Littérature

Classique des vers (Shijing)

詩經 (Shījīng)

v. 1000–600 av. J.-C. · Cœur du territoire des Zhou

En une phrase

Le Classique des vers est le plus ancien recueil de poèmes chinois : 305 chants, dont certains ont près de 3 000 ans, parlent d’amour, de travail, de guerre, de fêtes et des dieux. Il est ensuite devenu l’un des livres les plus importants de l’enseignement confucéen en Asie de l’Est.

Classique des vers (Shijing)
Image: Unknown · Public domain · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Il y a très longtemps, dans la Chine ancienne, les gens chantaient en travaillant dans les champs, quand ils étaient amoureux ou quand les soldats partaient à la guerre. Les rois chantaient aussi pour honorer leurs ancêtres. Il y a environ 3 000 ans, certains de ces chants ont été réunis dans un livre. Aujourd’hui, on l’appelle le Classique des vers, ou Shijing.

Le livre contient 305 chants. Certains sont courts et simples, comme des chansons que tu pourrais chanter avec tes amis. L’un des plus célèbres commence par deux oiseaux qui se répondent sur une petite île au milieu d’une rivière. Il raconte ensuite l’histoire d’un jeune homme qui ne dort pas parce qu’il pense à une jeune fille qu’il aime.

D’autres chants parlent de paysans qui travaillent dur toute l’année, d’un soldat qui rentre chez lui sous la neige ou de dirigeants trop avides. Dans un chant, des paysans appellent même leur seigneur « gros rat » et lui disent : « Gros rat, gros rat, ne mange pas notre millet ! »

Les chants répètent souvent les mêmes phrases avec de petits changements, comme un refrain. Cela aidait les gens à les retenir et à les chanter. Leur musique a disparu, mais leurs paroles sont lues à voix haute et apprises par cœur depuis des milliers d’années.

Le grand maître Confucius aimait beaucoup ces chants. Il disait à son fils que, sans les avoir étudiés, on ne pouvait pas bien parler. Pendant plus de 2 000 ans, des élèves en Chine, en Corée, au Japon et au Vietnam ont appris ces poèmes par cœur. Beaucoup d’expressions encore utilisées aujourd’hui viennent de ce livre.

En bref

Contenu
305 poèmes (plus six titres sans texte) répartis en trois sections : Feng (Airs des États), Ya (Chants de cour, petits et grands) et Song (Hymnes)
Date
Principalement de la dynastie des Zhou occidentaux au milieu de la période des Printemps et Automnes, soit environ du XIe au VIIe siècle av. J.-C. ; les plus anciens hymnes pourraient être antérieurs, et les pièces les plus récentes dateraient d’environ 600 av. J.-C.
Lieu
Le domaine royal des Zhou et les États de la plaine du fleuve Jaune et des régions voisines, dans le nord de la Chine
Langue et forme
Chinois archaïque ancien ; vers le plus souvent de quatre caractères, rimés et organisés en strophes répétitives
Auteurs
Pour la plupart anonymes ; chants de musiciens de cour, de nobles et de gens du peuple, retravaillés par des musiciens de cour
Statut
L’un des Cinq Classiques du confucianisme depuis la dynastie Han ; le texte transmis est la version Mao
Plus anciens manuscrits
Manuscrits sur lamelles de bambou de la période des Royaumes combattants (IVe siècle av. J.-C.), manuscrits Han provenant de tombes et Classiques sur pierre des Han orientaux

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Qu’est-ce que le Classique des vers ?

Le Classique des vers (Shijing, 詩經) est le plus ancien recueil de poésie chinoise conservé. Il contient 305 poèmes, composés pour la plupart entre le XIe et le VIIe siècle av. J.-C., sous la dynastie des Zhou occidentaux (vers 1046–771 av. J.-C.) et pendant la première moitié de la période des Printemps et Automnes. Ces poèmes étaient à l’origine des chants, interprétés en musique à la cour, lors de cérémonies religieuses, de banquets et dans la vie quotidienne.

Dans la Chine ancienne, le recueil était simplement appelé Shi, « les Chants » ou « les Poèmes », ou encore les Trois Cents Poèmes. Ce n’est que sous la dynastie Han, lorsque l’enseignement confucéen devint la base de l’éducation officielle, qu’il reçut le nom de jing, « classique ». Il devint l’un des Cinq Classiques, aux côtés du Classique des documents, du Classique des mutations, du Livre des rites et des Annales des Printemps et Automnes.

Pendant plus de deux mille ans, les élèves de toute l’Asie de l’Est ont appris le Classique des vers par cœur. Il a marqué la langue chinoise, fourni d’innombrables proverbes et expressions en quatre caractères (chengyu), et servi de modèle à la poésie chinoise. Il offre aussi aux lecteurs d’aujourd’hui un rare aperçu des sentiments et de la vie quotidienne dans la Chine ancienne.

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Trois sortes de chants

Le recueil se divise en trois grandes parties. La première et la plus longue est le Feng (風), les « Airs » ou « Airs des États » (Guofeng). Elle compte 160 poèmes regroupés sous quinze régions ou États, comme Zhou-nan, Shao-nan, Wei, Zheng et Qin. Ce sont surtout de courts chants sur l’amour et les rencontres amoureuses, le mariage, l’attente des maris absents, les travaux agricoles, la chasse, les épreuves des soldats et les plaintes contre les dirigeants.

La deuxième partie est le Ya (雅), les « Chants de cour » ou « chants élégants ». Elle se divise en Petits Ya (Xiaoya, 74 poèmes) et Grands Ya (Daya, 31 poèmes). On y trouve des chants pour les banquets et les cérémonies royales, des poèmes sur les campagnes militaires et les mauvais gouvernements, ainsi que des récits sur la fondation de la dynastie Zhou et ses ancêtres. Certains racontent l’histoire de Hou Ji, l’ancêtre qui enseigna l’agriculture, ou celle des rois Wen et Wu.

La troisième partie est le Song (頌), les « Hymnes » ou « Éloges », qui compte 40 poèmes : 31 hymnes de la maison royale des Zhou, 4 de l’État de Lu et 5 de l’État de Song, dont les dirigeants se disaient descendants des rois Shang. Ces chants solennels accompagnaient les sacrifices aux ancêtres et aux dieux, probablement au son des cloches, des tambours et des carillons de pierre, et peut-être avec des danses. Certains hymnes Zhou figureraient parmi les plus anciens poèmes du recueil.

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Des voix de la Chine ancienne

Le premier poème du recueil, « Guan ju » (關雎), commence ainsi : 關關雎鳩,在河之洲 — « Guan-guan, crient les balbuzards, sur l’îlot dans la rivière. » Il décrit ensuite un jeune noble épris d’une jeune fille belle et vertueuse. La nuit, il se tourne et se retourne sans trouver le sommeil, puis l’accueille au son des cithares et des cloches. On l’a lu comme un simple chant d’amour, mais aussi, dans la tradition confucéenne, comme un modèle de sentiments convenables et de mariage.

Beaucoup d’Airs font entendre la voix de gens ordinaires, et un grand nombre parlent à la première personne au féminin. Certains décrivent une femme qui attend le retour de son mari parti servir ; dans un autre, une jeune fille demande à son amoureux de ne pas franchir le mur, de peur que ses parents le voient. Dans « Shuo shu » (碩鼠, « Gros Rat »), un Air de Wei, des paysans comparent leur seigneur à un gros rat qui mange leurs grains et rêvent de partir vers une terre où ils seraient plus heureux.

Les chants de soldats racontent les difficultés des campagnes militaires. Dans « Cai wei » (采薇, « Cueillir des fougères »), un Petit Ya, un soldat sur le chemin du retour se souvient : 昔我往矣,楊柳依依 — « Jadis, lorsque je suis parti, les saules étaient souples et ondoyants » ; à présent, alors qu’il rentre, « la neige tombe à gros flocons ». En quelques mots, le contraste entre les saisons exprime la longueur de son service et sa tristesse.

« Qi yue » (七月, « Le Septième Mois »), un Air de Bin, suit mois après mois les travaux de l’année agricole : filer, cueillir les feuilles de mûrier, chasser, récolter, conserver la glace, puis célébrer la fête de fin d’année. D’autres poèmes louent les bonnes récoltes, accueillent des invités à des banquets ou déplorent le désordre du monde. Ensemble, ils offrent une image vivante de la société des Zhou, du palais au village.

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Forme et procédés poétiques

Environ 95 % des vers comptent quatre syllabes, représentées par quatre caractères, généralement avec une légère pause au milieu. Les poèmes sont normalement divisés en strophes de forme semblable, et la plupart des Airs en comptent trois. Les rimes sont régulières, le plus souvent entre le deuxième et le quatrième vers d’une strophe de quatre vers. Un trait caractéristique est la répétition avec variation : d’une strophe à l’autre, la plupart des mots restent les mêmes, tandis que quelques-uns changent, comme dans les couplets d’une chanson populaire. Cette structure facilite le chant et la mémorisation.

La critique traditionnelle distinguait trois modes d’expression fondamentaux. Fu (賦) désigne la description ou le récit direct. Bi (比) est la comparaison explicite, par exemple celle d’un seigneur avide avec un rat. Xing (興), souvent traduit par « amorce » ou « évocation », est le plus particulier : un poème s’ouvre sur une image de la nature, comme des oiseaux qui s’appellent, des pêchers en fleurs ou de l’herbe qui pousse, puis passe à une situation humaine. Le lien exact entre l’image et le thème humain est laissé à la sensibilité de l’auditeur. Le xing est devenu une notion centrale de la poétique chinoise ultérieure.

Avec les trois sections du recueil (Feng, Ya, Song), ces trois modes formaient les « six principes » (liu yi, 六義) de la poésie dans la « Grande Préface » de l’édition Mao. La Grande Préface affirme aussi que la poésie exprime l’intention : ce qui se trouve dans le cœur est l’intention et, une fois exprimé en paroles, devient un poème. Cette idée, selon laquelle la poésie exprime des sentiments sincères et une intention morale, a profondément influencé la pensée littéraire chinoise.

Les chants rimaient dans la prononciation d’il y a environ 3 000 ans, mais beaucoup ne riment plus en chinois moderne. Le lettré Chen Di, de la fin de la dynastie Ming, expliqua que la prononciation avait changé, et non que les poètes avaient rimé approximativement. Son intuition fit du Shijing une source essentielle pour reconstituer la prononciation du chinois archaïque, notamment dans les travaux de Bernhard Karlgren et, plus récemment, de William Baxter et Laurent Sagart.

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Contexte historique : musique, rites et diplomatie sous les Zhou

La dynastie Zhou renversa les Shang vers 1046 av. J.-C. et gouverna grâce à un réseau de seigneurs régionaux, dont beaucoup étaient apparentés au roi. Les rites et la musique occupaient une place centrale dans le gouvernement des Zhou : les sacrifices aux ancêtres, les banquets, les concours de tir à l’arc et les rencontres diplomatiques comportaient tous des chants et de la musique de cérémonie. Les Hymnes et de nombreux Chants de cour furent composés pour ces occasions. L’idée Zhou du Mandat du Ciel — la croyance selon laquelle le Ciel accorde le droit de régner aux dirigeants vertueux et le retire aux mauvais dirigeants — apparaît dans plusieurs poèmes sur la fondation de la dynastie.

En 771 av. J.-C., la capitale des Zhou occidentaux tomba aux mains d’envahisseurs et de rebelles alliés, et la cour se déplaça vers l’est, à Luoyang. Pendant la période des Printemps et Automnes qui suivit (770–476 av. J.-C.), le pouvoir royal s’affaiblit et les États régionaux devinrent largement indépendants. Certains Chants de cour déplorent les troubles et la mauvaise conduite des dirigeants de cette époque, à laquelle appartiennent aussi de nombreux Airs des États.

À l’époque des Printemps et Automnes, connaître les Poèmes était devenu une marque d’éducation pour un noble. Le Zuozhuan, un récit historique, décrit des envoyés et des ministres récitant des vers des Poèmes lors de banquets et de rencontres diplomatiques pour exprimer indirectement leurs intentions. Choisir le vers approprié et comprendre celui choisi par son hôte relevait de l’art de gouverner.

D’où venaient les Airs ? Selon une tradition de l’époque Han, les rois Zhou envoyaient des fonctionnaires recueillir les chants du peuple afin de connaître sa condition. Beaucoup de chercheurs modernes doutent qu’un tel service ait existé sous cette forme. Ils remarquent aussi que même les chants dits « populaires » présentent un travail littéraire cohérent, ce qui suggère qu’ils furent remaniés par des musiciens de cour. Les Airs peuvent être compris comme des chants enracinés dans des traditions régionales, mais adaptés à une interprétation à la cour.

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Intermédiaire

Confucius et les Poèmes

Confucius (551–479 av. J.-C.) considérait les Poèmes comme essentiels à l’éducation. Dans les Entretiens, il dit à son fils Boyu que, sans avoir étudié les Poèmes, on n’a rien à dire ; il résume les trois cents poèmes par la formule « aucune pensée dépravée » (思無邪). Il affirme aussi que les Poèmes peuvent inspirer, aider à observer, à vivre avec les autres et à exprimer des griefs, ainsi qu’enseigner les noms des oiseaux, des bêtes, des plantes et des arbres.

L’historien Sima Qian, qui écrivait vers 100 av. J.-C., rapporte que Confucius choisit les 305 poèmes parmi plus de 3 000 chants anciens. Ce récit fut accepté pendant des siècles, mais la plupart des chercheurs modernes le rejettent. Selon le Zuozhuan, en 544 av. J.-C., alors que Confucius était encore un jeune enfant, un visiteur de l’État de Wu entendit jouer à la cour de Lu la musique des Poèmes dans un ordre proche de celui d’aujourd’hui. Cela suggère que le recueil existait déjà sous une forme semblable. Confucius lui-même parlait de « trois cents poèmes ». Il a toutefois pu contribuer à mettre leur musique en ordre, comme le laisse entendre un passage des Entretiens.

Grâce à Confucius et à ses disciples, notamment Mencius et Xunzi, qui citent souvent les Poèmes, le recueil devint un manuel de morale. Citer les Poèmes devint une manière courante d’appuyer un argument dans la philosophie et la politique chinoises.

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La transmission du texte

Selon la tradition Han, l’incendie des livres ordonné par la dynastie Qin en 213 av. J.-C. visa les Poèmes, dont le texte aurait survécu principalement parce que des lettrés le connaissaient par cœur. Les chercheurs modernes abordent ce récit avec prudence : les manuscrits découverts montrent qu’il existait des différences entre les versions avant les Qin et que les Poèmes ont continué d’être étudiés.

Sous la dynastie Han, trois écoles d’interprétation furent officiellement reconnues à l’académie impériale. Elles portaient les noms des États de Lu et de Qi, ainsi que celui du lettré Han Ying. Une quatrième tradition, l’école Mao, attribuée aux lettrés Mao Heng et Mao Chang, accompagnait chaque poème d’une préface expliquant sa signification historique et morale supposée. La version Mao fut reconnue à la fin des Han occidentaux, et le grand lettré des Han orientaux Zheng Xuan (127–200) en rédigea un commentaire. Les trois autres versions disparurent presque entièrement vers le Ve siècle ; seuls des fragments subsistent, dont certains figurent sur les Classiques sur pierre de Xiping, gravés dans les années 170–180.

En 653, la cour des Tang publia le Sens correct des Poèmes Mao (Maoshi zhengyi), rédigé sous la direction de Kong Yingda, comme interprétation officielle. Sous la dynastie Song, le lettré néoconfucéen Zhu Xi (1130–1200) écrivit un nouveau commentaire, les Commentaires réunis sur les Poèmes (Shi jizhuan). Il écarta beaucoup de préfaces Mao et lut plusieurs Airs comme des chants d’amour, dont certains lui semblaient licencieux. Pendant des siècles, son commentaire fit autorité pour les examens de la fonction publique en Chine, en Corée et ailleurs.

Les Poèmes se diffusèrent en Asie de l’Est avec l’enseignement confucéen. En Corée, ils furent étudiés dès la période des Trois Royaumes et firent partie des programmes et des examens sous les dynasties Goryeo et Joseon. Les Leçons sur le Classique des vers (Sigyeong gangui) de Jeong Yak-yong, rédigées en réponse à quelque 800 questions du roi Jeongjo en 1791, comptent parmi les études coréennes remarquables. Au Japon et au Vietnam aussi, des lettrés et des poètes lisaient et citaient les Poèmes.

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Intermédiaire

Influence et héritage

Le Classique des vers est l’une des sources fondatrices de la poésie chinoise. Ses vers de quatre caractères, ses images de la nature et son procédé du xing ont influencé la poésie ultérieure. Des poètes d’époques suivantes, comme Li Bai et Du Fu sous les Tang, y ont vu un modèle de poésie exprimant des sentiments véritables et un souci de la société. Les Chuci (Chants de Chu), recueil méridional de la période des Royaumes combattants, sont souvent associés au Shijing comme l’autre grande source ancienne de la poésie chinoise.

Les Poèmes ont aussi marqué la langue. De nombreuses expressions courantes en proviennent, et y faire allusion devint une marque d’érudition dans les lettres, les discours et la poésie de toute l’Asie de l’Est. Parce qu’ils figuraient au programme des examens, des générations de fonctionnaires en Chine, en Corée et au Vietnam en connaissaient de longs passages par cœur.

En Occident, les jésuites traduisirent les Poèmes en latin. Au XIXe siècle, James Legge en publia une traduction anglaise complète (1871). The Book of Songs (1937) d’Arthur Waley et The Confucian Odes (1954) d’Ezra Pound firent connaître les poèmes à un public plus large et influencèrent la poésie moderne de langue anglaise. Aujourd’hui, le Shijing est lu comme une œuvre littéraire, une source historique et un témoignage des voix de gens ordinaires, notamment de femmes, d’il y a près de trois mille ans.

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Avancé

Débats savants : datation, auteurs et interprétation

Datation. Les Hymnes des Zhou et certaines parties des Grands Ya sont généralement considérés comme les couches les plus anciennes, peut-être du début des Zhou occidentaux, même si certains chercheurs datent leur forme définitive d’une époque plus tardive. Les Airs appartiennent pour la plupart à la fin des Zhou occidentaux et à la période des Printemps et Automnes. Zheng Xuan considérait « Zhulin » (株林), un Air de Chen évoquant le scandale lié au duc Ling de Chen, tué en 599 av. J.-C., comme le poème le plus récent. Selon la tradition, les cinq Hymnes de Shang conserveraient des chants rituels Shang, mais la plupart des chercheurs pensent qu’ils furent composés plus tard par les dirigeants de Song. La datation de chaque poème repose sur la langue, les rimes, les allusions historiques et les comparaisons avec les inscriptions sur bronze.

Chants populaires ou chants de cour ? L’idée Han selon laquelle les Airs étaient des chants populaires recueillis par des fonctionnaires royaux, tout comme la tradition ultérieure voulant que Confucius les ait édités, ont été remises en question. Certains chercheurs soulignent leurs origines orales et populaires ; d’autres insistent sur le rôle des interprètes aristocratiques et de cour, et estiment que la voix « populaire » relève en partie d’une convention littéraire. Beaucoup de poèmes semblent avoir été écrits par des femmes ou adoptent leur point de vue, ce qui soulève des questions sur leurs auteurs et leur interprétation en public.

Allégorie ou lecture littérale. Les préfaces Mao interprétaient de nombreux chants d’amour comme des allégories politiques, par exemple comme un éloge de la vertu d’une reine ou une critique d’un dirigeant précis. À partir de la dynastie Song, des lettrés sceptiques comme Zheng Qiao et Zhu Xi contestèrent beaucoup de ces lectures. Au XXe siècle, le mouvement du Doute sur l’Antiquité, mené par Gu Jiegang, rejeta plus nettement les préfaces Mao, tandis que le sinologue français Marcel Granet lut les Airs comme des chants de fêtes saisonnières et de rencontres amoureuses dans des communautés rurales. Plus récemment, des chercheurs ont souligné l’importance de l’histoire de ces interprétations : pendant deux mille ans, les lecteurs ont découvert les Poèmes à travers leurs commentaires.

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Avancé

Les preuves : manuscrits exhumés et méthodes d’étude

Depuis les années 1970, l’archéologie a transformé l’étude des Poèmes. Des lamelles de bambou provenant d’une tombe Han à Shuanggudui, près de Fuyang (fouillée en 1977), conservent des fragments d’une version différente du texte Mao. Des manuscrits de la tombe de Guodian (fouillée en 1993) et de la collection du musée de Shanghai (acquise en 1994) citent les Poèmes. L’un des textes du musée de Shanghai, appelé Kongzi shilun (« Discussion des Poèmes par Confucius »), contient des remarques attribuées à Confucius sur des poèmes particuliers. Des lamelles de bambou achetées par l’université de l’Anhui en 2015 et publiées en 2019 contiennent près de soixante poèmes des Airs des États. Datant de la période des Royaumes combattants, elles constituent la plus ancienne copie manuscrite connue d’une partie du recueil. Des lamelles provenant de la tombe du marquis de Haihun (mort en 59 av. J.-C.), dans le Jiangxi, conservent une édition Han.

Ces découvertes montrent que, pendant la période des Royaumes combattants et au début des Han, les poèmes circulaient avec de nombreuses variantes de caractères, qui reflétaient souvent des prononciations proches, et parfois dans un ordre différent. Des chercheurs comme Martin Kern estiment que ces variations témoignent d’une culture où les Poèmes étaient appris et transmis surtout par la mémoire et la récitation, l’écriture servant à noter les sons. D’autres soulignent le rôle des copies écrites. Ce débat touche à la manière dont le texte s’est formé et à la fiabilité de la version Mao transmise.

Les méthodes actuelles comprennent la comparaison des variantes manuscrites avec le texte transmis, l’analyse des rimes pour étudier l’histoire de la prononciation, la comparaison de la langue et des thèmes avec les inscriptions sur bronze des Zhou occidentaux, ainsi que l’étude de l’histoire des commentaires. Les traductions classiques de Legge, Waley et Karlgren, et les éditions modernes annotées comme celle de Cheng Junying, restent des outils importants.

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Idées clés

Feng, Ya, Song
Les trois sections du recueil : Airs régionaux, Chants de cour et Hymnes rituels.
Fu, bi, xing
Trois modes d’expression : description directe, comparaison explicite et image évocatrice de la nature ouvrant le poème.
La poésie exprime l’intention
L’idée traditionnelle selon laquelle un poème donne voix à ce qui se trouve dans le cœur (shi yan zhi).
Répétition avec variation
Les strophes reprennent la plupart des mots avec de petits changements, signe de leur origine chantée et aide à la mémorisation.
Les Poèmes dans la diplomatie
Les nobles de l’époque Zhou et de la période des Printemps et Automnes citaient les Poèmes pour exprimer indirectement leurs intentions.
Canon confucéen
L’enseignement de Confucius et la politique de l’État Han firent des Poèmes l’un des Cinq Classiques étudiés pendant deux millénaires.
Tradition des commentaires
Les préfaces Mao, Zheng Xuan et Zhu Xi ont façonné la lecture des poèmes ; les chercheurs modernes étudient aussi cette histoire.
Manuscrits exhumés
Les lamelles de bambou révèlent les premières variantes du texte et nourrissent le débat sur sa transmission orale et écrite.

Notices

  1. v. 1046 av. J.-C. — Les Zhou conquièrent le royaume Shang ; les plus anciens Hymnes des Zhou pourraient dater des décennies suivantes.
  2. 771 av. J.-C. — La capitale des Zhou occidentaux tombe (771 av. J.-C.) ; la cour se déplace vers l’est l’année suivante, et la période des Printemps et Automnes commence.
  3. 599 av. J.-C. — Le duc Ling de Chen est tué (599 av. J.-C.) ; le poème « Zhulin », qui lui est lié, est traditionnellement considéré comme le plus récent du recueil.
  4. 551 av. J.-C. — Naissance de Confucius (551 av. J.-C.) ; il placera plus tard les Poèmes au cœur de son enseignement.
  5. 544 av. J.-C. — Selon le Zuozhuan, Ji Zha de Wu entend les Poèmes interprétés à la cour de Lu (544 av. J.-C.).
  6. 213 av. J.-C. — Des livres sont brûlés sous les Qin (213 av. J.-C.) ; selon la tradition Han, les Poèmes survivent grâce à leur mémorisation.
  7. 136 av. J.-C. — L’empereur Wu des Han nomme des spécialistes des Cinq Classiques (136 av. J.-C.), dont les Poèmes.
  8. v. 175 apr. J.-C. — Les Classiques sur pierre de Xiping sont gravés à Luoyang ; ils comprennent la version de Lu des Poèmes.
  9. 653 apr. J.-C. — La cour des Tang publie le Maoshi zhengyi comme commentaire officiel.
  10. 1791 — Jeong Yak-yong répond aux questions du roi Jeongjo dans ses Leçons sur le Classique des vers.
  11. 1871 — James Legge publie une traduction anglaise complète.
  12. 2019 — Publication des lamelles de bambou de l’université de l’Anhui contenant des copies des Airs datant des Royaumes combattants.

Glossaire

Cinq Classiques
Le cœur du canon confucéen : les Poèmes, les Documents, les Mutations, les Rites et les Annales des Printemps et Automnes.
Zhou occidentaux
La première partie de la dynastie Zhou (vers 1046–771 av. J.-C.), dont la capitale se trouvait près de l’actuelle Xi’an.
Période des Printemps et Automnes
La période de 770 à 476 av. J.-C., nommée d’après une chronique de l’État de Lu.
Guofeng
Les « Airs des États », les 160 chants régionaux qui ouvrent le recueil.
Xing
Une image placée au début d’un poème, généralement tirée de la nature, qui en évoque le sentiment.
Poèmes Mao
La version du texte et du commentaire attribuée à Mao Heng et Mao Chang, seule version Han complète conservée.
Grande Préface
L’introduction de l’édition Mao, texte fondateur de la théorie littéraire chinoise.
Lamelles de bambou
Des bandes de bambou reliées entre elles, sur lesquelles on écrivait au pinceau et à l’encre ; elles étaient un support d’écriture majeur dans la Chine ancienne.
Chinois archaïque
La langue chinoise de l’époque Zhou, reconstituée en partie grâce aux rimes des Poèmes.
Chengyu
Des expressions en quatre caractères, dont beaucoup proviennent de textes classiques comme les Poèmes.

Questions et réponses

Quel âge ont les poèmes ?

La plupart ont été composés entre environ 1000 et 600 av. J.-C. ; les plus anciens ont donc près de 3 000 ans.

Confucius a-t-il écrit ou choisi les poèmes ?

Il ne les a pas écrits. Selon la tradition, il en aurait choisi 305 parmi 3 000, mais la plupart des chercheurs actuels en doutent, car le recueil semble avoir existé sous une forme semblable lorsqu’il était enfant.

Les poèmes étaient-ils chantés ?

Oui. C’étaient des chants accompagnés de musique, mais leurs mélodies ont disparu depuis longtemps ; seules les paroles ont été conservées.

Qui les a écrits ?

Presque tous sont anonymes. Ils comprennent des chants de cour, de nobles et de gens ordinaires, et beaucoup sont exprimés par une voix féminine.

Pourquoi certains poèmes ne riment-ils pas en chinois moderne ?

La prononciation du chinois a beaucoup changé en 3 000 ans. Les chercheurs utilisent les rimes pour reconstituer la prononciation du chinois archaïque.

Pourquoi des lecteurs ont-ils trouvé un sens politique dans les chants d’amour ?

Le commentaire Mao interprétait de nombreux poèmes comme des allégories sur les dirigeants et la vertu, ce qui permettait de les utiliser dans l’éducation morale. Des lettrés plus tardifs comme Zhu Xi, puis des critiques modernes, ont remis en question beaucoup de ces lectures.

Qu’ont changé les manuscrits exhumés ?

Ils montrent que les premières versions présentaient de nombreuses variantes de caractères et d’ordre, témoignant d’une riche tradition orale et écrite. Ils contiennent aussi d’anciennes discussions attribuées à Confucius.

Sources et lectures complémentaires

  1. Classic of Poetry. Wikipedia
  2. Mao Commentary. Wikipedia
  3. Guan ju. Wikipedia
  4. Five Classics. Wikipedia
  5. Xiping Stone Classics. Wikipedia
  6. 시경강의 (詩經講義). Encyclopedia of Korean Culture, Academy of Korean Studies
  7. Arthur Waley, The Book of Songs. George Allen & Unwin, 1937
  8. 程俊英 (Cheng Junying), 詩經譯注 (Shijing yizhu). 上海古籍出版社 (Shanghai Guji Chubanshe), 1985
  9. Martin Kern, Early Chinese Literature, Beginnings through Western Han, in The Cambridge History of Chinese Literature, vol. 1. Cambridge University Press, 2010

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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