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Pour les jeunes lecteurs
Bien avant les ordinateurs, on pouvait fabriquer de nombreuses copies d’un livre avec des planches de bois. On gravait chaque page à l’envers sur une planche, on mettait de l’encre dessus, puis on pressait une feuille de papier, comme avec un grand tampon.
Il y a environ 780 ans, dans le royaume coréen de Goryeo, des gens ont gravé les livres sacrés bouddhiques qu’ils avaient rassemblés sur plus de 81 000 planches. Empilées, elles formeraient une pile plus haute qu’une très grande montagne. Chaque planche porte du texte sur ses deux faces. La gravure est si régulière qu’on dirait qu’une seule personne a tout écrit.
Ils ont fait ce travail pendant qu’une armée mongole attaquait leur pays. Le roi et sa cour s’étaient réfugiés sur une île appelée Ganghwa. Ils espéraient que cette grande offrande au Bouddha protégerait leur pays. Ils voulaient aussi montrer que Goryeo était un royaume où l’on aimait apprendre et pratiquer sa religion.
Aujourd’hui, les planches sont gardées à Haeinsa, un temple situé dans les montagnes du sud de la Corée. Elles se trouvent dans deux longs bâtiments en bois construits il y a plus de 500 ans. Leurs fenêtres de tailles différentes laissent circuler l’air et gardent les planches au sec. Ainsi, le bois n’a presque pas pourri ni changé de forme.
Le Tripitaka Koreana est si précieux que ses bâtiments de conservation sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les planches figurent aussi au registre Mémoire du monde de l’UNESCO. Des chercheurs du monde entier étudient encore ces textes.
En bref
- Nature
- Canon bouddhique (Tripiṭaka) en chinois classique, gravé sur des planches de bois destinées à l’impression
- Période de gravure
- Planches datées de 1237 à 1248, sous le roi Gojong de Goryeo ; les préparatifs ont commencé au milieu des années 1230 et une cérémonie d’achèvement a eu lieu en 1251
- Lieu de fabrication
- Travaux dirigés par le Bureau du Tripitaka (Daejang Dogam) sur l’île de Ganghwa, avec un bureau annexe à Namhae ; les lieux exacts de gravure font débat
- Dimensions de l’ensemble
- 81 258 planches selon le classement national (un inventaire de 2014 en a dénombré 81 352 en comptant les planches plus tardives) ; environ 1 500 textes répartis en plus de 6 500 fascicules
- Planches
- Environ 24 cm de haut, 70 cm de long et 2,6 à 4 cm d’épaisseur ; gravées sur les deux faces, généralement avec 23 lignes de 14 caractères par face
- Lieu de conservation
- Janggyeong Panjeon (bâtiments de conservation construits en 1488), au temple de Haeinsa, à Hapcheon, dans la province du Gyeongsang du Sud, depuis environ 1398–1399
- Classement
- Trésor national ; bâtiments de conservation inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO (1995) ; planches inscrites au registre Mémoire du monde (2007)
- Autres noms
- Palman Daejanggyeong (« Tripitaka des quatre-vingt mille planches »), Goryeo Daejanggyeong, seconde édition de Goryeo (Jaejo Daejanggyeong)
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Qu’est-ce que le Tripitaka Koreana ?
Un Tripiṭaka (« trois corbeilles » en sanskrit) est un recueil complet de textes bouddhiques : les discours du Bouddha (sūtras), les règles de la vie monastique (vinaya) et les traités savants (abhidharma), auxquels s’ajoutent des commentaires et d’autres ouvrages. En Asie de l’Est, ce recueil traduit en chinois classique est appelé « Grand Trésor des Écritures », Daejanggyeong en coréen.
Le Tripitaka Koreana est l’édition coréenne de ce canon, réalisée au XIIIe siècle sous la dynastie Goryeo (918–1392). Au lieu de copier les textes à la main, les artisans de Goryeo les ont gravés sur des planches de bois afin de pouvoir imprimer des exemplaires complets à plusieurs reprises. Plus de 81 000 planches subsistent : elles forment le plus ancien canon bouddhique complet sur planches de bois encore intact au monde.
En Corée, le recueil est couramment appelé Palman Daejanggyeong, le « Tripitaka des quatre-vingt mille planches ». Ce nom évoque à la fois le nombre de planches et l’idée bouddhique selon laquelle le Bouddha a donné 84 000 enseignements pour guérir les 84 000 tourments de l’esprit humain.
Le Tripitaka Koreana est admiré pour la justesse de son texte, la beauté et la régularité de sa gravure, ainsi que pour son remarquable état de conservation après près de huit siècles.
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Comment fonctionne l’impression à partir de planches de bois ?
Pour imprimer à partir d’une planche de bois, un copiste écrit d’abord soigneusement le texte sur du papier fin. Le papier est collé, face écrite contre une planche lisse, de sorte que les caractères apparaissent à l’envers. Un graveur enlève ensuite le bois autour de chaque trait : les caractères restent en relief. Pour imprimer, on enduit la planche d’encre, on pose une feuille dessus et on la frotte. Le texte apparaît alors dans le bon sens.
Chaque planche du Tripitaka Koreana mesure environ 24 cm de haut et 70 cm de long, et pèse à peu près 3 kg. Ses deux faces sont gravées, généralement de 23 lignes de 14 caractères chacune. Des baguettes de bois plus épaisses sont fixées aux extrémités. Elles servent de poignées, empêchent les surfaces gravées de se toucher quand les planches sont empilées et limitent leur déformation. Les coins sont renforcés par des pièces métalliques et les planches ont été recouvertes de laque.
Une étude scientifique du bois menée dans les années 1990 a montré que la plupart des planches étaient en merisier sauvage (sanbeotnamu), et que d’autres étaient faites de bois comme le poirier sauvage. Selon une tradition plus tardive, le bois aurait trempé dans l’eau de mer puis séché pendant des années avant la gravure. C’est plausible, mais aucune source du XIIIe siècle ne le rapporte.
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Comment « lire » une planche ?
Imaginez que vous prenez une planche dans vos mains. Elle est lourde, assombrie par la vieille encre et la laque, et dégage une légère odeur de bois. Les caractères se détachent de la surface, mais ils sont inversés, comme les lettres d’un tampon. Pour les lire, il faut les regarder comme dans un miroir ou consulter une feuille imprimée à partir de la planche.
Chaque face est organisée comme une feuille de rouleau. Le texte principal se lit en colonnes verticales, de droite à gauche. Sur le bord, une courte ligne en petits caractères indique le titre du texte, le numéro du fascicule, le numéro de la feuille et un caractère du Classique des mille caractères qui permet de repérer le casier auquel appartient le texte. Grâce à ce système, un moine pouvait retrouver n’importe quelle page parmi des dizaines de milliers.
À la fin de chaque fascicule, de nombreuses planches portent un colophon rédigé selon une formule fixe, par exemple « gravé sur ordre royal par le Bureau du Tripitaka du royaume de Goryeo durant l’année dingyu » (1237), avec l’année de gravure exprimée selon le cycle traditionnel. Les planches fabriquées à Namhae mentionnent plutôt le bureau annexe. Dans les marges, et parfois à la fin d’une colonne, de petits caractères donnent les noms des graveurs.
Le style de l’écriture est remarquablement uniforme dans tout le recueil. Il suit une écriture régulière et lisible, influencée par le calligraphe chinois Ouyang Xun. Des admirateurs ont ensuite comparé l’ensemble à l’œuvre d’une seule main. Cette uniformité, obtenue par de nombreux copistes et graveurs pendant des années, témoigne elle-même d’une préparation et d’une supervision minutieuses.
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Pourquoi a-t-il été réalisé ? La foi en temps de guerre
Goryeo avait déjà réalisé un Tripitaka. Au début du XIe siècle, lorsque l’État khitan des Liao envahit le royaume, le roi Hyeonjong lança la gravure de la première édition de Goryeo (Chojo Daejanggyeong), achevée vers 1087. Beaucoup pensaient que ce grand acte de dévotion avait aidé à repousser les envahisseurs.
En 1231, les Mongols envahirent Goryeo. L’année suivante, la cour, dominée par le chef militaire Choe U, déplaça la capitale de Gaegyeong (Kaesong) vers l’île de Ganghwa, difficile à atteindre pour la cavalerie mongole. En 1232, les planches du premier Tripitaka, conservées au temple de Buinsa près de l’actuelle Daegu, furent brûlées par les envahisseurs.
La cour décida de graver un nouveau canon. Une prière composée en 1237 par le lettré et fonctionnaire Yi Gyubo, le Daejang gakpan gunsin gigomun (« Prière du roi et des ministres pour la gravure du Tripitaka »), explique le but du projet : demander aux bouddhas et aux bodhisattvas de repousser les Mongols, comme ils avaient autrefois repoussé les Khitan. Les historiens y voient aussi des motivations politiques : le projet affirmait la légitimité du régime des Choe et de la cour, et rassemblait le pays autour d’un effort religieux commun pendant des décennies de guerre.
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La réalisation : organisation et révision des textes
Le projet était administré par un bureau gouvernemental spécial, le Bureau du Tripitaka (Daejang Dogam), doté d’un bureau annexe (Bunsa Daejang Dogam) à Namhae, sur la côte sud. Les colophons datés des planches vont de 1237 à 1248. Selon l’Histoire de Goryeo (Goryeosa), en 1251, le roi Gojong conduisit des dignitaires à une cérémonie dans le bâtiment des planches du Tripitaka, situé près de la porte ouest de la capitale sur Ganghwa, pour marquer l’achèvement du projet.
Des milliers de personnes ont dû participer au travail : bûcherons, scieurs, copistes, graveurs, imprimeurs et fonctionnaires. Les noms de nombreux graveurs figurent dans les marges des planches. Leur étude a aidé les chercheurs à comprendre la répartition du travail. L’État, la famille Choe et les communautés bouddhiques fournissaient la main-d’œuvre, le bois et les fonds. Dans un pays déjà éprouvé par l’invasion, les gens ordinaires ont supporté une grande partie de cette charge.
La révision des textes rend le Tripitaka Koreana exceptionnel. Le moine Sugi, du temple de Gaetaesa, dirigea une équipe qui compara trois versions antérieures : la première édition de Goryeo, connue par des exemplaires imprimés conservés ; l’édition officielle des Song du Nord imprimée en Chine, le canon de Kaibao achevé en 983 ; et le canon khitan des Liao. Lorsque les versions divergeaient, les réviseurs choisissaient la meilleure leçon et expliquaient leurs décisions dans un ouvrage de 30 fascicules, le Goryeo-guk sinjo daejang gyojeong byeollok (« Recueil complémentaire des corrections apportées au nouveau Grand Canon gravé de Goryeo »). Cette méthode critique, inhabituelle pour l’époque, explique en grande partie la valeur accordée à cette édition.
Les textes sont classés et numérotés selon l’ordre des caractères du Classique des mille caractères, une méthode courante en Asie de l’Est pour cataloguer de grandes collections et retrouver rapidement chaque casier.
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Que contient le canon ?
Le canon réunit environ 1 500 titres distincts. Il comprend les sūtras du Mahāyāna essentiels au bouddhisme d’Asie de l’Est, comme les sūtras de la Prajñāpāramitā (Perfection de la sagesse), les sūtras Avataṃsaka (Guirlande de fleurs), du Lotus et du Nirvana ; des textes du bouddhisme ancien comme les Āgamas ; des règles monastiques ; des traités philosophiques d’écoles indiennes ; et des œuvres de savants bouddhistes chinois.
L’ouvrage le plus volumineux est le Grand Sūtra de la Prajñāpāramitā, traduit par le pèlerin chinois Xuanzang. Ses 600 fascicules ouvrent le recueil. Certains textes du Tripitaka Koreana ont disparu dans leur version sanskrite originale et ne subsistent qu’en traduction chinoise, ce qui donne au recueil une grande valeur pour l’étude du bouddhisme indien.
Outre le canon national, Haeinsa conserve des milliers d’autres planches gravées pour le temple et pour divers commanditaires, du XIe au XXe siècle. L’inscription au registre Mémoire du monde de l’UNESCO en 2007 couvre à la fois le Tripitaka Koreana et ces textes bouddhiques « divers », dont certains ne sont conservés nulle part ailleurs.
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De Ganghwa à Haeinsa : les bâtiments de conservation
Après la guerre, les planches restèrent à Ganghwa, peut-être au temple de Seonwonsa. Selon les Annales de la dynastie Joseon, elles furent transportées en 1398, au début de la nouvelle dynastie Joseon, de Ganghwa au temple de Jicheonsa, à Séoul, puis arrivèrent peu après à Haeinsa. Leur itinéraire exact et la date de leur arrivée à Haeinsa font encore débat.
À Haeinsa, grand temple des monts Gaya, les planches sont conservées dans le Janggyeong Panjeon, un ensemble de bâtiments de stockage. Des tuiles portant une date correspondant à 1488 montrent que les bâtiments actuels ont été reconstruits ou réparés au début de l’époque Joseon. Les deux bâtiments principaux, le Sudarajang au sud et le Beopbojeon au nord, sont longs et sobres. Chacun compte quinze travées en largeur ; les planches y sont rangées verticalement sur des étagères, comme les livres d’une bibliothèque.
Les bâtiments sont conçus pour être ventilés naturellement. Les fenêtres des façades avant et arrière ont des tailles différentes et sont placées à des hauteurs différentes : l’air entre, circule autour des planches et ressort, ce qui réduit l’humidité. Les sols en terre contiendraient du charbon de bois, de la chaux, du sel et de l’argile, qui absorbent l’humidité par temps humide et la libèrent par temps sec. L’emplacement sur un versant de la montagne, orienté vers le sud-ouest, tire aussi parti des vents locaux et de la lumière du soleil.
En 1995, le Janggyeong Panjeon est devenu l’un des premiers sites coréens inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’UNESCO souligne que ces bâtiments illustrent de manière remarquable la façon dont l’architecture traditionnelle a résolu un problème concret de conservation.
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Histoire ultérieure : impressions, demandes et préservation
Des exemplaires imprimés à partir des planches furent diffusés en Corée et à l’étranger. À la fin de l’époque Goryeo et au début de l’époque Joseon, des envoyés japonais demandèrent à maintes reprises des exemplaires imprimés du canon coréen, très appréciés au Japon. La cour Joseon, qui favorisait le confucianisme, en envoya beaucoup. Des missions japonaises demandèrent même les planches elles-mêmes, mais la cour Joseon refusa.
Les planches ont survécu aux invasions japonaises des années 1590, à plusieurs incendies à Haeinsa — qui ont épargné les bâtiments de conservation — et à la guerre de Corée. Selon un récit souvent rapporté, en 1951, un pilote de l’armée de l’air sud-coréenne, Kim Young-hwan, désobéit à l’ordre de bombarder les environs du temple, où se cachaient des combattants nord-coréens, afin de sauver le Tripitaka.
Au XXe siècle, les exemplaires imprimés, puis les éditions photographiques et numériques, ont rendu les textes accessibles aux chercheurs du monde entier. Le Taishō Shinshū Daizōkyō japonais (1924–1934), l’édition moderne la plus utilisée du canon bouddhique chinois, a pris le Tripitaka Koreana pour texte de base. L’Institut de recherche sur le Tripitaka Koreana et d’autres organismes ont ensuite produit des versions numériques.
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Importance et héritage
Le Tripitaka Koreana est un jalon majeur de l’histoire de l’imprimerie en Asie de l’Est. L’impression à partir de planches de bois s’y était développée des siècles auparavant, et Goryeo produirait aussi le plus ancien livre conservé imprimé avec des caractères mobiles métalliques, le Jikji (1377). Le Tripitaka montre jusqu’à quel niveau de qualité une technique plus ancienne pouvait être portée à très grande échelle.
C’est aussi un monument de l’érudition bouddhique. Grâce au travail minutieux de révision de Sugi, le canon de Goryeo est devenu une référence pour les chercheurs en Chine, au Japon, puis en Occident. Les études actuelles des textes bouddhiques chinois comparent encore régulièrement les différentes leçons avec les siennes.
En Corée, il symbolise l’endurance nationale et la foi. Il rappelle comment une population confrontée à l’invasion a consacré d’immenses ressources à la préservation du savoir. Les historiens rappellent aussi son coût : le travail et les ressources demandés aux gens ordinaires pendant une guerre dévastatrice, ainsi que la poursuite des invasions mongoles malgré les prières.
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Débats entre chercheurs : où et comment les planches ont-elles été gravées ?
Où les planches ont-elles été gravées ? Selon l’interprétation traditionnelle, elles l’ont été sur l’île de Ganghwa sous la direction du bureau principal, Namhae n’ayant joué qu’un rôle secondaire. L’étude des colophons et du bureau annexe a conduit de nombreux chercheurs à penser qu’une grande partie de la gravure a eu lieu à Namhae et dans d’autres régions du sud, où le bois était plus facile à obtenir, avant que les planches soient transportées à Ganghwa. La part respective des deux centres reste débattue.
Qui les a gravées ? Les noms inscrits dans les marges comprennent ceux de moines, de gens du peuple et de personnes portant des titres officiels. Certains chercheurs y voient une mobilisation organisée par l’État ; d’autres insistent sur la participation des communautés bouddhiques et des élites locales qui finançaient des textes particuliers. Ces noms constituent une source inhabituelle pour l’histoire sociale, mais il faut les interpréter avec prudence, car un même nom peut désigner plusieurs personnes.
Quel est le rapport avec les éditions antérieures ? Des exemplaires imprimés de la première édition de Goryeo, dont beaucoup sont conservés au Japon — par exemple au Nanzen-ji, à Kyoto — et d’autres en Corée, permettent de comparer directement les deux éditions. Cette comparaison montre comment l’équipe de Sugi a corrigé et réorganisé le texte. Elle aide aussi à reconstituer les canons perdus de Kaibao et des Khitan.
Quand les planches sont-elles arrivées à Haeinsa ? L’entrée de 1398 dans les Annales de la dynastie Joseon est le principal témoignage de leur déplacement depuis Ganghwa. Les interprétations diffèrent toutefois : les planches sont-elles allées directement à Haeinsa ? Certaines étaient-elles déjà entreposées ailleurs ? Ont-elles toutes été déplacées en une seule fois ?
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Science de la conservation et accès aux planches
La préservation de plus de 81 000 objets en bois pendant près de 800 ans est remarquable. Des spécialistes de la conservation ont étudié le microclimat du Janggyeong Panjeon en mesurant la température, l’humidité et la circulation de l’air. Ils ont généralement confirmé que le système de ventilation naturelle fonctionne bien. Les planches présentent relativement peu de déformations ou de dégâts causés par les insectes.
Des examens effectués dans les années 2010, dont un inventaire complet qui a recensé 81 352 planches, ont révélé des fissures, des pièces métalliques abîmées et certaines zones détériorées. Ils ont conduit à des programmes de surveillance et de réparation prudente. Comme les bâtiments fonctionnent au mieux lorsqu’on les modifie peu, les spécialistes privilégient généralement des interventions minimales.
Concilier l’accès aux planches et leur protection reste une question importante. L’accès direct aux bâtiments de conservation est limité et Haeinsa a essayé des visites guidées restreintes. Imprimer à partir des planches originales, ce qui sollicite le bois, est aujourd’hui rare. Des images à haute résolution et des textes numériques permettent aux chercheurs d’étudier le canon sans toucher aux planches.
Le Tripitaka Koreana illustre ainsi une leçon générale de la conservation du patrimoine : le bâtiment et les objets forment un seul système, et préserver les uns suppose de comprendre les autres.
Idées clés
- Tripiṭaka
- Le canon bouddhique complet, composé de sūtras, de règles monastiques et de traités ; en Asie de l’Est, le recueil en chinois appelé « Grand Trésor des Écritures ».
- La foi comme protection
- Goryeo a gravé le canon comme acte de dévotion pour demander la protection du Bouddha contre les Mongols, de même que la première édition avait été réalisée face aux Khitan.
- Révision critique
- Le moine Sugi a comparé les éditions de Goryeo, des Song et des Khitan, puis consigné ses corrections, ce qui a rendu le texte particulièrement fiable.
- Impression à partir de planches de bois
- Des pages entières étaient gravées à l’envers dans le bois afin de pouvoir imprimer de nombreux exemplaires complets.
- Une architecture au service de la conservation
- Les fenêtres, le sol et l’emplacement du Janggyeong Panjeon gardent les planches au sec et bien ventilées sans machines.
- L’État et la société
- La cour et le régime militaire des Choe dirigeaient le projet, qui dépendait aussi du travail et des dons de nombreuses personnes.
- Un patrimoine vivant
- Les planches se trouvent toujours dans un temple bouddhique en activité et servent encore de base à des éditions modernes du canon bouddhique chinois.
Notices
- v. 1011 — Pendant les invasions khitanes, le roi Hyeonjong lance la première édition de Goryeo du Tripitaka (achevée vers 1087).
- 1231 — Les Mongols envahissent Goryeo.
- 1232 — La cour s’installe sur l’île de Ganghwa ; les planches de la première édition conservées à Buinsa sont brûlées.
- 1237 — Yi Gyubo écrit la prière pour la gravure ; les premières planches datées sont réalisées.
- 1243 — Le bureau annexe du Tripitaka à Namhae entre en activité (planches datées de 1243 à 1247).
- 1248 — Les dernières planches datées, dont celles du catalogue, sont achevées.
- 1251 — Le roi Gojong organise une cérémonie d’achèvement au bâtiment des planches sur Ganghwa.
- 1398 — Les planches sont transportées de Ganghwa vers Séoul, puis à Haeinsa.
- 1488 — Les bâtiments de conservation du Janggyeong Panjeon sont reconstruits (date inscrite sur des tuiles).
- 1962 — Les planches sont classées trésor national de Corée.
- 1995 — Le Janggyeong Panjeon est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
- 2007 — Les planches sont inscrites au registre Mémoire du monde de l’UNESCO.
Glossaire
- Tripiṭaka
- Mot sanskrit signifiant « trois corbeilles » : le canon bouddhique des sūtras, du vinaya et de l’abhidharma.
- Sūtra
- Discours attribué au Bouddha ou, dans le Mahāyāna, à des bouddhas et à des bodhisattvas.
- Fascicule
- Volume ou rouleau d’un texte ; les longs sūtras sont divisés en plusieurs fascicules.
- Colophon
- Note placée à la fin d’un texte ou sur une planche, indiquant quand, où ou par qui il a été réalisé.
- Daejang Dogam
- Bureau du Tripitaka, l’administration chargée de diriger la gravure.
- Goryeo
- Dynastie coréenne (918–1392) dont le nom est à l’origine du mot « Corée ».
- Régime des Choe
- Famille militaire qui domina la cour de Goryeo de 1196 à 1258.
- Janggyeong Panjeon
- Bâtiments de Haeinsa construits pour conserver les planches du Tripitaka.
- Canon de Kaibao
- Premier canon bouddhique chinois imprimé, produit sous les Song du Nord et achevé en 983.
- Gravure en relief
- Technique qui consiste à enlever la matière autour d’un motif pour le faire ressortir ; ici, le motif est formé par les caractères.
Questions et réponses
Pourquoi l’appelle-t-on le « Tripitaka des quatre-vingt mille planches » ?
Parce qu’il compte plus de 80 000 planches et parce que les bouddhistes parlent de 84 000 enseignements destinés à apaiser les 84 000 tourments de l’esprit.
Combien de temps a duré la gravure ?
Les planches datées vont de 1237 à 1248, soit environ douze ans. Il y a eu des préparatifs auparavant et une cérémonie d’achèvement en 1251.
Le Tripitaka a-t-il arrêté les Mongols ?
Non. La guerre s’est poursuivie et Goryeo a finalement conclu la paix avec les Mongols, devenant leur allié subordonné. Mais le canon a survécu et est devenu un grand trésor.
Pourquoi le bois n’a-t-il pas pourri ?
Grâce à la préparation soignée du bois, à la couche de laque et, surtout, aux bâtiments de conservation de Haeinsa, dont la ventilation naturelle maintient une humidité stable.
Peut-on encore imprimer à partir des planches ?
On imprime aujourd’hui très rarement à partir des originaux, car cela sollicite le bois. Les chercheurs utilisent des impressions anciennes, des photographies et des éditions numériques.
Pourquoi l’édition de Goryeo est-elle jugée si fiable ?
Le réviseur Sugi a comparé la première édition de Goryeo avec celles des Song du Nord et des Khitan, puis expliqué ses choix dans un recueil de corrections de 30 fascicules.
Où exactement les planches ont-elles été gravées ?
Le travail était dirigé par le bureau de Ganghwa et son bureau annexe de Namhae. La part de la gravure effectuée dans chaque lieu, ainsi que dans d’autres régions du sud, fait encore débat.
Le Tripitaka Koreana est-il le plus ancien livre imprimé de Corée ?
Non. Il existe des impressions sur bois plus anciennes, comme le sūtra Dhāraṇī découvert dans la pagode Seokgatap du temple Bulguksa, daté du VIIIe siècle ou d’avant. Le Tripitaka Koreana se distingue comme le plus ancien canon bouddhique complet dont les planches originales sont restées intactes.
Sources et lectures complémentaires
- Haeinsa Temple Janggyeong Panjeon, the Depositories for the Tripitaka Koreana Woodblocks. UNESCO World Heritage Centre
- Printing woodblocks of the Tripitaka Koreana and miscellaneous Buddhist scriptures. UNESCO Memory of the World
- 박상국 (Park Sang-guk), 합천 해인사 대장경판 (Tripitaka Koreana Woodblocks at Haeinsa). Encyclopedia of Korean Culture, Academy of Korean Studies
- 김동현 (Kim Dong-hyun), 합천 해인사 장경판전 (Janggyeong Panjeon at Haeinsa). Encyclopedia of Korean Culture, Academy of Korean Studies
- Tripitaka Koreana. Wikipedia
- Haeinsa. Wikipedia
- Janggyeong Panjeon. Wikipedia
- Mongol invasions of Korea. Wikipedia
À découvrir aussi
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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
