Commencez en haut pour une introduction simple. Descendez pour découvrir plus de détails et de travaux de recherche.
- Facile
- Intermédiaire
- Avancé
Pour les jeunes lecteurs
En 1917, la Russie était un immense pays pauvre engagé dans la Première Guerre mondiale. Des millions de soldats étaient morts et, dans les villes, il n’y avait pas assez de pain. En février, des ouvriers et des soldats en colère obligèrent l’empereur, appelé le tsar, à quitter le trône.
Un nouveau gouvernement temporaire prit le pouvoir, mais il continua la guerre et ne réussit pas à résoudre le manque de nourriture. En même temps, les ouvriers et les soldats avaient leurs propres conseils, appelés soviets. Beaucoup de gens les écoutaient davantage que le gouvernement.
Un parti, celui des bolcheviks, était dirigé par Vladimir Lénine. Il promettait ce que les gens épuisés voulaient : « La paix, la terre et le pain. » Dans la nuit du 25 octobre 1917, des soldats bolcheviks et des ouvriers armés prirent le contrôle des ponts, du bureau du télégraphe et des gares de Petrograd, la capitale. Ils entrèrent ensuite dans le palais d’Hiver, où se trouvaient les ministres. Il y eut très peu de combats.
Les bolcheviks disaient vouloir construire une société juste, où les ouvriers et les paysans gouverneraient et où personne ne serait riche ou pauvre. Mais ils interdirent bientôt les autres partis, fermèrent des journaux et créèrent une police secrète. Une longue et terrible guerre civile suivit. Des millions de personnes moururent à cause des combats, de la faim et des maladies.
La révolution conduisit à la création de l’Union soviétique. Cet État exista jusqu’en 1991 et marqua tout le XXe siècle. Aujourd’hui encore, les avis sont partagés : certains y voient une grande tentative de libérer les travailleurs, d’autres le début d’une cruelle dictature.
En bref
- Date
- 24–26 octobre 1917 (calendrier julien utilisé en Russie) = 6–8 novembre 1917 (calendrier grégorien) ; prise du pouvoir principale le 25 octobre / 7 novembre
- Lieu
- Petrograd (Saint-Pétersbourg), alors capitale de la Russie ; des combats suivirent à Moscou et dans d’autres villes
- Dirigée par
- Le parti bolchevik (Vladimir Lénine ; Léon Trotski présidait le soviet de Petrograd et son Comité militaire révolutionnaire)
- Gouvernement renversé
- Le Gouvernement provisoire russe dirigé par Alexandre Kerenski
- Nouveau gouvernement
- Conseil des commissaires du peuple (Sovnarkom), présidé par Lénine et approuvé par le deuxième congrès panrusse des soviets
- Premiers décrets
- Décret sur la paix et décret sur la terre (26 octobre / 8 novembre 1917)
- Suites
- Dissolution de l’Assemblée constituante (janvier 1918), traité de Brest-Litovsk (mars 1918), guerre civile russe (1917/18–1922), fondation de l’URSS (1922)
- Autres noms
- Grande Révolution socialiste d’Octobre (nom officiel soviétique) ; révolution bolchevique ; prise du pouvoir par les bolcheviks
Facile
Qu’est-ce que la révolution d’Octobre ?
La révolution d’Octobre est la prise du pouvoir en Russie par le parti bolchevik en 1917. Le 25 octobre 1917 selon l’ancien calendrier russe (le 7 novembre selon le calendrier utilisé dans la majeure partie du monde), des partisans bolcheviks armés prirent le contrôle de Petrograd, la capitale, et renversèrent le Gouvernement provisoire, au pouvoir depuis la chute du tsar plus tôt dans l’année.
Pourquoi parler d’« Octobre » si les événements eurent lieu en novembre ? La Russie utilisait encore le calendrier julien, qui avait alors 13 jours de retard sur le calendrier grégorien employé en Europe occidentale. Le nouveau gouvernement soviétique adopta le calendrier grégorien en février 1918 : l’anniversaire de la révolution « d’Octobre » fut donc célébré chaque année le 7 novembre.
La révolution porta au pouvoir le premier gouvernement au monde à se dire socialiste et à viser le communisme, une société sans propriété privée des terres et des usines. Elle déboucha sur une guerre civile dévastatrice, sur la création de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) en 1922 et sur un système politique qui marqua l’histoire mondiale jusqu’à la disparition de l’Union soviétique en 1991.
Facile
Pourquoi eut-elle lieu ? La guerre, la faim et la chute du tsar
En 1914, la Russie entra dans la Première Guerre mondiale contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. La guerre se déroula mal pour elle. En 1917, des millions de soldats russes avaient été tués, blessés ou faits prisonniers. Les chemins de fer ne parvenaient pas à acheminer assez de nourriture et de combustible vers les villes, les prix montaient fortement et les habitants faisaient de longues files d’attente pour obtenir du pain dans le froid de l’hiver.
En février 1917 (mars selon le calendrier occidental), des grèves et des manifestations pour le pain à Petrograd se transformèrent en révolution lorsque des soldats refusèrent de tirer sur la foule et la rejoignirent. Le tsar Nicolas II abdiqua, mettant fin à plus de trois siècles de règne de la dynastie des Romanov. Ce fut la révolution de Février.
Après février, deux institutions revendiquèrent l’autorité. Le Gouvernement provisoire, formé par des membres de l’ancien Parlement, promit d’organiser des élections libres pour une Assemblée constituante chargée de décider de l’avenir de la Russie. En même temps, le soviet des députés ouvriers et soldats de Petrograd, ainsi que des centaines d’autres soviets dans le pays, représentaient les ouvriers et les soldats. Cette situation fut appelée le « double pouvoir ».
Il faut se rappeler que l’Empire russe n’était pas peuplé uniquement de Russes. Moins de la moitié de ses habitants étaient des Russes sur le plan ethnique ; les autres comprenaient notamment des Ukrainiens, des Polonais, des Finlandais, des Juifs, des Géorgiens, des Arméniens, des Tatars et des Kazakhs. L’effondrement de l’État tsariste en 1917 ouvrit aussi la voie à des mouvements nationaux, de la Finlande et de l’Ukraine au Caucase et à l’Asie centrale, qui réclamaient l’autonomie ou l’indépendance. La révolution de 1917 fut donc plusieurs révolutions à la fois : celle des ouvriers dans les villes, des paysans dans les campagnes, des soldats au front et des peuples aux marges de l’empire.
Facile
De février à octobre : une année de crise
Le Gouvernement provisoire décida de poursuivre la guerre, notamment pour respecter ses engagements envers ses alliés britanniques et français. Il reporta aussi la réforme agraire et les élections. Au fil des mois, des soldats désertèrent, des paysans commencèrent à s’emparer eux-mêmes des domaines des grands propriétaires et des ouvriers prirent le contrôle d’usines. Le gouvernement, dirigé à partir de juillet par l’avocat socialiste Alexandre Kerenski, s’affaiblit.
En avril 1917, Vladimir Lénine, chef de la fraction bolchevique des sociaux-démocrates russes, revint de son exil en Suisse en traversant l’Allemagne à bord d’un train organisé avec les autorités allemandes, qui espéraient affaiblir l’effort de guerre russe. À la gare de Finlande de Petrograd, il appela à ne pas soutenir le Gouvernement provisoire et réclama « tout le pouvoir aux soviets ». Son programme, les thèses d’Avril, fut résumé par le mot d’ordre « La paix, la terre et le pain ».
En juillet, des manifestations armées à Petrograd, appelées les journées de Juillet, furent réprimées. Le gouvernement accusa les bolcheviks d’être des agents allemands, arrêta certains de leurs dirigeants et Lénine se cacha en Finlande. Mais, à la fin d’août, le commandant de l’armée, le général Lavr Kornilov, sembla faire avancer des troupes contre la capitale. Kerenski demanda l’aide des soviets et des ouvriers armés, dont les gardes rouges bolcheviks, arrêtèrent cette avancée. Par la suite, les bolcheviks obtinrent la majorité dans les soviets de Petrograd et de Moscou. En septembre, Léon Trotski devint président du soviet de Petrograd.
Intermédiaire
La prise du pouvoir, du 24 au 26 octobre 1917
Le 10 octobre, Lénine, revenu secrètement à Petrograd, convainquit le comité central bolchevik de voter en faveur d’une insurrection armée, par dix voix contre deux. Les deux opposants, Lev Kamenev et Grigori Zinoviev, rendirent même leur désaccord public. Le soviet de Petrograd avait créé un Comité militaire révolutionnaire, dominé par les bolcheviks et dirigé en pratique par Trotski, qui obtint la fidélité de la majeure partie de la garnison de la ville. L’insurrection fut prévue pour coïncider avec le deuxième congrès panrusse des soviets.
Le 24 octobre, Kerenski tenta de fermer les journaux bolcheviks et de faire lever les ponts sur la Neva. Le Comité militaire révolutionnaire réagit en envoyant des soldats, des marins et des gardes rouges prendre les ponts, les gares, le bureau du télégraphe, le central téléphonique et les centrales électriques. La plupart de ces opérations se déroulèrent avec peu de coups de feu ; de nombreux soldats du gouvernement restèrent simplement à l’écart. Le matin du 25 octobre, Lénine annonça la destitution du Gouvernement provisoire, alors que celui-ci se réunissait encore au palais d’Hiver.
Le soir du 25 octobre, le croiseur Aurore tira à blanc pour donner le signal, tandis que les canons de la forteresse Pierre-et-Paul tirèrent sur le palais, le manquant pour la plupart. Le palais était défendu par des élèves officiers, quelques cosaques et un bataillon féminin ; beaucoup quittèrent les lieux pendant la soirée. Aux premières heures du 26 octobre, les assaillants entrèrent dans le palais et arrêtèrent les ministres. Kerenski avait déjà quitté la ville en voiture pour chercher des troupes au front. Le nombre de victimes dans la capitale fut très faible.
La spectaculaire « prise d’assaut du palais d’Hiver », avec une foule se ruant vers les portes, est en grande partie une image créée plus tard, notamment par une reconstitution de masse organisée en 1920 et par le film Octobre (1928) de Sergueï Eisenstein.
Intermédiaire
Le congrès des soviets et les premiers décrets
Le deuxième congrès panrusse des soviets s’ouvrit tard dans la soirée du 25 octobre. Les bolcheviks en formaient le groupe le plus nombreux, aux côtés de leurs alliés, les socialistes-révolutionnaires de gauche. Les partis socialistes modérés, mencheviks et socialistes-révolutionnaires de droite, dénoncèrent la prise du pouvoir comme un complot et quittèrent le congrès. Trotski leur lança la formule restée célèbre : « Allez donc là où vous devez aller : dans les poubelles de l’histoire. » Leur départ laissa les bolcheviks et leurs alliés maîtres du congrès.
Le 26 octobre, le congrès approuva un nouveau gouvernement, le Conseil des commissaires du peuple (Sovnarkom), présidé par Lénine, avec Trotski comme commissaire aux Affaires étrangères et Joseph Staline comme commissaire aux Nationalités. Il adopta deux célèbres décrets rédigés par Lénine. Le décret sur la paix appelait tous les pays en guerre à engager immédiatement des négociations en vue d’une « paix juste et démocratique », sans annexions ni indemnités. Le décret sur la terre abolissait la propriété privée des grands domaines et confiait les terres à des comités paysans, entérinant largement ce que les paysans faisaient déjà.
D’autres décrets suivirent rapidement : contrôle ouvrier dans les usines, nationalisation des banques, séparation de l’Église et de l’État, abolition des ordres sociaux et des titres, déclaration du droit des peuples de Russie à disposer d’eux-mêmes, mariage civil et simplification du divorce. Alexandra Kollontaï, commissaire à l’Assistance publique, fut l’une des premières femmes au monde à occuper un poste ministériel.
Intermédiaire
Conserver le pouvoir : Moscou, l’Assemblée et la Tchéka
Hors de Petrograd, la prise du pouvoir fut moins facile. À Moscou, environ une semaine de violents combats entre les gardes rouges et les élèves officiers, avec l’emploi de l’artillerie dans le centre-ville, coûta la vie à des centaines de personnes avant la victoire bolchevique au début de novembre. La tentative de Kerenski de revenir avec des troupes cosaques fut repoussée près de Petrograd, à Pulkovo. Dans de nombreuses villes de province, les soviets prirent le pouvoir ; ailleurs, les autorités locales et les mouvements nationaux résistèrent.
Les élections à l’Assemblée constituante, promises depuis longtemps, eurent lieu en novembre 1917. Ce furent les élections les plus libres de l’histoire de la Russie jusqu’alors. Les socialistes-révolutionnaires, parti soutenu par les paysans, remportèrent le plus de sièges ; les bolcheviks obtinrent environ un quart des voix, surtout dans les villes et l’armée. Lorsque l’Assemblée se réunit en janvier 1918 et refusa de reconnaître le pouvoir des soviets, les bolcheviks la dissolvèrent après une seule séance. Des soldats tirèrent sur une manifestation organisée pour la soutenir.
En décembre 1917, le gouvernement créa la Tchéka, une commission extraordinaire chargée de combattre la « contre-révolution et le sabotage », sous la direction de Félix Dzerjinski. Des journaux d’opposition furent fermés et le parti libéral des cadets fut interdit. Après mars 1918, les socialistes-révolutionnaires de gauche, qui avaient brièvement participé au gouvernement, le quittèrent pour protester contre le traité de paix avec l’Allemagne. À la mi-1918, la Russie était de fait un État à parti unique.
Intermédiaire
Conséquences : la paix, la guerre civile et l’État soviétique
Pour sortir de la guerre mondiale, le gouvernement soviétique signa le traité de Brest-Litovsk avec l’Allemagne et ses alliés en mars 1918, cédant d’immenses territoires, dont l’Ukraine, les pays baltes et la Finlande. Le même mois, la capitale fut transférée à Moscou. En juillet 1918, l’ancien tsar et sa famille furent fusillés par des bolcheviks à Ekaterinbourg.
À partir de 1918, une guerre civile aux multiples fronts opposa l’Armée rouge, organisée par Trotski, à divers adversaires : les « Blancs » dirigés par d’anciens généraux tsaristes, des socialistes rivaux, des armées paysannes, des mouvements indépendantistes et des forces étrangères intervenues dans le conflit. Les deux camps exercèrent la terreur contre les civils. Avec les épidémies et la famine de 1921–1922, cette période de guerre civile causa la mort de plusieurs millions de personnes ; les estimations varient beaucoup, souvent entre environ sept et douze millions.
Les bolcheviks remportèrent la victoire et fondèrent, en décembre 1922, l’Union des républiques socialistes soviétiques. Le nouvel État promit l’égalité, l’alphabétisation, l’accès aux soins et l’émancipation des femmes et des minorités nationales, et réalisa de véritables progrès dans certains de ces domaines. Il instaura aussi une dictature à parti unique qui, surtout sous Staline à partir de la fin des années 1920, imposa la collectivisation forcée et fut à l’origine de famines massives et de la Grande Terreur.
Intermédiaire
Un retentissement mondial, notamment en Asie de l’Est
La révolution inspira et effraya le monde. En 1919, les bolcheviks fondèrent l’Internationale communiste (Komintern) pour promouvoir la révolution à l’étranger. Des partis communistes apparurent en Europe, en Asie, en Amérique latine et en Afrique. Pour de nombreux militants anticoloniaux, les promesses de Lénine sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et ses critiques de l’impérialisme offraient une autre voie que les idées libérales du président des États-Unis Woodrow Wilson.
En Asie de l’Est, son influence fut profonde. Le Parti communiste chinois fut fondé en 1921 avec l’aide du Komintern. Parmi les Coréens, le Parti socialiste du peuple coréen (Hanin Sahoedang) fut fondé en 1918 à Khabarovsk, dans l’Extrême-Orient russe. Après le Mouvement du 1er mars 1919, les idées socialistes et communistes se répandirent parmi les militants indépendantistes, ajoutant un nouveau courant à la lutte contre la domination coloniale japonaise. De son côté, le Japon envoya des troupes en Sibérie (1918–1922) dans le cadre de l’intervention alliée et adopta des lois sévères contre le communisme.
Dans les pays occidentaux, la peur du bolchevisme marqua la politique pendant des décennies, de la « peur rouge » aux États-Unis à l’essor de mouvements anticommunistes, dont le fascisme, qui se présentait comme un rempart contre la révolution.
Intermédiaire
La mémoire de la révolution : d’une fête nationale à un passé contesté
En Union soviétique, la « Grande Révolution socialiste d’Octobre » était le récit fondateur de l’État. Chaque 7 novembre, des défilés militaires remplissaient la place Rouge. L’histoire officielle présentait la révolution comme un soulèvement populaire dirigé par un parti uni derrière Lénine. À partir des années 1930, elle attribua à Staline un rôle majeur qu’il n’avait pas réellement joué, tout en effaçant Trotski et d’autres dirigeants tombés en disgrâce.
Après la disparition de l’URSS en 1991, les opinions en Russie devinrent plus partagées. En 2005, la fête du 7 novembre fut remplacée par une nouvelle fête de l’Unité nationale, célébrée le 4 novembre en souvenir de l’expulsion des forces polonaises de Moscou en 1612. L’État russe ne marqua que modestement le centenaire de 2017. Dans d’autres anciens pays soviétiques, comme l’Ukraine et les États baltes, la révolution est souvent surtout associée au début de la domination et de la répression soviétiques.
Hors de Russie aussi, la révolution reste un symbole : pour certains, celui d’un espoir de justice sociale trahi ; pour d’autres, celui des dangers d’une politique utopique ; pour d’autres encore, celui des réussites et du coût d’une modernisation imposée par la force.
Avancé
Les débats des historiens : coup d’État ou révolution populaire ?
L’interprétation de 1917 a été marquée par la guerre froide. L’historiographie soviétique présentait Octobre comme l’aboutissement légitime de la lutte des classes, sous la conduite d’un parti exprimant la volonté du prolétariat. De nombreux historiens occidentaux du milieu du XXe siècle, influencés par le modèle « totalitaire », y voyaient au contraire un coup d’État mené par un petit groupe discipliné, qui avait profité du chaos avant d’imposer une dictature. L’ouvrage de Richard Pipes, The Russian Revolution (1990), est l’une des expressions ultérieures les plus connues de cette interprétation.
À partir des années 1960 et 1970, des historiens de la société dits « révisionnistes » étudièrent les ouvriers, les soldats, les marins et les paysans plutôt que les seuls dirigeants. Dans The Bolsheviks Come to Power (1976), Alexander Rabinowitch montra que le parti bolchevik de Petrograd était relativement ouvert et attentif aux demandes de la population en 1917, et qu’il bénéficiait d’un réel soutien parmi les ouvriers et les soldats à l’automne. Dans The Russian Revolution (1982), Sheila Fitzpatrick inscrivit Octobre dans un processus révolutionnaire plus long, qui se poursuivit jusque dans les années 1930. Ces historiens ne niaient pas la dictature ultérieure, mais soutenaient qu’Octobre avait bénéficié d’un véritable soutien populaire dans les villes, même sans majorité à l’échelle du pays.
Après l’ouverture des archives soviétiques dans les années 1990, les historiens eurent accès aux documents du parti et de la police. Des ouvrages comme A People’s Tragedy (1996) d’Orlando Figes associèrent les approches sociale et politique, en soulignant à la fois la radicalisation populaire, la violence et les choix autoritaires des dirigeants bolcheviks. Les recherches actuelles étudient également ce qui se passa hors de Petrograd, chez les peuples non russes de l’empire et dans les campagnes. Elles replacent aussi la révolution dans une crise plus vaste des empires pendant et après la Première Guerre mondiale.
Avancé
Les sources : témoins, décrets et archives
La révolution est documentée par des sources très diverses : les journaux de tous les partis, les procès-verbaux du comité central bolchevik et des soviets, les décrets gouvernementaux et de nombreux récits de témoins. Le livre du journaliste américain John Reed, Ten Days That Shook the World (1919), est un récit vivant et favorable à la révolution, écrit peu après les événements. Nikolaï Soukhanov, socialiste proche des mencheviks, rédigea des Notes sur la révolution détaillées. L’Histoire de la révolution russe (1930–1932) de Trotski est à la fois un récit majeur et une défense partisane de son propre rôle.
Toutes ces sources doivent être lues avec un regard critique. Les mémoires ont été écrits après les faits, souvent pour justifier leurs auteurs. À l’époque de Staline, les publications soviétiques de documents étaient modifiées pour correspondre à l’histoire officielle. Les mémoires d’opposants vaincus partis en exil ont eux aussi leurs partis pris. Les historiens les confrontent aux archives, aux statistiques électorales et alimentaires ainsi qu’aux études locales.
Des textes essentiels du nouveau régime, comme les rapports de Lénine sur la paix et la terre présentés au deuxième congrès des soviets, sont disponibles en traduction, par exemple dans les archives Lénine en ligne. Leur lecture, à côté des résultats des élections à l’Assemblée constituante et des pétitions d’ouvriers et de paysans, aide à comprendre à la fois les promesses des bolcheviks et les attentes des différents groupes de la société russe.
Idées clés
- Double pouvoir
- Le partage de l’autorité entre le Gouvernement provisoire et les soviets après février 1917, qu’aucun des deux camps ne parvint à résoudre pacifiquement.
- « Tout le pouvoir aux soviets »
- Mot d’ordre de Lénine réclamant que les conseils d’ouvriers et de soldats gouvernent à la place du Gouvernement provisoire.
- « La paix, la terre et le pain »
- Promesse bolchevique qui répondait directement aux attentes des soldats épuisés par la guerre, des paysans désireux d’obtenir des terres et des citadins affamés.
- Parti d’avant-garde
- Idée de Lénine selon laquelle un parti discipliné de révolutionnaires professionnels devait conduire la classe ouvrière au pouvoir.
- Dictature du prolétariat
- Idée marxiste d’un pouvoir transitoire exercé par la classe ouvrière ; dans les faits, elle devint le pouvoir du Parti communiste.
- Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
- Promesse bolchevique selon laquelle les peuples de l’ancien empire pourraient choisir leur avenir ; influente dans le monde entier, elle fut souvent limitée dans les faits.
- Coup d’État ou révolution
- Question centrale du débat historique : Octobre fut-il un complot mené par une minorité ou l’aboutissement d’une vaste révolution populaire ?
Notices
- 1914 — La Russie entre dans la Première Guerre mondiale.
- 1917 — Février (mars selon le nouveau calendrier) : révolution de Février ; Nicolas II abdique ; formation du Gouvernement provisoire et du soviet de Petrograd.
- 1917 — Avril : Lénine revient à Petrograd et présente les thèses d’Avril.
- 1917 — Juillet–août : journées de Juillet à Petrograd ; l’affaire Kornilov renforce les bolcheviks.
- 1917 — 10 octobre : le comité central bolchevik vote en faveur d’une insurrection armée.
- 1917 — 25–26 octobre (7–8 novembre selon le nouveau calendrier) : les bolcheviks s’emparent de Petrograd et du palais d’Hiver ; le congrès des soviets adopte les décrets sur la paix et la terre.
- 1917 — Novembre–décembre : élections à l’Assemblée constituante ; création de la Tchéka.
- 1918 — Janvier : dissolution de l’Assemblée constituante ; février : adoption du calendrier grégorien ; mars : traité de Brest-Litovsk et transfert de la capitale à Moscou.
- 1918 — Juillet : Nicolas II et sa famille sont tués à Ekaterinbourg ; la guerre civile s’étend.
- 1919 — Fondation de l’Internationale communiste (Komintern).
- 1922 — La guerre civile s’achève pour l’essentiel ; l’URSS est fondée en décembre.
- 1991 — L’Union soviétique disparaît.
Glossaire
- Bolcheviks
- Fraction radicale du Parti ouvrier social-démocrate de Russie dirigée par Lénine ; elle prit le nom de Parti communiste en 1918.
- Mencheviks
- Fraction plus modérée des sociaux-démocrates russes, qui jugeait la Russie encore trop peu préparée pour une révolution socialiste.
- Soviet
- Mot russe signifiant « conseil » ; conseil élu d’ouvriers, de soldats ou de paysans.
- Gouvernement provisoire
- Gouvernement temporaire qui dirigea la Russie de la révolution de Février jusqu’à octobre 1917.
- Calendrier julien
- Ancien calendrier utilisé en Russie jusqu’en 1918 ; au XXe siècle, il avait 13 jours de retard sur le calendrier grégorien.
- Sovnarkom
- Conseil des commissaires du peuple, gouvernement créé par les bolcheviks en octobre 1917.
- Gardes rouges
- Unités armées d’ouvriers d’usine qui soutenaient les bolcheviks en 1917.
- Assemblée constituante
- Assemblée élue pour rédiger la constitution de la Russie ; les bolcheviks la dissolvirent en janvier 1918.
- Tchéka
- Police politique soviétique fondée en décembre 1917, ancêtre d’organismes ultérieurs comme le NKVD et le KGB.
- Socialistes-révolutionnaires (SR)
- Grand parti socialiste fortement soutenu par les paysans ; il se divisa en 1917 entre une aile gauche et une aile droite.
Questions et réponses
Pourquoi l’appelle-t-on révolution d’Octobre si elle eut lieu en novembre ?
La Russie utilisait alors un ancien calendrier qui avait 13 jours de retard. Selon ce calendrier, c’était le 25 octobre ; selon le nôtre, le 7 novembre.
Le palais d’Hiver fut-il vraiment pris d’assaut au cours d’une grande bataille ?
Non. La plupart des défenseurs étaient partis et les assaillants entrèrent aux premières heures du matin, faisant peu de victimes. Les célèbres scènes de bataille viennent surtout d’une reconstitution de 1920 et d’un film de 1928.
Que signifiait « La paix, la terre et le pain » ?
La paix : arrêter la guerre. La terre : donner des terres agricoles aux paysans. Le pain : mettre fin aux pénuries alimentaires. C’était une promesse simple que beaucoup de personnes épuisées et affamées voulaient entendre.
La majorité des Russes vota-t-elle pour les bolcheviks ?
Non. Aux élections de novembre 1917 pour l’Assemblée constituante, ils obtinrent environ un quart des voix. Ils étaient surtout soutenus dans les grandes villes et dans l’armée ; les socialistes-révolutionnaires, appuyés par les paysans, remportèrent davantage de voix.
Qu’arriva-t-il au tsar ?
Nicolas II quitta le trône en mars 1917 (février selon l’ancien calendrier). En juillet 1918, des bolcheviks le fusillèrent à Ekaterinbourg avec son épouse, leurs cinq enfants et plusieurs domestiques.
Quelles furent les conséquences de la révolution pour la Corée ?
Elle favorisa la diffusion des idées socialistes et communistes parmi les militants coréens pour l’indépendance, surtout dans l’Extrême-Orient russe et en Chine. Après le Mouvement du 1er mars 1919, ces idées devinrent un courant important de la lutte anticoloniale.
Vaut-il mieux parler d’un coup d’État ou d’une révolution ?
Les historiens ne sont pas d’accord. La prise du pouvoir fut organisée par un seul parti, mais elle eut lieu au milieu d’une véritable révolution de masse menée par des ouvriers, des soldats et des paysans. De nombreux chercheurs la décrivent aujourd’hui comme la prise du pouvoir par un parti au sein d’une révolution populaire plus large.
Sources et lectures complémentaires
- October Revolution. Wikipedia
- 10월 혁명. 위키백과 (Korean Wikipedia)
- Russian Revolution. Wikipedia
- V. I. Lenin, Report on Peace, Second All-Russia Congress of Soviets, October 26 (November 8), 1917. Lenin Internet Archive (marxists.org)
- V. I. Lenin, Report on Land, Second All-Russia Congress of Soviets, October 26 (November 8), 1917. Lenin Internet Archive (marxists.org)
- Sheila Fitzpatrick, The Russian Revolution. Oxford University Press, 1982
- Alexander Rabinowitch, The Bolsheviks Come to Power: The Revolution of 1917 in Petrograd. W. W. Norton, 1976
- Richard Pipes, The Russian Revolution. Alfred A. Knopf, 1990
- Orlando Figes, A People’s Tragedy: The Russian Revolution 1891–1924. Jonathan Cape, 1996
- John Reed, Ten Days That Shook the World. Boni & Liveright, 1919
À découvrir aussi
- Le CapitalÉtude du capitalisme, du travail et de la valeur par Karl Marx, dont le premier volume parut en 1867.
- Prise de la BastilleLa prise d’une forteresse et prison parisienne le 14 juillet 1789 devint l’un des premiers emblèmes de la Révolution française.
- Attentat de SarajevoL’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand et de son épouse Sophie à Sarajevo, le 28 juin 1914, déclencha une crise diplomatique qui mena à la Première Guerre mondiale.
- Mouvement du 1er marsUn mouvement indépendantiste coréen débuta par des déclarations publiques et des manifestations le 1er mars 1919, puis s’étendit à toute la péninsule.
- Révolution haïtienneUne révolution commencée par un soulèvement de personnes réduites en esclavage à Saint-Domingue conduisit à l’abolition de l’esclavage sur place et à l’indépendance d’Haïti en 1804.
Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
