Patrimoine

Lignes de Nazca

Líneas de Nazca

v. 500 av. J.-C. – 499 apr. J.-C. · Désert de Nazca

En une phrase

Les lignes de Nazca sont d’immenses dessins et de longues lignes droites tracés sur le sol du désert du sud du Pérou il y a environ 1 500 à 2 500 ans, en écartant les pierres sombres pour faire apparaître le sol plus clair en dessous.

Lignes de Nazca
Image: Diego Delso · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Imagine un désert si sec qu’il n’y pleut presque jamais. Le sol est couvert de petites pierres rouge foncé. Si tu enlèves ces pierres et que tu les empiles sur les côtés, tu découvres une bande de terre jaune pâle. Tu viens de tracer une ligne. Comme il n’y a presque ni pluie ni vent fort, cette ligne peut rester visible pendant des centaines, et même des milliers d’années.

C’est ce qu’ont fait les gens de la culture de Nazca, dans le sud du Pérou. Ils ont tracé des lignes droites longues de plusieurs kilomètres, de grands triangles, de longues formes en trapèze, des spirales et des zigzags. Ils ont aussi dessiné des animaux et des plantes : un colibri, un singe à la queue enroulée, une araignée, un condor, une orque, des fleurs et des arbres. Certains dessins sont aussi longs qu’un terrain de football, ou plus encore.

Beaucoup de dessins sont si grands qu’on les voit mal quand on se tient à côté. Depuis les collines voisines ou depuis un avion, on reconnaît tout à coup leurs formes. Beaucoup de gens se demandent donc comment les habitants ont pu dessiner aussi bien sans voler. Ils ont sans doute utilisé des outils simples : des piquets en bois, des cordes, des mesures précises et le travail en équipe. Des personnes ont essayé de refaire ces dessins et ont réussi en quelques jours.

Personne ne sait exactement pourquoi ces lignes ont été tracées. Les scientifiques pensent qu’elles étaient liées à l’eau, si précieuse dans le désert, et à des cérémonies. Les gens marchaient peut-être le long des lignes en procession, comme sur les chemins d’un grand temple en plein air, et y laissaient des morceaux de poterie en offrande.

Aujourd’hui, les lignes de Nazca sont inscrites au patrimoine mondial. Elles sont fragiles : une seule voiture, et même des pas, peuvent laisser des traces pendant des siècles. Les visiteurs les regardent donc depuis des tours, des collines ou de petits avions, sans marcher dessus.

En bref

Époque de réalisation
Environ 500 av. J.-C. à 500 apr. J.-C. ; la culture de Paracas a lancé cette tradition et la culture de Nazca (vers 100 av. J.-C.–800 apr. J.-C.) a réalisé la plupart des figures célèbres
Lieu
Plateaux désertiques (pampas) entre les villes de Nazca et de Palpa, région d’Ica, dans le sud du Pérou, à environ 400 km au sud de Lima
Type
Géoglyphes : motifs tracés à la surface du sol, comprenant des lignes droites, des formes géométriques et des figures d’animaux et de plantes
Technique
Retrait des pierres de surface assombries par une couche d’oxyde de fer pour révéler le sous-sol plus clair ; les lignes n’ont généralement que 10 à 15 cm de profondeur
Dimensions
Lignes d’une longueur cumulée de plus de 1 300 km sur environ 50 km² de pampa ; les plus grandes figures s’étendent sur plusieurs centaines de mètres
Figures célèbres
Colibri (environ 93 m de long), singe (environ 93 × 58 m), condor (environ 134 m), araignée (environ 47 m)
Statut
Site du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1994 (Lignes et géoglyphes de Nasca et de Palpa)
Fonction
Débattue ; les principales hypothèses associent les lignes à l’eau, aux marches rituelles et aux pèlerinages, ainsi qu’aux groupes familiaux ou communautaires

Facile

Que sont les lignes de Nazca ?

Les lignes de Nazca sont un vaste ensemble de géoglyphes, c’est-à-dire de motifs tracés à la surface de la terre, dans le désert côtier du sud du Pérou. Elles se trouvent sur les plateaux plats et pierreux appelés pampas, entre les vallées fluviales qui entourent les villes actuelles de Nazca et de Palpa. Leur nom vient de la culture de Nazca (ou Nasca), le peuple ancien qui en a réalisé la plupart, ainsi que de la ville et de la rivière qui portent aujourd’hui ce nom.

Les géoglyphes se répartissent en trois grands groupes. Les plus nombreux sont les lignes droites, dont certaines traversent collines et lits de rivières asséchés sur plusieurs kilomètres en restant presque parfaitement rectilignes. Viennent ensuite les figures géométriques : longs trapèzes et triangles, spirales, zigzags et rectangles. Enfin, il y a les figures qui ont rendu le site célèbre : animaux, plantes et quelques êtres d’apparence humaine, appelés biomorphes. La pampa principale compte environ soixante-dix de ces grandes figures d’animaux et de plantes. Des relevés plus récents ont permis d’ajouter des centaines de figures plus petites sur les flancs des collines et le long d’anciens sentiers.

Au total, les lignes s’étendent sur plus de 1 300 km et couvrent une superficie d’environ 50 km². Le site du patrimoine mondial qui les protège est beaucoup plus vaste, car il comprend aussi le paysage environnant et les géoglyphes des collines proches de Palpa.

Les lignes n’ont pas toutes été réalisées à la même époque. Les archéologues situent leur création sur environ un millénaire, d’à peu près 500 av. J.-C. à 500 apr. J.-C. Les plus anciennes, souvent situées sur les collines près de Palpa, appartiennent à la culture de Paracas ; la plupart des figures célèbres de la pampa plate appartiennent à la culture de Nazca, qui lui a succédé.

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Facile

Comment « lire » les dessins

Les figures les plus connues représentent des animaux. Le colibri mesure environ 93 m de long ; il a de longues ailes droites et un bec fin comme une aiguille. Le singe, d’environ 93 m sur 58 m, possède une queue enroulée en spirale. L’araignée mesure environ 47 m de long. Le condor, aux ailes déployées, mesure environ 134 m. On trouve aussi une orque, un lézard, un oiseau ressemblant à un héron, un chien, des fleurs, un arbre et une paire de mains. Sur le flanc escarpé d’une colline se dresse une figure à tête ronde d’environ 30 m de haut, souvent surnommée « l’astronaute » ou « l’homme-hibou ».

Beaucoup de ces grandes figures animales ont une caractéristique surprenante : elles sont tracées d’une seule ligne continue qui ne se croise pas. La ligne arrive d’un côté, dessine tout le contour de l’animal, puis repart. Cela laisse penser que ces figures étaient aussi des chemins que l’on parcourait, et pas seulement des images à regarder. Une personne suivant le contour du colibri ferait le tour de l’oiseau avant de ressortir près de son point de départ.

Les lignes droites rayonnent souvent à partir de petites collines ou de buttes naturelles, que les archéologues appellent des centres de lignes ou des centres rayonnants. Une douzaine de lignes, parfois davantage, peuvent partir d’un même centre dans différentes directions, comme les rayons d’une roue. Certaines lignes se dirigent vers des rivières, des points d’eau ou des montagnes ; d’autres relient deux centres.

Les trapèzes comptent parmi les plus grands géoglyphes et mesurent parfois plusieurs centaines de mètres de long. Ils sont larges à une extrémité et étroits à l’autre. Beaucoup sont orientés vers les vallées fluviales, où l’eau coulait pendant la saison des pluies dans les Andes. Leurs vastes surfaces dégagées pouvaient accueillir des rassemblements.

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Facile

Comment ont-elles été réalisées ?

Près de Nazca, la surface du désert est couverte de petites pierres qu’une couche brun rougeâtre d’oxyde de fer, une sorte de rouille naturelle, a assombries au fil du temps. Juste en dessous se trouve un sol plus clair, gris jaunâtre. Pour tracer une ligne, les habitants ramassaient ou ratissaient les pierres sombres et les entassaient sur les côtés. Ils obtenaient ainsi une bande claire, généralement creusée sur seulement 10 à 15 cm, bordée de petits bourrelets de pierres. Beaucoup de lignes mesurent environ 30 cm de large, mais certaines atteignent presque 2 m, et les trapèzes sont bien plus larges.

La réalisation des figures demandait de la préparation, pas de la magie. Les archéologues ont trouvé des restes de piquets en bois aux extrémités de certaines lignes, ce qui laisse penser que les habitants utilisaient des piquets et des cordes pour tracer des segments droits. Ils pouvaient agrandir une petite esquisse à l’aide d’un quadrillage, ou d’un système de cordes mesurées et de points fixes. En 1982, le chercheur américain Joe Nickell et une petite équipe ont reproduit la figure du condor, longue de 134 m, dans un champ du Kentucky. Avec seulement des piquets en bois, de la ficelle et des méthodes de mesure simples, et sans vue aérienne, ils y sont parvenus en quelques jours.

Le climat explique la conservation des lignes. La pampa de Nazca est l’un des endroits les plus secs de la planète. La pluie y est extrêmement rare. Le sol pierreux absorbe la chaleur et crée une couche d’air chaud qui réduit le vent au niveau du sol. Le sous-sol riche en calcaire durcit aussi légèrement au contact de la brume matinale. Une ligne dégagée il y a deux mille ans peut donc rester visible aujourd’hui, à moins d’être endommagée par les activités humaines.

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Intermédiaire

Les peuples qui les ont réalisées : Paracas et Nazca

Avant les Nazcas, la côte sud du Pérou était occupée par la culture de Paracas (environ 800 à 100 av. J.-C.), célèbre pour ses textiles complexes et ses sépultures sur la péninsule de Paracas. Dans la région de Palpa, les archéologues ont identifié des géoglyphes réalisés par les communautés paracas : des figures d’apparence humaine, souvent interprétées comme des guerriers ou des êtres surnaturels, tracées sur les collines où elles étaient visibles depuis les vallées en contrebas. Certaines sont plus anciennes de plusieurs siècles que les célèbres figures nazcas de la pampa.

La culture de Nazca est issue de la tradition paracas vers 100 av. J.-C. et s’est développée jusqu’aux environs de 800 apr. J.-C. Les Nazcas n’ont pas fondé un empire unique doté d’une capitale. Ils vivaient dans des villages des vallées fluviales, cultivaient le maïs, les haricots, les courges, le coton et d’autres plantes, et pêchaient sur la côte. Excellents potiers, ils peignaient leurs récipients avec au moins une douzaine de couleurs et une grande variété d’images : oiseaux, poissons, orques, plantes, guerriers, têtes trophées et êtres mythiques. Plusieurs de ces motifs, comme les colibris et les orques, apparaissent aussi sur la pampa.

Le principal site religieux du début de la période nazca était Cahuachi, dans la vallée de Nazca. Cet ensemble de buttes et de places en adobe a été utilisé approximativement de 1 à 500 apr. J.-C. Les recherches des archéologues Helaine Silverman et Giuseppe Orefici ont montré que Cahuachi était un centre cérémoniel plutôt qu’une ville : sa population augmentait fortement lors des fêtes, quand les habitants des vallées voisines s’y rassemblaient. Cahuachi domine une partie de la pampa, et de nombreux spécialistes considèrent les géoglyphes et ce centre comme des éléments d’un même paysage sacré.

L’eau était au cœur de la vie des Nazcas. Les rivières qui descendent des Andes sont souvent à sec pendant une grande partie de l’année. La région de Nazca est aussi connue pour ses puquios, des canaux souterrains et des puits d’accès en spirale qui puisent dans les eaux souterraines ; plusieurs dizaines fournissent encore de l’eau aujourd’hui. De nombreux archéologues les datent de la fin de la période nazca, vers 500 apr. J.-C., mais d’autres pensent qu’ils ont été construits ou modifiés après la conquête espagnole. Leur ancienneté reste débattue.

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Intermédiaire

Pourquoi ont-elles été réalisées ? Les principales théories

L’astronomie. Les premiers chercheurs à étudier les lignes de près pensaient qu’elles formaient un immense calendrier. En 1941, l’historien américain Paul Kosok remarqua que le soleil se couchait dans l’axe d’une ligne le jour du solstice d’hiver dans l’hémisphère Sud. La mathématicienne d’origine allemande Maria Reiche, qui travailla avec Kosok avant de consacrer le reste de sa vie aux lignes, développa l’idée que celles-ci indiquaient les points de lever et de coucher du soleil, de la lune et des étoiles. Des analyses ultérieures menées par les astronomes Gerald Hawkins et Anthony Aveni ont montré que le nombre de lignes orientées vers des phénomènes astronomiques ne dépassait pas ce que le hasard pouvait produire. Peu de spécialistes pensent donc aujourd’hui que l’astronomie était leur fonction principale, même si certains alignements particuliers ont pu compter.

L’eau et la fertilité. De nombreux chercheurs relient les lignes à la recherche de l’eau. Dans les années 1980, l’anthropologue Johan Reinhard a proposé qu’elles fassent partie d’une religion andine largement répandue, centrée sur les montagnes et l’eau. Parcourir les lignes et les figures aurait été une manière de demander de l’eau et de bonnes récoltes. Certaines lignes pointent vers des sources d’eau ou vers les montagnes d’où viennent les rivières. Le chercheur David Johnson a proposé que certains géoglyphes indiquent des cours d’eau souterrains alimentant les puquios, mais cette hypothèse plus précise n’a pas été largement confirmée.

Les marches, les rituels et les pèlerinages. Comme de nombreuses figures sont tracées d’une seule ligne continue et que des fragments de poterie brisée jonchent les lignes, la plupart des archéologues pensent aujourd’hui qu’elles étaient destinées à être parcourues à pied. Des processions ont pu les emprunter lors de cérémonies, peut-être en allant à Cahuachi ou en en revenant. Anthony Aveni et d’autres chercheurs ont suggéré que certaines lignes et certains centres étaient construits et entretenus par des groupes familiaux ou communautaires particuliers. Les créer et les parcourir contribuait ainsi à organiser la société.

Aucune réponse unique. Les lignes ont probablement eu des significations différentes selon les époques au cours de ce millénaire. Un trapèze servant aux rassemblements, une ligne droite menant à un point d’eau et une figure animale parcourue lors d’un rituel pouvaient avoir des fonctions distinctes, même s’ils appartenaient au même univers religieux.

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Intermédiaire

Extraterrestres, montgolfières et autres mythes

Parce que les figures se voient particulièrement bien depuis les airs, les lignes de Nazca ont suscité des explications fantastiques. Dans son livre à succès Chariots of the Gods? (1968), l’écrivain suisse Erich von Däniken a suggéré qu’il s’agissait de pistes d’atterrissage ou de signaux destinés à des visiteurs extraterrestres. Les archéologues rejettent entièrement cette idée. Les lignes ne sont que de faibles creusements dans des graviers meubles, inutilisables par un avion. On peut les reproduire avec des outils simples, et elles sont clairement liées à l’art, à la poterie et à la religion des populations locales.

D’autres théories populaires supposent que les Nazcas volaient en montgolfière pour surveiller les travaux. Il n’existe pas non plus de preuve archéologique à l’appui de cette idée. Beaucoup de figures sont bien visibles depuis les collines environnantes, et celles des collines de Palpa étaient faites pour être vues depuis le fond des vallées.

Ces mythes posent aussi un problème : ils supposent souvent que les peuples anciens des Amériques n’auraient pas pu concevoir eux-mêmes de telles œuvres. La recherche actuelle souligne au contraire que les lignes témoignent des connaissances, de l’organisation et de l’imagination religieuse des peuples autochtones des Andes.

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Intermédiaire

Redécouverte et recherches au XXe siècle

Les habitants de la région avaient toujours connu les lignes, et des voyageurs les ont traversées pendant des siècles. Elles sont devenues un objet d’étude scientifique au XXe siècle. En 1927, l’archéologue péruvien Toribio Mejía Xesspe les remarqua en parcourant les contreforts, puis les interpréta comme des chemins sacrés. Les vols commerciaux au-dessus de la région, à partir de la fin des années 1920, firent mieux connaître leurs formes.

Paul Kosok étudia les lignes en 1940–1941. Maria Reiche (1903–1998) commença à travailler avec lui en 1941 et poursuivit ses recherches pendant plus de cinquante ans. Elle mesura et cartographia les figures, les dégagea et milita pour leur protection. En 1949, elle publia The Mystery on the Desert et utilisa les revenus du livre pour financer leur conservation, tout en convainquant les autorités péruviennes de limiter l’accès au site. Elle vécut de nombreuses années près de la pampa ; son ancienne maison est aujourd’hui un musée.

À partir des années 1980, des archéologues et des astronomes comme Anthony Aveni, Helaine Silverman et Johan Reinhard ont porté davantage leur attention sur la marche, les rituels, l’eau et l’organisation sociale que sur l’astronomie. Un projet germano-péruvien dirigé par Markus Reindel et Johny Isla a mené des recherches de longue durée dans la région de Palpa, documentant des centaines de géoglyphes et fouillant des structures aux extrémités de certaines lignes.

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Intermédiaire

De nouvelles découvertes grâce aux drones et à l’intelligence artificielle

Les recherches ne se sont pas arrêtées aux figures célèbres. Depuis le milieu des années 2000, une équipe de l’université de Yamagata, au Japon, dirigée par Masato Sakai, étudie systématiquement la pampa. Elle a annoncé la découverte d’une centaine de nouveaux géoglyphes entre 2006 et 2012, puis de 143 autres en 2019, dont un repéré avec l’aide de l’apprentissage automatique. En 2020, une grande figure ressemblant à un chat est apparue sur le flanc escarpé d’une colline lors de l’aménagement d’une plateforme d’observation.

En 2024, l’équipe de Yamagata, avec des chercheurs d’IBM, a publié une étude signalant 303 géoglyphes figuratifs auparavant inconnus. Ils ont été découverts en environ six mois de travail sur le terrain, guidé par un modèle d’intelligence artificielle qui analysait des images aériennes à haute résolution pour repérer les emplacements probables. Cette découverte a presque doublé le nombre de géoglyphes figuratifs connus dans la région. Parmi les nouvelles figures se trouvent des perroquets, des chats, des singes, des orques et des scènes qui semblent montrer des têtes décapitées et des animaux domestiques.

Ces découvertes ont confirmé une distinction importante. Les figures tracées en lignes, grands dessins de contours sur la pampa, représentent généralement des animaux sauvages et semblent liées aux rituels. Les figures en relief, obtenues en retirant les pierres à l’intérieur d’une forme plutôt qu’en traçant seulement son contour, sont beaucoup plus petites, souvent de moins de 10 m. Elles se trouvent près d’anciens sentiers, où les voyageurs pouvaient les voir en passant. Les chercheurs suggèrent que ces petites figures transmettaient des informations ou des messages aux passants, tandis que les grandes figures en lignes constituaient des espaces rituels utilisés par les communautés.

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Intermédiaire

Menaces et conservation

Les lignes ont survécu pendant deux mille ans en grande partie parce que personne ne les dérangeait. Les activités modernes présentent des dangers bien plus grands. La route panaméricaine, construite à travers la pampa dans les années 1930, coupe la figure du lézard. Les traces de pneus des voitures et des motos peuvent durer aussi longtemps que les lignes elles-mêmes. L’installation d’habitants, l’exploitation minière informelle, les carrières et l’agriculture gagnent les abords de la zone protégée.

Plusieurs incidents ont reçu une large attention. En décembre 2014, des militants de Greenpeace sont entrés dans la zone voisine du colibri pour y disposer un message destiné à une conférence sur le climat à Lima. Ils ont laissé des empreintes de pas sur cette surface fragile ; l’organisation a présenté ses excuses. En 2018, un chauffeur de camion a quitté la route et laissé de profondes traces de pneus sur une partie de trois géoglyphes. Des véhicules tout-terrain participant à des rallyes ont endommagé des géoglyphes hors de la zone centrale.

Le ministère péruvien de la Culture gère le site : il limite l’accès, emploie des gardiens et met à disposition des visiteurs une tour d’observation au bord de la route et des survols en petits avions. Le changement climatique suscite une inquiétude supplémentaire : des pluies exceptionnellement fortes, comme celles associées aux épisodes intenses d’El Niño, pourraient recouvrir les lignes de sédiments ou les éroder.

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Avancé

Débats scientifiques : datation, fonction et question de la « vue d’en haut »

La datation. Les géoglyphes sont difficiles à dater parce qu’ils ont été créés en retirant de la matière, et non en en ajoutant. Les archéologues s’appuient surtout sur des indices indirects : le style des figures comparé à celui des poteries et des textiles datés des cultures de Paracas et de Nazca ; les tessons de poterie trouvés sur les lignes ou à côté, que l’on peut rattacher à des phases de production céramique ; les fouilles de structures en pierre, d’offrandes et de trous de poteau aux extrémités des lignes ; et, dans certaines études, des méthodes scientifiques comme la datation par luminescence des surfaces enfouies ou la datation au radiocarbone de matières organiques associées. La chronologie qui en résulte reste large : les figures des collines de Palpa sont surtout paracas, de nombreux biomorphes de la pampa appartiennent au début de la période nazca, et beaucoup de lignes droites et de trapèzes semblent dater du milieu ou de la fin de cette période. Des lignes particulières ont toutefois été réutilisées et modifiées au fil du temps.

À voir ou à parcourir ? Les premières recherches, fondées sur la photographie aérienne, supposaient que les figures étaient destinées à être vues du ciel, sinon par les humains, du moins par les dieux. Depuis les années 1980, les chercheurs accordent davantage d’attention à la marche et aux usages au sol : figures tracées d’une seule ligne, chemins usés à la surface des lignes, offrandes de poterie et concentration des lignes près de lieux liés à l’eau et aux rassemblements. L’étude de 2024 sur les figures en relief situées le long des sentiers apporte une troisième perspective : certains géoglyphes étaient faits pour être vus de près par les passants. Beaucoup de spécialistes évitent désormais une explication unique et décrivent un paysage utilisé de diverses manières par différents groupes au fil du temps.

L’organisation sociale. Une question essentielle est de savoir qui a réalisé et entretenu les lignes. Comme les Nazcas n’avaient pas de capitale unique, de nombreuses petites communautés ou groupes de parenté ont pu produire les géoglyphes, chacun étant responsable de ses propres lignes. Cette interprétation, associée notamment à Silverman et à Aveni, voit dans les lignes une trace des relations sociales plutôt qu’un grand projet unique. Ses critiques soulignent que la comparaison avec des institutions andines plus tardives, comme le système inca des ceques rayonnant depuis Cuzco, est suggestive, mais ne peut être démontrée pour une société qui vivait mille ans auparavant.

L’astronomie réexaminée. Le rejet statistique de la théorie du calendrier de Reiche est largement accepté. Certains chercheurs défendent toutefois encore l’existence d’alignements particuliers ou de liens entre les figures et les zones sombres de la Voie lactée, que les peuples andins reconnaissent comme des « constellations de nuages sombres ». Ces hypothèses restent minoritaires, car elles sont difficiles à vérifier.

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Avancé

Indices et méthodes de recherche

La cartographie. Des années 1940 aux années 1990, les chercheurs ont cartographié les lignes au moyen de relevés de terrain, de rubans de mesure et de photographies aériennes. Aujourd’hui, ils utilisent des images satellites, des drones, la photogrammétrie et le balayage laser aéroporté (lidar). Ces techniques peuvent révéler des géoglyphes peu visibles ou partiellement effacés, et mesurer leur profondeur et leur profil. La récente étude assistée par intelligence artificielle montre comment l’apprentissage automatique peut réduire la zone à examiner, même si chaque figure possible doit encore être vérifiée sur le terrain.

Les fouilles. Les fouilles menées aux extrémités des lignes et à l’intérieur des trapèzes, surtout dans la région de Palpa, ont mis au jour de petites plateformes de pierre, des trous de poteau et des offrandes, notamment des poteries, des plantes cultivées et des coquillages marins. Ces découvertes appuient l’idée que les géoglyphes étaient des lieux de pratiques rituelles. À Cahuachi, les fouilles ont révélé une architecture cérémonielle, des offrandes et des sépultures qui aident à comprendre le contexte religieux de la pampa.

L’environnement. Les études paléoclimatiques des sédiments fluviaux et du pollen suggèrent que les Nazcas vivaient dans un paysage devenu plus sec au fil du temps. Certains chercheurs associent le déclin de la culture de Nazca vers 500–750 apr. J.-C. à une combinaison de sécheresses, d’inondations causées par les épisodes El Niño et de déforestation des huarangos indigènes (Prosopis), qui aurait exposé les terres agricoles à l’érosion. Ces changements environnementaux pourraient aider à expliquer la place importante de l’eau dans les rituels.

Les limites des indices. Les Nazcas n’ont pas laissé d’écriture : aucun texte n’explique donc les lignes. Toute interprétation repose sur l’archéologie, sur les comparaisons avec des cultures andines plus tardives documentées après la conquête espagnole et sur l’étude attentive des géoglyphes eux-mêmes. C’est pourquoi la prudence et la capacité à envisager plusieurs hypothèses à la fois caractérisent les bonnes recherches sur Nazca.

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Idées clés

Géoglyphe
Grand motif tracé sur le sol, soit en retirant des éléments de surface, comme à Nazca, soit en disposant des pierres ; les lignes de Nazca en sont les exemples les plus célèbres.
Paysage sacré
Idée selon laquelle les lignes, le centre cérémoniel de Cahuachi, les rivières et les montagnes formaient un même espace religieux plutôt que des monuments séparés.
Eau et fertilité
Dans l’un des endroits les plus secs de la planète, de nombreuses lignes semblent liées à des rituels destinés à demander de l’eau et de bonnes récoltes.
Parcours des lignes
Les figures tracées d’une seule ligne, les sentiers usés et les offrandes de poterie suggèrent que les géoglyphes étaient parcourus lors de cérémonies, en plus d’être vus d’en haut.
Travail communautaire
Les lignes ont été réalisées avec des outils simples par de nombreuses personnes au fil des siècles, peut-être par différents groupes familiaux ou communautaires responsables chacun de leurs propres lignes.
Figures tracées en lignes et figures en relief
Les grandes figures dessinées par leurs contours sur la pampa semblent liées aux rituels ; les petites figures en relief près des sentiers semblent destinées à être vues par les passants.
Fragilité
Un véhicule peut détruire en quelques minutes des lignes qui ont survécu deux mille ans ; leur conservation exige donc d’empêcher la circulation sur leur surface.

Notices

  1. v. 400 av. J.-C. — Les communautés paracas commencent à réaliser des géoglyphes, dont beaucoup sur les collines près de Palpa (phase paracas située approximativement entre 400 et 200 av. J.-C.).
  2. v. 100 av. J.-C. — La culture de Nazca émerge de la tradition paracas sur la côte sud du Pérou.
  3. v. 1 apr. J.-C. — Cahuachi devient le principal centre cérémoniel de la vallée de Nazca (utilisé jusque vers 500 apr. J.-C.).
  4. v. 500 apr. J.-C. — La principale période de création des lignes sur la pampa touche à sa fin.
  5. v. 750 apr. J.-C. — La culture de Nazca décline dans un contexte de sécheresses, d’inondations et de déforestation ; l’influence de la culture wari des hautes terres grandit.
  6. 1927 — L’archéologue péruvien Toribio Mejía Xesspe étudie les lignes, qu’il interprète comme des chemins sacrés.
  7. 1941 — Paul Kosok observe un alignement lié au solstice ; Maria Reiche commence ses longues années de travail sur les lignes.
  8. 1949 — Maria Reiche publie The Mystery on the Desert.
  9. 1968 — Le livre Chariots of the Gods? d’Erich von Däniken popularise un mythe d’« astronautes de l’Antiquité » rejeté par les archéologues.
  10. 1994 — Les lignes et les géoglyphes sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
  11. 2014 — Des militants de Greenpeace endommagent le sol près de la figure du colibri.
  12. 2024 — L’université de Yamagata et IBM annoncent la découverte de 303 nouveaux géoglyphes figuratifs grâce à une étude assistée par intelligence artificielle.

Glossaire

Géoglyphe
Grand dessin ou motif réalisé sur le sol.
Pampa
Plaine plate et dégagée ; à Nazca, ce terme désigne les plateaux désertiques pierreux situés entre les vallées fluviales.
Biomorphe
Figure qui prend la forme d’un être vivant, comme un animal ou une plante.
Trapèze
Figure à quatre côtés dont deux côtés sont parallèles ; certains trapèzes de Nazca mesurent plusieurs centaines de mètres de long.
Centre de lignes (centre rayonnant)
Petite colline ou butte d’où partent plusieurs lignes droites, comme les rayons d’une roue.
Oxyde de fer
Composé semblable à la rouille qui donne aux pierres du désert leur surface brun rougeâtre foncé.
Cahuachi
Centre cérémoniel en adobe de la vallée de Nazca, utilisé vers 1–500 apr. J.-C., où les habitants se réunissaient pour des fêtes.
Puquio
Canal d’eau souterrain doté de puits d’accès en spirale, présent dans la région de Nazca ; sa datation est débattue.
Culture de Paracas
Culture qui a précédé celle de Nazca sur la côte sud du Pérou, connue pour ses textiles et ses premiers géoglyphes.
Archéoastronomie
Étude de la manière dont les peuples anciens comprenaient et utilisaient le ciel, notamment des possibles alignements de monuments.

Questions et réponses

Qui a réalisé les lignes de Nazca ?

Les peuples autochtones de la région du sud du Pérou : d’abord ceux de la culture de Paracas, puis surtout ceux de la culture de Nazca, sur une période d’environ mille ans.

Comment ont-ils pu dessiner de si grandes images sans les voir depuis le ciel ?

Grâce à une préparation et à des outils simples. Des piquets en bois, des cordes, des quadrillages mesurés et le travail en équipe suffisent ; des expériences modernes ont permis de reproduire de grandes figures en quelques jours.

Les lignes ont-elles été réalisées par des extraterrestres ?

Non. Aucune preuve ne soutient cette idée, et les lignes sont clairement liées à l’art et à la religion locaux. Cette théorie suppose aussi, à tort, que les anciens Péruviens étaient incapables de concevoir de telles œuvres.

Pourquoi les lignes n’ont-elles pas disparu ?

La pampa est extrêmement sèche, reçoit rarement de la pluie et est protégée des vents forts au niveau du sol. Une ligne dégagée il y a très longtemps peut ainsi rester visible pendant des siècles si personne ne la dérange.

Peut-on marcher sur les lignes de Nazca ?

Non. Marcher ou conduire dessus provoque des dégâts durables. Les visiteurs les observent depuis une tour au bord de la route, les collines voisines ou de petits avions.

Les lignes formaient-elles un calendrier astronomique ?

Maria Reiche le pensait, mais les études statistiques de Gerald Hawkins et d’Anthony Aveni n’ont pas trouvé plus d’alignements astronomiques que le hasard n’en produirait. Quelques alignements ont tout de même pu avoir une importance.

Comment les archéologues datent-ils des figures réalisées en retirant des pierres ?

Surtout grâce à des indices indirects : tessons de poterie laissés sur les lignes, comparaison du style des figures avec des poteries datées, offrandes découvertes aux extrémités des lignes et, parfois, datation scientifique de matières associées.

Découvre-t-on encore de nouvelles lignes ?

Oui. Depuis 2019, les drones, le lidar et l’analyse d’images assistée par intelligence artificielle ont révélé des centaines de nouvelles figures, surtout de petites figures en relief près d’anciens sentiers.

Sources et lectures complémentaires

  1. Lines and Geoglyphs of Nasca and Palpa. UNESCO World Heritage Centre
  2. Nazca Lines. Wikipedia
  3. 나스카 라인. 위키백과
  4. Nazca culture. Wikipedia
  5. Paracas culture. Wikipedia
  6. Cahuachi. Wikipedia
  7. Puquios. Wikipedia
  8. Maria Reiche. Wikipedia
  9. Anthony F. Aveni, Between the Lines: The Mystery of the Giant Ground Drawings of Ancient Nasca, Peru. University of Texas Press, 2000
  10. Helaine Silverman and Donald A. Proulx, The Nasca. Blackwell, 2002

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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