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Pour les jeunes lecteurs
Mozi vivait en Chine il y a environ 2 400 ans, à peu près à la même époque que Socrate en Grèce. La Chine était alors divisée en plusieurs royaumes qui se faisaient souvent la guerre. Mozi se demandait pourquoi les gens volaient et se battaient. Pour lui, c’était parce qu’ils ne pensaient qu’à eux-mêmes, à leur famille ou à leur pays.
Mozi enseignait donc une idée simple et étonnante : il faut se soucier des autres familles autant que de la sienne, et des autres pays autant que du sien. Si tout le monde agissait ainsi, disait-il, personne n’attaquerait personne et la vie serait meilleure pour tous.
Mozi détestait les guerres de conquête. Il disait que si tuer une personne est un crime, en tuer des milliers pendant une guerre est un crime encore plus grave, même si les rois trouvent cela glorieux. Avec ses disciples, il a aussi appris à protéger les villes attaquées. Ils utilisaient des murs, des échelles, des machines et des plans ingénieux.
Une histoire célèbre raconte qu’un inventeur nommé Gongshu Ban avait construit de grandes échelles pour aider le puissant royaume de Chu à attaquer le petit État de Song. Mozi a marché dix jours et dix nuits pour se rendre à Chu. Puis il a joué à une bataille avec Gongshu Ban : sa ceinture représentait un mur et de petits morceaux de bois représentaient des machines. Mozi a arrêté toutes les attaques imaginées par Gongshu Ban. Finalement, le roi de Chu a renoncé à attaquer.
Mozi disait aussi que les dirigeants ne devaient pas dépenser beaucoup d’argent pour des funérailles luxueuses et de grands spectacles de musique pendant que les gens avaient faim et froid. Il voulait que les chefs soient choisis pour leurs qualités, et non à cause de leur famille. Ses disciples ont écrit ses idées dans un livre qui s’appelle lui aussi le Mozi.
En bref
- Époque
- Vers 470–391 av. J.-C. (dates estimées ; certains chercheurs proposent 480–390 av. J.-C.)
- Lieu
- La Chine de l’époque des Royaumes combattants ; associé aux États de Lu et de Song (dans les actuelles provinces du Shandong et du Henan)
- Nom personnel
- Mo Di (墨翟) ; « Mozi » signifie « Maître Mo »
- École
- Fondateur du mohisme (墨家, Mojia), l’une des principales écoles de pensée de l’époque des Cent Écoles
- Principaux enseignements
- Sollicitude pour tous (兼愛, jian ai), condamnation de la guerre d’agression (非攻, fei gong), promotion des personnes méritantes et modération des dépenses
- Ouvrage
- Le Mozi, compilé par ses disciples ; 71 chapitres dans le catalogue des Han, dont 53 ont été conservés
- Autres domaines connus
- Techniques de défense des villes ; « Canons » des mohistes tardifs sur la logique, l’optique, la géométrie et la mécanique
- Contemporains
- Il a vécu après Confucius et avant Mencius ; il était à peu près contemporain de Socrate
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Qui était Mozi ?
Mozi, dont le nom personnel était Mo Di, était un philosophe chinois du Ve siècle av. J.-C. Il a vécu au début de l’époque des Royaumes combattants, alors que l’ancien royaume des Zhou s’était divisé en États rivaux qui se faisaient constamment la guerre. Cette période de souffrance fut aussi une époque de grande créativité intellectuelle, appelée plus tard l’époque des « Cent Écoles de pensée ».
Il a fondé l’école mohiste, qui fut pendant environ deux siècles l’un des deux courants de pensée les plus influents en Chine, avec le confucianisme. Les auteurs ultérieurs citaient souvent ensemble les « confucéens et les mohistes » (儒墨) comme deux enseignements rivaux de premier plan.
Mozi est surtout connu pour trois idées : nous devons nous soucier de tous sans favoriser uniquement nos proches ; les guerres d’agression sont injustes ; et le gouvernement doit servir les gens ordinaires plutôt que financer le luxe des dirigeants. Mozi et ses disciples formaient aussi une communauté très disciplinée. Ils mettaient leurs convictions en pratique en aidant les petits États à se défendre.
Après l’unification de la Chine sous les Qin et les Han, le mohisme a décliné et a été presque oublié pendant près de deux mille ans. Redécouvert par des chercheurs aux XVIIIe et XIXe siècles, il est aujourd’hui considéré comme l’une des traditions les plus originales de la pensée chinoise.
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Se soucier de tous : jian ai
L’enseignement mohiste le plus célèbre est le jian ai (兼愛). Jian signifie « ensemble, en incluant tous » et ai signifie « amour » ou « sollicitude ». L’expression est souvent traduite par « amour universel », mais beaucoup de chercheurs préfèrent aujourd’hui « sollicitude pour tous » ou « sollicitude impartiale », car Mozi ne parlait pas principalement de sentiments. Il voulait dire qu’il faut se préoccuper du bien-être d’autrui et agir pour lui être utile.
Mozi partait d’une question : d’où vient le désordre dans le monde ? Selon lui, il venait de la « partialité » : les voleurs aiment leur propre famille et dépouillent les autres ; les nobles aiment leur propre clan et attaquent les autres ; les dirigeants aiment leur propre État et envahissent les autres. Le remède consiste à remplacer la partialité par une sollicitude qui inclut tous : considérer les familles des autres comme la sienne et leurs États comme le sien.
Ses critiques disaient que c’était impossible. Mozi répondait par des exemples concrets. Si vous deviez partir pour un long voyage et confier votre famille à quelqu’un, choisiriez-vous un ami qui ne se soucie que de sa propre famille, ou un ami qui se soucie des autres autant que de la sienne ? Selon lui, tout le monde choisirait le second, même ceux qui rejettent la sollicitude pour tous. Il rappelait aussi l’exemple des anciens rois sages, comme Yu, qui avaient travaillé sans relâche pour le bien de tous.
Les mohistes ne disaient pas qu’il fallait cesser de prendre soin de ses propres parents. Ils soutenaient que la sollicitude pour tous était aussi le meilleur moyen de leur être utile : si je prends soin des parents des autres, les autres prendront soin des miens.
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Contre la guerre, mais prêts à se défendre
Le deuxième grand enseignement mohiste est le fei gong (非攻), la « condamnation de l’agression ». Mozi soulignait une contradiction. Si quelqu’un vole une pêche dans un verger, tout le monde dit que c’est mal. Si quelqu’un tue un innocent, tout le monde parle d’un crime. Pourtant, lorsqu’un dirigeant envahit un autre État, tue des milliers de personnes et s’empare de leurs terres, on le félicite pour sa conduite juste et on la consigne dans les livres d’histoire. Pour Mozi, c’était comme appeler « noir » un peu de noir, mais « blanc » beaucoup de noir.
Il soutenait aussi que les guerres nuisaient même à ceux qui les lançaient. Elles gaspillaient les récoltes, les armes, les chevaux et les vies humaines, éloignaient les paysans de leurs champs et laissaient derrière elles des veuves et des orphelins. Les gains éventuels étaient faibles au regard des pertes.
Les mohistes ne pensaient pas qu’il fallait simplement se rendre. Ils sont devenus des spécialistes de la guerre défensive, et plusieurs chapitres du Mozi expliquent comment renforcer les murailles, construire des machines de défense, creuser des tunnels, organiser la population et résister aux techniques de siège. Leur idée était que, si les attaques échouaient toujours, l’agression cesserait de rapporter.
L’histoire la plus célèbre, racontée dans le chapitre intitulé « Gongshu », décrit comment l’ingénieur Gongshu Ban construisit des « échelles de nuage » pour que l’État de Chu attaque Song. Mozi marcha dix jours et dix nuits jusqu’à la capitale de Chu. Il discuta avec Gongshu Ban et le roi, puis simula une bataille en utilisant sa ceinture comme muraille et de petites tablettes comme machines. Gongshu Ban attaqua neuf fois et Mozi repoussa neuf fois ses attaques. Mozi ajouta que son disciple Qin Guli et trois cents mohistes attendaient déjà sur les murailles de Song. Le roi renonça à l’attaque. L’histoire se termine sur une douce ironie : sur le chemin du retour, alors que Mozi traversait Song sous la pluie, les gardes de la ville qu’il venait de sauver refusèrent de le laisser entrer.
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Sa vie et son époque : ce que nous savons et ce que nous ignorons
On sait très peu de choses avec certitude sur la vie de Mozi. Le grand historien des Han Sima Qian ne lui a pas consacré de biographie ; il a seulement ajouté une courte phrase à la fin des biographies de Mencius et de Xunzi. Il y écrit que Mo Di fut peut-être un fonctionnaire de Song, compétent dans l’art de la défense et partisan de l’économie dans les dépenses. Il précise que certains le disent contemporain de Confucius, tandis que d’autres le situent plus tard. Aujourd’hui, les chercheurs le placent généralement entre la fin du Ve et le début du IVe siècle av. J.-C., après Confucius (mort en 479 av. J.-C.) et avant Mencius (né vers 372 av. J.-C.).
Son État d’origine fait aussi débat. Beaucoup le situent à Lu, l’État de Confucius ; d’autres le rattachent à Song, dont la capitale se trouvait près de l’actuelle Shangqiu et où il aurait pu exercer une fonction ; quelques chercheurs ont proposé d’autres États. Le livre qui porte son nom le montre voyageant à Qi, Chu, Wei et dans d’autres États, conseillant leurs dirigeants et envoyant ses disciples occuper des fonctions publiques.
Selon le Huainanzi, un ouvrage de l’époque des Han, Mozi étudia d’abord les enseignements confucéens, puis les rejeta : il trouvait leurs rites trop compliqués et leurs longues périodes de deuil trop coûteuses. Que ce récit soit exact ou non, une grande partie du Mozi est écrite sous forme de débat avec les confucéens.
Même son nom soulève des questions. Mo (墨) signifie « encre » et désignait aussi un châtiment consistant à tatouer le visage d’un criminel. Certains chercheurs ont suggéré que « Mo » n’était pas un nom de famille, mais un surnom donné à un groupe de condamnés aux travaux forcés ou d’artisans. D’autres pensent qu’il s’agissait simplement de son nom de famille. Les nombreuses comparaisons du texte avec les charpentiers, les charrons et les bâtisseurs, ainsi que ses connaissances techniques, ont conduit beaucoup de chercheurs à penser que Mozi venait d’un milieu d’artisans plutôt que de l’aristocratie.
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Les dix doctrines fondamentales
La partie centrale du Mozi s’organise autour de dix doctrines, chacune présentée à l’origine dans trois essais. On les regroupe généralement en cinq paires. La promotion des personnes méritantes (尚賢, shang xian) et l’alignement sur les supérieurs (尚同, shang tong) : les fonctionnaires doivent être choisis pour leurs compétences et leur vertu, même s’ils sont paysans ou artisans ; chacun doit suivre les normes morales de ses bons supérieurs, jusqu’au Fils du Ciel et, finalement, au Ciel lui-même, afin que la société partage les mêmes règles.
La sollicitude pour tous (兼愛, jian ai) et la condamnation de l’agression (非攻, fei gong), expliquées plus haut.
La modération des dépenses (節用, jie yong) et la modération des funérailles (節葬, jie zang) : les dirigeants ne doivent dépenser que pour ce qui est utile à la nourriture, aux vêtements, au logement et à la sécurité de la population. Les mohistes critiquaient les funérailles élaborées et les deuils de trois ans défendus par les confucéens, car ils appauvrissaient les familles et empêchaient les gens de travailler.
La volonté du Ciel (天志, tian zhi) et la reconnaissance des esprits (明鬼, ming gui) : le Ciel (tian) veut la justice et souhaite que les êtres humains s’apportent mutuellement des bienfaits ; il récompense ceux qui suivent sa volonté et punit les autres. Les esprits et les revenants existent eux aussi, et récompensent le bien tout en punissant le mal. Les mohistes s’appuyaient sur ces croyances pour donner à la morale une norme ferme et objective.
La condamnation de la musique (非樂, fei yue) et la condamnation du fatalisme (非命, fei ming) : Mozi ne niait pas que la musique soit agréable, mais il condamnait les coûteux spectacles de cour, avec leurs grandes cloches et leurs orchestres, qui détournaient des ressources nécessaires aux pauvres. Il rejetait aussi l’idée que la réussite et l’échec, la richesse et la pauvreté soient fixés par le destin. Selon lui, cette croyance encourageait l’inaction et servait d’excuse aux mauvais gouvernements.
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Le raisonnement des mohistes : critères et bienfaits
L’une des grandes contributions des mohistes fut l’idée qu’il fallait examiner les arguments à l’aide de critères clairs, comme un charpentier utilise le compas et l’équerre. Ils proposaient « trois critères » (三表, san biao, aussi appelés 三法, san fa) pour juger une affirmation : sa racine, c’est-à-dire sa conformité aux actes des anciens rois sages ; sa source, c’est-à-dire sa conformité à ce que les gens ordinaires ont effectivement vu et entendu ; et son application, c’est-à-dire les bienfaits qu’elle apporte à l’État et à la population lorsqu’on la met en pratique.
Le critère le plus important était le bienfait (利, li). Les mohistes jugeaient les actes, les coutumes et les politiques selon qu’ils apportaient des bienfaits au monde et supprimaient les dommages : plus précisément, selon qu’ils enrichissaient la population, favorisaient sa croissance et apportaient de l’ordre à la société. C’est pourquoi de nombreux chercheurs comparent l’éthique mohiste au conséquentialisme ou à l’utilitarisme de la philosophie occidentale. Cette comparaison a toutefois ses limites : les mohistes s’intéressaient au bien-être de la communauté entière plutôt qu’au plaisir individuel.
Les mohistes prenaient également le Ciel pour modèle : le Ciel est impartial, se soucie de tous les êtres humains et pourvoit à leurs besoins. Il constitue donc la meilleure norme (法, fa) pour la conduite humaine. La pensée mohiste associait ainsi des croyances religieuses à une morale pratique soucieuse du bien commun.
Leur style d’écriture reflète cette approche. Les chapitres centraux sont simples, répétitifs et argumentatifs ; ils reposent sur des analogies et des exemples plutôt que sur l’élégance du style. Les critiques de l’Antiquité les trouvaient ennuyeux ; les lecteurs modernes y voient souvent les premiers essais argumentatifs systématiques de la littérature chinoise.
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La communauté mohiste
Les mohistes formaient une communauté organisée, et pas seulement une école de pensée. On attendait de ses membres qu’ils vivent simplement, portent des vêtements grossiers, travaillent dur et obéissent à leur chef, appelé juzi (鉅子), « grand maître ». Des mohistes servaient comme fonctionnaires ou spécialistes de la défense dans différents États et devaient reverser une partie de leurs revenus au groupe.
Le Lüshi chunqiu, une compilation du IIIe siècle av. J.-C., raconte des histoires qui illustrent leur discipline. Un chef mohiste dont le fils avait tué quelqu’un insista pour qu’il soit exécuté conformément à la loi mohiste, alors même que le roi lui offrait sa grâce. Un autre chef et de nombreux disciples seraient morts en défendant une ville qu’ils avaient promis de protéger. Ces récits sont peut-être idéalisés, mais ils montrent comment on se souvenait des mohistes.
Après la mort de Mozi, le mouvement se divisa. Le philosophe légiste Han Feizi, qui écrivait au IIIe siècle av. J.-C., affirme que les mohistes s’étaient séparés en trois courants, chacun se présentant comme le véritable héritier de Mozi. D’autres textes mentionnent des mohistes de différentes régions qui se disputaient sur la doctrine et s’accusaient mutuellement d’hérésie.
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Le livre Mozi
Le Mozi n’a pas été écrit par Mozi lui-même. C’est un recueil de textes rédigés par plusieurs générations de ses disciples entre le Ve et le IIIe siècle av. J.-C. Le catalogue de la bibliothèque impériale des Han lui attribuait 71 chapitres (pian) ; 53 nous sont parvenus. Pendant des siècles, le texte s’est mal conservé parce que peu de gens le lisaient, et de nombreux passages sont altérés ou difficiles à comprendre.
Le livre comprend plusieurs parties. Quelques chapitres d’ouverture sont de courts essais de dates diverses. Les chapitres centraux présentent les dix doctrines, chacune existant à l’origine en trois versions (« supérieure », « médiane » et « inférieure »), bien que plusieurs versions aient disparu. Viennent ensuite les « Canons » mohistes et des chapitres apparentés sur la logique, l’éthique et les sciences ; des dialogues et des anecdotes sur Mozi et ses disciples, dont l’histoire de Gongshu ; enfin, un ensemble de chapitres techniques consacrés à la défense des villes.
La plupart des chapitres centraux commencent par les mots « Notre maître Mozi a dit », ce qui montre qu’ils ont été rédigés par des disciples présentant leurs enseignements en son nom. L’existence de trois versions de chaque doctrine reste l’une des grandes énigmes du texte.
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Les mohistes tardifs : logique, langage et sciences
Aux IVe et IIIe siècles av. J.-C., les mohistes tardifs ont produit un ensemble remarquable de textes connus sous le nom de Canons mohistes (墨經, Mo jing), accompagnés de leurs Explications et de deux autres chapitres, « Grand choix » (Da qu) et « Petit choix » (Xiao qu). Leur rédaction est extrêmement concise et le texte est souvent endommagé. Leur compréhension a nécessité un travail moderne de reconstruction du texte.
Ces textes constituent le plus ancien traitement systématique chinois de ce que nous appellerions la logique et la philosophie du langage. Ils abordent la disputation (辯, bian), pratique qui consiste à distinguer « ceci » de « non-ceci » ; la relation entre les noms (名, ming) et les choses (實, shi) ; différentes formes de connaissance ; et les erreurs possibles dans les raisonnements par analogie. Le « Petit choix » examine des formes d’inférence et montre que des phrases de même forme ne se comportent pas nécessairement de la même manière.
Ils contiennent aussi des définitions et des propositions de géométrie, notamment sur les points, les lignes et les cercles, ainsi que de mécanique, sur les leviers, l’équilibre et les poulies, et d’optique. Les canons d’optique décrivent les ombres, les miroirs plans et courbes, et la formation d’une image renversée lorsque la lumière passe par un petit trou. C’est pourquoi on attribue souvent à Mozi la plus ancienne description connue du principe de la chambre noire, même si ces passages ont été écrits par des mohistes tardifs.
L’étude moderne de référence est Later Mohist Logic, Ethics and Science (1978) d’A. C. Graham, qui a reconstruit et traduit ces chapitres. Depuis, des chercheurs comme Chris Fraser ont étudié ce qui distingue les conceptions mohistes du langage et de la connaissance de la logique occidentale. Ils soulignent l’importance accordée à l’aptitude pratique à établir des distinctions plutôt qu’à la vérité abstraite.
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Adversaires, déclin et débats entre chercheurs
Le mohisme a suscité de vives réactions. Mencius, le grand penseur confucéen, affirmait que la sollicitude pour tous enseignée par Mozi revenait à « ne pas reconnaître son père » (無父). Il jugeait cette doctrine et les enseignements de Yang Zhu dangereux et estimait devoir les réfuter. Pourtant, Mencius reconnaissait aussi que Mozi s’épuiserait de la tête aux pieds si cela pouvait être utile au monde. Xunzi reprochait à Mozi de privilégier l’utilité et de négliger le raffinement culturel. Le dernier chapitre du Zhuangzi juge sa voie trop dure pour la nature humaine, tout en le louant comme un homme véritablement remarquable.
Pourquoi le mohisme a-t-il disparu ? Plusieurs explications ont été proposées : l’unification de la Chine en 221 av. J.-C. a mis fin au monde des États rivaux où les spécialistes de la défense étaient nécessaires ; l’État des Han a accordé une place croissante aux études confucéennes ; l’organisation mohiste, avec sa stricte discipline et ses fidélités indépendantes, a pu paraître menaçante au pouvoir impérial ; enfin, certaines idées mohistes, comme le choix des dirigeants selon leur mérite et l’existence d’une norme commune du juste, ont été reprises par d’autres traditions. Les chercheurs ne s’accordent pas sur l’importance respective de ces facteurs.
La composition des chapitres centraux fait elle aussi débat. A. C. Graham a suggéré que les trois versions de chaque doctrine représentaient les trois courants mentionnés par Han Feizi. D’autres chercheurs, notamment des contributeurs à The Mozi as an Evolving Text (2013), pensent que ces versions témoignent d’une tradition qui a évolué au fil du temps plutôt que de sectes rivales. La traduction importe également : « amour universel » peut évoquer un amour affectif proche de la conception chrétienne, tandis que « sollicitude pour tous » ou « souci impartial d’autrui » mettent l’accent sur les bienfaits concrets.
Enfin, les chercheurs débattent de la manière de classer l’éthique mohiste. Elle a été décrite comme une forme ancienne de conséquentialisme, comme une morale fondée sur les commandements divins exprimés par la volonté du Ciel, ou comme une éthique particulière du bien commun. Beaucoup estiment aujourd’hui que chacune de ces étiquettes ne décrit qu’une partie de cette pensée.
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Redécouverte et héritage
Pendant près de deux mille ans, le Mozi fut rarement étudié, mais il fut conservé dans le canon taoïste. Sous la dynastie Qing, des érudits intéressés par la recherche fondée sur les preuves commencèrent à l’éditer. Bi Yuan publia une édition annotée en 1783, et le Mozi xiangu (墨子閒詁) de Sun Yirang, achevé dans les années 1890, devint le commentaire de référence.
À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, des intellectuels chinois comme Liang Qichao et Hu Shi trouvèrent dans le mohisme une tradition chinoise de logique, de science, d’égalité et de souci du bien commun, qu’ils comparèrent à la pensée occidentale. Mozi fut célébré comme un penseur proche des gens ordinaires puis, plus tard au XXe siècle, comme un modèle de scientifique et d’ingénieur.
Le nom de Mozi est honoré aujourd’hui de diverses manières. En 2016, la Chine a lancé un satellite consacré aux sciences quantiques nommé Micius, forme latinisée du nom de Mozi, en hommage à ses premiers travaux sur l’optique. Son opposition aux guerres d’agression et son idéal de sollicitude pour tous sont aussi souvent évoqués dans les débats actuels sur l’éthique, les relations internationales et l’idée d’un point de vue moral impartial.
En Corée et au Japon, le mohisme a été connu pendant la majeure partie de l’histoire surtout à travers les critiques confucéennes. Comme ailleurs, les chercheurs de ces pays s’intéressent aujourd’hui de nouveau à Mozi en tant que penseur de la paix et du bien-être social.
Idées clés
- Sollicitude pour tous (jian ai)
- Se soucier du bien-être de tous sans partialité, en considérant les familles et les États des autres comme les siens.
- Condamnation de l’agression (fei gong)
- Les guerres de conquête sont des crimes à grande échelle qui nuisent même à ceux qui les lancent ; la guerre défensive est justifiée.
- Bienfait (li)
- Le principal critère du juste : est bon ce qui enrichit la population, favorise sa croissance et apporte de l’ordre.
- Trois critères (san biao)
- Examiner une affirmation à la lumière des actes des rois sages, de l’expérience des gens et de ses bienfaits concrets.
- Promotion des personnes méritantes (shang xian)
- Les fonctions publiques doivent être confiées à des personnes compétentes et vertueuses, quelle que soit leur naissance.
- Le Ciel comme norme
- Le Ciel se soucie de tous sans partialité ; sa volonté est le modèle objectif de la conduite humaine.
- Modération
- Les dirigeants doivent éviter les funérailles somptueuses, les spectacles de musique et le luxe qui gaspillent les ressources de la population.
- Disputation (bian)
- Étude systématique, par les mohistes tardifs, de l’art d’établir des distinctions et de tirer des conclusions valides.
Notices
- 551 av. J.-C. — Naissance de Confucius (551 av. J.-C.).
- 479 av. J.-C. — Mort de Confucius (479 av. J.-C.).
- 475 av. J.-C. — Début conventionnel de l’époque des Royaumes combattants (475 av. J.-C.).
- v. 470 av. J.-C. — Naissance de Mozi, probablement à Lu ou à Song (vers 470 av. J.-C.).
- v. 391 av. J.-C. — Mort de Mozi (vers 391 av. J.-C.) ; ses disciples poursuivent ses enseignements au sein d’une école organisée.
- v. 372 av. J.-C. — Naissance de Mencius, critique résolu du mohisme (vers 372 av. J.-C.).
- v. 300 av. J.-C. — Les mohistes tardifs rédigent les Canons sur la logique, l’optique et la mécanique (IVe–IIIe siècles av. J.-C.).
- v. 239 av. J.-C. — Le Lüshi chunqiu rapporte des histoires sur les chefs mohistes (vers 239 av. J.-C.).
- 221 av. J.-C. — L’État de Qin unifie la Chine (221 av. J.-C.) ; le mohisme décline peu après.
- 1783 — Bi Yuan publie une édition annotée du Mozi.
- v. 1894 — Sun Yirang achève le Mozi xiangu, qui devient le commentaire de référence.
- 2016 — La Chine lance le satellite de sciences quantiques Micius, nommé en hommage à Mozi.
Glossaire
- Mohisme (Mojia)
- École de pensée fondée par Mozi et poursuivie par ses disciples.
- Époque des Royaumes combattants
- Période (475–221 av. J.-C.) durant laquelle des États chinois rivaux se sont affrontés jusqu’à l’unification de la Chine par l’État de Qin.
- Cent Écoles de pensée
- Les nombreuses philosophies rivales des périodes des Printemps et Automnes et des Royaumes combattants.
- Jian ai (兼愛)
- Sollicitude pour tous, sans partialité ; expression souvent traduite par « amour universel ».
- Tian (天)
- Le Ciel, que les mohistes considéraient comme une puissance dotée d’une volonté, bienveillante et impartiale.
- Juzi (鉅子)
- Chef d’un groupe mohiste.
- Li (利)
- Le bienfait ou le bien-être, critère mohiste d’une action juste.
- Bian (辯)
- La disputation : discussion visant à établir quelles distinctions sont correctes.
- Canons mohistes (墨經)
- Chapitres techniques du Mozi consacrés à la logique, à l’éthique, à la géométrie, à la mécanique et à l’optique.
- Conséquentialisme
- Famille de théories morales qui jugent les actions d’après leurs conséquences.
Questions et réponses
Mozi disait-il qu’il fallait aimer les inconnus autant que ses parents ?
Il disait qu’il fallait se soucier des familles des autres comme de la sienne. Les mohistes soutenaient que c’était aussi le meilleur moyen de prendre soin de ses propres parents, puisque les autres feraient de même pour eux.
Mozi était-il pacifiste ?
Pas exactement. Il condamnait les guerres d’agression, mais approuvait la défense. Ses disciples savaient protéger les villes contre les attaques.
Mozi a-t-il inventé l’appareil photo ?
Non. Mais les Canons rédigés par les mohistes tardifs expliquent comment la lumière passant par un petit trou forme une image renversée : c’est le principe de la chambre noire. Ces textes comptent parmi les plus anciennes descriptions connues de ce phénomène.
Pourquoi le mohisme a-t-il été oublié si longtemps ?
Après l’unification de la Chine, on avait moins besoin de spécialistes de la défense. L’État favorisait le confucianisme et l’organisation mohiste a pu paraître menaçante. Les chercheurs débattent encore des raisons de ce déclin.
Sur quels points les confucéens et les mohistes n’étaient-ils pas d’accord ?
Les confucéens insistaient sur un amour plus fort pour les proches, ainsi que sur les rites et la musique. Les mohistes défendaient la sollicitude impartiale, la frugalité et les bienfaits concrets, et critiquaient les rites coûteux.
Pourquoi existe-t-il trois versions de chaque chapitre central ?
Personne ne le sait avec certitude. A. C. Graham les associait à trois courants mohistes ; d’autres y voient des couches d’un texte qui a évolué au fil du temps.
Mozi ressemblait-il à Socrate ?
Ils ont vécu à peu près à la même époque et ont tous deux réfléchi à la façon de vivre. Aucun n’a laissé d’écrits de sa propre main, et nous les connaissons grâce à leurs disciples. Mais leurs idées et leurs méthodes étaient très différentes.
Sources et lectures complémentaires
- Chris Fraser, Mohism. Stanford Encyclopedia of Philosophy
- Chris Fraser, Mohist Canons. Stanford Encyclopedia of Philosophy
- Hui-chieh Loy, Mozi (Mo-tzu, c. 400s–300s B.C.E.). Internet Encyclopedia of Philosophy
- Mozi. Wikipedia
- Mohism. Wikipedia
- 묵자. 위키백과
- Mozi (Chinese text with partial English translation). Chinese Text Project
- Micius (satellite). Wikipedia
- A. C. Graham, Later Mohist Logic, Ethics and Science. Chinese University Press, 1978
- Carine Defoort and Nicolas Standaert (eds.), The Mozi as an Evolving Text: Different Voices in Early Chinese Thought. Brill, 2013
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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
