Patrimoine

Angkor Vat

អង្គរវត្ត

v. 1113–1150 · Angkor (Empire khmer)

En une phrase

Angkor Vat est un immense temple de pierre au Cambodge, construit il y a environ 900 ans par un roi khmer pour le dieu Vishnou, puis utilisé par les bouddhistes, comme il l’est encore aujourd’hui.

Angkor Vat
Image: Bjørn Christian Tørrissen · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Imagine une montagne de pierre construite à la main. Elle a cinq tours en forme de boutons de lotus, de longs couloirs couverts de sculptures et un large fossé rempli d’eau tout autour, comme un château. C’est Angkor Vat, au Cambodge, en Asie du Sud-Est.

Il y a environ 900 ans, un roi nommé Suryavarman II a ordonné sa construction. Des milliers d’ouvriers ont taillé de gros blocs de pierre dans des collines situées à environ 40 kilomètres. Ils les ont transportés jusqu’au chantier et empilés avec tant de soin que la majeure partie du temple est encore debout.

Les murs ressemblent à une immense bande dessinée en pierre. On y voit une armée de singes aider un héros à sauver une princesse, des dieux et des démons tirer sur un énorme serpent, et le roi monter un éléphant. Plus de mille déesses sculptées y portent aussi des coiffures et des bijoux différents.

Au début, le temple était consacré à Vishnou, un dieu hindou. Plus tard, beaucoup de Cambodgiens sont devenus bouddhistes. Des moines sont venus vivre et prier dans le temple. Ils y sont restés : Angkor Vat est un lieu de prière depuis des centaines d’années.

Aujourd’hui, Angkor Vat est si important pour les Cambodgiens qu’il figure sur leur drapeau. Chaque matin, des visiteurs attendent dans le noir pour voir le soleil se lever derrière ses tours.

En bref

Construction
Début du XIIe siècle, sous le règne de Suryavarman II (1113–v. 1150) ; certaines sculptures sont restées inachevées
Lieu
Angkor, près de Siem Reap, dans le nord-ouest du Cambodge
Bâtisseurs
Empire khmer (époque angkorienne, v. IXe–XVe siècle)
Dédicace d’origine
Vishnou (hindouisme) ; le temple est progressivement devenu un lieu du bouddhisme theravāda entre le XIVe et le XVIe siècle environ
Matériaux
Grès des monts Kulen (à environ 40 km), sur une structure de latérite et de terre
Dimensions
Douves d’environ 190 m de large autour d’une enceinte d’environ 1,5 × 1,3 km ; tour centrale haute d’environ 65 m au-dessus du sol
UNESCO
Fait partie du site du patrimoine mondial « Angkor », inscrit en 1992 (sur la Liste du patrimoine mondial en péril de 1992 à 2004)
Importance
Le plus grand monument religieux du monde et un sommet de l’architecture classique khmère et de la sculpture en relief

Facile

Qu’est-ce qu’Angkor Vat ?

Angkor Vat est un ensemble de temples situé dans le nord-ouest du Cambodge, à quelques kilomètres au nord de la ville actuelle de Siem Reap. Il se trouve dans la région d’Angkor, qui fut pendant plusieurs siècles le cœur de l’Empire khmer, l’un des plus vastes États de l’histoire de l’Asie du Sud-Est. Son nom actuel signifie simplement « le temple (vat) de la ville (angkor) » ; les deux mots viennent du sanskrit ou du pali (nagara, « ville », et vāṭa, « enceinte »).

Il fut construit dans la première moitié du XIIe siècle pour le roi Suryavarman II. C’était son temple d’État, consacré au dieu hindou Vishnou. Aucun texte de fondation n’a conservé son nom d’origine, mais il se peut qu’il se soit appelé Vrah Viṣṇuloka, « le monde sacré de Vishnou », un nom qui rappelle le nom posthume du roi, Paramaviṣṇuloka, « celui qui a rejoint le monde suprême de Vishnou ».

Contrairement à la plupart des temples d’Angkor, Angkor Vat n’a jamais été entièrement abandonné. À partir du XIVe siècle environ, il est devenu un monastère bouddhiste theravāda et un lieu de pèlerinage. Des moines y vivent et y prient encore. Cette utilisation continue explique en partie pourquoi il s’est mieux conservé que beaucoup de temples voisins envahis par la forêt.

Aujourd’hui, c’est un symbole national du Cambodge. Il figure sur le drapeau, les billets de banque et d’innombrables logos, et constitue le monument le plus emblématique du site d’Angkor inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

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Facile

Comment comprendre le plan : une montagne des dieux

Angkor Vat représente l’univers dans la pierre. Dans la cosmologie hindoue et bouddhique, le mont Meru, demeure des dieux, se dresse au centre du monde, entouré de chaînes de montagnes et d’océans. Le temple reprend cette image : les douves représentent l’océan cosmique, les murs d’enceinte les chaînes de montagnes et les cinq tours centrales les cinq sommets du Meru. Les architectes khmers construisaient ainsi des temples-montagnes : des pyramides à degrés surmontées de sanctuaires.

Les visiteurs entrent généralement par l’ouest. Ils franchissent les douves sur une longue chaussée de pierre bordée de balustrades en forme de nāgas, des serpents à plusieurs têtes qui protègent l’eau et les passages. Une grande porte monumentale, ou gopura, percée dans le mur extérieur mène à une seconde chaussée longue d’environ 350 m. Elle est flanquée de deux petits bâtiments généralement appelés « bibliothèques » et de deux bassins ajoutés plus tard.

Le temple proprement dit s’élève en trois galeries rectangulaires emboîtées, chacune plus haute que la précédente. La galerie extérieure (environ 187 × 215 m) porte les célèbres panneaux sculptés. Un cloître en forme de croix, le Preah Poan, la relie au deuxième niveau, dont les murs sont couverts de divinités féminines sculptées. On accède au niveau le plus intérieur, le Bakan, par des escaliers très raides. Cette pente est souvent interprétée comme un rappel de la difficulté d’atteindre le royaume des dieux. Au sommet, quatre tours d’angle entourent la tour centrale, selon une disposition en quinconce, comme les cinq points d’une face de dé.

Parcourir le temple, c’est avancer vers l’intérieur et monter : du monde ordinaire situé au-delà des douves, on passe par des espaces de plus en plus réservés jusqu’au sanctuaire central obscur où se dressait autrefois une image de Vishnou. Les gens ordinaires n’avaient probablement accès qu’aux parties extérieures, tandis que les niveaux supérieurs étaient réservés aux prêtres et à la cour.

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Facile

Les galeries sculptées et les déesses dansantes

Les murs de la galerie extérieure portent l’une des plus longues suites continues de reliefs sculptés au monde, sur plusieurs centaines de mètres. Un bas-relief est une sculpture dont les formes ne dépassent que légèrement d’une surface plane, comme une image qui ressort de la pierre. Les panneaux se lisent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, à partir de l’angle nord-ouest. Cette particularité fait l’objet d’un débat scientifique évoqué plus loin.

La galerie ouest montre la bataille de Lanka, tirée du Ramayana, où Rama et son armée de singes combattent le roi démon Ravana, ainsi que la bataille de Kurukshetra, tirée du Mahabharata, la grande guerre entre les Pandava et les Kaurava. La galerie sud présente la seule scène historique : un défilé de la cour et de l’armée de Suryavarman II, le roi siégeant sous quinze parasols. Vient ensuite une représentation des paradis et des enfers où les morts sont jugés.

La galerie est abrite le panneau le plus célèbre, le Barattage de la mer de lait. Les dieux (deva) et les démons (asura) tirent sur le corps du serpent Vasuki, enroulé autour d’une montagne posée sur une tortue, avatar de Vishnou. Le barattage fait surgir de l’océan des trésors, dont l’amṛta, nectar d’immortalité, et les danseuses célestes appelées apsarā. Des parties des galeries nord et est furent sculptées bien plus tard, au XVIe siècle, pour achever ce que les premiers artisans avaient laissé vide.

Sur les niveaux supérieurs se trouvent partout des devatā, divinités féminines sculptées presque à taille humaine, seules ou en groupes. Plus de 1 700 ont été répertoriées. Leurs couronnes, coiffures, bijoux et vêtements sont si variés que l’artiste française Sappho Marchal, qui les étudia dans les années 1920, conclut qu’ils s’inspiraient des modes de la cour d’Angkor. Pour les Cambodgiens d’aujourd’hui, ces figures inspirent aussi la danse classique.

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Intermédiaire

Comment il fut construit : pierre, eau et travail humain

Au XIIe siècle, les bâtisseurs khmers étaient passés de la brique au grès pour leurs monuments les plus importants. Les surfaces visibles d’Angkor Vat sont faites d’un grès à grain fin extrait des monts Kulen (Phnom Kulen), à environ 40 km au nord-est. Les parties porteuses cachées, les fondations et le mur d’enceinte extérieur utilisent de la latérite, un sol rougeâtre riche en fer que l’on peut tailler en blocs lorsqu’il est humide et qui durcit à l’air. L’ensemble repose sur une immense plateforme de sable et de terre compactés.

Selon les estimations, des millions de blocs de grès furent employés, dont beaucoup pesaient plus d’une tonne. Ils furent très probablement transportés par voie d’eau : l’étude d’images satellites a révélé d’anciens canaux reliant les carrières des monts Kulen à Angkor, ce qui aurait permis d’acheminer les pierres sur des radeaux pendant une grande partie du trajet. Les petits trous visibles dans de nombreux blocs auraient accueilli des chevilles servant à les soulever et à les mettre en place.

Les bâtisseurs khmers n’utilisaient pas de véritables arcs. Le toit de leurs galeries forme des voûtes en encorbellement : chaque rangée de pierres avance un peu plus vers l’intérieur que celle du dessous, jusqu’à ce que les deux côtés se rejoignent. Les blocs étaient ajustés avec une extrême précision, généralement sans mortier, et certains étaient reliés par des agrafes de fer. Les sculptures furent réalisées une fois les blocs posés, ce qui explique pourquoi les reliefs se poursuivent sans interruption d’un bloc à l’autre.

Aucun document ne précise combien de personnes travaillèrent sur le temple. Cependant, des calculs fondés sur le volume de pierre et le temps disponible suggèrent que plusieurs milliers de personnes y travaillèrent pendant des décennies, parmi lesquelles des carriers, des bateliers, des maçons et des sculpteurs très qualifiés. Les inscriptions d’autres temples angkoriens énumèrent les villages et les personnes chargés de leur fournir travail, riz et biens. La construction et l’entretien étaient donc probablement organisés grâce à ce même système d’obligations des communautés envers les temples et l’État.

L’eau faisait partie du projet, au-delà de son rôle décoratif. Les douves, larges d’environ 190 m et longues de plus de 5 km sur leur pourtour, contribuaient à stabiliser les fondations sableuses en maintenant le niveau de la nappe souterraine. Elles reliaient aussi le temple au vaste réseau de canaux et de réservoirs (baray) qui gérait les pluies de mousson autour d’Angkor.

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Intermédiaire

Contexte historique : l’Empire khmer et le monde du XIIe siècle

La date traditionnelle de fondation de l’Empire khmer est 802 de notre ère. Selon une inscription rédigée bien plus tard, Jayavarman II se fit alors consacrer souverain universel sur les monts Kulen. Au fil des siècles suivants, plusieurs rois bâtirent des capitales, des réservoirs et des temples-montagnes dans la région d’Angkor. À son apogée, l’influence de l’empire s’étendait sur une grande partie des territoires actuels du Cambodge, de la Thaïlande, du Laos et du sud du Viêt Nam.

Suryavarman II accéda au pouvoir vers 1113, après une période de rivalités pour le trône. Les inscriptions le décrivent comme un roi guerrier qui mena des campagnes contre le Đại Việt (nord du Viêt Nam) et le Champa (centre du Viêt Nam), et envoya des missions à la cour des Song en Chine. Il s’appuyait sur un puissant prêtre brahmane, Divākarapaṇḍita, qui procéda à sa consécration. Angkor Vat, son temple d’État, fut le projet le plus ambitieux de son règne. Les travaux s’arrêtèrent vers sa mort, aux alentours de 1150, laissant certains reliefs inachevés.

Ailleurs dans le monde, entre les années 1110 et 1150, la Chine des Song perdit sa capitale du nord au profit des Jin jürchen (1127) et se rétablit dans le sud ; le royaume de Pagan construisait des temples en Birmanie ; la cour de Goryeo, en Corée, compilait le Samguk sagi (1145) ; des États croisés étaient établis au Levant ; et l’architecture gothique commençait à apparaître en France. Angkor Vat appartient à cette époque de grands édifices religieux à travers l’Eurasie, tout en puisant surtout dans les traditions de l’Asie du Sud et du Sud-Est.

Ces traditions parvinrent au Cambodge grâce à des siècles de commerce et d’échanges avec le sous-continent indien. Les études anciennes appelaient ce processus « indianisation », comme si la culture indienne avait simplement été transplantée. La plupart des historiens soulignent aujourd’hui le rôle actif des Khmers : les souverains et les prêtres choisirent des textes sanskrits, des divinités hindoues et bouddhiques et des idées architecturales indiennes, puis les associèrent à la langue khmère, aux cultes des ancêtres et à leurs conceptions de la royauté pour créer une civilisation bien à eux.

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Intermédiaire

Signification religieuse : de Vishnou au Bouddha

La plupart des temples d’État khmers plus anciens honoraient Shiva, souvent sous la forme d’un linga, pilier stylisé symbolisant le dieu. La dédicace d’Angkor Vat à Vishnou reflète la dévotion vishnouite de Suryavarman II. Une grande statue de pierre représentant Vishnou avec huit bras, aujourd’hui appelée Ta Reach et vénérée dans la porte ouest, se dressait peut-être autrefois dans le sanctuaire central, sans que cela soit certain.

La royauté khmère était étroitement liée aux dieux. Un roi bâtissait un temple-montagne comme centre de son royaume et s’associait à sa divinité, de son vivant et après sa mort. On a longtemps pensé que le culte particulier du « dieu-roi » (devarāja) signifiait que les rois étaient vénérés comme des dieux. Beaucoup de chercheurs estiment aujourd’hui que ce terme désignait une divinité protectrice du royaume et que la relation entre le roi et le dieu était plus complexe qu’une simple divinisation.

Après le sac d’Angkor par les forces du Champa en 1177, Jayavarman VII rétablit le royaume et plaça le bouddhisme mahāyāna au cœur de la religion royale. Il construisit la nouvelle capitale fortifiée d’Angkor Thom et son temple d’État, le Bayon. Au cours des siècles suivants, le bouddhisme theravāda, pratiqué au Sri Lanka et dans une grande partie de l’Asie du Sud-Est continentale, devint la religion de la majorité des Khmers.

Angkor Vat fut adapté, et non abandonné. Les portes ouvertes du sanctuaire central furent murées et ornées de bouddhas debout sculptés. Les pèlerins déposèrent des milliers d’images du Bouddha dans le cloître du Preah Poan. La tradition locale donna au temple une place dans les récits bouddhiques. Des visiteurs japonais du XVIIe siècle l’identifièrent même à Jetavana, le monastère du Bouddha en Inde. Pour les Cambodgiens d’aujourd’hui, c’est un lieu sacré bouddhique où l’on accomplit des actes méritoires et des pèlerinages, tout en continuant à voir son imagerie hindoue.

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Intermédiaire

Histoire ultérieure : un temple jamais vraiment « perdu »

L’envoyé chinois Zhou Daguan séjourna à Angkor en 1296–1297 et rédigea le seul témoignage oculaire conservé sur la ville à la fin de sa période de prospérité. Il décrivit les cortèges royaux, les marchés, les fêtes et les spécialistes religieux. Il mentionna également un grand monument de pierre ressemblant à un tombeau au sud de la ville, généralement identifié comme Angkor Vat.

Aux XIVe et XVe siècles, Angkor affronta le royaume thaï d’Ayutthaya. Les chroniques thaïes rapportent une prise d’Angkor en 1431, bien que la date exacte soit incertaine. Par la suite, le centre du pouvoir royal khmer se déplaça vers le sud, dans la région de Phnom Penh. Les historiens débattent du rôle respectif des guerres, de l’évolution du commerce maritime en faveur de la région du Mékong et des difficultés du système hydraulique d’Angkor pendant une période de moussons irrégulières.

Angkor Vat lui-même resta utilisé. Au XVIe siècle, un roi khmer fit achever les panneaux de reliefs inachevés. Des voyageurs portugais en entendirent parler : le frère capucin António da Madalena le visita vers 1586 et décrivit un temple « sans pareil au monde ». Des pèlerins japonais vinrent au XVIIe siècle et laissèrent des inscriptions à l’encre sur les piliers, dont une de Morimoto Ukondayu Kazufusa datée de 1632.

Le récit populaire selon lequel l’explorateur français Henri Mouhot aurait « découvert » en 1860 un temple perdu dans la jungle est donc trompeur. Ses notes de voyage, publiées après sa mort en 1864, firent connaître Angkor en Europe, mais les habitants et les moines l’avaient toujours connu, et d’autres Européens s’y étaient rendus avant lui. La France fit du Cambodge un protectorat en 1863 ; les provinces du nord-ouest où se trouve Angkor passèrent du Siam au Cambodge sous administration française en 1907.

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Intermédiaire

Restauration, guerre et conservation aujourd’hui

En 1908, l’École française d’Extrême-Orient (EFEO) créa la Conservation d’Angkor pour dégager la végétation, étudier les monuments et les réparer. À partir des années 1930, les restaurateurs français adoptèrent l’anastylose, une méthode mise au point dans les Indes orientales néerlandaises : on démonte une structure pierre par pierre, on consolide ses fondations, puis on remet les blocs d’origine en place, en n’ajoutant de nouveaux matériaux que lorsque c’est nécessaire et en les rendant reconnaissables. D’importants travaux se poursuivirent à Angkor Vat jusque dans les années 1960.

La guerre civile et le régime des Khmers rouges (1975–1979) interrompirent la conservation. Le monument subit relativement peu de dommages directs dus à la guerre. Cependant, dans les années 1980 et au début des années 1990, des pilleurs découpèrent des têtes et emportèrent des statues dans de nombreux temples angkoriens pour le marché international de l’art. Entre 1986 et 1992, l’Archaeological Survey of India mena des travaux de nettoyage et de réparation à Angkor Vat. Certains traitements chimiques alors employés furent ensuite critiqués pour leurs effets nocifs sur la surface de la pierre, tout comme l’usage antérieur du ciment.

En 1992, l’UNESCO inscrivit Angkor sur la Liste du patrimoine mondial et, simultanément, sur la Liste du patrimoine mondial en péril ; le site fut retiré de cette dernière en 2004. Depuis 1993, un Comité international de coordination (CIC-Angkor), coprésidé par la France et le Japon, coordonne les travaux de nombreux pays, tandis que l’Autorité nationale APSARA, créée en 1995, gère le site. Le projet allemand de conservation des apsarā, par exemple, étudie l’altération des reliefs de devatā sous l’effet des sels, des pellicules microbiennes et de l’eau.

Les défis actuels comprennent le tourisme de masse (plus de deux millions de visiteurs par an avant la pandémie de COVID-19), la pression exercée sur les eaux souterraines par les hôtels de Siem Reap et la situation des communautés vivant dans le parc patrimonial. En 2022–2023, les autorités ont déplacé des milliers de familles de la région d’Angkor vers une nouvelle zone d’habitation. Le gouvernement a présenté cette mesure comme nécessaire à la conservation, tandis que des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, l’ont dénoncée comme une expulsion forcée. La manière de protéger le monument tout en respectant les personnes dont la vie et la religion lui sont liées reste une question ouverte.

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Intermédiaire

Influence et héritage

Angkor Vat donne son nom à ce que les historiens de l’art appellent le « style d’Angkor Vat », phase classique de l’architecture khmère caractérisée par ses tours en boutons de lotus, ses galeries axiales, ses terrasses en forme de croix et son décor dense mais ordonné. Son organisation en galeries concentriques autour d’un temple-montagne influença les temples khmers ultérieurs et, de manière moins directe, l’architecture religieuse des royaumes thaïs et lao voisins.

À l’époque coloniale, Angkor Vat devint un symbole de l’empire français autant que du Cambodge. La France le reproduisit sous forme de moulages en plâtre et de pavillons grandeur nature lors d’expositions coloniales et universelles à Paris et à Marseille entre 1889 et 1937, présentant la domination française comme le salut d’une civilisation déchue. Les nationalistes cambodgiens firent, à leur tour, du temple l’emblème de leur histoire et de leur indépendance.

Depuis le milieu du XIXe siècle, chaque drapeau national cambodgien porte l’image d’un temple, généralement Angkor Vat, quel que soit le régime politique. Pour les Cambodgiens, il relie l’identité actuelle au passé angkorien ; pour les communautés bouddhistes, il reste un sanctuaire vivant. C’est aussi l’un des sites patrimoniaux les plus visités d’Asie : cette fréquentation apporte des revenus et suscite de la fierté, mais entraîne également les pressions décrites plus haut.

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Avancé

Débats scientifiques et questions ouvertes

Pourquoi est-il orienté vers l’ouest ? Presque tous les temples angkoriens s’ouvrent vers l’est, direction du soleil levant. L’orientation occidentale d’Angkor Vat et la lecture de ses reliefs dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (prasavya, à l’inverse de la circumambulation habituelle dans le sens des aiguilles d’une montre) ont conduit des chercheurs comme George Cœdès et Maurice Glaize à penser qu’il avait été construit comme temple funéraire de Suryavarman II, car l’ordre inversé est associé aux rites funéraires. D’autres rappellent que plusieurs temples sont orientés vers l’ouest et que cette direction est associée à Vishnou : l’orientation pourrait donc exprimer la dédicace plutôt qu’une fonction funéraire. Ces deux interprétations peuvent coexister : le temple pouvait être à la fois consacré à Vishnou et destiné à la vénération du roi après sa mort.

Astronomie et mesures. Dans les années 1990, l’historienne de l’architecture Eleanor Mannikka a proposé que les dimensions du temple, exprimées dans une unité de longueur khmère (hat), codent des cycles calendaires et cosmologiques, et que certaines lignes de visée indiquent les levers du soleil aux solstices et aux équinoxes. Il est largement admis que l’axe principal est aligné de façon à ce que, aux équinoxes, le soleil se lève au-dessus de la tour centrale lorsqu’on l’observe depuis l’entrée ouest. Les interprétations numériques plus détaillées ont suscité de l’intérêt, mais aussi du scepticisme : parmi tant de mesures, certaines correspondances peuvent être dues au hasard. Les spécialistes rejettent les affirmations populaires qui relient Angkor aux constellations ou à des civilisations perdues.

Un temple ou une ville ? Les études anciennes imaginaient l’espace situé à l’intérieur des douves comme une enceinte sacrée vide. Depuis 2012, le lidar aéroporté (un balayage laser qui « voit » la surface du sol à travers la végétation) et les fouilles menées par des équipes comprenant Roland Fletcher, Damian Evans et Miriam Stark ont révélé un quadrillage de tertres, de bassins et de routes à l’intérieur de l’enceinte. Cela suggère qu’une population résidente, peut-être plusieurs milliers de personnes au service du temple et leurs familles, vivait là dans des maisons de bois et de chaume aujourd’hui disparues. Le lidar a aussi mis en évidence les traces de structures plus anciennes, construites puis démolies pendant les travaux.

La ville hydraulique et le déclin d’Angkor. Au milieu du XXe siècle, Bernard-Philippe Groslier décrivit Angkor comme une « ville hydraulique » dont les vastes réservoirs irriguaient les rizières et soutenaient le pouvoir royal. Ses contradicteurs estimaient que les baray étaient trop petits ou trop mal reliés entre eux pour irriguer de grandes surfaces, et qu’ils avaient surtout une fonction religieuse. Les recherches plus récentes reconnaissent l’existence d’un réseau hydraulique vaste et réel, mais lui attribuent principalement des fonctions de maîtrise des crues et de distribution de l’eau. Elles relient sa dégradation à des décennies de sécheresses et de fortes moussons aux XIVe et XVe siècles, mises en évidence par l’étude des cernes des arbres. La plupart des historiens expliquent aujourd’hui le déplacement de la capitale par plusieurs causes qui se sont combinées plutôt que par une seule catastrophe.

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Avancé

Sources et méthodes : comment savons-nous ce que nous savons ?

Les inscriptions. L’histoire angkorienne est reconstituée principalement grâce à plus d’un millier d’inscriptions sur pierre rédigées en sanskrit (généralement des vers louant les rois et les dieux) et en vieux khmer (généralement des textes en prose consignant des dons, des terres et du personnel). Leur déchiffrement et leur publication, surtout par George Cœdès dans les nombreux volumes des Inscriptions du Cambodge, ont établi la chronologie des rois encore utilisée aujourd’hui. Angkor Vat ne possède toutefois aucune stèle de fondation. Sa datation repose sur des indices indirects : les courtes légendes des reliefs de la galerie sud qui nomment Suryavarman II par son titre posthume (ce qui montre qu’elles furent écrites après sa mort), des inscriptions relatives à son règne trouvées ailleurs, ainsi que le style de l’architecture et des sculptures.

Les témoignages extérieurs. Le récit de Zhou Daguan sur son séjour de 1296–1297 (connu en chinois sous le titre Zhenla fengtu ji) est la seule description détaillée de la vie quotidienne à Angkor. Il est précieux, mais doit être lu avec un regard critique, car il fut rédigé par un envoyé étranger pour un public chinois. Des sources portugaises, espagnoles et japonaises des XVIe et XVIIe siècles, ainsi que des inscriptions khmères plus tardives du temple, attestent la continuité de son utilisation.

L’archéologie et les sciences. Depuis les années 1990, les fouilles, la datation au carbone 14 de charbons et de bois, l’analyse des sédiments des réservoirs, l’étude des cernes des arbres pour reconstituer le climat passé et la télédétection (images satellites, radar à pénétration de sol et lidar) ont transformé la recherche. L’attention s’est élargie des temples et des rois à l’ensemble du paysage urbain, à l’agriculture et à la gestion de l’eau.

Les précautions méthodologiques. Une grande partie de ce que voient les visiteurs résulte des restaurations du XXe siècle. Il faut donc comparer les détails architecturaux aux photographies anciennes et aux rapports de fouilles avant de les considérer comme d’origine. L’interprétation des reliefs dépend aussi des textes auxquels les chercheurs les confrontent : les versions khmères du Ramayana (le Reamker) diffèrent des versions indiennes, et les scènes doivent être lues à la lumière des traditions khmères autant que sanskrites. Enfin, la vision coloniale d’Angkor comme une « civilisation perdue » redécouverte par les Européens marque encore les récits populaires ; les recherches récentes lui substituent délibérément une histoire de continuité.

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Idées clés

Temple-montagne
Forme habituelle d’un temple d’État khmer : une pyramide à degrés surmontée de sanctuaires et représentant le mont Meru, centre de l’univers.
Mont Meru
Montagne cosmique au centre du monde dans la cosmologie hindoue et bouddhique, demeure des dieux entourée d’océans et de chaînes de montagnes ; les douves, les murs et les cinq tours d’Angkor Vat la représentent.
Mécénat royal et royauté divine
Les rois khmers construisaient des temples pour inscrire leur pouvoir dans l’ordre sacré ; le roi était associé au dieu du temple de son vivant et après sa mort, même si les chercheurs débattent du sens exact de cette association.
Continuité du culte
Angkor Vat est passé d’un temple hindou consacré à Vishnou à un sanctuaire bouddhiste theravāda sans être abandonné, ce qui explique sa meilleure conservation par rapport à de nombreux autres temples.
Eau et urbanisme
Les douves, les canaux et les réservoirs occupaient une place centrale dans les villes d’Angkor. Ils servaient à maîtriser les crues, à stocker l’eau et à exprimer des idées religieuses ; leur gestion et leurs défaillances sont essentielles pour comprendre l’histoire d’Angkor.
Rôle actif des Khmers
Les bâtisseurs khmers ont adapté les idées religieuses et artistiques venues d’Inde pour créer une civilisation khmère originale.
Patrimoine et habitants
La conservation d’Angkor concerne les experts internationaux, l’État cambodgien, les moines, les habitants et les touristes, dont les intérêts ne coïncident pas toujours.

Notices

  1. 802 apr. J.-C. — Jayavarman II est consacré souverain universel sur les monts Kulen, date traditionnelle de la fondation de l’Empire khmer.
  2. v. 1113 — Suryavarman II accède au pouvoir ; la construction d’Angkor Vat commence au début de son règne.
  3. v. 1150 — Mort de Suryavarman II ; les travaux du temple s’arrêtent et certains reliefs restent inachevés.
  4. 1177 — Les forces du Champa mettent Angkor à sac.
  5. 1181 — Jayavarman VII est couronné et place le bouddhisme mahāyāna au cœur de la religion royale ; il construit Angkor Thom et le Bayon.
  6. 1296 — L’envoyé chinois Zhou Daguan arrive à Angkor (il y reste jusqu’en 1297) et rédige plus tard une description de la ville.
  7. v. 1431 — Selon les chroniques thaïes, Ayutthaya prend Angkor ; le centre du pouvoir royal khmer se déplace ensuite vers le sud.
  8. v. 1586 — Le frère portugais António da Madalena visite Angkor Vat ; il compte parmi les premiers visiteurs européens connus.
  9. 1632 — Le visiteur japonais Morimoto Ukondayu Kazufusa laisse une inscription à l’encre dans le temple.
  10. 1860 — Henri Mouhot visite Angkor ; ses notes, publiées en 1864, le font connaître en Europe.
  11. 1908 — L’École française d’Extrême-Orient crée la Conservation d’Angkor.
  12. 1992 — Angkor est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (et sur la Liste du patrimoine mondial en péril, jusqu’en 2004).

Glossaire

Khmer
Peuple majoritaire du Cambodge et sa langue ; le terme désigne aussi l’empire de l’époque angkorienne.
Bas-relief
Sculpture dont les figures ne dépassent que légèrement d’une surface plane.
Gopura
Pavillon d’entrée monumental ou porte percée dans le mur d’un temple.
Devatā / apsarā
Divinités féminines (devatā) et danseuses célestes (apsarā) sculptées sur les murs des temples ; les deux termes sont souvent employés de manière imprécise pour désigner les mêmes figures.
Nāga
Esprit serpent, souvent à plusieurs têtes, associé à l’eau et à la protection ; il orne les balustrades des chaussées.
Quinconce
Disposition de cinq points, quatre aux coins d’un carré et un au centre, comme les tours d’Angkor Vat.
Latérite
Sol rougeâtre riche en fer, que l’on peut tailler en blocs et qui durcit à l’air ; utilisé pour les fondations et les parties cachées des constructions.
Voûte en encorbellement
Toit construit en avançant chaque rangée de pierres un peu plus vers l’intérieur jusqu’à la rencontre des deux côtés, sans véritable arc.
Baray
Grand réservoir rectangulaire construit à Angkor par les souverains khmers.
Anastylose
Méthode de restauration consistant à démonter puis à reconstruire un monument avec ses pierres d’origine, en ajoutant de nouveaux matériaux seulement là où c’est nécessaire.
Lidar
Balayage laser aéroporté qui cartographie le sol sous la végétation et révèle d’anciennes routes, des bassins et des plateformes de bâtiments.
Theravāda
Branche du bouddhisme dominante au Sri Lanka, au Cambodge, en Thaïlande, au Laos et au Myanmar.

Questions et réponses

Quel âge a Angkor Vat ?

Environ 900 ans. Il fut construit dans la première moitié du XIIe siècle, sous le règne de Suryavarman II (environ 1113–1150).

Qui a construit Angkor Vat ?

Des ouvriers et des artistes khmers de l’Empire khmer, sur l’ordre du roi Suryavarman II. Il n’a pas été bâti par des étrangers ni par un peuple « disparu » : les Khmers sont les ancêtres des Cambodgiens d’aujourd’hui.

Angkor Vat est-il hindou ou bouddhiste ?

Les deux, à différentes époques. Il fut construit comme temple hindou consacré à Vishnou, puis devint progressivement un lieu du bouddhisme theravāda à partir du XIVe siècle environ. C’est aujourd’hui un lieu de culte bouddhiste.

Combien de temps sa construction a-t-elle duré ?

Environ trente à quarante ans, pendant le règne du roi. Les travaux s’arrêtèrent à sa mort, laissant certaines sculptures inachevées jusqu’au XVIe siècle.

Angkor Vat a-t-il été perdu ?

Non. Il est resté un monastère bouddhiste et un lieu de pèlerinage. Des Européens arrivés au XIXe siècle, comme Henri Mouhot, l’ont fait connaître en Europe, mais les Cambodgiens l’ont toujours connu.

Pourquoi Angkor Vat est-il orienté vers l’ouest ?

On ne le sait pas avec certitude. De nombreux chercheurs pensent qu’il s’agissait du temple funéraire du roi, car l’ouest est associé à la mort et les reliefs se lisent dans le sens inverse de l’ordre habituel. D’autres pensent que cette orientation rend hommage à Vishnou.

Pourquoi Angkor Vat figure-t-il sur le drapeau cambodgien ?

C’est le plus grand monument du passé angkorien et un emblème national du Cambodge depuis le XIXe siècle. Il symbolise la continuité historique et l’identité nationale.

Quelles sont les principales sources scientifiques sur son histoire ?

Les inscriptions en khmer et en sanskrit (éditées principalement par George Cœdès), le récit de Zhou Daguan au XIIIe siècle, l’analyse de l’art, les fouilles et la télédétection, notamment par lidar.

Sources et lectures complémentaires

  1. Angkor. UNESCO World Heritage Centre
  2. Angkor Wat. Wikipedia
  3. Angkor. Wikipedia
  4. Khmer Empire. Wikipedia
  5. Suryavarman II. Wikipedia
  6. Angkor Wat. Encyclopaedia Britannica
  7. Henri Mouhot. Wikipedia
  8. Zhou Daguan. Wikipedia
  9. Michael D. Coe, Angkor and the Khmer Civilization. Thames & Hudson, 2003
  10. Charles Higham, The Civilization of Angkor. Weidenfeld & Nicolson, 2001

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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