Patrimoine

Grande mosquée de Djenné

Grande mosquée de Djenné (Djenné, Mali)

1907 · Djenné (Soudan français)

En une phrase

La Grande mosquée de Djenné au Mali, reconstruite en 1906-1907 par la corporation des maçons de la ville sur le site d’une mosquée beaucoup plus ancienne, est le plus grand bâtiment en brique de terre crue du monde, et toute la communauté la replâtre chaque année.

Grande mosquée de Djenné
Image: Andy Gilham · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Imagine un bâtiment aussi grand qu’un terrain de football, avec de hautes tours et des murs hérissés de pointes, fait presque entièrement de boue. C’est la Grande mosquée de Djenné, dans le pays d’Afrique de l’Ouest qu’on appelle le Mali.

Djenné est une très vieille ville située entre deux grands fleuves, le Niger et le Bani. Chaque année, les fleuves débordent, et pendant quelques mois la ville devient une île. C’est pourquoi la mosquée se dresse sur une haute plateforme, comme une scène, pour garder les pieds au sec.

Les murs sont faits de briques de boue du fleuve mélangée à de la paille, séchées au soleil, puis recouvertes d’un enduit de boue bien lisse. Des bâtons de bois de palmier dépassent des murs, comme les piquants d’un hérisson. Ils font joli, mais ils servent aussi d’échelle qui reste toujours fixée dans le mur.

La pluie emporte peu à peu la boue. Alors, une fois par an, toute la ville organise une grande fête pour réparer la mosquée. Les enfants remuent de grandes fosses d’enduit de boue, les femmes et les filles apportent de l’eau, les hommes grimpent sur les murs avec des paniers de boue et l’étalent, et les maîtres maçons disent à chacun quoi faire. Les anciens s’assoient sur la place du marché pour regarder.

Il existe une mosquée à cet endroit depuis environ 700 ans, voire davantage, mais le bâtiment que l’on voit aujourd’hui a été terminé en 1907. La toute première mosquée, dit-on, a été construite quand un roi de Djenné s’est converti à l’islam et a transformé son palais en mosquée.

Aujourd’hui, la mosquée est le symbole de Djenné et du Mali. Elle figure sur les armoiries du Mali, et avec la vieille ville, elle fait partie d’un site du patrimoine mondial de l’UNESCO.

En bref

Localisation
Djenné, dans la plaine inondable du fleuve Bani, au sein du delta intérieur du Niger, région de Mopti, au centre du Mali
Bâtiment actuel
Reconstruit en 1906-1907 sous la direction du maître maçon Ismaila Traoré, sur le site de mosquées antérieures
Première mosquée
Fondée selon la tradition lorsque le souverain Koi Konboro se convertit à l’islam ; les dates proposées vont d’environ 1200 à 1330
Matériaux
Briques de terre séchées au soleil (ferey), mortier et enduit de terre ; poutres de palmier rônier et bâtons saillants (toron)
Dimensions
Plateforme surélevée d’environ 75 × 75 m, à 3 m au-dessus de la place du marché ; tour centrale de la qibla d’environ 16 m de haut ; salle de prière soutenue par environ 90 piliers de terre
Style
Architecture de terre soudano-sahélienne
Statut patrimonial
Fait partie du site du patrimoine mondial de l’UNESCO « Villes anciennes de Djenné » (1988) ; inscrite sur la Liste du patrimoine mondial en péril depuis 2016
Entretien
Festival annuel communautaire de replâtrage (crépissage), dirigé par la corporation des maçons

Facile

Qu’est-ce que la Grande mosquée de Djenné ?

La Grande mosquée de Djenné est la mosquée du vendredi de Djenné, une petite ville mais très ancienne, au centre du Mali. Elle sert chaque semaine aux prières communautaires et se trouve au cœur de la vie religieuse de la ville. C’est aussi l’un des bâtiments les plus célèbres d’Afrique : ses hautes tours de terre et ses murs hérissés apparaissent sur des cartes postales, dans des films et des jeux vidéo, ainsi que sur les armoiries nationales du Mali.

On l’appelle souvent le plus grand bâtiment en brique de terre crue (adobe) du monde. Presque tout, de la plateforme jusqu’au toit, est fait de terre prélevée dans la plaine inondable environnante, avec du bois de palmier. Comme la terre est un matériau fragile et la pluie une force puissante, le bâtiment ne survit que parce qu’on le répare chaque année. Cela fait de la mosquée non seulement un monument, mais une tradition vivante.

Le bâtiment que l’on voit aujourd’hui a été achevé en 1907, mais il se dresse sur un site où des mosquées existent depuis de nombreux siècles. Son histoire relie les royaumes médiévaux d’Afrique de l’Ouest, l’érudition islamique, un mouvement de réforme du XIXe siècle, la domination coloniale française et les défis actuels de la protection du patrimoine.

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Comment « lire » le bâtiment

Commençons par l’extérieur, sur la place du marché à l’est. On voit le mur de la qibla, le mur tourné vers La Mecque, vers lequel les musulmans se tournent pour prier. Trois immenses tours en forme de boîte s’en élèvent ; la tour centrale mesure environ 16 mètres de haut. Chaque tour se termine par des pinacles en forme de cône surmontés d’œufs d’autruche, et entre elles, dix-huit contreforts, chacun avec son propre pinacle, donnent au mur un rythme semblable à une rangée de piliers.

Toute la mosquée repose sur une plateforme surélevée d’environ 75 mètres de côté et de 3 mètres de haut, accessible par six escaliers. La plateforme la protège lorsque le fleuve Bani déborde. Le contour du bâtiment n’est pas un carré parfait : ses murs sont légèrement désalignés, ce qui lui donne une forme trapézoïdale.

À l’intérieur, la moitié orientale est une salle de prière couverte d’environ 26 sur 50 mètres. Son lourd toit de terre est porté par neuf murs parallèles percés d’arcs en ogive, qui forment ensemble une « forêt » d’environ quatre-vingt-dix épais piliers rectangulaires. Peu de lumière entre par les petites fenêtres, si bien que la salle est sombre et fraîche. Des ouvertures dans le toit sont couvertes de couvercles en poterie que l’on peut soulever pour laisser échapper l’air chaud.

La moitié occidentale est une cour ouverte entourée sur trois côtés de galeries à arcades ; la galerie ouest est réservée aux femmes. Dans la tour centrale du mur de la qibla se trouve le mihrab principal, la niche où l’imam dirige la prière, et à côté, le minbar, la chaire d’où est prononcé le sermon du vendredi.

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Construire avec de la terre

Les bâtiments de Djenné sont faits de terre prélevée dans la plaine du fleuve, mélangée à de la paille hachée, puis façonnée en briques séchées au soleil. Traditionnellement, les maçons de Djenné utilisaient des briques rondes façonnées à la main, appelées djenné-ferey ; des briques rectangulaires fabriquées dans des moules en bois se sont répandues au XXe siècle. Les briques sont posées avec un mortier de terre, puis recouvertes d’un enduit de terre mélangée à des matériaux comme les balles de riz.

Les faisceaux de bâtons de palmier rônier qui dépassent des murs, appelés toron, remplissent plusieurs fonctions à la fois. Ils décorent la surface, ils aident les murs épais à résister aux fissures, et ils servent d’échafaudage permanent pour les ouvriers. Des tuyaux en argile dépassent de la ligne du toit pour éloigner l’eau de pluie des murs.

La terre est un matériau astucieux sous un climat chaud. Les murs épais de boue restent frais le jour et libèrent leur chaleur la nuit. Mais la terre se dissout aussi sous une forte pluie, si bien qu’un bâtiment de terre n’est jamais « terminé ». Il faut en prendre soin comme d’un jardin.

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Facile

Le festival annuel de replâtrage

Chaque année, avant les pluies, les habitants de Djenné organisent un festival pour replâtrer la mosquée, souvent appelé par son nom français, le crépissage. Dans les jours qui précèdent, l’enduit est préparé dans des fosses et laissé à mûrir ; il doit être remué régulièrement, une tâche qui revient généralement aux garçons, ravis de jouer dans la boue.

Le jour du festival, une course détermine qui apportera le premier de l’enduit à la mosquée. Les hommes grimpent sur les murs en utilisant les toron et des échelles en bois de palmier, et étalent l’enduit frais sur la surface, tandis que d’autres transportent l’enduit depuis les fosses. Les femmes et les filles apportent de l’eau. Les membres de la corporation des maçons dirigent le travail, et les anciens qui y ont participé de nombreuses fois observent depuis des places d’honneur sur la place du marché.

Le festival répare les dégâts de la précédente saison des pluies, mais il fait bien plus : il renouvelle le lien entre le bâtiment et la communauté, transmet des savoir-faire d’une génération à l’autre, et transforme la conservation du patrimoine en une fête partagée, avec musique et repas.

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Djenné : une très vieille cité du commerce et du savoir

Djenné se trouve dans la plaine inondable entre les fleuves Niger et Bani, à l’extrémité méridionale du delta intérieur du Niger. Pendant la crue annuelle, d’environ juillet à octobre, la ville devient une île, accessible par des chaussées. Ce paysage aquatique a permis la riziculture, la pêche et le commerce fluvial.

À environ trois kilomètres de la ville moderne se trouve Djenné-Djeno (« vieille Djenné »), fouillée par Susan et Roderick McIntosh à partir de 1977. Leurs travaux ont montré que des gens y vivaient dès environ 250 av. J.-C., que l’agglomération possédait une muraille et plusieurs milliers d’habitants à la fin du premier millénaire de notre ère, et qu’elle commerçait sur de longues distances avant l’arrivée des marchands arabes d’Afrique du Nord. Cela a renversé l’ancienne idée selon laquelle les villes ouest-africaines auraient été créées grâce à des contacts extérieurs. L’ancien site a été progressivement abandonné vers 1400, tandis que la ville actuelle, peuplée pour la première fois après environ 1000 apr. J.-C., prospérait.

Entre le XVe et le XVIIe siècle, Djenné fut un maillon essentiel du commerce transsaharien. Le sel de Taghaza, dans le Sahara, et l’or de la zone forestière au sud, ainsi que des personnes réduites en esclavage, transitaient par Djenné et Tombouctou. Le souverain songhaï Sonni Ali prit la ville en 1471, après un long siège. Le chroniqueur al-Saʿdi, écrivant au XVIIe siècle, appelait Djenné « l’un des grands marchés des musulmans ». Djenné et Tombouctou étaient aussi des centres du savoir islamique, avec de nombreuses écoles coraniques.

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Intermédiaire

Les premières mosquées : un palais transformé en lieu de prière

Le plus ancien récit écrit de la mosquée figure dans le Tārīkh al-Sūdān d’al-Saʿdi, achevé au milieu du XVIIe siècle et vraisemblablement fondé sur la tradition orale. Il raconte que le sultan Kunburu (Koi Konboro) se convertit à l’islam, fit détruire son palais et transforma le site en mosquée, puis se fit construire un nouveau palais à proximité. Son successeur ajouta les tours, et le souverain suivant le mur d’enceinte.

Personne ne sait exactement quand cela s’est produit. Les dates proposées vont d’environ 1200 à 1330 ; la tradition francophone retient souvent 1238. Comme ce récit provient d’une chronique écrite des siècles plus tard, les historiens le considèrent comme une tradition fondatrice plutôt que comme un fait précisément daté.

L’historienne de l’architecture Labelle Prussin a proposé une histoire plus complexe, dans laquelle la mosquée aurait été reconstruite plusieurs fois, sous des souverains ultérieurs de Djenné, par le souverain songhaï Askia Muhammad vers 1500, puis à nouveau après l’invasion marocaine des années 1590. Ce qui est certain, c’est qu’au XIXe siècle se dressait sur ce site une grande mosquée de terre, très ancienne.

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Intermédiaire

Réforme, ruine et conquête au XIXe siècle

Vers 1818-1819, le réformateur peul Seku Amadu (Ahmadu Lobbo), fondateur de l’État du Massina et inspiré par le jihad d’Usman dan Fodio en pays haoussa, prit Djenné. Il jugeait l’ancienne mosquée, un palais transformé et richement décoré, trop somptueuse pour l’islam austère qu’il prêchait. Il la laissa tomber en ruine, ferma les petites mosquées de quartier, et fit construire dans les années 1830 une nouvelle mosquée basse et sans tours sur une autre partie du site.

Lorsque l’explorateur français René Caillié visita Djenné en 1828, déguisé en voyageur musulman, il décrivit une mosquée de terre à deux tours massives, « grossièrement construites, quoique très grandes », abandonnée à des milliers d’hirondelles. Djenné passa ensuite sous le contrôle de l’empire toucouleur d’al-Hajj Umar Tal (1861), puis, en avril 1893, les forces françaises commandées par Louis Archinard l’occupèrent.

Le journaliste français Félix Dubois s’y rendit peu après et décrivit les ruines de l’ancienne mosquée, dont l’intérieur servait alors de cimetière. Son livre Tombouctou la mystérieuse (1897), avec un plan et un dessin de reconstitution, rendit Djenné célèbre en Europe et en Amérique.

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Intermédiaire

La reconstruction de 1906-1907

En 1906, la ville organisa la reconstruction de l’ancienne mosquée sur son site d’origine, et le remplacement de la mosquée de Seku Amadu par une école (madrasa). Selon les sources francophones, le gouverneur colonial William Ponty approuva le projet à la demande d’un chef religieux local. Les travaux furent achevés en 1907 sous la direction d’Ismaila Traoré, chef de la corporation des maçons de Djenné, célèbre dans toute la région. L’administration coloniale y apporta un soutien administratif et financier, et l’on eut recours au travail forcé.

D’anciennes photographies suggèrent qu’au moins certains murs extérieurs suivent le tracé de la mosquée précédente, mais on ne sait pas si les piliers intérieurs ont conservé l’ancienne disposition. Ce qui était presque certainement nouveau, c’est le groupe symétrique de trois grandes tours dans le mur de la qibla.

Depuis 1907, le plan n’a que peu changé. La tour du mihrab possédait autrefois une paire de grandes niches ; les murs comptaient au départ beaucoup moins de toron, et deux rangées supplémentaires furent ajoutées au début des années 1990. En 1930, l’armée française fit construire une copie en ciment peu fidèle, la mosquée de Missiri, à Fréjus, dans le sud de la France, pour les soldats coloniaux d’Afrique de l’Ouest.

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Intermédiaire

Signification religieuse et civique

Pour les habitants de Djenné, la mosquée est d’abord un lieu de culte et le centre d’une communauté islamique dotée d’une longue tradition savante. La terrasse devant le mur oriental abrite deux tombes, dont celle d’Almany Ismaïla, imam important du XVIIIe siècle. Le marché qui se tient chaque semaine sur la place devant la mosquée relie depuis des siècles vie religieuse et vie économique.

La mosquée est aussi devenue un symbole national. Elle figure sur les armoiries du Mali et est largement utilisée comme emblème de la culture malienne et ouest-africaine. Sa forme a influencé d’autres mosquées de la région, comme la Grande mosquée de Mopti (1935), et un style « néo-soudanais » plus large.

Les habitants ont défendu à plusieurs reprises leur propre conception de la mosquée. Ils ont résisté à des modernisations qui ont transformé d’autres mosquées maliennes, comme le carrelage des murs, même si un système de haut-parleurs y a été installé. Selon des sources francophones, la mosquée a été fermée aux non-musulmans après qu’une séance photo de mode réalisée à l’intérieur et sur le toit fut jugée contraire à un accord passé avec les autorités locales.

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Intermédiaire

Conservation, conflits et patrimoine en péril

En 1988, l’UNESCO inscrivit les « Villes anciennes de Djenné » sur la Liste du patrimoine mondial. Le bien comprend la ville historique, avec sa mosquée et près de deux mille maisons traditionnelles construites sur de petites buttes (toguere) au-dessus de la crue, ainsi que les sites archéologiques de Djenné-Djeno, Hambarketolo, Kaniana et Tonomba.

La conservation n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. En janvier 2006, la vue d’ouvriers inspectant le toit pour un projet de restauration financé par le Aga Khan Trust for Culture déclencha une émeute dans la ville, au cours de laquelle une personne mourut. En novembre 2009, la partie supérieure de la tour sud de la qibla s’effondra après de fortes pluies ; le Aga Khan Trust finança sa reconstruction.

En juillet 2016, le Comité du patrimoine mondial plaça les Villes anciennes de Djenné sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Il invoqua l’insécurité dans la région, qui empêchait les travaux de protection, ainsi que la dégradation des matériaux de construction, l’urbanisation et l’érosion des sites archéologiques. Le conflit armé au centre du Mali a aussi fait chuter le tourisme, une source de revenus importante pour la ville.

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Avancé

La conception de qui ? Le débat sur l’influence coloniale

Le bâtiment de 1907 souleva un débat qui façonne encore l’interprétation de la mosquée. Félix Dubois, revenu en 1910, fut choqué ; il attribua la conception à l’administration française et se moqua des tours, disant qu’elles ressemblaient à un croisement entre un hérisson et un orgue d’église. L’ethnographe Michel Leiris, en voyage en 1931, la qualifia lui aussi d’œuvre d’Européens et rapporta le mécontentement des habitants.

À l’inverse, Jean-Louis Bourgeois, dans une étude détaillée publiée dans African Arts en 1987, soutint que l’influence française avait été minime, peut-être limitée aux arcs intérieurs, et que la conception était « fondamentalement africaine », réalisée par la corporation traditionnelle des maçons avec des techniques traditionnelles. D’autres auteurs spécialistes de l’architecture soudano-sahélienne affirment que des ingénieurs français apportèrent des conseils et que les architectes coloniaux promurent un style « néo-soudanais » symétrique et monumental, dont la mosquée reconstruite devint un modèle.

Le désaccord porte en partie sur les faits (ce que les fonctionnaires français ont réellement fait) et en partie sur les catégories elles-mêmes. Les maçons de Djenné avaient toujours reconstruit et remodelé les bâtiments de terre ; un bâtiment « traditionnel » renouvelé chaque année n’est jamais un original figé. Les recherches récentes tendent à voir dans la mosquée une création locale réalisée dans des conditions coloniales, où la politique propre à Djenné joua aussi un rôle : une grande partie de l’élite islamique, humiliée par la destruction de l’ancienne mosquée par Seku Amadu, souhaitait la voir restaurée sur son site d’origine.

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Avancé

Authenticité, sources et patrimoine vivant

La Grande mosquée met à l’épreuve les conceptions occidentales du patrimoine qui privilégient le matériau d’origine. Presque aucune partie de sa surface n’a plus de quelques années, et pourtant son authenticité réside dans la continuité de la forme, du matériau, du savoir-faire et du rituel communautaire. L’anthropologue Trevor Marchand, formé auprès des maçons de Djenné, a montré comment le savoir se transmet par l’apprentissage et la corporation, et comment le festival annuel reproduit non seulement les murs, mais aussi les relations sociales.

Le statut patrimonial a eu des effets contrastés. Un recensement de la ville en 1984 identifia 134 maisons à étage architecturalement importantes, mais en 1995, environ 30 % d’entre elles avaient été démolies et remplacées, malgré les restrictions liées au patrimoine mondial. Un projet financé par les Pays-Bas, mené de 1996 à 2003, restaura une centaine de maisons anciennes, parfois par reconstruction complète. Les habitants se sont parfois sentis frustrés par des règles limitant la façon dont ils pouvaient moderniser leur propre logement.

Pour l’histoire ancienne, les principales sources écrites sont les chroniques de Tombouctou du XVIIe siècle, en particulier le Tārīkh al-Sūdān d’al-Saʿdi (traduit par John Hunwick), et elles ne s’accordent pas sur la relation de Djenné avec l’empire du Mali : l’une affirme que le Mali attaqua Djenné quatre-vingt-dix-neuf fois sans succès, tandis que le Tārīkh al-fattāsh présente le souverain de Djenné comme un vassal. Les témoignages européens ne commencent qu’avec Antonio Malfante (1447), des auteurs portugais et, pour le bâtiment lui-même, Caillié (1828) et Dubois (années 1890). Les travaux archéologiques dans la ville et à Djenné-Djeno restent le principal moyen indépendant de vérifier ces récits.

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Idées clés

Architecture de terre
Construire avec des briques de terre crue séchées au soleil et un enduit de terre, bien adapté aux climats chauds et secs mais dépendant d’un entretien constant.
L’entretien comme tradition
La mosquée survit parce que la communauté la replâtre chaque année ; ce rituel fait autant partie du patrimoine que le bâtiment lui-même.
Style soudano-sahélien
Une tradition architecturale ouest-africaine faite de murs de terre, de contreforts, de pinacles et de poutres de bois saillantes, que l’on retrouve de Djenné à Tombouctou et au-delà.
Du palais à la mosquée
Selon la tradition, la première mosquée fut fondée lorsqu’un souverain converti abandonna son palais, une histoire qui relie royauté et islam à Djenné.
Paternité coloniale ou locale
Les chercheurs débattent de la mesure dans laquelle la conception de 1907 reflète le goût colonial français ou les traditions des maçons de Djenné.
Patrimoine vivant
L’authenticité comprise comme continuité du savoir-faire, de l’usage et de la communauté, plutôt que comme préservation du matériau d’origine.
Patrimoine en péril
L’insécurité, l’urbanisation et l’érosion ont placé les Villes anciennes de Djenné sur la liste du patrimoine en péril de l’UNESCO depuis 2016.

Notices

  1. v. 250 av. J.-C. — Djenné-Djeno, la cité qui précéda Djenné, est peuplée durablement pour la première fois.
  2. v. 1250 — Selon la tradition, le souverain Koi Konboro se convertit à l’islam et transforme son palais en mosquée (dates proposées : v. 1200-1330).
  3. 1471 — Le souverain songhaï Sonni Ali s’empare de Djenné après un long siège.
  4. v. 1655 — Le Tārīkh al-Sūdān d’al-Saʿdi consigne le récit fondateur de la mosquée et loue Djenné comme un grand marché.
  5. v. 1818 — Seku Amadu du Massina prend Djenné et laisse l’ancienne mosquée tomber en ruine.
  6. 1828 — René Caillié visite Djenné et décrit l’ancienne mosquée à l’abandon.
  7. v. 1834 — Seku Amadu fait construire une nouvelle mosquée austère sur une autre partie du site.
  8. 1893 — Les forces françaises commandées par Louis Archinard occupent Djenné.
  9. 1907 — La mosquée actuelle est achevée sous la direction du maître maçon Ismaila Traoré (travaux commencés en 1906).
  10. 1988 — Les Villes anciennes de Djenné sont inscrites sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
  11. 2009 — De fortes pluies font s’effondrer la partie supérieure de la tour sud de la qibla ; elle est reconstruite.
  12. 2016 — Les Villes anciennes de Djenné sont placées sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Glossaire

Adobe (banco)
Terre séchée au soleil utilisée comme matériau de construction ; au Mali, on l’appelle souvent banco.
Ferey
Briques de terre ; les djenné-ferey sont les briques traditionnelles rondes, façonnées à la main, de Djenné.
Toron
Faisceaux de bâtons de palmier rônier qui dépassent des murs de terre, utilisés comme décoration et comme échafaudage permanent.
Crépissage
Nom couramment donné au festival annuel de replâtrage de la mosquée de Djenné.
Qibla
La direction de La Mecque, vers laquelle les musulmans se tournent pour prier ; le mur de la qibla est le mur tourné dans cette direction.
Mihrab
Une niche dans le mur de la qibla indiquant la direction de la prière, où se tient l’imam.
Minbar
La chaire depuis laquelle est prononcé le sermon du vendredi.
Delta intérieur du Niger
Une vaste zone humide saisonnière au centre du Mali, où les fleuves Niger et Bani s’étalent chaque année.
Tārīkh al-Sūdān
« Histoire du Soudan », une chronique arabe du XVIIe siècle rédigée par al-Saʿdi de Tombouctou.
Toguere
Petites buttes sur lesquelles sont construites les maisons de la région de Djenné, pour rester au-dessus de la crue.

Questions et réponses

Toute la mosquée est-elle vraiment faite de boue ?

Presque. Les murs, la plateforme, les piliers et l’enduit sont en terre, avec du bois de palmier pour les poutres du toit et les bâtons dans les murs. Certains ajouts modernes, comme un système de haut-parleurs, ont été installés.

Pourquoi la mosquée ne fond-elle pas sous la pluie ?

La pluie en emporte effectivement une partie. C’est pourquoi la ville la replâtre chaque année. La plateforme la protège des crues, et des tuyaux d’argile évacuent l’eau de pluie du toit.

Quel âge a-t-elle ?

Le bâtiment actuel date de 1906-1907, mais il existe une mosquée sur ce site depuis une date comprise, selon la tradition, entre environ 1200 et 1330.

Qui a conçu la mosquée actuelle ?

Les travaux furent dirigés par Ismaila Traoré, chef de la corporation des maçons de Djenné. L’ampleur de l’influence des fonctionnaires coloniaux français sur la conception fait débat : certains auteurs y voient une œuvre largement africaine, d’autres insistent sur les conseils français.

Les visiteurs peuvent-ils entrer ?

Les non-musulmans n’y sont pas autorisés depuis des années ; les sources francophones relient cela à une séance photo controversée. Les règles peuvent changer, les visiteurs devraient donc se renseigner auprès des autorités locales.

Pourquoi Djenné figure-t-elle sur la liste du patrimoine en péril de l’UNESCO ?

En 2016, le Comité du patrimoine mondial a invoqué l’insécurité au centre du Mali, qui empêchait les travaux de protection, ainsi que la dégradation des matériaux de construction, l’urbanisation et l’érosion des sites archéologiques.

Pourquoi Djenné-Djeno est-il important pour les historiens ?

Les fouilles y ont montré qu’une grande ville fortifiée pratiquant le commerce à longue distance existait dès les derniers siècles avant notre ère, avant l’arrivée des marchands nord-africains, ce qui a changé la façon dont les historiens comprennent l’origine des villes ouest-africaines.

Sources et lectures complémentaires

  1. Great Mosque of Djenné. Wikipedia
  2. Grande mosquée de Djenné. Wikipédia (French)
  3. Djenné. Wikipedia
  4. Djenné-Djenno. Wikipedia
  5. Sudano-Sahelian architecture. Wikipedia
  6. Mali site added to List of World Heritage in Danger – UNESCO. UN News, 2016
  7. Jean-Louis Bourgeois, The History of the Great Mosques of Djenné. African Arts 20 (3), 1987
  8. John O. Hunwick, Timbuktu and the Songhay Empire: Al-Saʿdi’s Taʾrīkh al-Sūdān down to 1613 and Other Contemporary Documents. Brill, 1999
  9. Trevor H. J. Marchand, The Masons of Djenné. Indiana University Press, 2009
  10. Rogier Bedaux, Boubacar Diaby and Pierre Maas (eds.), L’architecture de Djenné (Mali): la pérennité d’un patrimoine mondial. Rijksmuseum voor Volkenkunde, Leiden, 2003

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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