Histoire

Première guerre de l’opium

第一次鴉片戰爭 (Anglo-Chinese War, 1839–1842)

1839–1842 · Guangzhou (Empire Qing)

En une phrase

La première guerre de l’opium (1839–1842) opposa le Royaume-Uni à la Chine des Qing après que les autorités chinoises eurent tenté d’empêcher les marchands britanniques de vendre de l’opium, une drogue qui crée une dépendance. Elle se termina par un traité qui força la Chine à ouvrir ses ports et à céder l’île de Hong Kong au Royaume-Uni.

Première guerre de l’opium
Image: Edward Duncan · Public domain · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Il y a environ 200 ans, les Britanniques buvaient beaucoup de thé, qui venait presque entièrement de Chine. Pour l’acheter, leurs marchands payaient avec de l’argent, un métal précieux. Le Royaume-Uni voulait garder cet argent. Certains marchands se mirent donc à vendre de l’opium en Chine. Cette drogue peut donner envie de dormir et il est très difficile d’arrêter d’en prendre.

L’opium était interdit en Chine, mais des marchands en faisaient entrer en secret. Des millions de personnes en consommaient. L’empereur craignait que la drogue fasse du mal à son peuple et que la Chine perde son argent. En 1839, il envoya un fonctionnaire honnête et sévère, Lin Zexu, à Guangzhou, aussi appelée Canton, pour arrêter ce commerce.

Lin obligea les marchands étrangers à lui remettre leur opium : plus de 20 000 caisses. Des ouvriers creusèrent ensuite de grandes fosses près de la mer. Ils mélangèrent l’opium avec du sel et de la chaux pour le détruire, puis évacuèrent le mélange dans l’eau. Les marchands britanniques étaient furieux. Le gouvernement britannique décida d’envoyer des navires de guerre.

Les navires britanniques pouvaient avancer grâce à la vapeur et possédaient des canons modernes. Beaucoup de soldats chinois combattirent courageusement, mais ils ne purent les arrêter. Après trois ans de combats sur les côtes chinoises, le gouvernement des Qing dut signer le traité de Nankin en 1842. La Chine dut payer une très grosse somme, ouvrir cinq ports au commerce britannique et céder l’île de Hong Kong au Royaume-Uni.

Pour la Chine, cette guerre marqua le début d’une longue période douloureuse pendant laquelle des puissances étrangères lui imposèrent leurs décisions. Au Royaume-Uni, on s’en souvint longtemps comme d’une petite guerre lointaine liée au commerce. Aujourd’hui, les historiens des deux pays l’examinent avec plus de recul et se souviennent particulièrement des Chinois qui ont souffert.

En bref

Dates
Combats de septembre 1839 (Kowloon) à août 1842 ; arrivée de l’expédition britannique en juin 1840
Lieu
Côtes sud et est de la Chine : Guangzhou (Canton) et la rivière des Perles, Zhoushan (Chusan), Xiamen (Amoy), Ningbo, Shanghai et Zhenjiang, jusqu’à Nankin
Belligérants
Royaume-Uni (Royal Navy, forces britanniques et de la Compagnie britannique des Indes orientales, dont de nombreux soldats indiens) contre l’Empire Qing
Personnalités principales
Lin Zexu, l’empereur Daoguang, Qishan, Qiying (Qing) ; Charles Elliot, lord Palmerston, Henry Pottinger (Royaume-Uni)
Résultat
Victoire britannique ; traité de Nankin (29 août 1842)
Conditions du traité
Indemnité de 21 millions de dollars d’argent, ouverture de cinq ports, cession de l’île de Hong Kong, abolition du monopole du Cohong et tarifs douaniers fixes ; l’extraterritorialité et la clause de la nation la plus favorisée suivirent en 1843
Pertes humaines
Moins d’une centaine de Britanniques moururent au combat selon la plupart des décomptes, mais bien davantage moururent de maladie ; les morts parmi les militaires et les civils chinois sont estimés à plusieurs milliers, sans chiffre exact
Importance historique
Début du système des « traités inégaux » ; dans l’historiographie chinoise, début de l’histoire moderne de la Chine et du « siècle d’humiliation »

Facile

Qu’était la première guerre de l’opium ?

La première guerre de l’opium opposa le Royaume-Uni à l’Empire Qing de 1839 à 1842. Elle commença après que le gouvernement Qing eut tenté de mettre fin au commerce illégal de l’opium, assuré en grande partie par des marchands britanniques. Le Royaume-Uni réagit par la force militaire. À l’époque, les Britanniques parlaient souvent simplement de la « guerre contre la Chine » ou de la guerre anglo-chinoise. Le nom de « guerre de l’opium » était déjà employé par ses détracteurs et s’imposa par la suite.

Les combats eurent surtout lieu en mer, le long des côtes et sur les fleuves du sud et de l’est de la Chine. La marine britannique moderne, qui comptait des navires à vapeur, permettait à une force relativement réduite de frapper où elle le voulait. L’armée et la marine des Qing étaient nombreuses, mais mal équipées pour ce type de guerre. Les défenseurs locaux subirent souvent de lourdes pertes.

La guerre prit fin avec le traité de Nankin, signé en août 1842, le premier de ce que les Chinois appelèrent plus tard les « traités inégaux ». Il obligea la Chine à ouvrir davantage de ports au commerce étranger, à payer une forte indemnité et à céder l’île de Hong Kong. Beaucoup d’historiens considèrent cette guerre comme un tournant dans les relations entre la Chine et les puissances occidentales.

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Facile

Le thé, l’argent et l’opium

Au XVIIIe siècle, le thé devint une boisson très populaire au Royaume-Uni, et la Chine en était la seule grande source d’approvisionnement. Les Chinois voulaient acheter peu de produits britanniques. Les négociants britanniques payaient donc leur thé principalement en argent. Cette sortie d’argent du pays inquiétait les responsables britanniques.

La Compagnie britannique des Indes orientales, qui gouvernait de vastes régions de l’Inde, trouva une solution. Elle cultivait le pavot à opium au Bengale, contrôlait la production d’opium et le vendait aux enchères à Calcutta à des marchands privés, qui l’acheminaient en Chine. La Compagnie ne vendait pas elle-même d’opium en Chine, où les Qing l’avaient interdit, mais elle tirait profit de chaque caisse vendue. L’opium de l’ouest de l’Inde, notamment du Malwa, entrait lui aussi dans ce commerce.

Les importations augmentèrent énormément : de quelques milliers de caisses par an à la fin du XVIIIe siècle, elles passèrent à plusieurs dizaines de milliers par an à la fin des années 1830. Le flux d’argent s’inversa : l’argent quittait désormais la Chine pour payer l’opium. L’usage de l’opium fumé s’étendit des milieux aisés aux soldats, aux fonctionnaires et aux ouvriers. La dépendance ruina de nombreuses familles.

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Facile

Le commissaire Lin et la destruction de l’opium

À la cour des Qing, les responsables débattaient de la marche à suivre. En 1836, certains proposèrent de légaliser et de taxer l’opium ; d’autres exigeaient une interdiction stricte. L’empereur Daoguang choisit l’interdiction et, à la fin de 1838, nomma Lin Zexu, un fonctionnaire respecté pour son honnêteté et son énergie, commissaire impérial doté des pleins pouvoirs pour mettre fin à ce commerce.

Lin arriva à Guangzhou en mars 1839. Il fit arrêter des trafiquants chinois, pressa les consommateurs d’abandonner la drogue et exigea que les marchands étrangers remettent leur opium et promettent de ne plus en importer. Comme ils tardaient à obéir, il bloqua leurs entrepôts et résidences, appelés « factoreries », et leur retira leurs domestiques chinois. Le surintendant britannique du commerce, le capitaine Charles Elliot, demanda aux marchands de lui remettre leur opium en promettant que le gouvernement britannique les indemniserait. Plus de 20 000 caisses furent livrées.

En juin 1839, à Humen, près de l’embouchure de la rivière des Perles, Lin fit mélanger l’opium avec du sel et de la chaux dans des fosses, puis fit évacuer le mélange vers la mer. L’opération dura environ trois semaines. Il écrivit aussi à la reine Victoria pour lui demander comment le Royaume-Uni pouvait permettre la vente en Chine d’un poison interdit chez lui. On ne sait pas si la lettre parvint à la reine, mais elle fut publiée dans la presse britannique.

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Intermédiaire

Des causes plus profondes : le système de Canton et deux conceptions opposées des relations entre États

L’opium fut la cause immédiate du conflit, mais la guerre résulta aussi d’un long désaccord sur le commerce et la diplomatie. À partir de 1757, les Qing limitèrent le commerce maritime occidental à Guangzhou, selon ce que les historiens appellent le système de Canton. Les marchands étrangers ne pouvaient commercer que par l’intermédiaire d’un groupe de maisons de commerce chinoises agréées, le Cohong. Ils devaient habiter dans une petite zone hors des remparts et ne pouvaient pas faire venir leurs familles. Il leur était interdit de traiter directement avec les fonctionnaires Qing.

Le Royaume-Uni tenta de modifier ces règles par la diplomatie. L’ambassade Macartney de 1793 et l’ambassade Amherst de 1816 échouèrent toutes deux. Les Qing concevaient leurs relations avec les États étrangers selon une tradition dans laquelle les autres souverains s’adressaient à l’empereur comme à un supérieur. Le Royaume-Uni insistait, lui, pour traiter la Chine comme un État souverain parmi ses égaux, avec un commerce ouvert et des diplomates permanents. Chaque camp jugeait les prétentions de l’autre arrogantes.

En 1834, la Compagnie britannique des Indes orientales perdit son monopole sur le commerce britannique avec la Chine. Les marchands privés, menés notamment par des entreprises comme Jardine, Matheson & Co., se lancèrent dans ce commerce et réclamèrent une politique plus ferme. Le premier surintendant britannique du commerce, lord Napier, se heurta aux autorités Qing la même année. À la fin des années 1830, les intérêts des marchands, les idées de libre-échange et d’honneur national, et la campagne des Qing contre l’opium menaient à l’affrontement.

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Intermédiaire

De la crise à la guerre (1839–1840)

En juillet 1839, des marins britanniques ivres tuèrent un villageois chinois, Lin Weixi, à Kowloon. Lin Zexu exigea que les coupables soient remis à la justice chinoise ; Elliot refusa et organisa son propre procès. Lin interrompit l’approvisionnement des Britanniques, qui quittèrent Macao pour des navires mouillés dans la rade de Hong Kong. Le 4 septembre 1839, des bâtiments britanniques échangèrent des tirs avec des jonques de guerre chinoises au large de Kowloon. Le 3 novembre, un affrontement plus important eut lieu à Chuenpi (Chuanbi), à l’embouchure de la rivière des Perles.

À Londres, le gouvernement de lord Melbourne, dont lord Palmerston était le ministre des Affaires étrangères, décida d’envoyer une expédition pour obtenir une indemnisation pour l’opium remis, de meilleures conditions commerciales et l’égalité diplomatique. Cette décision suscita la controverse. En avril 1840, l’opposition à la Chambre des communes proposa une motion de censure contre la politique du gouvernement en Chine. Le jeune William Gladstone dénonça une guerre injuste dans ses origines et une honte durable. La motion fut rejetée de neuf voix seulement, par 271 voix contre 262.

Le corps expéditionnaire arriva au large de la Chine en juin 1840. Il comprenait des navires de la Royal Navy, des régiments de l’armée et de nombreux soldats indiens issus des armées de la Compagnie britannique des Indes orientales. Il comptait aussi le Nemesis, un navire à vapeur à coque de fer appartenant à la Compagnie. Celui-ci pouvait remonter des cours d’eau peu profonds contre le vent et le courant et devint un symbole de l’avance technologique britannique.

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Intermédiaire

Le déroulement de la guerre (1840–1842)

Les Britanniques bloquèrent la rivière des Perles et s’emparèrent, en juillet 1840, de l’île de Zhoushan (Chusan), près de Ningbo. Leur flotte remonta ensuite vers le nord jusqu’à l’embouchure du Hai He (Peiho), près de Tianjin, assez près de Pékin pour alarmer la cour. L’empereur destitua Lin Zexu et envoya Qishan négocier. En janvier 1841, Elliot et Qishan conclurent la convention de Chuenpi, qui aurait accordé Hong Kong et six millions de dollars au Royaume-Uni ; les forces britanniques occupèrent l’île de Hong Kong le 26 janvier 1841. Mais les deux gouvernements rejetèrent l’accord : l’empereur punit Qishan et Palmerston renvoya Elliot, estimant qu’il avait demandé trop peu.

Les combats reprirent autour de Guangzhou. Les forces britanniques détruisirent les forts du détroit de Humen et, en mai 1841, se trouvèrent en position d’attaquer la ville, qui paya une rançon de six millions de dollars pour éviter l’assaut. À Sanyuanli, juste au nord de la ville, des miliciens locaux se rassemblèrent et affrontèrent des soldats britanniques et indiens sous la pluie. Cet affrontement eut une portée militaire limitée, mais devint plus tard un puissant symbole de la résistance populaire dans la mémoire chinoise.

Sir Henry Pottinger, qui remplaça Elliot, arriva en août 1841 et porta la guerre vers le nord. Les forces britanniques prirent Xiamen (Amoy), reprirent Zhoushan et s’emparèrent de Zhenhai et de Ningbo. Une contre-attaque des Qing contre Ningbo, en mars 1842, échoua avec de lourdes pertes. Au printemps et à l’été 1842, les Britanniques prirent Zhapu, Wusong et Shanghai, puis remontèrent le Yangzi Jiang.

À Zhenjiang, en juillet 1842, la garnison mandchoue combattit avec acharnement. Quand la ville tomba, de nombreux soldats et membres de leurs familles se suicidèrent plutôt que de se rendre, et beaucoup de civils moururent. La prise de Zhenjiang coupa le Grand Canal, voie essentielle à l’acheminement du grain vers Pékin. Alors que les navires britanniques approchaient de Nankin, les Qing acceptèrent de négocier.

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Intermédiaire

Le traité de Nankin et ses suites

Le traité de Nankin fut signé le 29 août 1842 à bord du HMS Cornwallis. Les négociateurs Qing, dirigés par Qiying et Yilibu, acceptèrent notamment une indemnité de 21 millions de dollars d’argent payable en plusieurs fois ; l’ouverture de cinq ports au commerce et à la résidence des Britanniques — Guangzhou, Xiamen, Fuzhou, Ningbo et Shanghai — avec des consuls britanniques ; la cession à perpétuité de l’île de Hong Kong au Royaume-Uni ; l’abolition du monopole du Cohong ; un tarif douanier fixe et publié ; et l’égalité dans les formes de la correspondance officielle.

Le traité ne mentionnait pas du tout l’opium. Cette drogue restait illégale en Chine, mais son commerce continua et se développa après la guerre. Elle ne fut légalisée qu’après la seconde guerre de l’opium (1856–1860).

Un traité complémentaire signé en 1843, le traité de Humen, ajouta l’extraterritorialité, en vertu de laquelle les sujets britanniques accusés de crimes seraient jugés par des responsables britanniques, ainsi qu’une clause de la nation la plus favorisée : tout privilège accordé par la Chine à une autre puissance s’étendrait automatiquement au Royaume-Uni. Les États-Unis, par le traité de Wangxia en 1844, et la France, par le traité de Huangpu en 1844, obtinrent bientôt des accords comparables. Ensemble, ces accords créèrent le système des « traités inégaux », qui marqua les relations extérieures de la Chine pendant un siècle.

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Intermédiaire

Les conséquences en Chine, au Royaume-Uni et en Asie orientale

À court terme, la guerre ne changea pas la vie quotidienne de la plupart des centaines de millions d’habitants de la Chine, et de nombreux fonctionnaires Qing la considérèrent comme un problème régional côtier. Elle révéla toutefois la faiblesse de l’armée Qing, imposa une lourde charge financière et aggrava les difficultés économiques et sociales dans le sud. L’agitation de la région contribua aux conditions dans lesquelles éclata, en 1850, la révolte des Taiping, l’une des guerres civiles les plus meurtrières de l’histoire, même si les historiens débattent du caractère direct de ce lien.

La guerre suscita aussi de nouvelles réflexions. Lin Zexu avait rassemblé des renseignements traduits sur les pays étrangers. Le lettré Wei Yuan utilisa ces documents dans son Traité illustré des royaumes maritimes (Haiguo tuzhi, 1843), où il exhortait la Chine à apprendre les techniques étrangères pour résister aux puissances étrangères. Le livre fut également lu au Japon. La nouvelle de la défaite chinoise y inquiéta les fonctionnaires et les lettrés et alimenta les débats qui précédèrent l’ouverture du Japon dans les années 1850. La Corée de Joseon apprit l’existence de la guerre par ses envoyés à Pékin, ce qui renforça ses inquiétudes au sujet des navires occidentaux.

Pour le Royaume-Uni, la guerre assura la possession de Hong Kong, qui devint un grand port et resta une colonie britannique jusqu’en 1997. Elle ouvrit aussi davantage la Chine au commerce britannique. Le commerce de l’opium demeura très profitable à l’Inde britannique. Dans le même temps, la guerre suscita au Royaume-Uni des critiques durables de la part de ceux qui y voyaient une guerre menée pour protéger la contrebande de drogue.

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Avancé

Mémoire et historiographie : une guerre, plusieurs récits

En République populaire de Chine, l’historiographie officielle fait commencer l’histoire moderne de la Chine (jindaishi) en 1840, année de l’expédition britannique. La guerre marque le début du « siècle d’humiliation », qui s’achève avec la fondation de la République populaire en 1949. Elle est enseignée comme un récit d’agression étrangère, de faiblesse des Qing et de résistance héroïque, incarnée notamment par Lin Zexu et les habitants de Sanyuanli. Le musée de la Guerre de l’opium à Humen, ainsi que les statues et les monuments consacrés à Lin, témoignent de cette mémoire. Lors de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, la guerre fut largement évoquée comme l’origine d’une injustice désormais réparée.

Au Royaume-Uni, lorsque la guerre était évoquée, elle fut longtemps présentée comme un conflit portant sur le libre-échange, l’égalité diplomatique et l’arrogance de la cour Qing, l’opium n’étant qu’une question secondaire. Cette vision reprenait les arguments avancés à l’époque par Palmerston et les marchands. Des critiques la rejetèrent dès cette époque et par la suite. Aujourd’hui, la plupart des historiens, au Royaume-Uni comme ailleurs, reconnaissent que la protection du commerce de l’opium et des recettes qu’il procurait occupait une place centrale dans la politique britannique, même si d’autres questions comptaient également.

Des travaux récents cherchent à dépasser ces deux récits nationaux. Dans The Opium War: Drugs, Dreams and the Making of China (2011), Julia Lovell étudie la guerre, mais aussi la manière dont sa mémoire fut construite et remaniée en Chine, notamment son usage dans le nationalisme chinois moderne. Imperial Twilight (2018), de Stephen R. Platt, replace la guerre dans la longue histoire des relations anglo-chinoises avant 1839 et souligne le rôle des circonstances et des individus. Dans The Collapse of the Heavenly Dynasty (paru en chinois en 1995 ; traduit en anglais sous le titre The Qing Empire and the Opium War en 2016), Mao Haijian s’appuie sur les archives Qing pour analyser de manière critique les décisions de la dynastie et remettre en question les récits héroïques simplifiés en Chine.

Les historiens de l’économie débattent aussi des causes de la guerre. Selon l’interprétation traditionnelle, les importations d’opium vidèrent la Chine de son argent et provoquèrent une crise économique. Dans China Upside Down (2006), Lin Man-houng soutient qu’une baisse de l’offre mondiale d’argent, liée en partie aux guerres d’indépendance latino-américaines, joua également un rôle majeur dans la pénurie d’argent en Chine. Ces travaux ne nient pas les dommages causés par l’opium, mais replacent la crise dans un contexte économique mondial.

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Avancé

Les sources : archives, mémoires officiels et témoignages

Les historiens disposent de sources abondantes, mais inégales. Du côté des Qing, les plus importantes sont les mémoires, c’est-à-dire les rapports envoyés par les fonctionnaires à l’empereur, ainsi que les édits et les commentaires impériaux. Conservés dans les archives impériales, ces documents ont été publiés dans de vastes recueils à partir des années 1930. Les journaux, les lettres et les mémoires officiels de Lin Zexu ont également été conservés. Ils révèlent à la fois sa détermination et le caractère limité de ses connaissances sur le Royaume-Uni.

Du côté britannique, on trouve les documents parlementaires, les archives du ministère des Affaires étrangères, la correspondance de Palmerston, d’Elliot et de Pottinger, les archives de marchands comme Jardine Matheson, ainsi que de nombreux mémoires et journaux d’officiers et de soldats. Ces sources décrivent précisément les opérations militaires, mais négligent souvent le point de vue chinois. Dans les rapports britanniques, les chiffres concernant les morts parmi les soldats et les civils chinois sont généralement de grossières estimations.

Il est beaucoup plus difficile de retrouver la parole des gens ordinaires, comme les villageois, les pêcheurs, les consommateurs d’opium et les soldats indiens qui combattirent pour le Royaume-Uni. Les chroniques locales, les chansons populaires, les affiches et les traditions orales recueillies plus tard dans des lieux comme Sanyuanli fournissent quelques indices. Toutefois, elles ont souvent été consignées après les faits et influencées par des objectifs politiques. Les historiens comparent donc attentivement les récits chinois et britanniques, et les débats se poursuivent sur l’ampleur des pertes humaines et la signification d’événements comme celui de Sanyuanli.

Les sources visuelles comptent également. Les gravures et les peintures britanniques célébraient les victoires navales, tandis que les images chinoises et les présentations muséales ultérieures mettaient l’accent sur la résistance. Des projets comme Visualizing Cultures, du MIT, ont rassemblé ces images pour montrer comment chaque camp représentait la guerre.

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Idées clés

Système de Canton
Politique des Qing (1757–1842) limitant le commerce maritime occidental à Guangzhou, selon des règles strictes et par l’intermédiaire de marchands agréés.
Commerce de l’opium et argent
Les ventes d’opium de l’Inde britannique à la Chine inversèrent le flux d’argent et financèrent les achats de thé britanniques, au prix de graves conséquences sociales en Chine.
Diplomatie de la canonnière
Usage de la force navale pour obliger un autre État à accepter des conditions commerciales ou politiques ; la guerre de l’opium en est un exemple classique.
Traités inégaux
Traités imposés par la force à la Chine et à d’autres États asiatiques, accordant aux puissances étrangères des ports, des indemnités, l’extraterritorialité et d’autres privilèges sans réciprocité.
Extraterritorialité
Droit des étrangers d’être jugés par les tribunaux de leur propre pays plutôt que selon la loi locale.
Siècle d’humiliation
Cadre d’interprétation historique chinois de la période allant de la guerre de l’opium à 1949, central dans la mémoire nationale chinoise moderne.
Idées d’auto-renforcement
Idée défendue par Wei Yuan après la guerre : apprendre les techniques étrangères afin de résister aux puissances étrangères.

Notices

  1. 1757 — Les Qing limitent le commerce maritime occidental à Guangzhou : c’est le système de Canton.
  2. 1793 — L’ambassade britannique de Macartney échoue à modifier les conditions commerciales.
  3. 1834 — Le monopole de la Compagnie britannique des Indes orientales sur le commerce britannique avec la Chine prend fin ; lord Napier se heurte aux autorités Qing.
  4. 1839 — Lin Zexu arrive à Guangzhou (mars) ; plus de 20 000 caisses d’opium sont détruites à Humen (juin) ; affrontements à Kowloon (septembre) et à Chuenpi (novembre).
  5. 1840 — Le Parlement rejette de justesse une motion de censure contre la politique de guerre (avril) ; l’expédition britannique arrive (juin) et s’empare de Zhoushan (juillet).
  6. 1841 — La convention de Chuenpi (janvier) est rejetée par les deux camps ; les Britanniques occupent l’île de Hong Kong (26 janvier) ; Guangzhou paie une rançon et un affrontement a lieu à Sanyuanli (mai) ; Xiamen et Ningbo sont prises.
  7. 1842 — La contre-attaque des Qing à Ningbo échoue (mars) ; les Britanniques prennent Shanghai et Zhenjiang (juin–juillet) ; le traité de Nankin est signé (29 août).
  8. 1843 — Le traité complémentaire de Humen ajoute l’extraterritorialité et la clause de la nation la plus favorisée ; le Haiguo tuzhi de Wei Yuan paraît.
  9. 1844 — Les États-Unis (Wangxia) et la France (Huangpu) signent des traités similaires avec la Chine.
  10. 1856 — La seconde guerre de l’opium commence ; elle se termine en 1860 par de nouvelles concessions et la légalisation des importations d’opium.
  11. 1997 — Hong Kong revient sous souveraineté chinoise.

Glossaire

Empire Qing
Dernière dynastie impériale de Chine (1644–1912), fondée par les Mandchous.
Caisse d’opium
Unité habituelle de ce commerce ; une caisse contenait environ 60 kg d’opium.
Cohong
Corporation des marchands chinois agréés de Guangzhou qui détenaient seuls le droit de commercer avec les Occidentaux.
Factoreries
Entrepôts et résidences des marchands étrangers situés hors des remparts de Guangzhou, connus sous le nom de Treize Factoreries.
Commissaire impérial
Fonctionnaire à qui l’empereur confiait des pouvoirs spéciaux pour une mission précise, comme Lin Zexu pour la suppression du commerce de l’opium.
Indemnité
Somme qu’un État est contraint de verser à un autre, généralement après avoir perdu une guerre.
Port ouvert par traité
Port ouvert par traité au commerce et à la résidence des étrangers, souvent doté de consuls étrangers puis de quartiers placés sous contrôle étranger.
Clause de la nation la plus favorisée
Disposition d’un traité garantissant que tout privilège accordé à un État étranger sera automatiquement accordé aussi à l’autre partie au traité.

Questions et réponses

Pourquoi le Royaume-Uni vendait-il de l’opium à la Chine ?

Les Britanniques achetaient beaucoup de thé chinois, et l’opium cultivé dans l’Inde sous domination britannique était l’un des rares produits qui se vendaient bien en Chine. Sa vente rapportait de l’argent et de gros bénéfices, même si elle était illégale en Chine.

Qui a gagné la guerre ?

Le Royaume-Uni a gagné. Ses navires et ses canons étaient plus modernes, et ses forces pouvaient attaquer le long des côtes chinoises. Les Qing ont dû signer le traité de Nankin en 1842.

Pourquoi le Royaume-Uni a-t-il obtenu Hong Kong ?

Les marchands britanniques voulaient une base sûre sous leur propre contrôle. L’île de Hong Kong possédait un bon port, et le traité l’a cédée au Royaume-Uni. Elle est revenue à la Chine en 1997.

La guerre portait-elle vraiment sur l’opium ?

L’opium était au cœur du conflit, mais ce n’était pas le seul enjeu. Le Royaume-Uni voulait aussi élargir le commerce et être traité sur un pied d’égalité dans les relations diplomatiques. La plupart des historiens s’accordent aujourd’hui à dire que la protection du commerce de l’opium était une motivation majeure.

Tous les Britanniques soutenaient-ils la guerre ?

Non. Des opposants au Parlement, dont le jeune Gladstone, la jugeaient injuste. Le gouvernement n’échappa à une motion de censure que par neuf voix.

En quoi les souvenirs chinois et britanniques de la guerre diffèrent-ils ?

En Chine, elle est considérée comme le début d’un siècle d’humiliation et d’agressions étrangères. Au Royaume-Uni, elle a longtemps été vue comme une guerre coloniale mineure liée au commerce, même si les historiens britanniques actuels portent sur elle un regard beaucoup plus critique.

Les chiffres des pertes humaines sont-ils fiables ?

Les morts britanniques au combat sont assez bien recensés. Les morts parmi les militaires et les civils chinois ne sont connus que par des estimations. Les décès dus aux maladies et aux violences contre les civils sont difficiles à compter.

Sources et lectures complémentaires

  1. First Opium War. Wikipedia
  2. Treaty of Nanking. Wikipedia
  3. Lin Zexu. Wikipedia
  4. Canton System. Wikipedia
  5. Peter C. Perdue, The First Opium War: The Anglo-Chinese War of 1839–1842. MIT Visualizing Cultures
  6. Julia Lovell, The Opium War: Drugs, Dreams and the Making of China. Picador, 2011
  7. Stephen R. Platt, Imperial Twilight: The Opium War and the End of China’s Last Golden Age. Alfred A. Knopf, 2018
  8. Mao Haijian, The Qing Empire and the Opium War: The Collapse of the Heavenly Dynasty. Cambridge University Press, 2016
  9. Man-houng Lin, China Upside Down: Currency, Society, and Ideologies, 1808–1856. Harvard University Asia Center, 2006

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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