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Pour les jeunes lecteurs
Il y a environ 550 ans, dans la ville sainte de Varanasi, au bord du Gange, en Inde, vivait un tisserand nommé Kabir. Toute la journée, il travaillait sur son métier à tisser. Il faisait passer les fils dans un sens puis dans l’autre pour fabriquer du tissu. En travaillant, il inventait des chansons.
Les chansons de Kabir étaient courtes et surprenantes. Il disait que Dieu n’est pas caché dans un temple, une mosquée ou sur une montagne lointaine. Dieu est tout près, en toi, comme le parfum dans une fleur. Kabir se moquait des prêtres qui lisaient beaucoup de livres mais n’avaient pas d’amour dans le cœur. « Apprends seulement les quelques lettres du mot “amour”, disait-il, et tu seras plus sage que n’importe quel savant. »
À l’époque de Kabir, les gens étaient séparés par leur religion et par leur caste. Une caste était un groupe auquel on appartenait dès la naissance. Elle influençait le travail que l’on pouvait faire et les personnes avec qui l’on pouvait manger. Kabir disait que ces barrières avaient été créées par les humains, pas par Dieu. Il avait grandi dans une famille de tisserands musulmans, mais il chantait aussi Ram, un nom que les hindous donnent à Dieu. Il ne voulait pas appartenir à un seul camp.
Kabir ne savait probablement ni lire ni écrire. D’autres personnes ont appris ses chansons par cœur et les ont chantées. Elles ne les ont écrites que bien des années plus tard. Comme les gens aimaient ses chansons, ils en ont ajouté de nouvelles en les signant de son nom. Aujourd’hui, il est donc difficile de savoir lesquelles il a vraiment inventées.
Une histoire célèbre raconte qu’à la mort de Kabir, les hindous voulaient brûler son corps et les musulmans voulaient l’enterrer. Quand ils ont soulevé le tissu qui le recouvrait, ils n’ont trouvé que des fleurs. Ils se sont partagé les fleurs, et chaque groupe lui a rendu hommage à sa manière.
En bref
- Époque
- XVe siècle, peut-être jusqu’au début du XVIe ; des dates comme vers 1398-1448 et vers 1440-1518 ont toutes deux été proposées
- Lieu
- Varanasi (Bénarès, Kashi) ; selon la tradition, il est mort à Maghar, dans l’actuel Uttar Pradesh
- Origines
- Élevé dans une famille de julaha (tisserands musulmans) ; il travaillait comme tisserand
- Langue
- Une forme ancienne d’hindi mêlant plusieurs parlers (parfois appelée sadhukkari), avec des traits du bhojpuri, de l’awadhi, du braj et du khari boli
- Formes poétiques
- Sakhi (distiques), sabad ou pad (chants) et ramaini (courtes sections en vers)
- Principaux recueils
- Le Bijak (Kabir Panth), le Kabir Granthavali (Rajasthan, Dadu Panth) et des hymnes dans le Guru Granth Sahib des sikhs
- Tradition
- Une grande voix de la nirguna bhakti (dévotion à un Dieu sans forme) dans la tradition des sants
- Héritage
- Vénéré par les hindous, les musulmans et les sikhs ; le Kabir Panth le considère comme son fondateur
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Qui était Kabir ?
Kabir était un poète et maître spirituel qui vécut au XVe siècle à Varanasi et dans ses environs. Cette ville sacrée se trouve sur les rives du Gange, dans le nord de l’Inde. Il appartenait à une communauté de tisserands appelée julaha, convertie à l’islam probablement quelques générations seulement avant lui. Il gagnait sa vie sur son métier à tisser, et les images du tissage, du filage et du fil traversent sa poésie.
Il est l’un des poètes les plus aimés d’Asie du Sud. Les écoliers apprennent ses distiques ; on les cite dans les discours et les journaux. Des musiciens populaires, des chanteurs classiques et des groupes religieux les chantent du Rajasthan au Bengale et du Pendjab au Madhya Pradesh. Plus de cinq siècles après sa mort, son nom évoque toujours une parole franche sur la religion.
Kabir n’a fondé aucun temple et n’a écrit aucun livre. Son enseignement vivait dans les chants et les paroles transmis d’un interprète à l’autre. Beaucoup n’ont été mis par écrit qu’un siècle ou davantage après sa mort. Ses mots sont donc partout présents, mais l’homme qu’il fut reste difficile à connaître pour les historiens.
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La vie de Kabir dans les légendes
Presque tout ce que l’on raconte sur la vie de Kabir vient de légendes recueillies longtemps après son époque. Beaucoup figurent dans des hagiographies, des récits de la vie de saints écrits par ses disciples ou par d’autres communautés religieuses. Ces récits sont importants pour comprendre comment on s’est souvenu de lui, même s’ils ne peuvent pas être pris pour de simples faits historiques.
Selon une histoire très répandue, Kabir serait né d’une veuve brahmane qui l’aurait abandonné. Un tisserand musulman nommé Niru et sa femme Nima l’auraient trouvé bébé, flottant sur un lotus dans l’étang de Lahartara, près de Varanasi, puis l’auraient élevé. Cette histoire explique comment un tisserand musulman a pu exprimer une dévotion associée à des noms hindous de Dieu. Beaucoup de lecteurs modernes y voient une tentative de lui attribuer une naissance jugée honorable. Le Kabir Panth en raconte une autre version, dans laquelle il apparaît miraculeusement sur le lotus.
Une autre légende célèbre concerne son gourou. Kabir voulait devenir le disciple du grand maître vaishnava Ramananda, qui n’aurait normalement pas accepté un musulman. Kabir s’étendit donc sur les marches d’un ghât où l’on se baignait, avant l’aube. En descendant se baigner, Ramananda marcha sur lui et s’écria : « Ram ! Ram ! » Kabir reçut ce nom sacré comme son initiation. Les historiens doutent que les deux hommes aient vécu à la même époque, mais ce récit rattache Kabir à la dévotion à Ram, très répandue dans le nord de l’Inde.
D’autres légendes racontent que Kabir fut mis à l’épreuve devant Sikandar Lodi, sultan de Delhi, et sauvé par miracle, ou qu’il rencontra Guru Nanak, le fondateur du sikhisme. Selon la tradition, à la fin de sa vie, Kabir quitta volontairement Varanasi, où beaucoup croyaient que mourir apportait la libération, pour aller mourir à Maghar, ville censée entraîner une mauvaise renaissance. Il voulait ainsi montrer que ces croyances étaient fausses. Après sa mort, l’histoire des fleurs trouvées sous son linceul exprime sa place entre hindous et musulmans. Aujourd’hui, à Maghar, un samadhi hindou et une tombe musulmane se dressent côte à côte.
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À quoi ressemblent les poèmes de Kabir ?
La forme la plus connue de Kabir est la sakhi, un distique de deux vers, composé dans le mètre doha, qui énonce une vérité comme un proverbe. Le mot sakhi signifie « témoin » : chaque distique témoigne de quelque chose que le poète a vu. On peut rendre l’une des sakhis les plus célèbres ainsi : « Le monde entier a lu des livres jusqu’à mourir, sans que personne devienne savant ; lis seulement les deux lettres et demie de l’amour, et tu deviendras sage. » En hindi, le mot pour « amour », prem, s’écrit avec deux lettres et demie.
Ses poèmes plus longs, appelés sabad (« parole ») ou pad, sont des chants destinés à être interprétés. Ils s’adressent souvent aux « frères en quête » (sadho), à un pandit ou à un cadi. Beaucoup se terminent par une formule qui signe le poème, comme « Kabir dit : écoutez, frères en quête ». Une troisième forme, la ramaini, emploie un autre mètre pour des passages d’enseignement.
Les poèmes sont directs, drôles et souvent mordants. Kabir se moque de ceux qui se baignent dans des rivières sacrées mais restent impurs au-dedans, portent le cordon sacré ou prient bruyamment du haut des minarets, et égrènent un chapelet tandis que leur esprit vagabonde. Il puise ses images dans le marché, la cuisine, le lieu de crémation et, surtout, le métier à tisser. Sa langue est simple, mais certains poèmes sont des énigmes appelées ulatbamsi (« langage à l’envers »). Ils décrivent des scènes impossibles, comme une vache qui trait son veau ou un poisson qui grimpe à un arbre, pour bousculer les habitudes de pensée des auditeurs.
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Le monde de Kabir : Varanasi au XVe siècle
Varanasi, également appelée Bénarès ou Kashi, était et reste l’une des villes les plus saintes de l’hindouisme. C’était un centre du savoir brahmanique, des pèlerinages et des rites funéraires accomplis sur les ghâts du Gange. À l’époque de Kabir, la région était gouvernée par des dynasties musulmanes : d’abord le sultanat de Delhi et les sultans Sharqi de Jaunpur, puis, à partir de la fin du XVe siècle, les sultans Lodi de Delhi. Musulmans et hindous vivaient côte à côte, et des confréries soufies étaient actives dans les villes comme dans les campagnes.
La société était organisée selon les castes, une hiérarchie de groupes héréditaires (jati) qui déterminait le métier, le mariage et la pureté rituelle. Les tisserands formaient une communauté d’artisans de statut modeste. Beaucoup s’étaient convertis à l’islam, peut-être dans l’espoir d’échapper à certaines contraintes de caste, même si des distinctions semblables existaient aussi parmi les musulmans. Kabir se trouvait donc à l’écart aussi bien de l’élite brahmanique que des savants religieux musulmans (oulémas).
Cette période vit s’épanouir la bhakti, une forme de dévotion qui mettait l’accent sur une relation personnelle et aimante avec Dieu et contestait souvent l’autorité des prêtres et les barrières de caste. Les poètes de la bhakti employaient les langues régionales parlées par les gens ordinaires plutôt que le sanskrit ou le persan. Parmi les figures proches de l’époque de Kabir figuraient Ravidas, saint et travailleur du cuir à Varanasi, puis, une génération plus tard, Guru Nanak au Pendjab.
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L’enseignement de Kabir : un Dieu sans forme
Kabir est la voix la plus célèbre de la nirguna bhakti, la dévotion à un Dieu « sans qualités » ou sans forme. À la différence des fidèles de Krishna ou de Ram considéré comme un roi divin doté d’une histoire, d’une famille et d’images dans les temples, Kabir s’adresse à un Dieu que l’on ne peut ni représenter ni situer dans un lieu. Il l’appelle souvent Ram, mais son Ram n’est pas le héros du Ramayana. Il emploie aussi des noms comme Hari, Allah, Rahim et Sahib, et affirme que tous désignent une même réalité.
Pour Kabir, Dieu se trouve en soi. Il compare ceux qui cherchent Dieu en pèlerinage à un chevrotain porte-musc qui court dans la forêt à la recherche d’un parfum provenant de son propre corps. Le chemin vers Dieu passe par le Nom (nam), le souvenir de Dieu gardé dans le cœur ; par le vrai gourou, le maître qui éveille son disciple ; et par la Parole (shabad), un son ou une connaissance spirituelle qui dépasse le langage ordinaire. Ces idées puisent dans des traditions plus anciennes, surtout celle des yogis naths, mais aussi dans la dévotion vaishnava et peut-être dans le soufisme.
Cette religion intérieure explique la critique que Kabir fait des pratiques extérieures. Il rejetait le culte des idoles, les pèlerinages, le jeûne, les sacrifices d’animaux, la circoncision, l’autorité des Védas et du Coran en tant que livres, ainsi que la prétention des brahmanes et des mollahs à posséder une sainteté particulière. Il s’attaquait directement aux castes, demandant si le sang d’un brahmane était du lait tandis que celui des autres était du sang. Il parlait aussi souvent et avec force de la mort, pressant ses auditeurs de s’éveiller avant qu’il ne soit trop tard.
La poésie de Kabir ne se limite pas à la critique. De nombreux poèmes expriment l’attente, l’amour et la joie : l’âme y est une épouse qui attend son mari ; on y trouve l’ivresse de l’amour divin ou le silence de l’union. C’est cette alliance d’une critique ardente et d’une tendre dévotion qui a maintenu son œuvre vivante.
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Lire Kabir : le métier à tisser, le marché et le corps
L’un des chants les plus aimés parmi ceux attribués à Kabir, « Jhini jhini bini chadariya » (« Finement, finement tissée est l’étoffe »), décrit le corps humain comme une étoffe tissée par Dieu. Sa chaîne et sa trame sont faites de souffle, ses fils sont les canaux du corps, et il a fallu des mois pour la tisser. Dieux, sages et gens ordinaires l’ont portée et tachée ; seul le vrai fidèle l’a portée avec soin et l’a rendue à son créateur aussi propre qu’il l’avait reçue. Le chant fait du travail quotidien d’un tisserand une image de toute une vie humaine.
Le marché (bazar) est une autre image fréquente. La vie est une brève visite à une foire : les gens marchandent, paradent et se disputent, mais tous doivent partir à la tombée de la nuit, sans pouvoir emporter ce qu’ils y ont acheté. Kabir emploie aussi les images du potier qui façonne et casse les pots, du blanchisseur qui bat les vêtements pour les nettoyer, de l’orfèvre qui éprouve le métal dans le feu et du voleur qui guette le voyageur inattentif. Grâce à ces images, les artisans et les paysans qui n’étaient jamais allés à l’école pouvaient facilement retenir son enseignement.
La mort accompagne constamment Kabir. Beaucoup de sakhis décrivent Kal, le Temps ou la Mort, comme un chasseur toujours proche et avertissent que le corps ressemble à un pot d’argile qui peut se briser à tout instant. Il ne s’agit pas de faire peur pour le plaisir : pour Kabir, savoir que l’on va mourir dissipe l’orgueil et le faux sentiment de sécurité, et tourne l’esprit vers ce qui est réel. Des spécialistes ont relevé que ces thèmes le rapprochent de la tradition des yogis naths et, plus largement, de la littérature médiévale du renoncement dans différentes religions.
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Comment les poèmes ont été conservés : trois traditions textuelles
Les poèmes de Kabir ont longtemps circulé oralement avant d’être mis par écrit. Ils subsistent dans plusieurs traditions régionales qui ne se recoupent qu’en partie. Les spécialistes distinguent généralement trois grands ensembles.
L’ensemble oriental est le Bijak (« semence » ou « compte »), texte sacré du Kabir Panth, associé à la région de Varanasi et au Bihar. Il comprend trois grandes sections : les ramainis, les sabads et les sakhis. Le Bijak est souvent considéré comme le plus radical et le plus critique de ces recueils. Les manuscrits conservés sont relativement tardifs, et les spécialistes débattent de la date à laquelle il a pris sa forme actuelle. Il est bien connu en anglais grâce à la traduction de Linda Hess et Shukdeo Singh.
L’ensemble occidental, conservé au Rajasthan notamment par le Dadu Panth, une communauté religieuse fondée au XVIe siècle, est connu sous le nom de Kabir Granthavali. Son édition la plus utilisée, publiée par Shyamsundar Das en 1928, reposait sur un manuscrit qu’il datait de 1504, mais cette date a été contestée. Les recueils du Rajasthan comprennent de nombreux poèmes d’amour et d’attente.
L’ensemble pendjabi se trouve dans le Guru Granth Sahib, texte sacré des sikhs compilé par Guru Arjan et achevé en 1604. Il contient davantage d’hymnes et de distiques de Kabir que de tout autre bhagat (saint) non sikh ; selon un décompte souvent cité, il en compte 541. Des manuscrits sikhs plus anciens, les pothis de Goindval de la fin du XVIe siècle, comprennent déjà des vers de Kabir. Comme les textes sikhs sont datés avec certitude, beaucoup de spécialistes les considèrent comme les témoignages anciens les plus fiables de la tradition de Kabir.
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Disciples et héritage : le Kabir Panth, les sikhs et au-delà
Le Kabir Panth (« voie de Kabir ») est une communauté religieuse qui considère Kabir comme son fondateur et son maître. Il s’est développé après sa mort, avec de grandes branches comme le monastère de Kabir Chaura à Varanasi et la lignée de Dharamdas, établie au Chhattisgarh. Ses fidèles, dont le nombre est estimé à plusieurs millions, sont historiquement issus en grande partie de communautés de basses castes et de communautés dalits. Le Panth s’est répandu avec la diaspora sud-asiatique jusqu’à Trinité, aux Fidji et en Amérique du Nord. Paradoxalement, il a élaboré ses propres rites, lignées de gourous et textes sacrés, alors que Kabir critiquait de telles pratiques dans d’autres contextes.
Kabir a marqué de nombreuses traditions ultérieures des sants du nord de l’Inde, dont le Dadu Panth au Rajasthan. Sa présence dans le Guru Granth Sahib fait aussi que ses paroles sont chantées chaque jour dans les gurdwaras sikhs du monde entier. Des mouvements dalits se sont réclamés de lui comme d’un précurseur de la lutte contre les castes.
Au XXe siècle, Kabir est devenu un poète national. La traduction anglaise de Rabindranath Tagore, Songs of Kabir (1915), réalisée avec Evelyn Underhill, l’a fait connaître aux lecteurs occidentaux. Toutefois, beaucoup de ces poèmes provenaient d’un recueil bengali moderne et ne figurent pas dans les premiers manuscrits. Dans la littérature hindi, l’étude Kabir (1942) de Hazari Prasad Dwivedi a contribué à faire de lui une figure fondatrice. Des dirigeants politiques et des écrivains indiens l’ont cité comme symbole de l’entente entre hindous et musulmans.
Les chants de Kabir restent vivants grâce à leurs interprètes : dans les traditions populaires du Malwa et du Rajasthan, dans les chants d’artistes comme Kumar Gandharva et Prahlad Singh Tipanya, ainsi que dans les films, les festivals et les enregistrements, dont ceux du Kabir Project dirigé par Shabnam Virmani. Chaque interprétation remodèle les paroles et prolonge la transmission orale qui a toujours porté l’œuvre de Kabir.
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Débats : quand Kabir a-t-il vécu et que peut-on savoir de lui ?
Les dates de Kabir sont incertaines. Le Kabir Panth situe traditionnellement sa naissance en 1398 et sa mort en 1518, ce qui lui donnerait 120 ans : la plupart des historiens jugent cette longévité légendaire. Les spécialistes ont proposé deux autres chronologies principales. L’une situe sa vie vers 1398-1448 : elle conserve l’année de naissance traditionnelle mais écarte une longévité jugée invraisemblable. L’autre place son activité plus tard, approximativement entre 1440 et 1518, notamment parce que les légendes le relient à Sikandar Lodi (qui régna de 1489 à 1517) et à Guru Nanak (1469-1539). Aucune des deux hypothèses ne repose sur des documents contemporains de Kabir ; toutes deux dépendent de la fiabilité de traditions plus tardives.
Les principales preuves extérieures sont les mentions élogieuses de Kabir chez des poètes du XVIe siècle, notamment dans des vers attribués à Ravidas, aux gourous sikhs et au saint Dadu, ainsi que la présence de ses poèmes dans les pothis de Goindval des années 1570. À la fin du XVIe siècle, il était donc déjà une figure célèbre du passé. Les hagiographies, comme le Bhaktamal de Nabhadas (vers 1600) et le Kabir Parachai attribué à Anantadas, fournissent de précieuses indications sur la façon dont on se souvenait de lui, mais elles répondent à des buts religieux, comme l’ont montré David Lorenzen et d’autres chercheurs.
Le lien avec Ramananda fait particulièrement débat. Les dates de Ramananda lui-même sont incertaines, et son rôle de maître de saints issus de nombreuses castes, dont Kabir et Ravidas, peut refléter les efforts ultérieurs de l’ordre Ramanandi pour revendiquer ces figures populaires. Certains spécialistes admettent un lien réel ; d’autres considèrent Kabir comme indépendant de toute lignée vaishnava.
Idées clés
- Nirguna bhakti
- Dévotion à un Dieu sans forme ni qualités, présent en soi plutôt que dans les images ou les temples.
- Critique des rites
- Kabir se moquait des pèlerinages, du jeûne, du culte des idoles et des démonstrations religieuses chez les hindous comme chez les musulmans.
- Rejet des castes
- Il refusait l’idée que la naissance puisse rendre quelqu’un plus pur ou plus saint qu’un autre.
- Nom et gourou
- Se souvenir du nom de Dieu et suivre un vrai maître mène à la connaissance spirituelle.
- Images de la vie quotidienne
- Le tissage, le marché et la vie de tous les jours deviennent des images de vérités spirituelles.
- Langage à l’envers
- Des poèmes énigmatiques et paradoxaux (ulatbamsi) bousculent les habitudes de pensée des auditeurs.
- Tradition orale
- La poésie de Kabir vit dans ses interprétations : chaque chanteur et chaque région façonnent l’ensemble des poèmes transmis.
- Entre les religions
- Revendiqué par des hindous, des musulmans, des sikhs et des dalits, Kabir ne se laisse enfermer dans aucune identité unique.
Notices
- v. 1398 — Année de naissance traditionnelle de Kabir selon le Kabir Panth.
- v. 1448 — Année de mort proposée par certains spécialistes.
- 1469 — Naissance de Guru Nanak, fondateur du sikhisme, que des légendes mettent en relation avec Kabir.
- 1489 — Sikandar Lodi devient sultan de Delhi ; des légendes racontent que Kabir fut mis à l’épreuve devant lui.
- v. 1518 — Année de mort traditionnelle de Kabir, à Maghar.
- v. 1570 — Les pothis de Goindval, anciens manuscrits sikhs, comprennent des vers de Kabir.
- v. 1600 — Le Bhaktamal de Nabhadas compte Kabir parmi les grands fidèles.
- 1604 — Guru Arjan achève l’Adi Granth (Guru Granth Sahib), qui contient des centaines de compositions de Kabir.
- 1915 — Rabindranath Tagore publie Songs of Kabir en anglais.
- 1928 — Shyamsundar Das publie le Kabir Granthavali.
- 1942 — Hazari Prasad Dwivedi publie Kabir, son étude marquante en hindi.
Glossaire
- Bhakti
- Dévotion aimante envers Dieu ; mouvement religieux de l’Inde médiévale qui s’exprimait dans les langues régionales.
- Nirguna
- « Sans qualités » ; désigne Dieu comme dépourvu de forme et impossible à décrire.
- Sant
- « Personne de bien » ou saint ; nom donné aux saints poètes du nord de l’Inde qui vénéraient un Dieu sans forme.
- Sakhi
- « Témoin » ; distique de deux vers, forme poétique la plus célèbre de Kabir.
- Sabad / pad
- Chant ou hymne destiné à être chanté.
- Julaha
- Communauté de tisserands du nord de l’Inde, dont beaucoup étaient musulmans.
- Caste (jati)
- Groupe social héréditaire qui déterminait traditionnellement le métier, le mariage et le statut rituel.
- Gourou
- Maître spirituel.
- Bijak
- Principal texte sacré du Kabir Panth, composé de poèmes attribués à Kabir.
- Kabir Panth
- Communauté religieuse qui considère Kabir comme son fondateur.
- Hagiographie
- Récit de la vie d’un saint écrit pour inspirer la dévotion plutôt que pour mener une enquête historique critique.
Questions et réponses
Kabir savait-il lire et écrire ?
Probablement pas. L’un de ses poèmes dit qu’il n’a jamais touché à l’encre ni au papier. Ses chants ont été retenus et chantés, puis d’autres personnes les ont mis par écrit plus tard.
Kabir était-il hindou ou musulman ?
Il a grandi dans une famille de tisserands musulmans et employait des noms hindous pour désigner Dieu, mais il critiquait les chefs religieux et les rites des deux traditions. Des hindous, des musulmans et des sikhs lui rendent hommage.
Quand Kabir a-t-il vécu exactement ?
Nous ne le savons pas avec certitude. Selon la tradition, il a vécu de 1398 à 1518 ; les spécialistes proposent soit environ 1398-1448, soit environ 1440-1518.
Pourquoi les poèmes de Kabir figurent-ils dans le livre sacré des sikhs ?
Les gourous sikhs admiraient les poètes qui partageaient leur dévotion à un Dieu unique et sans forme. Guru Arjan a inclus des hymnes de Kabir lorsqu’il a compilé l’Adi Granth en 1604.
Kabir a-t-il écrit tous les poèmes qui portent son nom ?
Certainement pas tous. Au fil des siècles, des chanteurs et des poètes ont ajouté de nombreux chants portant sa formule de signature. Les spécialistes comparent donc les recueils les plus anciens pour repérer un premier ensemble de poèmes.
Que signifie « Ram » dans les poèmes de Kabir ?
C’est un nom du Dieu unique et sans forme, et non du prince du Ramayana. Kabir emploie aussi des noms comme Hari, Allah et Rahim.
Les traductions de Tagore donnent-elles une image fiable de Kabir ?
Elles sont belles, mais beaucoup de ces poèmes proviennent d’un recueil bengali moderne et ne figurent pas dans les premiers manuscrits. Les spécialistes les utilisent donc avec prudence.
Sources et lectures complémentaires
- Kabir. Wikipedia
- Kabir Panth. Wikipedia
- Guru Granth Sahib. Wikipedia
- Bhakti movement. Wikipedia
- Ramananda. Wikipedia
- Linda Hess, Shukdeo Singh (trans.), The Bijak of Kabir. Oxford University Press, 2002
- Charlotte Vaudeville, A Weaver Named Kabir: Selected Verses with a Detailed Biographical and Historical Introduction. Oxford University Press, 1993
- John Stratton Hawley, Mark Juergensmeyer, Songs of the Saints of India. Oxford University Press, 1988
- Linda Hess, Bodies of Song: Kabir Oral Traditions and Performative Worlds in North India. Oxford University Press, 2015
- David N. Lorenzen, Kabir Legends and Ananta-Das’s Kabir Parachai. State University of New York Press, 1991
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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
