Patrimoine

Machu Picchu

Machu Picchu (Quechua: Machu Pikchu, “old peak”)

v. 1420–1532 · Machu Picchu (Empire inca)

En une phrase

Le Machu Picchu est une cité de pierre construite par les Incas il y a environ 600 ans sur une étroite crête des Andes péruviennes, probablement comme domaine royal pour le souverain Pachacuti et sa famille.

Machu Picchu
Image: Martin St-Amant (S23678) · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Imagine une ville posée sur le dos d’une montagne, si haut que les nuages passent parfois en dessous. De chaque côté, la pente descend très vite vers une rivière bruyante. C’est le Machu Picchu, dans les Andes, au Pérou, en Amérique du Sud.

Les Incas l’ont construit au XVe siècle. Ils n’avaient ni outils en fer, ni chariots à roues, ni chevaux. Pourtant, ils ont taillé des blocs de granit si précisément que les pierres tiennent ensemble sans ciment, comme les pièces d’un immense puzzle. À certains endroits, on ne peut même pas glisser une carte fine entre les pierres.

Le Machu Picchu n’était pas une grande ville. Il ressemblait plutôt à un palais de montagne, avec des maisons, des temples, des ateliers, des fontaines et de longs escaliers. La plupart des chercheurs pensent qu’il appartenait à un grand souverain inca nommé Pachacuti. Lui et sa famille pouvaient y séjourner. Quelques centaines de personnes y vivaient pour entretenir les lieux.

Tout autour, les Incas ont construit de grandes marches sur les pentes : les terrasses. Elles formaient des espaces plats pour cultiver la terre et empêchaient le sol de glisser sous les fortes pluies. Sous la terre, des conduits évacuent l’eau.

Après l’arrivée des soldats espagnols au Pérou dans les années 1530, les habitants ont quitté le Machu Picchu. Les Espagnols n’en ont jamais parlé dans leurs écrits, et le site n’a pas été détruit. Les paysans des environs ont toujours su qu’il était là. Mais il n’est devenu connu ailleurs qu’après la visite de l’explorateur américain Hiram Bingham, qu’un habitant a guidé jusqu’aux ruines en 1911. Aujourd’hui, c’est l’un des lieux les plus célèbres du monde.

En bref

Construction
XVe siècle ; des datations au carbone 14 de sépultures indiquent une occupation d’environ 1420 à 1532 apr. J.-C.
Lieu
Crête entre les sommets du Machu Picchu et du Huayna Picchu, au-dessus de la rivière Urubamba, à environ 80 km au nord-ouest de Cuzco, au Pérou
Altitude
Environ 2 430 m au-dessus du niveau de la mer, là où les hautes Andes rejoignent les versants orientaux boisés
Bâtisseurs
L’État inca (Tawantinsuyu) ; traditionnellement associé au souverain Pachacuti
Fonction
Très probablement un domaine royal doté de palais, de temples et d’une communauté permanente de quelques centaines de personnes au service du souverain
Nom d’origine
Incertain ; des recherches récentes dans les archives suggèrent que le lieu s’appelait Picchu ou Huayna Picchu
Statut
Sanctuaire historique de Machu Picchu, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO comme bien mixte, culturel et naturel, en 1983
Renommée mondiale
Le site a été révélé au monde après la visite d’Hiram Bingham le 24 juillet 1911 et le numéro d’avril 1913 de National Geographic

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Qu’est-ce que le Machu Picchu ?

Le Machu Picchu est un ancien établissement inca du XVe siècle, situé sur une crête en forme de selle dans les Andes du sud du Pérou. Au sud s’élève la montagne appelée Machu Picchu (« vieux sommet » en quechua) ; au nord se dresse le pic escarpé du Huayna Picchu (« jeune sommet »). Bien plus bas, la rivière Urubamba, aussi appelée Vilcanota, entoure la crête sur trois côtés. Le site se trouve à environ 2 430 m d’altitude, plus bas et dans un climat plus chaud que Cuzco, la capitale inca, dans la zone où les hautes terres froides cèdent la place aux forêts humides qui descendent vers l’Amazonie.

L’établissement ne couvre que quelques hectares, mais il comprend largement plus d’une centaine de bâtiments : maisons, salles, temples, entrepôts et ateliers. Ils sont reliés par plusieurs centaines d’escaliers de pierre et entourés de terrasses qui descendent sur les pentes. Une grande place centrale divise le site en deux parties principales. L’eau d’une source de montagne circule dans un canal de pierre et alimente une série de petites fontaines étagées dans la cité.

Le Machu Picchu est célèbre à la fois pour la beauté de son cadre, le savoir-faire des Incas en maçonnerie et en ingénierie, et son histoire : absent des écrits des auteurs coloniaux espagnols, il n’est devenu connu du monde extérieur qu’au début du XXe siècle. L’UNESCO le classe parmi les quelques dizaines de biens « mixtes » du patrimoine mondial, reconnus pour leur importance culturelle et naturelle.

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Facile

Comment comprendre le Machu Picchu : une promenade dans la cité

Les visiteurs arrivent généralement près de l’extrémité sud, dans le secteur agricole, où se trouvent de larges terrasses de pierre et de terre ainsi que quelques bâtiments destinés au stockage et aux gardes. Un fossé sec et un long mur séparent cette zone du secteur urbain. On y entre par une seule porte principale, surmontée d’un imposant linteau de pierre. Cette disposition montre que l’accès à la cité était contrôlé.

La place centrale divise le secteur urbain. Du côté ouest, plus élevé, se trouvent les constructions les plus soignées. La place sacrée est bordée par le Temple principal et le Temple des Trois Fenêtres, dont les ouvertures trapézoïdales donnent vers l’est sur la place. Au-dessus, sur une petite colline, se dresse l’Intihuatana, une pierre taillée dans la roche en place, avec des surfaces inclinées et une courte partie verticale. Son nom, souvent traduit par « pierre où l’on attache le soleil », lui a été donné plus tard. Sa fonction exacte reste inconnue, même si son importance rituelle est évidente.

Non loin se trouve l’édifice souvent appelé Temple du Soleil, ou Torreón : une tour au mur courbe fait de pierres parfaitement ajustées, bâtie sur un affleurement rocheux naturel. L’une de ses fenêtres est alignée sur le lever du soleil au solstice de juin, qui marque le milieu de l’hiver dans les Andes. En dessous se trouve une grotte aux niches sculptées, parfois appelée Tombeau royal, bien qu’aucune sépulture n’y ait été découverte. À côté du Torreón, une résidence soigneusement construite est considérée par de nombreux chercheurs comme les appartements du souverain. Elle possède son propre jardin, un bain et un accès direct à la première fontaine.

Le côté est, plus bas, comprend des groupes de maisons et d’ateliers, dont beaucoup sont construits en pierres moins soigneusement taillées. À l’extrémité sud se trouve le Temple du Condor : un rocher plat sculpté comme la tête d’un condor et des rochers naturels évoquant ses ailes déployées forment l’image de cet oiseau sacré. Au-delà de la cité, des sentiers mènent au Huayna Picchu, à un étroit pont inca aménagé sur la falaise et à la Porte du Soleil (Inti Punku), d’où la route inca venant de Cuzco dévoile pour la première fois la cité.

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Facile

Comment les Incas l’ont construit

Les bâtisseurs incas ont utilisé la montagne elle-même comme carrière. Ils fendaient les blocs de granit dispersés sur la crête avec des marteaux de pierre et des outils en bronze, puis les façonnaient en les frappant avec des pierres plus dures. De grandes équipes d’ouvriers déplaçaient probablement les blocs à l’aide de cordes, de leviers et de rampes. Les Incas n’avaient pas d’animaux de trait assez puissants pour tirer de lourdes charges ; les lamas ne peuvent porter que de petits fardeaux.

On distingue deux types de maçonnerie. Les édifices les plus importants sont construits en pierre de taille : des blocs soigneusement façonnés s’emboîtent sans mortier, parfois en rangées régulières, parfois sous forme de pierres à plusieurs côtés ajustées les unes aux autres. Les bâtiments ordinaires utilisent des pierres moins travaillées liées par un mortier de terre. À l’origine, leurs murs étaient enduits et ont peut-être été peints. Les portes, les fenêtres et les niches des murs sont trapézoïdales, plus larges en bas qu’en haut, et les murs sont légèrement inclinés vers l’intérieur. Ces caractéristiques aident les bâtiments à résister aux séismes, fréquents dans les Andes.

L’une des plus grandes réussites techniques est peut-être invisible. La crête reçoit de fortes pluies pendant la saison humide et le site se trouve entre deux failles géologiques. Les bâtisseurs incas ont créé de profondes fondations et rempli les terrasses de couches de pierres, de gravier, de sable et de terre cultivable. Ainsi, l’eau de pluie pouvait s’infiltrer et s’évacuer au lieu d’emporter la pente. Des canaux et des drains parcourent aussi toute la cité. Une étude de l’hydrologue américain Kenneth Wright et de l’archéologue péruvien Alfredo Valencia Zegarra conclut que ce système de drainage explique en partie pourquoi le site est si bien conservé après cinq siècles.

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La société qui l’a construit : l’Empire inca

Au début du XVe siècle, les Incas étaient l’un des nombreux groupes rivaux de la région de Cuzco. Selon des chroniques coloniales espagnoles fondées sur les traditions orales incas, un tournant fut la guerre contre les Chancas voisins. Un prince connu plus tard sous le nom de Pachacuti — souvent traduit par « celui qui bouleverse le monde » — aurait sauvé Cuzco et pris le pouvoir. Pachacuti et ses successeurs, notamment son fils Túpac Inca Yupanqui, ont ensuite conquis un empire, le Tawantinsuyu (« les quatre parties réunies »), qui s’est finalement étendu sur quelque 4 000 km, de l’Équateur et du sud de la Colombie actuels jusqu’au centre du Chili. Les historiens ne s’accordent pas sur ce qui, dans le récit de la guerre contre les Chancas, relève de l’histoire ou d’une légende royale élaborée plus tard.

L’État inca ne possédait ni monnaie utilisée sur les marchés ni écriture alphabétique. Il enregistrait des informations à l’aide de cordelettes nouées appelées quipus et organisait le travail grâce à la mit’a, un système dans lequel les communautés devaient fournir des périodes de travail à l’État, qui leur offrait nourriture, boisson et accueil pendant ce service. Un vaste réseau routier, le Qhapaq Ñan, doté de relais et d’entrepôts, reliait les différentes parties de l’empire. L’une de ses branches unissait le Machu Picchu à Cuzco.

On attribue également à Pachacuti la reconstruction de Cuzco pour en faire une capitale monumentale. Les souverains incas créaient des domaines ruraux pour eux-mêmes et leurs descendants, dans la vallée de l’Urubamba et ailleurs. Ces domaines comprenaient des palais, des champs et des travailleurs permanents. Ils appartenaient au lignage du souverain, appelé panaqa, qui continuait à les posséder et à les utiliser après sa mort. Des lieux comme Pisac, Ollantaytambo et le Machu Picchu s’inscrivent dans cet ensemble de domaines royaux de la vallée située au nord de Cuzco.

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Pourquoi le Machu Picchu a-t-il été construit ? Domaine royal, sanctuaire et paysage

Pendant une grande partie du XXe siècle, diverses hypothèses ont été avancées sur la fonction du Machu Picchu : forteresse, dernier refuge des Incas ou couvent des « Vierges du Soleil ». Les documents coloniaux ont fourni l’indice décisif pour l’interprétation actuelle. En 1990, l’anthropologue américain John Rowe a publié des pièces juridiques du XVIe siècle montrant que des terres situées à « Picchu » avaient appartenu à Pachacuti et que ses descendants les revendiquaient encore après la conquête espagnole. La plupart des archéologues considèrent aujourd’hui le Machu Picchu comme un domaine royal de Pachacuti et de son lignage.

En tant que domaine, le site remplissait plusieurs fonctions. C’était un lieu de séjour où le souverain, sa famille et ses invités pouvaient se reposer, organiser des festins et tenir des cérémonies, probablement surtout pendant les mois les plus secs. C’était un centre religieux où l’on honorait le soleil, les montagnes et l’eau. C’était aussi une démonstration de puissance : construire une cité aussi élaborée sur une crête si difficile d’accès montrait les capacités de l’État inca. La population permanente est généralement estimée à environ 750 personnes, pour la plupart chargées d’entretenir les bâtiments et de servir les membres de l’élite.

L’emplacement avait son importance. Dans la religion andine, les montagnes (apu) sont des êtres puissants, et les sources, les rochers et les rivières peuvent être sacrés (huaca). Le Machu Picchu est entouré de sommets importants, dont le Salcantay au sud, et ceinturé par l’Urubamba, que les Incas considéraient comme sacrée. De nombreux édifices encadrent la vue sur certains sommets ou intègrent des rochers naturels. Plusieurs constructions sont alignées sur le lever ou le coucher du soleil aux solstices. Les chercheurs débattent du caractère systématique de ces alignements, mais il est clair que les bâtisseurs ont conçu la cité en relation avec le paysage.

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Qui y vivait ? Les indices fournis par les sépultures et l’ADN

Pendant ses expéditions de 1912 et de 1915, l’équipe de Bingham a fouillé plus d’une centaine de sépultures dans des grottes et des abris sous roche autour du site. Une première analyse semblait indiquer que la plupart des squelettes étaient féminins, ce qui a nourri l’idée romanesque d’une communauté de « femmes choisies ». Des anthropologues biologistes ont ensuite réexaminé les ossements et constaté une répartition beaucoup plus équilibrée entre hommes et femmes. La théorie des « Vierges du Soleil » a été abandonnée.

Les personnes enterrées au Machu Picchu n’étaient pas des membres de la famille royale, qui auraient reçu des funérailles solennelles à Cuzco, mais des personnes au service du domaine de façon permanente. Les sources coloniales appellent ces personnes des yanaconas : elles étaient séparées de leur communauté d’origine pour servir l’élite inca toute leur vie. L’étude des squelettes montre que beaucoup mangeaient du maïs et menaient une vie de travail, sans toutefois accomplir, pour la plupart, des tâches extrêmement pénibles.

En 2023, une équipe dirigée par Lucy Salazar, avec Richard Burger et des généticiens dont David Reich, a publié une étude de l’ADN ancien de 34 personnes enterrées au Machu Picchu. Elle a montré que la communauté venait de nombreuses régions de l’empire, notamment de la côte, des hautes terres et de l’Amazonie, et que des personnes d’origines différentes vivaient ensemble, avaient des enfants et étaient enterrées au même endroit. Ces résultats confirment les descriptions coloniales de travailleurs du domaine issus de nombreux groupes ethniques. Ils montrent aussi comment la politique impériale inca déplaçait des personnes sur de grandes distances.

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L’abandon du site et la conquête espagnole

Le Machu Picchu n’a été occupé que pendant environ un siècle. À la fin des années 1520, des épidémies de maladies venues d’Europe, peut-être de variole, se sont propagées dans les Andes avant même l’arrivée des Espagnols et ont causé la mort du souverain Huayna Capac. Ses fils Huascar et Atahualpa se sont ensuite affrontés dans une guerre civile dévastatrice. En 1532, une petite troupe espagnole commandée par Francisco Pizarro a capturé Atahualpa à Cajamarca. Il a été exécuté l’année suivante, et les Espagnols sont entrés dans Cuzco en 1533.

Avec la chute de l’État inca, le système des domaines royaux s’est effondré. Les datations au carbone 14 des sépultures du Machu Picchu s’arrêtent vers l’époque de la conquête, et le site semble avoir été abandonné progressivement au cours des décennies suivantes. De 1537 à 1572, un État inca indépendant a subsisté dans la région reculée de Vilcabamba, au nord-ouest du Machu Picchu, jusqu’à ce que les Espagnols capturent et exécutent son dernier souverain, Túpac Amaru, en 1572. Le Machu Picchu se trouvait près de cette frontière, mais rien ne prouve clairement qu’il ait joué un rôle dans la résistance de Vilcabamba.

Aucun chroniqueur espagnol n’ayant décrit le Machu Picchu, la cité a échappé à la destruction systématique des sanctuaires incas menée par les autorités coloniales et les missionnaires. Les bâtiments ont peu à peu perdu leurs toits de chaume et ont été envahis par la forêt, mais leurs murs de pierre sont restés en grande partie intacts. Le nom du lieu s’est conservé dans des documents locaux, et des paysans ont continué à habiter et à cultiver certaines terrasses.

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Intermédiaire

Une « cité perdue » ? Bingham, les connaissances locales et les collections de Yale

Le Machu Picchu n’a jamais été véritablement perdu. En 1902, Agustín Lizárraga, paysan et explorateur de la région de Cuzco, a atteint les ruines et inscrit « A. Lizárraga 1902 » au charbon sur un mur du Temple des Trois Fenêtres. Des cartes du XIXe siècle et des documents fonciers locaux mentionnent le lieu, et des familles cultivaient ses terrasses à l’arrivée des visiteurs venus d’ailleurs.

Hiram Bingham III, enseignant à l’université Yale, est venu au Pérou à la recherche de Vilcabamba, le dernier refuge inca. Le 24 juillet 1911, le paysan Melchor Arteaga l’a guidé jusqu’en haut de la montagne, accompagné d’un sergent de police péruvien. Au sommet, les familles Richarte et Álvarez vivaient et cultivaient la terre parmi les ruines, et un garçon l’a conduit aux plus beaux bâtiments. Bingham a d’abord reconnu la visite antérieure de Lizárraga, mais il s’est ensuite de plus en plus présenté comme le découvreur du site. Il pensait avoir trouvé Vilcabamba. En réalité, les ruines de Vilcabamba ont été identifiées plus tard à Espíritu Pampa, loin à l’ouest, un lieu que Bingham avait également visité.

Bingham est revenu avec le soutien de Yale et de la National Geographic Society en 1912 et en 1915. Le numéro d’avril 1913 de National Geographic, entièrement consacré au Machu Picchu, a rendu le site célèbre. Ses équipes l’ont dégagé et cartographié, puis ont envoyé à Yale des milliers d’objets et des restes humains en vertu d’autorisations que le gouvernement péruvien considérait comme un prêt. Le désaccord sur leur restitution a duré près d’un siècle. Après un accord et une action en justice engagée par le Pérou, Yale a restitué les collections en 2011 et 2012. Elles sont désormais conservées à Cuzco, en partenariat avec l’Université nationale de San Antonio Abad.

Aujourd’hui, de nombreux Péruviens et historiens soulignent que le véritable apport de Bingham fut de faire connaître et d’étudier scientifiquement le site, et non de le découvrir. L’histoire de la « cité perdue », reprise dans d’innombrables livres et films, a effacé le rôle des Péruviens et des peuples autochtones qui connaissaient le lieu depuis longtemps.

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Intermédiaire

Patrimoine, tourisme et conservation aujourd’hui

Le Pérou a déclaré la région sanctuaire historique en 1981, protégeant ainsi les ruines et les forêts de montagne environnantes, qui abritent une riche faune et une riche flore, notamment l’ours à lunettes et de nombreuses espèces d’orchidées. L’UNESCO a inscrit le Sanctuaire historique de Machu Picchu sur la Liste du patrimoine mondial en 1983 pour sa valeur culturelle et naturelle. En 2014, le Qhapaq Ñan, le réseau routier inca, a été inscrit séparément au patrimoine mondial comme bien partagé par six pays.

Le Machu Picchu est le symbole le plus connu du Pérou et une importante source de revenus. La plupart des visiteurs prennent le train jusqu’à Aguas Calientes (Machupicchu Pueblo), puis montent en bus par une route construite au milieu du XXe siècle. D’autres parcourent à pied le Chemin de l’Inca pendant plusieurs jours. La fréquentation a dépassé largement le million de visiteurs par an. Le gouvernement péruvien fixe des limites quotidiennes, des horaires d’entrée et des itinéraires imposés. Ces règles ont changé plusieurs fois et restent controversées, car elles doivent concilier la protection du site et les moyens de subsistance de la population locale.

La conservation du site doit faire face à l’érosion et aux glissements de terrain, à l’usure causée par des millions de pas, à la croissance incontrôlée de la ville en contrebas et à des accidents. En 2000, par exemple, une grue utilisée pour tourner une publicité a ébréché la pierre de l’Intihuatana. Les communautés quechuas autochtones de la région demandent également à participer davantage aux décisions sur la gestion et la présentation du site.

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Avancé

Débats : la datation du Machu Picchu et la chronologie inca

Pendant des décennies, la datation du Machu Picchu a reposé sur des documents. La chronologie des souverains incas proposée par John Rowe dans les années 1940, principalement à partir de la chronique de Miguel Cabello Valboa (1586), situait l’accession au pouvoir de Pachacuti en 1438. Comme on pensait que le Machu Picchu avait été construit pour Pachacuti après sa conquête de la basse vallée de l’Urubamba, on datait généralement sa construction d’environ 1450 ou plus tard. On supposait donc que le site n’avait été occupé que pendant quelque 80 ans.

En 2021, Richard Burger, Lucy Salazar, Jason Nesbitt, Eden Washburn et Lars Fehren-Schmitz ont publié 26 datations au carbone 14 par spectrométrie de masse par accélérateur (SMA), réalisées sur des os et des dents humains exhumés à l’époque de Bingham. Les résultats indiquent une occupation continue du Machu Picchu d’environ 1420 à 1532 apr. J.-C., qui aurait commencé quelque vingt ans plus tôt que ne le permet la chronologie traditionnelle. Selon les auteurs, les chroniques coloniales, rédigées un siècle après les événements, condensent l’histoire inca ; l’expansion impériale aurait donc pu commencer plus tôt que ne le suggèrent les dates de Rowe. D’autres chercheurs ont tiré des conclusions semblables des datations au carbone 14 obtenues sur d’autres sites incas.

Ces résultats ne règlent pas toutes les questions. Les datations de sépultures situent dans le temps la vie des personnes, et non la construction de bâtiments précis. De plus, les courbes d’étalonnage du carbone 14 pour le XVe siècle comportent de larges marges d’incertitude. La relation entre les nouvelles dates et les règnes de Pachacuti et de Túpac Inca reste débattue. Certains chercheurs pensent encore que la construction s’est étendue sur deux règnes. La leçon plus générale porte sur la méthode : une chronologie inca fondée uniquement sur les textes espagnols doit être confrontée à des datations archéologiques indépendantes.

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Avancé

Débats : le nom du site, sa fonction et les sources

Comment les Incas appelaient-ils la cité ? En 2021, l’historien Donato Amado Gonzales et l’archéologue Brian Bauer ont étudié les notes de terrain de Bingham, des cartes du XIXe siècle et des documents des XVIe et XVIIe siècles. Ils ont soutenu que la cité s’appelait à l’origine Picchu, ou plus probablement Huayna Picchu, et que le nom Machu Picchu n’a été associé aux ruines qu’à partir des publications de Bingham. Parmi leurs indices figure un document de 1588 indiquant que des habitants de la région de Vilcabamba envisageaient de retourner à « Huayna Picchu ». Cette thèse a été largement relayée, mais le nom Machu Picchu est aujourd’hui si bien établi que personne ne propose de le changer.

À quoi servait le site ? L’interprétation comme domaine royal s’appuie sur les documents coloniaux publiés par Rowe, sur l’architecture — résidences de l’élite, temples soignés, population permanente peu nombreuse mais d’origines diverses — et sur la comparaison avec d’autres domaines de la vallée de l’Urubamba. D’autres interprétations, qui peuvent compléter la première, soulignent le rôle du site comme sanctuaire religieux et lieu de pèlerinage, ses alignements astronomiques ou sa position à la frontière des basses terres amazoniennes, qui a pu lui donner une importance économique et stratégique. Ces fonctions peuvent coexister, et de nombreux chercheurs mettent aujourd’hui l’accent sur l’association d’un lieu de résidence, de rites et d’une démonstration de puissance.

Quelle est la fiabilité des sources ? Les témoignages écrits proviennent surtout de chroniques espagnoles comme celles de Juan de Betanzos (1551) et de Pedro Sarmiento de Gamboa (1572), ainsi que de documents juridiques coloniaux concernant les terres. Les chroniques transmettent des récits oraux incas, mais elles ont aussi été influencées par les intérêts des personnes interrogées et des autorités coloniales. Les données archéologiques proviennent de l’architecture, des objets et restes exhumés en 1912–1915 — dont une grande partie n’a été étudiée qu’après sa restitution au Pérou — et de fouilles péruviennes ultérieures. La bioarchéologie, l’étude des isotopes et l’ADN ancien ont récemment apporté des indices directs sur les habitants du site.

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Idées clés

Domaine royal
Propriété rurale comprenant des palais, des champs et des travailleurs permanents, appartenant à un souverain inca et à ses descendants ; c’est l’interprétation la plus convaincante du Machu Picchu.
Maçonnerie en pierre de taille
Assemblage sans mortier de pierres façonnées avec précision, utilisé pour les bâtiments incas les plus importants.
Ingénierie adaptée au paysage
Les terrasses, les fondations et les drains ont transformé une crête instable et pluvieuse en une cité durable.
Paysage sacré
Dans la religion andine, les montagnes, les rochers, les sources et les rivières étaient des êtres puissants ; la cité a été conçue en relation avec eux.
Déplacement des travailleurs
L’ADN montre que les habitants venaient de tout l’empire, ce qui reflète la politique inca consistant à déplacer des personnes pour servir l’État et l’élite.
Le mythe de la cité perdue
Le site était connu localement avant 1911 ; le récit de sa découverte montre la manière dont des personnes venues d’ailleurs l’ont présenté.
Vérifier les chroniques
La datation au carbone 14 montre que les chronologies incas établies à partir des textes doivent être confrontées aux données archéologiques.

Notices

  1. v. 1420 — D’après les datations au carbone 14 par SMA des sépultures, des personnes vivent déjà au Machu Picchu.
  2. v. 1438 — Date traditionnelle, selon la chronologie de Rowe, de l’accession au pouvoir de Pachacuti après la guerre contre les Chancas.
  3. 1532 — Les Espagnols capturent Atahualpa à Cajamarca ; les datations au carbone 14 les plus récentes du Machu Picchu se situent vers cette époque.
  4. 1572 — Les Espagnols prennent Vilcabamba et exécutent Túpac Amaru ; le Machu Picchu est probablement déjà abandonné.
  5. 1588 — Un document colonial mentionne un lieu appelé « Huayna Picchu », qui était peut-être le nom d’origine de la cité.
  6. 1902 — Agustín Lizárraga visite les ruines et inscrit son nom sur le Temple des Trois Fenêtres.
  7. 1911 — Le 24 juillet, Melchor Arteaga guide Hiram Bingham jusqu’au site.
  8. 1913 — Le numéro d’avril de National Geographic, consacré au Machu Picchu, rend le site célèbre dans le monde entier.
  9. 1981 — Le Pérou crée le Sanctuaire historique de Machu Picchu.
  10. 1983 — L’UNESCO inscrit le sanctuaire historique sur la Liste du patrimoine mondial.
  11. 2011 — Yale commence à restituer au Pérou les objets exhumés par les expéditions de Bingham ; la restitution s’achève en 2012.
  12. 2021 — De nouvelles datations au carbone 14 par SMA font remonter le début de l’occupation à environ 1420.

Glossaire

Inca
À l’origine, titre du souverain ; désigne aujourd’hui aussi le peuple et l’État de l’empire andin des XVe et début XVIe siècles.
Tawantinsuyu
Nom quechua de l’Empire inca, signifiant « les quatre parties réunies ».
Quechua
Langue de l’État inca, encore parlée par des millions de personnes dans les Andes.
Terrasse
Surface plane aménagée en gradin sur une pente et soutenue par un mur de pierre, utilisée pour cultiver et limiter l’érosion.
Pierre de taille
Bloc de pierre soigneusement taillé pour s’ajuster à d’autres blocs dans une construction.
Huaca
Lieu ou objet sacré dans la religion andine, par exemple un sanctuaire, un rocher ou une source.
Apu
Esprit d’une montagne ou montagne sacrée dans les croyances andines.
Mit’a
Système inca de travail fourni à tour de rôle par les communautés à l’État.
Yanacona
Personne séparée de sa communauté d’origine pour servir de façon permanente l’élite inca.
Qhapaq Ñan
Réseau routier inca de quelque 30 000 km ou davantage, qui reliait les régions de l’empire.
Datation au carbone 14 par SMA
Méthode qui date des matières autrefois vivantes en mesurant leur carbone 14 au moyen d’un spectromètre de masse par accélérateur ; elle ne nécessite que de petits échantillons.

Questions et réponses

Comment les Incas ont-ils monté des pierres aussi lourdes sur la montagne ?

Ils n’avaient généralement pas besoin de les monter : le granit provenait de la crête elle-même. Les ouvriers fendaient et façonnaient les blocs sur place, puis les déplaçaient avec des cordes, des leviers et des rampes.

Le Machu Picchu était-il une cité perdue ?

Pas vraiment. Des paysans locaux cultivaient ses terrasses, et Agustín Lizárraga l’a visité en 1902. Il était « perdu » seulement pour les personnes venues d’ailleurs, jusqu’à ce qu’Hiram Bingham le fasse connaître après 1911.

Pourquoi les Espagnols ne l’ont-ils pas détruit ?

Aucun chroniqueur espagnol ne l’a mentionné, probablement parce qu’il avait perdu son importance et avait été abandonné après la conquête. Il a donc échappé à la destruction des sanctuaires incas.

Combien de personnes y vivaient ?

Selon les estimations, il comptait au plus environ 750 résidents, surtout des personnes au service du domaine. Il y avait davantage de monde lorsque le souverain et sa cour venaient y séjourner.

Quand a-t-il été construit ?

On situait traditionnellement sa construction vers 1450, sous Pachacuti. Mais des datations au carbone 14 publiées en 2021 indiquent une occupation d’environ 1420 à 1532.

À quoi servait l’Intihuatana ?

Personne ne le sait exactement. C’est un rocher sculpté sur place qui avait une grande importance rituelle, peut-être liée à l’observation du soleil ou aux hommages rendus aux montagnes environnantes.

« Machu Picchu » est-il son nom d’origine ?

Probablement pas. Les recherches d’Amado Gonzales et de Bauer suggèrent que les Incas appelaient la cité Picchu ou Huayna Picchu.

Pourquoi les collections de Yale ont-elles suscité une controverse ?

Le Pérou considérait comme un prêt les objets et les restes humains exhumés en 1912–1915. Yale les a conservés près d’un siècle avant de les restituer en 2011–2012.

Sources et lectures complémentaires

  1. Historic Sanctuary of Machu Picchu. UNESCO World Heritage Centre
  2. Machu Picchu. Wikipedia
  3. Hiram Bingham III. Wikipedia
  4. Pachacuti. Wikipedia
  5. Inca road system. Wikipedia
  6. Richard L. Burger, Lucy C. Salazar, Jason Nesbitt, Eden Washburn, Lars Fehren-Schmitz, New AMS dates for Machu Picchu: results and implications. Antiquity 95 (383), 2021
  7. Lucy C. Salazar et al., Insights into the genetic histories and lifeways of Machu Picchu’s occupants. Science Advances, 2023
  8. Donato Amado Gonzales, Brian S. Bauer, The Ancient Inca Town Named Huayna Picchu. Ñawpa Pacha 42 (1), 2021
  9. Richard L. Burger, Lucy C. Salazar (eds.), Machu Picchu: Unveiling the Mystery of the Incas. Yale University Press, 2004
  10. Kenneth R. Wright, Alfredo Valencia Zegarra, Machu Picchu: A Civil Engineering Marvel. ASCE Press, 2000

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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