Littérature

Du Fu

杜甫

735–770 apr. J.-C. · Chengdu (Chine des Tang)

En une phrase

Du Fu était un poète chinois de la dynastie Tang. Il a vécu une terrible guerre civile il y a environ 1 250 ans et a écrit des poèmes sincères et admirablement travaillés sur sa famille, son pays et les souffrances des gens ordinaires.

Du Fu
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Pour les jeunes lecteurs

Du Fu vivait en Chine il y a environ 1 300 ans, sous la dynastie Tang. Beaucoup de Chinois l’appellent le « sage de la poésie » : cela veut dire qu’ils le trouvent très sage et très doué. Il était l’ami d’un autre grand poète, Li Bai.

Quand Du Fu avait une quarantaine d’années, un général nommé An Lushan a déclenché une grande rébellion. Des armées ont traversé le pays et pris des villes. Des millions de familles ont dû quitter leur maison. Du Fu et sa famille ont aussi dû fuir. Un jour, son tout jeune fils est mort parce qu’il n’y avait pas assez à manger.

Du Fu a raconté ces épreuves dans ses poèmes. Il a parlé des soldats séparés de leur famille, des personnes âgées restées seules, de sa faim et de ses inquiétudes. Il a aussi dit combien sa femme et ses enfants lui manquaient. Ses poèmes racontent ce qui s’est passé pendant la guerre : c’est pourquoi on l’appelle le « poète historien ».

Il a aussi écrit sur de petits bonheurs : la pluie douce d’une nuit de printemps, des hirondelles entrant dans sa maison, des enfants qui jouent et la visite d’un ami. Pendant quelques années, il a vécu dans une chaumière à Chengdu. Un automne, une tempête a emporté son toit ! Même alors, il a écrit qu’il rêvait d’une immense maison pour abriter tous les pauvres.

Du Fu n’était pas très célèbre de son vivant. Il est mort pauvre, sur un bateau. Plus tard, les lecteurs ont découvert et aimé ses poèmes. Aujourd’hui, sa chaumière de Chengdu est un musée entouré d’un parc. Des enfants en Chine, en Corée et au Japon lisent encore ses poèmes.

En bref

Vie
712–770 ; principale période d’activité littéraire : vers 735–770
Lieu de naissance
District de Gong, près de Luoyang (aujourd’hui Gongyi, dans le Henan)
Dynastie
Tang, sous les empereurs Xuanzong, Suzong et Daizong
Autres noms
Nom de courtoisie Zimei (子美) ; également appelé Du Shaoling (杜少陵) et Du Gongbu (杜工部, d’après un titre honorifique)
Titres honorifiques
« Sage de la poésie » (詩聖) et « poète historien » (詩史)
Poèmes conservés
Près de 1 500
Œuvres célèbres
« Vue printanière », « Chant des chars », les « Trois fonctionnaires » et les « Trois séparations », « Ma chaumière détruite par le vent d’automne », « Méditations d’automne », « Ascension »
Mort
Hiver 770, sur un bateau sur la rivière Xiang, près de Tanzhou (aujourd’hui Changsha, dans le Hunan)

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Qui était Du Fu ?

Du Fu (appelé Tu Fu dans les ouvrages anciens) était un poète de la dynastie Tang (618–907). Il est généralement considéré, avec Li Bai, comme l’un des deux plus grands poètes chinois. Depuis la dynastie Song, de nombreux critiques le placent même au premier rang. En chinois, on l’appelle Shisheng, le « sage de la poésie ».

Sa vie a été coupée en deux par la rébellion d’An Lushan (755–763), une guerre civile qui a ébranlé l’empire Tang au sommet de sa puissance. Avant la rébellion, Du Fu était un lettré qui peinait à obtenir une charge officielle. Pendant et après la guerre, il est devenu réfugié, puis brièvement fonctionnaire subalterne à la cour, avant d’errer dans le sud-ouest.

Près de 1 500 de ses poèmes ont été conservés. Ils associent une profonde attention à l’État et aux gens ordinaires à une remarquable maîtrise technique, notamment dans la forme stricte de la poésie réglementée. Comme ils relatent de nombreux événements de son époque, on a parlé à leur sujet de « poésie comme histoire ».

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Jeunesse : une famille de lettrés et des espoirs déçus

Du Fu est né en 712 dans le district de Gong, près de Luoyang, la capitale orientale. Sa famille était fière de ses ancêtres lettrés et fonctionnaires. Elle se disait descendante de Du Yu, célèbre général et commentateur des classiques au IIIe siècle. Son grand-père, Du Shenyan, était un poète connu à la cour de l’impératrice Wu Zetian. Sa mère est morte quand il était jeune, et une tante a participé à son éducation.

Comme les autres jeunes hommes de son milieu, Du Fu espérait servir l’empereur en tant que fonctionnaire. Il a étudié les classiques et commencé tôt à écrire des poèmes. Vers l’âge de vingt ans, il a voyagé dans l’est et le sud. Vers 735–736, il s’est présenté aux examens impériaux à Luoyang et a échoué. En 747, il a tenté un examen spécial organisé par l’empereur, mais le puissant premier ministre Li Linfu a fait échouer tous les candidats en déclarant qu’aucun talent n’avait été oublié.

En 744, il a rencontré Li Bai, poète déjà célèbre qui venait de quitter la cour. Ils ont voyagé ensemble. Du Fu l’a profondément admiré jusqu’à la fin de sa vie et lui a consacré de nombreux poèmes. La rencontre des deux grands poètes est devenue l’un des récits les plus aimés de l’histoire littéraire chinoise.

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Les années à Chang’an : attendre et observer

Pendant une dizaine d’années, Du Fu a vécu à Chang’an, la capitale, et dans ses environs, en cherchant à obtenir une charge. En 751, il a présenté à l’empereur Xuanzong trois fu, longs poèmes en prose au style élaboré, consacrés à des cérémonies impériales. L’empereur a été impressionné, mais Du Fu n’a toujours pas obtenu de poste. Il s’est marié vers 752 et a eu plusieurs enfants. Sa famille a souvent vécu dans la pauvreté.

Ces années ont aiguisé son regard sur l’injustice. Dans le « Chant des chars » (兵車行), écrit vers 750, des soldats partent pour la frontière tandis que leurs familles pleurent au bord de la route. Un vieil homme explique que les villages se vident parce que les hommes sont sans cesse enrôlés pour des guerres lointaines. Dans la « Ballade des belles dames » (麗人行), Du Fu décrit avec une ironie discrète une sortie luxueuse des proches de Yang Guifei, la favorite de l’empereur.

À la fin de 755, il a enfin obtenu un poste modeste. En allant voir sa famille à Fengxian, il est passé devant le palais de plaisance de l’empereur, puis est arrivé chez lui pour apprendre que son plus jeune fils était mort de faim. Le long poème qu’il a consacré à ce voyage contient deux vers célèbres opposant richesse et misère : derrière les portes rouges, le vin et la viande se gâtent ; sur la route gisent les os de ceux qui sont morts de froid. Quelques semaines plus tard, la rébellion a commencé.

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La rébellion : capture, évasion et charge à la cour

En décembre 755, An Lushan, puissant général commandant des troupes à la frontière, s’est révolté. Les rebelles ont pris Luoyang, puis Chang’an est tombée en 756. L’empereur Xuanzong s’est enfui vers le Sichuan, tandis que son fils était proclamé empereur sous le nom de Suzong à Lingwu, dans le nord-ouest. Du Fu a mis sa famille à l’abri plus au nord, à Fuzhou, et est parti rejoindre le nouvel empereur. Mais les rebelles l’ont capturé et ramené à Chang’an occupée.

Pendant les mois qu’il a passés dans la capitale occupée, il a écrit certains de ses poèmes les plus célèbres. « Vue printanière » (春望), composé au printemps 757, commence ainsi : 國破山河在,城春草木深 — « L’État est brisé, mais montagnes et rivières demeurent ; / dans la ville, c’est le printemps, et l’herbe et les arbres poussent dru. » Dans « Nuit de lune », il imagine sa femme, loin de lui à Fuzhou, contemplant seule la même lune.

En 757, il s’est évadé et a rejoint la cour de Suzong, où il a été nommé conseiller chargé des remontrances de gauche (zuo shiyi), un poste subalterne dont le titulaire devait signaler à l’empereur ses erreurs. Il s’est bientôt attiré des ennuis en défendant le ministre Fang Guan, qui avait été destitué. Autorisé à rendre visite à sa famille, il a écrit le long poème « Voyage vers le nord » (北征) sur les campagnes ravagées. Après le retour de la cour à Chang’an, il a été envoyé en 758 à Huazhou pour y occuper un poste provincial modeste.

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Poèmes de témoignage : les « Trois fonctionnaires » et les « Trois séparations »

En 759, alors qu’il voyageait entre Luoyang et Huazhou, Du Fu a écrit deux séries de trois poèmes connues sous les noms de « Trois fonctionnaires » (三吏) et de « Trois séparations » (三別). Elles montrent comment le gouvernement, qui manquait cruellement de soldats après une lourde défaite à Xiangzhou, a contraint de jeunes garçons, des vieillards et même des femmes âgées à servir.

Dans « Le fonctionnaire de Shihao », le poète passe la nuit dans un village et entend arriver un fonctionnaire venu saisir des hommes. Un vieil homme s’enfuit en escaladant le mur. Sa femme raconte au fonctionnaire que deux de leurs trois fils viennent de mourir au combat, puis propose finalement de partir elle-même cuisiner pour l’armée. À l’aube, le poète ne prend congé que du vieil homme. Dans « La séparation des nouveaux mariés », une jeune épouse s’adresse à son mari, emmené au lendemain de leur mariage.

Ces poèmes s’inscrivent dans la tradition des anciennes ballades yuefu, qui critiquaient le gouvernement en faisant entendre la voix des gens ordinaires. Du Fu ne condamne cependant pas simplement la guerre, car il estime qu’il faut la gagner. Il montre à la fois la nécessité de défendre l’État et le terrible prix humain de cette défense, tout en laissant parler les victimes.

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Chengdu et la chaumière

En 759, Du Fu a quitté son poste et emmené sa famille vers l’ouest, d’abord à Qinzhou, puis à Chengdu, dans le Sichuan, après avoir franchi des routes de montagne difficiles en passant par Tonggu. Ils sont arrivés à la fin de l’année. Avec l’aide d’amis et de proches, il a construit en 760 une chaumière près du ruisseau Huanhua, à l’extérieur de la ville.

Les années passées à Chengdu ont compté parmi les plus paisibles de sa vie. Son ami Yan Wu, qui gouvernait la région, l’a soutenu et l’a intégré à son équipe en 764. Il lui a obtenu le titre honorifique de directeur adjoint au ministère des Travaux publics, d’où le nom de « Du Gongbu » qu’on lui a donné plus tard. Du Fu a écrit des poèmes sur son jardin, la rivière, ses voisins et les plaisirs d’une vie simple. Dans « Pluie bienvenue par une nuit de printemps », la pluie arrive avec le vent pendant la nuit et nourrit les êtres sans bruit.

Les difficultés n’avaient pas disparu. Dans « Ma chaumière détruite par le vent d’automne » (茅屋為秋風所破歌), une tempête arrache le toit de sa maison, des garçons du village emportent la paille et sa famille reste éveillée sous un toit qui fuit. Le poème s’achève sur le souhait de posséder une demeure de dix mille pièces pour abriter tous les lettrés pauvres du monde, même si sa propre chaumière devait être détruite. L’emplacement de celle-ci abrite aujourd’hui le musée et parc de la Chaumière de Du Fu.

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Kuizhou et le dernier voyage

Après la mort de Yan Wu en 765, Du Fu a quitté Chengdu et descendu le Yangtsé. À partir de 766, il a passé près de deux ans à Kuizhou, près des Trois Gorges, où il s’occupait d’une petite exploitation agricole. Malgré la maladie, il y a écrit environ 400 poèmes, dont beaucoup dans un style tardif dense et difficile.

Parmi les poèmes de Kuizhou figurent les « Méditations d’automne » (秋興八首), une suite de huit poèmes réglementés dans lesquels les gorges automnales ramènent sa pensée vers Chang’an et la splendeur disparue de la cour des Tang. Cette suite est souvent considérée comme un sommet de la poésie réglementée chinoise. Dans « Ascension » (登高), poème de huit vers où chaque vers répond à un autre, il évoque les feuilles qui tombent et le Yangtsé sans fin. Le poème se termine sur l’image du poète vieillissant, malade et loin de chez lui, qui repose sa coupe de vin.

En 768, il a quitté Kuizhou et erré dans le Hubei et le Hunan, vivant surtout sur un bateau. Il est mort pendant l’hiver 770, probablement de maladie, quelque part sur la rivière Xiang près de Tanzhou, à l’âge de 58 ans. Sa famille n’avait pas les moyens de ramener son corps chez lui. Il a été réinhumé dans le cimetière familial plusieurs décennies plus tard, et le poète Yuan Zhen a rédigé son épitaphe en 813.

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Famille, amis et vie quotidienne

Du Fu est l’un des premiers poètes chinois à avoir écrit souvent, et avec tendresse, sur sa femme et ses enfants. Dans « Nuit de lune », composé alors qu’il était captif à Chang’an, il imagine sa femme seule à Fuzhou, les cheveux humides de brume. Il pense avec peine à leurs jeunes enfants, encore trop petits pour comprendre la tristesse de leur mère. Une telle attention aux sentiments de son épouse était inhabituelle dans la poésie de son époque.

Quand il a enfin pu retrouver sa famille en 757, il a écrit les trois poèmes du « Village de Qiang ». Sa femme et ses enfants le regardent comme s’il était un fantôme, les voisins se pressent au-dessus du mur pour le voir et, la nuit, les époux restent assis face à face à la lumière d’une bougie, comme dans un rêve. Dans d’autres poèmes, il décrit les pleurs de ses enfants affamés, les jeux de son fils et son inquiétude pour ses frères dispersés par la guerre, notamment dans « Pensées pour mes frères par une nuit de lune ».

Ses poèmes d’amitié sont tout aussi importants. Outre ses textes célèbres sur Li Bai, il a écrit pour des fonctionnaires, des moines, des peintres, des musiciens et des paysans. Dans « Un visiteur arrive », composé pendant ses années à Chengdu, il s’excuse de ne pouvoir offrir qu’une nourriture simple et du vieux vin, puis appelle son voisin âgé à venir boire avec eux. Ces poèmes révèlent un monde de relations humaines qui rend ses grands textes sur l’histoire personnels et concrets.

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Intermédiaire

L’art de Du Fu : forme, diversité et conscience morale

Du Fu était un grand maître de la poésie réglementée (lüshi), composée de huit vers soumis à des règles strictes de tons, de rimes et de parallélisme. Il a employé cette forme, souvent associée à l’élégance de la poésie de cour, pour traiter toutes sortes de sujets, de la guerre et de la politique à sa propre maladie. Il a aussi écrit de longs poèmes de style ancien et des ballades, et créé de « nouveaux yuefu » consacrés à l’actualité au lieu de reprendre les anciens titres de chansons.

Les critiques soulignent depuis longtemps la diversité de son œuvre. Il pouvait écrire de majestueuses descriptions de montagnes et de rivières, des portraits humoristiques d’amis, des vers intimes sur sa femme et ses enfants, ainsi que de denses méditations historiques. Grand lecteur, il intégrait à ses vers des allusions aux classiques et aux poètes antérieurs. Le poète des Song Huang Tingjian a affirmé qu’aucun mot chez Du Fu n’était dépourvu de source.

Sa poésie est portée par un sens confucéen du devoir : fidélité à l’empereur, souci du bon gouvernement et compassion envers le peuple. Il se disait souvent incapable et parlait franchement de sa pauvreté et de sa maladie. C’est cette alliance de conscience publique et de sincérité personnelle que les lecteurs des siècles suivants ont le plus admirée, et qui a fait de lui un modèle moral autant qu’un poète.

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Intermédiaire

Renommée et héritage en Asie orientale et ailleurs

Du Fu n’a pas été largement reconnu de son vivant ; peu d’anthologies de son époque l’incluaient. Au début du IXe siècle, Yuan Zhen, dans son épitaphe, et Han Yu, dans ses poèmes, l’ont loué en le plaçant aux côtés de Li Bai, voire au-dessus de lui. Vers la fin de la dynastie Tang, le critique Meng Qi a rapporté que l’on appelait la poésie de Du Fu une « histoire en vers ».

Sous la dynastie Song (960–1279), il est devenu le plus grand poète chinois aux yeux de nombreux lettrés. Ceux-ci ont rassemblé et abondamment commenté ses œuvres, tandis que des poètes comme Wang Anshi, Su Shi et Huang Tingjian l’ont pris pour modèle. L’anthologie des Qing intitulée Trois cents poèmes des Tang (vers 1763) comprend 39 de ses poèmes, davantage que ceux de tout autre poète.

En Corée, la cour de Joseon a soutenu une traduction en coréen courant, accompagnée de commentaires, de l’ensemble de ses poèmes. Intitulée Dusi eonhae (杜詩諺解), elle a été imprimée pour la première fois en 1481 et constitue aussi une source importante pour l’histoire de la langue coréenne. Au Japon, Matsuo Bashō a cité le début de « Vue printanière » dans son récit de voyage Oku no Hosomichi, sur le site en ruine de Hiraizumi. Dans le monde anglophone, des traducteurs et chercheurs tels que William Hung, David Hawkes et Stephen Owen, dont la traduction intégrale commentée a paru en 2016, ont contribué à faire connaître Du Fu.

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Avancé

Débats : le « poète historien », le sage et l’interprétation de Du Fu

L’appellation de « poète historien » (shishi) a éclairé l’œuvre de Du Fu, mais en a aussi limité la lecture. Elle a poussé des générations de commentateurs à considérer chaque poème comme le récit codé d’événements datables et d’opinions politiques, puis à classer les textes dans un ordre chronologique strict. Les commentaires traditionnels, surtout ceux des époques Song et Qing, ont élaboré des interprétations biographiques et allégoriques complexes, dont certaines sont jugées excessives par les chercheurs modernes.

De même, l’image d’un Du Fu « sage » confucéen, toujours fidèle à l’empereur, a été façonnée par les valeurs néoconfucéennes des Song. Les critiques modernes ont attiré l’attention sur d’autres aspects de son œuvre : l’humour, l’esprit de jeu, l’intérêt pour le bouddhisme et le taoïsme, les expériences de langage difficile et les poèmes consacrés à des sujets apparemment insignifiants. Stephen Owen et d’autres ont souligné sa recherche constante de nouvelles formes et la diversité de son œuvre plutôt qu’un message moral unique.

La politique du XXe siècle a également influencé sa réception. En République populaire de Chine, on l’a généralement célébré comme un « poète du peuple ». Pendant la Révolution culturelle, en revanche, le livre de Guo Moruo intitulé Li Bai et Du Fu (1971) a suscité la controverse en exaltant Li Bai et en critiquant Du Fu comme poète de la classe des propriétaires fonciers. Ce jugement est largement considéré comme le reflet du climat politique de l’époque.

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Avancé

Sources, textes et chronologie

Contrairement à Li Bai, Du Fu n’a laissé aucun recueil composé à son époque par un proche et conservé jusqu’à nous. Ses œuvres ont circulé sous forme de manuscrits avant d’être réunies par des lettrés des Song du Nord, notamment Wang Zhu. L’édition préparée par celui-ci en 1039 et publiée en 1059 sert de base à tous les textes ultérieurs. Des centaines de commentaires ont suivi ; on disait sous les Song qu’il existait « mille commentateurs de Du Fu ». Parmi les éditions importantes de l’époque Qing figurent celles de Qiu Zhao’ao et de Qian Qianyi.

Les renseignements biographiques proviennent surtout de ses propres poèmes, de l’épitaphe rédigée par Yuan Zhen et des biographies officielles figurant dans l’Ancien Livre des Tang et le Nouveau Livre des Tang. Ces biographies contiennent quelques erreurs, notamment le récit selon lequel Du Fu serait mort après avoir trop mangé au terme d’un long jeûne, que les chercheurs modernes rejettent. Ses poèmes étant exceptionnellement riches en dates, en lieux et en noms, les chercheurs ont pu reconstituer sa vie avec beaucoup plus de précision que celle de Li Bai. La date de composition de nombreux poèmes reste toutefois débattue.

La traduction intégrale bilingue de Stephen Owen, The Poetry of Du Fu (2016), publiée en libre accès, ainsi que des études antérieures comme Tu Fu: China’s Greatest Poet de William Hung (1952) et A Little Primer of Tu Fu de David Hawkes (1967), restent des points de départ de référence pour les lecteurs hors de Chine.

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Idées clés

Poète historien (shishi)
L’idée que les poèmes de Du Fu constituent un témoignage sur la rébellion d’An Lushan et sur son époque.
Sage de la poésie (shisheng)
Titre traditionnel de Du Fu, qui évoque à la fois sa maîtrise artistique et son image de poète confucéen doté d’une grande conscience morale.
Poésie réglementée
Du Fu a porté à un haut degré de perfection le lüshi de huit vers et l’a employé pour toutes sortes de sujets, de la vie de cour à la guerre et à la maladie.
Compassion envers le peuple
Ses poèmes font entendre la voix des soldats enrôlés, des personnes âgées, des réfugiés et des pauvres.
Nouveau yuefu
Des ballades consacrées à l’actualité plutôt qu’à d’anciens thèmes, une pratique développée plus tard par Bai Juyi et Yuan Zhen.
Sincérité personnelle
Il a écrit avec franchise sur ses échecs, sa pauvreté, sa maladie et son amour pour sa famille.
Chaque mot a une source
Cette affirmation de Huang Tingjian sur l’usage savant des allusions chez Du Fu a influencé la poétique des Song.

Notices

  1. 712 apr. J.-C. — Naissance de Du Fu dans le district de Gong, près de Luoyang.
  2. v. 735 apr. J.-C. — Il échoue aux examens impériaux.
  3. 744 apr. J.-C. — Il rencontre Li Bai ; ils voyagent ensemble.
  4. 747 apr. J.-C. — Un examen spécial est organisé ; le premier ministre Li Linfu fait échouer tous les candidats.
  5. 751 apr. J.-C. — Il présente trois fu à l’empereur Xuanzong.
  6. 755 apr. J.-C. — Il obtient un poste modeste ; son tout jeune fils meurt de faim ; la rébellion d’An Lushan commence.
  7. 756 apr. J.-C. — Il est capturé par les rebelles et retenu à Chang’an.
  8. 757 apr. J.-C. — Il écrit « Vue printanière », s’évade, rejoint l’empereur Suzong et devient conseiller chargé des remontrances de gauche.
  9. 759 apr. J.-C. — Il écrit les « Trois fonctionnaires » et les « Trois séparations », puis s’installe à Chengdu à la fin de l’année.
  10. 766 apr. J.-C. — Il s’installe à Kuizhou, où il écrit environ 400 poèmes en deux ans.
  11. 770 apr. J.-C. — Il meurt sur un bateau sur la rivière Xiang, près de Tanzhou.
  12. 1481 — La traduction en coréen courant intitulée Dusi eonhae est imprimée dans le royaume de Joseon.

Glossaire

Rébellion d’An Lushan
Guerre civile déclenchée par le général An Lushan, qui a ravagé l’empire Tang de 755 à 763.
Lüshi (poésie réglementée)
Poèmes de huit vers soumis à des règles strictes de tons, de rimes et de parallélisme entre les vers centraux.
Yuefu
Poésie proche de la ballade, traditionnellement associée aux chansons populaires et à la critique sociale.
Fu
Longue forme littéraire au style élaboré, mêlant poésie et prose, souvent présentée aux souverains.
Conseiller chargé des remontrances de gauche
Fonction subalterne à la cour dont le titulaire était censé signaler à l’empereur ses erreurs.
Examens impériaux
Examens d’État servant à recruter les fonctionnaires et évaluant la connaissance des classiques ainsi que les talents littéraires.
Allusion
Brève référence à un texte, un événement ou une personne du passé, qui ajoute plusieurs niveaux de sens.
Parallélisme
Correspondance des mots et de la construction grammaticale entre deux vers, caractéristique essentielle de la poésie réglementée.
Dusi eonhae
Traduction coréenne des poèmes de Du Fu réalisée au XVe siècle et écrite avec l’alphabet coréen.

Questions et réponses

Pourquoi appelle-t-on Du Fu le « poète historien » ?

Parce que ses poèmes décrivent de si près les événements de la rébellion d’An Lushan et leurs effets sur les gens ordinaires que les lecteurs s’en sont servis presque comme d’une histoire de cette époque.

Du Fu et Li Bai étaient-ils vraiment amis ?

Oui. Ils se sont rencontrés en 744 et ont voyagé ensemble quelque temps. Du Fu a ensuite écrit de nombreux poèmes sur Li Bai, même s’ils ne se sont revus qu’une seule fois.

Du Fu était-il célèbre de son vivant ?

Pas beaucoup. Il avait des admirateurs, mais il n’est devenu l’un des poètes chinois les plus célébrés qu’après sa mort, surtout sous la dynastie Song.

Qu’est devenue sa chaumière ?

Le bâtiment d’origine n’a pas été conservé, mais le site de Chengdu a été reconstruit à plusieurs reprises. Il abrite aujourd’hui le musée et parc de la Chaumière de Du Fu.

Du Fu est-il mort après avoir trop mangé ?

Les histoires officielles des Tang racontent qu’il serait mort après avoir mangé trop de bœuf et bu trop de vin au terme d’un long jeûne. Les chercheurs modernes considèrent toutefois ce récit comme une légende ; il est probablement mort de maladie.

Pourquoi les spécialistes débattent-ils de l’interprétation de ses poèmes ?

Les commentateurs traditionnels lisaient souvent chaque vers comme un message politique ou le récit d’un événement daté. Les chercheurs modernes soulignent qu’une telle lecture peut masquer l’humour, la diversité et les recherches formelles de son œuvre.

Comment les poèmes de Du Fu sont-ils parvenus en Corée et au Japon ?

Ils ont circulé grâce à l’étude du chinois classique. En 1481, la Corée de Joseon a imprimé une traduction coréenne de ses poèmes, et des écrivains japonais comme Bashō l’ont cité.

Sources et lectures complémentaires

  1. Du Fu. Wikipedia
  2. 두보. 위키백과
  3. An Lushan rebellion. Wikipedia
  4. Du Fu Thatched Cottage. Wikipedia
  5. Three Hundred Tang Poems. Wikipedia
  6. Stephen Owen (translator and editor), The Poetry of Du Fu. De Gruyter, 2016
  7. William Hung, Tu Fu: China’s Greatest Poet. Harvard University Press, 1952
  8. David Hawkes, A Little Primer of Tu Fu. Clarendon Press, Oxford, 1967

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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