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Pour les jeunes lecteurs
Il y a environ 2 400 à 2 500 ans, dans le nord de l’Inde, près des montagnes du Népal, un garçon nommé Siddhartha naît dans une famille importante du peuple des Shakya. Selon les récits anciens, son père veut qu’il soit heureux. Il lui donne des palais, de beaux vêtements et de la musique pour qu’il ne voie jamais rien de triste.
Mais en grandissant, Siddhartha sort du palais et voit, selon ces récits, quatre choses qu’il n’avait jamais vues : un vieil homme, un homme malade, un mort et un homme religieux qui avait quitté sa maison et semblait calme. Il comprend que tout le monde vieillit, peut tomber malade et meurt, même les princes. Il veut savoir pourquoi les gens souffrent et s’il existe un moyen d’être vraiment libre.
Vers 29 ans, il quitte donc sa maison et part chercher des réponses. Pendant des années, il essaie des choses très difficiles, comme manger presque rien, mais cela le rend faible. Il choisit alors une « voie du milieu » : ni trop de confort, ni trop de privations. Une nuit, il s’assoit sous un grand figuier et médite en observant calmement son esprit. Au matin, selon les bouddhistes, il comprend la vérité et devient « le Bouddha », c’est-à-dire « celui qui s’est éveillé ».
Pendant les 45 années suivantes, il marche de ville en ville et enseigne à tous ceux qui veulent l’écouter, riches ou pauvres, hommes ou femmes. Il explique que désirer trop de choses nous rend malheureux. Il enseigne que nous pouvons devenir libres en étant gentils, en disant la vérité, en ne faisant pas de mal aux êtres vivants et en apprenant à garder l’esprit calme et clair.
Le Bouddha meurt vers l’âge de 80 ans. Ses disciples apprennent ses enseignements par cœur, puis les mettent par écrit. Aujourd’hui, des centaines de millions de personnes dans le monde suivent le bouddhisme. On trouve des statues du Bouddha assis paisiblement du Sri Lanka et de la Thaïlande jusqu’à la Chine, la Corée et le Japon.
En bref
- Dates
- Incertaines. Chronologie longue traditionnelle : vers 563–483 av. J.-C. ; de nombreux chercheurs actuels situent sa mort vers 400 av. J.-C. (vie vers 480–400 av. J.-C.).
- Naissance
- Lumbini, dans le sud de l’actuel Népal (selon la tradition ; une inscription d’Ashoka confirme que le lieu était un site de pèlerinage).
- Peuple
- Les Shakya (Śākya), une communauté gouvernée par un conseil de notables près des contreforts de l’Himalaya.
- Éveil
- Sous un pipal (figuier) à Bodh Gaya, dans le Magadha (actuel Bihar, en Inde), vers l’âge de 35 ans.
- Premier enseignement
- Le parc aux Daims de Sarnath, près de Varanasi.
- Mort
- Kushinagar (Kusinārā), vers l’âge de 80 ans ; les bouddhistes appellent cet événement le parinirvana.
- Noms et titres
- Siddhartha Gautama ; Shakyamuni (« sage des Shakya ») ; Tathagata (« celui qui est ainsi allé ») ; Bouddha (« l’Éveillé »).
- Enseignements
- Quatre nobles vérités, Noble Sentier octuple, voie du milieu, non-soi, impermanence, coproduction conditionnée.
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Qui était le Bouddha ?
« Bouddha » n’est pas un nom, mais un titre. Il vient d’un mot sanskrit et pali qui signifie « éveillé » ou « celui qui s’est éveillé ». Les bouddhistes l’emploient pour toute personne qui a pleinement compris par elle-même la vérité sur la souffrance et la libération, puis l’enseigne aux autres. Quand on dit « le Bouddha », on désigne généralement le Bouddha de notre époque : Siddhartha Gautama (en pali, Siddhattha Gotama), qui a vécu dans le nord de l’Inde au Ve siècle av. J.-C., ou peut-être un peu plus tôt.
On l’appelle aussi Shakyamuni, le « sage des Shakya », d’après le peuple parmi lequel il est né, et Tathagata, « celui qui est ainsi allé », un titre qu’il se donne dans les textes anciens. Ses disciples le considèrent comme un être humain qui a atteint la plus haute compréhension possible et montré la voie aux autres, et non comme un dieu ou un créateur.
Le Bouddha a fondé une communauté de moines et de moniales, le sangha, et transmis un enseignement, le Dharma. Avec le Bouddha lui-même, ils forment les « Trois Joyaux » auprès desquels les bouddhistes prennent refuge. Depuis le nord de l’Inde, son enseignement s’est répandu en Asie, puis dans le monde, devenant l’une des grandes traditions religieuses et philosophiques de l’humanité.
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Sa vie : du palais à l’éveil
Le récit traditionnel de sa vie, transmis sous de nombreuses formes, se déroule ainsi. Siddhartha naît dans le bosquet de Lumbini. Sa mère est la reine Maya et son père, Suddhodana, est un dirigeant des Shakya, dont la ville est Kapilavastu. Sa mère meurt peu après sa naissance et il est élevé par sa sœur, Mahapajapati. Il épouse Yasodhara et a un fils, Rahula.
Des versions plus tardives racontent les « quatre rencontres » : un vieillard, un malade, un cadavre et un ascète errant. Profondément ému, Siddhartha quitte sa maison vers l’âge de 29 ans, se coupe les cheveux et revêt des habits simples. Il étudie la méditation auprès de deux maîtres, Alara Kalama et Uddaka Ramaputta, et atteint des états de calme très profonds, mais estime qu’ils ne constituent pas la libération définitive. Avec cinq compagnons, il pratique ensuite des austérités extrêmes et jeûne presque jusqu’à en mourir.
Concluant que ni les plaisirs excessifs ni les mortifications ne mènent à la libération, il accepte de la nourriture et choisit une voie équilibrée, qu’il appellera plus tard la voie du milieu. Assis en méditation sous un pipal à Bodh Gaya, il affronte les tentations et les menaces de Mara, figure de la mort et du désir. Selon la tradition, il atteint l’éveil (bodhi) vers l’âge de 35 ans. Cet arbre est vénéré sous le nom d’arbre de la Bodhi.
Les textes les plus anciens donnent moins de détails que les légendes ultérieures. Ils contiennent peu d’éléments biographiques et mentionnent à peine les quatre rencontres. Celles-ci ne sont racontées entièrement que dans des biographies plus tardives, comme le poème sanskrit d’Ashvaghosha, le Buddhacarita (« Les actes du Bouddha », vers les Ier–IIe siècles apr. J.-C.). On peut apprécier ce récit tout en gardant à l’esprit qu’il s’est enrichi au fil du temps.
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Quarante-cinq années d’enseignement
Après son éveil, le Bouddha se rend à pied au parc aux Daims de Sarnath, près de Varanasi, et donne son premier enseignement à ses cinq anciens compagnons. Les bouddhistes appellent cet événement « la mise en mouvement de la roue du Dharma ». Les cinq hommes deviennent les premiers moines.
Pendant environ 45 ans, il parcourt à pied les royaumes et les républiques de la plaine moyenne du Gange, notamment le Magadha et le Kosala, et reste au même endroit pendant la saison des pluies. Des rois comme Bimbisara du Magadha et Pasenadi du Kosala, ainsi que des marchands comme Anathapindika, le soutiennent et offrent des parcs et des monastères à la communauté. Ses disciples viennent de milieux très divers : brahmanes, nobles, barbiers, courtisanes et personnes exclues de la société.
Selon les textes, sa mère adoptive Mahapajapati demande à être ordonnée. Après une première hésitation, le Bouddha autorise les femmes à devenir moniales (bhikkhunis). L’ordre bouddhique devient ainsi l’une des plus anciennes communautés religieuses féminines connues. Les historiens discutent de l’origine des règles plus tardives qui placent les moniales sous l’autorité des moines.
Vers l’âge de 80 ans, affaibli par une maladie survenue après un repas, il meurt à Kushinagar. Ses dernières paroles, rapportées dans le texte pali Mahaparinibbana Sutta, exhortent ses disciples à poursuivre leurs efforts avec diligence, car toutes les choses conditionnées sont vouées à se défaire. Son corps est incinéré et ses reliques sont partagées entre plusieurs peuples, qui construisent au-dessus d’elles des monuments en forme de tertre appelés stupas.
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L’enseignement fondamental : les Quatre nobles vérités et le Noble Sentier octuple
On compare souvent les Quatre nobles vérités à la méthode d’un médecin. Premièrement, le mal : la vie est marquée par le dukkha, un mot qui peut désigner la souffrance, la douleur, l’insatisfaction ou le mal-être. La naissance, la vieillesse, la maladie et la mort sont du dukkha ; être séparé de ce qu’on aime ou ne pas obtenir ce qu’on désire en est aussi. Deuxièmement, la cause : le dukkha naît de la soif (tanha), le désir avide de plaisir, d’existence et de non-existence. Troisièmement, la guérison : quand cette soif cesse, le dukkha cesse ; c’est le nirvana (en pali, nibbana), littéralement l’« extinction » des feux de l’avidité, de la haine et de l’illusion. Quatrièmement, le traitement : le Noble Sentier octuple.
Le Noble Sentier octuple comprend huit éléments : la compréhension juste, l’intention juste, la parole juste, l’action juste, les moyens d’existence justes, l’effort juste, l’attention juste et la concentration juste. On les regroupe traditionnellement en trois entraînements : la conduite éthique (parole, action, moyens d’existence), la méditation (effort, attention, concentration) et la sagesse (compréhension, intention). Il ne s’agit pas d’une échelle de huit étapes successives, mais de qualités à développer ensemble.
Pour les fidèles laïcs, les règles éthiques de base sont résumées dans les Cinq Préceptes : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas avoir de conduite sexuelle nuisible, ne pas mentir et ne pas consommer de substances intoxicantes qui troublent l’esprit. La générosité (dana) et la bienveillance (metta) envers tous les êtres sont des vertus essentielles.
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Grandes idées : impermanence, non-soi et coproduction conditionnée
Le Bouddha enseigne que toutes les choses conditionnées présentent trois caractéristiques : elles sont impermanentes (anicca), elles ne peuvent procurer de satisfaction durable (dukkha) et elles sont dépourvues de soi (anatta). Selon cette analyse, une personne se compose de cinq « agrégats » changeants (khandhas) : la forme, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. On ne trouve parmi eux aucun soi ni aucune âme immuable et indépendante. Cette idée tranche avec l’enseignement de certaines Upanishads, qui identifient le véritable soi (atman) à la réalité ultime (brahman).
La coproduction conditionnée (paticca-samuppada) explique comment le dukkha apparaît par un enchaînement de conditions, souvent présenté sous la forme de douze maillons allant de l’ignorance à la vieillesse et à la mort. Le principe général est simple : « Quand ceci existe, cela apparaît ; quand ceci cesse, cela cesse. » Rien n’apparaît par soi-même ni sans cause.
Le Bouddha accepte la croyance indienne répandue en la renaissance et en le karma, mais il donne au karma un sens éthique et psychologique : c’est l’intention qui compte. Il refuse de répondre à certaines questions métaphysiques, notamment celle de savoir si le monde est éternel ou ce qui arrive à une personne éveillée après sa mort, car il les juge inutiles pour mettre fin à la souffrance. La parabole de l’homme blessé par une flèche empoisonnée, qui refuse d’être soigné avant de savoir qui l’a tirée, illustre cette attitude pratique.
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Le monde de la plaine du Gange
Le Bouddha vit à une époque de changements rapides dans le nord de l’Inde, souvent appelée la « seconde urbanisation ». Les villes et le commerce se développent le long du Gange, les pièces de monnaie entrent en usage et de puissants royaumes comme le Magadha et le Kosala s’étendent aux dépens de plus petits États. Les Shakya ne forment pas eux-mêmes un royaume, mais un gana-sangha, une communauté gouvernée par une assemblée ou un conseil de grandes familles. Suddhodana est probablement l’un de ces dirigeants plutôt qu’un roi ; le souvenir d’un « roi » se développe avec la légende.
La vie religieuse change elle aussi. Les prêtres brahmanes accomplissent des sacrifices védiques et revendiquent le rang social le plus élevé. En même temps, de nombreux śramaṇas (ascètes errants) rejettent l’autorité des Védas et cherchent la libération par le renoncement, la méditation et l’ascèse. Le maître jaïn Mahavira et les Ajivika comptent parmi les contemporains et les rivaux du Bouddha. Johannes Bronkhorst a soutenu que la région du « Grand Magadha » possédait sa propre culture non védique, d’où seraient issus ces mouvements.
L’enseignement du Bouddha dialogue de façon critique avec tous ces courants. Il redéfinit le mot « brahmane » pour désigner une personne noble par sa conduite plutôt que par sa naissance, rejette les sacrifices d’animaux et propose une voie ouverte aux personnes de toute classe sociale. Il reprend et transforme aussi une grande partie du vocabulaire de son époque, notamment le karma, la renaissance, le dharma et la méditation proche du yoga.
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Comment les enseignements ont été conservés
Le Bouddha n’a rien écrit. Ses enseignements ont été appris par cœur et récités par des moines et des moniales, puis organisés en recueils de discours (suttas ou sutras) et de règles monastiques (vinaya). Selon la tradition, un premier concile de 500 moines anciens se réunit à Rajagriha peu après sa mort pour les réciter ; un deuxième se tient à Vaishali environ un siècle plus tard. Les historiens considèrent ces récits comme partiellement légendaires, mais s’accordent à dire que la récitation orale était très organisée.
Le recueil ancien le plus complet conservé dans une langue de l’Inde est le Canon pali, transmis par la tradition theravada du Sri Lanka et de l’Asie du Sud-Est. Selon les chroniques sri-lankaises, il est mis par écrit pour la première fois au Sri Lanka au Ier siècle av. J.-C. Des recueils parallèles, appelés Agamas, sont conservés surtout en traduction chinoise, avec des fragments en sanskrit, en gandhari et en tibétain. Des manuscrits sur écorce de bouleau provenant du Gandhara, datés d’environ le Ier siècle av. J.-C. au IIIe siècle apr. J.-C., comptent parmi les plus anciens manuscrits bouddhiques jamais découverts.
Lorsque les versions palies et chinoises concordent étroitement, les chercheurs estiment que leur contenu commun remonte probablement à une période très ancienne, antérieure à la séparation des différentes écoles. Cette méthode comparative est le principal moyen d’approcher ce que le Bouddha lui-même a pu enseigner.
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Diffusion et héritage
Environ deux siècles après le Bouddha, l’empereur maurya Ashoka soutient le bouddhisme et envoie des émissaires dans toute l’Inde et au-delà. Vers 249 av. J.-C., il se rend à Lumbini et y fait ériger un pilier de pierre. L’inscription indique que « le Bouddha, sage des Shakya, est né ici » et qu’Ashoka a réduit les impôts du village. Le bouddhisme atteint le Sri Lanka à l’époque d’Ashoka, puis se diffuse le long des routes commerciales vers l’Asie centrale, la Chine (dès le Ier siècle apr. J.-C.), la Corée (à partir du IVe siècle), le Japon (VIe siècle), le Tibet (VIIe–VIIIe siècles) et l’Asie du Sud-Est.
En se diffusant, le bouddhisme donne naissance à plusieurs grandes traditions : le theravada au Sri Lanka et dans une grande partie de l’Asie du Sud-Est ; le mahayana, qui met l’accent sur la voie du bodhisattva et sur l’existence de nombreux bouddhas, en Asie de l’Est ; et le vajrayana au Tibet, en Mongolie et dans l’Himalaya. En Inde même, le bouddhisme décline après le XIIe siècle environ, mais connaît un renouveau au XXe siècle, notamment grâce à la conversion collective au bouddhisme de B. R. Ambedkar et de nombreux Dalits en 1956.
Pendant des siècles, le Bouddha n’est représenté dans l’art que par des symboles, comme une empreinte de pied, un siège vide, une roue ou un arbre. Des images du Bouddha sous forme humaine apparaissent vers le Ier siècle apr. J.-C. au Gandhara et à Mathura et deviennent parmi les images les plus reconnaissables de l’art mondial. Sa naissance et son éveil sont célébrés lors de Vesak en Asie du Sud et du Sud-Est, et lors de la fête de la naissance du Bouddha en Asie de l’Est. Lumbini et le temple de la Mahabodhi à Bodh Gaya sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO et sont d’importants lieux de pèlerinage.
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Quand le Bouddha a-t-il vécu ? Le problème de la datation
Aucune source contemporaine ne date la vie du Bouddha. Toutes les chronologies sont calculées en remontant à partir d’Ashoka, dont le règne peut être situé approximativement — il monte sur le trône vers 268 av. J.-C. — grâce aux références à des rois hellénistiques dans ses inscriptions. La difficulté est de déterminer combien d’années séparent la mort du Bouddha d’Ashoka.
La « chronologie longue » des chroniques sri-lankaises situe sa mort 218 ans avant le couronnement d’Ashoka. Après ajustement par des chercheurs occidentaux, elle a donné les dates familières d’environ 563–483 av. J.-C. (ou 566–486), qui ont fait autorité pendant la majeure partie du XXe siècle. La tradition theravada elle-même fait commencer l’ère bouddhique en 544/543 av. J.-C., d’où la célébration du « 2 500e anniversaire » en 1956–1957. Une « chronologie courte », conservée dans des sources sanskrites et chinoises d’écoles du Nord, ne place la mort qu’environ 100 ans avant Ashoka, vers 368 av. J.-C.
Lors d’un colloque organisé par Heinz Bechert à Göttingen en 1988, la plupart des participants ont situé la mort du Bouddha dans une période d’environ vingt ans autour de 400 av. J.-C. Richard Gombrich a défendu une date proche de 404 av. J.-C., et de nombreux ouvrages de référence donnent aujourd’hui environ 480–400 av. J.-C. La question reste ouverte. Les arguments dépendent du crédit accordé aux listes de successions de moines, de la fiabilité des chroniques et des données archéologiques sur l’urbanisation de la vallée du Gange.
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Le Bouddha historique et le problème des sources
Au XIXe siècle, certains chercheurs européens, comme Émile Senart, ont suggéré que la légende du Bouddha était en grande partie un mythe solaire. Aujourd’hui, presque tous les chercheurs admettent qu’un maître historique se trouve à l’origine de la tradition, mais ils divergent fortement sur ce que l’on peut savoir de lui. Les textes anciens ont été transmis oralement pendant des siècles et remaniés par des communautés poursuivant leurs propres objectifs ; les éléments surnaturels se multiplient dans les couches plus tardives.
Certains spécialistes sont relativement optimistes. Ils soutiennent que les discours anciens présentent une philosophie cohérente et originale, qui remonte probablement à un seul penseur créatif, et qu’ils conservent des détails vraisemblables sur les lieux et les conditions sociales. D’autres sont plus sceptiques et soulignent que les canons conservés ont été façonnés par des querelles entre écoles et par les intérêts des communautés monastiques. Gregory Schopen, par exemple, a montré que les inscriptions et l’archéologie révèlent parfois une vie monastique très différente des idéaux décrits dans les textes.
L’archéologie fournit des indices importants, mais limités. Le pilier d’Ashoka à Lumbini (découvert en 1896) montre qu’au IIIe siècle av. J.-C., Lumbini était vénéré comme lieu de naissance du Bouddha. Un reliquaire découvert à Piprahwa en 1898 porte une ancienne inscription en écriture brahmi que beaucoup interprètent comme une référence aux reliques du Bouddha des Shakya, bien que sa date et sa lecture soient débattues. On discute aussi de l’emplacement de l’ancienne Kapilavastu : Tilaurakot, au Népal, ou Piprahwa, en Inde. Des fouilles sous le temple de Maya Devi à Lumbini, publiées en 2013 par une équipe comprenant Robin Coningham, ont révélé les traces d’une ancienne structure en bois que l’équipe a datée des environs du VIe siècle av. J.-C. La portée de ces découvertes pour la datation du Bouddha reste contestée.
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Qu’enseignait le Bouddha à l’origine ? Débats d’interprétation
Les chercheurs et les traditions bouddhiques divergent sur plusieurs questions essentielles. L’enseignement du non-soi était-il une négation métaphysique de l’existence de tout soi, ou une méthode pratique pour abandonner l’attachement sans se prononcer sur la réalité ultime ? Différentes écoles bouddhiques et des philosophes contemporains défendent les deux interprétations. Mark Siderits, entre autres, y voit une conception réductionniste de la personne ; d’autres estiment que le Bouddha évitait délibérément la métaphysique.
Un autre débat porte sur le rapport entre méditation et compréhension. Des chercheurs comme Lambert Schmithausen et Johannes Bronkhorst ont soutenu que les textes anciens présentent une tension entre la libération par une profonde absorption méditative et la libération par une compréhension qui discerne clairement les choses, peut-être parce qu’ils réunissent des couches de différentes époques. Richard Gombrich a souligné la manière dont les idées du Bouddha répondent aux notions brahmaniques et les réinterprètent souvent avec ironie ; il y voit l’indice d’un penseur original unique.
Enfin, les traditions mahayana considèrent que le Bouddha enseignait à différents niveaux selon son auditoire et que des sutras comme le Sūtra du Lotus expriment plus pleinement son enseignement. La recherche historique situe toutefois la rédaction de ces textes plusieurs siècles après sa mort. Ces approches répondent à des questions différentes, historiques et religieuses, et toutes deux aident à comprendre comment le Bouddha a été perçu à travers l’Asie.
Idées clés
- Quatre nobles vérités
- La souffrance existe ; elle naît de la soif ; elle peut cesser ; le Noble Sentier octuple mène à sa cessation.
- Voie du milieu
- Une voie entre la recherche excessive des plaisirs et les mortifications sévères ; en philosophie, également entre l’éternalisme et l’annihilationnisme.
- Noble Sentier octuple
- Compréhension, intention, parole, action, moyens d’existence, effort, attention et concentration justes, développés ensemble par la conduite éthique, la méditation et la sagesse.
- Non-soi (anatta)
- On ne trouve aucun soi permanent et indépendant parmi les composantes changeantes d’une personne.
- Impermanence (anicca)
- Tout ce qui naît de certaines conditions change et finit par disparaître.
- Coproduction conditionnée
- Tout apparaît en dépendance de conditions ; la souffrance naît d’un enchaînement de causes et cesse lorsque ces causes cessent.
- Nirvana
- La fin de la soif et de la souffrance, l’« extinction » de l’avidité, de la haine et de l’illusion.
- Le karma comme intention
- Les actes ont des conséquences, et ce qui compte sur le plan moral est l’intention qui les motive.
Notices
- v. 563 av. J.-C. — Date traditionnelle de la naissance de Siddhartha à Lumbini selon la chronologie longue : vers 563 av. J.-C.
- v. 544 av. J.-C. — La tradition theravada situe le parinirvana du Bouddha en 544/543 av. J.-C., point de départ de l’ère bouddhique.
- v. 480 av. J.-C. — Naissance vers 480 av. J.-C., selon la chronologie privilégiée par de nombreux chercheurs actuels.
- v. 400 av. J.-C. — Mort à Kushinagar vers 400 av. J.-C., selon de nombreux chercheurs actuels.
- v. 249 av. J.-C. — L’empereur Ashoka visite Lumbini et y érige un pilier inscrit marquant le lieu de naissance (dans la vingtième année de son règne).
- v. 29 av. J.-C. — Selon les chroniques sri-lankaises, le Canon pali est mis par écrit au Sri Lanka.
- v. 100 apr. J.-C. — Ashvaghosha compose le Buddhacarita ; des représentations du Bouddha sous forme humaine apparaissent au Gandhara et à Mathura.
- 1896 — Le pilier d’Ashoka à Lumbini est mis au jour, confirmant que le site était traditionnellement considéré comme le lieu de naissance du Bouddha.
- 1898 — Un reliquaire portant une inscription est découvert à Piprahwa, en Inde.
- 1956 — Le 2 500e anniversaire du parinirvana (selon le calcul theravada) est célébré ; B. R. Ambedkar se convertit au bouddhisme avec de nombreux disciples.
- 1988 — Colloque de Göttingen sur la datation du Bouddha historique ; la plupart des participants privilégient une date de mort proche de 400 av. J.-C.
- 2002 — Le temple de la Mahabodhi à Bodh Gaya est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (Lumbini l’a été en 1997).
Glossaire
- Bouddha
- « Éveillé » ; titre donné à une personne qui a pleinement compris la vérité et l’enseigne.
- Dharma (en pali, dhamma)
- L’enseignement du Bouddha ; également la vérité ou la loi qu’il décrit.
- Sangha
- La communauté des moines et des moniales bouddhistes et, dans un sens plus large, l’ensemble des fidèles.
- Dukkha
- Souffrance, mal-être ou insatisfaction ; objet de la première noble vérité.
- Nirvana (en pali, nibbana)
- Libération ; extinction de la soif et fin des renaissances.
- Parinirvana
- La disparition définitive d’un bouddha à sa mort.
- Śramaṇa
- Ascète errant de l’Inde ancienne qui cherchait la libération en dehors des rites védiques.
- Stupa
- Monument en forme de tertre contenant des reliques et servant de lieu de dévotion bouddhique.
- Canon pali
- Recueil d’écritures bouddhiques anciennes en langue palie, conservé par la tradition theravada.
- Agamas
- Recueils anciens de discours bouddhiques d’autres écoles, conservés surtout en traduction chinoise.
- Bodhisattva
- Être en chemin vers l’état de bouddha ; dans le mahayana, personne qui fait le vœu de libérer tous les êtres.
Questions et réponses
Le Bouddha est-il un dieu ?
Dans les enseignements anciens, non. C’est un être humain qui a atteint le plein éveil et enseigné aux autres. Certaines traditions plus tardives décrivent les bouddhas en termes plus cosmiques, mais n’en font pas des dieux créateurs.
Le Bouddha était-il vraiment un prince ?
Il venait d’une famille dirigeante des Shakya, mais ceux-ci étaient probablement gouvernés par un conseil plutôt que par un roi. L’image d’un prince royal vivant dans un palais s’est développée au fil du temps.
Pourquoi représente-t-on souvent le Bouddha assis les jambes croisées ?
Cette posture le montre en méditation, la pratique par laquelle il a atteint l’éveil. Les gestes de ses mains, comme celui de toucher la terre, rappellent des moments particuliers de sa vie.
Pourquoi les dates de la vie du Bouddha sont-elles si incertaines ?
Aucun témoignage datant de sa vie ne nous est parvenu. Les chercheurs remontent le temps à partir de l’empereur Ashoka, mais les traditions anciennes ne s’accordent pas sur le nombre d’années qui séparent Ashoka de la mort du Bouddha : l’écart peut atteindre environ un siècle.
Le Bouddha a-t-il écrit des livres ?
Non. Ses enseignements ont été appris par cœur et récités pendant des siècles avant d’être mis par écrit dans le Canon pali et dans d’autres recueils conservés principalement en chinois.
Quelle est la différence entre le theravada et le mahayana ?
Le theravada, bien implanté au Sri Lanka et en Asie du Sud-Est, conserve le Canon pali et met l’accent sur la voie de la libération. Le mahayana, bien implanté en Asie de l’Est, comprend de nombreux sutras plus tardifs et souligne l’idéal du bodhisattva, qui cherche à libérer tous les êtres.
Peut-on savoir ce que le Bouddha historique a réellement enseigné ?
Seulement de manière approximative. Les chercheurs comparent des textes parallèles en pali, en chinois et dans d’autres langues. Leur contenu commun remonte probablement à une époque très ancienne, mais sa proximité avec les propres paroles du Bouddha reste débattue.
Sources et lectures complémentaires
- Mark Siderits, Buddha. Stanford Encyclopedia of Philosophy
- The Buddha. Wikipedia
- Four Noble Truths. Wikipedia
- Pāli Canon. Wikipedia
- Lumbini pillar inscription. Wikipedia
- Mahabodhi Temple. Wikipedia
- Rupert Gethin, The Foundations of Buddhism. Oxford University Press, 1998
- Richard F. Gombrich, What the Buddha Thought. Equinox, 2009
- Johannes Bronkhorst, Greater Magadha: Studies in the Culture of Early India. Brill, 2007
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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
