Histoire

Sima Qian

司馬遷

v. 145–86 av. J.-C. · Chang’an (capitale des Han)

En une phrase

Sima Qian était un fonctionnaire de la cour chinoise qui vécut il y a plus de 2 000 ans. Il écrivit le Shiji, ou Mémoires historiques, un vaste ouvrage racontant l’histoire de la Chine, des temps légendaires à son époque, à travers la vie de souverains, de généraux, de penseurs et de gens ordinaires.

Sima Qian
Image: Unknown · Public domain · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Il y a plus de 2 000 ans, sous la dynastie Han, Sima Qian travaillait au palais de l’empereur de Chine. Il observait les étoiles, s’occupait du calendrier et conservait de vieux documents. Son père avait eu le même travail. Avant de mourir, il lui demanda de terminer le grand livre d’histoire qu’il avait commencé.

Sima Qian le lui promit. Quand il était jeune, il avait beaucoup voyagé en Chine. Il avait visité d’anciens champs de bataille, la ville de Confucius et des lieux liés à des histoires célèbres. Il avait aussi écouté les souvenirs des habitants.

Puis un événement terrible se produisit. À la cour, Sima Qian défendit un général qui avait perdu une bataille et s’était rendu. L’empereur se mit en colère et le condamna à mort. Pour survivre, Sima Qian dut accepter une punition cruelle et humiliante. Il choisit de vivre afin de tenir sa promesse et de finir son livre.

Ce livre s’appelle le Shiji, ou Mémoires historiques. Il compte 130 chapitres. Certains racontent, année après année, ce qu’ont fait les souverains. D’autres sont des tableaux de dates. Certains expliquent la musique, le calendrier, les fleuves ou l’argent. Plus de la moitié racontent la vie de personnes très différentes : des empereurs et des impératrices, mais aussi des assassins, des marchands, des devins et des bouffons.

Sima Qian racontait les événements avec tant de talent qu’on lit encore ses récits aujourd’hui. Pendant environ deux mille ans, des historiens de Chine, de Corée, du Japon et du Vietnam ont repris la manière dont il avait organisé son livre. C’est pourquoi on l’appelle souvent le « père de l’histoire chinoise ».

En bref

Époque
Né vers 145 av. J.-C. (ou vers 135 av. J.-C. selon certains chercheurs) ; mort vers 86 av. J.-C. (date inconnue)
Lieu de naissance
Xiayang, près de Longmen (près de l’actuelle Hancheng, dans le Shaanxi, en Chine)
Dynastie
Han occidentaux, sous l’empereur Wu (règne de 141 à 87 av. J.-C.)
Fonctions
Grand astrologue ou grand scribe (taishi ling, à partir de 108 av. J.-C. environ) ; plus tard, secrétaire du palais (zhongshu ling)
Œuvre principale
Shiji (史記, Mémoires historiques), d’abord appelé Taishigong shu (« Livre du Grand Scribe »)
Longueur
130 chapitres, environ 526 500 caractères selon le décompte de l’auteur
Période couverte
De l’empereur Jaune légendaire au règne de l’empereur Wu, soit environ 2 500 ans
Héritage
A créé la forme mêlant annales et biographies (jizhuan), adoptée par les histoires dynastiques officielles chinoises et reprise dans toute l’Asie de l’Est

Facile

Qui était Sima Qian ?

Sima Qian était un fonctionnaire de la dynastie Han (206 av. J.-C.–220 apr. J.-C.) qui vécut pendant le long règne de l’empereur Wu, l’un des souverains les plus puissants de l’histoire chinoise. Il est surtout connu pour le Shiji, qu’il acheva vers 91 av. J.-C. Ce fut le premier ouvrage historique à tenter de couvrir tout le passé connu du monde chinois.

Son titre, taishi ling, est souvent traduit par « Grand Historien », mais on peut aussi le rendre par « Grand Astrologue » ou « Grand Scribe ». Cette fonction comprenait l’astronomie, le calendrier, l’interprétation des présages et la conservation des documents. Rédiger une histoire générale ne faisait pas à proprement parler partie de ses tâches : c’était un projet personnel commencé par son père, Sima Tan, qui avait occupé la même fonction.

Sima Qian est célèbre autant pour son œuvre que pour le prix qu’il paya afin de l’écrire. Après avoir défendu un général tombé en disgrâce en 99 av. J.-C., il fut condamné et choisit de subir la castration plutôt que de mourir, afin de pouvoir terminer son travail. Ses réflexions sur ce choix, notamment dans sa Lettre à Ren An, ont fait de lui un symbole d’intégrité et de persévérance dans la culture de l’Asie de l’Est.

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Facile

Sa vie : une promesse faite à son père

Sima Qian naquit à Xiayang, près des gorges de Longmen (« Porte du Dragon »), sur le fleuve Jaune. Son année de naissance est incertaine : d’après différentes interprétations anciennes, les chercheurs proposent environ 145 ou 135 av. J.-C. Sa famille affirmait descendre d’anciens historiographes de cour. Son père, Sima Tan, fut nommé Grand Astrologue à Chang’an et rédigea un court essai comparant les « six écoles » de pensée, dans lequel il faisait l’éloge du taoïsme.

Sima Qian reçut une éducation classique et, selon sa propre postface, savait lire les écritures anciennes dès l’âge de dix ans. Vers vingt ans, il entreprit de longs voyages : il se rendit au sud, vers le Yangzi et la Huai, au mont Kuaiji où, selon la tradition, était enterré Yu, qui avait maîtrisé les inondations, puis à Qufu, la ville de Confucius, où il vit des élèves pratiquer les rites anciens. Il devint ensuite serviteur du palais (langzhong) et fut envoyé vers 111 av. J.-C. en mission officielle dans le sud-ouest récemment conquis.

En 110 av. J.-C., l’empereur Wu accomplit les grands sacrifices feng et shan au mont Tai, les rites les plus solennels de la souveraineté. Sima Tan tomba malade et ne put y participer, ce qu’il vécut comme un désastre. Sur son lit de mort, il prit la main de son fils et lui demanda en pleurant de terminer l’histoire qu’il avait commencée, pour que les actes des souverains dignes, des ministres loyaux et des hommes justes ne soient pas oubliés. Sima Qian le lui promit.

Environ deux ans plus tard, Sima Qian succéda à son père comme Grand Astrologue, ce qui lui donna accès à la bibliothèque et aux archives impériales. En 104 av. J.-C., il participa à la réforme qui donna naissance au calendrier Taichu (« Grand Commencement »). C’est vers cette époque qu’il se mit sérieusement à écrire.

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Facile

L’affaire Li Ling et la Lettre à Ren An

En 99 av. J.-C., le général Li Ling mena une petite troupe de fantassins loin dans la steppe contre les Xiongnu, confédération de peuples nomades qui était le principal adversaire de la Chine des Han. Après de violents combats contre une armée bien plus nombreuse, il fut encerclé et se rendit. À la cour, les fonctionnaires qui l’avaient auparavant loué le condamnèrent. Sima Qian, qui connaissait à peine Li Ling, prit sa défense : il rappela sa loyauté passée et suggéra qu’il s’était peut-être rendu pour servir de nouveau l’empereur plus tard.

L’empereur Wu y vit une attaque contre Li Guangli, commandant de la principale campagne et frère de sa concubine favorite. Sima Qian fut accusé et condamné à mort. Selon la loi des Han, une forte somme d’argent ou la castration pouvait remplacer cette peine. Il ne pouvait pas payer et, comme il l’écrivit plus tard, aucun ami ne prit sa défense. Il choisit la castration, une peine jugée si humiliante qu’un homme honorable était censé préférer se donner la mort.

Sima Qian expliqua son choix dans une lettre à son ami Ren An, qui risquait l’exécution après les troubles politiques de 91 av. J.-C. Il y écrivit que tout homme doit mourir, mais qu’une mort peut être « plus lourde que le mont Tai ou plus légère qu’une plume d’oie ». Il avait supporté le déshonneur, disait-il, parce que son œuvre était inachevée : il voulait « examiner la frontière entre le Ciel et les hommes, comprendre les changements du passé et du présent et accomplir l’œuvre d’une école de pensée ». Conservée dans le Livre des Han de Ban Gu, cette lettre devint l’un des textes en prose les plus célèbres de la littérature chinoise.

Après sa punition, Sima Qian occupa le poste de zhongshu ling, secrétaire du palais, une fonction normalement réservée aux eunuques qui lui permettait de rester proche de l’empereur. La Lettre à Ren An est le dernier témoignage clair de sa vie. On ignore quand et comment il mourut ; sa mort pourrait se situer vers celle de l’empereur Wu, en 87 ou 86 av. J.-C.

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Intermédiaire

Comment le Shiji est organisé

Le Shiji compte 130 chapitres (juan) répartis en cinq parties. Les Annales fondamentales (benji, 12 chapitres) retracent dans l’ordre chronologique l’histoire des grandes dynasties et de leurs souverains, de l’empereur Jaune aux Xia, aux Shang et aux Zhou, puis aux Qin et aux Han jusqu’à l’empereur Wu. Les Tableaux (biao, 10 chapitres) mettent en parallèle les chronologies de différents États et familles nobles, ce qui permet de comparer les événements d’un coup d’œil.

Les Traités (shu, 8 chapitres) portent sur les institutions et les savoirs : les rites, la musique, les tuyaux sonores, le calendrier, l’astronomie, les sacrifices feng et shan, les fleuves et les canaux, ainsi que l’économie. Les Maisons héréditaires (shijia, 30 chapitres) racontent l’histoire des États féodaux de l’époque des Zhou et des grandes familles du début des Han.

Les Biographies (liezhuan, 70 chapitres) représentent plus de la moitié du livre. Elles présentent des vies individuelles ou collectives d’hommes d’État, de généraux, de philosophes et de poètes. Certains chapitres sont consacrés aux assassins, aux chevaliers errants, aux fonctionnaires sévères, aux hommes qui ont fait fortune, aux devins et aux bouffons. D’autres décrivent des peuples étrangers, dont les Xiongnu, les peuples du sud-ouest et le Chaoxian (Joseon) dans la péninsule coréenne. Le dernier chapitre est la postface de Sima Qian : il y raconte l’histoire de sa famille et explique le but du livre.

De nombreux chapitres se terminent par un bref commentaire commençant par « Le Grand Scribe dit » (Taishigong yue). L’auteur y porte un jugement personnel, ajoute des renseignements tirés de ses voyages ou exprime sa sympathie. Ce mélange de récit structuré et de voix personnelle est l’un des traits les plus caractéristiques du Shiji.

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Intermédiaire

L’histoire racontée comme un récit

Le Shiji est admiré comme œuvre littéraire autant que comme ouvrage historique. Sima Qian écrivit des scènes dramatiques riches en dialogues : le banquet de Hongmen, où Liu Bang, futur fondateur de la dynastie Han, échappe de justesse à une tentative d’assassinat de son rival Xiang Yu ; la tentative de l’assassin Jing Ke contre le roi de Qin, futur Premier Empereur ; et le dernier combat de Xiang Yu, encerclé et chantant un chant d’adieu à sa compagne.

Ses choix étaient audacieux. Il plaça Xiang Yu, qui ne régna jamais sur un empire unifié, et l’impératrice douairière Lü, une femme qui domina la cour au début des Han, dans les Annales fondamentales, car ils détenaient en pratique le pouvoir suprême. Il plaça Confucius, qui n’avait jamais régné sur un État, dans les Maisons héréditaires, tout comme Chen She, un paysan qui mena la première révolte contre les Qin. Ces décisions montrent qu’il classait les personnes selon leur importance historique, et pas seulement selon leur rang officiel.

Il s’intéressa aussi aux personnes extérieures aux élites. Les chapitres sur les marchands et les hommes qui ont fait fortune traitent le commerce avec sérieux, tandis que celui sur les chevaliers errants loue des hommes fidèles à leur parole, même lorsqu’ils enfreignent la loi. Sa biographie du Premier Empereur des Qin décrit l’unification de la Chine, l’autodafé des livres et la construction du tombeau impérial avec ses rivières de mercure. Ces détails continuent de guider les archéologues sur le site de l’armée de terre cuite.

Le Shiji porte aussi un regard critique sur le pouvoir, y compris sur celui de son époque. Ses récits des guerres coûteuses de l’empereur Wu, de ses fonctionnaires sévères et de sa quête de l’immortalité ont souvent été lus comme une critique discrète du souverain qui l’avait puni. La question de savoir si, et dans quelle mesure, son ressentiment personnel a influencé son histoire reste débattue.

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Intermédiaire

Sources et méthode

Sima Qian utilisa des documents très variés : les classiques confucéens, comme le Livre des documents et les Annales des Printemps et Automnes accompagnées de leurs commentaires ; les Discours des royaumes et les Stratagèmes des Royaumes combattants ; des généalogies ; des documents des cours des Qin et des Han conservés dans les archives impériales ; les écrits de philosophes ; et les traditions orales recueillies pendant ses voyages. Lorsque les sources se contredisaient, il rapportait parfois plusieurs versions ou disait ne pas pouvoir trancher.

Il connaissait la difficulté posée par les légendes. Dans les Annales fondamentales des Cinq Empereurs, il note que les récits sur l’empereur Jaune sont souvent « peu soignés ou peu convenables » et qu’il a choisi ceux qui lui semblaient les plus fiables après avoir comparé les textes aux témoignages d’anciens rencontrés dans différentes régions. C’est un exemple ancien de critique des sources, même si, selon les critères actuels, il acceptait aussi de nombreux récits légendaires.

La fiabilité de certains de ses récits a reçu une confirmation remarquable. En 1917, le chercheur Wang Guowei montra que la liste des rois Shang donnée dans le Shiji correspond étroitement aux noms inscrits sur les os oraculaires découverts à Anyang, capitale des Shang. Ces inscriptions n’avaient été redécouvertes qu’à la fin du XIXe siècle. Cette concordance montra que Sima Qian avait eu accès à des documents authentiques et très anciens concernant les Shang. Depuis, les manuscrits sur bambou et sur soie découverts pour les périodes des Royaumes combattants et des Han ont tantôt confirmé, tantôt rendu plus complexe d’autres parties de son récit.

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Intermédiaire

Comment le Shiji nous est parvenu

Selon sa postface, Sima Qian fit deux copies de son livre : l’une destinée à être conservée « dans une montagne célèbre », c’est-à-dire en lieu sûr, et l’autre dans la capitale. L’ouvrage ne semble pas avoir beaucoup circulé de son vivant. Il devint mieux connu grâce à son petit-fils Yang Yun, le fils de sa fille, sous le règne de l’empereur Xuan (74–48 av. J.-C.).

À l’époque des Han orientaux, dix chapitres étaient signalés comme manquants. Certains furent complétés par des auteurs ultérieurs ; le lettré Chu Shaosun, actif à la fin du Ier siècle av. J.-C., ajouta des passages portant son nom. Les chercheurs discutent encore pour déterminer quels chapitres sont des reconstructions tardives et quelle part du texte transmis correspond aux propres mots de Sima Qian.

À l’époque médiévale, trois commentaires devinrent des références et furent imprimés avec le texte : ceux de Pei Yin (Ve siècle), de Sima Zhen et de Zhang Shoujie (tous deux du VIIIe siècle). L’édition moderne de référence fut publiée à Pékin par la maison d’édition Zhonghua en 1959. Le Shiji a été traduit entièrement ou en partie dans de nombreuses langues, notamment en français par Édouard Chavannes à partir de 1895, en anglais sous forme d’extraits par Burton Watson et dans une traduction anglaise en plusieurs volumes dirigée par William H. Nienhauser Jr. Il existe aussi des traductions intégrales en coréen et en japonais.

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Intermédiaire

Héritage en Chine et en Asie de l’Est

Le Shiji servit de modèle à l’historiographie officielle chinoise. Le Livre des Han (Hanshu) de Ban Gu, achevé à la fin du Ier siècle apr. J.-C., adapta la forme créée par Sima Qian pour raconter l’histoire d’une seule dynastie. Par la suite, l’histoire officielle de chaque dynastie suivit cette forme mêlant annales et biographies (jizhuan). Ces ouvrages constituèrent la série appelée plus tard les Vingt-Quatre Histoires, dont le Shiji est le premier volume.

Ban Gu critiqua aussi Sima Qian : il lui reprocha de placer le taoïsme avant les classiques confucéens, de faire l’éloge des chevaliers errants et des marchands, et de s’écarter de la stricte orthodoxie. Ces critiques influencèrent la lecture du Shiji pendant des siècles, même si ses qualités littéraires étaient largement admirées. À partir de la dynastie Tang, des auteurs du mouvement de la « prose ancienne » (guwen), comme Han Yu, prirent le style de Sima Qian pour modèle d’une écriture claire et puissante.

Cette forme se répandit dans toute l’Asie de l’Est. En Corée, le Samguk sagi (1145) de Kim Busik, la plus ancienne histoire coréenne conservée, emploie lui aussi des annales, des tableaux, des traités et des biographies, tout comme le Goryeosa, plus tardif. Les historiographes des cours japonaises et vietnamiennes connaissaient et imitèrent également le Shiji. Son chapitre sur le Chaoxian est lui-même l’une des sources essentielles pour l’histoire ancienne de la Corée : il rapporte l’histoire du royaume de Wiman Joseon et sa conquête par les Han en 108 av. J.-C.

L’histoire personnelle de Sima Qian a elle aussi laissé une empreinte durable. Sa formule sur les morts « plus lourdes que le mont Tai ou plus légères qu’une plume d’oie » est encore citée, par exemple dans le discours de Mao Zedong « Servir le peuple », prononcé en 1944. En Corée, au Japon et en Chine, il incarne le lettré qui supporte l’humiliation pour accomplir sa mission. Un sanctuaire et une tombe lui sont consacrés près de Hancheng, sa ville natale.

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Avancé

Débats : auteur, parti pris et Lettre à Ren An

Qui a écrit le Shiji ? Sima Tan lança le projet, et les chercheurs cherchent depuis longtemps à déterminer quels chapitres ou passages il rédigea. Certains commentaires commençant par « Le Grand Scribe dit » pourraient être de Tan plutôt que de Qian, puisque tous deux portèrent ce titre. Les ajouts ultérieurs de Chu Shaosun et d’autres auteurs, ainsi que la perte de dix chapitres, compliquent encore la question. La plupart des chercheurs considèrent Sima Qian comme l’auteur principal et celui qui donna sa forme à l’ensemble, mais le texte doit aussi être compris comme le fruit d’un projet familial et d’une longue transmission.

Quelle place la subjectivité occupe-t-elle dans le Shiji ? Dans The Cloudy Mirror (1995), Stephen Durrant soutient que les tensions de la vie de Sima Qian, surtout sa mutilation et ses rapports avec Confucius et son père, façonnent le récit. Selon lui, le livre exprime à la fois une recherche d’ordre et un sentiment d’injustice. Dans Worlds of Bronze and Bamboo (1999), Grant Hardy propose une autre interprétation : la structure fragmentée du Shiji, où les mêmes événements sont racontés différemment selon les chapitres, serait une manière délibérée de représenter un monde complexe, une sorte de « microcosme » plutôt qu’un récit linéaire unique. D’autres chercheurs soulignent les contraintes du service à la cour et les risques d’une critique ouverte.

Même la Lettre à Ren An a fait l’objet d’un nouvel examen. Une étude publiée en 2016 par Stephen Durrant, Wai-yee Li, Michael Nylan et Hans van Ess s’est penchée sur son authenticité et sur son rôle dans la formation de l’image de Sima Qian comme auteur ayant souffert pour son œuvre. Certains chercheurs soupçonnent des modifications tardives, voire une rédaction par d’autres personnes ; beaucoup continuent toutefois de la juger authentique. Ce débat est important, car une grande partie de ce que l’on pense savoir des motivations de Sima Qian vient de cette seule lettre et de la postface.

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Avancé

Sima Qian historien : comparaisons et méthodes

Sima Qian est souvent comparé à Hérodote, le « père de l’histoire » grec, qui vécut environ trois siècles avant lui. Tous deux voyagèrent beaucoup, recueillirent des traditions orales et mêlèrent géographie, description des peuples et récit. Mais le Shiji repose sur d’autres idées : il s’intéresse à l’essor et au déclin des dynasties, aux leçons morales de l’histoire dans la tradition confucéenne et aux cycles cosmologiques étudiés par un astrologue. Sa structure est aussi plus systématique : elle associe annales, tableaux et traités aux biographies.

Les historiens d’aujourd’hui utilisent le Shiji avec prudence. Pour les périodes anciennes, comme celle de la dynastie Xia, il conserve des traditions que l’archéologie ne permet pas de confirmer. Pour les Shang, certaines de ses informations sont confirmées par les os oraculaires. Pour les Royaumes combattants, des textes découverts lors de fouilles, comme des annales sur bambou, contredisent parfois sa chronologie. Pour les Qin et le début des Han, il est souvent la seule source narrative détaillée ; les chercheurs comparent donc ses affirmations aux documents juridiques et administratifs exhumés.

Les chercheurs débattent aussi de la manière dont Sima Qian concevait sa tâche. Dans sa postface, il cite les Annales des Printemps et Automnes de Confucius comme modèle d’une histoire qui porte un jugement moral, tout en affirmant modestement ne pas pouvoir l’égaler. Son désir de « comprendre les changements du passé et du présent » révèle un intérêt pour les causes et les formes du changement, y compris pour le rôle du destin et du Ciel. Il interroge ouvertement ce rôle dans la biographie de Bo Yi et de Shu Qi : si le Ciel favorise les bons, pourquoi ceux-ci souffrent-ils ? Posée par un homme qui avait lui-même souffert, cette question donne au Shiji une profondeur philosophique durable.

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Idées clés

Forme mêlant annales et biographies (jizhuan ti)
Structure créée par Sima Qian qui associe annales de cour, biographies, tableaux et traités, et qui servit de modèle aux histoires officielles dans toute l’Asie de l’Est.
Commentaires du Grand Scribe
Brefs jugements personnels placés à la fin des chapitres, qui donnent une voix individuelle au récit historique.
Piété filiale
Sima Qian présente son œuvre comme l’accomplissement d’une promesse faite à son père mourant.
Supporter le déshonneur pour accomplir une tâche
Il choisit l’humiliation plutôt que la mort afin de terminer son livre, un choix admiré par les générations suivantes.
Le Ciel et les hommes
Il cherchait à comprendre les rapports entre l’ordre cosmique et les actions humaines, et se demandait si le Ciel récompensait les gens de bien.
Critique des sources
Il comparait les textes, les témoignages oraux et les lieux, et reconnaissait parfois ses doutes, même s’il rapportait aussi des légendes.
Une histoire de toutes sortes de personnes
Outre les souverains, le Shiji évoque des marchands, des assassins, des chevaliers, des femmes au pouvoir et des peuples étrangers.

Notices

  1. v. 145 av. J.-C. — Sima Qian naît à Xiayang, près de Longmen (une autre date proposée est vers 135 av. J.-C.).
  2. 141 av. J.-C. — L’empereur Wu monte sur le trône (son règne est compté à partir de 141 av. J.-C.) et gouverne pendant plus de cinquante ans.
  3. v. 126 av. J.-C. — Vers l’âge de vingt ans, Sima Qian commence ses longs voyages à travers l’empire Han.
  4. 110 av. J.-C. — Sima Tan meurt après avoir manqué les sacrifices feng et shan au mont Tai. Il charge son fils d’achever son œuvre historique.
  5. v. 108 av. J.-C. — Sima Qian devient Grand Astrologue (taishi ling).
  6. 104 av. J.-C. — Le calendrier Taichu est adopté ; Sima Qian participe à la réforme et commence à écrire.
  7. 99 av. J.-C. — Sima Qian défend le général Li Ling et est condamné ; il choisit la castration plutôt que la mort (en 99 ou 98 av. J.-C.).
  8. v. 91 av. J.-C. — Lettre à Ren An ; le Shiji est pour l’essentiel achevé.
  9. v. 86 av. J.-C. — Mort probable de Sima Qian, vers l’époque de la mort de l’empereur Wu (87 av. J.-C.) ; la date exacte est inconnue.
  10. v. 61 av. J.-C. — Son petit-fils Yang Yun fait mieux connaître l’œuvre sous le règne de l’empereur Xuan.
  11. 1145 — Kim Busik compile en Corée le Samguk sagi en suivant la forme du Shiji, mêlant annales et biographies.
  12. 1917 — Wang Guowei montre que la liste des rois Shang du Shiji correspond aux inscriptions sur les os oraculaires.

Glossaire

Dynastie Han
Dynastie chinoise qui régna de 206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C., avec une interruption de 9 à 23 apr. J.-C. ; Sima Qian vécut sous les Han occidentaux.
Taishi ling
Fonction exercée par Sima Qian et son père, chargée de l’astronomie, du calendrier et de la conservation des documents.
Annales fondamentales (benji)
Chapitres qui racontent l’histoire des souverains et des dynasties année après année.
Maisons héréditaires (shijia)
Chapitres consacrés aux États féodaux et aux grandes familles.
Biographies (liezhuan)
Chapitres consacrés à la vie de personnes ou de groupes ; le Shiji en compte soixante-dix.
Xiongnu
Puissante confédération de peuples des steppes au nord de la Chine des Han.
Os oraculaires
Os et carapaces de l’époque Shang portant des questions adressées aux ancêtres ; ils constituent le plus ancien grand ensemble d’écrits chinois.
Vingt-Quatre Histoires
Série traditionnelle des histoires dynastiques officielles de Chine, qui commence par le Shiji.
Eunuque
Homme castré ; dans la Chine impériale, les eunuques servaient à l’intérieur du palais.
Guwen (prose ancienne)
Mouvement littéraire apparu sous la dynastie Tang, qui prit pour modèles stylistiques des auteurs anciens tels que Sima Qian.

Questions et réponses

Pourquoi Sima Qian est-il appelé le père de l’histoire chinoise ?

Parce que son Shiji fut le premier ouvrage à raconter en un seul livre tout le passé connu de la Chine, et que les historiographes officiels reprirent sa structure pendant deux mille ans.

Pourquoi Sima Qian a-t-il accepté une punition aussi terrible ?

Il avait promis à son père mourant de terminer leur ouvrage historique. Il écrivit qu’il avait supporté le déshonneur pour que son œuvre ne disparaisse pas.

Quels types de personnes trouve-t-on dans le Shiji ?

Des empereurs, des impératrices, des généraux et des philosophes, mais aussi des assassins, des marchands, des chevaliers errants, des devins, des bouffons et des peuples étrangers comme les Xiongnu.

Le Shiji parle-t-il de la Corée ?

Oui. Le chapitre 115, consacré au Chaoxian (Joseon), décrit le royaume de Wiman Joseon et sa conquête par les Han en 108 av. J.-C. C’est une source essentielle pour l’histoire ancienne de la Corée.

Le Shiji est-il fiable ?

Il mêle légendes et faits historiques. Sa liste des rois Shang a été confirmée par les os oraculaires, mais des textes découverts lors de fouilles révèlent des erreurs pour les périodes très anciennes et certaines dates des Royaumes combattants. Les historiens le lisent de manière critique et le comparent aux données archéologiques.

Sima Qian a-t-il vraiment écrit la Lettre à Ren An ?

La plupart des chercheurs l’ont considérée comme authentique, mais des études récentes se demandent si elle a été modifiée ou partiellement rédigée plus tard. Le débat reste ouvert.

En quoi le Shiji diffère-t-il des Histoires d’Hérodote ?

Les deux historiens ont voyagé et utilisé des témoignages oraux, mais le Shiji est organisé en annales, tableaux, traités et biographies. Il reflète aussi des idées chinoises sur les changements de dynastie et le jugement moral.

Sources et lectures complémentaires

  1. Sima Qian. Wikipedia
  2. Records of the Grand Historian. Wikipedia
  3. Sima Tan. Wikipedia
  4. Li Ling (Han dynasty). Wikipedia
  5. 사마천. Wikipedia (Korean)
  6. 사기 (역사서). Wikipedia (Korean)
  7. Burton Watson, Records of the Grand Historian of China (trans.). Columbia University Press, 1961 (rev. ed. 1993)
  8. Stephen W. Durrant, The Cloudy Mirror: Tension and Conflict in the Writings of Sima Qian. State University of New York Press, 1995
  9. Grant Hardy, Worlds of Bronze and Bamboo: Sima Qian's Conquest of History. Columbia University Press, 1999
  10. Stephen Durrant, Wai-yee Li, Michael Nylan, Hans van Ess, The Letter to Ren An and Sima Qian's Legacy. University of Washington Press, 2016

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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