10 × 10). Le nombre trois, qui évoque la Trinité chrétienne, se retrouve partout, y compris dans la forme des vers.

Cette forme, inventée par Dante, est la terza rima (« tierce rime »). Le poème est écrit en tercets, des strophes de trois vers généralement composés de onze syllabes chacun, appelés hendécasyllabes. Les rimes s’enchaînent selon le schéma ABA BCB CDC, et ainsi de suite : la rime du vers central de chaque tercet revient dans le tercet suivant. Cette chaîne entraîne constamment le lecteur vers l’avant, comme des pas au cours d’un voyage. Elle rendait aussi le texte plus difficile à modifier ou à compléter, puisqu’un vers changé risquait de rompre l’enchaînement.

Chacune des trois parties se termine par le même mot, stelle (« étoiles »), qui marque chaque étape du voyage comme un pas vers les cieux. La géographie morale est tout aussi organisée. La structure de l’Enfer s’inspire largement de l’éthique d’Aristote — manque de maîtrise de soi, violence, fraude — interprétée selon les catégories chrétiennes. Le Purgatoire suit les sept péchés capitaux, compris comme des formes d’amour désordonné. Le Paradis suit le cosmos de Ptolémée, dans lequel la Terre occupe le centre de sphères emboîtées. L’ordre moral, l’ordre physique et l’ordre du poème se reflètent les uns les autres.

[7][1]

Intermédiaire

Idées et thèmes principaux

La justice et le contrapasso. En Enfer, les châtiments correspondent aux péchés selon le principe du contrapasso (« peine en retour »), un terme employé dans le poème lui-même (Enfer, chant 28). Les luxurieux, qui se sont laissé emporter par la passion, sont sans cesse emportés par un tourbillon ; les devins, qui prétendaient voir trop loin devant eux, marchent la tête tournée vers l’arrière. Ces peines ne sont pas des cruautés arbitraires : elles rendent visible la nature même du péché.

L’amour et le libre arbitre. L’une des idées les plus profondes du poème est que toute action humaine naît de l’amour et que le péché est un amour mal orienté : il vise le mauvais objet, ou bien il est trop faible ou trop fort. Cette idée est expliquée au centre même du poème, dans les chants 17 et 18 du Purgatoire. Puisque les êtres humains disposent du libre arbitre, ils sont responsables de la direction qu’ils donnent à leur amour. Le voyage apprend à Dante à réorienter ses propres désirs, jusqu’à ce que sa volonté s’accorde avec l’amour divin.

La raison et la foi. Virgile, poète païen, représente ce que la raison humaine et la culture classique ont de meilleur. Il peut guider Dante à travers l’Enfer et jusqu’au sommet du Purgatoire. Mais il ne peut pas entrer au Paradis : Béatrice, associée à la grâce, à la révélation et à la théologie, prend alors le relais. Le poème honore ainsi profondément le savoir classique tout en affirmant ses limites, un équilibre qui fascine les lecteurs depuis des siècles.

L’individu dans l’histoire. À la différence de nombreux récits de visions antérieurs, la Comédie est peuplée de personnes nommées, dont beaucoup étaient connues de Dante ou de son entourage. Chacune parle d’une voix distincte. Le critique littéraire Erich Auerbach soutenait que Dante montre ses personnages dans la vérité décisive et éternelle de leur vie terrestre : l’au-delà lui permet ainsi de représenter les caractères humains avec une intensité sans précédent. La politique est également un thème majeur : Dante défend l’idée que l’Église et l’Empire doivent chacun rester dans leur propre domaine, idée développée dans sa Monarchia.

[3][9]

Intermédiaire

Pourquoi la langue du poème compte

À l’époque de Dante, les ouvrages savants d’Europe occidentale étaient rédigés en latin. Écrire une épopée théologique et philosophique en langue vernaculaire florentine, la langue parlée localement, revenait à affirmer avec audace que la langue de tous les jours pouvait exprimer les idées les plus élevées. Dante avait déjà défendu la dignité de la langue vernaculaire dans le De vulgari eloquentia, rédigé, paradoxalement, en latin pour s’adresser aux lettrés.

La Commedia mêle librement les registres : des mots grossiers et comiques dans les profondeurs de l’Enfer, une langue lyrique et tendre au Purgatoire, et des mots abstraits, parfois inventés, au Paradis. Dante y crée par exemple le verbe trasumanar (« dépasser la condition humaine ») pour décrire des expériences que la langue ordinaire ne peut exprimer.

Comme le poème fut très lu, copié et récité, sa langue florentine devint un modèle. Au XVIe siècle, des érudits comme Pietro Bembo promurent le toscan du XIVe siècle, surtout celui de Pétrarque et de Boccace, comme norme de l’italien littéraire, tandis que le vocabulaire de Dante entrait dans la langue courante. C’est pourquoi Dante est souvent appelé le « père de la langue italienne ». Cette formule simplifie l’histoire, mais reflète son influence réelle.

[1][2]

Intermédiaire

Manuscrits, imprimerie et éditions

Aucun manuscrit de la main de Dante ne nous est parvenu ; on ne connaît même pas une seule ligne écrite de sa main. Le poème a circulé sous forme de copies : environ 800 manuscrits des XIVe et XVe siècles ont survécu, ce qui en fait l’un des textes en langue vernaculaire les plus copiés du Moyen Âge européen. L’Enfer circulait apparemment avant l’achèvement du poème entier ; des notaires de Bologne en ont recopié des vers dans les années 1310.

Peu après la mort de Dante, des commentaires commencèrent à paraître, d’abord sous la plume de ses fils Jacopo et Pietro Alighieri, puis d’autres premiers lecteurs. En 1373–1374, Florence, la ville qui avait exilé Dante, chargea Boccace de donner des conférences publiques sur le poème : c’est un signe de la rapidité avec laquelle celui-ci était devenu un classique de la cité. Boccace copia aussi le poème plusieurs fois, et ses copies influencèrent la transmission ultérieure du texte.

La première édition imprimée parut à Foligno le 11 avril 1472. D’autres éditions suivirent rapidement à Venise et ailleurs, souvent accompagnées de commentaires, puis d’illustrations gravées sur bois. L’édition critique moderne de référence fut préparée par Giorgio Petrocchi et publiée en 1966–1967. Elle reconstitue le texte à partir des manuscrits copiés avant 1355 environ, l’antica vulgata (« ancienne version commune »). D’autres éditeurs ont ensuite proposé des méthodes différentes : la formulation exacte de certains vers reste donc discutée.

[1][8]

Intermédiaire

Influence et héritage

En Italie, la Commedia devint un fondement de la littérature, de l’enseignement et, plus tard, de l’identité nationale. Pendant le mouvement pour l’unification italienne au XIXe siècle, Dante fut célébré comme un prophète de la nation. Des artistes de la première Renaissance illustrèrent le poème, notamment Sandro Botticelli, auteur d’une série de dessins à la fin du XVe siècle.

L’influence du poème dépasse largement l’Italie. En anglais, Chaucer en adapta des passages. Au XIXe siècle, le poète Henry Wadsworth Longfellow publia une traduction américaine influente (1867), tandis que les illustrations de William Blake et de Gustave Doré façonnèrent la manière dont les générations suivantes imaginaient l’Enfer et le Paradis. La sculpture d’Auguste Rodin La Porte de l’Enfer, qui comprend la figure plus tard appelée Le Penseur, est née de sa lecture de l’Enfer. Au XXe siècle, T. S. Eliot, Samuel Beckett, Jorge Luis Borges, Primo Levi et beaucoup d’autres dialoguèrent avec l’œuvre de Dante. Le souvenir que Levi a laissé de sa récitation du chant d’Ulysse à Auschwitz est l’un des témoignages les plus émouvants de la force du poème.

Le poème a été traduit dans des dizaines de langues, notamment à plusieurs reprises en coréen, en japonais et en chinois. Il continue d’inspirer des romans, des films, de la musique, des bandes dessinées et des jeux vidéo. Des expressions courantes, comme qualifier un lieu terrible de « dantesque » ou parler des « cercles de l’Enfer », viennent de lui. Les lecteurs d’aujourd’hui examinent aussi certains passages d’un œil critique. Dans le chant 28 de l’Enfer, par exemple, Dante place le prophète Mahomet et Ali parmi les « semeurs de discorde » : de nombreux musulmans jugent ce passage profondément offensant, et les chercheurs l’étudient comme un produit de la polémique chrétienne médiévale sur le schisme.

[1][4]

Avancé

Débats entre spécialistes et questions ouvertes

La datation. Les chercheurs s’accordent généralement à dire que Dante écrivit le poème pendant son exil et acheva le Paradis peu avant sa mort en 1321. La date à laquelle il commença reste toutefois discutée. Beaucoup situent le début de la rédaction de l’Enfer vers 1306–1308 ; d’autres proposent une date plus ancienne, vers 1304. Boccace a transmis un récit selon lequel les sept premiers chants auraient été écrits avant l’exil, mais la plupart des chercheurs actuels y voient une légende. La date de « publication » de chaque partie, c’est-à-dire de sa mise en circulation pour être copiée, est elle aussi débattue ; l’Enfer circulait probablement vers 1314–1317.

La Lettre à Cangrande. Une lettre latine adressée à Cangrande della Scala, seigneur de Vérone, explique le titre du poème et propose quatre niveaux de lecture : littéral, allégorique, moral et anagogique, ce dernier terme désignant un sens spirituel ou mystique. Elle affirme que le sujet du poème est « l’état des âmes après la mort ». Depuis plus d’un siècle, les spécialistes débattent pour savoir si Dante a écrit cette lettre en entier, en partie ou pas du tout. La réponse détermine l’importance à accorder aux lectures allégoriques.

Allégorie, fiction et vérité. Les lecteurs ne s’accordent pas sur la manière dont le poème prétend dire la vérité. Charles Singleton a défendu une thèse influente : Dante adopterait l’« allégorie des théologiens » et présenterait son voyage comme littéralement réel dans l’univers du récit, à la manière des événements bibliques qui possèdent aussi un sens spirituel. La notion de figura proposée par Auerbach — des personnes et des événements réels en eux-mêmes, mais qui accomplissent aussi un dessein plus profond — s’en rapproche. Dans The Undivine Comedy (1992), Teodolinda Barolini a invité les lecteurs à examiner les procédés narratifs par lesquels Dante donne de l’autorité au monde qu’il invente, au lieu de prendre simplement la théologie du poème comme clé de lecture.

Les sources islamiques. En 1919, l’érudit espagnol Miguel Asín Palacios a soutenu que Dante avait été influencé par des récits islamiques du voyage nocturne et de l’ascension du prophète Mahomet (isrâ et mi‘râj). La découverte et la publication, en 1949, de versions latine et française du Livre de l’Échelle (Liber scale Machometi), récit du mi‘râj traduit dans la Castille du XIIIe siècle, ont montré que de tels textes circulaient dans la chrétienté latine. Il n’est toutefois pas prouvé que Dante ait connu directement ce livre. Les chercheurs restent partagés entre l’hypothèse d’une influence réelle et celle de développements parallèles au sein d’une tradition commune de récits de visions méditerranéens.

Philosophie et orthodoxie. Le degré d’« orthodoxie » de la pensée de Dante reste une question ouverte. Il place Siger de Brabant, aristotélicien controversé, parmi les sages du Paradis. Ses idées sur la séparation de l’Église et de l’Empire ont aussi suscité des débats : la Monarchia fut condamnée plus tard et inscrite à l’Index des livres interdits. Certains chercheurs soulignent donc l’indépendance de Dante par rapport à Thomas d’Aquin, tandis que d’autres mettent en avant le cadre largement thomiste de sa pensée. La Stanford Encyclopedia of Philosophy présente l’influence de l’averroïsme latin sur Dante comme un sujet de débat toujours actif.

[3][1][10][9]

Avancé

Sources primaires et remarques méthodologiques

Les principales sources directes pour étudier le poème sont les manuscrits, dont aucun n’est autographe ; les premiers commentaires, notamment ceux de Jacopo et Pietro Alighieri, de Graziolo Bambaglioli, de Jacopo della Lana, de l’Ottimo commento et de Benvenuto da Imola ; les documents relatifs à la vie de Dante, comme les condamnations prononcées à Florence en 1302 ; et les autres œuvres de Dante. Pour sa biographie, le Trattatello in laude di Dante de Boccace est une source ancienne, mais il mêle faits et légendes et doit être utilisé avec prudence.

La transmission du texte est dite « contaminée » : les copistes utilisaient plusieurs exemplaires et corrigeaient leurs copies à partir d’autres manuscrits. La méthode classique qui consiste à reconstituer un arbre généalogique des manuscrits ne fonctionne donc qu’imparfaitement. Le choix de Petrocchi de s’en tenir à l’antica vulgata répondait de façon pratique à ce problème. Les étudiants doivent savoir que la numérotation et la formulation des vers peuvent varier légèrement d’une édition à l’autre.

La tradition des commentaires est elle-même une source primaire pour l’étude de la réception du poème. Des ressources numériques comme le Dartmouth Dante Project, qui rassemble des commentaires rédigés au fil des siècles, permettent aux chercheurs de suivre l’interprétation de certains vers du XIVe siècle jusqu’à aujourd’hui. Enfin, lire le poème en traduction impose toujours des choix : la plupart des traducteurs doivent arbitrer entre la reproduction de la terza rima et la fidélité au sens littéral de Dante. C’est pourquoi il est utile de comparer plusieurs traductions ou de consulter une édition présentant l’italien en regard.

[8][2][1]

Idées clés

Le voyage comme conversion
Le voyage dans l’au-delà reflète la transformation intérieure de Dante, qui passe de la confusion et du péché à la clarté et à l’amour.
Contrapasso
Principe selon lequel chaque châtiment en Enfer reflète la nature du péché et le rend visible.
L’amour à l’origine des actions
Toute action humaine naît de l’amour ; le péché est un amour mal orienté, excessif ou insuffisant, tandis que la vertu est un amour bien ordonné.
La raison et la grâce
Virgile, qui représente la raison humaine et la culture classique, ne peut guider Dante que jusqu’à un certain point ; Béatrice, qui représente la grâce et la révélation, le conduit au Paradis.
L’ordre du cosmos
L’ordre moral, l’ordre physique et l’ordre du poème se reflètent grâce aux nombres, au cosmos de Ptolémée et à la structure des trois régions de l’au-delà.
La dignité de la langue vernaculaire
Dante a montré que l’italien parlé chaque jour pouvait exprimer les idées les plus élevées de la philosophie et de la théologie.
Le poète comme témoin et prophète
Dante se présente comme un homme envoyé pour raconter ce qu’il a vu, juger la corruption de son époque et appeler à un changement.

Notices

  1. 1265 — Dante Alighieri naît à Florence.
  2. 1290 — Mort de Béatrice, généralement identifiée à Béatrice Portinari.
  3. 1300 — Dante exerce la charge de prieur à Florence ; le voyage fictif du poème se déroule pendant la semaine de Pâques de cette année-là.
  4. 1302 — Dante est condamné et exilé de Florence ; il n’y revient jamais.
  5. v. 1308 — Période probable à laquelle Dante commence à écrire la Commedia (la date du début est discutée).
  6. v. 1314 — L’Enfer circule probablement déjà ; des vers en sont copiés à Bologne en 1317.
  7. 1321 — Dante achève le Paradis et meurt à Ravenne en septembre.
  8. 1373 — Boccace commence à donner des conférences publiques sur le poème à Florence.
  9. 1472 — Première édition imprimée, à Foligno.
  10. 1555 — Une édition vénitienne utilise pour la première fois le titre « Divina Commedia ».
  11. 1867 — La traduction anglaise de Longfellow est publiée aux États-Unis.
  12. 1966 — L’édition critique de Giorgio Petrocchi commence à paraître (1966–1967).

Glossaire

Chant
Grande partie d’un long poème, comparable à un chapitre. La Comédie en compte 100.
Cantica (pluriel cantiche)
Chacune des trois grandes parties du poème : l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis.
Terza rima
Forme de rimes employée par Dante, qui relie des strophes de trois vers selon le schéma ABA BCB CDC, et ainsi de suite.
Hendécasyllabe
Vers de onze syllabes courant dans la poésie italienne.
Limbes
Premier cercle de l’Enfer, où les personnes vertueuses qui n’ont pas été baptisées vivent sans supplice, mais sans voir Dieu.
Purgatoire
Dans l’enseignement du christianisme latin, état dans lequel les âmes sauvées sont purifiées avant d’entrer au Paradis ; Dante le représente comme une montagne.
Empyrée
Ciel le plus élevé, au-delà des sphères physiques, où demeurent Dieu et les bienheureux.
Guelfes et gibelins
Factions politiques rivales de l’Italie médiévale, globalement liées, respectivement, à la papauté et à l’empereur du Saint-Empire romain germanique.
Scolastique
Méthode des penseurs des universités médiévales, qui utilisaient la logique et la philosophie d’Aristote pour étudier la théologie.
Langue vernaculaire
Langue parlée chaque jour dans une région, par opposition à une langue savante comme le latin.

Questions et réponses

Pourquoi parle-t-on d’une « comédie » si le poème n’est pas drôle ?

À l’époque de Dante, une comédie était une histoire qui commençait mal et se terminait bien, racontée dans un style proche de la langue courante. La Commedia commence dans une forêt sombre, puis en Enfer, et se termine au Paradis.

La Divine Comédie raconte-t-elle une histoire vraie ?

Non. C’est une œuvre d’imagination, même si Dante la présente comme une vision réelle et y fait apparaître des personnes et des événements historiques. Le voyage se déroule en 1300 dans le récit, mais Dante l’a écrit des années plus tard.

Combien l’Enfer compte-t-il de cercles ?

Neuf. Les cercles supérieurs punissent des péchés liés au manque de maîtrise de soi, comme l’avidité ou la colère ; plus bas viennent la violence, puis la fraude et la trahison. Lucifer se trouve tout au fond.

Qui était Béatrice ?

Une Florentine que Dante aimait depuis sa jeunesse, généralement identifiée à Béatrice Portinari, morte en 1290. Dans le poème, elle devient un guide venu du Ciel et un symbole de la grâce et de la sagesse divine.

Quelle traduction lire ?

Il n’existe pas une seule meilleure traduction. Les traductions en vers conservent davantage la musique du poème ; celles en prose ou vers par vers restent plus proches du sens. Beaucoup de lecteurs choisissent une édition avec le texte italien en regard et des notes.

Dante s’est-il inspiré de sources islamiques ?

C’est possible, mais ce n’est pas prouvé. Une version latine d’un récit islamique de l’ascension céleste, le Livre de l’Échelle, circulait au siècle de Dante. Les chercheurs ne s’accordent pas sur la question de savoir s’il l’a connue.

Pourquoi Dante a-t-il placé de vraies personnes, même des papes, en Enfer ?

Pour porter des jugements moraux et politiques sur son époque. En plaçant ses contemporains dans l’au-delà, il pouvait dénoncer la corruption, honorer des amis et des maîtres, et montrer que les choix de chacun ont un sens éternel.

Sources et lectures complémentaires

  1. Divine Comedy. Wikipedia
  2. Dante Alighieri. Wikipedia
  3. Dante Alighieri. Stanford Encyclopedia of Philosophy
  4. Inferno (Dante). Wikipedia
  5. Purgatorio. Wikipedia
  6. Paradiso (Dante). Wikipedia
  7. Terza rima. Wikipedia
  8. Dartmouth Dante Project. Dartmouth College
  9. Erich Auerbach, Mimesis: The Representation of Reality in Western Literature. Princeton University Press, 1953
  10. Teodolinda Barolini, The Undivine Comedy: Detheologizing Dante. Princeton University Press, 1992

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

← Retour à la carte