Histoire

Traité de Waitangi

Te Tiriti o Waitangi (Māori text) / The Treaty of Waitangi (English text)

1840 · Waitangi, baie des Îles (Aotearoa / Nouvelle-Zélande)

En une phrase

Le traité de Waitangi, signé pour la première fois le 6 février 1840 à Waitangi, dans la baie des Îles, par un représentant de la Couronne britannique et des rangatira (chefs) māori, est un accord en deux langues dont les textes diffèrent sur les questions clés de souveraineté et d’autorité, et qui est devenu un document fondateur de l’Aotearoa Nouvelle-Zélande.

Traité de Waitangi
Image: William Hobson, James Freeman, and James Busby (English version); Henry Williams and Edward Williams (Māori translation) · Public domain · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

L’Aotearoa Nouvelle-Zélande est un pays d’îles du Pacifique Sud. Les Māori, premiers habitants du pays, y arrivèrent en pirogue il y a plusieurs centaines d’années. Chaque tribu avait ses propres terres et ses propres chefs, appelés rangatira.

Au début des années 1800, de plus en plus de gens venus de Grande-Bretagne arrivèrent en Nouvelle-Zélande : commerçants, baleiniers, missionnaires, puis colons désireux d’obtenir des terres. Certains apportèrent des troubles, et certains chefs māori craignaient que la France ne cherche à s’emparer du pays. Le gouvernement britannique décida qu’il voulait établir un gouvernement en Nouvelle-Zélande, mais il voulait que les chefs māori soient d’accord.

Ainsi, en février 1840, un officier de marine britannique nommé William Hobson rencontra de nombreux rangatira à un endroit appelé Waitangi, dans la baie des Îles. Il apportait un accord écrit, un traité. Un missionnaire le traduisit en langue māorie en une nuit. Les chefs en discutèrent pendant plusieurs heures ; certains étaient pour, d’autres contre.

Le 6 février 1840, plus de quarante rangatira signèrent. Des copies furent ensuite transportées dans tout le pays, et à la fin de l’année plus de 500 chefs māori avaient signé, dont au moins treize femmes. La plupart d’entre eux signèrent la version en langue māorie.

Voici la partie délicate : la version anglaise et la version māorie ne disent pas tout à fait la même chose. En anglais, les chefs cédaient à la Reine la « souveraineté », le pouvoir le plus élevé sur la terre. En māori, ils cédaient le « kāwanatanga », qui signifie gouvernance, tout en recevant la promesse de conserver leur « tino rangatiratanga », leur pleine autorité de chefs sur leurs terres, leurs foyers et leurs trésors.

Au cours des années suivantes, de nombreuses promesses furent brisées, et les Māori perdirent la plupart de leurs terres, parfois par la guerre. Depuis les années 1970, les Néo-Zélandais se sont efforcés de mieux comprendre le traité et de réparer certains torts. Chaque année, le 6 février, jour de Waitangi, le pays se souvient du traité et débat de ce qu’il signifie aujourd’hui.

En bref

Première signature
Le 6 février 1840, à la maison de James Busby (aujourd’hui la Treaty House) à Waitangi, baie des Îles
Parties
Le capitaine William Hobson, consul et lieutenant-gouverneur pour la Couronne britannique, et des rangatira (chefs) māori
Textes
Deux : un texte anglais et un texte māori (te reo Māori), chacun avec un préambule et trois articles ; le texte māori n’est pas une traduction littérale de l’anglais
Signatures
Entre 43 et 46 rangatira à Waitangi le 6 février ; plus de 500 à la fin de 1840 (au moins 13 femmes), presque tous sur le texte māori ; seuls 39 signèrent le texte anglais, à Waikato Heads et Manukau
Documents
Neuf feuillets signés, aujourd’hui exposés dans l’exposition He Tohu à la Bibliothèque nationale de Nouvelle-Zélande, Wellington
Statut juridique
Ne fait pas directement partie du droit interne ; mentionné dans de nombreuses lois ; le Treaty of Waitangi Act de 1975 a créé le Tribunal de Waitangi pour l’interpréter et entendre les réclamations
Commémoration
Le jour de Waitangi (6 février) est la fête nationale de la Nouvelle-Zélande ; le traité figure au Registre de la mémoire du monde de l’UNESCO (1997)

Facile

Qu’est-ce que le traité de Waitangi ?

Le traité de Waitangi, Te Tiriti o Waitangi en māori, est un accord conclu en 1840 entre la Couronne britannique et des rangatira māori. Il fut signé pour la première fois le 6 février 1840 sur la pelouse de la maison du résident britannique James Busby à Waitangi, dans la baie des Îles, à l’extrême nord de l’île du Nord. Au cours des mois suivants, des copies furent transportées à travers le pays et signées par des centaines de chefs supplémentaires.

Le traité est court. Il comporte un préambule et trois articles. Mais il existe en deux versions, l’une en anglais et l’autre en māori, et elles ne sont pas identiques. La différence la plus importante concerne la question de savoir qui détiendrait l’autorité en Nouvelle-Zélande. Cette différence a façonné l’histoire du pays depuis lors.

Pendant une grande partie des XIXe et XXe siècles, les gouvernements ignorèrent largement le traité ; en 1877, un juge alla jusqu’à le qualifier de « simple nullité ». Depuis les années 1970, il est revenu au centre de la vie néo-zélandaise. Aujourd’hui, il est largement considéré comme un document fondateur du pays et mentionné dans de nombreuses lois, tandis que son sens reste l’objet d’un débat vigoureux.

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Facile

Avant le traité : Māori, missionnaires et colons

La société māorie était organisée autour des iwi (tribus) et des hapū (sous-tribus), chacune dirigée par des rangatira qui exerçaient une autorité, ou mana, sur les terres et les ressources au nom de leur peuple. Dès le début du XIXe siècle, les contacts avec les Européens se développèrent rapidement. Des commerçants, des baleiniers et des chasseurs de phoques arrivèrent, et à partir de 1814 des missionnaires chrétiens de la Church Missionary Society établirent des stations dans le nord.

Avant cela, les Māori n’avaient pas de forme écrite de leur langue. Des missionnaires, travaillant avec des Māori, en développèrent une entre environ 1817 et 1830. Les Écritures imprimées en māori se répandirent largement, et de nombreux Māori apprirent à lire. Cela eut son importance en 1840 : certains mots clés du texte māori du traité, comme kāwanatanga (gouvernance), étaient familiers grâce à la Bible māorie.

En 1831, inquiets de rumeurs selon lesquelles un navire de guerre français avait l’intention d’annexer le pays, treize chefs du nord écrivirent au roi Guillaume IV pour demander que la Grande-Bretagne soit un « ami et gardien ». En 1832, la Grande-Bretagne envoya James Busby comme résident britannique. En 1835, 34 rangatira du nord signèrent He Whakaputanga o te Rangatiratanga o Nu Tireni, la Déclaration d’indépendance de la Nouvelle-Zélande, qui affirmait que tout le pouvoir souverain et l’autorité sur le pays leur appartenaient. D’autres chefs ajoutèrent leur nom jusqu’en 1839. La Grande-Bretagne reconnut la déclaration.

À la fin des années 1830, la politique britannique changeait. Le nombre de colons augmentait, et la New Zealand Company, une entreprise privée, se préparait à acheter des terres et à envoyer des colons de son propre chef. En 1839, le Colonial Office chargea le capitaine William Hobson d’obtenir le consentement māori à la souveraineté britannique sur tout ou partie de la Nouvelle-Zélande, de prendre le contrôle des transactions foncières et d’établir un gouvernement civil.

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Facile

Février 1840 : débat et signature à Waitangi

Hobson arriva dans la baie des Îles le 29 janvier 1840. Sans projet venu de Londres, il rédigea le traité avec son secrétaire James Freeman et James Busby, ni l’un ni l’autre juriste, en environ trois jours. Dans la nuit du 4 février, le missionnaire Henry Williams et son fils Edward le traduisirent en māori.

Le 5 février, plusieurs centaines de personnes se rassemblèrent sous une grande tente sur la pelouse devant la maison de Busby. Hobson lut le texte anglais et Williams lut et expliqua le texte māori. Les rangatira débattirent pendant environ cinq heures. Certains s’exprimèrent vivement contre un gouverneur. Rewa, un chef catholique, déclara que les Māori ne voulaient pas de gouverneur : la terre restait la leur, et les chefs gouvernaient la terre de leurs ancêtres. D’autres exigèrent la restitution de terres achetées injustement par des Européens. D’autres encore, dont Hōne Heke et Tāmati Wāka Nene, exhortèrent à l’acceptation, arguant qu’un gouverneur pourrait contrôler les Européens sans loi et protéger les Māori d’autres puissances étrangères. L’évêque catholique Pompallier conseilla la prudence à ses fidèles. Le débat se poursuivit tard dans la nuit sur la plaine en contrebas de la rivière.

Le 6 février, plus de quarante chefs signèrent ; Hōne Heke fut le premier. Au fur et à mesure des signatures, Hobson disait « He iwi tahi tātou » — « Nous sommes désormais un seul peuple ». Ce jour-là, à la demande de Pompallier, Williams rédigea une déclaration selon laquelle le gouverneur protégerait les confessions anglicane, wesleyenne et catholique romaine, ainsi que la coutume māorie. On l’appelle parfois le « quatrième article », bien que les historiens ne s’accordent pas sur son statut.

Au cours des sept mois suivants, environ cinquante réunions eurent lieu à travers le pays. Certains chefs signèrent avec empressement, d’autres après discussion, et certains refusèrent, parmi eux le chef du Waikato Pōtatau Te Wherowhero et des iwi comme Ngāti Tūwharetoa, Te Arawa et Tūhoe. Le mauvais temps fit que des copies n’atteignirent jamais certaines régions du sud. Le 21 mai 1840, Hobson proclama la souveraineté britannique sur l’île du Nord par cession et sur l’île du Sud par découverte.

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Intermédiaire

Deux textes : ce que dit chaque version

Dans l’article 1 du texte anglais, les chefs « cèdent à Sa Majesté la Reine d’Angleterre absolument et sans réserve tous les droits et pouvoirs de souveraineté ». Dans le texte māori, les chefs donnent à la Reine « te Kawanatanga katoa o o ratou wenua », que l’érudit Sir Hugh Kāwharu a traduit par « le gouvernement complet sur leur terre ». Kāwanatanga était un mot formé à partir de « gouverneur », et non un concept māori traditionnel. Comme l’explique le Tribunal de Waitangi, la « souveraineté » n’avait pas d’équivalent direct dans la société māorie, où les rangatira exerçaient une autorité pleine (mana) sur les terres et les ressources au nom de leurs communautés.

Dans l’article 2 du texte anglais, la Reine garantit aux chefs et aux tribus « la possession pleine, exclusive et paisible de leurs terres, domaines, forêts, pêcheries et autres biens », et les chefs accordent à la Couronne un droit exclusif de préemption, le droit d’être le seul acheteur de terres. Dans le texte māori, la Reine promet de préserver le « tino rangatiratanga » des chefs, que Kāwharu a traduit par « l’exercice sans restriction de leur autorité de chef », sur leurs terres, leurs villages et leurs « taonga katoa », tous leurs trésors. La clause sur la vente des terres, en māori, utilise hokonga, un mot général pour acheter et vendre, que de nombreux Māori ont pu comprendre comme accordant à la Couronne un droit de premier refus plutôt qu’un droit exclusif.

L’article 3 est celui où les deux textes se rapprochent le plus : la Couronne étend sa protection royale et les droits et privilèges des sujets britanniques, ou, dans le texte māori, « les mêmes droits et devoirs de citoyenneté que le peuple d’Angleterre ». Le Tribunal note que le texte anglais met l’accent sur la propriété et la possession, tandis que le texte māori met l’accent sur le statut et l’autorité.

En résumé, dans le texte anglais, les chefs renonçaient à la souveraineté en échange de garanties de propriété et de citoyenneté. Dans le texte māori, ils accordaient un droit de gouvernance tout en recevant la promesse du maintien de l’autorité des chefs sur leurs propres terres et trésors. Presque tous les signataires signèrent le texte māori.

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Intermédiaire

Que pensait chaque partie accepter ?

La Couronne a toujours considéré le traité comme le moyen par lequel les Māori consentaient à la souveraineté britannique. Les instructions de Hobson étaient d’obtenir cette reconnaissance, et ses proclamations de mai 1840 reposaient sur elle. Pour de nombreux rangatira, cependant, le traité a pu ressembler à un accord de partage du pouvoir et de l’autorité, dans lequel un gouverneur contrôlerait les colons britanniques et maintiendrait l’ordre pendant que les chefs continueraient à gouverner leur propre peuple et leurs propres terres.

Le contexte compte. La plupart des Māori vivaient en 1840 dans une culture orale, même si l’alphabétisation se répandait. Les chefs ont probablement pesé ce que Hobson et les missionnaires disaient à voix haute au moins autant que les mots écrits. Williams présenta le traité comme un acte d’amour de la reine Victoria, une protection « comme une forteresse » qui permettrait aux Māori de garder ce qui leur appartenait. De nombreux chefs chrétiens le comprirent comme une alliance, un lien sacré avec la Reine en tant que chef de l’État et de l’Église. Sur plus de 500 signataires, une douzaine seulement écrivirent leur nom en alphabet latin ; beaucoup dessinèrent leur moko (motifs de tatouage personnels) ou firent d’autres marques.

Peu après la signature, le chef du nord Nōpera Panakareao résuma sa compréhension : « L’ombre de la terre ira à la Reine, mais la substance de la terre nous restera. » Plus tard, dit la tradition historique, il inversa la formule, sentant que la substance était allée à la Reine et qu’il ne restait aux Māori que l’ombre. Ses mots saisissent l’écart entre l’attente et le résultat.

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Intermédiaire

Après 1840 : la terre, la guerre et une « simple nullité »

Au départ, le droit de préemption de la Couronne devait protéger les Māori contre des transactions foncières douteuses. Les gouverneurs Hobson et FitzRoy nommèrent des protecteurs des aborigènes pour vérifier les propriétaires et les limites. Mais les Māori s’irritèrent lorsque le gouvernement achetait à bas prix et revendait avec profit. FitzRoy renonça à la préemption en 1844 ; son successeur George Grey la rétablit et entreprit d’acheter de vastes territoires avant la colonisation. L’ensemble de l’île du Sud avait été acheté en 1860, souvent selon des conditions dont les Māori montrèrent plus tard qu’elles n’avaient pas été respectées.

Le désaccord sur la souveraineté et les terres mena à un conflit armé, commençant par la guerre du Nord de 1845-1846, déclenchée par l’abattage du mât de pavillon de Kororāreka par Hōne Heke. Dans les années 1850, plusieurs tribus du Waikato et du centre de l’île du Nord formèrent le Kīngitanga (mouvement du roi māori), en partie pour unir l’autorité māorie, justifiée par la promesse de rangatiratanga du traité. En 1863, le gouvernement de Grey envahit le Waikato. Des guerres suivirent au Taranaki et sur la côte est jusqu’en 1872. Le gouvernement confisqua de vastes territoires aux tribus qu’il qualifiait de rebelles, dont environ 12 000 kilomètres carrés en 1865.

Le tribunal des terres indigènes (plus tard le tribunal des terres māories), créé en 1865, abolit aussi la préemption de la Couronne ; son fonctionnement devint l’un des principaux canaux par lesquels les terres māories échappèrent aux mains māories, une question centrale dans les enquêtes ultérieures du Tribunal. Dans l’affaire Wi Parata v Bishop of Wellington de 1877, le juge en chef Prendergast déclara que le traité était une « simple nullité » en tant que transfert de souveraineté des Māori à la Couronne. Les Māori ont depuis soutenu que ce jugement, et les lois fondées sur lui, légitimaient commodément la prise de terres et de ressources. Cela resta l’orthodoxie juridique pendant des décennies. Les Māori, cependant, continuèrent à invoquer le traité dans leurs demandes de plus grande indépendance et de restitution des terres confisquées et injustement achetées.

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Intermédiaire

Renouveau : protestation, le Tribunal de Waitangi et les règlements

L’intérêt pour le traité renaquit au XXe siècle. Au début des années 1930, le gouverneur général, Lord Bledisloe, acheta la Treaty House et ses terrains et les offrit à la nation. Pendant une grande partie du siècle, les manuels scolaires et la communication officielle présentèrent le traité comme la preuve de la bienveillance britannique et de bonnes relations entre les races, une vision que les Māori n’ont cessé de contester.

À partir de la fin des années 1960, un fort mouvement de protestation māori appela le gouvernement à « honorer le traité ». En 1975, le Parlement adopta le Treaty of Waitangi Act, qui créa le Tribunal de Waitangi, une commission d’enquête permanente. Il peut déterminer le sens des deux textes, trancher les questions soulevées par leurs différences, examiner les réclamations selon lesquelles la Couronne aurait violé les « principes du traité », et recommander des réparations. En 1985, sa compétence fut étendue rétroactivement jusqu’en 1840.

En 1987, la Cour d’appel, dans l’affaire New Zealand Maori Council v Attorney-General, décrivit le traité comme établissant un partenariat exigeant que les partenaires agissent raisonnablement et de bonne foi, et identifia un devoir de protection active de la Couronne. À partir du début des années 1990, la Couronne négocia des règlements de réclamations historiques. Ils comprennent l’accord de pêche Sealord de 1992, le règlement Waikato-Tainui de 1995, accompagné d’excuses de la Couronne pour l’invasion du Waikato et la confiscation de terres, et le règlement Ngāi Tahu de 1997-1998, en vertu duquel Aoraki / mont Cook fut rendu puis redonné à la nation. Les règlements comprennent généralement un récit historique convenu, des excuses de la Couronne, une réparation financière et commerciale, et une réparation culturelle.

Les règlements restent controversés sur plusieurs plans. De nombreux Māori affirment que la réparation n’a représenté qu’une petite fraction de ce qui a été perdu ; certains politiciens ont critiqué ce qu’ils appelaient une « industrie du grief ». Le jour de Waitangi, fête nationale, a souvent été à la fois une occasion de célébration et de protestation.

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Intermédiaire

Les documents eux-mêmes

Il existe neuf feuillets signés : le feuillet de Waitangi (environ 240 signatures) et huit copies transportées à travers le pays, dont le feuillet de Waikato-Manukau, le seul portant le texte anglais, avec 39 signatures. Environ cinquante réunions eurent lieu entre février et septembre 1840 pour recueillir des signatures.

Les documents ont eu une existence précaire. En 1841, ils furent sauvés d’un incendie qui détruisit des bureaux du gouvernement à Auckland. En 1908, l’historien Thomas Hocken les retrouva dans un sous-sol en mauvais état, endommagés par l’eau et partiellement rongés par des rongeurs ; ils furent restaurés en 1913. Ils furent exposés à Waitangi pour le centenaire de 1940, puis pris en charge par l’Alexander Turnbull Library, restaurés à nouveau en 1977-1980, et exposés aux Archives nationales à partir de 1990.

Depuis 2017, les feuillets du traité sont exposés dans l’exposition He Tohu à la Bibliothèque nationale de Nouvelle-Zélande à Wellington, avec He Whakaputanga (1835) et la pétition pour le suffrage des femmes de 1893. En 1997, le traité fut inscrit au Registre de la mémoire du monde de l’UNESCO.

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Avancé

Le débat sur la traduction : kāwanatanga, mana et Henry Williams

Pourquoi le texte māori a-t-il utilisé kāwanatanga plutôt qu’un mot comme mana ? Le terme avait déjà été utilisé par Henry Williams en traduisant He Whakaputanga, où « pouvoir et autorité souverains » apparaissait sous la forme kīngitanga et mana. L’historienne Ruth Ross a soutenu que mana aurait exprimé plus fidèlement le transfert de souveraineté. D’autres, dont Judith Binney, ont répondu que mana n’est pas la même chose que la souveraineté et que personne ne peut céder son mana, ce qui n’aurait donc pas non plus été approprié.

Les chercheurs sont aussi en désaccord sur les intentions de Williams. Une opinion y voit une traduction honnête mais limitée, produite en une nuit. Paul Moon et Sabine Fenton ont soutenu au contraire que Williams, qui parlait couramment le māori, avait délibérément conçu les deux versions de manière à ce que chacune soit acceptable pour son public sans qu’aucun des deux ne remarque les contradictions. Williams lui-même certifia que le texte māori était « une traduction aussi littérale… que l’idiome de la langue le permet ». Le bibliographe D. F. McKenzie a interprété cet épisode comme une rencontre entre une culture lettrée et une culture entièrement orale, dans laquelle le document écrit avait un poids très différent pour chaque partie.

En raison de ces différences, de nombreux chercheurs traitent les deux versions comme des documents distincts, « Te Tiriti o Waitangi » et « le traité de Waitangi », et soutiennent que le texte māori devrait prévaloir, puisque c’est celui qui fut débattu et signé à Waitangi et par la grande majorité. Le Tribunal de Waitangi accorde lui aussi un poids supplémentaire au texte māori. D’autres soulignent que l’intention de la Couronne d’acquérir la souveraineté était claire et fut expliquée à l’époque. Des historiens comme Claudia Orange ont retracé comment la politique britannique passa en 1839 d’une « Nouvelle-Zélande māorie » à colonisation limitée vers une « Nouvelle-Zélande de colons dans laquelle une place devait être réservée aux Māori ».

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Avancé

Les Māori ont-ils cédé la souveraineté ? La conclusion du Tribunal en 2014

L’enquête Te Paparahi o Te Raki (Northland) du Tribunal de Waitangi, Wai 1040, était inhabituelle en ce qu’elle se concentrait directement sur les compréhensions māorie et de la Couronne de He Whakaputanga et de Te Tiriti. Après des audiences en 2010-2011 avec Ngāpuhi et d’autres requérants du nord, son rapport d’étape 1, He Whakaputanga me te Tiriti / The Declaration and the Treaty, fut remis à Waitangi le 14 novembre 2014.

Le Tribunal a conclu que les rangatira qui signèrent Te Tiriti à Waitangi, Waimate et Mangungu en février 1840 n’ont pas cédé leur souveraineté. Selon sa lecture, ils acceptèrent de partager le pouvoir et l’autorité avec le gouverneur, chacun ayant des rôles et des sphères d’influence différents : le gouverneur devant contrôler les sujets britanniques et maintenir la paix, et les rangatira conservant l’autorité sur leur propre peuple et leurs propres terres. Lors de la remise du rapport, la responsable du Tribunal Julie Tangaere dit aux requérants que leurs ancêtres « n’avaient pas cédé leur souveraineté ».

Cette conclusion concerne le sens de l’accord tel que compris par ces signataires du nord en 1840. Les conclusions du Tribunal sont des recommandations, non des jugements contraignants, et la Couronne continue d’exercer la souveraineté en Nouvelle-Zélande. Le rapport a néanmoins aiguisé une longue conversation constitutionnelle sur la manière dont kāwanatanga et tino rangatiratanga pourraient être réconciliés dans la pratique, par des accords de cogouvernance, des institutions dirigées par les Māori, ou une réforme constitutionnelle. Les rapports d’étape 2, sur la période après 1840, ont suivi à partir de 2022.

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Avancé

Le traité dans le droit et la politique aujourd’hui

Le traité ne fait pas lui-même partie du droit interne néo-zélandais, et son statut en droit international est débattu. À la place, les « principes du traité », une expression introduite par la loi de 1975 et développée par le Tribunal et les tribunaux, sont mentionnés dans plus de trente-cinq lois principales. Les principes couramment cités incluent le partenariat, la bonne foi, la protection active des intérêts māori et la réparation. En 1938, le Conseil privé, dans Te Heuheu Tukino v Aotea District Maori Land Board, avait jugé que le traité était valide en tant que transfert de souveraineté mais ne faisait pas partie du droit néo-zélandais et ne liait donc pas la Couronne.

Le sens de taonga s’est élargi : les tribunaux et le Tribunal ont jugé qu’il pouvait inclure des trésors immatériels tels que la langue et la culture māories. Les différends sur des ressources comme l’estran et les fonds marins (2003-2004) ont montré à quel point des compréhensions culturelles différentes de la propriété continuent de compter. Des propositions visant à inscrire le traité dans la loi sur les droits de 1990 ont été abandonnées, en partie parce que de nombreux Māori craignaient qu’il ne soit ainsi rabaissé.

Le débat s’est intensifié dans les années 2020. Le parti ACT a soutenu que les principes existants avaient créé des droits inégaux et a présenté le Principles of the Treaty of Waitangi Bill pour définir les principes par la loi et les soumettre à un référendum. Les opposants, dont de nombreux juristes, des dirigeants māori et les requérants du Tribunal, ont soutenu que le projet réécrivait le traité et affaiblissait les droits māori. En novembre 2024, une marche nationale, le Hīkoi mō te Tiriti, se rendit au Parlement pour protester. Le 10 avril 2025, le projet de loi fut rejeté en deuxième lecture par 112 voix contre 11.

L’opinion publique reste divisée. Des sondages ont montré que les Néo-Zélandais sont partagés sur la question de savoir si le traité devrait rester dans la loi et s’il a trop ou trop peu d’influence sur le gouvernement. Ce sur quoi presque tout le monde s’accorde, c’est que le traité est central pour l’identité du pays ; ce sur quoi les avis divergent, c’est sur ce qu’il signifie et sur la manière dont il devrait être honoré. Étudier le traité signifie donc étudier les deux textes, les circonstances de 1840, et les nombreuses façons dont les générations suivantes, māories comme pākehā, l’ont interprété.

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Idées clés

Kāwanatanga
Gouvernance ou gouvernorat : ce que le texte māori de l’article 1 accorde à la Couronne, à la place de la « souveraineté » du texte anglais.
Tino rangatiratanga
L’autorité pleine des chefs ou l’autodétermination sur les terres, les villages et les trésors, garantie aux Māori à l’article 2 du texte māori.
Taonga
Trésors ; on comprend aujourd’hui que le terme inclut des choses immatérielles comme la langue et la culture, et pas seulement des biens matériels.
Deux textes, un seul traité ?
Les versions anglaise et māorie diffèrent ; la plupart des signataires ont signé le texte māori, auquel le Tribunal accorde un poids supplémentaire.
Préemption
Le droit exclusif de la Couronne d’acheter des terres māories, compris très différemment par les deux parties et central dans la perte ultérieure des terres.
Principes du traité
Partenariat, bonne foi, protection active et réparation : des principes développés par le Tribunal et les tribunaux pour appliquer le traité aujourd’hui.
Réparation et règlement
Depuis les années 1990, la Couronne a négocié avec des iwi des règlements comprenant des excuses, des récits historiques et des réparations financières et culturelles.

Notices

  1. 1831 — Treize chefs du nord écrivent au roi Guillaume IV pour demander que la Grande-Bretagne soit un « ami et gardien ».
  2. 1835 — 34 rangatira du nord signent He Whakaputanga, la Déclaration d’indépendance de la Nouvelle-Zélande (28 octobre).
  3. 1840 — Le traité est débattu le 5 février et signé pour la première fois à Waitangi le 6 février ; Hobson proclame la souveraineté britannique le 21 mai.
  4. 1845 — La guerre du Nord commence, la première des guerres néo-zélandaises (jusqu’en 1872).
  5. 1863 — Le gouvernement envahit le Waikato ; des confiscations de terres à grande échelle suivent à partir de 1865.
  6. 1877 — Dans l’affaire Wi Parata v Bishop of Wellington, le traité est déclaré une « simple nullité ».
  7. 1934 — La Treaty House et ses terrains, donnés à la nation, sont dédiés comme réserve nationale ; le jour de Waitangi est commémoré pour la première fois.
  8. 1975 — Le Treaty of Waitangi Act crée le Tribunal de Waitangi.
  9. 1987 — La Cour d’appel décrit le traité comme un partenariat exigeant la bonne foi (NZ Maori Council v Attorney-General).
  10. 1995 — Règlement Waikato-Tainui, avec des excuses de la Couronne pour l’invasion du Waikato et la confiscation de terres.
  11. 2014 — Le Tribunal conclut que les rangatira du nord n’ont pas cédé la souveraineté en 1840 (rapport d’étape 1 de Te Paparahi o Te Raki).
  12. 2025 — Le Treaty Principles Bill est rejeté en deuxième lecture (10 avril).

Glossaire

Rangatira
Un chef ou dirigeant māori qui exerce l’autorité au nom d’un hapū ou d’un iwi.
Iwi et hapū
Les iwi sont des tribus ; les hapū sont des sous-tribus ou des groupes de parenté, les principales unités politiques en 1840.
Mana
Prestige, autorité et pouvoir spirituel, détenus par des personnes et des groupes.
Kāwanatanga
Gouvernance ou gouvernorat ; un mot créé à partir de l’anglais « governor ».
Tino rangatiratanga
La pleine autorité de chef, l’autodétermination ou l’autorité absolue.
Taonga
Trésors ou choses précieuses, matérielles ou immatérielles.
Préemption
Le droit exclusif de la Couronne d’acheter des terres aux Māori.
Pākehā
Un terme māori désignant les Néo-Zélandais d’ascendance européenne.
Tribunal de Waitangi
Une commission d’enquête permanente, créée en 1975, qui entend les réclamations concernant des violations par la Couronne des principes du traité.
Hīkoi
Une marche ou un trajet à pied, souvent utilisé pour la protestation politique.

Questions et réponses

Pourquoi le traité fut-il signé à Waitangi ?

Waitangi, dans la baie des Îles, était l’endroit où vivait le résident britannique James Busby et où des chefs du nord avaient signé He Whakaputanga en 1835. La baie des Îles était alors la principale zone de contact entre Māori et Européens.

Pourquoi y a-t-il deux versions ?

Le projet anglais de Hobson fut traduit en māori en une nuit par des missionnaires pour que les chefs puissent le lire et en débattre. La traduction ne correspond pas exactement à l’anglais.

Tous les chefs māori ont-ils signé ?

Non. Plus de 500 l’ont fait, mais certains dirigeants importants et des tribus entières ont refusé, et des copies n’ont jamais atteint certaines régions.

Quelle version fait foi ?

La Couronne s’est historiquement appuyée sur le texte anglais. La plupart des signataires ont signé le texte māori, et le Tribunal de Waitangi lui accorde un poids supplémentaire lorsqu’il interprète le traité.

Le traité fait-il partie du droit néo-zélandais ?

Pas directement. Mais de nombreuses lois font référence aux « principes du traité », et les tribunaux et le Tribunal appliquent ces principes.

Qu’a décidé le Tribunal de Waitangi en 2014 ?

Que les rangatira du nord qui ont signé en 1840 n’ont pas cédé la souveraineté mais ont accepté de partager le pouvoir avec le gouverneur. Cette conclusion n’est pas un jugement contraignant.

Pourquoi le jour de Waitangi est-il parfois un jour de protestation ?

Parce que pour de nombreux Māori, c’est à la fois un rappel de promesses que la Couronne n’a pas tenues et un jour de commémoration nationale.

Sources et lectures complémentaires

  1. About the treaty. Waitangi Tribunal
  2. Māori and English texts. Waitangi Tribunal
  3. Te Paparahi o Te Raki (Northland) inquiry, Wai 1040. Waitangi Tribunal
  4. Treaty of Waitangi. Wikipedia
  5. He Whakaputanga. Wikipedia
  6. Waitangi Tribunal. Wikipedia
  7. Principles of the Treaty of Waitangi. Wikipedia
  8. Treaty of Waitangi claims and settlements. Wikipedia
  9. New Zealand Wars. Wikipedia
  10. Treaty Principles Bill. Wikipedia

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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