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Pour les jeunes lecteurs
Il y a environ 2 600 ans, Thalès vivait à Milet, un port animé sur la côte de l’actuelle Turquie. Des bateaux arrivaient d’Égypte, de Phénicie et de nombreuses villes grecques. Ils apportaient des marchandises, des nouvelles et des idées.
Thalès se demandait : « De quoi tout est-il fait ? » Il voyait la pluie, les fleuves, la mer et les plantes qui ont besoin d’eau pour pousser. Il a proposé une réponse : tout vient de l’eau. Il se trompait, mais il cherchait une explication dans la nature.
On racontait des histoires étonnantes sur lui. Il aurait mesuré la hauteur d’une pyramide grâce à son ombre et trouvé à quelle distance se trouvait un bateau en mer. Il aurait aussi annoncé une éclipse de Soleil. Pendant une éclipse, la Lune cache le Soleil et le ciel s’assombrit. Selon l’histoire, deux armées ont alors arrêté de se battre.
Il y a aussi des histoires amusantes. Un jour, Thalès aurait regardé les étoiles avec tant d’attention qu’il serait tombé dans un puits. Une servante s’est moquée de lui : il voulait comprendre le ciel, mais ne voyait pas ce qui était devant ses pieds ! Une autre histoire raconte qu’il a prévu une grande récolte d’olives. Il a loué tous les pressoirs à olives et a gagné beaucoup d’argent.
Aucun livre écrit par Thalès ne nous est parvenu. Nous le connaissons grâce à des personnes qui ont parlé de lui plus tard. Il posait des questions et cherchait des réponses dans la nature. C’est pourquoi Aristote l’a présenté comme le premier philosophe. On l’appelle aussi souvent le père de la science.
En bref
- Dates de vie
- vers 624/623 – vers 548/545 av. J.-C. (chronologie antique ; dates exactes incertaines)
- Lieu
- Milet, cité grecque d’Ionie sur la côte ouest de l’Asie Mineure (près de l’actuelle Balat, en Turquie)
- Connu pour
- Avoir été désigné par Aristote comme le fondateur de la philosophie de la nature ; avoir affirmé que l’eau est à l’origine de toutes choses
- Autres idées rapportées
- La Terre flotte sur l’eau ; l’aimant possède une âme ; toutes choses sont pleines de dieux
- Sciences et mathématiques
- La tradition lui attribue la prédiction d’une éclipse de Soleil (585 av. J.-C.) et les premiers théorèmes de géométrie
- Écrits
- Aucun ne nous est parvenu ; il est possible qu’il n’ait rien écrit. Tout ce que nous savons vient de témoignages postérieurs
- Distinctions
- Compté parmi les Sept Sages de la Grèce antique
- Successeurs
- Anaximandre et Anaximène, regroupés avec lui sous le nom d’école de Milet
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Qui était Thalès ?
Thalès de Milet est traditionnellement considéré comme le premier philosophe grec et comme l’une des premières personnes connues par leur nom à avoir cherché à expliquer la nature par des causes naturelles. Il vivait au début du VIe siècle av. J.-C. à Milet, une cité grecque prospère sur la côte de l’Asie Mineure.
Plus de deux siècles après lui, Aristote a présenté Thalès comme le fondateur d’une philosophie qui recherche les principes fondamentaux de toutes choses. Thalès aurait affirmé que tout a pour origine l’eau. Derrière cette réponse se trouve une nouvelle manière de poser la question : non plus « quel dieu a créé le monde ? », mais « de quoi le monde est-il fait et comment fonctionne-t-il ? »
Thalès est aussi resté célèbre comme un homme ingénieux dans la pratique : ingénieur, astronome, mathématicien et conseiller politique. Il figurait parmi les Sept Sages de la Grèce ancienne. Mais aucun écrit de lui ne nous est parvenu et presque tout ce que nous savons vient d’auteurs postérieurs. Il est donc souvent difficile de distinguer le Thalès historique du Thalès légendaire.
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Milet : une cité au carrefour des échanges
Milet était l’une des cités grecques les plus riches de son époque. Elle se trouvait près de l’embouchure du Méandre, dans la région appelée Ionie, où des Grecs s’étaient installés le long de la côte de l’Asie Mineure. Ses ports la reliaient à la mer Noire, sur les rives de laquelle elle fonda de nombreuses colonies, ainsi qu’à l’Égypte, où les Grecs commerçaient à Naucratis.
Tout près se trouvait le royaume de Lydie, dont les rois Alyatte et Crésus étaient puissants et riches. La Lydie fut l’un des premiers lieux où l’on utilisa des pièces de monnaie. Plus à l’est vivaient les Mèdes et, bientôt, les Perses. Au sud et à l’est se trouvaient les anciennes civilisations d’Égypte et de Mésopotamie, qui possédaient des siècles d’observations astronomiques et de connaissances mathématiques pratiques.
Ce mélange de commerce, de voyages et de contacts avec des cultures plus anciennes faisait de Milet un lieu propice aux idées nouvelles. Selon des auteurs antiques, Thalès se rendit en Égypte. De nombreux chercheurs pensent aussi que l’astronomie babylonienne et la géométrie égyptienne lui parvinrent sous une forme ou une autre, mais on débat encore de ce qu’il emprunta et de ce qu’il inventa.
Facile
Sa vie : ce que disent les auteurs antiques
D’après la chronologie d’Apollodore rapportée par Diogène Laërce, Thalès naquit la première année de la 39e olympiade (624/623 av. J.-C.) et mourut pendant la 58e olympiade (548–545 av. J.-C.), à l’âge de 78 ans, alors qu’il assistait à des compétitions sportives sous la chaleur. Ses parents sont appelés Examyès et Cléobuline. Hérodote dit que Thalès était « d’origine phénicienne », une affirmation que les chercheurs interprètent de diverses façons.
Hérodote rapporte aussi deux récits politiques. Avant la conquête perse de l’Ionie, Thalès aurait conseillé aux Grecs d’Ionie de former un conseil commun siégeant à Téos, au centre de la région, tandis que chaque cité conserverait ses propres lois : une proposition précoce d’union fédérale. Lorsque le roi Crésus de Lydie ne parvint pas à faire traverser le fleuve Halys à son armée, certains Grecs affirmèrent que Thalès avait détourné le fleuve en deux bras. Hérodote lui-même en doutait et pensait que Crésus avait utilisé des ponts.
Deux anecdotes célèbres montrent comment les Grecs des époques suivantes se représentaient Thalès. Dans le Théétète de Platon, il tombe dans un puits en observant les étoiles, et une spirituelle servante thrace se moque de lui : il veut savoir ce qui se passe dans le ciel, mais ne voit pas ce qui est à ses pieds. Dans la Politique d’Aristote, Thalès, dont on se moquait parce qu’il était pauvre, se sert de ses connaissances astronomiques pour prévoir une bonne récolte d’olives. Pendant l’hiver, il loue tous les pressoirs à olives de Milet et de Chios, puis fait fortune : il montre ainsi que les philosophes pourraient devenir riches s’ils le voulaient.
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« Tout est eau » : les débuts de la philosophie de la nature
Dans le premier livre de sa Métaphysique, Aristote passe en revue les penseurs antérieurs qui cherchaient le principe matériel (archè) d’où viennent toutes choses et auquel elles retournent. Il écrit que « Thalès, fondateur de ce type de philosophie », affirme que ce principe est l’eau. Il rapporte aussi que, selon Thalès, la Terre repose sur l’eau et flotte comme un morceau de bois.
Aristote reconnaît qu’il ne connaît pas les raisons de Thalès et propose ses propres hypothèses : toute nourriture est humide, la chaleur elle-même naît de l’humidité et s’entretient grâce à elle, et les germes de toutes choses sont de nature humide. Les chercheurs modernes envisagent d’autres possibilités : l’eau peut exister sous forme solide, liquide ou gazeuse ; elle joue un rôle dans les crues du Nil et la pluie ; et des mythes répandus au Proche-Orient racontent qu’un océan primordial était à l’origine du monde.
La nouveauté n’était pas de faire de l’eau une origine : des mythes mésopotamiens, égyptiens et grecs présentaient des images semblables. Elle tenait plutôt à l’usage que Thalès semble avoir fait de cette idée. Au lieu de raconter comment les dieux créent le monde par leurs actes, il proposait une substance naturelle unique comme explication, que l’on pouvait discuter, remettre en question et améliorer. Ses successeurs firent précisément cela : Anaximandre remplaça l’eau par « l’illimité » (apeiron), et Anaximène par l’air.
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Aimants, âmes et dieux
Dans son traité De l’âme, Aristote rapporte deux autres idées. Premièrement, Thalès pensait que l’aimant, ou pierre d’aimant, possédait une âme parce qu’il met le fer en mouvement. Des auteurs postérieurs ajoutent l’ambre, qui attire de petits objets légers quand on le frotte. Pour Thalès, semble-t-il, l’âme était ce qui provoquait le mouvement : les choses qui en font bouger d’autres devaient donc être vivantes en un certain sens.
Deuxièmement, Aristote dit que, selon certains, l’âme est mêlée à tout l’univers, « ce qui explique peut-être pourquoi Thalès pensait que toutes choses sont pleines de dieux ». Cette formule suggère que Thalès n’a pas simplement écarté le divin de la nature. Il a peut-être considéré que la vie et la puissance divine étaient présentes dans le monde naturel lui-même, une conception parfois appelée hylozoïsme (« matière vivante »).
Ces témoignages invitent à la prudence devant l’image d’un Thalès penseur purement « scientifique ». Ses idées associaient les explications naturelles au sentiment que le monde est vivant et divin. La rupture avec le mythe a bien eu lieu, mais elle fut progressive et partielle.
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L’éclipse de 585 av. J.-C.
L’histoire la plus célèbre concernant Thalès vient d’Hérodote. Les Lydiens et les Mèdes se faisaient la guerre depuis cinq ans. La sixième année, pendant une bataille, le jour se changea soudain en nuit. Selon Hérodote, Thalès avait annoncé aux Ioniens que cela se produirait, en indiquant l’année de l’événement. Les deux camps furent si effrayés qu’ils cessèrent le combat et firent la paix.
Les astronomes modernes ont identifié cet événement à une éclipse totale de Soleil visible en Asie Mineure le 28 mai 585 av. J.-C. Si Thalès l’a réellement prédite, ce serait l’un des exploits scientifiques les plus remarquables de l’Antiquité. Cette date sert souvent de point de départ symbolique à la philosophie grecque.
Mais l’a-t-il fait ? De nombreux historiens de l’astronomie, dont Otto Neugebauer et D. R. Dicks, ont soutenu qu’aucune méthode disponible au VIe siècle av. J.-C. ne permettait de prévoir si une éclipse de Soleil serait visible en un lieu précis. Les astronomes babyloniens pouvaient prévoir les périodes où une éclipse était possible grâce à des cycles comme le « saros », d’environ 18 ans. Cela aurait peut-être permis d’annoncer qu’une éclipse pouvait se produire au cours d’une certaine année. D’autres chercheurs pensent que le récit est apparu après l’événement, ou qu’il désignait à l’origine un autre phénomène. La question reste ouverte.
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Géométrie et astronomie
Le philosophe néoplatonicien Proclus, qui écrivait au Ve siècle apr. J.-C. et s’appuyait sur une Histoire de la géométrie aujourd’hui perdue, rédigée par Eudème, élève d’Aristote, attribue à Thalès l’introduction de la géométrie égyptienne en Grèce et plusieurs découvertes : un diamètre partage un cercle en deux parties égales ; les angles à la base d’un triangle isocèle sont égaux ; les angles opposés par le sommet, formés par deux droites qui se coupent, sont égaux ; et deux triangles sont égaux s’ils ont un côté et les deux angles adjacents égaux. Selon Eudème, Thalès aurait dû utiliser ce dernier théorème pour calculer la distance des navires en mer.
Diogène Laërce, citant l’auteure Pamphila, affirme que Thalès fut le premier à inscrire un triangle rectangle dans un cercle. C’est pourquoi le théorème selon lequel un angle inscrit dans un demi-cercle est droit porte encore le nom de « théorème de Thalès » dans de nombreux pays. Selon un autre récit, il aurait mesuré la hauteur des pyramides en attendant l’heure où l’ombre d’une personne est égale à sa taille, puis en mesurant l’ombre de la pyramide.
En astronomie, Thalès aurait conseillé aux marins de se guider à l’aide de la Petite Ourse (Ursa Minor), comme le faisaient les Phéniciens, et aurait étudié les solstices. Certains auteurs antiques lui attribuaient un Guide des étoiles pour les marins, mais d’autres en doutaient déjà. Les chercheurs modernes restent prudents : ces récits ont été écrits plusieurs siècles plus tard, et les auteurs antiques avaient tendance à attribuer des découvertes à des personnages célèbres. Ils montrent néanmoins que les Grecs voyaient en Thalès le point de départ de leurs traditions mathématique et astronomique.
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Pourquoi ces idées sont-elles apparues en Ionie ?
Les historiens se demandent depuis longtemps pourquoi cette nouvelle manière de penser est apparue à Milet au VIe siècle av. J.-C. plutôt qu’ailleurs. Il n’existe pas de réponse unique faisant consensus, mais plusieurs facteurs sont souvent proposés ; ils ont probablement agi ensemble.
Contacts et comparaisons. Les cités ioniennes se trouvaient aux confins du monde grec et entretenaient des contacts quotidiens avec les Lydiens, les Phéniciens, les Égyptiens et, par leur intermédiaire, la Mésopotamie. Les voyageurs qui découvraient plusieurs récits différents sur l’origine du monde pouvaient se demander lequel était vrai et chercher des explications indépendantes des dieux d’un peuple particulier.
Absence d’une autorité religieuse unique. La religion grecque n’avait ni livre sacré ni classe de prêtres contrôlant l’enseignement sur l’origine du monde. Les mythes existaient sous de nombreuses versions. Des poètes comme Homère et Hésiode étaient admirés, mais leurs récits n’étaient pas tenus pour des dogmes. Les individus pouvaient donc proposer leurs propres explications.
La cité-État. Dans la polis grecque, les lois et les décisions faisaient de plus en plus l’objet de débats publics. L’historien français Jean-Pierre Vernant soutenait que cette culture politique de la discussion ouverte avait marqué la nouvelle philosophie : chacun devait défendre ses affirmations par des arguments devant les autres. La proposition attribuée à Thalès de créer un conseil commun aux cités ioniennes montre à quel point la pensée politique et la réflexion théorique pouvaient être liées.
Richesse, écriture et monnaie. Le commerce apportait prospérité et temps libre ; l’alphabet facilitait la mise par écrit et la circulation des idées ; et les nouvelles monnaies lydienne et grecque habituaient les gens à penser à une mesure abstraite de la valeur, échangeable contre toutes sortes de biens. Richard Seaford a soutenu que l’expérience de la monnaie avait aidé à concevoir l’idée d’une substance unique sous-jacente à toutes choses. Ces explications restent discutées, mais, prises ensemble, elles permettent de comprendre Thalès comme un homme de sa société et non comme un génie isolé.
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Influence et héritage
L’héritage le plus important de Thalès est peut-être la tradition de discussion critique qu’il a inaugurée. Les autres penseurs de Milet, Anaximandre, présenté comme son élève et son parent, et Anaximène ont repris sa question sur l’origine des choses et proposé d’autres réponses. Ensemble, ils forment ce qu’on appelle l’école de Milet. Cette manière de procéder, où un penseur propose une théorie et où le suivant la critique et l’améliore, est souvent considérée comme un germe de la philosophie et de la science.
Les auteurs grecs postérieurs ont fait de Thalès un modèle de sage. Il figure sur les listes des Sept Sages aux côtés de Solon d’Athènes, de Bias de Priène et de Pittacos de Mytilène. Des maximes célèbres comme « Connais-toi toi-même » lui ont parfois été attribuées, mais aussi à d’autres. Platon a utilisé l’histoire du puits pour réfléchir à la place du philosophe dans la société. Aristote a placé Thalès au début de l’histoire de la philosophie, une présentation que les historiens ont suivie depuis.
À l’époque moderne, Thalès est souvent présenté comme le « père de la science » ou le point de départ de la philosophie occidentale. Son nom survit dans le théorème de Thalès, enseigné dans les écoles du monde entier. Les historiens soulignent aujourd’hui que les débuts de la pensée grecque s’inscrivent dans une histoire plus vaste : pendant ces mêmes siècles, les auteurs des Upanishads en Inde et des penseurs comme Confucius en Chine posaient eux aussi de nouvelles questions sur le monde et la vie humaine.
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Comment le savons-nous ? Le problème des sources
Aucun texte de Thalès ne nous est parvenu et nous ignorons s’il a écrit quoi que ce soit. Nos témoignages sont entièrement indirects et appartiennent à plusieurs périodes. Les plus anciens sont de brèves mentions chez Hérodote, au Ve siècle av. J.-C., et chez Platon. Le témoignage philosophique le plus important vient d’Aristote, au IVe siècle av. J.-C. Celui-ci ne disposait lui-même d’aucun écrit de Thalès et marque souvent son incertitude par des expressions comme « on dit » ou « peut-être ».
Théophraste, élève d’Aristote, compila une histoire des opinions des premiers philosophes de la nature. Bien que perdue, elle devint la base de la tradition doxographique postérieure, c’est-à-dire des recueils d’opinions des philosophes. Des sources beaucoup plus tardives, comme Diogène Laërce, qui vécut probablement au IIIe siècle apr. J.-C., Proclus, au Ve siècle apr. J.-C., et d’autres, conservent des anecdotes, des dates et des attributions dont la fiabilité varie.
Les chercheurs modernes organisent ces témoignages à l’aide des recueils d’Hermann Diels, en particulier Die Fragmente der Vorsokratiker (1903), révisé par la suite par Walther Kranz. Dans la numérotation classique de Diels et Kranz, Thalès occupe le chapitre 11. Comme les témoignages nous parviennent notamment à travers la conception aristotélicienne des « causes matérielles », de nombreux chercheurs avertissent que l’image de Thalès comme premier penseur à rechercher une archè pourrait relever en partie d’une reconstruction d’Aristote plutôt que des termes employés par Thalès lui-même.
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Débats : premier philosophe, sage ou ingénieur ?
Thalès fut-il vraiment le premier philosophe ? Au XIXe et au début du XXe siècle, des historiens comme John Burnet insistaient sur la nouveauté de l’école de Milet et y voyaient la naissance de la science rationnelle. D’autres, comme F. M. Cornford, soutenaient que la première philosophie grecque était issue d’idées religieuses et mythiques avec lesquelles elle conservait des liens profonds. Aujourd’hui, la plupart des chercheurs adoptent une position intermédiaire : la recherche par Thalès d’explications naturelles ouvertes à la discussion était réellement nouvelle, mais elle puisait aussi dans des représentations plus anciennes du cosmos.
Quelle fut l’importance des influences du Proche-Orient ? Les ressemblances entre l’eau de Thalès et les eaux primordiales des récits mésopotamiens et égyptiens sur l’origine du monde, ainsi que les récits de ses voyages en Égypte et de sa connaissance de l’astronomie babylonienne, ont conduit certains chercheurs à voir en lui un passeur de savoirs anciens. D’autres soulignent que la nouveauté grecque tenait moins au contenu des idées qu’à la méthode et au cadre social : dans une culture où les cités-États rivalisaient, les idées étaient débattues en public.
Certains historiens remettent aussi en question l’emploi même du mot « philosophe ». Dans les récits antiques, Thalès apparaît autant comme un ingénieur, un homme d’État et un sage pragmatique que comme un théoricien. Cette vision plus large aide à comprendre pourquoi les Grecs des époques suivantes ont raconté tant d’histoires sur lui. Elle rappelle aussi que la première pensée grecque était étroitement liée à la navigation, au commerce, à la politique et au calendrier, ainsi qu’à la vie quotidienne.
Idées clés
- Archè
- L’origine ou le premier principe de toutes choses ; selon Aristote, Thalès l’identifiait à l’eau.
- Explication naturelle
- Une explication des événements par des causes présentes dans la nature plutôt que par les actions des dieux ; Thalès en est considéré comme un pionnier.
- Monisme
- L’idée que toutes choses proviennent d’une seule réalité fondamentale, comme l’eau, l’illimité ou l’air dans les théories de l’école de Milet.
- Hylozoïsme
- L’idée que la matière est vivante ou possède une âme, suggérée par les propos attribués à Thalès sur l’aimant et sur le fait que « toutes choses sont pleines de dieux ».
- Tradition critique
- La pratique qui consiste, pour les penseurs suivants, à remettre en question et à améliorer les théories antérieures ; elle débuta chez les penseurs de Milet.
- Géométrie déductive
- La démonstration de vérités générales sur les figures ; la tradition grecque attribuait à Thalès les premiers théorèmes.
- Tradition des sages
- L’image grecque du sage, versé aussi bien dans les affaires pratiques et politiques que dans la réflexion théorique, dont les Sept Sages sont des exemples.
Notices
- v. 624 av. J.-C. — Naissance de Thalès à Milet, selon la chronologie d’Apollodore (39e olympiade, première année).
- v. 610 av. J.-C. — Naissance d’Anaximandre, présenté plus tard comme l’élève et le successeur de Thalès.
- 585 av. J.-C. — Une éclipse totale de Soleil, le 28 mai, interrompt une bataille entre les Lydiens et les Mèdes ; selon Hérodote, Thalès l’avait annoncée.
- v. 547 av. J.-C. — Crésus de Lydie est vaincu par Cyrus de Perse ; l’Ionie passe peu après sous domination perse.
- v. 546 av. J.-C. — Mort de Thalès vers l’âge de 78 ans, selon Diogène Laërce (58e olympiade).
- 494 av. J.-C. — Milet est prise et mise à sac par les Perses après la révolte de l’Ionie.
- v. 340 av. J.-C. — Dans la Métaphysique, Aristote présente Thalès comme le fondateur de la philosophie de la nature.
- v. 220 apr. J.-C. — Diogène Laërce compile ses Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, qui comprennent une vie de Thalès.
- v. 450 apr. J.-C. — Dans son commentaire sur Euclide, Proclus dresse, à partir d’Eudème, la liste des découvertes géométriques attribuées à Thalès.
- 1903 — Hermann Diels publie Die Fragmente der Vorsokratiker, le recueil de référence des témoignages sur les présocratiques.
Glossaire
- Ionie
- Région du centre de la côte ouest de l’Asie Mineure et îles voisines, où se trouvaient des cités grecques comme Milet et Éphèse.
- Présocratiques
- Penseurs grecs antérieurs à Socrate ou contemporains de lui, de Thalès à Démocrite.
- École de Milet
- Thalès, Anaximandre et Anaximène, les trois premiers philosophes de la nature originaires de Milet.
- Sept Sages
- Groupe traditionnel de sages de la Grèce archaïque, dont les listes comprennent toujours Thalès.
- Doxographie
- Recueils antiques résumant les opinions des philosophes, souvent notre principale source sur les présocratiques.
- Témoignage indirect
- Récit postérieur sur la vie ou les idées d’un penseur, par opposition à une citation directe, appelée fragment.
- Saros
- Cycle d’environ 18 ans au terme duquel des éclipses se répètent, connu des astronomes babyloniens.
- Pierre d’aimant
- Pierre naturellement magnétique qui attire le fer.
- Théorème de Thalès
- Un angle inscrit dans un demi-cercle est toujours un angle droit.
- Diels–Kranz
- Système de numérotation de référence pour les fragments et les témoignages concernant les présocratiques.
Questions et réponses
Thalès pensait-il vraiment que tout était fait d’eau ?
Aristote l’affirme, même s’il reconnaît ne pas connaître les raisons de Thalès. Celui-ci voulait peut-être dire que l’eau est à l’origine des choses, plutôt que d’affirmer que tout est littéralement de l’eau aujourd’hui.
A-t-il vraiment prédit une éclipse ?
Hérodote le dit, mais de nombreux historiens de l’astronomie doutent qu’une personne de son époque ait pu prévoir une éclipse de Soleil visible en un lieu précis. La question reste débattue.
Pourquoi l’appelle-t-on le premier philosophe ?
Parce qu’Aristote l’a présenté comme le fondateur de la philosophie de la nature : il recherchait un principe naturel commun à toutes choses au lieu de s’en remettre aux mythes.
Est-il tombé dans un puits ?
Cette histoire vient de Platon. Il s’agit probablement d’une plaisanterie sur les penseurs distraits, et non d’un récit historique.
Quels livres Thalès a-t-il écrits ?
Aucun ne nous est parvenu, et il est possible qu’il n’en ait écrit aucun. Tout ce que nous savons de lui vient d’auteurs postérieurs.
Les témoignages sur Thalès sont-ils fiables ?
Ils sont indirects et tardifs, et passent notamment par la manière dont Aristote comprenait la philosophie. Les chercheurs examinent donc chaque récit avec prudence.
Thalès a-t-il été influencé par l’Égypte et Babylone ?
Probablement d’une manière ou d’une autre, grâce au commerce et aux voyages. On débat toutefois encore de ce qu’il a emprunté et de ce qui était nouveau dans ses idées.
Sources et lectures complémentaires
- Patricia O’Grady, Thales of Miletus (c. 620 B.C.E.—c. 546 B.C.E.). Internet Encyclopedia of Philosophy
- Thales of Miletus. Wikipedia
- Presocratic Philosophy. Stanford Encyclopedia of Philosophy
- Eclipse of Thales. Wikipedia
- Thales’s theorem. Wikipedia
- Anaximander. Wikipedia
- Herodotus, Herodotus, The Histories. Perseus Digital Library, Tufts University
- Aristotle, Aristotle, Metaphysics. Perseus Digital Library, Tufts University
- G. S. Kirk, J. E. Raven and M. Schofield, The Presocratic Philosophers (2nd edition). Cambridge University Press, 1983
À découvrir aussi
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- PlatonDisciple de Socrate et fondateur de l’Académie. Ses dialogues demeurent une pierre angulaire de la philosophie occidentale.
- SocratePhilosophe athénien qui n’a rien écrit lui-même. Connu par Platon et Xénophon, il fut jugé et exécuté en 399 av. J.-C.
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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
