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Pour les jeunes lecteurs
Il y a plus de 1 200 ans, un puissant roi nommé Charles régnait sur les Francs. Ce peuple vivait dans des régions qui font aujourd’hui partie de la France, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Belgique, de la Suisse et du nord de l’Italie. Charles est devenu si célèbre qu’on l’a appelé Charles le Grand, ou Charlemagne.
Le jour de Noël de l’an 800, Charlemagne alla prier dans la grande basilique Saint-Pierre de Rome. Quand il se releva, le pape Léon III, chef de l’Église d’Occident, posa une couronne sur sa tête. Les personnes présentes crièrent trois fois pour souhaiter « vie et victoire » à Charles, le grand empereur couronné par Dieu et porteur de paix.
Pourquoi cet événement était-il si important ? Bien avant, l’Empire romain avait régné autour de la mer Méditerranée. En Occident, le dernier empereur romain avait perdu son trône en 476. Il y avait encore un empereur romain, mais il vivait loin de là, à Constantinople, une ville aujourd’hui appelée Istanbul. Désormais, l’Occident avait de nouveau son propre empereur.
Le pape avait aussi ses raisons. Un an plus tôt, des ennemis l’avaient attaqué dans une rue de Rome et avaient essayé de lui crever les yeux et de lui couper la langue. Il s’était échappé et avait demandé l’aide de Charlemagne. En couronnant le roi, le pape obtenait un protecteur puissant.
Plus tard, un homme qui a raconté la vie de Charlemagne a écrit que le roi ignorait le projet du pape. Selon lui, Charlemagne ne serait pas allé à l’église ce jour-là s’il l’avait su. Les historiens discutent encore pour savoir si c’est vrai. Pendant mille ans, ce couronnement a servi d’exemple aux souverains européens.
En bref
- Date
- 25 décembre 800 (jour de Noël)
- Lieu
- Ancienne basilique Saint-Pierre, Rome (église du IVe siècle remplacée plus tard par la basilique actuelle)
- Principaux personnages
- Charlemagne (Charles Ier), roi des Francs et des Lombards ; le pape Léon III (pape de 795 à 816) ; Charles le Jeune, fils de Charlemagne
- Ce qui s’est passé
- Le pape a couronné Charles, les Romains l’ont acclamé comme empereur et le pape lui a rendu hommage par un geste de révérence ; le pape a aussi donné l’onction royale à Charles le Jeune
- Titre adopté
- À partir de 801 : « Charles, très serein Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur gouvernant l’Empire romain, et par la miséricorde de Dieu roi des Francs et des Lombards »
- Réaction byzantine
- D’abord considéré comme une usurpation ; des envoyés byzantins ont reconnu Charlemagne comme empereur (basileus) en 812
- Principales sources
- Annales royales franques, Liber Pontificalis (Vie de Léon III), Annales de Lorsch, Vie de Charlemagne d’Éginhard, Chronique de Théophane
- Importance à long terme
- Rétablissement d’un titre impérial romain en Occident ; modèle pour le futur Saint-Empire romain germanique et pour des siècles de débats sur les pouvoirs des papes et des empereurs
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Que s’est-il passé le jour de Noël de l’an 800 ?
Le 25 décembre 800, Charles, roi des Francs, assista à la messe de Noël dans la basilique Saint-Pierre de Rome, construite au-dessus du tombeau traditionnel de l’apôtre Pierre. Selon les annales officielles des Francs, alors qu’il se relevait après avoir prié devant le tombeau, le pape Léon III posa une couronne sur sa tête. Les Romains présents s’écrièrent : « À Charles Auguste, couronné par Dieu, grand empereur des Romains et dispensateur de paix, vie et victoire ! » Les annales ajoutent que le pape lui rendit ensuite hommage selon l’usage réservé aux anciens empereurs.
L’église où cela s’est produit n’existe plus. C’était l’ancienne basilique Saint-Pierre, un immense édifice construit au IVe siècle sous l’empereur Constantin. Elle fut démolie au XVIe siècle et remplacée par l’actuelle basilique Saint-Pierre, dans la Cité du Vatican.
Par cette cérémonie, Charles, que les générations suivantes ont appelé Charlemagne (du latin Carolus Magnus, « Charles le Grand »), devint la première personne en Europe occidentale à porter le titre d’empereur depuis la déposition de Romulus Augustule en 476. Depuis lors, cet événement est considéré comme l’un des tournants de l’histoire européenne.
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Qui était Charlemagne ?
Charlemagne naquit vers 748 dans la famille carolingienne, devenue la véritable détentrice du pouvoir dans le royaume franc. Son père, Pépin le Bref, devint roi en 751. À la mort de Pépin en 768, le royaume fut partagé entre Charles et son frère Carloman ; après la mort de Carloman en 771, Charles régna seul.
Il passa la majeure partie de son règne à faire la guerre. En 774, il conquit le royaume lombard du nord de l’Italie et prit le titre de roi des Lombards. Pendant plus de trente ans (772–804), il combattit les Saxons dans le nord de l’Allemagne et les força à adopter le christianisme. Il mena aussi des campagnes en Espagne, en Bavière et contre les Avars dans la région du Danube. En 800, son royaume s’étendait des Pyrénées à l’Elbe et de la mer du Nord à l’Italie centrale.
Charlemagne encouragea aussi le savoir. Il réunit à sa cour des érudits, comme l’Anglais Alcuin d’York, et favorisa la copie des livres, la réforme des écoles et l’amélioration de l’enseignement du latin. Cette « renaissance carolingienne » préserva de nombreuses œuvres de la littérature latine antique qui auraient peut-être disparu autrement. À partir des années 790, sa résidence préférée fut Aix-la-Chapelle, où il fit construire un palais et une chapelle qui existe encore aujourd’hui.
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Un pape en danger
Léon III devint pape en décembre 795. Il n’appartenait pas aux grandes familles aristocratiques de Rome, et des parents et partisans de son prédécesseur, le pape Adrien Ier, se retournèrent contre lui. Le 25 avril 799, pendant une procession religieuse, un groupe d’hommes armés dirigé par deux hauts responsables pontificaux, Pascal et Campulus, l’attaqua dans la rue. Ils tentèrent de lui crever les yeux et de lui couper la langue, et l’accusèrent de crimes, notamment de parjure et d’adultère.
Léon s’échappa et s’enfuit vers le nord, de l’autre côté des Alpes. Durant l’été 799, il rencontra Charlemagne à Paderborn, en Saxe, où le roi menait une campagne militaire. Un poème latin composé à cette époque, souvent appelé l’Épopée de Paderborn, décrit leur rencontre en termes élogieux et appelle déjà Charlemagne le « père de l’Europe ».
À la fin de 799, Charlemagne renvoya Léon à Rome, accompagné de nobles et d’évêques francs qui commencèrent à examiner les accusations. Un an plus tard, Charlemagne vint lui-même à Rome pour régler l’affaire. La sécurité du pape, ainsi que son autorité, dépendaient désormais du roi des Francs.
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Contexte : l’alliance entre les Francs et les papes
Le couronnement fut l’aboutissement d’un demi-siècle de coopération. En 751, Pépin le Bref, père de Charlemagne, déposa le dernier roi mérovingien et devint roi des Francs avec l’approbation du pape Zacharie. En 754, le pape Étienne II traversa les Alpes, donna l’onction royale à Pépin et à ses fils, dont le jeune Charles, et leur accorda le titre de « patrice des Romains », faisant d’eux les protecteurs de Rome. En retour, Pépin combattit les Lombards, qui menaçaient Rome, et donna au pape des terres en Italie centrale. Cette concession, souvent appelée la donation de Pépin (756), est traditionnellement considérée comme l’origine des États pontificaux.
Lorsque le roi lombard Didier menaça de nouveau Rome, Charlemagne envahit l’Italie, prit Pavie, la capitale lombarde, en 774 et devint lui-même roi des Lombards. Il se rendit à Rome à Pâques 774 et confirma les promesses faites par son père au pape. Dès lors, la puissance franque domina le nord et le centre de l’Italie, et les papes cherchèrent leur protection au nord plutôt qu’à l’est.
Dans le même temps, les relations entre Rome et Constantinople s’étaient tendues. Les papes avaient longtemps été sujets de l’empereur byzantin (romain d’Orient), mais la puissance byzantine en Italie avait faibli. Des désaccords théologiques divisaient aussi les deux camps, surtout au sujet des images religieuses (l’iconoclasme). Les Francs étaient eux aussi en désaccord avec les Byzantins sur ces questions ; la cour de Charlemagne produisit un long traité, les Libri Carolini, qui critiquait le concile byzantin de Nicée de 787.
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Contexte : une impératrice à Constantinople
Pour les gens de l’époque, l’Empire romain existait toujours : sa capitale était Constantinople, et son empereur affirmait être le seul empereur chrétien sur terre. Les historiens appellent cet État l’Empire byzantin, mais ses habitants se désignaient eux-mêmes comme Romains.
En 797, l’impératrice Irène déposa et fit aveugler son propre fils, l’empereur Constantin VI, puis commença à régner seule : elle fut la première femme à le faire en son nom propre. Certains auteurs occidentaux soutinrent qu’une femme ne pouvait pas exercer la fonction impériale et que le trône était donc vacant. Les Annales de Lorsch, rédigées peu après les faits, donnent cet argument pour justifier l’accession de Charlemagne à la dignité impériale : puisque le titre d’empereur avait disparu chez les Grecs, il paraissait juste de le donner à Charles, qui contrôlait Rome et les anciens sièges du pouvoir impérial en Italie, en Gaule et en Germanie.
En juin 799, Alcuin écrivit à Charlemagne une lettre célèbre dans laquelle il décrivait les trois plus hautes autorités du monde : la papauté, alors humiliée à Rome ; la dignité impériale, dont le détenteur à Constantinople avait été déposé par sa propre famille ; et la dignité royale de Charles, qui surpassait les autres par sa puissance et sa sagesse. Cette lettre montre que l’entourage de Charlemagne le considérait déjà presque comme un empereur avant le couronnement.
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Le déroulement des événements de l’an 800
Charlemagne se rendit en Italie à l’automne 800. À la fin de novembre, Léon le rencontra à Mentana, à environ 20 km de Rome, lieu où la ville accueillait traditionnellement les empereurs. Le lendemain, le roi fit une entrée solennelle dans Rome. Le 1er décembre, une assemblée de Francs et de Romains se réunit dans la basilique Saint-Pierre pour examiner les accusations portées contre le pape. Selon le récit pontifical, les évêques déclarèrent qu’ils ne pouvaient pas juger le siège apostolique.
Le 23 décembre, Léon jura solennellement sur les Évangiles qu’il était innocent des accusations portées contre lui. Des envoyés du patriarche de Jérusalem arrivèrent le même jour et apportèrent à Charlemagne les clés du Saint-Sépulcre et une bannière, geste symbolique de respect.
Deux jours plus tard eurent lieu la messe de Noël et le couronnement. Les sources franques et pontificales ne donnent pas le même ordre des événements. Les Annales royales franques placent d’abord le couronnement, puis l’acclamation et enfin l’adoratio du pape, geste de révérence traditionnellement adressé aux empereurs. La Vie de Léon III, dans le Liber Pontificalis, souligne que le pape couronna Charles de ses propres mains, que l’acclamation répondait à la volonté de Dieu et de saint Pierre, et que le pape donna ensuite l’onction royale à Charles le Jeune, fils de Charlemagne.
Le couronnement fut suivi d’un procès. Les conspirateurs qui avaient attaqué Léon furent jugés et condamnés à mort selon le droit romain, mais, à la demande du pape, leur peine fut commuée en exil. Charlemagne resta à Rome jusqu’après Pâques 801, puis retourna vers le nord. Il ne revit jamais Rome.
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Les suites du couronnement : deux empereurs
Le nouveau titre soulevait une question difficile : pouvait-il y avoir deux empereurs romains ? En 801, Charlemagne adopta une titulature soigneusement formulée : « Charles, très serein Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur gouvernant l’Empire romain, et par la miséricorde de Dieu roi des Francs et des Lombards. » Il ne se désignait pas explicitement comme « empereur des Romains », peut-être pour éviter de défier directement Constantinople, et peut-être parce qu’il tenait avant tout à rester un roi franc.
Constantinople considéra le couronnement comme une usurpation. Le chroniqueur byzantin Théophane, qui écrivait au début du IXe siècle, rapporte que Charlemagne proposa même d’épouser Irène, ce qui aurait uni les deux empires. Si ce projet a réellement existé, il n’aboutit pas : Irène fut renversée par Nicéphore Ier en 802. Les forces franques et byzantines s’affrontèrent pour le contrôle de Venise et de la côte dalmate. En 812, des envoyés de l’empereur Michel Ier rencontrèrent Charlemagne à Aix-la-Chapelle et l’acclamèrent comme basileus, empereur, en échange de la restitution de Venise. Cet accord est souvent appelé la Pax Nicephori, d’après les négociations engagées sous Nicéphore.
Les relations avec d’autres puissances reflétaient aussi le nouveau rang de Charlemagne. Le calife abbasside Hâroun ar-Rachîd échangea des ambassades avec lui ; un envoyé franc revint en 802 avec un éléphant nommé Abul-Abbas, qui vécut plusieurs années à Aix-la-Chapelle. Ces échanges sont rapportés par des sources franques mais, à notre connaissance, par aucune source arabe.
En 813, Charlemagne couronna lui-même son fils Louis le Pieux comme coempereur, à Aix-la-Chapelle, sans le pape. Cela laisse penser qu’il ne jugeait pas le couronnement pontifical indispensable à l’autorité impériale. Charlemagne mourut à Aix-la-Chapelle le 28 janvier 814. Louis fut de nouveau couronné par le pape Étienne IV en 816, signe que le rôle du pape ne pouvait pas être écarté si facilement.
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Conséquences à long terme : empire, papauté et Europe
L’empire de Charlemagne ne resta pas longtemps un État uni. Ses petits-fils le partagèrent par le traité de Verdun en 843, et le titre impérial en Occident perdit une grande partie de sa puissance. Mais l’idée survécut. En 962, le roi de Germanie Otton Ier fut couronné empereur à Rome par le pape Jean XII, suivant délibérément l’exemple de Charlemagne. L’empire issu du couronnement d’Otton fut appelé plus tard le Saint-Empire romain germanique et dura jusqu’en 1806.
La cérémonie de l’an 800 posa une question qui marqua la politique médiévale : qui confère la dignité impériale ? Les papes soutinrent par la suite que la papauté avait transféré l’empire des Grecs aux Francs (translatio imperii), ce qui impliquait qu’elle pouvait accorder, juger ou même retirer l’autorité impériale. Les empereurs affirmaient que leur pouvoir venait directement de Dieu et de leur élection. Cette rivalité fut à l’origine de nombreux conflits médiévaux, dont la querelle des Investitures aux XIe et XIIe siècles.
Le couronnement accentua également la séparation entre l’Occident latin et l’Orient grec. Deux souverains revendiquant le titre impérial romain, avec des langues, des Églises et des traditions politiques différentes, existaient désormais côte à côte. Beaucoup d’historiens voient dans ce couronnement une étape du long processus qui mena à la séparation entre les christianismes catholique et orthodoxe.
Les souverains des époques suivantes invoquèrent souvent Charlemagne. En 1165, l’empereur Frédéric Barberousse le fit proclamer saint par son antipape Pascal III. Napoléon, qui se couronna lui-même empereur en 1804 en présence du pape Pie VII, fit délibérément référence à Charlemagne. Au XXe siècle, Charlemagne devint un symbole de l’unité européenne ; depuis 1950, la ville d’Aix-la-Chapelle décerne le prix Charlemagne pour récompenser les contributions à l’unification de l’Europe.
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Des points de vue et des souvenirs différents
Les auteurs francs présentèrent le couronnement comme la juste récompense d’un roi qui gouvernait déjà la majeure partie de l’Occident chrétien. Les auteurs pontificaux le présentèrent comme un acte du pape, agissant au nom de saint Pierre. Les auteurs byzantins y virent un roi barbare illégitime s’emparant d’un titre qui appartenait à leur propre empereur. Chaque point de vue influença la manière dont l’événement fut raconté, et les historiens modernes doivent confronter ces récits.
Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, la France et l’Allemagne revendiquèrent toutes deux Charlemagne comme fondateur de leur nation : « Charlemagne » pour les Français, « Karl der Große » pour les Allemands. Selon les auteurs, son couronnement était présenté comme la naissance de la monarchie française ou de l’empire allemand. Après la Seconde Guerre mondiale, ce même personnage fut repensé comme un « père de l’Europe », au-dessus des rivalités nationales.
Le règne de Charlemagne ne fut pas un âge d’or pour tout le monde. Les Saxons furent conquis après des décennies de guerre et contraints de se convertir ; les annales franques rapportent qu’à Verden, en 782, quelque 4 500 Saxons furent exécutés en un seul jour. Certains historiens pensent que ce chiffre a pu être exagéré ou mal interprété, mais le récit témoigne d’une réelle brutalité. Des lois imposées à la Saxe prévoyaient la mort pour ceux qui refusaient le baptême. Les récits historiques modernes tiennent de plus en plus compte de ces perspectives lorsqu’ils évaluent l’empire célébré par le couronnement.
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Les sources et leurs intentions
Les Annales royales franques relatent les événements année par année de 741 à 829 ; elles furent rédigées à la cour carolingienne ou dans son entourage. Elles donnent le récit franc le plus détaillé du couronnement, notamment la formule d’acclamation et l’adoratio du pape. Une version révisée, produite après 814 et autrefois attribuée à Éginhard, améliore le latin et ajoute des détails. Des historiens comme Rosamond McKitterick ont souligné que ces annales ne sont pas des comptes rendus neutres, mais un récit soigneusement construit des succès carolingiens.
Le Liber Pontificalis, recueil de biographies des papes rédigé à Rome, comprend une Vie de Léon III écrite peu après les événements. Elle raconte l’attaque de 799 de façon dramatique, présente la guérison de Léon comme miraculeuse et souligne l’initiative du pape dans le couronnement ainsi que l’onction de Charles le Jeune. Les Annales de Lorsch, texte franc proche des événements, avancent que le titre impérial était vacant parce qu’une femme régnait à Constantinople.
Éginhard, un homme de cour qui connaissait personnellement Charlemagne, rédigea sa Vie de Charlemagne probablement dans les années 820, sur le modèle des Vies des douze Césars de Suétone. Il affirme que Charlemagne appréciait si peu, au départ, le titre impérial qu’il aurait dit qu’il ne serait pas entré dans l’église ce jour-là, bien que ce fût une grande fête, s’il avait connu le projet du pape. Il ajoute que Charlemagne supporta avec beaucoup de patience l’indignation des empereurs byzantins. Le chroniqueur byzantin Théophane le Confesseur, qui écrivait en grec dans les années 810, rapporte que le pape oignit Charles d’huile de la tête aux pieds, détail absent des sources occidentales, et raconte la proposition de mariage faite à Irène.
Aucune de ces sources ne constitue à elle seule un témoignage oculaire neutre. Les annales franques, la biographie pontificale, Éginhard et Théophane servaient chacun un protecteur ou un point de vue ; ils ne donnent même pas tous le même ordre pour le couronnement, l’acclamation et l’onction.
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Débats : qui a préparé le couronnement et que signifiait-il ?
Charlemagne était-il au courant ? L’affirmation d’Éginhard selon laquelle il fut surpris a reçu plusieurs interprétations. Certains historiens y voient le signe d’un véritable mécontentement, peut-être moins à l’égard du titre que du rôle principal joué par le pape, qui pouvait laisser entendre que les papes faisaient les empereurs. D’autres y voient un motif littéraire classique de modestie : le souverain qui accepte un honneur à contrecœur, à l’image des récits romains. La plupart des spécialistes actuels pensent que le couronnement fut préparé à l’avance : la réunion des chefs francs et romains, le choix du jour de Noël et la lettre antérieure d’Alcuin suggèrent une planification. Roger Collins a soutenu qu’un accord avait été conclu dès la rencontre de Paderborn en 799, et Johannes Fried que Charlemagne visait le titre impérial dès 798.
Quel empire ? Les historiens ne s’accordent pas sur ce que le titre signifiait pour les différents participants. Pour le pape, il pouvait s’agir d’un titre romain liant l’empereur à la ville de Rome et à son évêque. Pour la cour franque, il exprimait peut-être surtout la domination de Charlemagne sur un peuple chrétien, un imperium christianum, selon la formule d’Alcuin, plus qu’une renaissance de la Rome antique. La titulature prudente de Charlemagne, « gouvernant l’Empire romain », et sa décision de couronner lui-même Louis en 813 ont été interprétées comme des signes de sa volonté de garder une certaine distance avec les aspects pontificaux et romains de son titre.
Une perspective plus large. Dans Mahomet et Charlemagne (publié en 1937), l’historien belge Henri Pirenne soutint que les conquêtes arabes avaient brisé l’unité de la Méditerranée et déplacé le centre de l’Occident vers le nord, faisant de l’empire de Charlemagne un ordre nouveau, septentrional et privé d’accès à la mer. Sa thèse a été vivement critiquée, notamment pour des raisons archéologiques et économiques, mais elle a placé le couronnement dans un contexte mondial que les historiens ont continué d’explorer, en étudiant notamment les liens entre les Carolingiens, Byzance et le califat abbasside.
Les biographies récentes, comme celles de Rosamond McKitterick (2008) et de Janet L. Nelson (2019), tendent à replacer le couronnement dans l’ensemble de la vie et du règne de Charlemagne plutôt qu’à en faire l’unique moment décisif. Elles soulignent à quel point il dépendait de la crise de 799 et de la situation à Constantinople.
Idées clés
- Renaissance de l’Empire en Occident
- Pour la première fois depuis 476, un souverain d’Europe occidentale portait le titre d’empereur.
- Alliance entre les Francs et la papauté
- Les papes comptaient sur les rois francs pour les protéger, tandis que les Francs obtenaient des papes une légitimité religieuse.
- Le problème des deux empereurs
- Constantinople revendiquait aussi le titre impérial romain, ce qui créa une rivalité jusqu’au compromis de 812.
- Qui fait l’empereur ?
- Le rôle du pape dans la cérémonie alimenta des siècles de débats entre papes et empereurs sur l’origine de l’autorité impériale.
- Translatio imperii
- Idée médiévale selon laquelle l’Empire romain avait été transféré des Grecs aux Francs, puis aux Germains.
- Empire chrétien
- L’entourage de Charlemagne voyait dans l’empire la forme politique du peuple chrétien, et pas seulement une restauration de la Rome antique.
- Une mémoire disputée
- La France, l’Allemagne, la papauté, Byzance et l’Europe moderne ont chacune raconté cette histoire à leur manière.
Notices
- 476 apr. J.-C. — Romulus Augustule, dernier empereur romain d’Occident, est déposé.
- 751 apr. J.-C. — Pépin le Bref, père de Charlemagne, devient roi des Francs avec l’approbation du pape.
- 754 apr. J.-C. — Le pape Étienne II donne l’onction royale à Pépin et à ses fils, dont Charles.
- 768 apr. J.-C. — Charles et son frère Carloman succèdent à Pépin ; Charles règne seul à partir de 771.
- 774 apr. J.-C. — Charlemagne conquiert le royaume lombard et devient roi des Lombards.
- 797 apr. J.-C. — L’impératrice Irène dépose son fils Constantin VI et règne seule sur l’Empire byzantin.
- 799 apr. J.-C. — Le pape Léon III est attaqué à Rome (25 avril) et se réfugie auprès de Charlemagne à Paderborn.
- 800 apr. J.-C. — Léon jure qu’il est innocent (23 décembre) et couronne Charlemagne empereur dans la basilique Saint-Pierre (25 décembre).
- 812 apr. J.-C. — Des envoyés byzantins acclament Charlemagne comme empereur à Aix-la-Chapelle.
- 813 apr. J.-C. — Charlemagne couronne son fils Louis le Pieux comme coempereur à Aix-la-Chapelle.
- 814 apr. J.-C. — Charlemagne meurt à Aix-la-Chapelle (28 janvier).
- 962 apr. J.-C. — Otton Ier est couronné empereur à Rome, ouvrant la lignée du Saint-Empire romain germanique.
Glossaire
- Francs
- Peuple germanique dont le royaume, établi en Gaule, devint la principale puissance d’Europe occidentale.
- Carolingiens
- Famille de Charlemagne, dont le nom vient de Charles (Carolus), qui régna sur les Francs à partir de 751.
- Pape
- Évêque de Rome et chef de l’Église latine (occidentale).
- Empire byzantin
- Nom moderne de l’Empire romain d’Orient, gouverné depuis Constantinople, dont les habitants se disaient Romains.
- Acclamation
- Cri collectif et solennel d’approbation, utilisé lors des cérémonies romaines et byzantines d’accession d’un empereur au pouvoir.
- Onction
- Application d’huile sainte sur une personne pour la consacrer comme roi ou prêtre.
- Adoratio
- Geste cérémoniel de révérence, comme une inclination ou une prosternation, adressé aux empereurs romains.
- États pontificaux
- Territoires d’Italie centrale gouvernés par les papes, dont l’origine est traditionnellement rattachée à la donation de Pépin en 756.
- Saint-Empire romain germanique
- Empire d’Occident rétabli sous Otton Ier en 962 et disparu en 1806 ; l’appellation « Saint-Empire romain » apparut plus tard.
- Renaissance carolingienne
- Renouveau du savoir, de la copie des livres et de l’enseignement sous Charlemagne et ses successeurs.
Questions et réponses
Charlemagne s’est-il couronné lui-même ?
Non. Le pape Léon III a posé la couronne sur sa tête. Plus tard, en 813, Charlemagne a lui-même couronné son fils Louis, sans le pape.
Pourquoi le pape a-t-il couronné Charlemagne ?
Après avoir été attaqué par ses ennemis à Rome, le pape avait besoin d’un protecteur puissant. Charlemagne régnait déjà sur la majeure partie de l’Occident chrétien. Le couronnement lui rendait hommage et le liait étroitement à Rome.
Charlemagne a-t-il vraiment été surpris ?
Son biographe Éginhard l’affirme, mais la plupart des historiens pensent que la cérémonie avait été préparée à l’avance. Ils voient dans son récit une façon de montrer la modestie du roi ou son mécontentement devant le rôle principal du pape.
L’église où le couronnement a eu lieu existe-t-elle encore ?
Non. L’ancienne basilique Saint-Pierre a été démolie au XVIe siècle et remplacée au même endroit par la basilique Saint-Pierre actuelle.
Comment Constantinople a-t-elle réagi ?
Au début, Constantinople a vu le couronnement comme une usurpation, car le souverain byzantin se considérait comme le seul empereur romain. En 812, des envoyés byzantins ont reconnu Charlemagne comme empereur d’Occident, aux côtés de leur propre empereur.
Était-ce le début du Saint-Empire romain germanique ?
Ce couronnement a servi de modèle et de point de départ, mais les historiens font généralement commencer le Saint-Empire romain germanique avec le couronnement d’Otton Ier en 962. Son nom est apparu encore plus tard.
Les récits du couronnement sont-ils fiables ?
Chaque source principale défendait un point de vue : les annales franques louaient le roi, la biographie pontificale insistait sur le rôle du pape et la chronique byzantine lui était hostile. Ces récits ne s’accordent même pas sur l’ordre des événements.
Sources et lectures complémentaires
- Coronation of Charlemagne. Wikipedia
- Charlemagne. Wikipedia
- Pope Leo III. Wikipedia
- Irene of Athens. Wikipedia
- Royal Frankish Annals. Wikipedia
- Liber Pontificalis. Wikipedia
- Vita Karoli Magni. Wikipedia
- Old St. Peter’s Basilica. Wikipedia
- Rosamond McKitterick, Charlemagne: The Formation of a European Identity. Cambridge University Press, 2008
- Janet L. Nelson, King and Emperor: A New Life of Charlemagne. Allen Lane, 2019
À découvrir aussi
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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
