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Pour les jeunes lecteurs
Il y a longtemps, avant l’arrivée des Européens en Amérique, les Mayas ont construit de grandes villes dans les forêts du Mexique et d’Amérique centrale. Chichén Itzá était l’une des plus grandes. Son nom signifie « à l’entrée du puits des Itzá », car la ville s’est développée près de puits naturels.
Au Yucatán, il n’y a presque pas de rivières à la surface. L’eau de pluie traverse la roche et coule sous terre. Par endroits, le sol s’est effondré et a formé de grands trous remplis d’eau, appelés cénotes. Les habitants y puisaient de l’eau. Ils pensaient aussi que ces trous menaient au monde des dieux.
Au milieu de la ville se trouve une pyramide avec des escaliers sur ses quatre côtés et un petit temple au sommet. On l’appelle El Castillo, ou temple de Kukulcán, le dieu Serpent à plumes. Si l’on compte toutes les marches et que l’on ajoute la plateforme du sommet, on obtient 365 : le nombre de jours dans une année. Au printemps et en automne, le soleil de l’après-midi dessine sur l’escalier des ombres qui ressemblent à un grand serpent descendant vers une tête de serpent en pierre.
La ville possède aussi le plus grand terrain de jeu de balle de l’ancien Mexique. Il est plus long qu’un terrain de football. Les joueurs frappaient une lourde balle en caoutchouc avec leurs hanches et essayaient de la faire passer dans un anneau de pierre placé haut sur le mur. C’était un sport, mais aussi un rituel religieux.
Chichén Itzá était très puissante il y a environ 1 000 ans. Plus tard, la ville a perdu de son importance, mais les Mayas ne l’ont jamais oubliée. Des Mayas vivent encore tout autour aujourd’hui. C’est maintenant l’un des sites anciens les plus visités du monde.
En bref
- Période
- Peuplement attesté à la période classique récente (v. 600 de notre ère) ; apogée vers 800–1100 (Classique terminal et début du Postclassique) ; fin de sa puissance régionale vers 1100–1200
- Lieu
- Municipalité de Tinúm, État du Yucatán, Mexique, dans les basses terres mayas du Nord
- Bâtisseurs
- Mayas yucatèques, dont le groupe lignager des Itzá, entretenant des liens étroits avec le centre du Mexique
- Superficie
- Centre densément bâti d’au moins 5 km² ; treize terrains de jeu de balle recensés
- Principaux monuments
- Temple de Kukulcán (El Castillo, haut d’environ 30 m), Grand Terrain de jeu de balle (168 × 70 m), temple des Guerriers, El Caracol, Las Monjas, Cénote sacré
- Dates inscrites
- Dates hiéroglyphiques allant de 832 à 998 de notre ère
- Statut
- Site du patrimoine mondial de l’UNESCO « Ville préhispanique de Chichén Itzá » (1988) ; administré par l’INAH du Mexique
- Importance
- Plus grande capitale des basses terres mayas du Nord après le déclin des cités de la période classique ; site essentiel pour l’étude des relations entre les Mayas et le centre du Mexique
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Qu’est-ce que Chichén Itzá ?
Chichén Itzá est le site archéologique d’une grande ville maya du nord de la péninsule du Yucatán, à environ 115 km à l’est de l’actuelle Mérida. Son nom en maya yucatèque, Chichʼen Itzaʼ, est généralement traduit par « à l’entrée du puits des Itzá » ; les Itzá formaient un puissant groupe lignager des basses terres du Nord. Des textes mayas conservent aussi un nom plus ancien du lieu, Uuc Yabnal, dont le sens est discuté.
La ville a été construite sur une plaine calcaire sans rivières de surface. L’eau provenait des cénotes, des gouffres naturels formés par l’effondrement du plafond d’une rivière souterraine ou d’une grotte. Plusieurs cénotes se trouvent sur le site. Le plus connu est le Cénote sacré, au nord de la pyramide principale.
Du IXe au XIe siècle, Chichén Itzá était la puissance dominante du nord du Yucatán et contrôlait des routes commerciales terrestres et maritimes. Ses bâtiments associent des styles mayas locaux à des formes rappelant le centre du Mexique, en particulier la ville de Tula. Ce mélange fait de Chichén Itzá l’un des sites les plus débattus de l’archéologie mésoaméricaine. Aujourd’hui, le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et compte parmi les monuments les plus visités du Mexique.
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Comment comprendre la ville : plateformes, chaussées et styles
Chichén Itzá n’a pas été construite d’un seul coup. Son centre couvre au moins 5 km². Des ensembles de bâtiments reposent sur des plateformes nivelées et sont reliés par des chaussées enduites de blanc appelées sacbeob (au singulier sacbe, « chemin blanc »). Des murs bas séparaient autrefois ces ensembles.
Au sud se trouvent les parties les plus anciennes, dont Las Monjas (« le Couvent », probablement en réalité un ensemble palatial), l’Akab Dzib, la Casa Colorada (« Maison rouge ») et le secteur que les archéologues appellent le Vieux Chichén. Beaucoup de ces bâtiments appartiennent au style Puuc du nord du Yucatán : leurs murs inférieurs sont sobres, tandis que leurs façades supérieures portent des mosaïques de pierre aux motifs géométriques et des masques d’un dieu au long nez, souvent identifié comme Chaak, le dieu de la pluie. Les inscriptions hiéroglyphiques, surtout présentes dans ce secteur, nomment un dirigeant appelé Kʼakʼupakal et d’autres seigneurs du IXe siècle.
Au nord, sur une immense plateforme artificielle, se dressent les monuments les plus connus des visiteurs : le temple de Kukulcán (El Castillo), le Grand Terrain de jeu de balle, le temple des Guerriers et son Groupe des mille colonnes, une plateforme aux crânes (tzompantli), ainsi que des plateformes ornées d’aigles et de jaguars dévorant des cœurs. Ces bâtiments comportent des colonnades, des colonnes en forme de serpents à plumes, des statues de chacmools allongés et des images de guerriers qui ont de proches équivalents à Tula, dans le centre du Mexique. Une chaussée d’environ 270 m mène de cette place vers le nord, jusqu’au Cénote sacré.
Entre ces secteurs se trouve El Caracol (« l’Escargot »), une tour ronde posée sur une plateforme rectangulaire. Son nom vient de l’escalier en spirale situé à l’intérieur. Ses fenêtres semblent alignées sur certaines positions de Vénus et sur d’autres phénomènes célestes. Le bâtiment est souvent interprété comme un observatoire, même si son utilisation exacte reste discutée.
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Le temple de Kukulcán et le serpent de lumière
Le temple de Kukulcán, appelé El Castillo (« le château ») par les Espagnols, est une pyramide à degrés d’environ 30 m de haut, temple sommital compris. Il possède neuf terrasses et un escalier sur chacun de ses quatre côtés. Kukulcán, le Serpent à plumes, était une divinité maya étroitement liée au Quetzalcóatl du centre du Mexique. De grandes têtes de serpent sculptées se trouvent au pied de l’escalier nord.
La pyramide évoque le calendrier maya. Chaque escalier compte environ 91 marches ; quatre fois 91, plus la plateforme du sommet, donnent 365, soit le nombre de jours de l’année solaire appelée Haabʼ. Sur chaque côté, l’escalier divise les neuf terrasses en dix-huit sections, ce qui correspond aux dix-huit « mois » de ce calendrier. Les archéologues débattent de l’intention exacte derrière ces nombres, mais ils montrent le lien entre architecture et mesure du temps.
Aux alentours des équinoxes de printemps et d’automne, en fin d’après-midi, l’angle à degrés de la pyramide projette une suite d’ombres triangulaires sur le côté de l’escalier nord. Elles dessinent le corps d’un serpent qui semble rejoindre la tête de pierre, en bas. Des milliers de personnes se rassemblent pour observer ce phénomène. Certains chercheurs soulignent qu’il est visible pendant plusieurs semaines autour des équinoxes : il n’aurait donc pas permis de marquer une date précise. On ignore encore s’il a été conçu intentionnellement.
El Castillo renferme une pyramide plus ancienne. Dans les années 1930, des archéologues mexicains y ont creusé un tunnel et découvert un temple antérieur contenant un chacmool et un trône en forme de jaguar, peint en rouge et incrusté de jade. Des études géophysiques plus récentes ont détecté une phase de construction encore plus ancienne et un cénote sous la pyramide.
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Le Grand Terrain de jeu de balle et le Cénote sacré
Treize terrains de jeu de balle ont été découverts à Chichén Itzá. Le Grand Terrain de jeu de balle, long de 168 m et large de 70 m, est le plus grand connu dans la Mésoamérique ancienne. Ses murs s’élèvent à environ 8 m ; un anneau de pierre sculpté est placé en hauteur au milieu de chacun d’eux. Les joueurs frappaient une balle de caoutchouc plein avec leurs hanches, et la faire passer dans un anneau était probablement très rare. Des reliefs à la base des murs montrent deux équipes. Au centre, un joueur a été décapité et des jets de sang se transforment en serpents et en plantes fleuries. Le jeu de balle était un sport, mais il avait aussi des significations religieuses et politiques liées à la lutte cosmique, à la fertilité et au sacrifice.
Le Cénote sacré est un gouffre presque circulaire d’environ 60 m de diamètre. Ses parois abruptes descendent sur quelque 27 m jusqu’à l’eau. Il est resté un lieu de pèlerinage pendant des siècles, même après le déclin de la ville. Le frère franciscain Diego de Landa, qui écrivait dans les années 1560, rapportait qu’en période de sécheresse, des personnes y étaient jetées vivantes en offrande aux dieux, avec des objets précieux.
Entre 1904 et 1910, l’Américain Edward H. Thompson, propriétaire du terrain, a dragué le cénote. Il y a découvert des ornements en or, en cuivre et en jade, des poteries, de l’encens de copal, des objets en bois, des textiles et des ossements humains. Beaucoup de ces objets ont été envoyés au musée Peabody de Harvard ; certains ont depuis été restitués au Mexique. Dans les années 1960, de nouvelles expéditions sous-marines, supervisées par l’Institut national d’anthropologie et d’histoire du Mexique (INAH), ont fait d’autres découvertes. Les objets montrent que Chichén Itzá recevait des offrandes venues de loin, notamment de l’or d’Amérique centrale.
Les restes humains du cénote comprennent des enfants et des adultes des deux sexes. Certains présentent des traces de violence, d’autres non. Les chercheurs débattent encore du nombre de personnes sacrifiées et du nombre de corps déposés dans le cénote après la mort. Les récits écrits de l’époque coloniale doivent être lus avec prudence : ils ont été rédigés longtemps après l’apogée de la ville et reflètent des points de vue espagnols.
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La société qui l’a bâtie : commerce, guerre et gouvernement collégial
Chichén Itzá a pris son essor alors que les grandes villes des basses terres mayas du Sud, comme Tikal et Calakmul, déclinaient pendant ce que l’on appelle l’effondrement de la civilisation maya classique (vers 800–950 de notre ère). Au nord, en revanche, des villes comme Uxmal, Ek Balam, Cobá et Chichén Itzá ont prospéré pendant un temps. Au Xe siècle, Chichén Itzá avait vaincu ou éclipsé des rivales comme Cobá et Yaxuná et dominait une grande partie du nord et du centre du Yucatán.
Sa richesse provenait du commerce et des tributs. Grâce à son port d’Isla Cerritos, sur la côte nord, elle participait au commerce par canoë autour de la péninsule. Elle obtenait de l’obsidienne du centre du Mexique, de la turquoise de régions plus septentrionales, de l’or du sud de l’Amérique centrale, ainsi que du sel, du coton et d’autres produits côtiers. Les tributs versés par les communautés conquises ou alliées entretenaient ses dirigeants et ses bâtisseurs.
La manière dont la ville était gouvernée fait débat. Des inscriptions mentionnent au IXe siècle un puissant seigneur, Kʼakʼupakal. Selon certains chercheurs, la ville aurait ensuite été dirigée par un conseil de lignages d’élite, un système appelé plus tard multepal, plutôt que par un seul roi divin. D’autres pensent qu’il s’agissait d’une royauté plus classique. L’abondance d’images de guerriers, plutôt que de portraits de rois, s’accorde avec l’idée d’une société où des ordres militaires et des groupes d’élite partageaient le pouvoir.
La population était probablement diverse. Elle comprenait des personnes venues de différentes régions du monde maya et peut-être du centre du Mexique. Une étude génétique publiée en 2024 sur des enfants enterrés dans une chambre souterraine près du Cénote sacré a établi qu’il s’agissait tous de garçons. Certains étaient de proches parents, dont deux paires de jumeaux identiques. Ils appartenaient à des populations mayas locales, avec une continuité génétique jusqu’aux Mayas vivant aujourd’hui dans la région.
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Déclin, conquête et mémoire
Les données archéologiques suggèrent que Chichén Itzá a cessé d’être une capitale régionale vers 1100, peut-être un peu plus tard : les constructions se sont arrêtées et le pouvoir s’est déplacé. Des chroniques mayas plus tardives, les livres de Chilam Balam, racontent qu’un dirigeant de Mayapán nommé Hunac Ceel renversa Chichén Itzá. Les archéologues pensent toutefois aujourd’hui que Chichén Itzá avait décliné avant que Mayapán ne devienne la ville dominante au XIIIe siècle. Ces chroniques mêlent histoire, prophétie et politique, et leurs dates sont difficiles à mettre en relation avec les découvertes archéologiques.
Chichén Itzá n’a jamais été oubliée. Le Cénote sacré est resté un lieu de pèlerinage et des habitants ont continué à vivre dans la région. Dans les années 1530, le conquistador Francisco de Montejo le Jeune a tenté d’établir une ville espagnole à Chichén Itzá. La résistance maya a forcé les Espagnols à l’abandonner en 1534. Le Yucatán n’a été conquis que dans les années 1540. Diego de Landa, qui ordonna plus tard de brûler des livres mayas à Maní en 1562, a néanmoins laissé l’une des principales descriptions écrites de Chichén Itzá. Le terrain est devenu une partie d’un domaine d’élevage espagnol.
Au XIXe siècle, le site est entré dans l’imaginaire international grâce à Incidents of Travel in Yucatan (1843), ouvrage de John Lloyd Stephens illustré par Frederick Catherwood. Des photographes et explorateurs comme Désiré Charnay, Augustus et Alice Le Plongeon, Teobert Maler et Alfred Maudslay leur ont succédé. En 1875, Augustus Le Plongeon a mis au jour une statue allongée qu’il a appelée « Chaacmol ». Sous la forme chacmool, ce nom désigne aujourd’hui toutes les figures de ce type en Mésoamérique.
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Fouilles, restauration et propriété
En 1894, Edward Thompson, consul des États-Unis au Yucatán, a acheté l’Hacienda Chichén, qui comprenait les ruines. Le dragage du Cénote sacré et l’exportation de ses trésors ont ensuite conduit le gouvernement mexicain à l’accuser de vol et à saisir la propriété en 1926. En 1944, la Cour suprême du Mexique a jugé qu’il n’avait enfreint aucune loi, et ses héritiers ont vendu le domaine au pionnier du tourisme Fernando Barbachano Peón.
À partir de 1924, la Carnegie Institution de Washington, munie d’une autorisation du gouvernement mexicain et avec Sylvanus Morley comme figure de proue, a fouillé et restauré le temple des Guerriers, El Caracol et d’autres bâtiments. Des archéologues du gouvernement mexicain travaillaient quant à eux sur El Castillo et le Grand Terrain de jeu de balle. Ces campagnes ont donné à la ville reconstruite l’aspect que voient les visiteurs aujourd’hui. Certaines reconstructions ont depuis été critiquées parce qu’elles paraissent plus complètes que ne le permettent les données disponibles.
Le site a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1988. En 2007, El Castillo a été désigné comme l’une des « sept nouvelles merveilles du monde » lors d’un vote commercial en ligne. Le terrain sous les principaux monuments est resté une propriété privée jusqu’en 2010, lorsque l’État du Yucatán l’a acheté ; la zone archéologique relève de l’État fédéral et est administrée par l’INAH. Le tourisme de masse apporte des revenus à la région, mais exerce aussi une pression sur les monuments. L’ascension d’El Castillo a été interdite en 2006. Les communautés mayas locales, dont de nombreux artisans et vendeurs présents sur le site, demandent à participer davantage aux décisions concernant le patrimoine de leurs ancêtres.
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Signification religieuse et héritage
Pour ses bâtisseurs, Chichén Itzá était un paysage sacré. Le temple de Kukulcán se situe approximativement au centre d’une croix formée par quatre cénotes. Cela suggère qu’il était considéré comme un axe reliant le ciel, la terre et le monde souterrain des eaux. Des traditions mésoaméricaines plus tardives parlent de grandes villes appelées Tollan, « Lieu des roseaux », d’où seraient issues la civilisation et la royauté légitime. Beaucoup de chercheurs pensent que Chichén Itzá était considérée comme l’une de ces Tollan dans le monde oriental.
Aujourd’hui, Chichén Itzá est un symbole national du Mexique et un symbole de la civilisation maya dans le monde entier. Le site apparaît dans les manuels scolaires, les films et les campagnes touristiques. Les rassemblements aux équinoxes devant El Castillo sont devenus un rituel moderne, parfois associé à des idées du Nouvel Âge qui ont peu de rapport avec la religion maya. Pour les Mayas yucatèques qui vivent aujourd’hui autour du site, et pour l’ensemble des peuples mayas, il fait partie d’un patrimoine vivant, et non des vestiges d’un peuple disparu.
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Débats scientifiques : Toltèques, chronologie et sacrifices
Conquête toltèque ou culture partagée ? Au début du XXe siècle, des chercheurs ont remarqué de frappantes ressemblances entre les bâtiments du nord de Chichén Itzá et ceux de Tula, la capitale toltèque du centre du Mexique. Associées à des légendes plus tardives selon lesquelles Quetzalcóatl (Kukulcán) aurait quitté Tula pour le Yucatán, ces ressemblances ont conduit à une théorie influente : des envahisseurs toltèques auraient conquis Chichén Itzá vers l’an 1000 et créé une ville « toltéco-maya » sur une cité maya plus ancienne. Depuis la fin du XXe siècle, beaucoup d’archéologues privilégient l’idée d’échanges à longue distance entre élites et d’un style « international » partagé, centré sur le culte du Serpent à plumes. Ils envisagent même que certaines influences aient circulé de Chichén Itzá vers Tula, plutôt que l’inverse.
Chronologie. Le modèle traditionnel distinguait une phase « maya » (Puuc) ancienne et une phase « toltèque » plus récente. Les études de la céramique, les datations au radiocarbone et le réexamen des inscriptions ont amené de nombreux spécialistes à proposer que les deux styles se sont largement chevauchés dans le temps et que la plupart des grandes constructions datent d’environ 800 à 1000. La date du déclin de la ville et ses rapports avec Mayapán restent également discutés. Les publications de l’INAH décrivent encore la ville comme le résultat d’un mélange culturel maya et toltèque.
Sacrifice et interprétation. Des images, la plateforme aux crânes et certains restes humains attestent des sacrifices humains à Chichén Itzá. Mais l’image populaire de jeunes filles jetées dans le cénote doit davantage aux récits coloniaux et aux récits romantiques du XIXe siècle qu’aux preuves disponibles. Les travaux récents de bioarchéologie et de génétique, notamment l’étude de 2024 sur les garçons enterrés dans un chultun souterrain, permettent de mieux comprendre qui étaient les morts et comment ils avaient été choisis. Les interprétations du contexte rituel restent toutefois différentes.
Astronomie. Les orientations d’El Castillo et d’El Caracol par rapport au soleil et à Vénus témoignent d’une observation attentive. Les chercheurs ne s’accordent cependant pas sur les alignements intentionnels ni sur la fiabilité d’affirmations populaires, comme l’idée que le serpent d’ombre des équinoxes aurait été conçu pour marquer une date du calendrier.
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Sources et méthodes
Inscriptions. Chichén Itzá possède moins de textes hiéroglyphiques que les villes classiques du Sud, et la plupart datent d’environ 832 à 998. Les épigraphistes les ont utilisés pour identifier des seigneurs, des rituels comme les cérémonies du feu et les anciens noms de bâtiments. Leur rareté sur les monuments plus tardifs du nord témoigne elle-même d’une évolution des formes de pouvoir.
Textes coloniaux. Le récit de Landa, les livres de Chilam Balam et d’autres documents coloniaux conservent des souvenirs mayas et des observations espagnoles. Ils ont toutefois été rédigés après la conquête, à de nouvelles fins, et mêlent souvent prophétie et histoire. Il faut donc les lire de façon critique et les confronter aux données archéologiques.
Archéologie et sciences. Les fouilles, la classification des céramiques, la datation au radiocarbone, l’analyse des restes humains (isotopes et ADN ancien) et des techniques géophysiques comme la tomographie de résistivité électrique et le lidar renouvellent l’histoire du site. La géophysique a permis de repérer des cénotes et des phases de construction cachées sans fouiller, tandis que le lidar a révélé des zones d’habitat au-delà du secteur touristique.
La question de la reconstruction. Une grande partie de ce que voient les visiteurs a été rebâtie entre les années 1920 et 1940. Les chercheurs doivent consulter les rapports de fouilles et les photographies anciennes pour distinguer les parties d’origine des restaurations. Chichén Itzá montre ainsi comment les interprétations archéologiques, l’identité nationale et le tourisme ont ensemble façonné l’image d’une ville ancienne.
Idées clés
- Cénote
- Gouffre naturel donnant accès aux eaux souterraines ; source d’eau essentielle à la vie au Yucatán et entrée sacrée vers le monde souterrain.
- Serpent à plumes
- Kukulcán (Quetzalcóatl dans le centre du Mexique), divinité au cœur des symboles religieux et politiques de Chichén Itzá.
- L’architecture comme calendrier
- Les marches et les terrasses d’El Castillo évoquent l’année de 365 jours et ses dix-huit mois.
- Jeu de balle
- Jeu mésoaméricain associé à des significations sacrées liées à la lutte cosmique, à la fertilité et au sacrifice.
- Échanges entre les Mayas et le centre du Mexique
- Le mélange de styles du site soulève la question de savoir s’il résulte d’une conquête, de migrations ou d’une culture partagée entre élites.
- Transformations du Classique terminal
- Chichén Itzá a pris son essor tandis que les villes mayas du Sud déclinaient : l’effondrement maya était une réorganisation régionale, et non la fin de la civilisation maya.
- Patrimoine vivant
- Les Mayas n’ont pas disparu ; le site fait partie du patrimoine des communautés mayas actuelles.
Notices
- v. 600 apr. J.-C. — Un établissement existe à Chichén Itzá pendant la période classique récente.
- 832 apr. J.-C. — Date hiéroglyphique la plus ancienne relevée sur le site.
- 869 apr. J.-C. — Une inscription de la Casa Colorada mentionne des cérémonies du feu accomplies par les seigneurs de la ville.
- v. 900 apr. J.-C. — Chichén Itzá devient la puissance dominante du nord du Yucatán ; d’importants bâtiments sont construits sur la Grande Plateforme nord.
- 998 apr. J.-C. — Dernière date hiéroglyphique connue, dans le temple de l’Osario.
- v. 1100 — Chichén Itzá cesse d’être une capitale régionale ; le Cénote sacré reste un lieu de pèlerinage.
- 1534 — Les forces espagnoles de Francisco de Montejo le Jeune abandonnent leur tentative de s’établir à Chichén Itzá.
- 1843 — John Lloyd Stephens et Frederick Catherwood publient Incidents of Travel in Yucatan.
- 1904 — Edward Thompson commence le dragage du Cénote sacré, qui se poursuit jusqu’en 1910.
- 1924 — La Carnegie Institution entreprend de grandes campagnes de fouilles et de restauration.
- 1988 — Chichén Itzá est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
- 2010 — L’État du Yucatán achète à des propriétaires privés le terrain sous les principaux monuments.
Glossaire
- Mayas
- Peuples autochtones du sud du Mexique et d’Amérique centrale, parlant des langues mayas, dont la civilisation s’est développée pendant plus de 3 000 ans.
- Cénote
- Gouffre naturel dans la roche calcaire donnant accès aux eaux souterraines.
- Sacbe
- Chaussée maya surélevée et enduite ; littéralement « chemin blanc ».
- Style Puuc
- Style architectural du nord du Yucatán caractérisé par des murs inférieurs sobres et des façades supérieures ornées de mosaïques.
- Chacmool
- Figure de pierre allongée sur le dos, tenant un plat ou un récipient sur le ventre, présente sur des sites mayas et du centre du Mexique.
- Tzompantli
- Râtelier ou plateforme où étaient exposés des crânes humains, souvent ceux de victimes sacrifiées.
- Haabʼ
- Calendrier solaire maya de 365 jours, composé de 18 mois de 20 jours et de 5 jours supplémentaires.
- Classique terminal
- Période allant approximativement de 800 à 1000 de notre ère, pendant laquelle de nombreuses villes mayas du Sud ont décliné tandis que celles du Nord prenaient leur essor.
- Mésoamérique
- Région culturelle couvrant le centre et le sud du Mexique ainsi que le nord de l’Amérique centrale avant l’arrivée des Européens.
- INAH
- Institut national d’anthropologie et d’histoire du Mexique, chargé de l’administration des sites archéologiques.
Questions et réponses
Qui a construit Chichén Itzá ?
Les Mayas du nord du Yucatán, dont les Itzá, l’ont construite au fil de plusieurs siècles. Son art montre aussi des liens étroits avec le centre du Mexique.
El Castillo possède-t-il vraiment 365 marches ?
Chacun de ses quatre escaliers compte environ 91 marches. Quatre fois 91, plus la plateforme du sommet, donnent 365 : le nombre de jours de l’année solaire maya.
Peut-on encore monter sur la pyramide ?
Non. Il est interdit de monter sur El Castillo depuis 2006 afin de protéger le monument et les visiteurs.
Des personnes ont-elles vraiment été jetées dans le Cénote sacré ?
Des restes humains et des offrandes y ont été découverts, et des récits espagnols décrivent des sacrifices. Cependant, tous les restes ne présentent pas de traces de violence, et les chercheurs débattent encore du nombre de personnes sacrifiées.
Les Toltèques ont-ils conquis Chichén Itzá ?
C’était autrefois l’explication la plus répandue. Beaucoup d’archéologues pensent aujourd’hui que les ressemblances avec Tula reflètent le commerce, des croyances partagées et des contacts entre élites, peut-être dans les deux sens, plutôt qu’une simple conquête.
Pourquoi Chichén Itzá a-t-elle décliné ?
Les raisons exactes ne sont pas connues. Les chercheurs évoquent notamment des conflits politiques, des changements dans le commerce et la sécheresse. Sa puissance régionale a pris fin vers 1100, mais le site n’a jamais été complètement abandonné.
Qu’était le jeu de balle ?
C’était un jeu d’équipe pratiqué avec une lourde balle en caoutchouc, frappée surtout avec les hanches. Il était à la fois un sport et un rituel lié au mouvement du soleil, à la fertilité et au sacrifice.
Y a-t-il encore des Mayas aujourd’hui ?
Oui. Des millions de Mayas vivent au Mexique, au Guatemala et dans les pays voisins. Le maya yucatèque est parlé dans les villages autour de Chichén Itzá.
Sources et lectures complémentaires
- Pre-Hispanic City of Chichen-Itza. UNESCO World Heritage Centre
- Zona Arqueológica de Chichén Itzá. Instituto Nacional de Antropología e Historia (INAH)
- Chichen Itza. Wikipedia
- El Castillo, Chichen Itza. Wikipedia
- Sacred Cenote. Wikipedia
- 치첸이차. 위키백과
- Mark Cartwright, Chichen Itza. World History Encyclopedia, 2014
- Rodrigo Barquera et al., Ancient genomes reveal insights into ritual life at Chichén Itzá. Nature 630, 2024
- Michael D. Coe and Stephen Houston, The Maya (9th edition). Thames & Hudson, 2015
À découvrir aussi
- Popol VuhRécit des Mayas k’iche’ portant sur les origines, les êtres divins et l’histoire des ancêtres.
- TeotihuacanGrande cité ancienne du centre du Mexique, connue pour ses avenues monumentales, ses pyramides et ses vastes ensembles résidentiels.
- TenochtitlanCapitale des Mexicas, fondée sur une île du lac Texcoco et conquise en 1521.
- Têtes colossales olmèquesTêtes monumentales en basalte réalisées par des communautés olmèques sur la côte du golfe du Mexique, représentant probablement des souverains.
- Machu PicchuÉtablissement inca des Andes, probablement fondé au XVe siècle.
Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
