Philosophie

Zhu Xi

朱熹 (Zhū Xī)

1150–1200 · Monts Wuyi (Chine des Song)

En une phrase

Zhu Xi était un maître et philosophe chinois de la dynastie Song qui, il y a environ 850 ans, a présenté les enseignements de Confucius de façon nouvelle et ordonnée. Pendant quelque sept siècles, des élèves et des fonctionnaires de Chine, de Corée, du Japon et du Vietnam ont étudié sa pensée.

Zhu Xi
Image: 向史公哲曰 · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Commencez en haut pour une introduction simple. Descendez pour découvrir plus de détails et de travaux de recherche.

  • Facile
  • Intermédiaire
  • Avancé

Pour les jeunes lecteurs

Zhu Xi est né en 1130 dans les montagnes du Fujian, au sud de la Chine. Selon une histoire, quand il était petit, son père a montré le ciel et a dit : « C’est le ciel. » Zhu Xi a demandé : « Et qu’y a-t-il au-dessus du ciel ? » Toute sa vie, il a continué à poser de grandes questions.

À dix-huit ans, il a réussi un examen très difficile pour devenir fonctionnaire. Mais il préférait lire, réfléchir et enseigner plutôt que chercher le pouvoir. Il aimait enseigner dans des écoles calmes, à la montagne. Des centaines d’élèves venaient l’écouter.

Zhu Xi pensait que chaque chose suit une sorte de modèle, appelé li. Un bambou pousse comme un bambou ; un bon fils agit comme un bon fils. Il pensait aussi que toute chose est faite d’une énergie appelée qi. En étudiant les choses avec soin, on peut peu à peu mieux les comprendre et devenir plus sage et plus gentil.

Il a choisi quatre petits livres qui enseignaient les idées de Confucius et a écrit des explications pour leurs phrases. On les appelle les « Quatre Livres ». En Chine, les élèves devaient les étudier pour les examens de fonctionnaire, du XIVe siècle jusqu’en 1905. Ses idées ont aussi influencé les écoles, les familles et le gouvernement de la Corée sous la dynastie Joseon.

Tout le monde n’était pas d’accord avec lui. Certains penseurs disaient qu’il valait mieux regarder dans son propre cœur que d’étudier tant de choses. Aujourd’hui encore, on discute de ses idées.

En bref

Vie
Né en 1130 à Youxi, dans le Fujian ; mort en 1200 à Jianyang, dans le Fujian
Autres noms
Noms de courtoisie Yuanhui et Zhonghui ; surnom Hui’an ; appelé avec respect Zhuzi (Maître Zhu) ; nom posthume Wen (Zhu Wengong)
Époque
Dynastie des Song du Sud (1127–1279)
Activités
Philosophe, maître, commentateur des classiques, fonctionnaire local
Œuvres principales
Commentaires réunis sur les Quatre Livres ; Réflexions sur les choses proches (avec Lü Zuqian) ; Entretiens classés de Maître Zhu (compilés après sa mort)
École
Néoconfucianisme : école du principe de Cheng et Zhu (lixue)
Idées principales
Principe (li) et souffle vital (qi) ; examen des choses ; recueillement ; Quatre Livres
Influence
Fondement des examens de la fonction publique chinoise du XIVe siècle à 1905 ; doctrine officielle en Corée sous la dynastie Joseon ; influence majeure au Japon et au Vietnam

Facile

Qui était Zhu Xi ?

Zhu Xi (1130–1200) fut le penseur confucéen le plus influent après Confucius et Mencius. Sous la dynastie des Song du Sud, il rassembla les idées de philosophes antérieurs des Song en un système d’ensemble expliquant l’univers, la nature humaine, l’apprentissage et le gouvernement. Ce système est appelé « néoconfucianisme » en français et, en chinois, souvent lixue, « étude du principe », ou daoxue, « étude de la Voie ».

Il fut aussi un maître et un éditeur infatigable. Il rédigea des commentaires sur les classiques confucéens, compila des anthologies, fit revivre des académies et discuta de philosophie avec des centaines d’élèves. Les notes prises par ces derniers sur ses conversations remplissent 140 chapitres. Selon l’Internet Encyclopedia of Philosophy, sa pensée domina la vie intellectuelle chinoise pendant environ huit siècles.

Son choix des Quatre Livres et ses commentaires devinrent surtout le programme officiel des examens de la fonction publique, de la dynastie Yuan jusqu’en 1905. Des générations d’élèves de toute l’Asie de l’Est découvrirent le confucianisme à travers ses interprétations.

[3][2][1]

Facile

Sa vie : lettré, maître et fonctionnaire réticent

Zhu Xi naquit à Youxi, dans le Fujian, en 1130, peu après la conquête du nord de la Chine par la dynastie Jin des Jürchen et la fuite de la cour des Song vers le sud. Son père, un fonctionnaire subalterne, perdit son poste en 1140 parce qu’il s’opposait à la paix avec les Jin. Il mourut lorsque Zhu Xi avait treize ans. Le garçon fut alors instruit par des amis de son père.

En 1148, à dix-huit ans, il réussit le plus haut examen de la fonction publique, celui de jinshi. Son premier poste fut celui de secrétaire administratif dans le district de Tong’an, au Fujian. À partir de 1153, il étudia auprès de Li Tong, un lettré héritier de la pensée des frères Cheng Hao et Cheng Yi, qui avaient vécu sous les Song du Nord. Sous son influence, Zhu Xi se détourna de l’intérêt qu’il portait dans sa jeunesse au bouddhisme et au taoïsme pour se consacrer à l’étude confucéenne.

Pendant la majeure partie de sa vie, Zhu Xi n’occupa que des postes modestes ou honorifiques, souvent des charges dans des temples qui lui laissaient le temps d’étudier. Il exerça véritablement des fonctions administratives pendant environ neuf ans, mais s’y investit pleinement : préfet de Nankang de 1179 à 1181, il fit revivre l’Académie de la Grotte du Cerf blanc ; il organisa des secours contre la famine et encouragea la création de greniers communautaires ; préfet de Zhangzhou en 1190 puis de Tanzhou en 1194, il réforma les coutumes et les écoles locales. En 1194, il enseigna brièvement au nouvel empereur Ningzong, mais fut renvoyé après environ quarante jours pour avoir critiqué ses conseillers.

Ses dernières années furent difficiles. Le puissant ministre Han Tuozhou attaqua le cercle de Zhu Xi et, à partir de 1196, son enseignement fut interdit sous le nom de « fausse doctrine » (weixue) ; ses disciples furent inscrits sur une liste noire. Zhu Xi mourut en 1200, alors que l’interdiction était toujours en vigueur. Elle fut levée peu après. En 1209, il reçut le nom posthume Wen, « le Cultivé ». En 1241, sa tablette fut placée dans le temple de Confucius.

[3][2][9]

Facile

Principe et souffle vital : li et qi

Zhu Xi expliquait le monde à l’aide de deux notions. Le qi est le souffle, à la fois énergie et matière, dont tout est fait : les roches, les plantes, les animaux, les êtres humains, et même les pensées et les sentiments. Il est toujours en mouvement : il se rassemble et se disperse, devient plus lourd ou plus léger, plus clair ou plus trouble. Le li, généralement traduit par « principe » ou « structure », fait qu’une chose est ce qu’elle est et indique ce qu’elle devrait être : la structure d’un arbre, d’un bateau ou de la conduite d’un parent aimant.

Les deux n’existent jamais séparément. Il n’y a pas de qi sans li, ni de li sans qi. Pourtant, Zhu Xi disait aussi que le li est, en un sens, antérieur, car il explique pourquoi les choses sont telles qu’elles sont. Les spécialistes débattent encore du sens exact de cette priorité.

Zhu Xi reprit une formule célèbre de Cheng Yi : « Le principe est un, ses manifestations sont multiples » (liyi fenshu). Il existe un grand principe pour l’univers entier, que Zhu Xi identifiait au Faîte suprême (taiji) décrit par le penseur antérieur Zhou Dunyi. Pourtant, ce principe apparaît différemment dans chaque chose et chaque relation, comme une seule lune se reflète dans d’innombrables rivières, selon une image employée par Zhu Xi lui-même.

[1][2][4]

Intermédiaire

La nature humaine, le cœur-esprit et la formation morale

À la suite de Mencius, Zhu Xi soutenait que la nature humaine est bonne. Notre nature est le principe tel qu’il existe en nous : elle comprend les dispositions à l’humanité (ren), à la droiture, au respect des rites et à la sagesse. Pourquoi les êtres humains agissent-ils alors mal ? Parce que chacun est aussi constitué de qi, qui peut être clair ou trouble dès la naissance. Zhu Xi distinguait la nature originelle, identique chez tous, de la nature physique, façonnée par la part de qi reçue par chacun.

Le cœur-esprit (xin) est le lieu où elles se rencontrent. Reprenant une expression de Zhang Zai, Zhu Xi disait que le cœur-esprit « unit la nature et les sentiments » (xin tong xing qing). Les sentiments ne sont pas mauvais en eux-mêmes, mais ils doivent être guidés par le principe. Les désirs égoïstes qui dépassent ce qui convient obscurcissent notre bonne nature. Par sa célèbre formule « préserver le principe céleste et éliminer les désirs humains », Zhu Xi entendait supprimer ces excès égoïstes, et non tous les désirs naturels, bien que des critiques ultérieurs l’aient interprétée plus sévèrement.

La formation de soi a donc deux aspects. Le premier est le recueillement ou l’attention vigilante (jing) : un état d’esprit calme, concentré et attentif, aussi bien dans le repos que dans l’action. Le second est l’examen des choses (gewu), qui mène à l’approfondissement du savoir (zhizhi). Zhu Xi résumait ainsi sa méthode : préserver l’esprit par le recueillement et approfondir le savoir par l’examen du principe. Aucun des deux ne suffit à lui seul.

[1][2]

Intermédiaire

L’examen des choses et l’art de lire

L’expression « examiner les choses et approfondir le savoir » vient de la Grande Étude, un court texte classique. Zhu Xi pensait qu’une partie du texte avait disparu. Il en réorganisa donc le contenu et rédigea un passage supplémentaire pour expliquer ce que signifie l’examen : en étudiant, l’une après l’autre, le principe des choses que l’on rencontre et en accumulant peu à peu ses connaissances, on atteint un moment où tout se relie soudain et où l’ensemble du principe devient clair.

Les « choses » comprennent les objets naturels, mais surtout les affaires humaines : les relations, les événements historiques et les classiques. Pour Zhu Xi, la forme d’examen la plus importante était la lecture attentive. Il expliquait en détail comment lire : lentement, à plusieurs reprises, sans imposer ses propres idées au texte, jusqu’à en assimiler le sens. Ses propos sur la lecture comptent parmi les passages les plus pratiques de son œuvre.

Il s’intéressait aussi à la nature. Ayant observé des coquillages fossiles en haute montagne, il conclut que ces terres avaient autrefois été sous l’eau. Il discuta également d’astronomie, de calendriers et de géographie. Les chercheurs actuels ne s’accordent pas sur la mesure dans laquelle son examen des choses ressemble à une enquête scientifique ; son but principal était la compréhension morale.

[1][3]

Intermédiaire

Les Quatre Livres et ses autres écrits

Auparavant, l’enseignement confucéen reposait surtout sur les Cinq Classiques, de vastes ouvrages anciens difficiles à étudier. Dans le prolongement du travail des frères Cheng, Zhu Xi plaça quatre textes plus courts au cœur du programme : la Grande Étude et la Doctrine du juste milieu (deux chapitres du Livre des rites), les Entretiens de Confucius et le Mencius. Il conseillait de les lire dans cet ordre : la Grande Étude, les Entretiens, le Mencius, puis la Doctrine du juste milieu. En 1190, alors qu’il était préfet de Zhangzhou, il fit imprimer les quatre textes ensemble et continua de réviser ses Commentaires réunis jusqu’à sa mort.

Avec son ami Lü Zuqian, il compila les Réflexions sur les choses proches (Jinsi lu, 1175), une anthologie de propos des maîtres des Song du Nord Zhou Dunyi, Zhang Zai, Cheng Hao et Cheng Yi. L’ouvrage devint une introduction fondamentale au néoconfucianisme. Zhu Xi écrivit aussi des commentaires sur le Livre des mutations et le Livre des Odes, compila la Petite Étude (Xiaoxue) pour les jeunes et dirigea la préparation d’une version, sous forme de résumé et de développements, de la grande histoire intitulée Miroir complet pour aider à gouverner.

Les Rites familiaux (Jiali), un guide des cérémonies de passage à l’âge adulte, des mariages, des funérailles et des rites ancestraux destiné aux familles ordinaires, lui sont attribués depuis l’époque des Song. Certains lettrés des Qing ont toutefois contesté cette attribution ; de nombreux historiens actuels considèrent que l’ouvrage est pour l’essentiel de lui. Ses lettres, essais et poèmes remplissent un vaste recueil, et les notes prises par ses disciples sur leurs conversations furent compilées en 1270 sous le titre Entretiens classés de Maître Zhu (Zhuzi yulei).

[5][3][9][10]

Intermédiaire

Académies, débats et rencontre du lac de l’Oie

Zhu Xi pensait que l’éducation devait viser le développement moral de la personne, et pas seulement la réussite aux examens. Il fonda ou fit revivre des académies privées (shuyuan), dont l’école de Hanquan près de chez lui et celle de Wuyi, dans les monts Wuyi, en 1183. En 1179, il relança l’Académie de la Grotte du Cerf blanc, près du mont Lu. Les brèves règles d’étude qu’il y établit, centrées sur les cinq relations humaines et la formation de soi, en firent un modèle pour les académies de toute l’Asie de l’Est.

En 1175, Lü Zuqian organisa au temple du lac de l’Oie, dans le Jiangxi, une rencontre entre Zhu Xi et les frères Lu Jiuyuan et Lu Jiuling. Lu Jiuyuan soutenait que l’esprit lui-même est principe et qu’il faut d’abord établir l’esprit moral ; l’étude approfondie venait ensuite. Zhu Xi insistait sur la patience dans l’apprentissage et l’examen des choses. Le débat ne résolut pas leurs désaccords. Il en vint à symboliser la différence entre l’école du principe de Zhu Xi et l’école de l’esprit, développée plus tard par Wang Yangming.

Zhu Xi entretint également de longs échanges avec Zhang Shi, lettré du Hunan, et débattit avec le penseur utilitariste Chen Liang de la question de savoir si les grands souverains des Han et des Tang avaient véritablement suivi la Voie. Ces débats montrent que sa philosophie prit forme au contact de contemporains de grand talent.

[6][1][4]

Intermédiaire

Son influence en Asie de l’Est

En Chine, la dynastie Yuan décréta en 1313 que les examens seraient fondés sur les Quatre Livres accompagnés des commentaires de Zhu Xi. Les premiers examens de ce type eurent lieu en 1315. Les dynasties Ming et Qing maintinrent ce système. Jusqu’à la suppression des examens en 1905, les interprétations de Zhu Xi furent ainsi la lecture officielle du confucianisme pour des centaines de milliers de candidats.

En Corée, l’enseignement de Zhu Xi fut introduit à la fin du XIIIe siècle ; selon la tradition, An Hyang le rapporta de la Chine des Yuan. Il devint la doctrine dominante de la dynastie Joseon (1392–1897), influençant le gouvernement, l’éducation, les rites familiaux et le culte des ancêtres. Des penseurs coréens comme Yi Hwang (Toegye) et Yi I (Yulgok) approfondirent ses idées, notamment lors du débat des Quatre et des Sept sur les liens entre sentiments moraux, li et qi. En coréen, cette école est appelée seongnihak, « étude de la nature et du principe ».

Au Japon de l’époque d’Edo (1603–1868), des lettrés comme Hayashi Razan défendirent l’enseignement de Zhu Xi, qui bénéficia de la faveur officielle, tandis que Yamazaki Ansai développa une école particulièrement rigoureuse. Au Vietnam, les commentaires de Zhu Xi occupèrent eux aussi une place centrale dans l’enseignement et les examens sous les dynasties suivantes. Dans toute la région, l’éthique néoconfucéenne influença la vie familiale, les rôles attribués aux femmes et aux hommes et les idées de loyauté, avec des conséquences aussi bien bénéfiques que néfastes.

[3][4][8]

Avancé

Les sources sur sa vie

La vie de Zhu Xi est exceptionnellement bien documentée pour celle d’un penseur prémoderne. Des milliers de ses lettres, mémoires, préfaces et poèmes sont conservés dans ses œuvres complètes. Les Entretiens classés consignent ses paroles telles que les ont notées des dizaines de disciples, souvent avec des dates et des noms, ce qui permet de suivre l’évolution de ses idées. La première biographie complète est le Récit de sa conduite (xingzhuang), écrit par son disciple et gendre Huang Gan. L’Histoire des Song officielle le place dans un chapitre particulier consacré à l’« étude de la Voie » (Daoxue zhuan).

Ces sources ont aussi leurs limites. Le Récit de sa conduite et de nombreuses biographies chronologiques (nianpu) plus tardives furent rédigés par des admirateurs qui le présentaient comme un sage exemplaire. Le lettré des Qing Wang Maohong produisit un nianpu plus critique, dans lequel il clarifia les dates et remit en question certaines traditions. La fiabilité des comptes rendus de conversations varie, car les disciples entendirent et transcrivirent ses paroles de façons différentes. Les biographes actuels accordent donc le plus de poids aux lettres datées.

[3][9]

Avancé

Critiques et interprétations rivales

L’école de l’esprit. Wang Yangming (1472–1529), son plus important critique de l’époque Ming, racontait que, dans sa jeunesse, il avait tenté de découvrir le principe du bambou en fixant des bambous pendant plusieurs jours, jusqu’à tomber malade. Il en avait conclu qu’il ne fallait pas chercher le principe hors de l’esprit. Il défendit l’unité du savoir et de l’action et réunit des lettres tardives de Zhu Xi pour soutenir que celui-ci avait fini par adopter une pensée centrée sur l’esprit. La plupart des spécialistes jugent cette affirmation sélective.

Les critiques des Qing. Les lettrés du mouvement de l’étude fondée sur les preuves (kaozheng), sous la dynastie Qing, reprochaient aux néoconfucéens des Song de projeter sur les classiques des idées métaphysiques empruntées au bouddhisme et au taoïsme. Dai Zhen (1724–1777) soutenait que la séparation nette entre principe et désir chez Zhu Xi permettait aux puissants de « tuer au nom du principe », en condamnant les désirs naturels des plus faibles au nom de la morale. Wang Fuzhi et Dai Zhen affirmaient la primauté du qi sur le li.

Les critiques modernes. Au début du XXe siècle, les réformateurs du mouvement du 4 Mai attaquèrent l’orthodoxie confucéenne, et particulièrement la morale de Zhu Xi, qu’ils tenaient pour l’une des sources de normes familiales et de rapports entre les sexes oppressifs, comme la pression exercée sur les veuves pour qu’elles ne se remarient pas. Ses défenseurs répondent que l’orthodoxie ultérieure durcit ses enseignements bien au-delà de ses intentions.

L’influence bouddhique. Zhu Xi critiquait vigoureusement le bouddhisme, auquel il reprochait de nier la réalité du monde et des relations humaines. Pourtant, de nombreux historiens estiment que l’ampleur métaphysique du néoconfucianisme et des pratiques comme la méditation assise se sont développées dans un dialogue avec le bouddhisme Chan et Huayan. La profondeur de cette influence reste débattue.

[1][4]

Avancé

Interprétations modernes et questions ouvertes

Qu’est-ce que le li ? Dans les années 1930, Feng Youlan compara le li aux Formes de Platon et présenta Zhu Xi comme un rationaliste admettant un domaine de principes éternels. Joseph Needham vit en lui un naturaliste organiciste pour qui le li était la structure organisatrice interne des choses. A. C. Graham soutint qu’il valait mieux comprendre le li comme une structure propre à chaque contexte que comme une loi abstraite ; d’autres parlent de « cohérence ». Ces interprétations reflètent autant des cadres de comparaison différents que les textes eux-mêmes.

Orthodoxie ou branche secondaire ? Le philosophe du nouveau confucianisme Mou Zongsan soutint qu’en séparant l’esprit du principe, Zhu Xi s’était écarté du courant principal de la métaphysique morale confucéenne allant de Mencius à Lu Jiuyuan et Wang Yangming. Il qualifia son système de « branche secondaire devenue orthodoxie ». À l’inverse, Qian Mu consacra une étude monumentale à Zhu Xi, qu’il présentait comme le grand penseur ayant réuni les savoirs chinois. Les traductions et les études de Wing-tsit Chan rendirent Zhu Xi accessible aux lecteurs anglophones.

Politique et société. Des historiens comme Yu Ying-shih ont souligné la dimension politique de la carrière de Zhu Xi : le groupe du daoxue formait une faction de lettrés fonctionnaires réformateurs qui voulaient conseiller les empereurs, et l’interdiction de la « fausse doctrine » relevait d’une lutte politique. D’autres étudient son action locale en faveur des greniers communautaires, des académies et des rites familiaux, qui contribua à former la culture des élites locales de la Chine impériale tardive.

Les philosophes d’aujourd’hui lisent aussi Zhu Xi à la lumière de l’éthique des vertus, de la psychologie morale et de la pensée environnementale. Selon la Stanford Encyclopedia of Philosophy, les études consacrées à Zhu Xi forment un domaine actif, vaste et traversé de débats.

[1][9]

Idées clés

Principe (li)
La structure qui fait de chaque chose ce qu’elle est et indique ce qu’elle devrait être ; unique dans son essence, multiple dans ses manifestations.
Souffle vital (qi)
L’énergie et la matière qui composent toutes les choses et expliquent leurs différences.
Faîte suprême (taiji)
La totalité du principe, source ultime de l’ordre de l’univers.
Examen des choses (gewu)
L’étude du principe des choses, une par une, surtout par la lecture, jusqu’à parvenir à une compréhension d’ensemble.
Recueillement (jing)
Un état d’esprit concentré et attentif, maintenu dans le repos comme dans l’action.
La nature humaine est bonne
Notre nature originelle est le principe lui-même ; un qi trouble et les désirs égoïstes l’obscurcissent.
Les Quatre Livres
La Grande Étude, la Doctrine du juste milieu, les Entretiens et le Mencius, placés au cœur de l’enseignement confucéen.

Notices

  1. 1127 — Les Jin conquièrent le nord de la Chine ; la cour des Song s’établit de nouveau dans le sud.
  2. 1130 — Zhu Xi naît à Youxi, dans le Fujian.
  3. 1148 — À dix-huit ans, il réussit l’examen de jinshi.
  4. 1153 — Il rencontre pour la première fois son maître Li Tong et prend son poste de secrétaire administratif à Tong’an.
  5. 1175 — Il compile les Réflexions sur les choses proches avec Lü Zuqian et rencontre Lu Jiuyuan au temple du lac de l’Oie.
  6. 1179 — Préfet de Nankang, il fait revivre l’Académie de la Grotte du Cerf blanc.
  7. 1183 — Il construit l’école de Wuyi dans les monts Wuyi.
  8. 1190 — Préfet de Zhangzhou, il fait imprimer les Quatre Livres ensemble.
  9. 1196 — L’interdiction de la « fausse doctrine », dite de l’ère Qingyuan, frappe son école.
  10. 1200 — Zhu Xi meurt à Jianyang alors que l’interdiction est toujours en vigueur.
  11. 1313 — La dynastie Yuan fait de ses commentaires sur les Quatre Livres le fondement des examens, organisés pour la première fois selon ce programme en 1315.
  12. 1905 — La dynastie Qing supprime les examens de la fonction publique, mettant fin au programme officiel fondé sur Zhu Xi.

Glossaire

Néoconfucianisme
Renouveau et réinterprétation du confucianisme à partir de la dynastie Song.
Li (principe, structure)
La structure ou la raison qui fait des choses ce qu’elles sont.
Qi
Souffle vital, à la fois énergie et matière, dont toutes les choses sont faites.
Taiji
Le Faîte suprême, source de tout principe.
Ren
L’humanité ou la bienveillance, vertu suprême du confucianisme.
Jinshi
Le plus haut grade obtenu aux examens de la fonction publique impériale.
Shuyuan
Académie privée ou semi-privée consacrée à l’étude et à l’enseignement.
Daoxue
« Étude de la Voie », nom employé pour désigner le mouvement de Zhu Xi, notamment par ses partisans et ses critiques.
Seongnihak
Nom coréen de l’étude de la nature et du principe associée à Zhu Xi.
Kaozheng
Courant d’érudition de la dynastie Qing fondé sur la philologie et la critique des textes.

Questions et réponses

Zhu Xi est-il aussi important que Confucius ?

Il n’a pas fondé le confucianisme, mais son rôle dans la suite de son histoire fut immense : pendant environ 600 ans, la plupart des élèves d’Asie de l’Est ont découvert les enseignements de Confucius à travers ses commentaires.

Que signifie li ?

On le traduit généralement par « principe » ou « structure » : ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est et indique ce qu’elle devrait être. Les spécialistes débattent de la meilleure traduction.

Zhu Xi voulait-il que les gens répriment tous leurs sentiments ?

Non. Il pensait que les sentiments sont naturels et doivent être guidés par le principe. Il mettait en garde contre les désirs égoïstes qui dépassent ce qui est juste, bien que des critiques ultérieurs aient affirmé que ses enseignements avaient servi à justifier l’oppression.

Pourquoi son enseignement a-t-il été interdit ?

En 1196, son cercle perdit une lutte politique contre le ministre Han Tuozhou, qui qualifia son enseignement de « fausse doctrine ». L’interdiction fut levée après la mort de Zhu Xi.

Comment Zhu Xi a-t-il influencé la Corée ?

Sa pensée devint la doctrine dominante de la dynastie Joseon. Elle influença le gouvernement, les écoles et les rites familiaux, et des lettrés coréens comme Yi Hwang et Yi I la développèrent davantage.

Sur quoi portait le débat du lac de l’Oie ?

En 1175, Zhu Xi et Lu Jiuyuan débattirent de la manière de commencer l’apprentissage moral : par une étude et un examen approfondis, ou par l’établissement de l’esprit moral en soi.

Zhu Xi a-t-il écrit les Rites familiaux ?

L’ouvrage lui est attribué depuis longtemps. Certains lettrés des Qing en ont douté, mais de nombreux historiens actuels considèrent qu’il est pour l’essentiel de lui.

Sources et lectures complémentaires

  1. Zhu Xi. Stanford Encyclopedia of Philosophy
  2. Zhu Xi (Chu Hsi) (1130–1200). Internet Encyclopedia of Philosophy
  3. Zhu Xi. Wikipedia
  4. Neo-Confucianism. Wikipedia
  5. Four Books and Five Classics. Wikipedia
  6. White Deer Grotto Academy. Wikipedia
  7. 주희. 위키백과 (Korean Wikipedia)
  8. 성리학. 위키백과 (Korean Wikipedia)
  9. Wing-tsit Chan (trans.), Reflections on Things at Hand: The Neo-Confucian Anthology Compiled by Chu Hsi and Lü Tsu-ch'ien. Columbia University Press, 1967
  10. Patricia Buckley Ebrey (trans.), Chu Hsi's Family Rituals: A Twelfth-Century Chinese Manual for the Performance of Cappings, Weddings, Funerals, and Ancestral Rites. Princeton University Press, 1991

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

← Retour à la carte