Philosophie

Confucius

孔子 Kongzi (personal name 孔丘 Kong Qiu, courtesy name 仲尼 Zhongni)

551–479 av. J.-C. · Lu (Qufu)

En une phrase

Confucius était un maître de la Chine ancienne qui enseignait qu’il faut être bienveillant, respectueux et honnête, et que les bons dirigeants doivent guider les autres par leur exemple.

Confucius
Image: Anonymous Chinese painter of the Western Han period · Public domain · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Il y a environ 2 500 ans, dans un petit État de l’est de la Chine appelé Lu, vivait un homme nommé Kong Qiu. Aujourd’hui, la plupart des gens le connaissent sous le nom de Confucius. Ce nom vient de « Kong Fuzi », qui signifie « Maître Kong ». Son père est mort quand il était tout petit. Sa famille n’était pas riche, mais il aimait apprendre.

À cette époque, la Chine était divisée en de nombreux États qui se faisaient souvent la guerre. Les dirigeants pensaient plus au pouvoir qu’aux habitants. Confucius se demandait : et si les dirigeants étaient de bonnes personnes, comme des parents attentionnés ? Les autres auraient alors envie de suivre leur exemple, comme un enfant imite un grand frère ou une grande sœur qu’il admire.

Confucius est devenu maître. Il enseignait à tous ceux qui voulaient vraiment apprendre, riches ou pauvres. Il disait que le plus important était le ren : être bon et attentionné envers les autres. L’une de ses phrases les plus célèbres dit : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. »

Il enseignait aussi le li : les bonnes manières et les gestes qui montrent du respect, comme s’incliner, dire merci et respecter ses parents et ses grands-parents. Il pensait que ces petites habitudes aident les gens à bien vivre ensemble, comme les règles d’un jeu aident tout le monde à jouer de façon juste.

Confucius n’a pas écrit de livre lui-même. Après sa mort, ses élèves ont rassemblé ses paroles dans un livre appelé les Entretiens. Depuis plus de deux mille ans, des enfants et des adultes lisent ce petit livre en Chine, en Corée, au Japon, au Vietnam et dans bien d’autres pays.

En bref

Dates de vie
551–479 av. J.-C. (dates traditionnelles ; certaines sources anciennes situent sa naissance en 552 av. J.-C.)
Lieu
État de Lu, près de l’actuelle Qufu, dans la province du Shandong, en Chine
Époque
Fin de la période des Printemps et Automnes, sous la dynastie des Zhou orientaux
Rôle
Maître, fonctionnaire de rang modeste, conseiller politique ; figure fondatrice de la tradition ru (confucéenne)
Source principale
Les Entretiens (論語 Lunyu), recueil de ses paroles et de ses conversations compilé par des disciples des générations suivantes
Idées principales
Ren (humanité), li (observance des rites), junzi (personne exemplaire), piété filiale, gouvernement par la vertu
Langue
Chinois classique (chinois ancien)
Héritage
Le confucianisme a façonné l’éthique, l’éducation, la vie familiale et le gouvernement en Asie de l’Est pendant plus de deux millénaires

Facile

Qui était Confucius ?

Confucius (551–479 av. J.-C.) était un maître et penseur chinois dont les idées sont devenues le fondement de l’une des traditions morales et politiques les plus influentes au monde. Son nom de famille était Kong et son nom personnel, Qiu ; ses disciples l’appelaient Kongzi, « Maître Kong ». La forme latine « Confucius », issue de Kong Fuzi, a été popularisée par les missionnaires jésuites européens au XVIIe siècle.

Il n’a pas fondé de religion au sens habituel, dirigé d’armée ni gouverné d’État. Il a occupé des fonctions officielles modestes, voyagé de cour en cour à la recherche d’un souverain qui mettrait ses idées en pratique et consacré une grande partie de sa vie à l’enseignement. Il voulait rétablir un ordre social harmonieux fondé sur la vertu personnelle, le respect dans les relations humaines et les rites des débuts de la dynastie Zhou, qu’il considérait comme un âge d’or.

Confucius se présentait comme un passeur plutôt que comme un inventeur : « Je transmets sans créer ; j’ai confiance dans les Anciens et je les aime » (Entretiens, 7.1). Pourtant, en réinterprétant les traditions anciennes, il a créé quelque chose de nouveau : une pensée morale centrée sur le perfectionnement de soi, l’étude et l’humanité, accessible à tous et non aux seuls nobles.

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Facile

Sa vie

Selon les Mémoires historiques (Shiji) de Sima Qian, rédigés environ quatre siècles plus tard, Confucius est né à Zou, près de Qufu, dans l’État de Lu. Son père, Shuliang He, était un guerrier âgé de petite noblesse ; il est mort lorsque Confucius avait environ trois ans. Sa mère, Yan Zhengzai, l’a élevé dans des conditions modestes. Dans les Entretiens, Confucius rappelle que sa pauvreté durant sa jeunesse lui a permis d’apprendre de nombreuses tâches humbles.

Jeune homme, il a gardé des greniers et des troupeaux pour une famille puissante. Il s’est fait connaître pour sa connaissance des rites et des textes anciens, et des élèves ont commencé à se rassembler autour de lui. Les Entretiens conservent le résumé qu’il fait de son parcours : à quinze ans, il s’est consacré à l’étude ; à trente ans, il a trouvé sa place ; à quarante ans, il n’avait plus de doutes ; à cinquante ans, il a compris le mandat du Ciel ; à soixante ans, son oreille était devenue réceptive ; à soixante-dix ans, il pouvait suivre les désirs de son cœur sans dépasser les limites du juste (Entretiens, 2.4).

Selon la tradition, vers 500 av. J.-C., il a accédé à une haute fonction dans l’État de Lu et est devenu ministre de la Justice (sikou). Les historiens débattent de l’importance réelle de son rôle. Vers 497 av. J.-C., déçu par les dirigeants de Lu, il a quitté cet État et voyagé pendant environ quatorze ans dans des États tels que Wei, Song, Chen et Cai. Il a parfois été en danger et souvent ignoré ; aucun souverain ne lui a accordé la fonction durable qu’il espérait.

Vers 484 av. J.-C., il est revenu dans l’État de Lu, où il s’est consacré à l’enseignement et, selon la tradition, à la révision de textes anciens. Ses dernières années ont été marquées par le deuil : son fils Kong Li et son disciple préféré Yan Hui sont morts avant lui, de même que le fidèle Zilu. Confucius est mort en 479 av. J.-C. et a été enterré au nord de Qufu, où se trouve encore le cimetière de la famille Kong.

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Contexte historique : un monde qui se défait

Confucius a vécu à la fin de la période des Printemps et Automnes (770–476 av. J.-C., nommée d’après une chronique de l’État de Lu). Les rois Zhou, qui avaient autrefois gouverné grâce à un réseau de seigneurs apparentés, avaient perdu leur pouvoir réel après avoir déplacé leur capitale vers l’est en 771 av. J.-C. Des dizaines d’États rivalisaient, formaient des alliances et se faisaient la guerre ; au sein même des États, des familles de ministres dominaient souvent les souverains en titre. Dans l’État de Lu, trois maisons nobles issues du duc Huan — les Jisun, les Mengsun et les Shusun — détenaient le pouvoir effectif.

Ce désordre politique était aussi une crise des valeurs. Les rites et les rangs de la société des Zhou existaient encore, mais les hommes puissants s’en servaient souvent pour paraître importants ou s’appropriaient des rites réservés au roi. Confucius a ainsi été profondément choqué lorsque la famille Ji a fait exécuter une danse sur huit rangées, privilège du Fils du Ciel (Entretiens, 3.1). À ses yeux, le mauvais usage des rites révélait la perte de l’ordre moral.

Confucius a vécu à la même époque que d’autres grands maîtres d’Eurasie, dont le Bouddha en Inde et des philosophes grecs anciens comme Pythagore. Le philosophe Karl Jaspers a plus tard réuni de telles figures sous l’expression d’« âge axial ». En Chine, Confucius fut le premier des nombreux penseurs de l’époque dite des « Cent Écoles de pensée » qui a suivi. Parmi eux figurent Mozi, Mencius, Laozi et Zhuangzi (selon les datations traditionnelles), ainsi que Xunzi.

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Enseignements fondamentaux

Le ren (仁), souvent traduit par « humanité », « bienveillance » ou « bonté », est la plus haute vertu dans les Entretiens. Interrogé à son sujet, Confucius donnait des réponses différentes selon ses élèves, mais elles ont un point commun : le souci des autres et la réciprocité. Il définissait le ren comme le fait d’« aimer les hommes » (12.22) et résumait la réciprocité (shu) ainsi : « Ce que tu ne souhaites pas pour toi-même, ne l’impose pas aux autres » (15.24). Il disait aussi que « se maîtriser et revenir aux rites, c’est le ren » (12.1).

Le li (禮) désigne les rites et la manière convenable de les observer : l’ensemble des cérémonies, des usages et des règles de conduite qui régissent les comportements, des offrandes aux ancêtres aux salutations entre amis. Pour Confucius, le li n’est pas une simple formalité : sans sincérité intérieure ni ren, le rite n’a pas de sens ; sans li, les bonnes intentions manquent de forme. La pratique des rites façonne le caractère, tout comme la musique forme l’oreille.

Le junzi (君子), qui signifiait à l’origine « fils d’un seigneur », désigne chez Confucius la personne exemplaire ou noble : une personne noble par son caractère plutôt que par sa naissance. Il oppose le junzi, qui comprend ce qui est juste (yi 義), au xiaoren, le « petit homme » qui ne pense qu’au profit (4.16). Chacun peut devenir un junzi par l’étude et le perfectionnement de soi.

La piété filiale (xiao 孝), c’est-à-dire le respect et l’attention envers les parents et les ancêtres, était pour Confucius la racine de l’humanité : celui qui apprend à aimer et à respecter les membres de sa famille étendra ces sentiments à la société. Il soulignait aussi l’importance de la loyauté (zhong 忠), de la fiabilité (xin 信) et de l’étude (xue 學). Les Entretiens commencent ainsi : « Étudier et, au moment voulu, mettre en pratique ce que l’on a appris, n’est-ce pas une joie ? » (1.1).

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Le gouvernement par la vertu et la rectification des noms

Confucius estimait qu’un bon gouvernement dépend de la qualité morale des dirigeants plutôt que de lois sévères. « Guidez le peuple par les règlements et maintenez l’ordre par les châtiments : il évitera les ennuis, mais ne connaîtra pas la honte. Guidez-le par la vertu et maintenez l’ordre par les rites : il connaîtra la honte et se corrigera lui-même » (2.3). Un souverain vertueux ressemble à l’étoile Polaire, qui reste à sa place tandis que toutes les autres étoiles tournent autour d’elle (2.1).

La « rectification des noms » (zhengming 正名) consistait à faire correspondre les mots et les rôles à la réalité. Lorsqu’un duc l’a interrogé sur le gouvernement, Confucius a répondu : que le souverain se comporte en souverain, le ministre en ministre, le père en père et le fils en fils (12.11). Si ceux qui portent un titre ne remplissent pas les devoirs qui lui sont liés, le langage devient confus et la société sombre dans le désordre (13.3).

Ces idées n’étaient pas simplement conservatrices. Confucius affirmait que les dirigeants doivent assurer le bien-être matériel et l’éducation de leur peuple et lui donner le bon exemple. Il estimait aussi que les ministres doivent adresser des remontrances aux souverains qui agissent mal. Plus tard, les confucéens, et surtout Mencius, ont développé l’idée qu’un souverain qui perd le soutien du peuple perd également le mandat du Ciel.

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Intermédiaire

Confucius, son enseignement et ses disciples

Confucius est souvent honoré comme le premier grand maître privé de Chine. Il disait n’avoir jamais refusé d’enseigner à quelqu’un qui lui apportait ne serait-ce qu’un petit présent de viande séchée en guise de paiement (7.7), et que l’enseignement ne devait faire aucune distinction de classe (15.39). Selon la tradition, il aurait eu quelque 3 000 élèves, dont 72 maîtrisaient les « six arts ». Ces nombres sont symboliques, mais il a certainement enseigné à de nombreuses personnes d’origines diverses.

Sa méthode reposait sur la conversation et tenait compte de chacun. Il adaptait ses réponses au caractère de chaque élève, les encourageait à réfléchir par eux-mêmes et attendait d’eux qu’ils tirent des conclusions : « Si je montre un coin et que l’élève ne peut pas en déduire les trois autres, je ne répète pas » (7.8). Il enseignait les rites, la musique, l’histoire, la poésie — le Classique des vers occupait une place centrale — et l’art de gouverner.

Plusieurs disciples sont devenus célèbres à leur tour : Yan Hui, admiré pour sa vertu et son amour de l’étude malgré sa pauvreté ; Zilu, courageux et impulsif ; Zigong, éloquent et habile en diplomatie comme dans les affaires ; Zengzi, associé à la piété filiale ; et Zixia et Ziyou, associés à la transmission des textes et des rites. Après la mort de Confucius, ses disciples et leurs élèves ont formé différentes écoles d’enseignement, parfois rivales.

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Intermédiaire

Les Entretiens et les autres textes

Les Entretiens (Lunyu, « Paroles choisies ») rassemblent environ 500 courts passages répartis en vingt livres (pian). Il s’agit surtout de brèves paroles introduites par « Le Maître dit », ainsi que de conversations avec des disciples et des souverains et de descriptions du comportement de Confucius. Les passages ne forment pas un traité systématique ; chaque livre réunit des éléments dont les liens sont assez souples.

Les Entretiens n’ont pas été écrits par Confucius. Ils ont été compilés par plusieurs générations de disciples sur une longue période, probablement du Ve au IIIe siècle av. J.-C. Sous la dynastie Han, trois versions circulaient : celles de Lu, de Qi et du « Texte ancien ». Au Ier siècle av. J.-C., le lettré Zhang Yu a produit une version combinée fondée principalement sur le texte de Lu ; les éditions ultérieures sont en grande partie issues de cette tradition.

La tradition attribuait également à Confucius la révision des Cinq Classiques : le Classique des vers, le Classique des documents, le Livre des rites, le Livre des mutations — auquel il aurait ajouté des commentaires appelés les Dix Ailes — et les Annales des Printemps et Automnes, qu’il aurait rédigées. Les chercheurs modernes doutent généralement de la plupart de ces attributions, même si Confucius utilisait et enseignait clairement le Classique des vers et le Classique des documents.

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Intermédiaire

Du maître à la doctrine officielle de l’État

Pendant la période des Royaumes combattants (475–221 av. J.-C.), les confucéens étaient en concurrence avec les moïstes, les taoïstes, les légistes et d’autres écoles. Mencius (v. 372–289 av. J.-C.) soutenait que la nature humaine est bonne ; Xunzi (v. 310–après 238 av. J.-C.) affirmait qu’elle doit être façonnée par les rites et l’étude. La dynastie Qin (221–206 av. J.-C.) favorisait le légisme, et les lettrés confucéens ont souffert lors de l’incendie des livres en 213 av. J.-C.

Sous la dynastie Han, l’étude des textes confucéens a acquis un statut officiel. En 136 av. J.-C., l’empereur Wu a institué des érudits officiels (boshi) pour les Cinq Classiques ; en 124 av. J.-C., une Académie impériale a été fondée pour former les fonctionnaires à ces textes. Dans le Shiji, Sima Qian a consacré à Confucius une biographie dans la section des « maisons héréditaires », honneur généralement réservé aux seigneurs féodaux. Les temples consacrés à Confucius se sont multipliés et les empereurs lui ont attribué des titres de plus en plus élevés.

À partir du XIe siècle, le mouvement néoconfucéen a réinterprété les enseignements confucéens en réponse au bouddhisme et au taoïsme, en y ajoutant une métaphysique du principe (li 理) et de l’énergie vitale (qi 氣). Zhu Xi (1130–1200) a réuni les Entretiens, le Mencius, la Grande Étude et l’Invariable Milieu sous le nom de Quatre Livres. De 1313, sous la dynastie Yuan, jusqu’à la suppression des examens impériaux en 1905, ses commentaires des Quatre Livres ont constitué la base des examens qui sélectionnaient les fonctionnaires chinois.

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Intermédiaire

Confucius en Asie de l’Est et dans le monde

L’étude des textes confucéens s’est répandue tôt en Corée : le royaume de Goguryeo a fondé une académie nationale, le Taehak, en 372 apr. J.-C. Sous la dynastie Joseon (1392–1897), le néoconfucianisme est devenu l’idéologie officielle. L’académie Seonggyungwan, fondée en 1398 dans la capitale Hanyang (Séoul), célèbre encore chaque printemps et chaque automne la cérémonie du Seokjeon Daeje en l’honneur de Confucius. Des penseurs coréens comme Yi Hwang (Toegye) et Yi I (Yulgok) ont apporté d’importantes contributions à la philosophie néoconfucéenne.

Au Vietnam, le Temple de la Littérature de Hanoï a été fondé en 1070 pour honorer Confucius, et des examens confucéens s’y sont tenus pendant des siècles. Au Japon, les idées confucéennes sont arrivées avec l’écriture chinoise et le bouddhisme. Le néoconfucianisme y est devenu très influent pendant l’époque d’Edo (1603–1868), lorsque le Yushima Seidō, à Edo, servait d’académie officielle.

Au XVIIe siècle, des missionnaires jésuites en Chine, à commencer par Matteo Ricci, ont étudié attentivement les textes confucéens. Une traduction latine de trois des Quatre Livres, Confucius Sinarum Philosophus, a été publiée à Paris en 1687. Des penseurs des Lumières comme Leibniz et Voltaire admiraient ce qu’ils percevaient comme une morale rationnelle, sans autorité religieuse institutionnelle : une image qui en dit autant sur l’Europe que sur la Chine.

Dans la Chine moderne, Confucius a été à la fois attaqué et remis à l’honneur. Le mouvement du 4 Mai (1919) imputait la faiblesse de la Chine à la tradition confucéenne ; la campagne « Critiquer Lin Biao, critiquer Confucius » de 1973–1974 le condamnait comme défenseur des aristocrates propriétaires d’esclaves. Depuis les années 1980, sa réputation s’est rétablie et, en 1994, le temple, le cimetière et la résidence de la famille Kong à Qufu ont été inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

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Avancé

Débats savants et questions ouvertes

Le Confucius historique : presque tout ce que nous savons de lui provient de textes compilés après sa mort. La biographie la plus complète (Shiji, chapitre 47), qui date d’environ 100 av. J.-C., mêle histoire et légende. Les chercheurs ne s’accordent pas sur la confiance à lui accorder, notamment sur la question de savoir s’il a réellement occupé le poste de ministre de la Justice ou joué un rôle décisif lors de la rencontre de Jiagu (500 av. J.-C.).

La formation des Entretiens : dans The Original Analects (1998), E. Bruce Brooks et A. Taeko Brooks ont proposé une « théorie de l’accumulation » selon laquelle le texte se serait développé couche après couche pendant environ deux siècles, le livre 4 en constituant le noyau le plus ancien. D’autres chercheurs admettent que le texte comporte plusieurs couches, mais doutent qu’on puisse les dater aussi précisément. Certains pensent que les Entretiens n’ont pris leur forme transmise qu’à l’époque Han ; d’autres y voient un texte en grande partie antérieur aux Qin.

L’interprétation : Confucius était-il avant tout un penseur moral, une figure religieuse ou un réformateur politique ? Dans Confucius: The Secular as Sacred (1972), Herbert Fingarette a mis l’accent sur le pouvoir « magique » des rites dans la création d’une communauté. D’autres insistent sur la vénération de Confucius pour le Ciel (tian) et les esprits ancestraux, ou interprètent sa pensée à travers l’éthique des vertus ou une éthique des rôles. La question de savoir si le « confucianisme » est une religion fait également débat ; la réponse dépend en partie de la définition que l’on donne à la religion.

Le « confucianisme » comme catégorie : le terme « confucianisme » met l’accent sur un fondateur, mais le terme chinois Ru (儒) désignait une catégorie de spécialistes des rites et des textes qui existaient avant Confucius. Des chercheurs comme Lionel Jensen ont soutenu que l’image occidentale de « Confucius » et du « confucianisme » a été façonnée en partie par les représentations des jésuites, puis d’autres Européens. C’est pourquoi de nombreux chercheurs préfèrent parler de « tradition ru ».

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Avancé

Sources anciennes et textes découverts par l’archéologie

Les sources les plus importantes sont les Entretiens ; d’autres textes anciens qui citent ou décrivent Confucius, comme le Mencius, le Xunzi, le Zuozhuan et le Livre des rites ; ainsi que la biographie rédigée par Sima Qian dans le Shiji. Le Kongzi jiayu (Propos de l’école de Confucius) contient beaucoup d’autres éléments, mais sa date et sa fiabilité font débat. Le Chinese Text Project met des textes classiques en ligne dans leur version chinoise originale.

L’archéologie a transformé ce domaine d’étude. Une copie des Entretiens écrite sur des lamelles de bambou à l’époque Han a été découverte en 1973 à Dingzhou (Hebei), dans une tombe datée d’environ 55 av. J.-C. ; elle diffère par endroits du texte transmis. Un autre manuscrit des Entretiens sur bambou a été trouvé près de Pyongyang, dans une tombe de la période de Lelang. Des fragments appartenant peut-être à la version perdue de Qi auraient aussi été trouvés dans la tombe du marquis de Haihun (Jiangxi), fouillée à partir de 2011.

Des manuscrits sur bambou plus anciens, datant de la période des Royaumes combattants, comprennent les lamelles de Guodian (trouvées en 1993 dans une tombe datée d’environ 300 av. J.-C.) et la collection du musée de Shanghai (acquise en 1994). Ils contiennent des textes confucéens jusque-là inconnus ou connus seulement dans des versions plus tardives. Ils révèlent la diversité de la tradition ru ancienne et éclairent la période qui sépare Confucius de Mencius.

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Avancé

Notes de méthode : lire Confucius aujourd’hui

Les termes essentiels n’ont pas d’équivalents exacts en français. Ren a notamment été traduit par « bienveillance », « humanité » et « bonté » ; li par « rite », « observance des rites », « bienséance » ou « étiquette ». Chaque traduction met en lumière un aspect différent : les lecteurs qui veulent approfondir le sujet comparent donc les traductions et se familiarisent avec les termes chinois.

Il convient de distinguer plusieurs niveaux : le Confucius des Entretiens ; celui des penseurs confucéens ultérieurs ; celui du culte impérial officiel ; et celui des usages politiques ou commerciaux modernes. Lire les Entretiens à travers le commentaire de Zhu Xi, par exemple, donne une image de Confucius plus métaphysique que ne le suggère le texte seul.

Enfin, la tradition confucéenne est aussi une tradition vivante pour de nombreuses familles et communautés d’Asie de l’Est et de la diaspora, avec des rites et des débats qui se poursuivent. Les critiques de cette tradition — notamment celles qui portent sur la hiérarchie entre les sexes — occupent une place importante dans la recherche actuelle, tout comme les efforts de penseurs contemporains pour réinterpréter l’éthique confucéenne aujourd’hui.

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Idées clés

Ren 仁 (humanité)
La plus haute vertu : un souci sincère des autres, fondé sur la réciprocité — ne pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas subir soi-même.
Li 禮 (observance des rites)
Les cérémonies, les usages et les règles de conduite qui donnent forme aux relations humaines et façonnent le caractère ; ils perdent leur sens sans sincérité.
Junzi 君子 (personne exemplaire)
À l’origine, une personne noble par sa naissance ; pour Confucius, une personne noble par son caractère, grâce à l’étude et au perfectionnement de soi.
Xiao 孝 (piété filiale)
Le respect et l’attention envers les parents et les ancêtres, considérés comme la racine d’une humanité qui s’étend ensuite aux autres.
De 德 (vertu, force morale)
La force morale intérieure d’une bonne personne, qui influence naturellement les autres, comme le vent incline l’herbe.
Zhengming 正名 (rectification des noms)
Faire correspondre les titres et les rôles à la réalité, afin que chacun remplisse les devoirs de sa position.
Étude 學
L’étude et la pratique continues comme chemin vers une meilleure conduite ; les Entretiens s’ouvrent sur la joie d’apprendre.

Notices

  1. 551 av. J.-C. — Confucius naît près de Qufu, dans l’État de Lu (date traditionnelle ; certaines sources indiquent 552 av. J.-C.).
  2. v. 500 av. J.-C. — Selon la tradition, Confucius exerce la fonction de ministre de la Justice dans l’État de Lu et participe à la rencontre de Jiagu.
  3. v. 497 av. J.-C. — Il quitte l’État de Lu et commence environ quatorze années de voyages dans les États voisins.
  4. 484 av. J.-C. — Il revient dans l’État de Lu et se consacre à l’enseignement.
  5. 479 av. J.-C. — Confucius meurt dans l’État de Lu et est enterré au nord de Qufu.
  6. v. 400 av. J.-C. — Ses disciples et les élèves de ceux-ci compilent progressivement les Entretiens (environ du Ve au IIIe siècle av. J.-C.).
  7. 136 av. J.-C. — L’empereur Wu des Han institue des érudits officiels chargés des Cinq Classiques.
  8. v. 55 av. J.-C. — Date de la tombe de Dingzhou dans laquelle a été déposée une copie des Entretiens sur bambou.
  9. 372 apr. J.-C. — Le Goguryeo, en Corée, fonde une académie nationale, le Taehak.
  10. 1313 — La dynastie Yuan fait des interprétations de Zhu Xi la référence pour les examens impériaux.
  11. 1687 — Confucius Sinarum Philosophus, traduction latine réalisée par des jésuites, est publié à Paris.
  12. 1905 — La Chine supprime les examens impériaux de recrutement des fonctionnaires.

Glossaire

Entretiens (Lunyu 論語)
Recueil des paroles et des conversations de Confucius compilé par ses disciples ; c’est la source la plus importante pour connaître sa pensée.
Période des Printemps et Automnes
Époque de l’histoire chinoise allant de 770 à 476 av. J.-C., durant laquelle les rois Zhou étaient faibles et de nombreux États rivalisaient.
Période des Royaumes combattants
Époque allant de 475 à 221 av. J.-C., marquée par de nombreuses guerres et achevée par l’unification réalisée par les Qin.
Ru 儒
Nom chinois des lettrés et des spécialistes des rites appartenant à la tradition que les Occidentaux appellent le confucianisme.
Cinq Classiques
Le Classique des vers, le Classique des documents, le Livre des rites, le Livre des mutations et les Annales des Printemps et Automnes : les textes fondamentaux de l’enseignement confucéen sous les Han.
Quatre Livres
Les Entretiens, le Mencius, la Grande Étude et l’Invariable Milieu, réunis par Zhu Xi pour former la base des études néoconfucéennes.
Néoconfucianisme
Renouveau et réinterprétation de la pensée confucéenne à partir du XIe siècle, intégrant une métaphysique et des méthodes de perfectionnement de soi.
Mandat du Ciel (tianming 天命)
Idée selon laquelle le Ciel accorde le droit de gouverner aux personnes vertueuses et le retire à celles qui gouvernent mal.
Examens impériaux
Examens fondés sur les classiques confucéens et utilisés pour sélectionner les fonctionnaires en Chine, ainsi que sous des formes adaptées en Corée et au Vietnam.

Questions et réponses

Qu’enseignait Confucius, en termes simples ?

Il enseignait à être bon avec les autres, à respecter sa famille, à continuer d’apprendre, à se conduire avec politesse et, quand on dirige des personnes, à leur montrer le bon exemple.

Quelle est la phrase la plus célèbre de Confucius ?

Probablement : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » (Entretiens, 15.24), une version de ce qu’on appelle souvent la règle d’or.

Confucius a-t-il écrit les Entretiens ?

Non. Ses disciples et les élèves de ceux-ci les ont compilés après sa mort, probablement pendant deux ou trois siècles.

Le confucianisme est-il une religion ?

Cela dépend de la définition retenue. Il comprend des rites, une vénération du Ciel et des ancêtres, ainsi que des temples consacrés à Confucius, mais il n’a ni dieu créateur ni Église au sens occidental. De nombreux chercheurs le décrivent comme une tradition morale et sociale qui comporte aussi des dimensions religieuses.

Pourquoi l’appelle-t-on Confucius ?

« Confucius » est une forme latinisée de Kong Fuzi, « Maître Kong », employée par les missionnaires jésuites. En chinois, on l’appelle généralement Kongzi.

Quelle a été l’influence de Confucius en Corée ?

L’étude des textes confucéens y est arrivée au plus tard au IVe siècle. Sous la dynastie Joseon, le néoconfucianisme est devenu l’idéologie officielle et a influencé l’éducation, les rites familiaux, le droit et le gouvernement.

Les récits de sa vie sont-ils fiables ?

Les grandes lignes de sa vie sont largement admises, mais la plupart des détails viennent de sources écrites longtemps après sa mort. Beaucoup restent donc incertains ou relèvent de la légende.

Sources et lectures complémentaires

  1. Confucius. Stanford Encyclopedia of Philosophy
  2. Confucius. Internet Encyclopedia of Philosophy
  3. Confucius. Wikipedia
  4. Analects. Wikipedia
  5. Confucianism. Wikipedia
  6. Analects (Lunyu), Chinese text with English translation. Chinese Text Project
  7. D. C. Lau (trans.), Confucius: The Analects. Penguin Books, 1979
  8. E. Bruce Brooks and A. Taeko Brooks, The Original Analects: Sayings of Confucius and His Successors. Columbia University Press, 1998
  9. Herbert Fingarette, Confucius: The Secular as Sacred. Harper & Row, 1972

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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