Littérature

Ulysse

Ulysses (James Joyce, 1922)

1922 · Trieste, Zurich et Paris

En une phrase

Ulysse est un roman de l’écrivain irlandais James Joyce, publié à Paris en 1922, qui suit quelques personnes ordinaires pendant une seule journée à Dublin, le 16 juin 1904, et raconte leur histoire dans des styles sans cesse changeants, librement inspirés de l’Odyssée d’Homère.

Ulysse
Image: James Joyce · Public domain · Wikimedia Commons

Commencez en haut pour une introduction simple. Descendez pour découvrir plus de détails et de travaux de recherche.

  • Facile
  • Intermédiaire
  • Avancé

Pour les jeunes lecteurs

Il y a très longtemps, le poète grec Homère a raconté l’histoire d’Ulysse : ce héros a mis dix ans à rentrer chez lui après une guerre. Sur le chemin, il a affronté des monstres et échappé à des magiciennes, pendant que sa femme Pénélope l’attendait.

Il y a environ cent ans, l’écrivain irlandais James Joyce a eu une idée étonnante : et si un homme ordinaire vivait une grande aventure en une seule journée, dans sa propre ville ? Il a écrit un très long livre sur Leopold Bloom, qui se promène dans Dublin, en Irlande, le 16 juin 1904. Bloom prépare son petit déjeuner, va à un enterrement, travaille, déjeune, entre dans un pub et rentre enfin chez lui tard dans la nuit.

Il ne se passe rien de magique. Mais Joyce nous montre ce qui se passe dans la tête des personnages : leurs souvenirs, leurs soucis, leurs plaisanteries et leurs pensées inachevées se mélangent, comme dans la vraie vie. On appelle cela le « courant de conscience », parce que les pensées coulent comme l’eau d’un ruisseau.

Joyce s’est aussi amusé avec l’écriture. Un chapitre ressemble à un journal, avec des titres d’articles. Un autre ressemble à de la musique. Un autre est écrit comme une pièce de théâtre, et un autre comme une longue suite de questions et de réponses. Dans le dernier chapitre, Molly, la femme de Bloom, pense dans son lit, presque sans ponctuation.

Quand le livre est paru, certains pays l’ont trouvé trop choquant et l’ont interdit. Aujourd’hui, beaucoup de gens le considèrent comme l’un des plus grands romans jamais écrits. Chaque année, le 16 juin, des lecteurs du monde entier célèbrent le « Bloomsday » en se déguisant et en suivant le trajet de Bloom dans Dublin.

En bref

Auteur
James Joyce (1882–1941), romancier et poète irlandais
Rédaction
1914–1921, à Trieste, Zurich et Paris
Publication en feuilleton
En partie dans The Little Review (New York), de mars 1918 à décembre 1920, et dans The Egoist (Londres)
Première publication
2 février 1922, à Paris, par la librairie Shakespeare and Company de Sylvia Beach (imprimé à Dijon)
Cadre
Dublin, jeudi 16 juin 1904, d’environ 8 h à après 2 h du matin
Structure
18 épisodes en trois parties, chacun présentant un parallèle libre avec un épisode de l’Odyssée d’Homère
Longueur
Environ 265 000 mots ; 732 pages dans la première édition
Histoire judiciaire
Poursuites aux États-Unis en 1921 ; jugé non obscène par le juge John M. Woolsey en 1933 ; première publication en Grande-Bretagne en 1936

Facile

Qu’est-ce qu’Ulysse ?

Ulysse est un roman de James Joyce, l’une des œuvres majeures du modernisme littéraire. Il décrit une seule journée, le 16 juin 1904, dans la vie de trois habitants de Dublin : Leopold Bloom, démarcheur publicitaire ; sa femme Molly Bloom, chanteuse de concert ; et Stephen Dedalus, jeune homme qui aspire à devenir écrivain et qui était déjà le héros d’un précédent roman de Joyce, Portrait de l’artiste en jeune homme (1916).

Le titre reprend la forme latine du nom d’Ulysse, le héros de l’Odyssée d’Homère. Chacun des dix-huit épisodes du roman correspond librement à un épisode de l’Odyssée : Bloom est un Ulysse moderne qui erre dans la ville, Stephen un Télémaque à la recherche d’un père, et Molly une Pénélope, même si, contrairement à celle d’Homère, elle est infidèle.

Ce qui fait la célébrité d’Ulysse, ce n’est pas son intrigue, assez simple, mais sa manière d’être écrit. Joyce révèle la vie intérieure de ses personnages par le monologue intérieur, change de style d’un épisode à l’autre et remplit le livre de jeux de mots, de parodies, d’allusions et de détails précis sur la vie à Dublin. Le roman est drôle, parle franchement du corps et de la sexualité, et se révèle très difficile par endroits.

Le livre a été publié à Paris le 2 février 1922, jour du quarantième anniversaire de Joyce. Interdit ou saisi pour obscénité dans plusieurs pays, il est ensuite devenu un classique. De nombreux critiques l’ont désigné comme le roman de langue anglaise le plus important du XXe siècle, tandis que d’autres le jugent surestimé ou illisible. Ce débat fait lui aussi partie de son histoire.

[1][8]

Facile

Une journée à Dublin : l’histoire

Le roman s’ouvre à 8 h dans une tour Martello (un petit fort rond) sur la côte de Sandycove. Stephen Dedalus y vit avec Buck Mulligan, étudiant en médecine jovial et moqueur, ainsi qu’avec Haines, un visiteur anglais. Stephen éprouve du chagrin et de la culpabilité depuis la mort récente de sa mère. Il donne un cours d’histoire dans une école de garçons, reçoit son salaire, puis marche seul sur la plage de Sandymount, plongé dans ses pensées.

Le récit revient ensuite à 8 h, au 7, Eccles Street, où Leopold Bloom prépare le petit déjeuner, notamment un rognon de porc, et apporte du thé à Molly, encore au lit. Elle a reçu une lettre de Blazes Boylan, son directeur de concerts. Bloom sait que Boylan viendra la voir dans l’après-midi et qu’ils entameront une liaison. D’origine juive dans une ville catholique, Bloom est souvent traité comme un étranger. Molly et lui pleurent toujours leur fils Rudy, mort bébé onze ans plus tôt.

Bloom assiste aux funérailles d’une connaissance, Paddy Dignam, passe dans les bureaux d’un journal, déjeune, se renseigne sur une annonce publicitaire à la Bibliothèque nationale, boit dans le bar d’un hôtel puis dans un pub, où il est pris à partie par un nationaliste agressif surnommé « le Citoyen », et se repose sur la plage au crépuscule. Toute la journée, il évite de rentrer chez lui pendant que Boylan s’y trouve.

Tard dans la nuit, Bloom suit Stephen, qui est ivre, dans le quartier des maisons closes de Dublin. Il l’aide à échapper à une altercation avec des soldats et le ramène chez lui pour boire un cacao. Stephen repart, puis Bloom se couche. Le dernier épisode est le long monologue nocturne de Molly. Il se termine par le souvenir du moment où elle a accepté la demande en mariage de Bloom : « oui j’ai dit oui je veux bien Oui ».

[1][7]

Facile

Pourquoi l’Odyssée ?

Joyce aimait le personnage d’Ulysse depuis son enfance, lorsqu’il avait lu une adaptation pour enfants de Charles Lamb. Il a dit plus tard qu’Ulysse était le personnage le plus complet de la littérature, à la fois fils, père, mari, amant, ami et soldat. Joyce voulait montrer qu’un homme ordinaire d’aujourd’hui, avec sa bonté, ses embarras et ses petits actes de courage, pouvait être un sujet aussi riche qu’un héros épique.

Les parallèles sont ludiques et parfois ironiques. Le Cyclope d’Homère, géant doté d’un seul œil, devient dans un pub un buveur borné et plein de préjugés. Les Sirènes qui attirent les marins par leur chant deviennent deux serveuses dans le bar d’un hôtel. La magicienne Circé, qui transforme les hommes en porcs, devient la tenancière d’une maison close. La vengeance sanglante d’Ulysse contre les prétendants de sa femme devient l’acceptation calme, par Bloom, de ce qui s’est passé.

Les titres des épisodes, tels que « Télémaque », « Calypso », « Hadès » et « Pénélope », ne figurent pas dans le livre. Joyce les employait dans ses lettres et dans les plans, ou « schémas », qu’il donnait à ses amis ; les lecteurs les ont ensuite adoptés. Pour certains critiques, la structure homérique est essentielle. Pour d’autres, elle a servi à Joyce d’échafaudage pour construire le livre, mais les lecteurs peuvent s’en passer.

[1][8]

Intermédiaire

Dix-huit épisodes, dix-huit styles

Le roman se divise en trois parties : trois épisodes consacrés à Stephen (la « Télémachie »), douze aux errances de Bloom et trois au retour au foyer. Dans la première moitié, le récit mêle surtout une narration à la troisième personne aux monologues intérieurs des personnages. À partir du milieu du livre, les styles deviennent de plus en plus expérimentaux, comme si le livre lui-même prenait le relais des personnages.

« Éole », situé dans les bureaux d’un journal, est entrecoupé de titres d’articles. « Sirènes » imite la musique : il commence par une liste de motifs musicaux, puis les répète à la manière d’une fugue. « Cyclope » alterne le récit d’un habitué de pub porté sur les commérages et des parodies grandiloquentes du langage juridique, épique et journalistique. « Nausicaa » commence dans le style sentimental des histoires d’amour publiées dans les magazines populaires, reflet de l’esprit d’une jeune femme, Gerty MacDowell, avant de passer aux pensées de Bloom.

« Les Bœufs du Soleil », qui se déroule dans une maternité, imite l’évolution de la prose anglaise : des styles anglo-saxons et marqués par le latin, en passant par Malory, la Bible, les romanciers du XVIIIe siècle et Dickens, jusqu’à l’argot moderne. Cette évolution fait écho à la croissance d’un bébé dans le ventre de sa mère. « Circé » prend la forme d’une pièce de théâtre pleine d’hallucinations. « Ithaque » est une série de questions et de réponses impersonnelles, comme un catéchisme. « Pénélope » se compose de huit phrases immenses, presque sans ponctuation.

Cette diversité explique en partie pourquoi le livre est à la fois admiré et jugé difficile. Chaque style révèle quelque chose de différent : la façon dont les journaux ou la publicité façonnent le langage, dont les clichés façonnent le désir, et dont la littérature a représenté la vie au fil des siècles. Le roman devient ainsi, en partie, un livre sur les possibilités et les limites de l’écriture elle-même.

[1][9]

Intermédiaire

Le courant de conscience et la vie intérieure

Ulysse est souvent considéré comme le roman emblématique du « courant de conscience ». Cette expression, empruntée au psychologue William James, désigne une écriture qui cherche à suivre le cours des pensées, des perceptions et des souvenirs dans un esprit. Joyce n’a pas inventé cette technique : il reconnaissait sa dette envers l’écrivain français Édouard Dujardin, et des auteurs comme Dorothy Richardson menaient des expériences semblables à la même époque. Mais il l’a développée plus largement que quiconque avant lui.

Dans les monologues de Stephen, les pensées sont chargées de savoir, de citations et de questions philosophiques. L’esprit de Bloom est pratique, curieux et procède par associations : il s’interroge sur la science et la publicité, remarque les chats et les odeurs, se souvient de son père et de son fils morts, et revient sans cesse à Molly et à Boylan. Le monologue de Molly est charnel, contradictoire et affectueux. Les lecteurs apprennent à connaître chaque personnage de l’intérieur d’une manière que les romans traditionnels permettaient rarement.

Joyce associe ces monologues à une description précise du monde extérieur. Il s’est vanté que, si Dublin était détruite, on pourrait la reconstruire à partir de son livre. Il vérifiait les distances, les noms des commerces et les itinéraires des tramways en écrivant à ses proches, et il utilisait l’annuaire de Dublin publié par Thom pour 1904. Il en résulte un livre à la fois profondément tourné vers l’intériorité et très concret.

[6][1][8]

Intermédiaire

Joyce, l’exil et la Dublin coloniale

James Joyce est né à Dublin en 1882 et a été éduqué par les jésuites. En 1904, il a quitté l’Irlande avec Nora Barnacle, une jeune femme originaire de Galway, puis a vécu le reste de sa vie en Europe continentale. Selon la tradition, le 16 juin 1904 serait la date de sa première sortie avec Nora, ce qui pourrait expliquer son choix pour le roman.

En 1904, l’Irlande faisait partie du Royaume-Uni. Elle était soumise à la domination britannique et à la forte influence de l’Église catholique, tandis que le renouveau culturel irlandais encourageait la langue et la culture irlandaises. Stephen se sent prisonnier de ces trois forces : l’Empire britannique, représenté par Haines ; l’Église, représentée par la foi de sa mère défunte ; et le nationalisme irlandais. « L’histoire, dit-il, est un cauchemar dont j’essaie de m’éveiller. »

Le roman critique le nationalisme étroit, surtout dans « Cyclope », où le Citoyen s’en prend à Bloom parce qu’il est juif et le traite en étranger. Bloom répond que l’amour est le contraire de la haine, ce qui lui vaut des moqueries. Pourtant, le livre est aussi profondément irlandais, imprégné de façons de parler, de chansons, de politique et d’histoire irlandaises, notamment du souvenir du dirigeant déchu Charles Stewart Parnell.

Ulysse a été publié en 1922, l’année où l’État libre d’Irlande a été créé après la guerre d’indépendance. Certains critiques y ont vu une réponse au colonialisme et à la question de ce que pourrait être une identité irlandaise moderne. Joyce, quant à lui, n’est jamais revenu vivre en Irlande. Il est mort à Zurich en janvier 1941.

[2][1][10]

Intermédiaire

L’écriture et la publication du livre

L’idée d’Ulysse est née vers 1906 : Joyce envisageait alors d’écrire, pour son recueil Gens de Dublin, une nouvelle sur un Dublinois nommé M. Hunter, mais il ne l’a jamais rédigée. Il s’est véritablement mis au roman en 1914 à Trieste, qui appartenait alors à l’Autriche-Hongrie et où il enseignait l’anglais. Lorsque l’Italie est entrée dans la Première Guerre mondiale, il a gagné la Suisse neutre et s’est installé à Zurich en 1915, puis à Paris en 1920. Il a achevé le livre à la fin de 1921, alors qu’il souffrait d’une douloureuse maladie des yeux.

Avec l’aide du poète Ezra Pound, des épisodes ont paru de mars 1918 à décembre 1920 dans The Little Review, une revue américaine dirigée par Margaret Anderson et Jane Heap. La mécène anglaise Harriet Shaw Weaver a publié quelques épisodes dans sa revue The Egoist et a soutenu financièrement Joyce pendant de nombreuses années.

Aucun grand éditeur ne voulait prendre le risque de publier le livre entier. Sylvia Beach, une Américaine qui tenait la librairie parisienne Shakespeare and Company, a proposé de l’éditer elle-même. L’imprimeur Maurice Darantière, à Dijon, a composé le texte, et Joyce a continué d’ajouter des passages sur les épreuves, développant considérablement certains épisodes. La première édition, tirée à 1 000 exemplaires numérotés, a paru le 2 février 1922. Elle comportait de nombreuses erreurs d’impression, notamment parce que les compositeurs français ne lisaient pas l’anglais.

Plus tard en 1922, Egoist Press, la maison d’édition de Weaver, a publié une édition imprimée à partir des mêmes plaques. D’autres éditions ont suivi, dont celle d’Odyssey Press à Hambourg en 1932, révisée avec l’aide de Stuart Gilbert, un ami de Joyce.

[1][4][8]

Intermédiaire

Procès pour obscénité et censure

La franchise d’Ulysse à propos de la sexualité et du corps a posé problème dès le début. La poste américaine a confisqué et détruit des numéros de The Little Review contenant des épisodes du roman. En 1920, après la publication par la revue d’une partie de « Nausicaa », dans laquelle Bloom éprouve du désir en regardant Gerty MacDowell, la New York Society for the Suppression of Vice a déposé une plainte. En 1921, Anderson et Heap ont été condamnées à une amende pour publication obscène, et la parution en feuilleton a cessé.

Après la sortie du livre, les services postaux et douaniers ont saisi et brûlé des exemplaires expédiés aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Il fallait les faire entrer clandestinement. Sa réputation de livre interdit s’est répandue parmi les écrivains et les étudiants.

En 1932, l’éditeur Random House et l’avocat Morris Ernst ont délibérément organisé la saisie d’un exemplaire afin de contester l’interdiction devant les tribunaux. Le 6 décembre 1933, dans l’affaire United States v. One Book Called Ulysses, le juge John M. Woolsey a estimé que le livre n’était pas obscène : il fallait le juger dans son ensemble et d’après son effet sur un lecteur moyen. Selon lui, son intention était sérieuse et non pornographique. La décision a été confirmée en appel en 1934, et Random House a publié cette année-là la première édition américaine autorisée.

En Grande-Bretagne, Bodley Head a publié le livre en 1936, alors que le risque de poursuites était devenu faible. La décision de Woolsey a constitué un précédent important dans l’histoire de la liberté d’expression et a influencé par la suite le droit américain relatif à la littérature et à l’obscénité.

[3][1][4]

Intermédiaire

Accueil, influence et Bloomsday

Les premières réactions ont été très partagées. En 1923, T. S. Eliot a écrit que le livre était l’expression la plus importante que l’époque ait trouvée et que Joyce, en recourant au mythe, donnait une forme à l’histoire moderne. Ezra Pound en a fait un éloge enthousiaste. Virginia Woolf, dont le roman Mrs Dalloway (1925) suit lui aussi une seule journée dans une ville, avait un avis partagé : elle reconnaissait son audace, mais l’a qualifié de « catastrophe mémorable » dans un essai de 1923. Le romancier anglais Arnold Bennett en admirait certaines parties tout en se plaignant de sa longueur fastidieuse ; d’autres critiques le condamnaient comme obscène ou comme une forme d’anarchie littéraire.

Au fil des décennies suivantes, Ulysse est devenu un texte majeur du modernisme et un modèle pour des romanciers de nombreuses langues. William Faulkner, Samuel Beckett, qui a travaillé comme assistant de Joyce à Paris, et beaucoup de romanciers expérimentaux plus tardifs se sont inspirés de ses techniques. Le livre est entré dans les programmes universitaires et est devenu l’un des romans les plus étudiés au monde, suscitant de nombreux travaux consacrés à ses allusions.

En 1954, pour le cinquantième anniversaire de la journée racontée dans le roman, un groupe d’écrivains irlandais, dont Flann O’Brien et Patrick Kavanagh, a suivi une partie de l’itinéraire du livre. Depuis, le 16 juin est devenu le Bloomsday, célébré à Dublin et dans le monde entier par des lectures, des spectacles, des costumes de l’époque édouardienne et des petits déjeuners de rognons. Le roman a aussi été adapté pour le théâtre, le cinéma et la radio, notamment dans une lecture intégrale mise en scène à la radio irlandaise en 1982.

Le dernier livre de Joyce, Finnegans Wake (1939), est allé encore plus loin dans l’expérimentation linguistique. Ulysse se situe entre ses premières œuvres, plus réalistes, et ce dernier livre radical.

[1][5][8]

Avancé

Les problèmes de texte et la querelle des éditions

Le texte d’Ulysse est particulièrement instable. Joyce a rédigé des brouillons dans des carnets, établi une copie au propre (aujourd’hui appelée manuscrit Rosenbach et conservée à Philadelphie), fait préparer des tapuscrits par différentes personnes et apporté de nombreuses révisions à plusieurs jeux d’épreuves d’imprimerie. Des erreurs se sont glissées à chaque étape, et sa mauvaise vue l’empêchait de toutes les repérer. Les éditions ultérieures ont corrigé certaines fautes et en ont introduit d’autres ; la première édition américaine de 1934 a été composée à partir d’un texte piraté.

En 1984, le chercheur allemand Hans Walter Gabler a publié Ulysses: A Critical and Synoptic Edition. Il y reconstituait le texte à partir des manuscrits et des épreuves à l’aide de méthodes informatiques et affirmait avoir corrigé environ 5 000 erreurs. D’abord saluée comme définitive, cette édition a été vivement attaquée en 1988 par le chercheur américain John Kidd dans The New York Review of Books. Dans un article parlant du « scandale d’Ulysse », Kidd soutenait qu’elle introduisait de nouvelles erreurs et reposait sur des principes éditoriaux incohérents. Gabler et ses défenseurs ont rejeté bon nombre de ces critiques.

La controverse a eu des conséquences pratiques. Random House et Bodley Head sont revenus à leurs anciens textes pour certaines éditions, et une édition prévue par Kidd n’a jamais paru. Aujourd’hui, plusieurs textes sont utilisés. Les chercheurs citent souvent les numéros d’épisode et de ligne de l’édition de Gabler tout en consultant d’autres éditions. Le débat a soulevé une question plus générale : que signifie un texte « correct » lorsque son auteur l’a révisé sans cesse et que le processus de fabrication faisait partie de l’œuvre ?

La découverte et la mise à disposition d’autres brouillons, notamment des carnets acquis par la Bibliothèque nationale d’Irlande au début des années 2000, continuent d’alimenter la « critique génétique », qui étudie la façon dont le livre s’est développé, des notes jusqu’aux épreuves.

[1][8]

Avancé

Débats critiques

La méthode homérique. Eliot voyait dans les parallèles avec l’Odyssée une « méthode mythique » qui donnait de l’ordre au chaos moderne ; Pound les considérait comme un échafaudage. L’ouvrage de Stuart Gilbert, James Joyce’s Ulysses (1930), écrit avec la coopération de Joyce, a publié un schéma détaillé attribuant à chaque épisode une heure, un organe du corps, un art, une couleur, un symbole et une technique. Les critiques ont ensuite débattu de l’importance à accorder à ces schémas, et Joyce aurait lui-même dit à Samuel Beckett qu’il avait peut-être « trop systématisé » le livre.

L’humanisme et la forme. Une tradition critique, représentée par la grande biographie de Richard Ellmann, James Joyce (1959, révisée en 1982), lit Ulysse comme une célébration bienveillante de la vie ordinaire, centrée sur la bonté de Bloom. D’autres critiques, influencés par le structuralisme et le poststructuralisme, mettent l’accent sur les jeux de langage du roman et sur son refus d’un style unique faisant autorité ; selon eux, le livre traite de l’écriture elle-même.

Molly et le genre. Le monologue de Molly Bloom a été lu à la fois comme une célébration du désir féminin et comme un fantasme masculin qui réduit la femme au corps et à la nature. Les critiques féministes débattent de la question de savoir si le portrait de Joyce remet en cause les stéréotypes ou les reproduit. Cet épisode reste l’un des plus commentés de la littérature moderne.

L’Irlande et l’Empire. Depuis les années 1980, des critiques tels que Declan Kiberd proposent une lecture postcoloniale d’Ulysse : ils y voient un livre sur une ville colonisée, qui critique à la fois l’impérialisme britannique et le nationalisme excluant. Dans Ulysses and Us (2009), Kiberd conteste aussi l’idée que le roman serait réservé aux spécialistes et le présente comme un livre offrant une sagesse utile à la vie quotidienne.

[9][8][10][1]

Idées clés

L’ordinaire à l’échelle de l’épopée
Une seule journée dans la vie d’un homme ordinaire, au sein d’une ville, reçoit l’ampleur et le sérieux de l’épopée d’Homère.
Les parallèles homériques
Chaque épisode fait librement écho à un épisode de l’Odyssée, souvent de manière ironique.
Le courant de conscience
Le flux des pensées, des sentiments et des souvenirs est rendu directement, souvent sans phrases complètes.
Des styles changeants
Chaque épisode possède sa propre technique, des titres de journaux au texte théâtral et au catéchisme.
Dublin en détail
La ville de 1904 est décrite avec ses rues, ses commerces et ses habitants précis, ce qui ancre l’expérience littéraire dans la réalité.
La marginalité et l’exil
Bloom, Dublinois d’origine juive, et Stephen, artiste qui se sent étranger à son milieu, vivent tous deux à l’écart de la société dominante.
La censure et la liberté
Les batailles judiciaires autour du livre ont contribué à changer la manière dont la littérature est jugée au regard des lois sur l’obscénité.

Notices

  1. 1882 — James Joyce naît le 2 février à Rathgar, dans Dublin.
  2. 1904 — 16 juin : journée pendant laquelle se déroule le roman ; Joyce quitte l’Irlande avec Nora Barnacle en octobre.
  3. 1914 — Joyce commence à écrire Ulysse à Trieste ; Gens de Dublin est publié.
  4. 1915 — Il s’installe à Zurich pendant la Première Guerre mondiale.
  5. 1918 — La publication en feuilleton commence dans The Little Review (mars).
  6. 1920 — Joyce s’installe à Paris ; la publication de « Nausicaa » entraîne une plainte pour obscénité.
  7. 1921 — Les directrices de The Little Review sont condamnées ; la publication en feuilleton prend fin ; Joyce achève le livre.
  8. 1922 — 2 février : Shakespeare and Company publie la première édition à Paris.
  9. 1933 — Le juge John M. Woolsey décide qu’Ulysse n’est pas obscène (6 décembre).
  10. 1934 — La décision est confirmée en appel ; Random House publie la première édition américaine autorisée.
  11. 1936 — Bodley Head publie la première édition imprimée en Grande-Bretagne.
  12. 1941 — Joyce meurt à Zurich le 13 janvier.
  13. 1954 — Première promenade organisée pour le Bloomsday à Dublin, à l’occasion du cinquantième anniversaire.
  14. 1984 — L’édition critique de Hans Walter Gabler paraît ; une vive controverse éditoriale suit bientôt.

Glossaire

Modernisme
Mouvement artistique du début du XXe siècle qui rompt avec les formes traditionnelles pour exprimer l’expérience moderne.
Courant de conscience
Procédé narratif qui représente le flux continu des pensées et des perceptions d’un personnage.
Monologue intérieur
Pensées non prononcées d’un personnage, présentées directement, comme si on pouvait les entendre.
Parodie
Imitation d’un style dans un but comique ou critique.
Schéma
Plan donné par Joyce à ses amis, qui indique pour chaque épisode son titre homérique, son heure, son organe, son art, son symbole et sa technique.
Tour Martello
Petit fort côtier de forme ronde ; le roman s’ouvre dans une de ces tours, à Sandycove.
Bloomsday
Le 16 juin, jour où se déroule le roman, célébré chaque année par ses lecteurs.
Lois sur l’obscénité
Lois interdisant les publications jugées indécentes ; Ulysse a fait l’objet de poursuites fondées sur ces lois aux États-Unis.
Édition critique
Édition qui reconstitue un texte à partir de manuscrits et des premières impressions, tout en signalant ses variantes.
Catéchisme
Présentation en questions et réponses utilisée dans l’enseignement religieux et imitée dans l’épisode « Ithaque ».

Questions et réponses

Ulysse raconte-t-il vraiment une seule journée ?

Oui. Le roman couvre le jeudi 16 juin 1904, d’environ 8 h à après 2 h du matin le lendemain. Mais les souvenirs des personnages remontent à toutes les périodes de leur vie.

Faut-il connaître l’Odyssée pour lire Ulysse ?

Non, mais en connaître les grandes lignes aide à apprécier les plaisanteries et les parallèles. Les titres des épisodes donnent des indices.

Pourquoi le livre a-t-il été interdit ?

Les autorités jugeaient obscènes ses descriptions franches de la sexualité et des fonctions du corps. En 1933, un tribunal américain a estimé que, considéré dans son ensemble, il s’agissait d’une œuvre d’art sérieuse.

Qu’est-ce que le Bloomsday ?

C’est une fête annuelle, le 16 juin. À Dublin et dans le monde entier, les lecteurs rejouent des scènes du roman, lisent des passages à voix haute et suivent l’itinéraire de Bloom.

Pourquoi est-il si difficile à lire ?

Il emploie de nombreux styles, des allusions complexes, des jeux de mots et des passages sans indication claire entre le récit et les pensées. Beaucoup de lecteurs utilisent des guides ou le lisent à plusieurs.

Quel est le texte correct d’Ulysse ?

Il n’existe pas de texte qui fasse l’unanimité. L’édition de 1922 comporte de nombreuses erreurs, et l’édition corrigée par Hans Walter Gabler en 1984 a elle-même été vivement critiquée. Plusieurs éditions sont utilisées aujourd’hui.

Qui était Sylvia Beach ?

C’était une libraire américaine installée à Paris. Sa librairie, Shakespeare and Company, a publié Ulysse alors qu’aucun autre éditeur ne voulait le faire.

Sources et lectures complémentaires

  1. Ulysses (novel). Wikipedia
  2. James Joyce. Wikipedia
  3. United States v. One Book Called Ulysses. Wikipedia
  4. The Little Review. Wikipedia
  5. Bloomsday. Wikipedia
  6. Stream of consciousness. Wikipedia
  7. James Joyce, Ulysses (full text). Project Gutenberg
  8. Richard Ellmann, James Joyce (new and revised edition). Oxford University Press, 1982
  9. Stuart Gilbert, James Joyce’s Ulysses: A Study. Faber and Faber, 1930
  10. Declan Kiberd, Ulysses and Us: The Art of Everyday Living. Faber and Faber, 2009

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

← Retour à la carte