Histoire

Bible de Gutenberg

Biblia Latina (Bible à 42 lignes, B42)

1452–1455 · Mayence (Saint-Empire romain germanique)

En une phrase

La Bible de Gutenberg est une immense Bible en latin imprimée à Mayence, en Allemagne, vers 1454–55 dans l’atelier de Johannes Gutenberg ; c’est le premier grand livre européen réalisé avec des caractères métalliques mobiles.

Bible de Gutenberg
Image: NYC Wanderer (Kevin Eng) · CC BY-SA 2.0 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Il y a longtemps, en Europe, tous les livres devaient être recopiés à la main. Un copiste pouvait mettre plus d’un an pour écrire une seule Bible à la plume d’oie. Les livres étaient donc rares et très chers.

Johannes Gutenberg, un artisan travaillant les métaux dans la ville de Mayence, en Allemagne, eut une grande idée. Il fabriqua des milliers de petites lettres de métal, chacune séparée et déplaçable. Des ouvriers les alignaient pour former des mots et des pages, étalaient une encre collante dessus, puis pressaient du papier par-dessus avec une machine appelée presse à imprimer. Ensuite, ils pouvaient démonter les lettres et les réutiliser pour la page suivante.

Vers 1454–55, son atelier termina l’impression d’une Bible en latin. Elle était énorme : environ 1 280 pages, généralement reliées en deux gros volumes. Chaque page a deux colonnes de 42 lignes, c’est pourquoi on l’appelle aussi la Bible à 42 lignes. Environ 180 exemplaires furent imprimés, certains sur papier et d’autres sur une peau animale lisse appelée vélin.

Les pages imprimées ressemblent presque à de l’écriture manuscrite, car Gutenberg voulait que son livre soit aussi beau que les meilleurs livres copiés à la main. Après l’impression, des artistes peignaient à la main des lettres rouges et bleues et des fleurs colorées dans les marges, si bien que chaque exemplaire est un peu différent.

Environ 49 exemplaires ont survécu jusqu’à aujourd’hui, certains complets et d’autres en morceaux. Ils sont conservés dans de grandes bibliothèques et de grands musées à travers le monde. La Bible de Gutenberg a montré que les livres pouvaient être fabriqués beaucoup plus vite, et l’imprimerie s’est vite répandue dans toute l’Europe.

En bref

Impression
Mayence, vers 1452–1455 ; achevée au plus tard en 1455
Imprimeurs
Atelier de Johannes Gutenberg, financé par Johann Fust ; Peter Schöffer y a probablement travaillé
Texte
La Vulgate latine, dans une version proche de la « Bible de Paris » médiévale
Format
Grand in-folio, environ 1 280 pages (641–643 feuillets), généralement relié en deux volumes ; deux colonnes de 42 lignes
Exemplaires
Environ 160–185 imprimés (environ 135 sur papier, 45 sur vélin) ; environ 49 subsistent, dont une vingtaine complets
Caractères
Type gothique textura d’environ 290 caractères différents, avec ligatures et abréviations
Reconnaissance
L’exemplaire sur vélin de Göttingen inscrit au Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO (2001)
Autres noms
Bible à 42 lignes (B42), Bible Mazarine

Facile

Qu’est-ce que la Bible de Gutenberg ?

La Bible de Gutenberg est une édition de la Bible latine imprimée dans la ville allemande de Mayence au milieu des années 1450. C’est le premier grand livre imprimé en Europe avec des caractères métalliques mobiles, une technique permettant d’assembler, d’imprimer, de démonter et de réutiliser les mêmes lettres. Elle fut produite dans l’atelier de Johannes Gutenberg, avec de l’argent prêté par le marchand de Mayence Johann Fust.

Comme chaque colonne compte 42 lignes, les bibliographes l’appellent la Bible à 42 lignes, ou B42. On la nomme aussi Bible Mazarine, car le premier exemplaire ayant attiré l’attention des savants, au XVIIIe siècle, se trouvait dans la bibliothèque du cardinal Mazarin, à Paris.

L’imprimerie n’a pas été inventée à Mayence : la xylographie était utilisée en Chine, en Corée et au Japon depuis de nombreux siècles, et les caractères mobiles avaient été fabriqués en Chine dès le XIe siècle, puis en métal en Corée dès le XIIIe siècle. Ce que Gutenberg a créé, c’est un système complet permettant de produire des caractères métalliques en grande quantité et d’imprimer efficacement avec eux ; ce système s’est répandu rapidement à travers l’Europe.

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Facile

Qui était Johannes Gutenberg ?

Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg naquit à Mayence vers 1400 ; l’année exacte est inconnue. Issu d’une famille patricienne, il tira son nom d’usage de la maison familiale, le Hof zum Gutenberg. Il semble avoir été formé au travail des métaux et avoir eu des liens avec l’hôtel des monnaies de la ville.

En raison de conflits politiques à Mayence, il vécut de longues années à Strasbourg. Les archives d’un procès qui s’y déroula en 1439 montrent qu’il avait une affaire secrète avec des associés, portant sur la fabrication de miroirs métalliques polis pour les pèlerins se rendant à Aix-la-Chapelle, et qu’elle impliquait une presse, du plomb et des « moules ». De nombreux historiens pensent qu’il expérimentait déjà l’imprimerie.

En 1448, il était de retour à Mayence. Là, il emprunta de l’argent, d’abord à des proches, puis, vers 1450, 800 florins à Johann Fust, suivis quelques années plus tard d’un second prêt de 800 florins pour le projet de la Bible. Ces dettes lui coûteraient plus tard le contrôle de son propre atelier.

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Facile

Comment fut-elle imprimée ?

L’invention clé fut un moyen de couler rapidement de nombreuses lettres identiques. Un artisan gravait d’abord une lettre en relief inversé au bout d’une tige d’acier dur, appelée poinçon. Le poinçon était frappé dans un bloc de cuivre plus tendre pour créer un moule de la lettre, appelé matrice. La matrice était fixée dans un moule à main réglable, et l’on y versait du métal en fusion. En quelques secondes, une petite lettre de métal, ou caractère, était prête. Le métal était un alliage de plomb, d’étain et d’antimoine, qui fond facilement, refroidit vite et est assez dur pour résister à l’impression.

Les compositeurs prenaient les caractères dans des casses et les alignaient pour former une page. La page composée était bloquée dans un châssis, encrée avec une encre à base d’huile qui adhérait mieux au métal que les encres à base d’eau utilisées par les copistes, puis pressée sur du papier ou du vélin humidifié à l’aide d’une presse à vis, sans doute adaptée des presses utilisées pour le vin, le papier ou le lin.

Pour que les pages ressemblent à une belle écriture manuscrite, l’atelier de Gutenberg fit fondre environ 290 caractères différents : majuscules, minuscules, de nombreuses ligatures (lettres liées) et abréviations, ainsi que des lettres de largeurs légèrement différentes. Cela permettait de justifier parfaitement les lignes, avec des bords gauche et droit bien droits, comme dans les meilleurs manuscrits.

Le travail fut immense. Les chercheurs estiment que plusieurs presses et peut-être quelques dizaines d’ouvriers furent occupés pendant deux à trois ans. Les premières pages furent composées à 40 lignes par colonne, puis 41, puis 42, sans doute pour économiser du papier. Quelques feuillets précoces furent imprimés avec des titres rouges lors d’un second passage, mais cette méthode fut vite abandonnée au profit d’un ajout du rouge à la main.

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Facile

Papier et vélin, rubrication et décoration

Environ 180 exemplaires furent imprimés, la plupart sur du papier de qualité importé d’Italie, et environ un quart sur vélin (peau de veau), bien plus coûteux. Chaque exemplaire sur vélin nécessitait la peau de nombreux veaux.

Les feuilles imprimées étaient vendues non reliées. Les acheteurs payaient ensuite des artisans locaux pour les finir. Un rubricateur ajoutait des initiales rouges et bleues, des titres de chapitres et des titres courants ; un enlumineur pouvait ajouter de l’or, des initiales peintes et des bordures décorées ; et un relieur reliait les volumes. Résultat : deux exemplaires ne se ressemblent jamais. Certains sont richement peints, tandis que l’exemplaire de la Bibliothèque du Congrès, par exemple, n’a que de simples initiales à la plume.

Un exemplaire conservé à Paris contient une note du rubricateur Heinrich Cremer indiquant qu’il acheva son travail en août 1456. Cette note est l’une des preuves montrant que l’impression était achevée à cette date.

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Intermédiaire

Pourquoi Mayence, et pourquoi les années 1450 ?

Plusieurs conditions se réunirent en Rhénanie au milieu du XVe siècle. Le papier, autrefois importé du monde islamique, était désormais produit en Italie et de plus en plus au nord des Alpes, ce qui le rendait bien moins cher que le parchemin. Les villes allemandes comptaient des orfèvres, des monnayeurs et des fondeurs de métaux habiles, capables de travailler des poinçons et des moules précis. Les presses à vin et à papier étaient des machines familières. Et il existait un marché de lecteurs en croissance : universités, écoles, monastères, membres du clergé et bourgeois aisés.

L’Église avait elle aussi des raisons de vouloir des textes fiables et uniformes. Les mouvements de réforme de l’époque se plaignaient que les livres liturgiques et les Bibles copiés à la main contenaient de nombreuses erreurs et variations. Le légat pontifical Nicolas de Cues, qui parcourut l’Allemagne en 1451–52 pour promouvoir la réforme de l’Église, appela à des livres liturgiques corrects et uniformes. Certains historiens suggèrent que de telles exigences ont pu encourager Gutenberg à choisir une Bible comme grand projet, bien qu’aucune preuve directe ne relie Nicolas de Cues à l’atelier.

Enfin, l’imprimerie était une entreprise commerciale. Gutenberg avait besoin d’emprunts considérables pour acheter métal, papier et vélin, et pour payer les ouvriers, bien avant de pouvoir vendre le moindre exemplaire. Une Bible était un choix risqué mais potentiellement rentable : chaque église et chaque monastère en avait besoin, et le texte ne changeait pas. Des travaux plus modestes, comme les indulgences, les calendriers et les grammaires scolaires (la grammaire latine de Donat fut imprimée à de nombreuses reprises à Mayence), apportaient un revenu plus rapide pendant que la Bible était en cours de production.

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Intermédiaire

Dater la Bible : une lettre d’un futur pape

La Bible ne comporte ni date imprimée ni colophon, si bien que sa date doit être déduite d’autres indices. Le plus important est une lettre écrite en mars 1455 par Enea Silvio Piccolomini, futur pape Pie II, au cardinal Juan de Carvajal. Piccolomini raconte que, à la foire de Francfort en octobre 1454, il avait vu un « homme merveilleux » présentant des cahiers (des liasses de pages) d’une Bible, écrits si clairement qu’on pouvait les lire sans lunettes. Il ajoutait que tous les exemplaires auraient déjà été vendus.

Un second document essentiel est l’acte notarié Helmasperger du 6 novembre 1455, un document juridique relatif au procès intenté par Fust contre Gutenberg. Il montre que Fust exigeait le remboursement de ses prêts avec intérêts, et que le tribunal lui donna en grande partie raison. Après le procès, Fust récupéra une grande partie de l’équipement et, avec Peter Schöffer, un ancien copiste qui avait travaillé avec Gutenberg et épousa plus tard la fille de Fust, il devint un imprimeur prospère.

En rassemblant ces indices, la plupart des chercheurs situent le début du travail vers 1452 et l’achèvement de l’impression en 1454 ou au début de 1455. Le même atelier imprima d’autres documents à cette époque, notamment des lettres d’indulgence (1454–55) et un petit opuscule appelant à une croisade contre les Turcs après la chute de Constantinople, connu sous le nom de Türkenkalender.

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Intermédiaire

Le texte et la mise en page

Le texte est la Vulgate latine, la traduction associée à saint Jérôme qui était la Bible standard de l’Église occidentale. L’édition de Gutenberg suit la tradition de la « Bible de Paris » du XIIIe siècle, qui a fixé l’ordre des livres et la division en chapitres toujours utilisés aujourd’hui, et elle comprend les préfaces de Jérôme aux livres bibliques.

Le caractère utilisé est une textura, l’écriture gothique formelle employée dans les manuscrits liturgiques. Ses lettres denses et sombres, aux traits anguleux, donnaient à la page l’apparence d’un livre manuscrit luxueux. Les marges généreuses, la mise en page à deux colonnes et l’espacement soigné reflètent l’esthétique des meilleurs manuscrits de l’époque.

Le livre était destiné principalement aux églises et aux monastères, qui avaient besoin de grandes Bibles lisibles pour la lecture à voix haute pendant les offices et les repas. À environ 30 florins pour un exemplaire sur papier, selon une estimation, il était coûteux, mais moins cher et bien plus rapide à obtenir qu’un manuscrit comparable.

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Intermédiaire

La diffusion de l’imprimerie

Après avoir perdu le contrôle de l’atelier de la Bible, Gutenberg semble avoir continué à imprimer à plus petite échelle. Fust et Schöffer produisirent le Psautier de Mayence en 1457, le premier livre imprimé en Europe portant une date et les noms des imprimeurs, célèbre pour ses initiales imprimées en couleur. Une Bible à 36 lignes, imprimée avec une version antérieure des caractères de Gutenberg, probablement à Bamberg, suivit vers 1458–61.

En 1462, Mayence fut pillée lors d’un conflit entre archevêques rivaux, et de nombreux imprimeurs quittèrent la ville. Ils emportèrent ce nouvel artisanat vers d’autres villes d’Allemagne, puis vers l’Italie, la France, les Pays-Bas et au-delà. En 1465, l’archevêque victorieux, Adolphe II de Nassau, accorda à Gutenberg un titre de courtisan avec une allocation annuelle de tissu, de grain et de vin. Il mourut à Mayence le 3 février 1468.

Vers 1500, des presses à imprimer fonctionnaient dans plus de 250 villes européennes, produisant des dizaines de milliers d’éditions. Les livres imprimés avant 1501 sont appelés incunables, d’un mot latin signifiant « berceau », car ils datent des débuts de l’imprimerie.

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Intermédiaire

Les exemplaires survivants

Environ 49 exemplaires subsistent sous une forme substantielle, bien que certains soient incomplets ; une vingtaine environ sont complets. Ils sont conservés dans des bibliothèques d’Allemagne, des États-Unis, du Royaume-Uni, de France, d’Espagne, de Pologne, de Russie, du Japon et d’ailleurs. La Morgan Library & Museum de New York en possède trois, et des exemplaires uniques se trouvent notamment à la Bibliothèque du Congrès, à la British Library, à la Bibliothèque nationale de France et à l’université Keio de Tokyo. Le Harry Ransom Center de l’université du Texas à Austin a acquis son exemplaire complet sur papier en 1978 et le conserve en exposition permanente.

L’exemplaire sur vélin de la bibliothèque d’État et universitaire de Göttingen est particulier, car il est conservé avec deux documents liés : le Modèle de Göttingen, un manuel destiné aux enlumineurs qui correspond à la décoration de l’exemplaire, et l’acte notarié Helmasperger. Ensemble, ils ont été inscrits au Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO en 2001. Göttingen a également mis son exemplaire librement à disposition en ligne, sous forme numérique.

Le dernier exemplaire complet vendu, en 1978, a atteint environ 2,4 millions de dollars américains. Des feuillets isolés, séparés d’exemplaires endommagés par le passé, apparaissent parfois sur le marché ; les bibliothécaires actuels considèrent le démembrement d’anciens livres pour la vente comme une perte pour la recherche.

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Intermédiaire

L’imprimerie en Asie de l’Est et la question de l’antériorité

Bien avant Gutenberg, l’imprimerie prospérait en Asie de l’Est. Le plus ancien livre imprimé daté connu est le Sûtra du Diamant de 868, découvert à Dunhuang, en Chine. L’artisan chinois Bi Sheng fabriqua des caractères mobiles en argile cuite dans les années 1040, selon le savant Shen Kuo. En Corée, des caractères mobiles en métal furent utilisés sous la dynastie Goryeo, et le Jikji, un texte bouddhique imprimé au temple de Heungdeoksa en 1377, est le plus ancien livre survivant imprimé avec des caractères métalliques mobiles. L’immense Tripitaka Coréen, gravé sur bois, fut réalisé au XIIIe siècle.

On ignore si la connaissance de l’imprimerie asiatique parvint jusqu’à Gutenberg. Aucune preuve documentaire de transmission n’existe, et ses méthodes, notamment le moule à main, l’alliage, l’encre à base d’huile et la presse, diffèrent des techniques est-asiatiques. La plupart des historiens considèrent donc l’imprimerie européenne comme un développement indépendant, tout en reconnaissant les réalisations bien antérieures de l’Asie. Certains auteurs ont avancé l’idée d’une transmission indirecte par les routes commerciales, mais cela reste spéculatif.

Une des raisons pour lesquelles les caractères mobiles eurent des effets différents en Asie de l’Est et en Europe tient au système d’écriture. Le chinois exige des milliers de caractères distincts, si bien que la xylographie était souvent plus pratique, tandis qu’un alphabet de quelques dizaines de lettres se prête bien à des caractères réutilisables. Il est intéressant de noter qu’en Corée, l’alphabet hangeul fut créé en 1443–46, au moment même où Gutenberg mettait au point sa presse.

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Avancé

Débat : l’imprimerie fut-elle vraiment révolutionnaire ?

L’imprimerie est souvent qualifiée de révolution. L’historienne Elizabeth Eisenstein, dans The Printing Press as an Agent of Change (1979), soutient que l’imprimé a transformé la culture européenne en rendant les textes standardisés, largement disponibles et durablement préservés. Selon elle, ces changements ont contribué à rendre possibles la redécouverte des textes classiques par la Renaissance, la Réforme protestante et la révolution scientifique.

D’autres chercheurs ont critiqué cette thèse. Adrian Johns, dans The Nature of the Book (1998), a montré que les premiers livres imprimés n’étaient pas automatiquement fiables ou uniformes : piratage, erreurs et pratiques locales étaient courants, et la confiance dans l’imprimé a dû être construite peu à peu par les personnes et les institutions. D’autres font remarquer que la copie manuscrite s’est poursuivie pendant des siècles, et que les effets de l’imprimerie dépendaient de l’alphabétisation, de la religion, du commerce et de la politique.

La Bible de Gutenberg elle-même illustre les deux faces de cette histoire. C’est une percée technologique, mais elle fut délibérément conçue pour imiter les manuscrits, vendue en petit nombre aux églises, et achevée à la main. Son public immédiat était l’Église médiévale, non un large lectorat. Les transformations les plus spectaculaires vinrent dans les décennies suivantes, avec la multiplication des livres bon marché, des opuscules et des textes en langues vernaculaires.

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Avancé

Sources et méthodes

Presque tout ce que l’on sait de Gutenberg provient d’un petit nombre de documents juridiques et financiers, tels que le procès de Strasbourg de 1439, des actes de prêt et l’acte notarié Helmasperger. Aucune de ses œuvres imprimées conservées ne porte son nom. Son rôle est reconstitué en combinant ces documents avec l’étude matérielle des livres.

Les bibliographes comparent les exemplaires survivants dans le détail. Les variations dans les caractères, le passage de 40 à 42 lignes, les différences entre exemplaires sur papier et sur vélin, les filigranes du papier et les endroits où des pages ont été recomposées révèlent comment le travail fut organisé et combien de compositeurs et de presses furent employés. Les notes des rubricateurs et les reliures aident à établir les dates et les premiers propriétaires.

De nouvelles techniques continuent d’éclairer la question de la fabrication des caractères. En 2001, les chercheurs Paul Needham et Blaise Agüera y Arcas ont utilisé une analyse numérique des formes de lettres dans les premiers imprimés de Mayence pour avancer que les premiers caractères n’auraient peut-être pas été coulés à partir d’une matrice unique et permanente pour chaque lettre, comme on le pensait traditionnellement, mais par une méthode plus improvisée. Leurs conclusions restent débattues. L’analyse scientifique des encres a également montré que l’encre de Gutenberg contenait des composants métalliques comme le cuivre et le plomb, ce qui contribue à expliquer son aspect noir et brillant durable.

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Idées clés

Caractères métalliques mobiles
Des lettres individuelles coulées dans le métal, que l’on peut assembler, imprimer et réutiliser.
Moule à main
Un moule réglable permettant à un fondeur de fabriquer rapidement un grand nombre de lettres identiques.
Imitation des manuscrits
Les caractères, la mise en page et la décoration manuelle de la Bible furent conçus pour rivaliser avec les plus beaux livres manuscrits.
Finition manuelle
Rubrication, enluminure et reliure furent ajoutées à la main, si bien que chaque exemplaire est unique.
L’imprimerie comme système
Gutenberg a combiné la fonte des caractères, l’encre, le papier et la presse en un système de production efficace.
Invention indépendante
L’Asie de l’Est connaissait l’imprimerie et les caractères mobiles bien plus tôt ; l’imprimerie européenne semble s’être développée séparément.
Culture de l’imprimé
Les historiens débattent de la mesure dans laquelle l’imprimerie a changé la façon dont le savoir était préservé, jugé fiable et diffusé.
Dater un livre sans date
Comme la Bible ne porte aucune date imprimée, les chercheurs la datent en combinant lettres, actes juridiques, notes de rubricateurs et preuves matérielles issues des exemplaires survivants.

Notices

  1. 1377 — Le Jikji est imprimé avec des caractères métalliques mobiles dans le royaume de Goryeo, en Corée.
  2. v. 1400 — Johannes Gutenberg naît à Mayence.
  3. 1439 — Un procès à Strasbourg révèle l’affaire secrète de Gutenberg, impliquant une presse.
  4. 1448 — Gutenberg est de retour à Mayence et emprunte de l’argent.
  5. v. 1450 — Gutenberg emprunte 800 florins à Johann Fust.
  6. v. 1452 — Le travail sur la Bible à 42 lignes commence.
  7. 1454 — Piccolomini voit des cahiers de la Bible à la foire de Francfort en octobre.
  8. 1455 — Lettre de Piccolomini (mars) ; l’acte notarié Helmasperger consigne le procès de Fust (6 novembre).
  9. 1456 — Le rubricateur Heinrich Cremer achève la décoration d’un exemplaire aujourd’hui à Paris (août).
  10. 1457 — Fust et Schöffer impriment le Psautier de Mayence, premier livre imprimé daté en Europe.
  11. 1468 — Gutenberg meurt à Mayence le 3 février.
  12. 2001 — L’exemplaire de Göttingen est inscrit au Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO.

Glossaire

Caractères mobiles
Des lettres ou signes individuels que l’on peut réarranger pour imprimer des textes différents.
Poinçon
Une tige d’acier portant une lettre gravée en relief à son extrémité, utilisée pour fabriquer une matrice.
Matrice
Un bloc de cuivre portant l’empreinte d’une lettre, utilisé comme moule pour couler les caractères.
Caractère (sort)
Une seule pièce de caractère métallique.
Compositeur
Un ouvrier qui assemble les caractères en lignes et en pages.
Vélin
Un parchemin fin fait de peau de veau, utilisé pour les livres de luxe.
Rubrication
L’ajout à la main de titres et d’initiales rouges (et souvent bleues) dans un livre.
Enluminure
Une décoration peinte dans un livre, souvent réalisée à l’or.
Vulgate
La traduction latine de la Bible, associée à saint Jérôme, utilisée dans l’Église occidentale.
Incunables
Les livres imprimés en Europe avant 1501.
Cahier
Un groupe de feuilles pliées formant une section d’un livre.
Colophon
Une note à la fin d’un livre indiquant des informations comme l’imprimeur, le lieu et la date ; la Bible de Gutenberg n’en a pas, alors que le Psautier de Mayence de 1457 en possède un.

Questions et réponses

La Bible de Gutenberg fut-elle le premier livre imprimé ?

Non. Des livres imprimés existaient bien plus tôt en Asie de l’Est, et quelques petits documents avaient déjà été imprimés en Europe. C’est le premier grand livre imprimé en Europe avec des caractères métalliques mobiles.

Combien d’exemplaires reste-t-il ?

Environ 49, dont une vingtaine sont complets. Les autres sont des exemplaires incomplets ou des fragments.

Pourquoi chaque exemplaire est-il différent ?

Les initiales colorées, les décorations et les reliures furent ajoutées à la main après l’impression, par des artistes différents choisis par chaque acheteur.

En quelle langue est-elle écrite ?

En latin. Elle imprime la Vulgate, la Bible latine utilisée par l’Église occidentale au Moyen Âge.

Gutenberg s’est-il enrichi grâce à son invention ?

Non. Il perdit une grande partie de son atelier au profit de son prêteur Johann Fust après un procès en 1455, bien qu’il ait ensuite reçu une pension de l’archevêque de Mayence.

Gutenberg connaissait-il les caractères métalliques coréens ?

Rien ne le prouve. La plupart des historiens pensent que l’imprimerie européenne s’est développée indépendamment, même si la Corée utilisait des caractères métalliques plus tôt.

Comment sait-on quand elle fut imprimée, puisqu’elle n’a pas de date ?

Grâce à la lettre de Piccolomini de mars 1455, au document juridique du procès de Fust de novembre 1455, et à une note de rubricateur d’août 1456 dans un exemplaire de Paris.

Pourquoi l’appelle-t-on aussi Bible Mazarine ?

Parce que l’exemplaire qui attira pour la première fois l’attention des savants, au XVIIIe siècle, appartenait à la bibliothèque du cardinal Mazarin, à Paris.

Sources et lectures complémentaires

  1. Gutenberg Bible. Wikipedia
  2. Johannes Gutenberg. Wikipedia
  3. Movable type. Wikipedia
  4. Incunable. Wikipedia
  5. Memory of the World Register – Europe and North America (entry: 42-line Gutenberg Bible, printed on vellum, and its contemporary documentary background). Wikipedia
  6. The Gutenberg Bible. Harry Ransom Center, University of Texas at Austin
  7. The Gutenberg Bible at the Library of Congress: A Resource Guide. Library of Congress
  8. 구텐베르크 성서. 위키백과 (Korean Wikipedia)
  9. Elizabeth L. Eisenstein, The Printing Press as an Agent of Change. Cambridge University Press, 1979
  10. Albert Kapr (translated by Douglas Martin), Johann Gutenberg: The Man and His Invention. Scolar Press, 1996

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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