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Pour les jeunes lecteurs
Socrate vivait à Athènes, en Grèce, il y a environ 2 400 ans. Il n’était ni riche ni beau : les gens plaisantaient sur son nez retroussé et ses yeux globuleux. Il marchait souvent pieds nus, vêtu d’un vieux manteau. Mais il avait un grand talent : il posait des questions sans jamais s’arrêter.
Sur la place du marché, il pouvait demander à quelqu’un : « Qu’est-ce que le courage ? » ou « Qu’est-ce que la justice ? » La personne répondait, puis Socrate posait d’autres questions. À la fin, elle comprenait parfois qu’elle ne savait pas autant qu’elle le croyait. Certaines personnes aimaient cela. D’autres trouvaient Socrate très agaçant.
Un jour, un de ses amis a demandé à l’oracle du dieu Apollon, à Delphes, si quelqu’un était plus sage que Socrate. La réponse a été : personne. Socrate était surpris. Après avoir parlé avec beaucoup de gens, il a pensé qu’il était plus sage sur un seul point : il savait qu’il ne savait pas tout, alors que d’autres croyaient savoir des choses qu’ils ignoraient.
Quand Socrate avait environ 70 ans, des Athéniens l’ont fait juger. Ils disaient qu’il ne respectait pas les dieux de la cité et qu’il avait une mauvaise influence sur les jeunes. Un jury d’environ 500 citoyens l’a déclaré coupable et condamné à mort. Ses amis ont proposé de l’aider à s’enfuir, mais il a refusé. Il a bu une coupe de poison.
Socrate n’a jamais écrit de livre. Nous le connaissons grâce à ses disciples, surtout Platon, qui ont écrit des dialogues dans lesquels il parle. Aujourd’hui encore, partout dans le monde, des gens posent des questions « socratiques ».
En bref
- Époque
- Vers 470/469-399 av. J.-C.
- Lieu
- Athènes, Grèce (dème d’Alopèce)
- Famille
- Fils de Sophronisque, artisan de la pierre, et de Phénarète, sage-femme ; époux de Xanthippe ; trois fils
- Écrits
- Aucun ; connu grâce à Platon, Xénophon, Aristophane et Aristote
- Méthode
- Examen des croyances par questions et réponses (l’elenchos)
- Parole célèbre (chez Platon)
- « Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue pour un être humain » (Apologie de Socrate, 38a)
- Mort
- Jugé pour impiété et corruption de la jeunesse ; exécuté en buvant du poison (généralement identifié comme de la ciguë) en 399 av. J.-C.
- Disciples et adeptes
- Platon, Xénophon, Antisthène, Aristippe, Euclide de Mégare et d’autres
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Qui était Socrate ?
Socrate était un citoyen d’Athènes qui a vécu au Ve siècle av. J.-C., à une époque où Athènes était la cité la plus riche et la plus puissante de Grèce, une démocratie et un centre du théâtre, des arts et du savoir. Il est né vers 470 av. J.-C. et mort en 399 av. J.-C.
C’est l’un des philosophes les plus célèbres de l’histoire, pourtant il n’a rien écrit. Il ne dirigeait pas d’école, ne demandait pas d’argent et ne donnait pas de cours. Il passait plutôt ses journées dans les lieux publics, sur l’agora (la place du marché), dans les gymnases et chez des particuliers. Il discutait avec tous ceux qui le voulaient : jeunes ou vieux, riches ou pauvres, citoyens ou étrangers.
Ses conversations portaient sur la manière de vivre. Qu’est-ce qu’une vie bonne ? Que sont la vertu, la justice, le courage, la piété ou l’amitié ? Faut-il faire du mal à quelqu’un qui nous en a fait ? Il pensait que le plus important était de prendre soin de son âme, de son être intérieur, en cherchant à comprendre ce qui est véritablement bon.
Les philosophes qui l’ont précédé, aujourd’hui appelés « présocratiques », étudiaient surtout la nature : de quoi le monde est fait et comment il fonctionne. Socrate a tourné la philosophie vers la vie humaine et l’éthique. C’est pourquoi l’écrivain romain Cicéron a dit que Socrate avait « fait descendre la philosophie du ciel » et l’avait introduite dans les villes et les maisons.
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L’art de questionner : comment fonctionne la méthode socratique
La manière dont Socrate pratiquait la philosophie s’appelle l’elenchos, un mot grec qui signifie « examen » ou « mise à l’épreuve ». En général, elle fonctionne ainsi : Socrate demande à quelqu’un de définir une idée importante, par exemple le courage. La personne répond : « Le courage, c’est tenir bon au combat. » Socrate pose alors d’autres questions et amène cette personne à accepter d’autres affirmations, par exemple que le courage est toujours une belle chose ou qu’il est parfois sage de battre en retraite. Peu à peu, il apparaît que la première réponse ne s’accorde pas avec les autres convictions de la personne.
La personne doit alors proposer une meilleure définition, qui sera examinée de la même façon. Beaucoup des premiers dialogues de Platon se terminent sans réponse définitive, dans un état que les Grecs appelaient aporie : l’embarras de celui qui ne trouve pas d’issue. Cela peut être frustrant, mais pour Socrate, c’était un progrès : mieux vaut savoir que l’on ne sait pas que continuer à croire quelque chose de faux.
Socrate affirmait souvent qu’il ne savait lui-même rien d’important et qu’il aidait seulement les autres à réfléchir. Dans le Théétète de Platon, il se compare à une sage-femme, comme sa mère : il ne donne pas lui-même naissance aux idées, mais aide les autres à faire naître les leurs et vérifie si elles sont solides. Beaucoup de lecteurs pensent que sa modestie était en partie ironique, car Socrate était manifestement très intelligent. Ce mélange d’humilité réelle et de taquinerie s’appelle l’« ironie socratique ».
L’histoire de l’oracle explique sa mission. Selon l’Apologie de Socrate de Platon, son ami Chéréphon a demandé à l’oracle de Delphes si quelqu’un était plus sage que Socrate, et la prêtresse a répondu que non. Socrate a mis cette réponse à l’épreuve en interrogeant des hommes politiques, des poètes et des artisans. Il a constaté qu’ils croyaient savoir des choses importantes alors qu’ils les ignoraient. Il en a conclu que sa seule sagesse était de reconnaître sa propre ignorance et a fini par voir ses questions comme un service rendu au dieu.
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L’homme derrière le philosophe
Le père de Socrate, Sophronisque, était artisan de la pierre ou sculpteur, et sa mère, Phénarète, était sage-femme. Socrate appartenait au dème (district) d’Alopèce, juste à l’extérieur des murs de la ville. Il a peut-être exercé le métier de son père dans sa jeunesse, mais, pendant la majeure partie de sa vie, il semble avoir eu peu d’argent et aucun emploi régulier. Il vivait simplement et dépendait en partie de ses amis.
Il a épousé Xanthippe et ils ont eu trois fils : Lamproclès, Sophronisque et Ménexène. Deux d’entre eux étaient encore de jeunes enfants à sa mort. Des auteurs postérieurs ont fait de Xanthippe une épouse querelleuse devenue légendaire, mais cette image vient surtout de récits écrits bien plus tard, plutôt que de Platon.
Les auteurs de l’Antiquité décrivent son apparence inhabituelle : un nez plat et retroussé, des yeux globuleux et des lèvres épaisses. Dans le Banquet de Platon, Alcibiade le compare à une statue de satyre, laide à l’extérieur mais remplie à l’intérieur d’images de dieux en or. Socrate était célèbre pour sa résistance physique : il marchait pieds nus même en hiver. Il était aussi connu pour sa maîtrise de soi ; il pouvait boire beaucoup sans s’enivrer.
Il disait également que, depuis son enfance, il percevait un daimonion, un « signe divin » ou une voix intérieure. Ce signe l’empêchait parfois de faire ce qu’il s’apprêtait à faire, mais ne lui disait jamais quoi faire.
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Athènes du vivant de Socrate
Socrate est né environ vingt ans après la bataille de Marathon, dans une cité dont la puissance et la richesse grandissaient. Dans sa jeunesse, il a vu la construction du Parthénon, les tragédies d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide, ainsi que l’influence politique de Périclès. Athènes était une démocratie directe : les citoyens de sexe masculin votaient à l’assemblée et siégeaient dans de grands jurys désignés par tirage au sort.
Cette société a aussi vu apparaître les sophistes, des enseignants itinérants comme Protagoras et Gorgias. Ils demandaient de l’argent pour enseigner la rhétorique, l’art de parler de façon persuasive, essentiel pour réussir dans une démocratie. Beaucoup d’Athéniens assimilaient Socrate à ces maîtres, même s’il ne demandait pas d’argent et critiquait leur prétention à enseigner la vertu.
La seconde moitié de sa vie a été dominée par la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte (431-404 av. J.-C.). Athènes a subi en 430 av. J.-C. une terrible épidémie qui a tué Périclès, puis des défaites désastreuses. En 404 av. J.-C., elle s’est rendue. Une oligarchie soutenue par Sparte, les « Trente Tyrans », a pris le pouvoir et fait tuer de nombreux citoyens avant le rétablissement de la démocratie en 403 av. J.-C.
Ce contexte politique aide à comprendre l’histoire de Socrate. Certains hommes avec qui il discutait sont devenus tristement célèbres : Alcibiade, le brillant général qui a trahi Athènes au profit de Sparte, ainsi que Critias et Charmide, dirigeants des Trente. Leurs liens avec Socrate aident à comprendre pourquoi de nombreux Athéniens se méfiaient de lui.
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Soldat et citoyen
Socrate a servi comme hoplite, un fantassin lourdement armé, lors de trois campagnes de la guerre du Péloponnèse : à Potidée, dans le nord de la Grèce (à partir de 432 av. J.-C.), où il a sauvé Alcibiade blessé ; à Délion (424 av. J.-C.), où il est resté calme pendant la retraite athénienne ; et à Amphipolis (422 av. J.-C.). Les dialogues de Platon louent son courage et son endurance.
Il participait rarement à la politique, disant que son signe divin l’en détournait. Mais, à deux reprises, il a refusé de prendre part à des actes qu’il jugeait injustes. En 406 av. J.-C., après la bataille navale des Arginuses, l’assemblée athénienne voulait juger collectivement les généraux victorieux pour ne pas avoir secouru des marins naufragés. Socrate, qui siégeait ce jour-là au comité chargé de présider le Conseil, s’y est opposé parce qu’un procès collectif était illégal. Les généraux ont néanmoins été condamnés et exécutés.
En 404 av. J.-C., sous le régime des Trente, Socrate et quatre autres hommes ont reçu l’ordre d’arrêter Léon de Salamine afin qu’il soit exécuté et que ses biens soient confisqués. Les autres sont partis l’arrêter ; Socrate est simplement rentré chez lui. Il a dit plus tard qu’il aurait peut-être été tué pour cela si le régime n’était pas tombé peu après.
Ces épisodes montrent un homme qui respectait les lois et sa cité, mais plaçait la justice au-dessus de l’obéissance à une majorité ou à un dirigeant.
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Idées principales
Le soin de l’âme. Pour Socrate, l’âme fait de nous ce que nous sommes. La vertu la rend meilleure, tandis que les actes injustes l’abîment. Dans l’Apologie de Socrate, il dit aux jurés qu’il a passé sa vie à encourager les Athéniens à moins se soucier de l’argent, de leur réputation et des honneurs, et à se soucier davantage de la sagesse, de la vérité et du meilleur état possible de leur âme.
La vertu est une connaissance. Socrate semble avoir soutenu que la vertu, le fait d’être une bonne personne, est une forme de connaissance : celle de ce qui est véritablement bon ou mauvais. Cette idée est liée à ce qu’on appelle les « paradoxes socratiques » : personne ne fait le mal volontairement, puisque chacun désire ce qui est bon et n’agit mal que par ignorance ; les différentes vertus, comme le courage, la justice et la sagesse, forment d’une certaine façon une unité.
Il vaut mieux subir une injustice que la commettre. Dans le Gorgias et le Criton de Platon, Socrate soutient que commettre une injustice abîme l’âme de son auteur. Il ne faut donc jamais faire le mal, même pour répondre au mal qu’on a subi. C’était une idée surprenante dans une culture où l’on admirait souvent le fait d’aider ses amis et de nuire à ses ennemis.
La vie examinée. Socrate pensait que chacun devait mettre ses croyances à l’épreuve en raisonnant avec les autres. Dans l’Apologie de Socrate, il dit qu’« une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue pour un être humain ». Demander des définitions, suivre les raisonnements où qu’ils mènent et reconnaître son ignorance sont devenus des habitudes fondamentales de la philosophie.
Aristote, qui n’a pas connu Socrate personnellement mais a été l’élève de Platon, lui a plus tard attribué deux apports : les raisonnements qui vont de cas particuliers à des conclusions générales et la recherche de définitions universelles. Il a aussi affirmé que, contrairement à Platon, Socrate ne considérait pas ces notions universelles comme des « Formes » existant séparément.
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Le procès et la mort
En 399 av. J.-C., alors que Socrate avait environ 70 ans, un jeune homme nommé Mélétos a porté une accusation publique contre lui, avec le soutien d’Anytos, un homme politique démocrate important, et de Lycon. Selon le récit qui nous est parvenu, Socrate était accusé de ne pas reconnaître les dieux reconnus par la cité, d’introduire de nouvelles divinités et de corrompre la jeunesse. La peine demandée était la mort.
L’affaire a été jugée en une seule journée par un jury d’environ 500 ou 501 citoyens. Deux récits de la défense de Socrate nous sont parvenus, tous deux intitulés Apologie de Socrate, du grec apologia, « discours de défense » : l’un est de Platon, l’autre de Xénophon. Dans la version de Platon, Socrate ne supplie pas les jurés de lui accorder leur clémence. Il explique sa mission, affirme qu’il est un don du dieu à Athènes, semblable à un taon qui réveille un cheval engourdi, et dit qu’il ne cessera pas de philosopher, même pour sauver sa vie.
Il a été reconnu coupable à une majorité assez faible, par environ 280 voix contre 220 ou 221. Dans ce type de procès athénien, l’accusé proposait ensuite une autre peine. Selon Platon, Socrate a d’abord dit qu’il méritait d’être nourri gratuitement à l’hôtel de ville, comme un champion olympique. Il a ensuite proposé une petite amende, portée à 30 mines grâce à l’aide de Platon et d’autres amis. Le jury a voté la peine de mort, semble-t-il à une majorité plus large.
L’exécution a été retardée d’environ un mois, car personne ne pouvait être exécuté pendant qu’un navire sacré accomplissait sa mission annuelle vers l’île de Délos. Pendant ce temps, son ami Criton a organisé son évasion, mais, dans le Criton de Platon, Socrate refuse : s’enfuir romprait l’accord qu’il avait accepté avec les lois de la cité où il avait vécu toute sa vie. Dans le Phédon de Platon, qui se déroule le dernier jour de sa vie, il discute avec ses amis de l’immortalité de l’âme, puis boit calmement le poison. Le Phédon l’appelle simplement « le breuvage » ; on considère généralement qu’il s’agissait de ciguë. Ses dernières paroles rapportées demandent à Criton d’offrir un coq à Asclépios, le dieu de la guérison.
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Influence et héritage
Après sa mort, beaucoup de ses disciples ont écrit des « conversations socratiques » (Sokratikoi logoi), un nouveau genre littéraire. Seules celles de Platon et de Xénophon nous sont parvenues dans leur intégralité. Par l’intermédiaire de Platon, qui a fondé l’Académie vers 387 av. J.-C., puis de l’élève de Platon, Aristote, Socrate se trouve à l’origine de la principale tradition de la philosophie grecque.
Presque toutes les écoles grecques postérieures se sont réclamées de lui. Antisthène admirait sa résistance et son indifférence au confort ; il a ensuite été considéré comme un précurseur des cyniques. Aristippe de Cyrène, fondateur de l’école cyrénaïque, en a tiré un enseignement très différent, centré sur le plaisir. Euclide a fondé l’école mégarique de logique. Les stoïciens voyaient en Socrate ce qui se rapprochait le plus d’un véritable sage.
Les époques suivantes l’ont réinterprété à maintes reprises. Les premiers auteurs chrétiens ont parfois comparé sa mort injuste à celle de Jésus ; les humanistes de la Renaissance l’ont loué comme un modèle de sagesse morale ; les penseurs des Lumières ont vu en lui un martyr de la liberté de pensée. Au XIXe siècle, Søren Kierkegaard a consacré sa thèse à l’ironie socratique, tandis que Friedrich Nietzsche l’a critiqué comme symbole d’un rationalisme excessif.
Aujourd’hui, la « méthode socratique » est utilisée dans les facultés de droit, les salles de classe et certaines thérapies. Le questionnement « socratique » est enseigné comme une compétence fondamentale de l’esprit critique. On rapproche souvent Socrate de Confucius et du Bouddha : ces grands maîtres de la même époque n’ont pas laissé d’écrits personnels, et leurs paroles ont été préservées par leurs disciples.
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Le « problème socratique » : quel Socrate ?
Comme Socrate n’a rien écrit, tout ce que nous savons de lui vient d’autres personnes, et les sources ne s’accordent pas. C’est ce qu’on appelle le « problème socratique ». Les quatre principaux témoins sont Aristophane, Xénophon, Platon et Aristote, et chacun présente un personnage différent.
Dans sa comédie Les Nuées, jouée pour la première fois en 423 av. J.-C. alors que Socrate était vivant, Aristophane le présente comme un maître ridicule qui étudie les phénomènes célestes, nie les dieux traditionnels et apprend à ses élèves, contre de l’argent, à faire triompher des arguments injustes. Cette caricature mêle des traits des philosophes de la nature et des sophistes. Dans l’Apologie de Socrate de Platon, Socrate reproche à ce type de portrait d’avoir créé des préjugés chez les jurés. Xénophon, soldat et écrivain, présente un conseiller moral pratique, pieux et respectueux des usages, qui donne des conseils sensés sur la gestion du foyer et l’art de diriger. Le Socrate de Platon est le plus riche sur le plan philosophique, mais ses idées semblent changer d’un dialogue à l’autre. Dans les œuvres tardives, il défend des théories, comme celle des Formes, qu’Aristote attribue à Platon plutôt qu’à Socrate.
Gregory Vlastos a proposé une solution influente dans Socrates: Ironist and Moral Philosopher (1991). Selon lui, les premiers dialogues de Platon, comme l’Apologie de Socrate, le Criton, l’Euthyphron, le Lachès et le Charmide, représentent la philosophie du Socrate historique, tandis que les dialogues de la période médiane et les dialogues tardifs expriment les idées propres de Platon. Cette approche, fondée sur l’ordre de rédaction des dialogues et sur le témoignage d’Aristote, a dominé pendant des décennies les recherches de langue anglaise.
Aujourd’hui, beaucoup de spécialistes doutent que l’on puisse dater les dialogues avec autant de certitude ou que les écrits de Platon aient été conçus comme des témoignages historiques. Certains préfèrent étudier le « Socrate » de chaque auteur comme une création littéraire et philosophique. D’autres examinent toutes les sources de façon critique pour reconstituer au moins les grandes lignes de sa vie et de son procès. Comme l’a dit W. K. C. Guthrie, le problème socratique existe et existera toujours.
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Pourquoi Socrate a-t-il vraiment été condamné ?
Les historiens débattent encore des raisons profondes de son procès. L’accusation officielle était religieuse, et certains chercheurs la prennent au sérieux : le signe divin de Socrate et sa remise en question des récits traditionnels sur les dieux ont pu paraître dangereux à une communauté qui croyait que les dieux protégeaient ou punissaient la cité tout entière.
D’autres insistent sur la politique. Socrate avait critiqué certains aspects de la démocratie, comme le choix des magistrats par tirage au sort et la confiance accordée à l’opinion du grand nombre. Il avait aussi été proche d’Alcibiade et de Critias. Mais une amnistie conclue en 403 av. J.-C., après la chute des Trente, interdisait les poursuites pour des actes commis avant cette date. Certains historiens pensent que l’accusation religieuse permettait en partie de contourner cette amnistie. Dans The Trial of Socrates (1988), le journaliste I. F. Stone a soutenu que Socrate était hostile à la démocratie. La plupart des spécialistes ont rejeté cette thèse provocatrice, mais elle a nourri le débat.
Selon une troisième interprétation, défendue notamment par Thomas Brickhouse et Nicholas Smith dans Socrates on Trial (1989), les accusations doivent être prises au pied de la lettre, et la défense de Socrate rapportée par Platon y répond de façon sincère et sérieuse, sans chercher à provoquer. Les chercheurs débattent aussi de la fidélité de l’Apologie de Socrate de Platon aux paroles réellement prononcées par Socrate : Platon était présent au procès, mais il a écrit une œuvre littéraire après les faits.
Les détails médicaux de sa mort ont également été étudiés. L’engourdissement calme et progressif décrit dans le Phédon a été comparé aux symptômes d’un empoisonnement par la grande ciguë (Conium maculatum). Certains médecins estiment que la description est idéalisée, tandis que d’autres la jugent compatible avec les effets de la plante. Quoi qu’il en soit, le récit de Platon a fait de la mort de Socrate l’une des scènes les plus marquantes de la littérature occidentale.
Idées clés
- Elenchos
- Méthode par laquelle Socrate met à l’épreuve les croyances d’une personne au moyen de questions et de réponses, afin de voir si elles sont cohérentes.
- Ignorance socratique
- Reconnaître que l’on ne sait pas ce que l’on croyait savoir ; pour Socrate, c’est le commencement de la sagesse.
- Soin de l’âme
- Idée selon laquelle la tâche la plus importante de la vie est de rendre meilleur son être intérieur, plutôt que de rechercher la richesse ou la célébrité.
- La vertu est une connaissance
- Idée selon laquelle être bon dépend de la connaissance de ce qui est véritablement bon, si bien que les mauvaises actions viennent de l’ignorance.
- Ne jamais faire le mal
- Il ne faut pas commettre d’injustice, même en réponse à une injustice, car un acte injuste abîme l’âme de celui qui le commet.
- La vie examinée
- Une vie constamment mise à l’épreuve par la réflexion et la conversation est la seule qui vaille la peine d’être vécue pour un être humain.
- Ironie socratique
- Habitude de Socrate de dire qu’il ne sait pas, tout en guidant les autres par ses questions ; elle est en partie sincère et en partie taquine.
Notices
- v. 470 av. J.-C. — Naissance de Socrate à Athènes (470/469 av. J.-C.).
- 432 av. J.-C. — Il sert au siège de Potidée, où il sauve Alcibiade (à partir de 432 av. J.-C.).
- 431 av. J.-C. — Début de la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte (431 av. J.-C.).
- 424 av. J.-C. — Il combat pendant la retraite à Délion (424 av. J.-C.).
- 423 av. J.-C. — Les Nuées d’Aristophane tournent Socrate en dérision sur scène (423 av. J.-C.).
- 422 av. J.-C. — Dernière campagne de Socrate, à Amphipolis (422 av. J.-C.).
- 406 av. J.-C. — Il s’oppose au procès collectif illégal des généraux après la bataille des Arginuses (406 av. J.-C.).
- 404 av. J.-C. — Athènes se rend ; sous les Trente Tyrans, Socrate refuse d’arrêter Léon de Salamine (404 av. J.-C.).
- 403 av. J.-C. — La démocratie est rétablie et une amnistie est proclamée (403 av. J.-C.).
- 399 av. J.-C. — Socrate est jugé, condamné et exécuté (399 av. J.-C.).
- v. 387 av. J.-C. — Platon fonde l’Académie à Athènes (vers 387 av. J.-C.).
Glossaire
- Agora
- Place publique centrale et marché d’une cité grecque.
- Sophiste
- Enseignant professionnel itinérant qui, dans la Grèce du Ve siècle av. J.-C., enseignait la rhétorique et d’autres compétences.
- Aporie
- « Embarras » : état dans lequel on ne parvient pas à trouver de réponse et sur lequel se terminent beaucoup des premiers dialogues de Platon.
- Daimonion
- « Signe divin » de Socrate, une voix intérieure qui le mettait en garde contre certaines actions.
- Arétè
- « Excellence » ou « vertu » : qualité qui rend une chose ou une personne bonne dans son genre.
- Psyché
- L’âme ou l’être intérieur, dont Socrate encourageait chacun à prendre soin.
- Asébeia
- « Impiété » : accusation juridique d’offense envers les dieux portée contre Socrate.
- Dialogue
- Conversation écrite entre des personnages ; les œuvres de Platon consacrées à Socrate sont des dialogues.
- Trente Tyrans
- Oligarchie favorable à Sparte qui a gouverné Athènes en 404-403 av. J.-C.
- Présocratiques
- Penseurs grecs antérieurs ou contemporains de Socrate qui étudiaient surtout la nature et le cosmos.
Questions et réponses
Pourquoi Socrate n’a-t-il rien écrit ?
Nous ne le savons pas avec certitude. Dans le Phèdre de Platon, Socrate dit que les mots écrits ne peuvent ni répondre ni se défendre, contrairement à une conversation vivante. Beaucoup pensent qu’il accordait plus de valeur au dialogue qu’aux livres.
Socrate a-t-il dit : « Je sais que je ne sais rien » ?
Pas exactement en ces termes. Dans l’Apologie de Socrate de Platon, il dit qu’il ne croit pas savoir ce qu’il ne sait pas. Cette idée est devenue plus tard la célèbre formule.
Pourquoi les Athéniens l’ont-ils tué ?
Officiellement, pour impiété et corruption de la jeunesse. Les historiens évoquent aussi la colère suscitée par ses liens avec Critias et Alcibiade, ainsi que ses critiques de la démocratie.
Aurait-il pu s’échapper ?
Oui. Selon Platon, ses amis avaient organisé son évasion, mais il a refusé, affirmant qu’il ne devait pas désobéir aux lois de sa cité.
Qu’est-ce que le problème socratique ?
Nos sources — Platon, Xénophon, Aristophane et Aristote — ne sont pas d’accord entre elles. Il est donc difficile de savoir quelles idées appartenaient au Socrate historique.
Socrate était-il un sophiste ?
Beaucoup d’Athéniens le pensaient, mais il ne demandait pas d’argent, affirmait ne rien enseigner et critiquait les sophistes. Platon le présente comme leur opposé.
Socrate croyait-il aux dieux ?
Chez Platon et Xénophon, il apparaît comme un homme religieux : il respecte l’oracle de Delphes, fait des sacrifices et parle de son signe divin. Mais ses idées sur les dieux accordaient plus de place à la morale que les croyances traditionnelles.
Sources et lectures complémentaires
- Debra Nails, Socrates. Stanford Encyclopedia of Philosophy
- Socrates. Internet Encyclopedia of Philosophy
- Socrates. Wikipedia
- 소크라테스. 위키백과
- Trial of Socrates. Wikipedia
- Socratic problem. Wikipedia
- Plato, Apology (Greek text and English translation by H. N. Fowler). Perseus Digital Library, Tufts University
- Gregory Vlastos, Socrates: Ironist and Moral Philosopher. Cambridge University Press, 1991
- Thomas C. Brickhouse and Nicholas D. Smith, Socrates on Trial. Princeton University Press, 1989
- I. F. Stone, The Trial of Socrates. Little, Brown, 1988
À découvrir aussi
- PlatonDisciple de Socrate et fondateur de l’Académie. Ses dialogues demeurent une pierre angulaire de la philosophie occidentale.
- AristoteÉlève de Platon et précepteur d’Alexandre. Il fonda le Lycée et écrivit sur la logique, l’éthique, la politique et la nature.
- ConfuciusMaître originaire de l’État de Lu dont les propos, réunis dans les Entretiens, ont marqué l’éthique et le gouvernement dans toute l’Asie de l’Est.
- Siddhartha Gautama (le Bouddha)Fondateur du bouddhisme, qui enseigna dans la plaine du Gange une voie menant à la libération de la souffrance. Ses dates sont débattues.
- ParthénonTemple consacré à Athéna sur l’Acropole d’Athènes, construit au Ve siècle av. J.-C.
- MoziPenseur chinois ancien associé au mohisme, qui prônait le souci impartial d’autrui et s’opposait aux guerres d’agression.
Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
