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Pour les jeunes lecteurs
Jeong Yak-yong est né en 1762 dans un village au bord du fleuve Han, près de l’actuelle Séoul, en Corée. Enfant, il aimait beaucoup les livres et apprenait vite. On le connaît aussi sous le nom de Dasan, qui veut dire « montagne du thé ».
Devenu adulte, il a réussi un examen très difficile pour travailler au service du roi Jeongjo. Ce roi aimait les idées nouvelles. Il a demandé à Dasan de l’aider à construire une forteresse autour de la ville de Suwon. Dasan a conçu une machine avec des poulies pour aider les ouvriers à soulever de lourdes pierres.
Puis sa vie a changé. Après la mort du roi en 1800, le nouveau gouvernement a puni des personnes liées au catholicisme, une religion alors interdite en Corée. Certains membres de la famille et des amis de Dasan étaient catholiques. L’un de ses frères a été exécuté et Dasan a été envoyé vivre loin de chez lui.
Il a vécu en exil pendant dix-huit ans, surtout à Gangjin, dans le sud-ouest de la Corée. Il n’a pas abandonné : il a lu, enseigné et écrit de nombreux livres. Il expliquait comment les fonctionnaires pouvaient aider les gens, comment les tribunaux pouvaient juger avec justice et comment mieux organiser le pays.
Dans son livre le plus célèbre, Mongmin simseo, il dit aux fonctionnaires locaux d’être honnêtes, d’aider les pauvres et de ne jamais accepter d’argent en échange d’une faveur. Aujourd’hui, les Coréens se souviennent de Dasan comme d’un grand penseur. Beaucoup de fonctionnaires lisent encore son livre.
En bref
- Naissance
- 1762 (16e jour du 6e mois lunaire), village de Majae, district de Gwangju, province de Gyeonggi (aujourd’hui Joan-myeon, Namyangju)
- Décès
- 1836 (22e jour du 2e mois lunaire), à son domicile de Majae
- Noms
- Noms de plume Dasan (茶山), Sam (俟菴) et d’autres ; sa maison et ses œuvres complètes portent le nom de Yeoyudang (與猶堂)
- Dynastie
- Joseon, sous les règnes de Jeongjo (1776–1800) et de Sunjo (1800–1834)
- Carrière
- Reçut au concours de la fonction publique en 1789 ; servit le roi Jeongjo à la bibliothèque royale (Gyujanggak) et dans diverses administrations ; participa à la conception de la forteresse de Hwaseong à Suwon
- Exil
- 1801–1818 : d’abord brièvement à Janggi, puis à Gangjin, dans la province du Jeolla du Sud, dont environ onze ans dans la chaumière appelée Dasan Chodang
- Œuvres majeures
- Gyeongse yupyo (1817), Mongmin simseo (1818), Heumheum sinseo (1819/1822) et de nombreux commentaires des classiques confucéens ; environ 500 volumes au total
- Reconnaissance
- Le 250e anniversaire de sa naissance figurait parmi les anniversaires commémorés par l’UNESCO en 2012
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Qui était Jeong Yak-yong ?
Jeong Yak-yong, souvent appelé par son nom de plume Dasan, vécut à la fin de la dynastie Joseon, qui régna sur la Corée de 1392 à 1897. Il est largement considéré comme la plus grande figure du Silhak, nom donné plus tard à un courant de lettrés coréens pour lesquels l’étude confucéenne devait répondre à des problèmes concrets : la terre, les impôts, la justice, la technique et le bien-être de la population.
Brillant fonctionnaire et ingénieur dans sa jeunesse, il fut victime de persécutions politiques et religieuses à l’âge mûr, puis devint un auteur d’une fécondité remarquable pendant son exil. Ses écrits vont des commentaires des classiques confucéens aux études de géographie, de médecine, de langue, de musique et de poésie. Les chercheurs estiment leur nombre total à environ 500 volumes (gwon).
Dasan écrivait en chinois classique, langue savante utilisée dans toute l’Asie de l’Est à cette époque. Son livre aujourd’hui le plus connu en Corée est Mongmin simseo, un guide destiné aux magistrats locaux, encore lu comme un modèle d’éthique publique.
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Famille et jeunesse
Jeong naquit en 1762 à Majae, un village situé sur le fleuve Han, à l’est de Séoul. Sa famille, du clan Jeong de Naju, appartenait aux Namin (« Méridionaux »), une faction politique restée largement écartée du pouvoir pendant une grande partie du XVIIIe siècle. Son père, Jeong Jae-won, exerça des fonctions dans l’administration locale. Sa mère appartenait à la famille Yun de Haenam, descendante du poète Yun Seon-do et du peintre Yun Du-seo.
Il avait trois frères aînés : Jeong Yak-hyeon, Jeong Yak-jeon et Jeong Yak-jong. Par sa famille et ses amis, il découvrit les idées de Yi Ik (1681–1763), dont les écrits sur les réformes concrètes inspiraient de nombreux lettrés Namin. En 1784, Yi Byeok, beau-frère de son frère aîné, lui fit connaître des livres catholiques venus de Chine. Le savoir occidental (Seohak), qui comprenait à la fois les enseignements chrétiens et les sciences européennes, fascinait alors de nombreux jeunes lettrés.
Il se maria en 1776, réussit le concours inférieur de la fonction publique (jinsa) en 1783, puis le concours supérieur (mungwa) en 1789. Le roi Jeongjo, qui cherchait à renforcer le pouvoir royal et à faire entrer au gouvernement des hommes talentueux issus d’autres factions que celle qui dominait, s’intéressa vivement à lui.
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Au service du roi Jeongjo : Hwaseong et la grue
Le roi Jeongjo (règne de 1776 à 1800) est considéré comme l’un des souverains les plus érudits et les plus ouverts aux réformes de la dynastie Joseon. Il créa le Gyujanggak, bibliothèque royale et institut de recherche, et s’entoura de jeunes lettrés. Jeong était l’un de ses favoris.
Lorsque Jeongjo décida de construire une nouvelle ville fortifiée à Suwon, près de la tombe de son père, le prince héritier Sado, il demanda à Jeong de participer à l’élaboration des plans. Jeong étudia des ouvrages chinois et occidentaux sur les fortifications et les machines, notamment un livre chinois illustré sur des dispositifs mécaniques occidentaux conservé à la bibliothèque royale. Il conçut une grue (geojunggi) à poulies ainsi que d’autres appareils de levage, qui aidèrent les ouvriers à déplacer de lourdes pierres. La forteresse de Hwaseong fut construite entre 1794 et 1796 et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1997.
Il exerça aussi la fonction d’inspecteur royal secret (amhaeng eosa) en 1794 : il voyageait incognito pour contrôler les fonctionnaires locaux. À partir de 1797, il fut magistrat de Goksan, dans la province de Hwanghae. Ces expériences lui montrèrent combien les paysans souffraient de la corruption des employés administratifs et de l’injustice fiscale. Elles nourrirent plus tard ses écrits sur l’administration locale.
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Catholicisme, rivalités de factions et persécution de 1801
Les liens de Jeong avec le catholicisme furent à la fois une source d’idées et la cause de sa disgrâce. Dans les années 1780, il lut des écrits catholiques et fréquenta la première communauté catholique de Corée. Lorsque le catholicisme fut interdit et que des adversaires des Namin s’en prirent à ses adeptes, il fut accusé à plusieurs reprises. En 1797, il adressa un mémoire au roi dans lequel il expliquait avoir été attiré autrefois par cette nouvelle doctrine, mais l’avoir abandonnée. La question de son éventuel retour à la foi catholique plus tard dans sa vie reste débattue : certains récits catholiques du XIXe siècle l’affirment, mais de nombreux historiens estiment que cela n’est pas prouvé.
Après la mort soudaine de Jeongjo en 1800, le jeune roi Sunjo monta sur le trône sous la régence de la reine douairière Jeongsun, alliée à des factions hostiles aux Namin. En 1801, le gouvernement lança une grande persécution des catholiques, appelée persécution de Sinyu. Des centaines de personnes furent tuées, parmi lesquelles Jeong Yak-jong, frère de Jeong, et Yi Seung-hun, son beau-frère et premier Coréen baptisé dans la foi catholique. La persécution servit aussi à écarter des rivaux politiques.
Jeong et son frère Yak-jeon furent exilés ; Jeong fut d’abord envoyé à Janggi, sur la côte est. Plus tard cette année-là, un catholique nommé Hwang Sa-yeong, époux d’une nièce de Jeong, fut arrêté en possession d’une lettre écrite sur soie qui demandait à l’évêque de Pékin de solliciter une aide militaire occidentale pour l’Église. Le scandale entraîna de nouveaux interrogatoires. Jeong fut envoyé à Gangjin, dans l’extrême sud-ouest, et Yak-jeon sur l’île de Heuksando.
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Dix-huit ans à Gangjin
Jeong vécut d’abord dans une petite pièce derrière une auberge de Gangjin. Il la nomma Sauijae, « la pièce des quatre règles de conduite » : avoir des pensées claires, une apparence digne, parler peu et agir avec prudence. Il séjourna ensuite dans un ermitage bouddhique, puis chez un élève. En 1808, il s’installa dans une chaumière sur une colline dominant la baie de Gangjin, dans un lieu appelé Dasan, « montagne du thé », d’où vient son nom de plume le plus connu. Il y vécut jusqu’à sa libération en 1818.
À Dasan Chodang (« la chaumière de Dasan »), il aménagea une bibliothèque et un petit jardin avec un étang, grava le caractère jeong (丁) sur un rocher et puisait l’eau d’une source. Il enseignait à de jeunes habitants de la région et organisait leurs travaux de recherche et de copie, ce qui aide à comprendre l’ampleur de sa production. Il noua des amitiés avec des moines bouddhistes, dont Hyejang et le maître de thé Choui, et échangea des lettres avec son frère Yak-jeon. Sur l’île de Heuksando, ce dernier écrivit une étude pionnière sur les poissons et la vie marine, Jasan eobo, avant d’y mourir en 1816.
Les lettres qu’il adressa depuis son exil à ses fils, les exhortant à étudier, à préserver la dignité de la famille et à ne jamais renoncer malgré ses malheurs, comptent parmi les textes les plus émouvants de cette période. Le bâtiment actuel de Dasan Chodang est une reconstruction à toit de tuiles édifiée en 1958 ; le lieu a été classé site historique de Corée en 1963.
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« Un pyo et deux seo » : des projets pour améliorer l’État
Les trois œuvres les plus célèbres de Jeong sur l’art de gouverner sont désignées ensemble par l’expression « il-pyo i-seo », soit un mémoire (pyo) et deux livres (seo). Gyeongse yupyo (approximativement « Mémoire légué sur l’organisation du monde », 1817) propose de réorganiser l’ensemble du gouvernement central, le régime foncier, la fiscalité et l’armée, en s’inspirant de l’ancien classique chinois les Rites de Zhou. L’ouvrage resta inachevé. Jeong le qualifia de « mémoire légué » parce qu’il ne pouvait pas le présenter au roi.
Mongmin simseo (« Conseils pour gouverner le peuple », 1818), en 48 volumes, est un manuel pratique destiné aux magistrats de district. Ses douze parties, chacune divisée en six articles, suivent le magistrat depuis sa prise de fonctions jusqu’à son départ : discipline personnelle, service de l’État, souci de la population, gestion du personnel, des recettes, des rites, des affaires militaires, de la justice et des travaux publics, puis secours en cas de famine. L’ouvrage regorge de cas concrets montrant comment des employés administratifs trompaient les paysans et comment un fonctionnaire honnête pouvait les en empêcher.
Heumheum sinseo (approximativement « Nouveau livre sur la prudence dans le jugement », achevé vers 1819 et précédé d’une préface datée de 1822) traite des affaires d’homicide. Son titre vient d’une expression invitant à juger avec prudence et respect. Il rassemble des affaires chinoises et coréennes, traite de l’examen médico-légal et met les magistrats en garde contre les jugements hâtifs ou cruels. Ensemble, ces œuvres montrent la conviction de Jeong que les réformes devaient aller de la cour jusqu’aux villages.
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Poète, médecin et géographe
Jeong a également laissé quelque 2 500 poèmes, dont beaucoup furent écrits en exil. Plusieurs décrivent avec un réalisme amer la vie des paysans et des pêcheurs. Le plus connu, Aejeoryang (« Lamentation pour une virilité mutilée », 1803), raconte l’histoire d’un pauvre homme de Gangjin qui se mutila par désespoir après que des fonctionnaires eurent exigé l’impôt militaire pour son fils nouveau-né et son père décédé, une pratique illégale mais courante. Jeong affirmait qu’un poème qui ne déplore pas les malheurs de son époque et ne dénonce pas la corruption n’est pas un véritable poème.
Sa curiosité s’étendait à la médecine, à la géographie et à la langue. Magwa hoetong (1798) rassemblait les connaissances chinoises et coréennes sur la rougeole et les maladies apparentées, un sujet qui le touchait personnellement puisque plusieurs de ses enfants étaient morts jeunes. Abang gangyeokgo (1811) étudiait la géographie historique des anciens États coréens, tandis qu’Aeon gakbi (1819) corrigeait des erreurs courantes dans l’emploi des mots et des caractères. Il étudia aussi la musique, les rites et l’organisation de l’armée.
Cette diversité ne relevait pas d’une curiosité dispersée. Pour Jeong, tous ces domaines servaient un même but : comprendre le monde avec exactitude afin que le gouvernement puisse soulager les souffrances réelles. Ses recherches faisaient sans cesse le lien entre les textes anciens et les détails concrets de la vie quotidienne.
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Idées principales : la terre, le souverain et la nature humaine
Jeong accordait une grande importance à la question foncière. Dans un essai sur la terre (Jeollon, rédigé en 1799), il proposa le système yeojeon : des villages d’une trentaine de foyers cultiveraient les terres ensemble et se partageraient la récolte selon le travail fourni par chaque famille. Ainsi, seuls ceux qui travaillaient la terre en recevraient les fruits. Plus tard, dans Gyeongse yupyo, il élabora une réforme plus progressive fondée sur l’ancien système des « champs en puits » (jeongjeon).
Dans de courts essais tels que Wonmok (« De l’origine des souverains ») et Tangnon (« Du roi Tang »), il soutenait que les souverains étaient apparus à l’origine parce que le peuple avait choisi des dirigeants pour régler les différends, et qu’un souverain qui manquait à ses devoirs envers le peuple pouvait légitimement être remplacé. Ces essais ont souvent été comparés aux idées européennes de souveraineté populaire, bien que Jeong écrivît dans un cadre confucéen et ne réclamât pas l’abolition de la monarchie.
À propos de la nature humaine, il rejetait l’idée néoconfucéenne, associée à Zhu Xi, selon laquelle celle-ci est identique à un principe cosmique (li). Il soutenait plutôt que la nature humaine est un ensemble d’inclinations ou de préférences, théorie appelée seonggiho-seol : les êtres humains éprouvent naturellement du plaisir à faire le bien et de la honte devant le mal, mais ils sont libres de choisir et n’acquièrent la vertu que par la pratique. Il insistait également sur la figure personnelle et vigilante de Sangje (le Souverain d’en haut), devant laquelle chacun devait veiller à ses pensées et à ses actes.
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Retour au pays et dernières années
Libéré en 1818, Jeong retourna à Majae. Il n’exerça plus jamais de fonction officielle. Il continua de réviser ses ouvrages, rédigea en 1822 sa propre épitaphe résumant sa vie et ses écrits, et reçut la visite de lettrés. Il nomma sa maison Yeoyudang, d’après un passage du Daodejing évoquant la prudence de qui traverse un cours d’eau gelé en hiver et se méfie de ses voisins.
Il mourut en 1836, le jour du soixantième anniversaire de son mariage, et fut enterré sur la colline derrière sa maison de Majae. Ses œuvres circulèrent sous forme de manuscrits de son vivant et après sa mort, mais la plupart ne furent imprimées qu’au XXe siècle.
Aujourd’hui, sa maison, sa tombe et un musée se trouvent sur le site historique de Dasan à Namyangju, tandis que Dasan Chodang, à Gangjin, accueille de nombreux visiteurs chaque année. En Corée, des écoles, des rues et des prix portent son nom, et Mongmin simseo est souvent recommandé aux fonctionnaires.
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Étude des classiques et critique du néoconfucianisme
Bien qu’il soit surtout connu aujourd’hui pour ses écrits sur l’art de gouverner, la plus grande partie de l’œuvre de Jeong consiste en commentaires des classiques confucéens : les Entretiens, le Mencius, l’Invariable Milieu, la Grande Étude, le Livre des documents, le Livre des mutations, le Livre des odes et les textes rituels. Il compara les interprétations des lettrés des dynasties Han, Song, Ming et Qing, ainsi que celles de confucéens japonais tels qu’Itō Jinsai et Ogyū Sorai, dont les écrits étaient parvenus du Japon en Corée. Il chercha ainsi à retrouver ce qu’il tenait pour le sens originel des enseignements des anciens sages.
Ce faisant, il rompit avec l’orthodoxie de Zhu Xi qui dominait la pensée savante de Joseon. Il critiqua l’interprétation métaphysique du li et du qi et affirma que les vertus, comme la bienveillance (ren), ne sont pas des substances innées, mais des noms donnés à des relations réalisées par l’action. Il prit aussi part au débat de l’époque Qing sur l’authenticité des chapitres en « écriture ancienne » du Livre des documents, soutenant, comme des lettrés chinois adeptes de la recherche érudite fondée sur les preuves, qu’il s’agissait de faux composés plus tard.
Les chercheurs ne s’accordent pas sur l’origine de ces idées. Certains soulignent l’influence d’ouvrages catholiques tels que The True Meaning of the Lord of Heaven de Matteo Ricci, notamment sur la conception que Jeong se faisait de Sangje et du libre choix moral. D’autres insistent sur la continuité avec la pensée confucéenne antérieure, la tradition Namin de Yi Ik et le courant plus large de la recherche érudite fondée sur les preuves en Asie de l’Est. L’étude de Mark Setton, Chong Yagyong: Korea’s Challenge to Orthodox Neo-Confucianism (1997), est une référence en anglais sur ce débat.
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Sources, éditions et image moderne de Dasan
Notre connaissance de la vie de Jeong provient principalement de ses propres écrits : les épitaphes qu’il composa pour lui-même, ses lettres, ses poèmes et ses préfaces, ainsi que de documents officiels tels que les Annales de la dynastie Joseon et les archives de la persécution de 1801. Le portrait qu’il trace de lui-même est une source précieuse, mais partiale : il fut écrit par un homme soucieux de sa réputation et désireux de laver le nom de sa famille.
La plupart de ses œuvres étant restées à l’état de manuscrits, leur publication appartient à l’époque moderne. Mongmin simseo fut imprimé en 1901. Les œuvres complètes, Yeoyudang jeonseo, furent éditées par son descendant Kim Seong-jin avec la participation de Jeong In-bo et d’An Jae-hong, puis publiées par Sinjoseonsa en 154 volumes répartis en 76 livres entre 1934 et 1938. Cette publication coïncida avec le centenaire de sa mort, en 1936, et avec le « mouvement des études coréennes » (Joseonhak undong), sous la domination coloniale japonaise. Les chercheurs cherchaient alors dans le passé coréen les sources d’une pensée moderne autonome. Les éditions critiques actuelles continuent de corriger les textes et de repérer les œuvres écrites par ses élèves.
La catégorie même de Silhak fut en grande partie construite au XXe siècle. Les historiens de Corée du Sud comme de Corée du Nord ont longtemps présenté Jeong comme un penseur précurseur de la modernité, dont les idées montreraient que la Corée évoluait d’elle-même vers celle-ci. Cette vision était liée à la théorie du « développement interne », opposée aux affirmations coloniales selon lesquelles la Corée aurait stagné. Des chercheurs plus récents ont remis en question ce cadre d’interprétation : ils soulignent que Jeong était un réformateur confucéen agissant dans le cadre de la monarchie et que le Silhak n’était pas une école unifiée. Ses rapports avec le catholicisme et les sciences occidentales font également toujours débat. Ces discussions ne diminuent pas l’importance de son œuvre, mais permettent de mieux la situer dans son époque.
Idées clés
- Silhak (savoir pratique)
- Nom moderne donné à des lettrés de la fin de la dynastie Joseon qui orientèrent la pensée confucéenne vers des réformes concrètes concernant la terre, les impôts, la justice et la technique. Jeong en est considéré comme le plus grand représentant.
- Mongmin (prendre soin du peuple)
- Idéal selon lequel les fonctionnaires doivent prendre soin du peuple comme un berger de son troupeau ; ce terme figure dans le titre de son manuel destiné aux magistrats.
- Système yeojeon
- Proposition selon laquelle les habitants d’un village cultiveraient la terre collectivement et se partageraient la récolte selon le travail fourni, afin que ceux qui la cultivent en reçoivent les fruits.
- Des souverains issus du peuple
- Argument développé dans Wonmok et Tangnon : les souverains étaient à l’origine choisis par le peuple et peuvent être remplacés s’ils manquent à leurs devoirs.
- La nature humaine comme inclination
- Théorie selon laquelle la nature humaine comporte une préférence pour le bien et un sentiment de honte face au mal, tandis que la vertu ne se réalise que par des actes librement choisis.
- Sangje
- Le Souverain d’en haut, être personnel présent dans les classiques anciens, que Jeong considérait comme attentif à la conduite humaine et comme une incitation à agir moralement.
- Recherche érudite fondée sur les preuves
- Étude philologique minutieuse des textes anciens visant à retrouver leur sens originel, que Jeong utilisait pour contester des interprétations néoconfucéennes plus tardives.
Notices
- 1762 — Naissance à Majae, dans le district de Gwangju, province de Gyeonggi.
- 1784 — Découvre le catholicisme grâce à Yi Byeok.
- 1789 — Réussit le concours supérieur de la fonction publique et entre au service du roi Jeongjo.
- 1792 — Participe aux plans de la forteresse de Hwaseong et conçoit la grue geojunggi ; la construction se déroule de 1794 à 1796.
- 1797 — Présente un mémoire dans lequel il renonce au catholicisme ; est nommé magistrat de Goksan.
- 1800 — Mort du roi Jeongjo.
- 1801 — Persécution de Sinyu : son frère Yak-jong est exécuté ; Jeong est exilé à Janggi, puis à Gangjin.
- 1808 — S’installe à Dasan Chodang, où il vit jusqu’en 1818.
- 1817 — Rédige Gyeongse yupyo.
- 1818 — Achève Mongmin simseo ; est libéré de son exil et rentre chez lui.
- 1836 — Meurt à Majae le jour du soixantième anniversaire de son mariage.
- 1934 — Début de la publication de ses œuvres complètes, Yeoyudang jeonseo (achevée en 1938).
Glossaire
- Joseon
- Dynastie coréenne qui régna de 1392 à 1897 et dont l’idéologie officielle était le néoconfucianisme.
- Namin (Méridionaux)
- Faction politique de fonctionnaires de Joseon à laquelle appartenait la famille de Jeong ; de nombreux premiers catholiques coréens étaient issus de ses milieux.
- Gyujanggak
- Bibliothèque royale et institut de recherche fondés par le roi Jeongjo en 1776.
- Hwaseong
- Forteresse de Suwon construite entre 1794 et 1796 sous Jeongjo ; inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1997.
- Geojunggi
- Grue à poulies conçue par Jeong pour soulever des pierres pendant la construction de Hwaseong.
- Persécution de Sinyu
- Persécution des catholiques en 1801 (année sinyu), qui servit aussi à écarter les adversaires politiques des factions au pouvoir.
- Lettre sur soie de Hwang Sa-yeong
- Lettre secrète écrite sur soie en 1801, demandant une aide occidentale pour les catholiques coréens ; sa découverte aggrava la persécution.
- Dasan Chodang
- Chaumière de Gangjin où Jeong vécut et écrivit de 1808 à 1818.
- Magistrat (suryeong)
- Fonctionnaire nommé par le roi pour administrer un district, principal destinataire de Mongmin simseo.
- Yeoyudang jeonseo
- Œuvres complètes de Jeong, publiées entre 1934 et 1938.
Questions et réponses
Pourquoi l’appelle-t-on Dasan ?
Dasan signifie « montagne du thé ». C’était le nom de la colline de Gangjin où il vécut en exil, et il l’adopta comme nom de plume.
A-t-il vraiment inventé une grue ?
Il conçut une machine de levage à poulies, la geojunggi, en s’appuyant sur des livres chinois et occidentaux consacrés aux machines. Elle aida les ouvriers à soulever de lourdes pierres pendant la construction de la forteresse de Hwaseong.
Pourquoi fut-il envoyé en exil ?
Parce que sa famille et lui avaient des liens avec le catholicisme, qui était interdit, et parce que ses adversaires politiques prirent le pouvoir après la mort du roi Jeongjo. Son exil dura dix-huit ans.
Qu’enseigne Mongmin simseo ?
Il enseigne aux fonctionnaires locaux à gouverner avec honnêteté et attention : à se maîtriser, à empêcher la corruption des employés administratifs, à prélever les impôts équitablement, à juger avec justice et à prendre soin des pauvres, des malades et des personnes qui ont faim.
Jeong Yak-yong était-il catholique ?
Il fréquenta la première communauté catholique coréenne dans sa jeunesse, mais renonça officiellement au catholicisme en 1797. Son éventuel retour à cette religion fait débat et ne peut être confirmé par des sources fiables.
Était-il un penseur « moderne » ?
Ses idées sur les souverains, la terre et la nature humaine ont souvent été comparées à la pensée moderne. Toutefois, de nombreux chercheurs soulignent aujourd’hui qu’il était un réformateur confucéen de son époque et que le qualifier de précurseur de la modernité reflète des préoccupations du XXe siècle.
Comment le savoir occidental l’a-t-il influencé ?
Il étudia des traductions chinoises d’ouvrages occidentaux sur la mécanique, l’astronomie et la religion. Les chercheurs débattent de l’influence de ces ouvrages sur sa philosophie, comparée à celle des classiques confucéens et de la recherche érudite fondée sur les preuves en Asie de l’Est.
Sources et lectures complémentaires
- 조광 (Cho Kwang), 정약용 (丁若鏞). Encyclopedia of Korean Culture, Academy of Korean Studies
- 목민심서 (牧民心書). Encyclopedia of Korean Culture, Academy of Korean Studies
- 강진 정약용 유적 (Historic Sites of Jeong Yak-yong in Gangjin). Encyclopedia of Korean Culture, Academy of Korean Studies
- Jeong Yak-yong. Wikipedia
- 정약용. 위키백과
- Catholic Persecution of 1801. Wikipedia
- Hwaseong Fortress. Wikipedia
- Silhak. Wikipedia
- Mark Setton, Chong Yagyong: Korea’s Challenge to Orthodox Neo-Confucianism. State University of New York Press, 1997
- Chŏng Yag-yong, translated by Choi Byonghyon, Admonitions on Governing the People: Manual for All Administrators. University of California Press, 2010
À découvrir aussi
- Zhu XiPhilosophe de l’époque Song qui donna une forme durable à la pensée néoconfucéenne.
- MenciusPenseur confucéen qui soutenait que les êtres humains portent en eux les germes de la bonté morale et que les souverains doivent prendre soin de leurs sujets.
- ConfuciusMaître originaire de l’État de Lu dont les propos, réunis dans les Entretiens, ont marqué l’éthique et le gouvernement dans toute l’Asie de l’Est.
- Wang YangmingPhilosophe et fonctionnaire de l’époque Ming qui enseignait que le savoir moral doit se réaliser dans l’action.
Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
