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Pour les jeunes lecteurs
Il y a très longtemps, Rome était une république. Elle n’avait pas de roi. Des dirigeants étaient choisis pour un an, et un groupe d’hommes importants, le Sénat, donnait des conseils. Les Romains en étaient fiers. Ils n’aimaient pas le mot « roi », car leurs ancêtres avaient chassé leur dernier roi des siècles auparavant.
Jules César était un grand général. Il avait conquis la Gaule, qui correspond en grande partie à la France actuelle, puis gagné une guerre contre d’autres chefs romains. Il était devenu dictateur, un dirigeant doté de pouvoirs spéciaux. D’habitude, un dictateur ne restait en fonction que quelques mois. Mais César fut nommé dictateur à vie. Certaines personnes l’aimaient parce qu’il aidait les pauvres et ses soldats. D’autres craignaient qu’il ne devienne roi.
Environ soixante sénateurs préparèrent un plan secret. Le 15 mars, jour que les Romains appelaient les ides de mars, César se rendit à une réunion du Sénat. Les conspirateurs l’entourèrent comme s’ils voulaient lui demander un service. Puis ils sortirent des poignards cachés sous leurs vêtements. César reçut 23 coups de poignard et mourut au pied d’une statue de son ancien rival, Pompée.
Brutus, l’un des conspirateurs, était un homme que César avait pardonné et en qui il avait confiance. Dans une célèbre pièce de William Shakespeare, César dit « Et tu, Brute ? », c’est-à-dire « Toi aussi, Brutus ? ». Mais cette phrase a été inventée bien plus tard. Selon un auteur de l’Antiquité, certaines personnes racontaient qu’il avait dit en grec « Toi aussi, mon enfant ? ». D’autres disaient qu’il n’avait rien dit.
Les conspirateurs pensaient que tout le monde les remercierait d’avoir libéré Rome. Mais beaucoup de Romains furent en colère. De nouvelles guerres éclatèrent, les conspirateurs furent vaincus et Octave, le fils adoptif de César, devint le premier empereur romain sous le nom d’Auguste. En voulant sauver la République, les conspirateurs contribuèrent à sa disparition.
En bref
- Date
- 15 mars 44 av. J.-C., les ides de mars
- Lieu
- Curie de Pompée, salle de réunion du complexe théâtral de Pompée sur le Champ de Mars, à Rome (près de l’actuel Largo di Torre Argentina)
- Victime
- Caius Julius Caesar, dictateur à vie (dictator perpetuo), âgé de 55 ans
- Conspirateurs
- Plus de soixante sénateurs, notamment Marcus Junius Brutus, Caius Cassius Longinus et Decimus Junius Brutus Albinus ; environ vingt sont connus par leur nom
- Blessures
- 23 coups de poignard, dont un seul fut mortel selon le médecin Antistius
- Objectif
- Mettre fin au pouvoir presque monarchique de César et rétablir la République traditionnelle
- Conséquences
- Nouvelles guerres civiles ; défaite des conspirateurs à Philippes (42 av. J.-C.) ; ascension d’Octave (Auguste) et naissance de l’Empire romain
- Principales sources
- Nicolas de Damas, Plutarque, Suétone, Appien et Dion Cassius ; lettres et discours de Cicéron
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Que s’est-il passé ?
Le matin du 15 mars 44 av. J.-C., le Sénat romain se réunit dans une salle appelée la curie de Pompée. La curie habituelle avait brûlé en 52 av. J.-C. et celle que César faisait construire n’était pas terminée. Les réunions se tenaient donc dans cette salle, rattachée au grand complexe théâtral bâti par Pompée, ancien rival de César.
César arriva en retard. La veille, son épouse Calpurnia avait fait un rêve effrayant et l’avait supplié de rester chez lui. Les sacrifices accomplis par les prêtres avaient aussi donné de mauvais présages. Decimus Brutus, un conspirateur en qui César avait confiance, vint chez lui et le persuada de ne pas décevoir le Sénat. En chemin, selon Plutarque, un professeur grec nommé Artémidore lui remit un billet qui l’avertissait du complot, mais César ne le lut pas.
Quand César s’assit, plusieurs sénateurs se pressèrent autour de lui. Lucius Tillius Cimber fit semblant de demander le retour de son frère exilé, puis tira la toge de César de ses épaules : c’était le signal. Publius Servilius Casca porta le premier coup. Les autres se joignirent à lui et, dans la confusion, se blessèrent même entre eux. César reçut 23 coups et s’effondra au pied d’une statue de Pompée.
Les sénateurs qui ne participaient pas au complot s’enfuirent, paniqués. Les conspirateurs sortirent en brandissant leurs poignards et en criant qu’ils avaient rendu la liberté à Rome. Le corps de César resta dans la salle vide jusqu’à ce que trois serviteurs réduits en esclavage le ramènent chez lui sur une litière, un bras pendant sur le côté.
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Contexte : comment César est devenu si puissant
Pendant des siècles, Rome avait été une république. Le pouvoir était partagé entre des magistrats élus pour un an, surtout les deux consuls, et le Sénat, un conseil composé d’anciens magistrats. Selon la tradition romaine, le dernier roi, Tarquin le Superbe, avait été chassé vers 509 av. J.-C. Depuis, le mot rex, « roi », était détesté.
Au Ier siècle av. J.-C., ce système entra en crise. Le territoire dominé par Rome s’était beaucoup agrandi, et de puissants généraux, soutenus par des armées fidèles, rivalisaient pour le contrôler. Jules César (né en 100 av. J.-C.) s’imposa comme homme politique populaire et conquit la Gaule entre 58 et 50 av. J.-C. au cours de campagnes particulièrement violentes. Quand ses ennemis au Sénat voulurent lui retirer son commandement, il franchit le Rubicon avec son armée en 49 av. J.-C. et entra en Italie, déclenchant une guerre civile contre Pompée et le gouvernement sénatorial.
César remporta la guerre. Pompée fut assassiné en Égypte en 48 av. J.-C., et César vainquit les dernières forces pompéiennes en Afrique et en Espagne avant 45 av. J.-C. Il était connu pour sa clementia, sa clémence : au lieu de faire exécuter ses adversaires vaincus, il en gracia beaucoup, dont Marcus Brutus et Caius Cassius, et leur confia des charges.
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Pourquoi les conspirateurs l’ont-ils tué ?
Après la guerre, César détenait plus de pouvoir que tout Romain avant lui. Nommé dictateur pour dix ans en 46 av. J.-C., il reçut au début de l’année 44 av. J.-C. le titre de dictator perpetuo, dictateur à vie. Il décidait qui occuperait les charges publiques. Le Sénat lui accorda des honneurs extraordinaires : un siège d’or, une statue parmi celles des anciens rois, son portrait sur des pièces de monnaie de son vivant et le changement du nom de son mois de naissance, Quintilis, en Iulius (juillet).
Plusieurs événements nourrirent la crainte qu’il veuille devenir roi. Lorsque les sénateurs vinrent lui rendre hommage, il les reçut sans se lever. Quelqu’un posa un diadème, symbole de la royauté, sur sa statue. Pendant la fête des Lupercales, le 15 février 44 av. J.-C., son collègue consul Marc Antoine lui offrit une couronne en public. César la refusa, mais beaucoup soupçonnèrent que la scène avait été organisée pour connaître la réaction de la foule.
César s’apprêtait également à quitter Rome pour mener une grande guerre contre l’Empire parthe à l’est. Son départ était prévu le 18 mars. Il serait absent pendant des années, tandis que ses partisans contrôleraient les magistratures. Pour les conspirateurs, c’était leur dernière occasion d’agir.
Leurs motivations étaient diverses. Certains, comme Brutus, voulaient défendre la République et honorer la mémoire de Lucius Junius Brutus, leur ancêtre supposé, qui avait chassé les rois. D’autres supportaient mal que César contrôle leur carrière, avaient perdu de leur prestige ou nourrissaient des griefs personnels. Beaucoup étaient d’anciens partisans de Pompée que César avait graciés. D’autres, comme Decimus Brutus et Caius Trebonius, servaient César depuis longtemps.
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Les conspirateurs et leur plan
Selon Suétone, plus de soixante hommes participèrent au complot ; les noms d’environ vingt d’entre eux nous sont parvenus. Parmi les chefs figuraient Marcus Junius Brutus, préteur urbain et homme d’État philosophe respecté pour son intégrité ; Caius Cassius Longinus, également préteur et soldat expérimenté, souvent considéré comme le moteur du complot ; Decimus Junius Brutus Albinus, l’un des généraux les plus proches de César et consul désigné pour 42 av. J.-C. ; et Caius Trebonius, ancien consul. On comptait aussi parmi les conspirateurs les frères Casca, Tillius Cimber, Minucius Basilus et Cassius de Parme.
Les conspirateurs discutèrent du lieu où frapper : la Voie sacrée, les élections ou le Sénat. Ils choisirent une réunion du Sénat parce que César n’y serait entouré que de sénateurs et que sa mort pourrait être présentée comme un acte public de l’assemblée dirigeante plutôt que comme un meurtre privé. César avait récemment renvoyé sa garde personnelle espagnole.
Ils envisagèrent aussi de tuer Marc Antoine. Brutus insista pour que seul le tyran meure, afin que l’acte ressemble à une décision de justice et non à une élimination d’adversaires politiques. Le jour du meurtre, Trebonius — ou Decimus selon certains récits — retint Antoine à l’extérieur de la salle en lui parlant. Ce choix eut de lourdes conséquences pour les conspirateurs : Antoine survécut et prit la tête des partisans de César.
Cicéron, le plus célèbre défenseur de la République, ne fut pas informé du complot, peut-être parce que les conspirateurs doutaient de son courage. Par la suite, il salua chaleureusement leur geste dans ses lettres et ses discours et regretta seulement qu’ils aient épargné Antoine.
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Les ides de mars : présages, dernières paroles et blessure mortelle
Les auteurs antiques entourèrent cette journée de présages, comme ils le faisaient souvent pour la mort des grands hommes. Le devin Spurinna avait prévenu César qu’un danger surviendrait au plus tard aux ides de mars. Selon Suétone et Plutarque, César plaisanta ce jour-là en lui disant que les ides étaient arrivées. Spurinna répondit qu’elles étaient arrivées, mais n’étaient pas encore passées. La célèbre formule « Méfie-toi des ides de mars » vient de Shakespeare.
Les dernières paroles de César sont incertaines. Suétone raconte qu’il poussa un cri au premier coup, puis se tut en voyant les poignards de tous côtés. Il se couvrit le visage de sa toge et en arrangea les plis pour tomber avec dignité. Suétone ajoute que, selon certains auteurs, César dit en grec kai su, teknon, « toi aussi, mon enfant ? », lorsque Brutus l’attaqua. Plutarque écrit qu’en voyant Brutus un poignard à la main, César ramena sa toge sur sa tête et cessa de résister. La formule latine « Et tu, Brute ? » vient du théâtre de la Renaissance et a été rendue célèbre par Jules César de Shakespeare (1599).
Suétone rapporte que le médecin Antistius examina le corps et conclut que, parmi les 23 blessures, seule la deuxième, à la poitrine, était mortelle. On présente parfois cet examen comme le premier rapport d’autopsie connu, même s’il s’agissait d’un examen du corps et non d’une dissection.
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Les suites immédiates : amnistie, funérailles et testament
Les conspirateurs n’avaient pas de plan pour la suite, au-delà de la proclamation de la liberté. Ils se réfugièrent sur la colline du Capitole. La ville était sous le choc. Antoine, en tant que consul, et Marcus Aemilius Lepidus, qui commandait des troupes près de Rome, contrôlaient les forces armées. Le 17 mars, le Sénat se réunit et, avec le soutien de Cicéron, trouva un compromis : les meurtriers seraient amnistiés, mais tous les actes et nominations de César resteraient valables, car de nombreux sénateurs lui devaient leur charge.
Puis l’opinion changea. Le testament de César fut ouvert : il léguait 300 sesterces à chaque citoyen romain, offrait ses jardins situés de l’autre côté du Tibre au peuple et adoptait son petit-neveu de 18 ans, Caius Octavius, comme fils et héritier principal. Lors des funérailles publiques sur le Forum, le discours d’Antoine et la présentation de la robe ensanglantée de César soulevèrent la colère de la foule. Des gens élevèrent un bûcher sur place et brûlèrent le corps dans le Forum même, puis coururent, torches à la main, attaquer les maisons des conspirateurs. Brutus et Cassius quittèrent bientôt Rome.
En juillet 44 av. J.-C., pendant des jeux organisés en l’honneur de César, une comète brillante fut visible durant sept jours. Les Romains y virent le signe que l’âme de César avait rejoint les dieux. Elle fut appelée sidus Iulium, l’astre de Jules. Octave, qui se faisait désormais appeler César, sut habilement exploiter ce symbole.
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Conséquences : de nouvelles guerres civiles et la fin de la République
L’assassinat ne rétablit pas la République. Octave, Antoine et le Sénat s’affrontèrent d’abord. Puis, en novembre 43 av. J.-C., Octave, Antoine et Lépide formèrent le second triumvirat, une magistrature extraordinaire légalement établie au profit de trois hommes. Ils publièrent des listes de proscription qui mettaient hors la loi des centaines d’ennemis. Leurs biens étaient saisis et ils pouvaient être tués à vue. Cicéron fut l’une des victimes : il fut assassiné le 7 décembre 43 av. J.-C.
Une loi adoptée en 43 av. J.-C., la lex Pedia, condamna les meurtriers de César. Trebonius fut tué en Asie en 43 av. J.-C. ; Decimus Brutus fut capturé et exécuté en Gaule la même année. Brutus et Cassius levèrent des armées dans les provinces orientales et firent frapper des monnaies célébrant leur acte. Un célèbre denier d’argent montre un bonnet d’affranchi entre deux poignards, accompagné des mots EID MAR, les ides de mars. En octobre 42 av. J.-C., Antoine et Octave les vainquirent lors de deux batailles à Philippes, en Macédoine ; tous deux se suicidèrent. Suétone affirme que presque aucun des assassins ne survécut plus de trois ans à César ou ne mourut de mort naturelle.
Le 1er janvier 42 av. J.-C., le Sénat déclara César dieu sous le nom de Divus Iulius. Un temple fut ensuite construit en son honneur à l’endroit du Forum où son corps avait été brûlé. La curie de Pompée fut murée, et les ides de mars furent appelées le jour du Parricide, date à laquelle le Sénat ne devait plus jamais se réunir.
Le dernier affrontement opposa Octave à Antoine. Après sa victoire à Actium en 31 av. J.-C., Octave devint le seul maître du monde romain et reçut en 27 av. J.-C. le nom d’Auguste. Il évita soigneusement de porter le titre de roi ou de dictateur, mais conserva durablement le pouvoir. L’Empire romain naquit ainsi sous l’autorité de l’héritier de l’homme que les conspirateurs avaient tué pour empêcher la monarchie.
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Mémoire de l’événement : tyrannicide ou meurtre ?
Dès le début, les Romains ne s’accordèrent pas sur le sens de l’assassinat. Pour les conspirateurs et Cicéron, c’était un tyrannicide, la mise à mort légitime et glorieuse d’un tyran dans la tradition du premier Brutus. Pour les soldats de César, les pauvres de Rome et ses héritiers, c’était un parricide : des hommes qu’il avait graciés avaient tué le « père de la patrie ». Sous Auguste et les empereurs suivants, la version officielle condamnait les meurtriers. Des auteurs comme Lucain, au Ier siècle apr. J.-C., pouvaient toutefois encore exprimer leur admiration pour la cause républicaine.
Au fil des siècles, l’histoire fut sans cesse réinterprétée. Dans l’Enfer de Dante, Brutus et Cassius sont mâchés pour l’éternité dans les bouches de Satan, aux côtés de Judas, pour avoir trahi leur maître. À l’inverse, les républicains de la Florence de la Renaissance admiraient Brutus, dont Michel-Ange sculpta un buste. Dans Jules César (1599), Shakespeare fit de Brutus un idéaliste tragique, « le plus noble des Romains », et rendit célèbres des formules comme « Méfie-toi des ides de mars » et « Amis, Romains, compatriotes ».
À l’époque moderne, l’assassinat devint une référence dans les débats sur la violence politique. Aux XVIIIe et XIXe siècles, des révolutionnaires présentèrent Brutus comme un héros de la liberté. D’autres invoquèrent les événements qui suivirent pour soutenir que tuer un dirigeant permet rarement d’atteindre le but recherché. Les historiens soulignent que la « liberté » défendue par les conspirateurs était surtout celle d’une petite élite sénatoriale, tandis que César jouissait d’une réelle popularité auprès des soldats et des citoyens ordinaires.
Le lieu de l’assassinat a été identifié dans le Largo di Torre Argentina, au centre de Rome. Dans cette zone archéologique fouillée à partir de la fin des années 1920, on peut voir les fondations d’une partie de la curie de Pompée derrière les vestiges de temples républicains. Le site est aujourd’hui également connu comme refuge pour les chats errants.
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Les sources et leurs limites
Aucun récit de l’assassinat rédigé par un témoin direct ne nous est parvenu. Les récits les plus détaillés ont été écrits entre un demi-siècle environ et plus de deux siècles après les faits. Le plus ancien est la Vie d’Auguste de Nicolas de Damas, savant grec qui connaissait Hérode le Grand et Auguste. Probablement rédigé à la fin du Ier siècle av. J.-C. ou au début du Ier siècle apr. J.-C., ce texte ne subsiste que sous forme d’extraits, mais il raconte en détail le complot et cette journée. Viennent ensuite les Vies de César et de Brutus de Plutarque (vers 100 apr. J.-C.) et la Vie du divin Jules de Suétone (vers 120 apr. J.-C.). Les Guerres civiles d’Appien (IIe siècle apr. J.-C.) et l’Histoire romaine de Dion Cassius (début du IIIe siècle apr. J.-C.) offrent des récits suivis.
Ces auteurs se sont appuyés sur des ouvrages antérieurs aujourd’hui perdus, notamment les histoires contemporaines d’Asinius Pollion et les livres concernés de Tite-Live. Ils partageaient aussi certaines habitudes littéraires : mentionner des présages, composer des discours dramatiques et opposer sur le plan moral le noble Brutus à Cassius, présenté comme rancunier. Des détails comme le rêve de Calpurnia, le billet d’Artémidore et les paroles exactes prononcées appartiennent à un récit enrichi au fil du temps et doivent être considérés avec prudence.
Les seuls témoignages véritablement contemporains sont les lettres de Cicéron, en particulier celles qu’il écrivit à son ami Atticus dans les semaines suivant les ides, et ses Philippiques, discours dirigés contre Antoine en 44–43 av. J.-C. Ils montrent la confusion, les espoirs et la déception des mois qui suivirent le meurtre, mais défendent un point de vue politique. Les monnaies, comme le denier EID MAR frappé pour Brutus, et les vestiges archéologiques de la curie de Pompée apportent des preuves matérielles.
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Les débats entre historiens
César voulait-il devenir roi ? Certains historiens pensent qu’il visait une monarchie déclarée, peut-être inspirée des royaumes hellénistiques. D’autres estiment qu’une dictature lui donnant le pouvoir réel sans le titre détesté de roi lui suffisait, et que les épisodes de la couronne étaient des tentatives de ses partisans ou de ses ennemis pour le mettre en difficulté. Les sources antiques elles-mêmes ne s’accordent pas. La question est peut-être en partie anachronique, puisque sa dictature permanente faisait déjà de lui un monarque dans les faits.
La République était-elle déjà condamnée ? Dans The Roman Revolution (1939), Ronald Syme soutenait qu’elle était devenue le théâtre d’une lutte entre factions aristocratiques et que la monarchie était l’issue probable. Selon cette interprétation, l’assassinat ne changea que l’identité du futur dirigeant. D’autres chercheurs insistent sur le rôle des circonstances : si les conspirateurs avaient aussi tué Antoine, ou si César était parti combattre les Parthes et était mort là-bas, les événements auraient pu prendre un autre cours.
Qui dirigeait le complot ? La tradition populaire met Brutus au premier plan. Certains travaux récents, notamment The Death of Caesar (2015) de Barry Strauss, soulignent le rôle de Decimus Brutus et d’anciens officiers de César. Ils montrent que la conspiration réunissait aussi bien des partisans déçus de César que d’anciens partisans de Pompée. Les motivations de la plupart des autres conspirateurs restent inconnues.
César s’attendait-il à mourir ? Suétone rapporte l’idée que César, en mauvaise santé, ne tenait plus à vivre longtemps et ignora les avertissements. D’autres ont vu dans le renvoi de sa garde personnelle le signe qu’il pensait le Sénat conscient d’avoir besoin de lui pour éviter une nouvelle guerre civile. Ces interprétations restent hypothétiques, mais elles influencent la manière de comprendre l’événement : noble défense de la liberté, réaction irréfléchie de l’aristocratie ou tragédie dans laquelle chacun a mal évalué la situation.
Idées clés
- République
- Système romain fondé sur des magistrats élus pour un an et sur un Sénat, que les conspirateurs voulaient défendre contre le pouvoir d’un seul homme.
- Tyrannicide
- Mise à mort d’un tyran, jugée légitime dans certaines traditions grecques et romaines ; les conspirateurs se considéraient comme des tyrannicides.
- Clementia
- Politique de clémence par laquelle César graciait ses ennemis vaincus. Elle lui valut des soutiens, mais permit aussi à d’anciens adversaires de rester au Sénat ; certains participèrent à son assassinat.
- Dictator perpetuo
- Titre inédit de « dictateur à vie » porté par César, qui transformait une magistrature d’urgence en pouvoir permanent.
- Conséquences imprévues
- Le meurtre, destiné à rétablir la République, déclencha des guerres civiles qui aboutirent au pouvoir permanent d’Auguste.
- Mémoire et mythe
- De Dante à Shakespeare et aux révolutionnaires modernes, l’événement a été raconté de différentes façons selon les idées de chaque époque sur la loyauté, la liberté et la violence.
Notices
- 49 av. J.-C. — César franchit le Rubicon et déclenche une guerre civile contre Pompée et le Sénat (49 av. J.-C.).
- 48 av. J.-C. — Pompée est vaincu à Pharsale, puis assassiné en Égypte (48 av. J.-C.).
- 46 av. J.-C. — César est nommé dictateur pour dix ans (46 av. J.-C.).
- 44 av. J.-C. — César devient dictateur à vie (début de l’année 44 av. J.-C.) ; Antoine lui offre une couronne aux Lupercales, le 15 février.
- 44 av. J.-C. — 15 mars 44 av. J.-C. : César est assassiné dans la curie de Pompée ; le 17 mars, le Sénat accorde une amnistie aux meurtriers.
- 44 av. J.-C. — Juillet 44 av. J.-C. : une comète observée pendant des jeux en l’honneur de César est interprétée comme son âme rejoignant les dieux.
- 43 av. J.-C. — Le second triumvirat est formé et les proscriptions commencent ; Cicéron est tué (43 av. J.-C.).
- 42 av. J.-C. — César est divinisé sous le nom de Divus Iulius (1er janvier) ; Brutus et Cassius sont vaincus à Philippes et meurent (octobre 42 av. J.-C.).
- 31 av. J.-C. — Octave vainc Antoine et Cléopâtre à Actium (31 av. J.-C.).
- 27 av. J.-C. — Octave reçoit le nom d’Auguste ; le principat commence (27 av. J.-C.).
- v. 121 apr. J.-C. — Suétone écrit sa Vie du divin Jules, un récit essentiel de l’assassinat.
- 1599 — La pièce Jules César de Shakespeare est jouée pour la première fois à Londres.
Glossaire
- Ides
- Dans le calendrier romain, jour situé vers le milieu du mois : le 15 mars, mai, juillet et octobre, et le 13 des autres mois.
- Sénat
- Conseil romain composé d’anciens magistrats, qui conseillait les dirigeants et exerçait une grande autorité.
- Dictateur
- À l’origine, magistrat nommé temporairement en période de crise et doté d’un pouvoir suprême pour six mois au maximum.
- Curie
- Bâtiment où se réunissait le Sénat.
- Consul
- L’un des deux plus hauts magistrats élus chaque année sous la République romaine.
- Préteur
- Haut magistrat de rang inférieur aux consuls, principalement chargé de la justice ; Brutus et Cassius étaient préteurs en 44 av. J.-C.
- Proscription
- Affichage public des noms de personnes mises hors la loi, dont les biens étaient confisqués et qui pouvaient être tuées.
- Triumvirat
- Association de trois hommes se partageant le pouvoir ; le second triumvirat, réunissant Octave, Antoine et Lépide, fut officiellement établi par une loi en 43 av. J.-C.
- Divinisation
- Déclaration officielle selon laquelle une personne est devenue un dieu ; César fut le premier dirigeant romain divinisé par l’État.
- Liberatores
- « Libérateurs », nom que les conspirateurs se donnaient.
Questions et réponses
Pourquoi parle-t-on des « ides de mars » ?
Les Romains appelaient « ides » un jour situé vers le milieu de chaque mois. En mars, les ides tombaient le 15, jour où César fut tué.
César a-t-il vraiment dit « Et tu, Brute ? »
Aucune source antique ne lui attribue cette phrase. Suétone rapporte que, selon certains, il prononça en grec des mots signifiant « toi aussi, mon enfant ? », tandis que d’autres disaient qu’il n’avait rien dit. La formule latine a été rendue célèbre par Shakespeare.
Brutus était-il le fils de César ?
Presque certainement pas. César entretint une longue liaison avec Servilia, la mère de Brutus, ce qui suscita plus tard des rumeurs, mais César n’avait qu’environ quinze ans à la naissance de Brutus.
Combien de personnes ont tué César ?
Selon Suétone, plus de soixante sénateurs participaient au complot et beaucoup le frappèrent. César reçut 23 blessures.
L’assassinat a-t-il sauvé la République romaine ?
Non. Il entraîna de nouvelles guerres civiles, la défaite des conspirateurs et l’avènement d’Auguste, premier empereur romain.
Où César a-t-il été tué exactement ?
Dans la curie de Pompée, qui faisait partie du complexe théâtral de Pompée, et non dans la curie du Forum. Ses vestiges se trouvent dans le Largo di Torre Argentina, à Rome.
Peut-on se fier aux récits de présages et d’avertissements ?
Ils viennent d’auteurs des Ier au IIIe siècles apr. J.-C., qui aimaient raconter des signes dramatiques du destin. Certains peuvent refléter de vraies rumeurs, mais les historiens les considèrent comme des éléments de tradition littéraire plutôt que comme des faits établis.
Cicéron a-t-il participé au complot ?
Non. Il n’en avait pas été informé, mais il accueillit ensuite l’assassinat avec enthousiasme. Plus tard, il mena l’opposition du Sénat à Antoine, ce qui lui coûta la vie.
Sources et lectures complémentaires
- Assassination of Julius Caesar. Wikipedia
- Julius Caesar. Wikipedia
- 율리우스 카이사르. 위키백과
- Liberatores. Wikipedia
- Marcus Junius Brutus. Wikipedia
- Curia of Pompey. Wikipedia
- Suetonius, The Lives of the Caesars: Julius (trans. Alexander Thomson). Perseus Digital Library, Tufts University
- Plutarch, Life of Caesar (Loeb translation by Bernadotte Perrin). LacusCurtius (Bill Thayer), University of Chicago
- Ronald Syme, The Roman Revolution. Oxford University Press, 1939
- Barry Strauss, The Death of Caesar: The Story of History’s Most Famous Assassination. Simon & Schuster, 2015
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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
