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Pour les jeunes lecteurs
En 1974, des paysans creusaient un puits près de Xi’an, en Chine. Leurs pelles ont heurté des morceaux d’argile. Ils avaient trouvé la tête et le corps d’un soldat en argile. Des archéologues sont venus et ont découvert que, sous les champs, il n’y avait pas un seul soldat, mais des milliers.
Les soldats ont été fabriqués pour Qin Shi Huang, le premier empereur de Chine. Il voulait qu’une armée le protège après sa mort, comme de vrais soldats l’avaient protégé pendant sa vie. Des ouvriers ont donc fabriqué des soldats, des chevaux et des chars en argile, puis les ont enterrés dans de grandes fosses près de son tombeau.
Chaque soldat est aussi grand qu’un homme. Les soldats portent des armures, des chapeaux ou des cheveux attachés. Leurs visages sont différents : certains ont l’air jeunes, d’autres plus âgés ; certains ont l’air sérieux, d’autres calmes. Autrefois, ils étaient peints de couleurs vives et tenaient de vraies armes en bronze.
Fabriquer autant de statues, c’était un peu comme travailler dans une immense usine. Les ouvriers utilisaient des moules pour faire les jambes, les corps et les têtes. Puis ils ajoutaient à la main des détails, comme les moustaches et les oreilles. Beaucoup de soldats portent même le nom du chef des ouvriers qui les ont fabriqués. On pouvait ainsi retrouver qui avait fait un mauvais travail.
Le tombeau de l’empereur, sous une grande colline voisine, n’a jamais été ouvert. Un vieux livre d’histoire raconte qu’il contient un modèle du monde entier, avec des rivières de mercure. Des scientifiques ont mesuré du mercure dans la terre à cet endroit. Mais les archéologues attendent de pouvoir protéger ce qui se trouve dans le tombeau avant de l’ouvrir.
En bref
- Création
- Vers 246–209 av. J.-C., dans le cadre du complexe funéraire de Qin Shi Huang (mort en 210 av. J.-C.)
- Lieu
- À environ 1,5 km à l’est du tertre funéraire, au pied du mont Li, district de Lintong, Xi’an, province du Shaanxi, Chine
- Découverte
- Mars 1974, par des paysans qui creusaient un puits ; les fouilles ont commencé la même année
- Dimensions
- Selon les estimations, plus de 8 000 soldats, environ 130 chars, 520 chevaux d’attelage et 150 chevaux de cavalerie dans trois fosses
- Statues
- Terre cuite grandeur nature, d’environ 1,75 à 2 m de haut, peinte à l’origine ; assemblées à partir de pièces moulées et achevées à la main
- Armes
- Des dizaines de milliers d’armes et d’éléments d’armes en bronze ont été retrouvés, principalement des pointes de flèche
- Classement
- Fait partie du mausolée du premier empereur Qin, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987
- Tombeau
- La chambre funéraire de l’empereur, sous le tertre, n’a pas été fouillée
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Qu’est-ce que l’Armée de terre cuite ?
L’Armée de terre cuite est un ensemble de sculptures en argile grandeur nature représentant des soldats, des chevaux et des chars. Elle est enterrée dans des fosses près du tombeau de Qin Shi Huang (259–210 av. J.-C.), le souverain qui unifia la Chine en 221 av. J.-C. et prit le nouveau titre de Premier Empereur. Elle se trouve au pied du versant nord du mont Li (Lishan), à environ 30 à 40 km à l’est-nord-est du centre de l’actuelle Xi’an, non loin de Xianyang, l’ancienne capitale des Qin.
Son nom chinois, bingmayong, signifie « figurines de soldats et de chevaux ». La terre cuite est de l’argile cuite : les statues ont été façonnées dans une argile locale et cuites dans des fours. Elles étaient disposées en ordre de bataille dans des chambres souterraines couvertes de charpentes en bois, face à l’est, d’où étaient venus les rivaux vaincus par l’empereur.
L’armée n’est qu’une partie d’un immense complexe funéraire qui s’étend sur plusieurs kilomètres carrés. Celui-ci comprend des murs, des salles, des écuries, des fosses contenant des chars en bronze et des statues de fonctionnaires et d’artistes, ainsi qu’un tertre au-dessus du tombeau de l’empereur. C’est l’une des découvertes archéologiques les plus importantes du XXe siècle et l’une des œuvres d’art ancien les plus connues au monde.
Qui était l’empereur qu’elle servait ? Ying Zheng devint roi de l’État occidental de Qin alors qu’il était encore enfant, en 246 av. J.-C. En dix ans, de 230 à 221 av. J.-C., ses armées conquirent les six autres grands États de la période des Royaumes combattants. Il se proclama alors Shi Huangdi, « Premier Empereur ». Avec son chancelier Li Si, il imposa une administration organisée en commanderies et en districts, ainsi que des poids, des mesures, des monnaies et une écriture normalisés. Il lança aussi d’immenses chantiers. La tradition postérieure l’a également rendu célèbre pour la sévérité de ses lois, le travail forcé et la destruction de livres par le feu. L’Armée de terre cuite appartient à cette même histoire : seul un État capable de mobiliser autant de personnes et de matériaux pouvait la réaliser.
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La découverte de 1974
À la fin de mars 1974, pendant une sécheresse, des habitants du village de Xiyang, dans le district de Lintong, creusaient un puits lorsqu’ils trouvèrent des fragments de statues en argile et des pointes de flèche en bronze. Yang Zhifa, l’un des hommes qui creusaient, devint plus tard célèbre comme « le paysan qui a découvert l’Armée de terre cuite ». Plusieurs villageois participèrent à la découverte, et la question de savoir à qui en revient le mérite a parfois fait débat.
Un responsable local et l’archéologue Zhao Kangmin, du musée du district de Lintong, comprirent l’importance des fragments et commencèrent à reconstituer des statues. Quand la nouvelle parvint à Pékin, une équipe d’archéologues du Shaanxi entreprit des fouilles méthodiques à l’été 1974. Elle découvrit le plus grand ensemble connu de figurines en terre cuite au monde.
Des sondages permirent de repérer les fosses 2 et 3 en 1976. Un musée construit au-dessus de la fosse 1 ouvrit au public en 1979. Le site devint rapidement un symbole de la civilisation chinoise ancienne, visité par des millions de personnes venues du monde entier. Les fouilles se poursuivent lentement aujourd’hui, car chaque statue doit être soigneusement étudiée, conservée et réassemblée.
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Comment comprendre la disposition des fosses
La fosse 1, la plus grande, mesure environ 230 m de long sur 62 m de large. Elle abrite le gros de l’armée, soit plusieurs milliers de statues selon les estimations (le chiffre d’environ 6 000 est souvent cité), dont une partie seulement a été fouillée. À l’avant se trouvent trois rangs d’archers et d’arbalétriers sans armure : l’avant-garde. Derrière eux, onze longs couloirs séparés par des murs de terre contiennent des colonnes de fantassins en armure et des chars. Sur les côtés, des soldats tournés vers l’extérieur protègent les flancs.
La fosse 2, en forme de L, présente une autre disposition de troupes mêlées : des archers agenouillés ou debout, des chars, des cavaliers à côté de leurs chevaux sellés et des fantassins. Elle montre comment les forces Qin associaient différents types de troupes. La fosse 3, la plus petite, contient un seul char et environ 68 statues disposées face à face en forme de U. Elle est généralement interprétée comme un poste de commandement. La fosse 4 a été creusée, mais laissée vide, peut-être parce que les travaux se sont arrêtés lors de l’effondrement de l’empire.
On peut reconnaître le rang des personnages à leurs vêtements et à leur posture. Les soldats ordinaires portent une tunique courte ou une armure faite de petites plaques. Les officiers de rang supérieur portent des armures plus raffinées, ornées de rubans ou de nœuds, et des coiffes élaborées. Les personnages appelés « généraux » sont les plus grands. Les coiffures, les ceintures, les chaussures et même les motifs des semelles sont représentés avec soin. Ces statues constituent donc une source exceptionnelle sur l’organisation et l’équipement d’une armée du IIIe siècle av. J.-C.
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La fabrication des statues
Les statues ont été produites selon un système associant des pièces standardisées à une finition individuelle. Les jambes étaient pleines ; les torses étaient creux et montés avec des colombins ou des plaques d’argile ; les bras et les mains étaient fabriqués séparément. Les têtes étaient formées dans des moules, puis modelées à la main pour ajouter les oreilles, les cheveux, les moustaches et les expressions. Les pièces étaient assemblées avant la cuisson. L’historien de l’art Lothar Ledderose a fait de l’armée un exemple majeur des systèmes « modulaires » dans l’art chinois, où un nombre limité de pièces permet une grande variété.
De nombreuses statues portent des inscriptions estampillées ou gravées donnant le nom de contremaîtres ou de maîtres potiers. Certains noms sont liés à des ateliers de l’État, d’autres à des ateliers de villes voisines. On trouve des marques semblables sur des briques et des tuiles de palais Qin. Elles témoignent de la pratique juridique Qin qui consistait à « inscrire le nom du fabricant » afin de retrouver et de punir les responsables d’un travail défectueux.
Après la cuisson, les statues étaient enduites de laque et peintes de nombreuses couleurs, dont le rouge, le vert, le bleu, le violet, le rose, le blanc et le noir. Le pigment violet est un silicate de cuivre et de baryum synthétique souvent appelé « violet de Han ». Une grande partie de la peinture s’écaille en quelques minutes lorsque les statues sèchent après leur exhumation. C’est l’une des raisons pour lesquelles les spécialistes de la conservation travaillent lentement.
Les soldats portaient de véritables armes en bronze : des épées, des lances, des hallebardes, des arbalètes et un très grand nombre de pointes de flèche. Des inscriptions sur certaines armes les datent des années 240 à 220 av. J.-C., ce qui montre qu’elles ont été fabriquées dans des arsenaux d’État avant d’être enterrées. L’étude de lots de pointes de flèche suggère que la production était organisée en petites unités d’atelier autonomes, suivant des normes communes.
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Le mausolée : un monde pour l’au-delà
Les travaux du tombeau commencèrent en 246 av. J.-C., lorsque le futur empereur devint roi de Qin à l’âge de treize ans, et prirent beaucoup plus d’ampleur après l’unification de 221 av. J.-C. L’historien Sima Qian, qui écrivait environ un siècle plus tard dans les Mémoires historiques (Shiji), affirme que 700 000 personnes venues de tout l’empire furent envoyées sur le chantier. L’empereur mourut en 210 av. J.-C. et y fut enterré la même année. Les travaux se poursuivirent sous son fils, jusqu’à ce que des rébellions les interrompent.
Sima Qian décrit un palais souterrain rempli de trésors, des arbalètes prêtes à tirer sur les intrus, un plafond figurant les cieux et un sol figurant la terre, avec des fleuves et des mers de mercure liquide. Il ne mentionne pas du tout l’Armée de terre cuite. Des études du tertre ont révélé des concentrations de mercure anormalement élevées dans le sol. De nombreux chercheurs y voient une confirmation partielle de son récit, bien que cette interprétation soit discutée.
La nécropole était conçue comme un modèle du monde de l’empereur. Une enceinte intérieure et une enceinte extérieure entourent le tertre. Les fouilles ont mis au jour des chars en bronze à moitié grandeur nature, avec leurs chevaux et leurs conducteurs (découverts en 1980), ainsi que des fosses contenant des statues de fonctionnaires, d’acrobates ou d’artistes et de musiciens. On y a aussi trouvé des armures en pierre, des écuries avec de véritables sépultures de chevaux et un jardin souterrain peuplé de grues, de cygnes et de canards en bronze. L’armée n’était que la garde orientale de cet empire imaginé.
L’ensemble reposait sur l’idée que le souverain mort aurait besoin de sa cour, de ses serviteurs, de divertissements et de protection dans l’au-delà. Des souverains chinois plus anciens avaient parfois été enterrés avec des personnes sacrifiées ; le complexe Qin employait des substituts en argile et en bronze à une échelle sans précédent. Sima Qian rapporte néanmoins que les concubines sans enfants furent forcées de suivre l’empereur dans la mort et que les artisans connaissant les secrets du tombeau furent enfermés à l’intérieur.
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Qui l’a construite ? Travail, lois et État Qin
L’armée est une réalisation de l’État Qin, dont les lois et l’administration organisaient avec rigueur les personnes et les ressources. Le système qui enrôlait des soldats pour les guerres d’unification mobilisait aussi des travailleurs, des condamnés et des artisans pour de grands chantiers comme les routes, les palais, les murs des frontières et le mausolée.
L’archéologie a révélé le coût humain de ces travaux. Près du mausolée, on a découvert des cimetières d’ouvriers. Certains contenaient de petits fragments de tuile portant le nom, la ville d’origine et le statut juridique d’une personne. Ils indiquent souvent qu’il s’agissait de condamnés travaillant pour s’acquitter d’une dette ou d’une peine. L’étude de squelettes provenant d’une fosse funéraire d’ouvriers montre qu’il s’agissait surtout de jeunes hommes. Ces découvertes rappellent que, derrière les sculptures admirées aujourd’hui, se trouvaient des personnes contraintes de travailler, dont beaucoup sont mortes loin de chez elles.
En même temps, la qualité des sculptures témoigne du savoir-faire d’artisans formés à la poterie, à la fonte du bronze et à l’architecture. L’armée est ainsi à la fois un monument à la puissance impériale et une trace des connaissances et du travail de gens ordinaires, dont les noms ne subsistent parfois que sous forme de marques imprimées dans l’argile.
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Pillage, incendie et enfouissement
La dynastie Qin s’effondra seulement quatre ans après la mort du Premier Empereur. En 206 av. J.-C., des armées rebelles entrèrent dans la région de la capitale. Des récits historiques plus tardifs affirment que le chef rebelle Xiang Yu pilla le mausolée et incendia des bâtiments.
Les vestiges archéologiques des fosses concordent en partie avec ce récit. Les toitures en bois des fosses 1 et 2 ont brûlé et se sont effondrées, écrasant les statues qui se trouvaient dessous. De nombreuses armes manquent, peut-être emportées par des rebelles. Certains chercheurs estiment toutefois que l’incendie a pu avoir d’autres causes et que les preuves ne permettent pas d’en attribuer la responsabilité à Xiang Yu. On ignore si la chambre funéraire de l’empereur a jamais été pillée. Les mesures de mercure et l’absence de tunnels de pillards évidents ont conduit certains à penser qu’elle pourrait être intacte.
Au cours des deux millénaires suivants, la terre et les sédiments venus du mont Li recouvrirent les fosses. Des habitants trouvèrent parfois des fragments de statues en argile, et quelques tombes plus récentes furent creusées dans le secteur, mais l’armée demeura presque inconnue jusqu’en 1974.
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Fouilles, conservation et présentation au public
Presque toutes les statues ont été découvertes en morceaux. Les restaurateurs trient les fragments, les collent et comblent les lacunes. Ce travail peut prendre des mois pour un seul soldat. Depuis 1974, les fouilles se déroulent par étapes, avec de nouvelles campagnes dans la fosse 1 durant les années 1980 puis à partir de 2009, ainsi que des travaux toujours en cours dans la fosse 2.
La conservation de la peinture est le problème le plus difficile. La couche de laque située sous la peinture se rétracte et se recourbe dès qu’elle perd son humidité. En collaboration avec des partenaires internationaux, les spécialistes chinois de la conservation ont mis au point des méthodes pour garder humides les surfaces nouvellement mises au jour et les consolider. Seul un petit nombre de statues conservent toutefois une part importante de leurs couleurs.
En 1987, le mausolée du premier empereur Qin, qui comprend l’Armée de terre cuite, a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Depuis les années 1970 et 1980, des statues choisies ont été présentées dans des expositions à travers le monde, attirant un public record, comme lors de l’exposition The First Emperor au British Museum en 2007–2008. La Chine a décidé, pour le moment, de ne pas ouvrir la chambre funéraire de l’empereur, car les techniques actuelles ne peuvent garantir la conservation de son contenu.
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Place dans l’histoire de l’art et héritage
Avant les Qin, les figurines déposées dans les tombes chinoises étaient généralement petites. L’armée Qin se distingue par ses dimensions grandeur nature et par son naturalisme : visages variés, corps réalistes et vêtements détaillés. Les tombes de la dynastie Han ont continué à accueillir des armées de figurines en terre cuite, comme celles de Yangjiawan et du tombeau de l’empereur Jing (Yangling), mais elles sont bien plus petites, souvent d’environ un tiers de la taille humaine. Il fallut attendre les sculptures bouddhiques, plusieurs siècles plus tard, pour revoir en Chine des sculptures humaines monumentales à l’échelle de celles des Qin.
Aujourd’hui, l’armée est un symbole mondial de la Chine et du Premier Empereur. Elle apparaît dans des films, des jeux, des dessins animés et des publicités, ainsi que dans les débats sur la manière de juger un souverain qui unifia un vaste territoire par la guerre et le travail forcé. En Chine, elle est une source de fierté nationale ; pour les chercheurs du monde entier, elle offre un témoignage unique sur l’organisation du premier État impérial.
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Débats entre chercheurs
Portraits ou types ? Comme les visages diffèrent, on dit souvent que chaque soldat est le portrait d’une personne réelle. La plupart des spécialistes pensent que les têtes ont été fabriquées à partir d’un nombre limité de types de moules, puis individualisées à la main. Il vaut donc mieux y voir des types variés que des portraits au sens moderne. Des études récentes fondées sur la photogrammétrie ont comparé les oreilles et les visages pour évaluer le degré d’individualisation des statues. La question reste ouverte.
Influence extérieure ? L’apparition soudaine de sculptures naturalistes grandeur nature a conduit certains auteurs à proposer une influence de l’art grec hellénistique transmise à travers l’Asie centrale. Les partisans de cette hypothèse évoquent le nouveau réalisme des statues et les contacts à travers l’Eurasie. Ses détracteurs soulignent l’absence de preuve directe, les techniques proprement chinoises employées pour fabriquer les statues et le présupposé eurocentrique selon lequel le naturalisme aurait nécessairement une origine grecque. La plupart des archéologues chinois insistent sur une évolution locale, et le débat n’est pas tranché.
À quoi servait l’armée ? On l’interprète généralement comme une garde destinée à protéger l’empereur dans l’au-delà et tournée vers les États orientaux qu’il avait conquis. D’autres y voient une représentation de la garde impériale ou de la garnison de la capitale, ou encore une partie d’un projet plus vaste visant à reproduire dans le tombeau tout l’ordre impérial, y compris les fonctionnaires et les artistes. Ces interprétations peuvent se compléter.
Le récit de Sima Qian est-il fiable ? Il a été rédigé environ un siècle après les événements par un historien de la dynastie Han, à une époque où les Qin étaient présentés comme un régime cruel et éphémère. L’archéologie confirme certains détails, comme l’ampleur du complexe et la présence de mercure, et révèle bien des éléments qu’il ne mentionne pas, notamment l’armée elle-même. La relation entre le texte et le site est donc une question essentielle de méthode.
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Sources et méthodes
Fouilles et prospection. La plupart des connaissances proviennent des fouilles archéologiques des fosses et des sépultures associées, ainsi que de l’étude du tertre sans fouilles, au moyen de sondages, de la géophysique et de l’analyse chimique des sols. Les rapports officiels de fouilles de la fosse 1 et des autres fosses fournissent des plans et des inventaires détaillés, tandis que le tertre est étudié sans être excavé.
Analyses scientifiques. L’analyse des pigments permet d’identifier les couleurs et le violet synthétique. L’analyse métallurgique des armes et des chars en bronze révèle les techniques de fonte et de finition. L’étude de l’argile et de la cuisson renseigne sur les sources locales de matière première et les températures des fours. L’étude des restes humains éclaire la composition de la main-d’œuvre. Ces méthodes ont fait de l’armée bien plus qu’un spectacle : elle constitue un témoignage détaillé des méthodes de production.
Inscriptions et textes. Les marques des potiers, les inscriptions sur les armes et celles des tuiles associées aux ouvriers constituent des témoignages écrits de l’époque. On peut les comparer aux textes juridiques Qin, comme ceux inscrits sur les lamelles de bambou découvertes à Shuihudi, qui décrivent les règles concernant les ateliers et le travail. Le Shiji fournit le récit historique, mais doit être lu avec un regard critique.
Éthique et conservation. Chaque décision de fouiller expose des matériaux fragiles. Les archéologues doivent donc mettre en balance les connaissances qu’ils pourraient acquérir et le risque de perdre des vestiges. Le choix de laisser fermé le tombeau de l’empereur exprime lui-même un principe méthodologique : certaines traces du passé sont mieux préservées si l’on attend.
Idées clés
- Une armée pour l’au-delà
- La croyance selon laquelle le souverain mort avait besoin de protection, d’une cour et de serviteurs dans l’autre monde, ici représentés par des statues.
- Production modulaire
- Les statues étaient assemblées à partir de pièces moulées standardisées, puis achevées à la main, ce qui permettait une grande variété à une échelle immense.
- Contrôle de la qualité par les noms
- Les noms des fabricants imprimés sur les statues permettaient à l’État Qin de retrouver et de punir les responsables d’un travail défectueux.
- Un empire en miniature
- Le complexe du mausolée reproduisait le monde de l’empereur, des soldats aux fonctionnaires, en passant par les écuries et les jardins.
- Puissance de l’État et travail forcé
- Le projet mobilisa un très grand nombre de personnes réquisitionnées et de condamnés, révélant à la fois les capacités et la cruauté de l’État Qin.
- Naturalisme
- Des statues grandeur nature, variées et détaillées, sans précédent dans l’art funéraire chinois antérieur.
- Préserver avant de fouiller
- La fragilité de la peinture et le tombeau encore fermé montrent pourquoi les archéologues choisissent parfois d’attendre.
Notices
- 246 av. J.-C. — Ying Zheng devient roi de Qin à 13 ans ; les travaux de son tombeau commencent (246 av. J.-C.).
- 221 av. J.-C. — Les Qin achèvent la conquête des autres États ; Ying Zheng devient le Premier Empereur (221 av. J.-C.).
- 210 av. J.-C. — Le Premier Empereur meurt pendant un voyage et est enterré au mont Li (210 av. J.-C.).
- v. 208 av. J.-C. — Des rébellions interrompent les travaux du mausolée (vers 208 av. J.-C.).
- 206 av. J.-C. — La dynastie Qin s’effondre ; des récits postérieurs affirment que Xiang Yu pilla le complexe funéraire (206 av. J.-C.).
- 1974 — Des paysans qui creusent un puits découvrent des fragments ; les fouilles de la fosse 1 commencent.
- 1976 — Des sondages permettent de repérer les fosses 2 et 3.
- 1979 — Le musée construit au-dessus de la fosse 1 ouvre au public.
- 1980 — Deux chars en bronze à moitié grandeur nature sont découverts à l’ouest du tertre funéraire.
- 1987 — Le mausolée du premier empereur Qin est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
- 1999 — Une fosse contenant des statues d’acrobates ou d’artistes est fouillée.
- 2009 — Une nouvelle phase de fouilles commence dans la fosse 1.
Glossaire
- Terre cuite
- Argile cuite, utilisée pour la poterie, les tuiles et la sculpture.
- Mausolée
- Grand tombeau monumental ou vaste complexe funéraire.
- Nécropole
- « Ville des morts » : vaste espace funéraire comprenant de nombreuses tombes et constructions.
- Qin
- L’État, puis la dynastie (221–206 av. J.-C.), qui unifia la Chine pour la première fois.
- Moule
- Forme creuse dans laquelle on presse l’argile pour reproduire une pièce.
- Laque
- Vernis fabriqué à partir de la sève d’un arbre, appliqué sous la peinture des statues.
- Arbalète
- Arc mécanique muni d’une détente, arme importante des armées des Royaumes combattants et des Qin.
- Shiji
- Les Mémoires historiques de Sima Qian, achevés vers 90 av. J.-C., principale source écrite sur le Premier Empereur.
- Personne réquisitionnée
- Personne obligée par l’État de servir comme soldat ou comme travailleur.
- Violet de Han
- Pigment violet synthétique (silicate de cuivre et de baryum) utilisé dans la Chine ancienne.
Questions et réponses
Combien y a-t-il de soldats ?
Les archéologues estiment qu’il y a plus de 8 000 soldats dans les trois principales fosses, ainsi que des chars et des chevaux. Seule une partie a été fouillée jusqu’à présent.
Tous les visages sont-ils différents ?
Ils semblent différents, mais ils ont été fabriqués à partir d’un nombre limité de types de moules, puis modelés à la main. Ils sont donc variés, sans être de véritables portraits de personnes précises.
Les soldats ont-ils toujours été gris ?
Non. Ils étaient peints de couleurs vives sur une couche de laque, mais la majeure partie de la peinture s’est écaillée, souvent quelques minutes seulement après leur exhumation.
Pourquoi le tombeau de l’empereur n’a-t-il pas été ouvert ?
Parce que les archéologues ne peuvent pas encore garantir que son contenu, notamment les matériaux fragiles, résisterait à une exposition à l’air. Les autorités chinoises ont choisi d’attendre.
Y a-t-il vraiment du mercure dans le tombeau ?
Le sol au-dessus du tertre présente des concentrations de mercure anormalement élevées, ce qui correspond à la description des rivières de mercure donnée par Sima Qian. Mais personne n’a vu l’intérieur du tombeau.
Qui a fabriqué l’armée ?
Des ateliers de l’État et des ateliers locaux, avec des artisans et un très grand nombre de travailleurs réquisitionnés et de condamnés. Les noms de nombreux contremaîtres subsistent sous forme de marques imprimées sur les statues.
La sculpture grecque l’a-t-elle influencée ?
Certains chercheurs l’ont proposé, mais il n’existe aucune preuve directe. De nombreux archéologues estiment que les statues sont issues de techniques et d’évolutions propres à la Chine.
Sources et lectures complémentaires
- Terracotta Army. Wikipedia
- Mausoleum of the First Qin Emperor. Wikipedia
- 병마용. 위키백과 (Korean Wikipedia)
- 진시황릉. 위키백과 (Korean Wikipedia)
- Mausoleum of the First Qin Emperor. UNESCO World Heritage Centre
- Shuihudi Qin bamboo texts. Wikipedia
- Jane Portal (ed.), The First Emperor: China’s Terracotta Army. British Museum Press, 2007
- Lothar Ledderose, Ten Thousand Things: Module and Mass Production in Chinese Art. Princeton University Press, 2000
À découvrir aussi
- Guerres d’unification des QinSérie de campagnes menées par les Qin, qui ont conquis six États rivaux entre 230 et 221 av. J.-C.
- Sima QianHistorien de la dynastie Han qui compila les Mémoires historiques, vaste histoire du monde chinois ancien.
- Pyramide de KhéopsTombeau royal construit pour le pharaon égyptien Khéops. C’est la plus grande des pyramides de Gizeh et la seule des merveilles du monde antique encore debout.
- Masque funéraire de ToutânkhamonMasque funéraire en or découvert dans la tombe du pharaon égyptien Toutânkhamon.
- Yin XuVestiges d’une capitale de la fin de la dynastie Shang près de l’actuelle Anyang, comprenant des tombes royales, des ateliers et des os oraculaires portant des inscriptions.
Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
