Philosophie

Les premières Upanishads

उपनिषद् (Upaniṣad)

v. 700–500 av. J.-C. · Videha (plaine orientale du Gange)

En une phrase

Les Upanishads sont d’anciens enseignements de l’Inde, d’abord transmis oralement, dans lesquels maîtres et élèves cherchent à comprendre ce qu’est le véritable soi d’une personne et découvrent qu’il pourrait ne faire qu’un avec la réalité profonde de l’univers.

Les premières Upanishads
Image: Unknown · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Imagine que tu es assis par terre près d’un maître plein de sagesse. Tu l’écoutes parler de grandes questions : Qui suis-je vraiment ? Que se passe-t-il après la mort ? De quoi le monde est-il fait ? Le mot « Upanishad » évoque cette idée : s’asseoir près d’un maître pour apprendre quelque chose d’important.

Les Upanishads viennent de l’Inde ancienne, il y a plus de 2 500 ans. Au début, personne ne les écrivait. Les élèves les apprenaient par cœur, mot à mot, puis les enseignaient à leurs propres élèves.

Dans une histoire célèbre, un père nommé Uddalaka demande à son fils Shvetaketu de mettre du sel dans une tasse d’eau. Le lendemain matin, le sel a disparu ! Le père lui dit de goûter l’eau en haut, au milieu, puis au fond. Elle est salée partout. On ne voit plus le sel, mais il est présent dans toute l’eau. Selon le père, une chose invisible est aussi présente dans tout ce qui existe, et en toi également.

Dans une autre histoire, un garçon nommé Nachiketa va chez le dieu de la Mort. Il veut savoir ce qui arrive aux personnes après leur mort. Le dieu lui propose des richesses et une longue vie, mais Nachiketa refuse : il veut connaître la vérité.

Les Upanishads enseignent qu’au fond de chacun de nous se trouve un véritable soi, appelé ātman. Elles appellent brahman la réalité profonde de tout l’univers. Beaucoup de maîtres indiens ont pensé que le ātman et le brahman ne font qu’un. Depuis, des personnes réfléchissent à ces idées en Inde et dans le monde entier.

En bref

Date
Textes les plus anciens vers les VIIe–VIe siècles avant notre ère (à un siècle près) ; Upanishads principales plus tardives jusqu’aux alentours du début de notre ère
Lieu
Nord de l’Inde : Kuru-Panchala à l’ouest et Kosala-Videha à l’est de la plaine du Gange
Langue
Sanskrit védique et sanskrit classique ancien, en prose et en vers
Forme
Dialogues, débats, récits et enseignements rattachés aux quatre Védas, dont ils constituent la dernière partie (Vedānta)
Nombre
Plus de 200 textes portent ce nom ; un canon traditionnel en compte 108 ; environ 10 à 13 Upanishads « principales » sont les plus anciennes et les plus importantes
Œuvres les plus anciennes
Brihadaranyaka et Chandogya (en prose), suivies de Taittiriya, Aitareya et Kaushitaki
Idées principales
Ātman (soi), brahman (réalité ultime), leur relation, karma, renaissance et libération (mokṣa)
Importance
Fondement des écoles du Vedānta et source majeure de la philosophie hindoue, avec une influence mondiale

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Que sont les Upanishads ?

Les Upanishads sont un ensemble de textes anciens en sanskrit, originaires de l’Inde, qui explorent la nature du soi, de l’univers et de leur relation. Elles forment la dernière couche des Védas, le plus ancien ensemble de textes sacrés de l’hindouisme. C’est pourquoi on les appelle aussi Vedānta, « fin des Védas ». Pour de nombreux hindous, elles relèvent de la śruti, « ce qui a été entendu » : un savoir révélé, et non l’œuvre d’auteurs humains ordinaires.

Le mot upaniṣad est formé de upa (« près »), ni (« en bas ») et sad (« s’asseoir »). On l’explique souvent par l’expression « s’asseoir près » d’un maître. Dans les textes eux-mêmes, le mot désigne aussi un lien caché ou un enseignement secret : une compréhension des rapports entre les choses, transmise uniquement à des élèves jugés aptes à la recevoir.

Plus de 200 œuvres sont appelées Upanishads, et certaines ont été composées jusqu’aux époques médiévale et moderne. Cette page porte sur les Upanishads anciennes, dites « principales » : une douzaine de textes parmi les plus anciens, que les philosophes des siècles suivants ont commentés.

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Récits, débats et dialogues

Les Upanishads ne forment pas un livre unique qui défendrait une seule thèse. Ce sont des recueils d’enseignements aux formes variées : récits, débats à la cour des rois, conversations entre époux, entre père et fils ou entre maître et élève, ainsi que courts poèmes. Les maîtres y expriment des points de vue différents, et un même texte peut comporter plusieurs couches.

La Brihadaranyaka Upanishad (« Grand enseignement de la forêt ») est la plus longue et probablement la plus ancienne. Son personnage central est le sage Yajnavalkya. À la cour du roi Janaka de Videha, qui offre au brahmane le plus savant mille vaches portant de l’or sur leurs cornes, Yajnavalkya répond à une série de défis, notamment aux questions difficiles de la philosophe Gargi Vachaknavi. Dans un autre passage, il explique à son épouse Maitreyi, qui lui demande si la richesse pourrait la rendre immortelle, que toute chose est aimée en vue du soi.

La Chandogya Upanishad contient le célèbre enseignement d’Uddalaka Aruni à son fils Shvetaketu. Il prend pour exemples du sel dissous dans l’eau et la minuscule graine d’un banian, et répète chaque fois la formule tat tvam asi. Elle raconte aussi l’histoire de Satyakama, un garçon qui ignore qui est son père. Lorsqu’il le reconnaît avec franchise, son maître l’accepte comme élève, car son honnêteté montre sa valeur.

Les Upanishads en vers, plus tardives, sont plus courtes et plus poétiques. La Katha Upanishad raconte l’histoire du garçon Nachiketa, qui interroge Yama, le dieu de la mort, sur ce qui survit à la mort. La Isha Upanishad, longue de dix-huit vers seulement, enseigne comment vivre dans le monde tout en voyant le divin en toute chose. La Mundaka contient les mots satyam eva jayate, « seule la vérité triomphe », aujourd’hui devise nationale de l’Inde.

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L’idée centrale : ātman et brahman

La religion védique antérieure était centrée sur le sacrifice : les prêtres accomplissaient des rites complexes avec du feu, des chants et des offrandes pour maintenir l’ordre du monde. Les Upanishads se tournent vers l’intériorité. Elles demandent ce qui se trouve derrière le rite, derrière le monde et derrière la personne qui en fait l’expérience.

Leur réponse repose sur deux mots essentiels. Brahman désigne la réalité ultime, le fondement d’où tout provient et où tout retourne. Ātman désigne le soi : ni le corps ni même l’esprit changeant, mais le témoin le plus intime, celui qui voit, entend et connaît. Yajnavalkya l’appelle le « régisseur intérieur » et dit qu’on ne peut le voir, car c’est lui qui voit.

De nombreux passages suggèrent que le ātman et le brahman sont, en dernière analyse, identiques. La Brihadaranyaka affirme « je suis brahman » (aham brahmāsmi) ; la Chandogya dit « tu es cela » (tat tvam asi). La tradition ultérieure a réuni quatre de ces « grandes paroles » (mahāvākyas), une pour chaque Véda. Connaître directement cette vérité, et non simplement y croire, était censé libérer de la peur, de la mort et du cycle des renaissances.

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Contexte historique : un monde en mutation dans la plaine du Gange

Les plus anciennes Upanishads ont pris forme dans le nord de l’Inde au cours du premier millénaire avant notre ère. La culture védique, d’abord développée dans le nord-ouest, se diffusait vers l’est le long du Gange. De nouveaux royaumes, comme le Kosala et le Videha, se développaient ; l’agriculture progressait et des villes commençaient à apparaître. Les textes eux-mêmes mentionnent les régions de Kuru-Panchala à l’ouest et de Kosala-Videha à l’est.

Chaque Upanishad ancienne appartient à une école védique particulière (śākhā) et se rattache à un Brahmana ou à un Aranyaka (« livre de la forêt ») de l’un des quatre Védas. Cela montre que les Upanishads sont issues des traditions sacerdotales qui expliquaient le sens des rites. Pourtant, elles témoignent aussi d’une nouvelle remise en question de ces rites. Plusieurs de leurs enseignements les plus importants sont attribués à des rois plutôt qu’à des prêtres : le roi Pravahana Jaivali enseigne au brahmane Uddalaka la doctrine des cinq feux, et le roi Ajatashatru de Kashi instruit un brahmane orgueilleux sur le soi.

Les mêmes siècles ont vu naître d’autres mouvements qui remettaient en question les rites védiques, notamment les traditions de renoncement dont sont issus le bouddhisme et le jaïnisme. Les Upanishads, le Bouddha et Mahavira abordaient des questions semblables sur le karma, la renaissance et la libération. C’est pourquoi on rapproche souvent cette période de l’« âge axial » en Grèce et en Chine, où des penseurs comme Thalès et Confucius posaient eux aussi de nouvelles questions sur le monde et la vie humaine.

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Enseignements principaux : karma, renaissance et libération

Karma et renaissance. L’idée que les actes d’une personne (karma) façonnent son existence future et que les êtres renaissent apparaît explicitement dans les premières Upanishads. Dans la Brihadaranyaka, Yajnavalkya dit qu’une personne devient bonne par ses bonnes actions et mauvaise par ses mauvaises actions. L’enseignement des « cinq feux » décrit un cycle dans lequel les morts passent par la fumée, la lune, la pluie et la nourriture avant de renaître, tandis que ceux qui connaissent la vérité empruntent une autre voie.

Libération (mokṣa). Si le soi renaît sans cesse, le but suprême est de sortir de ce cycle. Selon les Upanishads, la libération ne vient pas des seuls rites ou des bonnes actions, mais de la connaissance (jñāna) : la réalisation directe du soi. Celui qui connaît le brahman, dit un texte, devient brahman.

Neti neti. Puisque le soi est le sujet de toute connaissance, on ne peut le décrire comme un objet. Yajnavalkya ne le décrit donc que par la négation : « ni ceci, ni cela » (neti neti). Cette manière de parler de la réalité ultime a influencé la philosophie indienne ultérieure et a été rapprochée de la « théologie négative » d’autres traditions.

États de conscience et syllabe sacrée. La Mandukya Upanishad distingue la veille, le rêve et le sommeil profond, ainsi qu’un quatrième état (turīya) au-delà des trois autres, et les relie aux parties de la syllabe sacrée Om. La Taittiriya décrit la personne comme composée de cinq « enveloppes », allant de la nourriture et du souffle jusqu’à l’esprit, la compréhension et la félicité. La Katha compare le soi à un passager de char : le corps est le char, l’intellect son conducteur et les sens ses chevaux.

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L’histoire de Nachiketa et de la Mort

La Katha Upanishad s’ouvre sur une histoire qui transforme une scène rituelle en quête philosophique. Un homme nommé Vajashravasa accomplit un sacrifice au cours duquel il est censé donner tous ses biens, mais il n’offre que de vieilles vaches qui ne donnent plus de lait. Son jeune fils Nachiketa, troublé, lui demande : « À qui me donneras-tu ? » Il répète sa question deux fois, puis trois, jusqu’à ce que son père réponde avec colère : « Je te donne à la Mort ! »

Nachiketa se rend chez Yama, le dieu de la mort, et attend trois jours sans manger, car Yama est absent. Pour réparer ce manquement aux devoirs de l’hospitalité, Yama lui accorde trois vœux. Nachiketa demande d’abord que son père s’apaise et l’accueille à son retour. Il demande ensuite à apprendre le rituel du feu qui conduit au ciel ; Yama le lui enseigne et lui donne son nom. Enfin, il pose la grande question : lorsqu’une personne meurt, certains disent qu’elle continue d’exister et d’autres que non. Qu’en est-il vraiment ?

Yama tente d’éviter la question. Il lui propose à la place des fils et des petits-fils, du bétail, de l’or, une longue vie, des royaumes et de belles compagnes. Le garçon refuse tout : ces choses ne durent pas, et même une longue vie est courte. Yama le félicite alors d’avoir choisi le bien (śreyas) plutôt que le simple agrément (preyas), une distinction importante dans l’éthique indienne ultérieure.

Yama enseigne que le soi ne naît ni ne meurt ; il n’est pas tué lorsque le corps est tué. Plus subtil que ce qui est subtil et plus grand que ce qui est grand, il est caché dans le cœur de chaque être. On ne le saisit ni par l’argumentation ni par l’accumulation de savoir, mais grâce à un esprit discipliné et calme, lorsqu’il se révèle à celui qu’il choisit. L’image du char, dans lequel voyage le soi tandis que l’intellect tient les rênes de l’esprit et des sens, décrit cette discipline et a influencé le yoga par la suite. Des vers très semblables réapparaissent dans la Bhagavad-Gîtâ, montrant comment les Upanishads ont nourri la littérature hindoue ultérieure.

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La transmission des Upanishads

Pendant des siècles, les Upanishads ont été transmises oralement au sein des écoles védiques. Les élèves les mémorisaient avec précision grâce à des techniques qui préservaient non seulement les mots, mais aussi leur sonorité. L’écriture est venue beaucoup plus tard. Les manuscrits conservés, sur feuilles de palmier ou sur papier, datent pour la plupart des derniers siècles, bien que les textes eux-mêmes soient beaucoup plus anciens.

À partir du premier millénaire de notre ère, les Upanishads ont fait l’objet de commentaires philosophiques. Les Brahma Sutras, attribués à Badarayana, ont organisé leurs enseignements en système. Le philosophe Adi Shankara (traditionnellement situé au VIIIe siècle) a rédigé des commentaires influents sur les Upanishads principales. Il défendait l’Advaita (« non-dualité ») : le ātman et le brahman sont identiques, et la multiplicité du monde est une forme d’apparence. Des maîtres ultérieurs, comme Ramanuja et Madhva, ont interprété les mêmes textes autrement, y voyant respectivement une non-dualité qualifiée ou une dualité entre les âmes et Dieu.

Les Upanishads ont atteint un public plus vaste grâce aux traductions. En 1657, le prince moghol Dara Shikoh, qui croyait que les Upanishads étaient le « livre caché » mentionné dans le Coran, en fit traduire une cinquantaine en persan sous le titre Sirr-i-Akbar (« Le plus grand secret »). Le savant français Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron traduisit cette version persane en latin. Publiée sous le titre Oupnek’hat en 1801–1802, ce fut la première traduction européenne.

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Intermédiaire

Influence et héritage

En Inde, les Upanishads principales, avec la Bhagavad-Gîtâ et les Brahma Sutras, forment les « trois fondements » (prasthānatrayī) de toutes les écoles du Vedānta. Leurs idées traversent la philosophie, la dévotion et le yoga hindous ultérieurs. Les mouvements de réforme de l’hindouisme des XIXe et XXe siècles s’en sont également inspirés. Rammohan Roy a traduit plusieurs Upanishads en bengali et en anglais au début du XIXe siècle, et Swami Vivekananda a présenté le Vedānta à des publics occidentaux.

En Europe, le philosophe allemand Arthur Schopenhauer a lu la version latine Oupnek’hat et l’a décrite comme la lecture la plus enrichissante et la plus réconfortante au monde. Les traductions anglaises de Max Müller dans la collection Sacred Books of the East (à partir de 1879) ont largement diffusé ces textes. Des écrivains et penseurs, de Ralph Waldo Emerson à T. S. Eliot, s’en sont inspirés. Le poème d’Eliot La Terre vaine se termine par des mots de la Brihadaranyaka et par l’invocation « Shantih shantih shantih ».

Les Upanishads entretiennent aussi un dialogue avec le bouddhisme. L’enseignement bouddhique de l’anātman (« non-soi ») est souvent compris comme un rejet d’un soi immuable tel que le ātman des Upanishads. Les débats entre philosophes bouddhistes et philosophes du Vedānta se sont poursuivis pendant plus de mille ans. Aujourd’hui, les hindous lisent les Upanishads comme des enseignements sacrés, tandis que des personnes de tous horizons les découvrent comme certaines des plus anciennes œuvres philosophiques du monde.

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Avancé

Datation et chronologie

Il est particulièrement difficile de dater les Upanishads, car elles ne contiennent pas de repères historiques sûrs et ont été transmises oralement. Les chercheurs s’appuient sur une chronologie relative : la langue, la métrique, l’école védique à laquelle appartient un texte, l’évolution des idées et les renvois d’un texte à l’autre.

Un cadre chronologique largement utilisé, associé notamment à Patrick Olivelle, situe la Brihadaranyaka et la Chandogya vers les VIIe–VIe siècles avant notre ère, « à un siècle près », avant le Bouddha ; les autres Upanishads anciennes en prose (Taittiriya, Aitareya, Kaushitaki) seraient légèrement plus tardives. Les Upanishads en vers (Kena, Katha, Isha, Shvetashvatara, Mundaka) dateraient des derniers siècles avant notre ère, tandis que la Prashna, la Maitri et la Mandukya auraient pris forme aux alentours du début de notre ère. La Brihadaranyaka elle-même est composite et comprend des sections d’âges différents.

Ces dates sont débattues dans les deux sens. Certains érudits indiens attachés aux chronologies traditionnelles situent les textes bien plus tôt. À l’inverse, Johannes Bronkhorst a soutenu que des idées essentielles, comme le karma et la renaissance, provenaient d’une culture non védique de l’est de la région du Gange (« Grand Magadha »). Selon lui, les passages concernés des Upanishads pourraient être plus tardifs qu’on ne le suppose souvent, peut-être même postérieurs au Bouddha. La chronologie relative des Upanishads et des premiers textes bouddhiques reste une question ouverte.

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Avancé

Débats d’interprétation

Un enseignement unique ou plusieurs voix ? Les commentateurs classiques du Vedānta lisaient les Upanishads comme un enseignement cohérent, tout en divergeant sur son sens. La recherche historique moderne souligne leur diversité : les textes témoignent de maîtres, de régions et d’époques différents, et des idées cosmologiques, rituelles et psychologiques y coexistent. Lire un passage dans son propre contexte, plutôt qu’à travers un système philosophique ultérieur, en change souvent le sens.

Tat tvam asi en est un exemple célèbre. Traditionnellement traduit par « tu es cela » et compris par l’Advaita comme une affirmation de l’identité du soi et du brahman, l’énoncé a été réinterprété par Joel Brereton et Patrick Olivelle. Ils remarquent que le pronom neutre tat ne s’accorde pas grammaticalement avec le masculin tvam et soutiennent que, dans son contexte, l’expression signifie plutôt « c’est ainsi que tu es » : Shvetaketu, comme toute chose, a cette essence subtile pour soi. Ce débat montre que des détails philologiques peuvent influer sur l’interprétation philosophique.

Le contexte social retient également l’attention. Les Upanishads ont été composées et transmises en grande partie dans des milieux de brahmanes masculins. Elles présentent pourtant des femmes philosophes comme Gargi et Maitreyi, des rois qui enseignent à des brahmanes, ainsi qu’un garçon d’ascendance incertaine accepté comme élève pour sa sincérité. Les chercheurs débattent de la mesure dans laquelle ces épisodes reflètent une réelle ouverture sociale ou servent les arguments des textes en faveur de la primauté du savoir sur la naissance et le rite.

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Avancé

Textes, éditions et méthodes

Il n’existe pas de « manuscrit original » unique des Upanishads. Les chercheurs reconstituent les textes à partir des manuscrits, des traditions de récitation encore vivantes dans les écoles védiques et des citations faites par des commentateurs comme Shankara. Certaines Upanishads existent en plusieurs versions. La Brihadaranyaka, par exemple, est conservée dans deux recensions associées aux branches Kanva et Madhyandina du Yajurveda blanc.

Au XIXe et au début du XXe siècle, des chercheurs comme Max Müller, Paul Deussen et Robert Ernest Hume ont réalisé des traductions pionnières. La traduction annotée des premières Upanishads par Patrick Olivelle (1996), ainsi que son édition du texte sanskrit, sont aujourd’hui des références courantes en anglais. Brian Black et d’autres chercheurs ont étudié les dimensions narratives et dialoguées de ces textes, considérant leurs récits comme une partie de leur méthode philosophique.

Traduire, c’est aussi interpréter. Des mots comme ātman (« soi », « âme », voire « corps » dans certains contextes), brahman (à l’origine « formulation » ou puissance de la parole sacrée, puis « réalité ultime ») et upaniṣad (« lien », « enseignement secret ») ont changé de sens au fil du temps. Une lecture attentive tient compte de ces évolutions, du contexte rituel dont les textes sont issus et des traditions vivantes pour lesquelles ils restent sacrés.

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Idées clés

Ātman
Le soi : le témoin le plus intime et immuable en chaque être, distinct du corps et de l’esprit changeant.
Brahman
La réalité ultime ou le fondement de tout ce qui existe ; à l’origine, ce terme était lié à la puissance de la parole sacrée.
Identité du ātman et du brahman
Enseignement selon lequel le véritable soi et la réalité ultime ne font qu’un, exprimé par des formules comme « je suis brahman ».
Karma et renaissance
Les actes façonnent l’existence future et les êtres renaissent au sein d’un cycle ; les premières Upanishads comptent parmi les premiers textes à l’énoncer clairement.
Mokṣa
Libération du cycle des renaissances, obtenue par la connaissance directe du soi.
Neti neti
« Ni ceci, ni cela » : manière de décrire le soi uniquement par ce qu’il n’est pas, puisqu’il ne peut être un objet de connaissance.
Tournant vers l’intériorité
Passage du rite extérieur à la connaissance intérieure et à la méditation, qui caractérise les Upanishads au sein de la tradition védique.

Notices

  1. v. 1500 av. J.-C. — Début de la composition du Rigveda (jusque vers 1200 avant notre ère), la couche la plus ancienne des Védas.
  2. v. 900 av. J.-C. — Composition des Brahmanas, textes qui expliquent les rites védiques (jusque vers 700 avant notre ère).
  3. v. 700 av. J.-C. — La Brihadaranyaka et la Chandogya Upanishad prennent forme (vers les VIIe–VIe siècles avant notre ère).
  4. v. 500 av. J.-C. — Autres Upanishads anciennes en prose : Taittiriya, Aitareya et Kaushitaki.
  5. v. 450 av. J.-C. — Le Bouddha et Mahavira enseignent dans l’est de la plaine du Gange (leurs dates sont débattues).
  6. v. 300 av. J.-C. — Composition d’Upanishads en vers, comme la Katha, la Isha, la Shvetashvatara et la Mundaka (derniers siècles avant notre ère).
  7. v. 1 apr. J.-C. — Des Upanishads principales plus tardives, la Prashna et la Mandukya, prennent forme aux alentours du début de notre ère.
  8. v. 750 apr. J.-C. — Adi Shankara rédige des commentaires sur les Upanishads principales (datation traditionnelle).
  9. 1657 — Dara Shikoh achève la traduction persane intitulée Sirr-i-Akbar.
  10. 1801 — La traduction latine d’Anquetil-Duperron, Oupnek’hat, commence à paraître (1801–1802) : c’est la première traduction européenne.
  11. 1879 — La traduction anglaise de Max Müller paraît dans le premier volume des Sacred Books of the East.
  12. 1996 — Patrick Olivelle publie sa traduction anglaise annotée des premières Upanishads.

Glossaire

Véda
Plus ancien ensemble de textes sacrés hindous, réparti en quatre collections : Rig, Sama, Yajur et Atharva.
Vedānta
« Fin des Védas » : les Upanishads et les écoles philosophiques fondées sur elles.
Śruti
« Ce qui a été entendu » : les écritures révélées, dont les Védas et les Upanishads.
Brahmana
Textes en prose qui expliquent le sens et le déroulement des rites védiques.
Aranyaka
« Livres de la forêt » : textes védiques sur le sens intérieur des rites, contenant souvent des Upanishads.
Mahāvākya
« Grande parole » : bref énoncé d’une Upanishad, comme tat tvam asi, considéré comme l’expression d’un enseignement central.
Śākhā
École ou branche védique qui conservait et récitait une version particulière des textes.
Advaita
« Non-dualité » : école du Vedānta associée à Shankara, selon laquelle le soi et le brahman sont identiques.
Om
Syllabe sacrée que la Mandukya Upanishad analyse comme représentant tous les états de conscience.
Anātman
Enseignement bouddhique du « non-soi », souvent opposé au ātman des Upanishads.

Questions et réponses

Que signifie « Upanishad » ?

Le mot est généralement expliqué par « s’asseoir près » d’un maître. Il désigne aussi un enseignement secret ou un lien caché.

Qui a écrit les Upanishads ?

Elles n’ont pas d’auteur unique. Elles rapportent les enseignements de nombreux sages, comme Yajnavalkya et Uddalaka, et ont pris forme au fil des siècles dans les écoles védiques.

Quel âge ont-elles ?

Les plus anciennes datent probablement des VIIe–VIe siècles avant notre ère, mais leur datation exacte reste incertaine et débattue.

Que signifie tat tvam asi ?

La traduction traditionnelle est « tu es cela » : ton véritable soi ne fait qu’un avec la réalité ultime. Certains chercheurs traduisent plutôt l’expression par « c’est ainsi que tu es ».

Y a-t-il des femmes dans les Upanishads ?

Oui. Gargi pose des questions difficiles à Yajnavalkya au cours d’un débat, et Maitreyi l’interroge sur l’immortalité. Toutes deux sont reconnues comme des femmes en quête de sagesse.

Quel est le lien entre les Upanishads et le bouddhisme ?

Ils s’intéressent tous deux au karma, à la renaissance et à la libération, mais le bouddhisme rejette l’idée d’un soi immuable. L’ordre d’apparition de ces idées est débattu.

Comment l’Occident a-t-il découvert les Upanishads ?

Grâce à la traduction persane de Dara Shikoh, qu’Anquetil-Duperron a traduite en latin en 1801–1802. Schopenhauer a lu et admiré cette version.

Sources et lectures complémentaires

  1. Upanishads. Wikipedia
  2. Principal Upanishads. Wikipedia
  3. Brihadaranyaka Upanishad. Wikipedia
  4. Chandogya Upanishad. Wikipedia
  5. Brian Black, Upaniṣads. Internet Encyclopedia of Philosophy
  6. Yajnavalkya. Wikipedia
  7. Tat Tvam Asi. Wikipedia
  8. Ātman (Hinduism). Wikipedia
  9. Sirr-i-Akbar. Wikipedia
  10. Patrick Olivelle (trans.), Upaniṣads (Oxford World’s Classics). Oxford University Press, 1996

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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