Littérature

Virgile

Publius Vergilius Maro

70–19 av. J.-C. · Naples

En une phrase

Virgile était un poète romain du Ier siècle av. J.-C. Il a écrit l’Énéide, un long poème sur le héros troyen Énée et les origines de Rome, devenu le poème le plus célèbre de la langue latine.

Virgile
Image: Armando Mancini · Public domain · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Virgile est né il y a plus de deux mille ans, dans une ferme près de Mantoue, dans le nord de l’Italie. C’était un garçon calme et timide qui aimait les livres. Devenu poète, il était, dit-on, si timide qu’il se cachait dans la maison la plus proche quand des admirateurs le reconnaissaient dans la rue.

Il vivait à une époque effrayante. Rome connaissait des guerres civiles : les habitants d’un même pays se battaient entre eux. Des soldats prenaient même des fermes à des familles pour les donner à d’anciens combattants. Puis un chef, Octavien, a gagné les guerres et est devenu le premier empereur romain, sous le nom d’Auguste. Virgile espérait que la paix durerait, mais il n’a jamais oublié les souffrances causées par les guerres.

Virgile a écrit trois grandes œuvres. La première rassemble de courts poèmes sur des bergers qui chantent à la campagne. La deuxième est un long poème sur l’agriculture : labourer les champs, cultiver la vigne, soigner les vaches et élever les abeilles. La troisième est son œuvre la plus célèbre, l’Énéide.

L’Énéide raconte l’histoire d’Énée, un prince qui s’échappe de Troie quand les Grecs incendient la ville. Il porte son vieux père sur son dos et tient son petit garçon par la main. Après de nombreuses aventures en mer, une triste histoire d’amour avec Didon, reine de Carthage, et un voyage au royaume des morts, il arrive en Italie et y fait la guerre. Les Romains croyaient que ses descendants avaient fondé Rome.

Virgile a travaillé onze ans sur l’Énéide. Il est mort avant d’avoir pu la terminer comme il le souhaitait. Il a demandé qu’on la brûle, mais l’empereur a refusé. Heureusement pour nous ! Pendant deux mille ans, des enfants d’Europe ont appris le latin en la lisant, et des poètes, de Dante aux écrivains d’aujourd’hui, l’ont admirée.

En bref

Dates
15 octobre 70 av. J.-C. – 21 septembre 19 av. J.-C.
Naissance
Andes, village près de Mantoue en Gaule cisalpine (nord de l’Italie)
Mort
Brundisium (Brindisi), au retour de Grèce ; inhumé près de Naples
Langue
Latin ; toutes ses grandes œuvres sont écrites en hexamètres dactyliques
Œuvres majeures
Bucoliques (v. 42–38 av. J.-C.), Géorgiques (v. 37–29 av. J.-C.), Énéide (29–19 av. J.-C., inachevée à sa mort)
Protecteurs
Caius Mécène et l’empereur Auguste
Nom
Publius Vergilius Maro ; appelé « Virgile » en français
Importance
Figure centrale de la poésie latine et modèle de l’épopée européenne depuis Dante et Milton

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Qui était Virgile ?

Publius Vergilius Maro, appelé Virgile en français, était un poète romain de la fin de la République et des premières années de l’Empire romain. Trois de ses œuvres nous sont parvenues intégralement : les Bucoliques, dix courts poèmes sur des bergers ; les Géorgiques, un poème en quatre livres sur l’agriculture ; et l’Énéide, une épopée en douze livres sur le héros troyen Énée, dont le voyage mène aux origines du peuple romain.

De son vivant, Virgile était déjà reconnu comme le plus grand poète de Rome. Ses œuvres ont presque aussitôt été enseignées dans les écoles, citées dans des graffitis sur les murs de Pompéi et copiées avec plus de soin que celles de tout autre poète latin. Pour les Européens des siècles suivants, il était tout simplement « le Poète », l’auteur que toute personne instruite connaissait.

La poésie de Virgile est célèbre pour sa beauté sonore, sa capacité à exprimer beaucoup en peu de mots et, surtout, sa sensibilité à la souffrance humaine. Un vers de l’Énéide, sunt lacrimae rerum, « les choses aussi ont leurs larmes », est devenu une formule qui évoque la tristesse présente dans l’histoire.

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Facile

La vie de Virgile : de Mantoue à Naples

Virgile est né le 15 octobre 70 av. J.-C. à Andes, un village proche de Mantoue, dans la vallée du Pô. Cette région, appelée Gaule cisalpine (« Gaule en deçà des Alpes »), n’a obtenu pleinement la citoyenneté romaine qu’en 49 av. J.-C., pendant la jeunesse de Virgile. Sa famille semble avoir possédé une ferme. Selon les biographies antiques, son père était potier ou ouvrier agricole ; il aurait épousé la fille de son employeur, Magia Polla, puis amélioré sa situation grâce à l’apiculture et à l’achat de bois. Ces détails pourraient toutefois avoir été inventés plus tard.

Virgile a étudié à Crémone et à Milan, puis à Rome, où il a appris la rhétorique, l’art de parler en public, qui préparait les jeunes hommes au droit et à la politique. D’après son biographe, il n’a plaidé qu’une seule fois et s’est montré si lent et maladroit qu’il a abandonné cette voie. Il s’est alors tourné vers la philosophie, en rejoignant près de Naples le cercle de Siron, un maître épicurien, ainsi que vers la poésie.

Une biographie antique le décrit comme un homme grand, au teint sombre, d’allure campagnarde, souvent en mauvaise santé et si réservé qu’à Naples on le surnommait Parthenias, « la jeune fille ». Il ne s’est jamais marié. Il a passé la majeure partie de sa vie adulte en Campanie, autour de Naples, plutôt qu’à Rome.

En 19 av. J.-C., alors que l’Énéide était presque achevée, Virgile est parti pour la Grèce avec l’intention d’y consacrer trois ans à la révision du poème. À Athènes, il a rencontré Auguste, qui l’a convaincu de rentrer en Italie. Sur le chemin du retour, il est tombé malade, atteint d’une fièvre à Mégare. Il est mort à Brundisium le 21 septembre 19 av. J.-C., à 50 ans. Sa dépouille a été transportée à Naples. On y montre encore un tombeau présenté comme le sien, sans certitude qu’il s’agisse du véritable tombeau.

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Facile

Grandir à l’époque des guerres civiles

Virgile a vécu les dernières décennies, marquées par la violence, de la République romaine. Dans sa jeunesse, Jules César a franchi le Rubicon (49 av. J.-C.) et combattu Pompée. En 44 av. J.-C., César a été assassiné. Son héritier Octavien s’est ensuite allié à Marc Antoine et à Lépide pour vaincre les assassins de César à Philippes en 42 av. J.-C. Il a finalement combattu Antoine et Cléopâtre, qu’il a vaincus à Actium en 31 av. J.-C. En 27 av. J.-C., le Sénat lui a donné le nom d’Auguste. Le monde romain est alors entré dans une longue période de pouvoir personnel présentée comme une « restauration » de la République.

Ces guerres ont directement touché les familles ordinaires. Après Philippes, des terres ont été confisquées dans de nombreuses régions d’Italie, notamment autour de Mantoue et de Crémone, puis attribuées à d’anciens soldats. Selon les biographes antiques, la ferme de Virgile lui-même aurait été saisie puis rendue grâce à l’aide d’amis influents. Les chercheurs actuels considèrent toutefois ce récit avec prudence, car il pourrait avoir été reconstruit à partir de ses poèmes.

Vers 38 av. J.-C., Virgile est entré dans le cercle de Caius Mécène, proche conseiller d’Octavien et grand protecteur des écrivains. Il y fréquentait le poète Horace, que Virgile et son ami Varius avaient présenté à Mécène. Horace appelait Virgile « la moitié de mon âme ». Par Mécène, Virgile s’est rapproché d’Octavien lui-même. Cette proximité a orienté sa carrière et nourrit depuis lors les débats sur sa poésie.

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Intermédiaire

Les Bucoliques : bergers, chants et politique

Les Bucoliques, également appelées Églogues, sont dix poèmes publiés vers 39–38 av. J.-C. et constituent la première grande œuvre de Virgile. Elles prennent pour modèle les Idylles du poète grec Théocrite (IIIe siècle av. J.-C.), consacrées notamment à des bergers siciliens rivalisant par leurs chants. Les bergers de Virgile chantent eux aussi l’amour et la perte, mais l’histoire vient troubler leur monde.

La première églogue s’ouvre sur une rencontre entre deux bergers. Mélibée a été chassé de sa terre et doit partir en exil ; Tityre a pu garder sa ferme grâce à un « jeune homme » de Rome, généralement identifié à Octavien. Le poème oppose la paix de la campagne à la violence des confiscations de terres, et de nombreux lecteurs y ont entendu un écho de l’expérience de Virgile.

La quatrième églogue, adressée au consul Asinius Pollion en 40 av. J.-C., annonce la naissance d’un enfant sous lequel reviendra un âge d’or. Les chercheurs débattent de son identité : un enfant de Pollion, d’Antoine et d’Octavie, ou aucun enfant précis. Plus tard, des chrétiens, dont l’empereur Constantin, ont lu ce poème comme une prophétie annonçant le Christ. Cette interprétation a contribué à faire de Virgile un auteur accepté, et même honoré, dans l’Occident chrétien du Moyen Âge.

Dans ces poèmes, Virgile a donné forme à l’Arcadie, un pays pastoral imaginaire devenu, dans l’art et la littérature d’Europe, une image durable de l’innocence perdue. Le dernier poème se termine par la célèbre formule omnia vincit Amor, « l’amour triomphe de tout ».

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Intermédiaire

Les Géorgiques : la poésie du travail

Les Géorgiques, composées en sept ans environ et achevées vers 29 av. J.-C., sont dédiées à Mécène. Il s’agit d’un poème didactique, c’est-à-dire destiné à enseigner, divisé en quatre livres : le premier traite des cultures et du temps qu’il fait, le deuxième des arbres et de la vigne, le troisième des bovins, des chevaux et des autres animaux d’élevage, et le quatrième des abeilles. Virgile s’inspire notamment des Travaux et les Jours du poète grec Hésiode et du poème philosophique De la nature du poète romain Lucrèce.

Malgré l’abondance de détails pratiques, les Géorgiques ne sont pas un manuel agricole. Elles proposent une réflexion sur le travail humain, la nature et la fragilité de l’ordre. Virgile écrit que « le travail acharné a triomphé de tout » (labor omnia vicit improbus), mais les tempêtes, les épidémies et la guerre menacent sans cesse les efforts du cultivateur. La fin du premier livre décrit une Italie déchirée par la guerre civile, où « les faucilles recourbées sont forgées en épées ».

Le quatrième livre contient l’un des plus beaux récits de Virgile : l’apiculteur Aristée perd ses abeilles et apprend qu’il a causé la mort d’Eurydice, épouse du chanteur Orphée. Orphée descend aux Enfers pour la ramener, mais il se retourne trop tôt et la perd pour toujours. Selon une biographie antique, Virgile a lu les Géorgiques achevées à Octavien pendant quatre jours, en 29 av. J.-C., et Mécène prenait le relais lorsque la voix du poète se fatiguait.

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Intermédiaire

L’Énéide : récit et structure

L’Énéide, composée de 29 av. J.-C. jusqu’à la mort de Virgile en 19 av. J.-C., est une épopée de 12 livres et de 9 896 vers en hexamètres dactyliques, le mètre d’Homère. Elle commence par arma virumque cano, « Je chante les armes et l’homme ». Sa première moitié (livres 1 à 6) rappelle l’Odyssée d’Homère, récit d’errance ; sa seconde moitié (livres 7 à 12) rappelle l’Iliade, récit de guerre.

Au livre 1, une tempête envoyée par la déesse Junon, ennemie des Troyens, pousse la flotte d’Énée jusqu’à Carthage, en Afrique du Nord, où la reine Didon accueille les voyageurs. Aux livres 2 et 3, Énée lui raconte la chute de Troie et ses années d’errance. Au livre 4, Didon et Énée tombent amoureux, mais le dieu Mercure rappelle à Énée que son destin l’attend en Italie. Énée part ; abandonnée, Didon se donne la mort en maudissant ses descendants. Le récit offre ainsi une origine mythique aux guerres entre Rome et Carthage.

Le livre 6 est au centre du poème. Guidé par la sibylle de Cumes, Énée visite les Enfers, où l’âme de son père Anchise lui montre celles des futurs Romains, des rois jusqu’à Auguste. Anchise lui annonce que les arts de Rome seront d’« épargner les vaincus et d’abattre les orgueilleux ». Aux livres 7 à 12, les Troyens débarquent dans le Latium et une guerre acharnée éclate contre les peuples italiens menés par Turnus. Pallas, jeune allié d’Énée, est tué par Turnus. Le poème s’achève brusquement : vaincu, Turnus implore la pitié d’Énée. Énée hésite, puis voit le baudrier que Turnus a pris à Pallas et le tue dans un accès de colère.

Le poème est resté inachevé. Environ 58 vers sont incomplets, et Virgile prévoyait encore de le réviser. Selon une biographie antique, il a demandé que le manuscrit soit brûlé, mais Auguste a ordonné à ses exécuteurs littéraires, Lucius Varius Rufus et Plotius Tucca, de le publier sans rien y ajouter.

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Intermédiaire

Grandes idées : devoir, destin, empire et coût de l’histoire

La pietas. Énée est appelé pius, « respectueux de ses devoirs », plus souvent que par toute autre épithète. La pietas romaine désignait la fidélité aux dieux, à la famille et à la patrie. L’image d’Énée portant son père Anchise hors de Troie en flammes tout en guidant son fils Ascagne est devenue un symbole de cet idéal. Mais la pietas exige aussi des sacrifices : Énée doit quitter Didon et renoncer à ses propres désirs pour suivre son destin.

Le destin et les dieux. L’Énéide est portée par le fatum, le destin annoncé par Jupiter : Énée atteindra l’Italie et ses descendants fonderont Rome. Junon ne peut l’empêcher, mais elle peut le retarder et provoquer de grandes souffrances. Le vers « tant il en coûta de fonder le peuple romain » (tantae molis erat Romanam condere gentem) résume le prix de ce destin.

L’empire et Auguste. Le poème célèbre la mission de Rome et Auguste, présenté comme un descendant d’Iule, fils d’Énée, et comme le souverain qui ramènera un âge d’or. La victoire d’Auguste à Actium figure sur le bouclier d’Énée au livre 8. En même temps, le poème témoigne d’une profonde compassion pour les victimes et les ennemis de Rome : Didon, Turnus, les jeunes guerriers Nisus et Euryale, la guerrière Camille, et les nombreux parents qui pleurent leurs enfants.

La souffrance et la compassion. Le ton le plus caractéristique de Virgile est la mélancolie. Les héros pleurent ; les victoires s’accompagnent de pertes ; la gloire future de Rome se paie de vies humaines. Cette double vision, faite de fierté pour Rome et de tristesse devant son coût, rend le poème si actuel et si ouvert à différentes interprétations.

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Intermédiaire

L’influence de Virgile : de l’école romaine à la littérature mondiale

Les Romains ont immédiatement considéré Virgile comme un auteur classique. Avant même la publication de l’Énéide, le poète Properce annonçait que « quelque chose de plus grand que l’Iliade est en train de naître ». Dans tout l’Empire, les écoliers copiaient ses vers. Des érudits ont rédigé des commentaires sur son œuvre, surtout Servius à la fin du IVe siècle : son commentaire conserve un vaste savoir antique. Certains consultaient même les vers de Virgile comme un oracle, en ouvrant le livre au hasard, pratique appelée sortes Vergilianae.

Les écrivains chrétiens entretenaient avec lui une relation complexe. Augustin a avoué que, dans son enfance, il avait pleuré pour Didon tout en négligeant sa propre vie spirituelle. L’interprétation messianique de la quatrième églogue faisait presque de Virgile un prophète païen. Dans les légendes médiévales, particulièrement autour de Naples, il est devenu un magicien qui construisait des merveilles et protégeait la ville.

Dante a choisi Virgile pour le guider à travers l’Enfer et le Purgatoire dans la Divine Comédie (début du XIVe siècle), et l’appelait son maître et son auteur. Les poètes épiques de la Renaissance et du début de l’époque moderne, dont l’Arioste, le Tasse, Camões et Milton, se sont mesurés à l’Énéide. La traduction anglaise de John Dryden (1697) a marqué la poésie anglaise. Au XXe siècle, T. S. Eliot a vu en Virgile le classique de toute l’Europe, et Hermann Broch a écrit le roman La Mort de Virgile (1945).

Virgile occupe aussi une place dans l’histoire politique. L’Énéide a fourni un modèle aux États qui souhaitaient raconter une mission divine et un destin impérial. Les lecteurs actuels, des écrivains postcoloniaux aux spécialistes de l’Antiquité, y voient souvent à la fois un texte fondateur de l’empire et une réflexion critique sur son coût humain.

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Avancé

Les biographies antiques de Virgile sont-elles fiables ?

Presque tout ce que nous savons de la vie de Virgile provient de la Vita Donatiana, biographie placée par le grammairien du IVe siècle Aelius Donat en introduction à son commentaire. On pense généralement qu’elle reprend largement un ouvrage perdu de Suétone, Des poètes (début du IIe siècle apr. J.-C.). D’autres courtes biographies accompagnent les commentaires de Servius et de « Probus », et il existe aussi des développements médiévaux.

Ces sources contiennent des renseignements précieux, mais aussi de nombreuses anecdotes. Les biographes antiques construisaient souvent une vie à partir des œuvres mêmes du poète, en voyant par exemple Virgile dans les bergers des Bucoliques. Le récit de la confiscation puis de la restitution de sa ferme, les métiers attribués à ses parents et certaines anecdotes sur sa timidité pourraient relever de ce type de reconstruction. Les chercheurs actuels retiennent les grandes lignes de sa vie, ses dates de naissance et de mort, sa formation, ses protecteurs et les circonstances de la publication de l’Énéide, tout en traitant de nombreux détails avec prudence.

La célèbre épitaphe que, selon sa biographie, Virgile aurait composée pour lui-même illustre ce mélange : Mantua me genuit, Calabri rapuere, tenet nunc / Parthenope; cecini pascua, rura, duces, « Mantoue m’a donné le jour, les Calabres m’ont emporté, Naples me garde maintenant ; j’ai chanté les pâturages, les champs et les chefs. » Elle résume si bien sa vie et ses trois œuvres que certains chercheurs soupçonnent une autre personne de l’avoir écrite.

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Avancé

Débats savants : optimisme, pessimisme et « deux voix »

Le principal débat actuel sur l’Énéide porte sur son attitude envers Auguste et l’empire. Pendant une grande partie de son histoire, le poème a été lu comme une célébration de Rome et du nouvel ordre augustéen, avec Énée pour modèle de souverain fidèle à ses devoirs. Au milieu du XXe siècle, un groupe de chercheurs américains parfois appelé « école de Harvard », dont Adam Parry, Wendell Clausen et Michael Putnam, a plutôt souligné les aspects sombres du poème. Dans son article « The Two Voices of Virgil’s Aeneid » (1963), Parry soutenait qu’une voix intime de tristesse et de perte accompagne la voix publique du triomphe.

La fin du poème est au cœur du débat. Certains critiques voient dans la mise à mort de Turnus par Énée un acte juste et nécessaire, une marque de pietas envers Pallas, qui est mort. D’autres y voient une violation de l’idéal énoncé par Anchise, « épargner les vaincus » : le poème se terminerait alors dans la rage plutôt que dans la réconciliation. Un autre débat concerne les portes du Sommeil à la fin du livre 6 : Énée quitte les Enfers par la porte d’ivoire, celle des songes trompeurs. Certains ont interprété ce détail comme une remise en cause de la prophétie annonçant la gloire de Rome.

De nombreux chercheurs rejettent aujourd’hui un simple choix entre lectures « optimistes » et « pessimistes ». Selon eux, le poème maintient les deux visions en tension, son ambiguïté reflète la complexité réelle de la vie sous Auguste, ou ces catégories sont elles-mêmes des projections modernes. Richard F. Thomas a montré combien l’histoire des interprétations de Virgile a été marquée par les convictions politiques des lecteurs de chaque époque, notamment sous les régimes autoritaires du XXe siècle.

D’autres questions continuent d’être étudiées : les rapports de Virgile avec ses modèles grecs (Homère, Apollonios de Rhodes, Théocrite et Hésiode) et ses prédécesseurs latins (Ennius, Lucrèce et Catulle) ; le degré d’inachèvement du poème ; et l’authenticité de l’Appendix Vergiliana, recueil de petits poèmes attribués à Virgile dans l’Antiquité, dont la plupart sont considérés comme non authentiques par les chercheurs actuels.

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Avancé

Le texte : manuscrits et transmission

Virgile est le poète latin de l’Antiquité dont l’œuvre a été le mieux conservée. Plusieurs manuscrits de l’Antiquité tardive elle-même (du IVe au VIe siècle apr. J.-C.) subsistent, ce qui est exceptionnel. Parmi eux figurent le Vergilius Vaticanus et le Vergilius Romanus, tous deux illustrés de peintures et aujourd’hui conservés à la Bibliothèque vaticane, le Mediceus à Florence, le Palatinus et des fragments du Vergilius Augusteus. Des milliers de manuscrits médiévaux leur succèdent.

Les mots de Virgile ont également survécu dans des citations de grammairiens antiques, dans le commentaire de Servius, sur des papyrus d’Égypte, dans des exercices scolaires et dans des graffitis de Pompéi, détruite en 79 apr. J.-C. Ces témoignages indépendants permettent aux éditeurs de comparer le texte des manuscrits avec des traces beaucoup plus anciennes.

Pendant de nombreuses décennies, l’édition critique de référence dans les études anglophones a été celle de R. A. B. Mynors dans la collection Oxford Classical Texts (1969) ; des éditions plus récentes ont affiné l’examen des témoignages. Comme l’Énéide a été publiée après la mort de Virgile, les éditeurs cherchent aussi à déterminer quels traits du texte, notamment les vers incomplets, correspondent à ses intentions et lesquels résultent de l’état inachevé de l’œuvre. La biographie antique affirme que Varius et Tucca n’y ont rien ajouté.

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Idées clés

Pietas
Fidélité aux dieux, à la famille et à la patrie ; vertu essentielle du « pieux Énée » et valeur fondamentale pour les Romains.
Fatum (destin)
Destin fixé par Jupiter : Énée atteindra l’Italie et ses descendants fonderont Rome. Les dieux peuvent le retarder, mais pas le changer.
Mission impériale
Prophétie d’Anchise selon laquelle Rome doit gouverner, épargner les vaincus et abattre les orgueilleux, en lien avec le nouvel ordre d’Auguste.
Coût de l’histoire
La compassion de Virgile pour les victimes — Didon, Turnus et les jeunes morts au combat — révèle les souffrances qui se cachent derrière la gloire de Rome.
Poésie pastorale (Arcadie)
Campagne idéalisée des bergers dans les Bucoliques, devenue une image durable de la paix et de l’innocence perdue.
Travail et nature
Les Géorgiques présentent le travail agricole comme héroïque, mais toujours menacé par le temps, les maladies et la guerre.
Imitation et rivalité
Virgile a retravaillé Homère, Théocrite et Hésiode pour créer des œuvres romaines équivalentes, faisant de l’imitation créatrice une méthode littéraire majeure.

Notices

  1. 70 av. J.-C. — Virgile naît le 15 octobre près de Mantoue (70 av. J.-C.).
  2. 49 av. J.-C. — Jules César accorde la citoyenneté romaine aux habitants du nord du Pô, dont ceux de la région natale de Virgile (49 av. J.-C.).
  3. 44 av. J.-C. — Jules César est assassiné (44 av. J.-C.).
  4. 42 av. J.-C. — Bataille de Philippes ; des confiscations de terres au profit d’anciens soldats suivent dans le nord de l’Italie (42 av. J.-C.).
  5. v. 39 av. J.-C. — Les Bucoliques sont publiées ; Virgile entre dans le cercle de Mécène (v. 39–38 av. J.-C.).
  6. 31 av. J.-C. — Octavien bat Antoine et Cléopâtre à Actium (31 av. J.-C.).
  7. 29 av. J.-C. — Virgile achève les Géorgiques et les lit à Octavien ; il commence l’Énéide (29 av. J.-C.).
  8. 27 av. J.-C. — Octavien reçoit le nom d’Auguste (27 av. J.-C.).
  9. 19 av. J.-C. — Virgile meurt à Brundisium le 21 septembre (19 av. J.-C.) ; l’Énéide est publiée peu après par Varius et Tucca.
  10. v. 400 apr. J.-C. — Servius rédige son commentaire ; le manuscrit illustré Vergilius Vaticanus est réalisé vers cette époque.
  11. v. 1308 — Dante commence la Divine Comédie, dans laquelle Virgile le guide à travers l’Enfer et le Purgatoire.
  12. 1697 — John Dryden publie sa traduction anglaise des œuvres de Virgile.

Glossaire

Épopée
Long poème narratif consacré à des héros, des dieux et de grands événements, comme l’Iliade d’Homère ou l’Énéide de Virgile.
Hexamètre dactylique
Vers à six mesures de l’épopée grecque et latine, composé de syllabes longues et brèves.
Églogue
Court poème, en particulier poème pastoral dans lequel des bergers parlent ou chantent.
Poésie didactique
Poésie qui enseigne un sujet, comme l’agriculture dans les Géorgiques.
Protecteur
Personne riche ou puissante qui soutient des artistes et des écrivains ; Mécène et Auguste ont protégé Virgile.
Gaule cisalpine
Nom romain du nord de l’Italie, au sud des Alpes, où Virgile est né.
Énée
Prince troyen, fils de la déesse Vénus, considéré par les Romains comme un ancêtre de leur peuple.
Sibylle
Prophétesse ; la sibylle de Cumes guide Énée à travers les Enfers au livre 6.
Commentaire
Ouvrage savant qui explique un texte ligne par ligne ; celui de Servius sur Virgile est le plus important commentaire antique de son œuvre.
Appendix Vergiliana
Recueil de petits poèmes attribués à Virgile dans l’Antiquité, dont la plupart sont considérés comme non authentiques.

Questions et réponses

Pourquoi écrit-on « Virgile » ?

Son nom latin était Vergilius, mais la forme Virgilius s’est répandue durant l’Antiquité tardive et au Moyen Âge. C’est de cette seconde forme que vient le nom français traditionnel « Virgile ».

De quoi parle l’Énéide ?

Elle raconte comment le prince troyen Énée s’est échappé de Troie en flammes, a erré sur la Méditerranée, a aimé puis quitté Didon, reine de Carthage, a visité les Enfers et a combattu en Italie, préparant ainsi les origines de Rome.

Virgile voulait-il vraiment que l’Énéide soit brûlée ?

Une biographie antique l’affirme : il aurait jugé son œuvre inachevée. Auguste s’y est opposé. On ne peut pas prouver que ce récit est entièrement exact, mais le poème contient bien des vers incomplets.

Virgile écrivait-il simplement de la propagande pour Auguste ?

Le poème fait l’éloge d’Auguste et de Rome, mais il exprime aussi une profonde compassion pour les victimes de Rome et se termine de manière troublante. Les chercheurs débattent du lien entre ces aspects ; beaucoup pensent que le poème les maintient volontairement ensemble.

Pourquoi Virgile apparaît-il dans la Divine Comédie de Dante ?

Pour Dante, Virgile représentait le sommet de la sagesse humaine et de la poésie. L’Énéide raconte aussi un voyage aux Enfers. Comme il n’était pas chrétien, Virgile peut guider Dante à travers l’Enfer et le Purgatoire, mais pas au Paradis.

Quelles sources nous renseignent sur la vie de Virgile ?

Principalement la biographie écrite par Aelius Donat, qui s’appuie probablement sur Suétone, ainsi que de plus courtes biographies de Servius et d’autres auteurs. Elles mêlent des faits fiables à des anecdotes, parfois reconstruites à partir des poèmes.

Pourquoi les Bucoliques sont-elles importantes malgré leur brièveté ?

Elles ont créé l’Arcadie littéraire, introduit la politique de leur époque dans la poésie pastorale et, grâce à la quatrième églogue, amené des chrétiens des siècles suivants à voir en Virgile un prophète annonçant le Christ.

Sources et lectures complémentaires

  1. Virgil. Wikipedia
  2. 베르길리우스. 위키백과
  3. Aeneid. Wikipedia
  4. Eclogues. Wikipedia
  5. Georgics. Wikipedia
  6. Aelius Donatus. Wikipedia
  7. Servius the Grammarian. Wikipedia
  8. Vergil, Aeneid (trans. Theodore C. Williams, 1910). Perseus Digital Library, Tufts University
  9. R. A. B. Mynors (ed.), P. Vergili Maronis Opera. Oxford University Press (Oxford Classical Texts), 1969
  10. Richard F. Thomas, Virgil and the Augustan Reception. Cambridge University Press, 2001

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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