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Pour les jeunes lecteurs
Il y a environ 2 500 ans, la Perse était le plus grand empire du monde. Son roi, Darius, régnait sur des terres qui allaient de l’Égypte à l’Inde. Athènes était une cité grecque beaucoup plus petite. Elle avait aidé d’autres cités grecques à lutter contre la domination perse. Darius se mit en colère et envoya des navires remplis de soldats de l’autre côté de la mer.
Les soldats perses débarquèrent près de Marathon, dans une plaine entre les montagnes et la mer, à environ 40 kilomètres d’Athènes. Les Athéniens marchèrent à leur rencontre. Les soldats d’une petite cité voisine, Platées, vinrent les aider. Les Grecs portaient de lourdes armures, de grands boucliers ronds et de longues lances.
Pendant plusieurs jours, les deux armées s’observèrent. Puis les Grecs avancèrent soudainement et coururent sur la fin du trajet avant de frapper la ligne perse. Le centre de leur ligne recula, mais les deux côtés gagnèrent. Ils se replièrent ensuite vers le milieu et encerclèrent les Perses. Ceux-ci s’enfuirent vers leurs navires.
Plus tard, on raconta qu’un messager avait couru de Marathon à Athènes pour crier « Nous avons gagné ! », puis était mort d’épuisement. Le plus ancien récit de la bataille ne raconte pas cette histoire : elle n’est peut-être pas vraie. Mais elle a inspiré une nouvelle course aux premiers Jeux olympiques modernes, en 1896 : le marathon.
Pour les Athéniens, la victoire de Marathon était un souvenir très précieux. Ils enterrèrent leurs soldats morts sur le champ de bataille, sous un grand tertre de terre. Ils peignirent aussi des images de la bataille et racontèrent souvent son histoire. On peut encore voir le tertre aujourd’hui.
En bref
- Date
- 490 av. J.-C., à la fin de l’été ; souvent située vers le 12 septembre, bien que le mois d’août ait aussi été proposé
- Lieu
- Plaine de Marathon, dans le nord-est de l’Attique, en Grèce, à environ 40 km d’Athènes
- Camps
- Athènes et Platées contre un corps expéditionnaire de l’Empire perse achéménide
- Commandants
- Grecs : le polémarque Callimaque et dix stratèges athéniens, dont Miltiade ; Perses : Datis et Artapherne
- Forces
- Environ 9 000 à 10 000 Athéniens et 1 000 Platéens ; effectifs perses inconnus, souvent estimés aujourd’hui à quelque 20 000 à 25 000 fantassins
- Pertes (selon Hérodote)
- 192 Athéniens et environ 6 400 Perses tués
- Résultat
- Victoire grecque ; le corps expéditionnaire perse se retire en Asie
- Source principale
- Hérodote, Histoires, livre VI, rédigé environ deux générations plus tard
Facile
Qu’est-ce que la bataille de Marathon ?
La bataille de Marathon opposa, durant l’été 490 av. J.-C., la cité d’Athènes et sa petite alliée Platées à une armée envoyée par Darius Ier, roi de l’Empire perse achéménide. Elle eut lieu dans la plaine de Marathon, une bande de terre plate sur la côte orientale de l’Attique, la région d’Athènes.
Les forces perses avaient traversé la mer Égée par bateau, attaqué des îles en chemin, détruit la cité d’Érétrie sur l’île d’Eubée, puis débarqué à Marathon. L’armée athénienne, composée de citoyens soldats, marcha à leur rencontre et établit son camp face à elles. Après plusieurs jours d’attente, les Grecs attaquèrent et remportèrent une nette victoire. Les Perses regagnèrent leurs navires et finirent par rentrer chez eux.
C’était la première fois qu’une armée de Grecs du continent battait une armée perse dans une grande bataille rangée. La bataille ne mit pas fin aux guerres entre Grecs et Perses : dix ans plus tard, Xerxès, fils de Darius, envahit la Grèce avec une armée bien plus nombreuse. Mais Marathon montra que les forces perses pouvaient être vaincues et devint l’un des souvenirs dont Athènes était le plus fière.
Facile
Pourquoi la Perse est-elle venue en Grèce ?
Au milieu du VIe siècle av. J.-C., le roi perse Cyrus le Grand conquit un vaste territoire, comprenant les cités grecques de la côte d’Asie Mineure, dans l’ouest de la Turquie actuelle. Les Grecs appelaient cette région l’Ionie. Ces cités étaient gouvernées par des tyrans grecs locaux fidèles à la Perse.
Vers 499 av. J.-C., les cités ioniennes se révoltèrent. Athènes et Érétrie envoyèrent des navires pour les aider et, en 498 av. J.-C., les rebelles et leurs alliés incendièrent Sardes, un important centre administratif perse. La révolte fut écrasée en 494 av. J.-C., lorsque les Perses vainquirent la flotte ionienne à Ladé et mirent Milet à sac. Selon Hérodote, Darius n’oublia jamais le rôle joué par Athènes.
Il existait aussi une raison personnelle et politique. Hippias, le dernier tyran d’Athènes, avait été chassé en 510 av. J.-C. et s’était rendu à la cour perse. Il espérait que les Perses le rétabliraient au pouvoir. Selon Hérodote, c’est Hippias, devenu un vieil homme, qui guida les Perses jusqu’à Marathon. Il savait peut-être que sa famille avait des partisans dans cette partie de l’Attique ; son père Pisistrate y avait également débarqué des décennies plus tôt avant de s’emparer du pouvoir.
Avant l’invasion, Darius envoya des messagers dans les cités grecques pour demander « la terre et l’eau », signes traditionnels de soumission. De nombreuses cités acceptèrent. Athènes et Sparte refusèrent ; Hérodote affirme même qu’elles tuèrent les messagers.
Facile
Qui combattait, et comment ?
L’armée athénienne était composée d’hoplites : des citoyens capables de se procurer un casque de bronze, une cuirasse, des cnémides pour protéger leurs tibias, un grand bouclier rond et une longue lance. Ils combattaient épaule contre épaule dans une formation serrée appelée phalange, où le bouclier de chacun protégeait en partie son voisin. Les hoplites n’étaient pas des soldats de métier : c’étaient des agriculteurs, des artisans et des propriétaires qui servaient lorsque la cité les appelait.
Athènes pouvait réunir environ 9 000 à 10 000 hoplites. Platées, petite cité de Béotie voisine et alliée de longue date d’Athènes, envoya toute son armée, soit environ 1 000 hommes. Sparte, la plus grande puissance militaire de Grèce, promit son aide, mais n’arriva pas à temps.
L’armée perse était plus diverse. Elle comprenait des soldats issus de nombreux peuples de l’empire, souvent moins lourdement protégés que les hoplites grecs et équipés de boucliers d’osier. Elle s’appuyait beaucoup sur les archers et la cavalerie. Hérodote affirme que la flotte comptait 600 trières, des navires de guerre, mais ce nombre est peut-être exagéré ou traditionnel. Il ne donne pas le nombre de soldats. Des auteurs antiques postérieurs ont avancé des centaines de milliers d’hommes, ce qui est impossible ; les historiens actuels estiment généralement les combattants à quelque 20 000 à 25 000 hommes, auxquels s’ajoutait une cavalerie moins nombreuse. Tout chiffre reste toutefois une estimation.
Les Perses étaient commandés par Datis, un Mède, et Artapherne, un neveu de Darius. Du côté athénien, le commandement était partagé entre dix stratèges, un pour chacune des dix tribus d’Athènes, et le polémarque Callimaque. Le plus célèbre des stratèges était Miltiade. Membre d’une puissante famille athénienne, il avait autrefois gouverné la Chersonèse de Thrace, dans la région de Gallipoli, sous la suzeraineté perse et connaissait les méthodes de guerre des Perses.
Intermédiaire
La campagne de 490 av. J.-C.
L’expédition perse de 490 av. J.-C. était la deuxième tentative pour atteindre la Grèce. En 492 av. J.-C., une armée commandée par Mardonios avait avancé à travers la Thrace et la Macédoine, mais sa flotte avait été détruite par une tempête au large du mont Athos. Cette fois, les Perses traversèrent directement la mer Égée. Ils prirent Naxos, qui leur avait résisté dix ans auparavant, et obtinrent la soumission d’autres îles. Ils respectèrent le sanctuaire de Délos, consacré à Apollon, ce qui laisse penser qu’ils cherchaient délibérément à honorer les dieux grecs.
La flotte attaqua ensuite Érétrie, en Eubée. Selon Hérodote, après six jours de siège, deux notables érétriens livrèrent la cité aux Perses. Ceux-ci incendièrent ses temples pour venger Sardes et déportèrent ses habitants. Hérodote rapporte plus loin que Darius installa les captifs érétriens en Cissie, au cœur de l’Empire perse, où ils parlaient encore grec à son époque.
Depuis l’Eubée, les Perses gagnèrent Marathon. Les Athéniens envoyèrent un coureur, Philippidès, appelé Phidippidès dans des sources postérieures, demander de l’aide à Sparte. Selon Hérodote, il y parvint le lendemain de son départ, après avoir parcouru environ 240 km. Les Spartiates répondirent qu’ils ne pouvaient se mettre en marche avant la pleine lune en raison d’une fête religieuse, généralement identifiée aux Carnéennes. Pendant ce temps, l’armée athénienne marcha vers Marathon et campa près d’un sanctuaire d’Héraclès, barrant les routes qui menaient à Athènes. Les Platéens l’y rejoignirent.
Pendant plusieurs jours, aucun camp n’attaqua. Les Grecs occupaient une position solide ; les Perses attendaient peut-être que des Athéniens restés dans la cité se soulèvent en leur faveur, ou une occasion de transporter une partie de leurs forces par mer. Hérodote décrit un débat entre les dix stratèges : la moitié voulait attendre les Spartiates, l’autre moitié voulait combattre. Miltiade persuada Callimaque de voter pour la bataille. Hérodote ajoute que les stratèges dont venait le tour de commander cédèrent leur journée à Miltiade, mais que celui-ci attendit son propre tour pour attaquer.
Intermédiaire
La bataille
Pour éviter que la ligne perse, plus longue, ne les déborde, les Athéniens étirèrent leur propre ligne jusqu’à atteindre la même longueur. Ils amincirent ainsi leur centre, réduit à quelques rangs, tout en maintenant des ailes puissantes. Le polémarque Callimaque commandait l’aile droite, place d’honneur ; les Platéens tenaient l’aile gauche. Selon Plutarque, les tribus de Thémistocle et d’Aristide occupaient le centre.
Hérodote affirme que les Athéniens avancèrent sur environ huit stades, soit près de 1,5 km, et chargèrent « en courant ». À sa connaissance, ils furent les premiers Grecs à le faire et les premiers à affronter sans crainte la vue des vêtements mèdes. Les auteurs actuels doutent que des hommes lourdement armés aient pu courir sur toute cette distance. Selon une interprétation courante, ils marchèrent sur la plus grande partie du trajet et ne coururent qu’à la fin, lorsqu’ils arrivèrent à portée des archers perses.
Au cours du long combat qui suivit, les meilleurs soldats de l’armée perse, les Perses et les Saces placés au centre, percèrent le centre grec et le poursuivirent vers l’intérieur des terres. Mais les Grecs remportèrent la victoire sur les deux ailes. Au lieu de poursuivre leurs adversaires vaincus, les deux ailes se rabattirent vers le centre et attaquèrent les Perses des deux côtés. Ceux-ci s’enfuirent vers le rivage et les navires, poursuivis par les Grecs jusque dans la mer. Les combats furent violents près des navires : les Athéniens en capturèrent sept, mais les autres s’échappèrent.
Hérodote dénombre 192 morts athéniens et environ 6 400 morts perses. Parmi les Athéniens tués figuraient le polémarque Callimaque, un stratège nommé Stésilaos et Cynégire, frère du dramaturge Eschyle. Alors qu’il agrippait la poupe d’un navire perse, Cynégire eut la main tranchée d’un coup de hache. Eschyle participa lui aussi à la bataille. Les pertes platéennes ne sont pas connues, pas plus que le nombre d’esclaves qui combattirent et moururent ; Pausanias, qui écrivit des siècles plus tard, mentionne que des esclaves furent enterrés à Marathon.
Intermédiaire
Après la bataille : le retour précipité à Athènes et l’arrivée des Spartiates
La victoire ne mit pas fin au danger. La flotte perse contourna le cap Sounion en direction de Phalère, l’ancien port d’Athènes, peut-être dans l’espoir de trouver la cité sans défense. Hérodote rapporte une rumeur selon laquelle quelqu’un aurait envoyé aux Perses un signal avec un bouclier depuis une montagne ; la famille des Alcméonides en fut accusée, mais Hérodote rejette lui-même cette accusation. L’armée athénienne revint rapidement vers la cité et campa près d’un autre sanctuaire d’Héraclès, au Cynosarge. Lorsque les navires perses arrivèrent et virent l’armée qui les attendait, ils ne débarquèrent pas et repartirent bientôt vers l’Asie.
Deux mille Spartiates arrivèrent après la pleine lune, ayant parcouru la distance entre Sparte et l’Attique en trois jours. Ils étaient trop tard pour combattre. Ils demandèrent à voir les morts perses, les examinèrent sur le champ de bataille, félicitèrent les Athéniens et rentrèrent chez eux.
Pour la Perse, Marathon fut un revers, mais pas un désastre. L’expédition avait puni Érétrie et placé plusieurs îles sous domination perse. Darius commença à préparer une invasion plus importante, mais mourut en 486 av. J.-C. Son fils Xerxès la mena en 480 av. J.-C. Cette guerre vit les batailles des Thermopyles, de Salamine et de Platées, et se termina par la victoire grecque à Platées en 479 av. J.-C.
À Athènes, la victoire renforça le prestige des hoplites et de Miltiade, mais celui-ci connut bientôt la disgrâce. En 489 av. J.-C., il dirigea une expédition infructueuse contre l’île de Paros, fut poursuivi en justice et condamné à une amende de 50 talents, puis mourut des suites d’une blessure infectée. Pendant ce temps, Thémistocle convainquit les Athéniens de construire une grande flotte. Ce fut cette marine, plutôt que l’armée d’hoplites de Marathon, qui joua un rôle décisif à Salamine.
Intermédiaire
Comment Athènes a gardé le souvenir de Marathon
Les Athéniens firent quelque chose d’inhabituel : au lieu de ramener leurs morts pour les enterrer chez eux, comme ils en prirent ensuite l’habitude, ils ensevelirent les 192 hommes sur le champ de bataille sous un grand tertre de terre, le Soros. Il se dresse encore dans la plaine, à une hauteur d’environ 9 m. Beaucoup pensent qu’un autre tertre, situé à proximité, est la tombe des Platéens. Les hommes qui avaient combattu, les Marathonomaches (« combattants de Marathon »), furent honorés toute leur vie.
La victoire fut célébrée dans l’art et la religion. Une grande peinture de la bataille, représentant Miltiade, Callimaque, ainsi que des dieux et des héros comme Thésée combattant pour Athènes, ornait le Portique peint, ou Stoa Poikilè, sur l’Agora d’Athènes. Les Athéniens consacrèrent un trésor à Delphes, que les auteurs antiques associaient à Marathon. Ils instaurèrent aussi un culte de Pan dans une grotte sur le flanc de l’Acropole, car Pan aurait rencontré Philippidès pendant sa course et lui aurait promis son aide.
On raconte qu’Eschyle, le grand poète tragique, choisit une épitaphe qui mentionnait seulement son courage à Marathon, sans parler de ses pièces. Pour les générations suivantes d’Athéniens, « les hommes de Marathon » devinrent un symbole des vertus d’autrefois. Les orateurs les évoquèrent sans cesse, surtout lorsque Athènes fit face à de nouvelles menaces venues de Macédoine au IVe siècle av. J.-C.
L’histoire du messager qui courut de Marathon à Athènes et mourut après avoir annoncé la victoire apparaît pour la première fois chez des auteurs de l’époque romaine, comme Plutarque et Lucien, quelque 500 à 600 ans après la bataille. Hérodote ne mentionne que la course vers Sparte. Lorsque l’érudit français Michel Bréal proposa une course de fond pour les premiers Jeux olympiques modernes, organisés à Athènes en 1896, il s’inspira de cette légende tardive. La distance fut ensuite fixée à 42,195 km.
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Marathon a-t-elle été un tournant ? Regards grecs et perses
Pendant longtemps, les auteurs européens ont présenté Marathon comme un moment décisif de l’histoire mondiale. Au XIXe siècle, John Stuart Mill fit remarquer que Marathon avait plus d’importance pour l’histoire de l’Angleterre que la bataille d’Hastings, et Edward Creasy l’inclut parmi ses « quinze batailles décisives du monde » (1851). Ces jugements s’inscrivaient dans un récit, hérité des lecteurs grecs d’Hérodote puis repris en Europe, où des Grecs libres défendaient « l’Occident » contre un despotisme « oriental ».
Les chercheurs actuels sont plus prudents. Les historiens de l’Empire achéménide soulignent qu’aucune source perse ne mentionne la bataille. Pour le pouvoir impérial, l’expédition de 490 av. J.-C. était une opération relativement limitée sur une frontière lointaine. Ses principaux objectifs — punir Érétrie et Athènes, et peut-être rétablir Hippias — ne furent atteints qu’en partie, mais l’empire perdit peu. De ce point de vue, Marathon fut une défaite locale, pas une catastrophe. L’image de Perses efféminés et lâches, fréquente dans les écrits grecs postérieurs, est aujourd’hui considérée en partie comme le produit de la manière dont les Grecs se définissaient après les guerres.
La bataille eut néanmoins de réelles conséquences. Elle empêcha le retour de la tyrannie à Athènes sous protection perse, consolida les jeunes institutions démocratiques issues des réformes de Clisthène en 508/507 av. J.-C. et donna aux Athéniens une grande confiance. Selon certains historiens, sans Marathon, il est difficile d’imaginer la flotte athénienne ultérieure, la ligue de Délos et les réalisations culturelles de l’Athènes du Ve siècle av. J.-C., dont le Parthénon. D’autres rappellent que ces hypothèses sur ce qui aurait pu se passer restent spéculatives.
Il faut aussi se souvenir des personnes dont l’histoire est à peine racontée : les Érétriens déportés en Perse, les Platéens dont le rôle tendit à être minimisé dans la mémoire athénienne, les esclaves qui combattirent et les nombreux soldats de l’armée perse venus d’Ionie, d’Égypte, du Levant et d’Asie centrale, qui n’avaient pas choisi cette guerre.
Avancé
Sources, effectifs et questions non résolues
Presque tout ce que nous savons vient d’Hérodote d’Halicarnasse. Ses Histoires furent rédigées entre le milieu et la fin du Ve siècle av. J.-C., environ 40 à 60 ans après la bataille. Hérodote parla à des gens dont les parents et les grands-parents se souvenaient de la guerre, mais son récit de Marathon est bref. Il laisse de côté bien des éléments qu’un historien militaire voudrait connaître : l’emplacement exact des camps, le rôle de la cavalerie perse et la chronologie des événements. Des sources postérieures, comme Cornélius Népos, Plutarque et Pausanias, ajoutent des détails, mais il est difficile de savoir si elles s’appuient sur de bonnes sources plus anciennes ou sur des récits enrichis par la suite.
La question de la cavalerie est la plus célèbre des énigmes. Hérodote ne mentionne jamais de cavaliers perses dans les combats, alors que les Perses avaient amené des chevaux. Un dictionnaire byzantin, la Souda, conserve le proverbe « la cavalerie est partie » (chōris hippeis). Il l’explique par un récit selon lequel des déserteurs ioniens auraient averti les Athéniens du départ de la cavalerie perse, poussant Miltiade à attaquer. Certains historiens pensent que les Perses rembarquaient leurs cavaliers pour partir vers Athènes, ce qui expliquerait le moment choisi par les Athéniens pour attaquer ; d’autres doutent de cette source tardive.
La date fait aussi débat. Elle dépend de la date de la pleine lune et de celle de la fête spartiate en 490 av. J.-C. Le 12 septembre, date traditionnelle, fut calculé par l’érudit du XIXe siècle August Böckh ; si le calendrier spartiate avait un mois d’avance, la bataille aurait eu lieu en août. La taille des armées, la longueur de la ligne grecque et la possibilité que les Grecs aient couru sur l’ensemble des 1,5 km sont discutées à partir des quelques mots d’Hérodote, de la topographie et des limites physiques d’hommes en armure.
L’archéologie apporte quelques indices. Des fouilles du Soros, à la fin du XIXe siècle, ont révélé des restes brûlés, des cendres et des poteries de la période correspondante, ce qui conforte son identification comme tombe des Athéniens morts au combat. Certains identifient un autre tertre, près de Vrana et fouillé en 1970, à la tombe des Platéens, mais cela reste incertain. Une liste gravée des morts de la tribu Érechthéide, découverte en 2000 dans la villa d’Hérode Atticus, dans le Péloponnèse, serait, selon plusieurs chercheurs, une copie ou un original provenant d’un monument de Marathon ; cette identification reste débattue. Le tracé de l’ancien littoral et le marais de la plaine ont changé, ce qui complique la reconstitution du champ de bataille.
Idées clés
- Phalange d’hoplites
- Une formation serrée de citoyens lourdement armés de lances, dont les boucliers se chevauchaient pour les protéger les uns les autres ; elle constituait l’ossature des armées grecques à Marathon.
- Double enveloppement
- Les ailes grecques vainquirent leurs adversaires, puis se rabattirent vers l’intérieur pour attaquer le centre ennemi des deux côtés.
- Expédition punitive
- Du point de vue perse, la campagne visait à punir Érétrie et Athènes pour leur rôle dans la révolte de l’Ionie, plutôt qu’à conquérir toute la Grèce.
- Mémoire civique
- Athènes fit de cette victoire un élément central de son identité grâce aux tertres funéraires, aux peintures, aux offrandes et aux discours.
- Légende et histoire
- Le coureur mort après avoir annoncé la victoire n’apparaît que chez des auteurs bien plus tardifs ; Hérodote raconte une autre course, vers Sparte.
- Grands récits historiques
- L’idée moderne de Marathon comme affrontement entre « l’Orient et l’Occident » reflète autant des interprétations européennes postérieures que les événements de 490 av. J.-C.
Notices
- v. 546 av. J.-C. — Cyrus le Grand conquiert la Lydie et les cités grecques d’Ionie passent sous domination perse.
- 510 av. J.-C. — Hippias, tyran d’Athènes, est chassé et se rend plus tard à la cour perse.
- 508 av. J.-C. — Les réformes de Clisthène jettent les bases de la démocratie athénienne (508/507 av. J.-C.).
- 499 av. J.-C. — La révolte de l’Ionie commence (499 av. J.-C.) ; Athènes et Érétrie envoient des navires.
- 498 av. J.-C. — Les rebelles ioniens et leurs alliés athéniens et érétriens incendient Sardes (498 av. J.-C.).
- 494 av. J.-C. — La victoire perse à Ladé et le sac de Milet mettent fin à la révolte (494 av. J.-C.).
- 492 av. J.-C. — Lors de l’expédition de Mardonios, la flotte perse est détruite au large du mont Athos (492 av. J.-C.).
- 490 av. J.-C. — Datis et Artapherne prennent Naxos et Érétrie, puis sont vaincus à Marathon (490 av. J.-C.).
- 489 av. J.-C. — L’expédition de Miltiade contre Paros échoue ; il est condamné à une amende et meurt (489 av. J.-C.).
- 480 av. J.-C. — Xerxès envahit la Grèce : batailles des Thermopyles et de Salamine (480 av. J.-C.).
- 479 av. J.-C. — La victoire grecque à Platées met fin à l’invasion perse (479 av. J.-C.).
- 1896 — La première course moderne de marathon a lieu aux Jeux olympiques d’Athènes.
Glossaire
- Hoplite
- Soldat citoyen grec armé d’un grand bouclier rond, d’un casque, d’une armure et d’une lance.
- Phalange
- Formation de combat serrée dans laquelle les hoplites se tiennent en rangs et en files.
- Polémarque
- « Chef de guerre » : l’un des archontes élus chaque année à Athènes, qui exerçait encore un commandement militaire officiel en 490 av. J.-C.
- Stratège
- L’un des dix généraux athéniens élus chaque année, à raison d’un par tribu.
- Empire achéménide
- Empire perse fondé par Cyrus le Grand qui, à son apogée, s’étendait de l’Égypte et de l’Anatolie jusqu’à l’Indus.
- Ionie
- Région de la côte centre-occidentale de l’Asie Mineure où se trouvaient de nombreuses cités grecques, comme Milet.
- Trière
- Navire de guerre rapide propulsé par trois rangs de rameurs.
- Terre et eau
- Symboles exigés par les envoyés perses pour signifier qu’une cité reconnaissait l’autorité du roi.
- Soros
- « Tertre » : tumulus funéraire des Athéniens morts au combat dans la plaine de Marathon.
- Carnéennes
- Fête religieuse spartiate pendant laquelle l’armée n’était pas censée se mettre en marche.
Questions et réponses
Un coureur a-t-il vraiment couru de Marathon à Athènes avant de mourir ?
Probablement pas comme le raconte la légende. Hérodote, notre source la plus ancienne, parle de Philippidès courant vers Sparte avant la bataille. L’histoire du messager mourant n’apparaît que chez des auteurs bien plus tardifs.
À quelle distance d’Athènes se trouve Marathon ?
À environ 40 km par la route. La distance du marathon moderne, 42,195 km, a été fixée au XXe siècle.
Pourquoi les Spartiates ne sont-ils pas arrivés à temps ?
Ils dirent que la loi religieuse leur interdisait de partir avant la pleine lune, pendant une fête. Certains historiens soupçonnent aussi des raisons politiques, mais les sources antiques donnent une explication religieuse.
Combien y avait-il de soldats ?
Environ 10 000 Athéniens et 1 000 Platéens. Le nombre de Perses est inconnu ; les estimations actuelles tournent généralement autour de 20 000 à 25 000 hommes, mais les chiffres antiques de plusieurs centaines de milliers sont impossibles.
Où était la cavalerie perse ?
Personne ne le sait. Hérodote ne la mentionne pas pendant la bataille. Une source tardive affirme qu’elle était partie avant les combats, ce qui pourrait expliquer le moment choisi par les Athéniens pour attaquer.
Les Perses considéraient-ils Marathon comme une grande défaite ?
Aucune source perse ne mentionne la bataille. Pour l’empire, il s’agissait probablement d’un revers limité sur une frontière lointaine ; sa grande importance vient de la mémoire grecque, puis européenne.
Peut-on visiter le champ de bataille ?
Oui. Le tertre funéraire des Athéniens se dresse encore dans la plaine de Marathon, et un musée archéologique se trouve à proximité.
Sources et lectures complémentaires
- Herodotus, The Histories, Book 6 (Greek text and English translation by A. D. Godley). Perseus Digital Library, Tufts University
- Battle of Marathon. Wikipedia
- 마라톤 전투. 위키백과
- Battle of Marathon. Encyclopaedia Britannica
- Pheidippides. Wikipedia
- Edward Shepherd Creasy, The Fifteen Decisive Battles of the World. Richard Bentley, 1851
À découvrir aussi
- PersépolisCentre cérémoniel et administratif de l’Empire achéménide dans le sud-ouest de l’Iran, dont la construction a commencé sous Darius Ier.
- ParthénonTemple consacré à Athéna sur l’Acropole d’Athènes, construit au Ve siècle av. J.-C.
- SocratePhilosophe athénien qui n’a rien écrit lui-même. Connu par Platon et Xénophon, il fut jugé et exécuté en 399 av. J.-C.
- Bataille de GaugamèlesBataille de 331 av. J.-C. au cours de laquelle l’armée d’Alexandre de Macédoine vainquit les forces du roi perse Darius III.
- HomèreLe poète auquel la tradition attribue l’Iliade et l’Odyssée, épopées fondatrices de la littérature grecque. La question de savoir si une seule personne a composé les deux reste débattue.
Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
