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Pour les jeunes lecteurs
Il y a environ 2 350 ans, le plus grand empire du monde était l’Empire perse. Il s’étendait de l’Égypte et de la Turquie jusqu’à l’Afghanistan et aux frontières de l’Inde. Son roi, Darius III, vivait dans de magnifiques palais et gouvernait de nombreux peuples.
Un jeune roi de Macédoine, au nord de la Grèce, s’appelait Alexandre. Il entra dans cet empire avec son armée. Il avait déjà gagné deux grandes batailles. Darius rassembla des soldats venus de toutes les régions de son empire : des cavaliers d’Asie centrale, des archers, des chars équipés de lames tranchantes et même quinze éléphants venus d’Inde.
Darius choisit une grande plaine près d’un village appelé Gaugamèles, dont le nom signifie « la maison du chameau ». Il fit aplanir le sol pour que ses chars puissent y rouler vite. Quelques nuits avant la bataille, une éclipse rendit la Lune rouge sombre. Dans les deux camps, les gens se demandèrent ce que cela voulait dire.
Le jour de la bataille, Alexandre fit avancer son armée de côté, loin du terrain aplani. Quand un espace s’ouvrit dans les rangs perses, il fonça vers Darius avec ses cavaliers. Darius s’enfuit. Beaucoup de soldats perses s’enfuirent aussi, et des milliers de personnes furent tuées. Ce fut une journée terrible pour les soldats et leurs familles.
Après la bataille, de grandes villes perses comme Babylone et Suse ouvrirent leurs portes à Alexandre. Quelques mois plus tard, des nobles de Darius le tuèrent. L’ancien Empire perse prit fin. Une nouvelle époque commença, pendant laquelle les cultures grecques et celles du Moyen-Orient se mêlèrent.
En bref
- Date
- 1er octobre 331 av. J.-C. (une éclipse de Lune survenue dans la nuit du 20 au 21 septembre aide à établir cette date)
- Lieu
- Plaine proche de Gaugamèles, dans la plaine de Ninive, entre les villes actuelles de Mossoul et d’Erbil, dans le nord de l’Irak ; le site exact reste débattu (Tell Gomel et Karamlech figurent parmi les principaux sites proposés)
- Camps
- Armée macédonienne et alliés grecs sous Alexandre III contre armée perse achéménide sous Darius III
- Commandants
- Alexandre, Parménion (aile gauche macédonienne) ; Darius, Bessos (aile gauche perse), Mazée (aile droite perse)
- Effectifs
- Environ 47 000 Macédoniens ; effectifs perses inconnus (les chiffres antiques allant jusqu’à un million sont exagérés ; les estimations modernes varient beaucoup)
- Issue
- Victoire décisive des Macédoniens ; Darius s’enfuit et fut assassiné par des nobles de son entourage en 330 av. J.-C.
- Conséquences
- Capitulation de Babylone et de Suse, incendie de Persépolis, fin de l’Empire achéménide et début de l’époque hellénistique au Proche-Orient
- Principales sources
- Arrien, Diodore, Quinte-Curce, Plutarque et Justin (tous écrivirent des siècles plus tard) ; un journal astronomique babylonien contemporain
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Que s’est-il passé à Gaugamèles ?
La bataille de Gaugamèles opposa, le 1er octobre 331 av. J.-C., l’armée d’Alexandre III de Macédoine, appelé plus tard Alexandre le Grand, à celle de Darius III, roi de l’Empire perse achéménide. Elle eut lieu dans une vaste plaine du nord de la Mésopotamie, près d’un village appelé Gaugamèles, dans une région qui fait aujourd’hui partie du Kurdistan irakien.
Ce fut la troisième et dernière grande bataille entre les deux rois. Alexandre avait vaincu des forces perses sur les rives du Granique en 334 av. J.-C., puis Darius lui-même à Issos en 333 av. J.-C. À Gaugamèles, Darius réunit la plus grande armée qu’il pouvait lever dans son empire, sur un terrain qu’il avait choisi. Alexandre l’emporta de nouveau, et Darius s’enfuit.
La bataille est souvent appelée bataille d’Arbèles, du nom de la ville d’Arbèles (l’actuelle Erbil) où Darius se réfugia. Mais des auteurs antiques comme Plutarque et Arrien soulignaient déjà qu’elle s’était déroulée à Gaugamèles, à une certaine distance de là. Selon Plutarque, ce nom signifiait « la maison du chameau ».
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Contexte : deux rois et un empire
L’Empire perse achéménide, fondé par Cyrus le Grand au VIe siècle av. J.-C., était le plus vaste État que le monde ait connu jusque-là. Son roi gouvernait, par l’intermédiaire de gouverneurs appelés satrapes, des peuples vivant de l’Égypte et de l’Anatolie jusqu’à l’Asie centrale et à la vallée de l’Indus. Des routes royales reliaient des capitales comme Suse, Babylone, Ecbatane et Persépolis. Au Ve siècle, la Perse avait combattu les cités grecques ; par la suite, elle intervint souvent dans leurs affaires par l’argent et la diplomatie.
Au IVe siècle, la Macédoine devint, sous le règne de Philippe II, la puissance dominante en Grèce. Philippe prépara une guerre contre la Perse, présentée comme une revanche sur les invasions perses de la Grèce, plus d’un siècle auparavant, et comme une entreprise de libération des cités grecques d’Asie Mineure. Il fut assassiné en 336 av. J.-C., et son fils Alexandre, âgé de vingt ans, reprit son projet. La même année, Darius III devint roi de Perse après une période marquée par des assassinats au palais.
Alexandre passa en Asie en 334 av. J.-C. Après ses victoires au Granique et à Issos, où la mère, l’épouse et les enfants de Darius furent capturés, il ne marcha pas directement vers le cœur de la Perse. Il s’empara d’abord de la côte orientale de la Méditerranée, notamment après le long siège de Tyr, puis de l’Égypte, où il fonda Alexandrie. Selon les sources grecques, Darius lui proposa la paix, des territoires et la main de sa fille, mais Alexandre refusa. En 331 av. J.-C., Alexandre se dirigea vers l’est, en direction de la Mésopotamie.
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Les deux armées
L’armée d’Alexandre s’organisait autour de la phalange macédonienne : une infanterie aux rangs serrés, armée de la sarisse, une pique longue d’environ 5 à 6 mètres. À ses côtés combattaient les hypaspistes, fantassins d’élite. Sur les ailes se trouvait la cavalerie, surtout celle des Compagnons, qu’Alexandre commandait en personne, ainsi que les cavaliers de Thessalie. Des troupes légères, comme les lanceurs de javelots agrianes et les archers crétois, des fantassins grecs alliés et des mercenaires complétaient l’armée. Arrien indique environ 40 000 fantassins et 7 000 cavaliers, des chiffres que la plupart des historiens jugent approximativement justes.
L’armée de Darius venait de toutes les régions de l’empire. Arrien énumère des Perses, dont les cavaliers de la Parenté royale et les « Porte-pommes » de la garde du roi ; des Mèdes, des Bactriens et des Sogdiens d’Asie centrale ; des cavaliers Sakas (Scythes) ; des Indiens accompagnés d’un petit nombre d’éléphants ; des Arachosies, des Arméniens, des Cappadociens, des Syriens, des Babyloniens et d’autres peuples, ainsi que des fantassins mercenaires grecs. Darius prépara aussi environ deux cents chars à faux, des chars de guerre munis de lames fixées aux roues et au timon, destinés à rompre les lignes ennemies.
Quelle était la taille de l’armée perse ? Les auteurs antiques donnent des chiffres impossibles : Arrien parle d’un million de fantassins et de 40 000 cavaliers, Diodore de 800 000 fantassins et de 200 000 cavaliers, et Quinte-Curce d’environ 245 000 hommes au total. Les historiens modernes rejettent ces exagérations, destinées à grandir la victoire d’Alexandre. Leurs estimations varient beaucoup, souvent entre environ 50 000 et 120 000 hommes. Ils s’accordent généralement sur le fait que les Perses disposaient d’une cavalerie beaucoup plus nombreuse que celle des Macédoniens et d’une ligne plus longue, qui menaçait de déborder l’armée d’Alexandre.
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Avant la bataille : la marche, l’éclipse et l’attente
À l’été 331 av. J.-C., Alexandre franchit l’Euphrate à Thapsaque. Au lieu de suivre le fleuve vers Babylone, il emprunta une route plus au nord, offrant de meilleures possibilités de ravitaillement et un climat moins chaud, puis traversa le Tigre sans rencontrer d’opposition. Dans la nuit du 20 au 21 septembre, une éclipse de Lune se produisit. Des astronomes babyloniens la consignèrent dans leur journal, et les sources grecques rapportent que le devin d’Alexandre, Aristandre, l’interpréta comme un signe de victoire pour les Macédoniens.
Darius avait choisi une vaste plaine dégagée près de Gaugamèles et en avait fait aplanir certaines parties pour que ses chars et sa cavalerie puissent manœuvrer librement. Arrien rapporte qu’un ordre de bataille écrit de l’armée perse fut saisi après les combats. C’est de ce document, transmis par les officiers d’Alexandre, que proviendraient les descriptions détaillées du déploiement perse.
Les historiens débattent aussi de la stratégie de Darius. En ne défendant pas les passages de l’Euphrate et du Tigre, il laissa Alexandre venir à lui. Certains y voient un choix délibéré : après Issos, où le terrain étroit entre les montagnes et la mer avait annulé l’avantage numérique des Perses, Darius aurait voulu livrer bataille sur un terrain ouvert, adapté à sa cavalerie et à ses chars, près de ses bases de ravitaillement. D’autres pensent que l’itinéraire septentrional inattendu d’Alexandre obligea les Perses à changer de position et à combattre ailleurs que prévu. Quoi qu’il en soit, les deux rois semblent avoir admis que la guerre se déciderait dans une grande bataille.
Selon la tradition grecque, le général expérimenté Parménion conseilla d’attaquer de nuit, mais Alexandre refusa en déclarant qu’il ne voulait pas « voler » la victoire. Que cet échange ait réellement eu lieu ou non, les Perses, craignant une attaque nocturne, seraient restés en armes toute la nuit et seraient donc entrés dans la bataille fatigués.
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Le déroulement de la bataille
Alexandre plaça la cavalerie des Compagnons, qu’il commandait, sur l’aile droite, la phalange au centre et Parménion avec la cavalerie thessalienne sur l’aile gauche. Comme la ligne perse était plus longue, il disposa une seconde ligne d’infanterie derrière la première et orienta certaines unités sur les flancs de façon qu’elles puissent faire face vers l’extérieur si l’armée était encerclée.
Au début de la bataille, Alexandre conduisit son aile droite en diagonale vers la droite, hors du terrain aplani. Pour l’arrêter, Darius envoya sous les ordres de Bessos des cavaliers chargés de le contourner, et de violents combats de cavalerie s’engagèrent sur ce flanc. Les chars à faux chargèrent le centre macédonien, mais les troupes légères abattirent des conducteurs et des chevaux. Les fantassins ouvrirent leurs rangs pour laisser passer les chars restants, qui furent neutralisés derrière la ligne.
Le mouvement de la cavalerie perse vers le flanc ouvrit une brèche dans la partie centrale gauche de la ligne perse. Alexandre forma un coin avec ses Compagnons et les fantassins proches, puis s’engouffra dans la brèche en direction de Darius lui-même. Dans les récits grecs, Darius fit demi-tour et s’enfuit ; le journal babylonien indique au contraire que les troupes du roi l’abandonnèrent. Dans les deux cas, une fois le roi sorti du champ de bataille, le centre perse s’effondra.
Pendant ce temps, l’aile gauche macédonienne courait un grand danger. Des cavaliers perses et indiens franchirent une brèche dans la phalange et atteignirent le camp où se trouvaient les bagages macédoniens, tandis que Mazée exerçait une forte pression sur Parménion. Celui-ci demanda de l’aide à Alexandre, qui interrompit sa poursuite et revint. À son arrivée, les Thessaliens avaient en grande partie rétabli la situation. Alexandre reprit alors la chasse et poursuivit Darius jusqu’à Arbèles, où il s’empara des bagages, du char et de l’arc du roi, sans capturer Darius lui-même.
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Les suites : la chute d’un empire
Les chiffres des pertes donnés par les sources antiques sont peu fiables : Arrien indique une centaine de morts macédoniens et un très grand nombre de morts perses, tandis que d’autres sources évaluent les pertes macédoniennes à plusieurs centaines ou à quelques milliers d’hommes, et les pertes perses à plusieurs dizaines de milliers. Une chose est claire : l’armée perse fut détruite en tant que force combattante. Beaucoup des morts étaient des soldats recrutés dans des provinces lointaines, peu concernés par la guerre.
Babylone se rendit sans combattre. Son gouverneur, Mazée, le général qui avait commandé l’aile droite perse à Gaugamèles, remit la ville à Alexandre et fut reconduit dans sa fonction de satrape. Il fut le premier noble perse à recevoir un tel poste d’Alexandre. Suse et son immense trésor furent pris ensuite. Après avoir forcé le passage des Portes persiques, dans les monts Zagros, Alexandre s’empara de Persépolis, centre cérémoniel de l’empire, au début de 330 av. J.-C. La ville fut pillée et, quelques mois plus tard, les grands palais furent incendiés. Les historiens débattent encore pour savoir s’il s’agissait d’une vengeance préméditée pour l’incendie d’Athènes par les Perses en 480 av. J.-C. ou d’un geste commis dans l’ivresse, comme l’affirment certaines sources antiques.
Darius s’enfuit à Ecbatane, puis vers l’est, dans l’espoir de lever une nouvelle armée. En juillet 330 av. J.-C., il fut arrêté et tué par un groupe de nobles de son entourage dirigé par Bessos, satrape de Bactriane, qui se proclama roi sous le nom d’Artaxerxès V. Alexandre fit donner à Darius des funérailles royales et se présenta comme son vengeur et son successeur. Bessos fut capturé en 329 av. J.-C. et exécuté.
Gaugamèles marqua ainsi la fin de la domination achéménide. Alexandre poursuivit ses campagnes en Asie centrale et en Inde jusqu’à sa mort à Babylone, en 323 av. J.-C. Son empire se divisa rapidement en royaumes gouvernés par ses généraux, dont ceux des Séleucides en Mésopotamie et en Iran et des Ptolémées en Égypte. Ce fut le début de l’époque hellénistique, durant laquelle la langue et les institutions grecques se diffusèrent au Proche-Orient aux côtés des traditions locales plus anciennes.
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La mémoire de la bataille : regards grecs, perses et babyloniens
Presque tout ce que nous savons de Gaugamèles vient du camp des vainqueurs. Callisthène, historien de la cour d’Alexandre, écrivit un récit élogieux, et des auteurs postérieurs s’appuyèrent sur les mémoires des officiers d’Alexandre. Le portrait de Darius en lâche ayant fui deux fois, à Issos et à Gaugamèles, servait la propagande macédonienne. De nombreux historiens modernes estiment que Darius était un souverain compétent confronté à un adversaire exceptionnel et que les sources grecques le jugent injustement.
En Iran, le souvenir d’Alexandre était très différent. Des textes zoroastriens rédigés bien plus tard en moyen perse le nomment « Alexandre le Maudit » et l’accusent d’avoir tué des prêtres et détruit des écrits sacrés. L’épopée persane Shahnameh, achevée par Ferdowsi vers 1010, emprunte une autre voie : elle fait d’Iskandar (Alexandre) le demi-frère de Dara (Darius), donnant ainsi au conquérant la légitimité d’un roi iranien. Ces traditions montrent comment le souvenir de la conquête a été remodelé en fonction d’identités religieuses et nationales plus tardives.
Pour les peuples de Mésopotamie, la bataille signifiait un changement de souverain plutôt que la fin de leur monde. Le journal astronomique babylonien consigne la défaite, la fuite des troupes du roi et l’entrée d’Alexandre à Babylone comme « roi du monde », avec le même ton factuel que pour les mouvements des planètes. Les temples, les scribes et les élites locales poursuivirent leurs activités sous de nouveaux maîtres.
En Europe, Gaugamèles devint un classique de l’histoire militaire. La bataille est étudiée depuis des siècles dans les écoles militaires pour montrer comment une armée moins nombreuse, mais bien entraînée, peut vaincre une armée plus grande grâce à la manœuvre, au choix du moment et à la concentration des forces en un point décisif. Elle a aussi été représentée dans des tableaux et des films célébrant Alexandre, qui montrent rarement le point de vue perse.
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Les sources et leurs limites
Aucun récit de témoin direct ne nous est parvenu. Le récit le plus complet figure au livre III de l’Anabase d’Alexandre d’Arrien, rédigée au IIe siècle apr. J.-C., près de cinq cents ans après la bataille. Arrien dit s’être principalement appuyé sur Ptolémée, un général d’Alexandre devenu plus tard roi d’Égypte, et sur Aristobule, qui avait participé à la campagne. Tous deux écrivirent après la mort d’Alexandre et avaient leurs propres raisons d’orienter le récit.
Les autres grands récits se trouvent au livre XVII de Diodore de Sicile (Ier siècle av. J.-C.), au livre IV de Quinte-Curce (probablement Ier siècle apr. J.-C.), dans la Vie d’Alexandre de Plutarque et dans l’abrégé de Justin. On pense souvent que Diodore, Quinte-Curce et Justin s’appuyaient sur une source commune, peut-être l’historien Clitarque, réputé pour ses récits dramatiques. Leurs versions diffèrent sur des points comme les effectifs, le moment où Parménion demanda de l’aide et le comportement de Darius.
L’unique source contemporaine est babylonienne. Un journal astronomique tenu par des savants à Babylone, aujourd’hui conservé au British Museum, consigne l’éclipse de Lune, la bataille, l’abandon du roi par ses troupes et l’approche d’Alexandre vers Babylone. Rédigé peu après les événements et sans chercher à glorifier Alexandre, il est précieux pour dater la bataille et nuancer le portrait de Darius transmis par les sources grecques.
Certains détails antiques doivent être considérés avec prudence : les discours prononcés avant la bataille, l’échange avec Parménion sur une attaque nocturne et les lettres de Darius proposant la paix sont des scènes littéraires. Elles peuvent conserver le souvenir de faits réels, mais elles ont été façonnées par les conventions de l’écriture historique grecque et romaine.
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Les débats entre historiens
Où exactement ? Le champ de bataille n’a jamais été localisé par l’archéologie, et les sources antiques donnent peu de précisions topographiques. Tous les sites proposés se trouvent dans la plaine de Ninive, entre Mossoul et Erbil, autour du massif du Djebel Maqloub. Parmi eux figurent Tell Gomel, dont le nom a été rapproché de « Gaugamèles », et Karamlech, proposé par l’archéologue Aurel Stein après sa reconnaissance de 1938. Des études récentes ont utilisé des modèles du relief et de la visibilité pour évaluer ces sites, mais aucun vestige de la bataille n’a été identifié.
Quelle était la taille de l’armée perse, et pourquoi a-t-elle perdu ? Une fois les chiffres antiques écartés, les historiens débattent de ses effectifs et de sa qualité réels. Certains soulignent la brillante tactique de l’avance oblique d’Alexandre et de son attaque en coin. D’autres insistent sur les difficultés perses : une armée réunissant de nombreux peuples peu entraînés à combattre ensemble, épuisée par une nuit passée en armes et dépendante de la présence du roi. L’affirmation du journal babylonien selon laquelle les troupes abandonnèrent le roi a conduit certains chercheurs à considérer l’effondrement du moral, plutôt que la fuite personnelle de Darius, comme le facteur décisif.
La réputation de Darius. Dans Darius in the Shadow of Alexander (Harvard University Press, 2015), Pierre Briant a retracé la construction de l’image d’un Darius faible et lâche dans l’historiographie antique et moderne. Ses travaux et ceux d’autres spécialistes de l’Empire achéménide ont incité les historiens à étudier cet empire pour lui-même, à partir de témoignages perses, babyloniens et araméens, au lieu de le voir uniquement comme la victime d’Alexandre.
Libération ou conquête ? Les études européennes plus anciennes présentaient souvent Alexandre comme celui qui avait diffusé la civilisation grecque en Orient. De nombreux historiens récents, comme A. B. Bosworth dans Conquest and Empire (Cambridge University Press, 1988), mettent plutôt l’accent sur la violence de la conquête et son coût pour les populations locales, ainsi que sur le maintien d’une partie de l’administration achéménide sous la domination macédonienne.
Idées clés
- Bataille décisive
- Une bataille dont l’issue transforme à elle seule la carte politique ; Gaugamèles mit fin à la puissance de l’Empire achéménide.
- Emploi coordonné des armes
- Alexandre coordonna l’infanterie lourde, la cavalerie et les troupes légères, chacune ayant un rôle précis.
- Avance oblique et brèche
- En se déplaçant vers la droite, Alexandre attira la cavalerie perse à sa suite, ouvrant dans la ligne perse une brèche où il lança sa charge décisive.
- Choix du champ de bataille
- Tirant les leçons de sa défaite sur le terrain étroit d’Issos, Darius choisit une plaine dégagée et aplanie pour utiliser ses effectifs, sa cavalerie et ses chars.
- Présence du roi
- Dans les armées achéménides, le roi était le point de ralliement ; quand Darius quitta le champ de bataille, la cohésion de son armée s’effondra.
- Histoire écrite par les vainqueurs
- Presque toutes les sources narratives sont grecques ou romaines et favorables à Alexandre ; un journal babylonien offre un rare point de vue indépendant.
- Continuité après la conquête
- Alexandre maintint en place des gouverneurs perses comme Mazée et des institutions achéménides, associant conquête et continuité.
Notices
- 336 av. J.-C. — Philippe II est assassiné ; Alexandre devient roi de Macédoine. Darius III devient roi de Perse.
- 334 av. J.-C. — Alexandre passe en Asie et remporte la bataille du Granique.
- 333 av. J.-C. — Alexandre vainc Darius à Issos ; la famille de Darius est capturée.
- 332 av. J.-C. — Siège de Tyr ; Alexandre entre en Égypte.
- 331 av. J.-C. — Alexandre fonde Alexandrie en Égypte, puis marche vers la Mésopotamie et franchit l’Euphrate et le Tigre.
- 331 av. J.-C. — 20–21 septembre : des astronomes babyloniens consignent une éclipse de Lune.
- 331 av. J.-C. — 1er octobre : bataille de Gaugamèles ; Darius s’enfuit. Babylone et Suse se rendent peu après.
- 330 av. J.-C. — Alexandre prend Persépolis ; les palais sont incendiés. En juillet, Darius est tué par Bessos et d’autres nobles.
- 329 av. J.-C. — Bessos est capturé, puis exécuté.
- 323 av. J.-C. — Alexandre meurt à Babylone.
- v. 130 apr. J.-C. — Arrien écrit l’Anabase d’Alexandre, le récit de la bataille le plus complet qui nous soit parvenu.
- 1938 — Après une reconnaissance dans le nord de l’Irak, Aurel Stein propose un emplacement pour le champ de bataille.
Glossaire
- Empire achéménide
- Empire perse fondé par Cyrus le Grand (vers 550 av. J.-C.) et auquel la conquête d’Alexandre mit fin (330 av. J.-C.).
- Satrape
- Gouverneur d’une province de l’Empire perse.
- Phalange
- Formation serrée de fantassins lourdement armés ; dans sa version macédonienne, elle utilisait de très longues piques.
- Sarisse
- Longue pique d’environ 5 à 6 mètres portée par les soldats de la phalange macédonienne.
- Cavalerie des Compagnons
- Cavalerie lourde d’élite macédonienne, commandée en personne par Alexandre.
- Char à faux
- Char de guerre muni de lames fixées à ses roues, utilisé par les Perses pour rompre les lignes ennemies.
- Journal astronomique
- Relevé babylonien d’observations nocturnes du ciel, souvent accompagné de notes sur les prix, le temps qu’il faisait et les événements politiques.
- Époque hellénistique
- Période qui suivit Alexandre (323–31 av. J.-C.), pendant laquelle des royaumes gouvernés par des Grecs s’étendirent dans l’est de la Méditerranée et au Proche-Orient.
- Anabase
- Mot grec signifiant « marche vers l’intérieur des terres » ; titre de l’histoire des campagnes d’Alexandre écrite par Arrien.
Questions et réponses
Pourquoi Alexandre a-t-il gagné alors que les Perses avaient plus de soldats ?
Son armée était très bien entraînée et coordonnée. Il choisit le moment et l’endroit où frapper, et l’armée perse perdit son point de ralliement quand Darius quitta le champ de bataille. Les soldats perses étaient aussi fatigués après être restés prêts à combattre toute la nuit.
Darius s’est-il vraiment enfui ?
Les auteurs grecs disent qu’il s’est enfui et le présentent comme un lâche. Un document babylonien rédigé à l’époque indique plutôt que ses troupes l’ont abandonné. De nombreux historiens jugent le portrait grec injuste.
Qu’étaient les chars à faux ?
C’étaient des chars munis de lames tranchantes fixées aux roues. Ils devaient fendre les rangs ennemis, mais, à Gaugamèles, les troupes légères macédoniennes abattirent beaucoup de leurs conducteurs et les fantassins ouvrirent des passages pour les laisser traverser leurs lignes.
Comment connaît-on la date exacte ?
Les sources antiques indiquent que la bataille eut lieu onze jours après une éclipse de Lune. Des astronomes babyloniens ont consigné cette éclipse, que l’astronomie moderne date de la nuit du 20 au 21 septembre 331 av. J.-C.
A-t-on retrouvé le champ de bataille ?
Pas avec certitude. Les chercheurs le situent dans la plaine de Ninive, entre Mossoul et Erbil. Tell Gomel et Karamlech figurent parmi les principaux sites proposés, mais aucun vestige archéologique de la bataille n’a été identifié.
Quel souvenir garde-t-on d’Alexandre en Iran ?
Les traditions sont diverses. Certains textes zoroastriens le qualifient de « maudit » pour avoir détruit des écrits sacrés. Le Shahnameh fait d’Iskandar le demi-frère de Dara et l’intègre ainsi à la lignée des rois iraniens.
Pourquoi parle-t-on aussi de la bataille d’Arbèles ?
Darius se réfugia dans la ville d’Arbèles (Erbil) après la bataille. Son nom est resté dans certains récits anciens et modernes, même si les combats ont eu lieu à Gaugamèles.
Sources et lectures complémentaires
- Battle of Gaugamela. Wikipedia
- Gaugamela (331 BCE). Livius.org
- Battle of Gaugamela. World History Encyclopedia
- Darius III. Wikipedia
- Arrian. Wikipedia
- Arrian, Anabasis (Greek text, ed. A. G. Roos). Perseus Digital Library, Tufts University
- Pierre Briant, Darius in the Shadow of Alexander. Harvard University Press, 2015
- A. B. Bosworth, Conquest and Empire: The Reign of Alexander the Great. Cambridge University Press, 1988
À découvrir aussi
- PersépolisCentre cérémoniel et administratif de l’Empire achéménide dans le sud-ouest de l’Iran, dont la construction a commencé sous Darius Ier.
- AristoteÉlève de Platon et précepteur d’Alexandre. Il fonda le Lycée et écrivit sur la logique, l’éthique, la politique et la nature.
- Bataille de MarathonBataille de 490 av. J.-C. au cours de laquelle une armée grecque menée par Athènes a vaincu une expédition perse à Marathon.
- Bibliothèque d’AlexandrieCentre antique de collecte et d’étude des textes dans l’Alexandrie des Ptolémées.
- Le Livre des RoisÉpopée persane de Ferdowsi relatant l’histoire des rois légendaires de l’Iran et son passé historique.
Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
