Commencez en haut pour une introduction simple. Descendez pour découvrir plus de détails et de travaux de recherche.
- Facile
- Intermédiaire
- Avancé
Pour les jeunes lecteurs
Le Kojiki est le plus ancien livre du Japon que nous possédons encore. Il a été achevé en 712, il y a environ 1 300 ans. Son nom signifie « Recueil des faits anciens ». Il raconte des histoires de dieux, de héros et de souverains.
Il commence au tout début du monde. Deux dieux, le frère Izanagi et la sœur Izanami, se tiennent sur un pont flottant dans le ciel. Ils remuent la mer avec une lance ornée de pierres précieuses. Des gouttes tombent de la lance et forment la première île. Puis ils donnent naissance aux îles du Japon et à de nombreux dieux de la nature : ceux de la mer, des montagnes, du vent et des arbres.
L’une des histoires les plus célèbres parle d’Amaterasu, la déesse du soleil. Son frère Susanoo, le dieu des tempêtes, se conduit si mal qu’elle se cache dans une grotte et en ferme l’entrée avec un rocher. Le monde entier devient sombre ! Les autres dieux organisent une fête dehors. Ils dansent et rient très fort. Amaterasu sort la tête pour voir ce qui se passe. Les dieux la font sortir et la lumière revient.
Plus tard, Susanoo devient un héros. Il vainc un énorme serpent à huit têtes et huit queues, puis trouve une épée magique dans l’une de ses queues. Un autre dieu, Ōkuninushi, aide un pauvre lapin qui a perdu sa fourrure. Le lapin l’aide à son tour.
Le livre raconte que le petit-fils d’Amaterasu est descendu du ciel et que l’arrière-petit-fils de celui-ci est devenu le premier empereur du Japon. Les chapitres suivants parlent d’empereurs et de princes. Aujourd’hui, les historiens lisent ces récits comme des mythes et des légendes, pas comme une histoire exacte. Ils sont aussi un trésor pour découvrir la langue, la religion et les récits du Japon ancien.
En bref
- Achèvement
- Présenté à l’impératrice Genmei le 28e jour du 1er mois de la 5e année de l’ère Wadō (712 de notre ère)
- Compilateur
- Ō no Yasumaro (mort en 723), à partir de récits récités par Hieda no Are sur l’ordre de l’empereur Tenmu (règne : 673–686)
- Lieu
- La cour impériale de Heijō-kyō (Nara), au Japon
- Langue
- Des caractères chinois employés de façon hybride : une préface de style chinois, un texte principal en chinois japonisé et des chants transcrits phonétiquement en japonais ancien (man’yōgana)
- Structure
- Trois livres : l’âge des dieux ; de l’empereur Jinmu à Ōjin ; de l’empereur Nintoku à l’impératrice Suiko (morte en 628)
- Contenu
- Des mythes de création, des généalogies de dieux et de souverains, des légendes de héros et plus d’une centaine de chants
- Plus ancien manuscrit
- Le Shinpukuji-bon, copié en 1371–1372 (un Trésor national)
- Importance
- Le plus ancien livre japonais conservé ; une œuvre fondamentale pour la mythologie shintoïste, l’étude de la langue et de la littérature japonaises anciennes, ainsi que les débats sur l’identité nationale
Facile
Qu’est-ce que le Kojiki ?
Le Kojiki (古事記), généralement traduit par « Recueil des faits anciens » ou « Récit des faits anciens », rassemble des mythes, des légendes, des chants et des généalogies compilés à la cour impériale japonaise. Selon sa préface, le courtisan Ō no Yasumaro l’a mis par écrit et présenté à l’impératrice Genmei au début de l’année 712. Il est généralement considéré comme le plus ancien livre écrit au Japon qui nous soit parvenu.
Le Kojiki forme un récit continu. Il commence avec l’apparition des premiers dieux, lorsque le ciel et la terre se séparent. Il décrit ensuite la création des îles japonaises et les aventures de nombreuses divinités (kami), puis suit les descendants de la déesse solaire Amaterasu lorsqu’ils descendent sur terre et deviennent les souverains du Japon. Les dernières parties énumèrent les empereurs et les impératrices jusqu’à l’impératrice Suiko, morte en 628.
Ce livre n’avait pas pour but de présenter une histoire neutre. Il devait expliquer pourquoi la famille impériale était en droit de régner et quels liens l’unissaient aux autres clans puissants. Ses récits dépassent pourtant cette fonction politique : ils préservent des croyances anciennes, des traditions locales, de la poésie et des façons de parler qui, sans eux, auraient disparu.
Facile
L’âge des dieux : la création, la mort et le soleil
Le premier livre s’ouvre sur l’apparition de dieux dans la Plaine du Haut Ciel, au moment où le ciel et la terre commencent à se former. Il énumère ensuite des divinités qui apparaissent puis disparaissent. Plusieurs générations plus tard viennent Izanagi (« Celui qui invite ») et Izanami (« Celle qui invite »). Debout sur le Pont flottant du Ciel, ils remuent l’océan avec une lance ornée de pierres précieuses. La saumure qui en tombe forme l’île d’Onogoro. Ils s’y marient et donnent naissance aux îles du Japon ainsi qu’aux dieux de la mer, des rivières, des montagnes, du vent et du feu.
En donnant naissance au dieu du feu, Izanami est brûlée. Elle meurt et rejoint Yomi, le pays des morts. Izanagi la suit, mais il désobéit à son ordre de ne pas la regarder. Lorsqu’il découvre son corps en décomposition, il s’enfuit et bloque le chemin de Yomi avec un énorme rocher. Il se lave ensuite dans une rivière pour se purifier de la souillure de la mort. De son œil gauche naît Amaterasu, la déesse du soleil ; de son œil droit, Tsukuyomi, le dieu de la lune ; et de son nez, Susanoo, le dieu des tempêtes. Ce récit est souvent associé à l’importance de la purification (misogi, harae) dans le shintoïsme.
Susanoo se lamente, se met en colère et sème le désordre dans le royaume céleste de sa sœur : il détruit les rizières et souille sa salle de tissage. Effrayée et offensée, Amaterasu se cache dans la Grotte céleste du Rocher, plongeant le monde dans l’obscurité. Les dieux se rassemblent dehors, suspendent un miroir et des joyaux à un arbre sacré, et la déesse Ame-no-Uzume exécute une danse débridée qui les fait éclater de rire. Intriguée, Amaterasu jette un regard dehors, voit sa propre lumière dans le miroir et se laisse attirer à l’extérieur. La lumière revient, et Susanoo est chassé du ciel.
Sur terre, dans la région d’Izumo, Susanoo tue le serpent à huit têtes Yamata-no-Orochi. Il trouve une épée dans l’une de ses queues et l’offre à Amaterasu. Son descendant Ōkuninushi (« Grand maître du pays ») aide le Lièvre blanc d’Inaba, qui a perdu sa peau. Il survit aux épreuves que lui impose Susanoo dans le monde souterrain et développe le pays. Enfin, les dieux célestes exigent qu’Ōkuninushi cède le pays aux descendants d’Amaterasu. Il accepte en échange d’un grand sanctuaire, dans un récit souvent associé à Izumo Taisha.
Facile
Du ciel à la terre : les premiers empereurs et les héros
Amaterasu envoie son petit-fils Ninigi sur terre et lui confie trois trésors : un miroir, un joyau courbe et l’épée trouvée dans la queue du serpent. Ils deviennent les insignes impériaux du Japon. Ninigi descend sur un sommet du Himuka, à Kyūshū. Son fils Hoori, surnommé « la Chance de la montagne », perd l’hameçon de son frère, se rend au palais du dieu de la mer et épouse la fille de celui-ci. Leur petit-fils est Kamu-Yamato-Iwarebiko, connu après sa mort sous le nom d’empereur Jinmu.
Le deuxième livre commence par la longue campagne de Jinmu, de Kyūshū jusqu’à la région du Yamato où, selon le récit, il fonde la lignée impériale. Après de brèves notices sur plusieurs souverains, les figures les plus marquantes sont le prince Yamato Takeru, guerrier tragique qui vainc des ennemis à l’ouest et à l’est avant de mourir loin de chez lui et de se changer en oiseau blanc, et l’impératrice Jingū, qui, sous l’emprise des dieux, mène une expédition maritime contre le royaume coréen de Silla. Le livre s’achève avec l’empereur Ōjin.
Le troisième livre couvre les règnes de Nintoku à Suiko. Les rencontres avec les dieux y sont moins nombreuses ; les récits de cour, les histoires d’amour, les conflits de succession et les chants prennent davantage de place. Pour les derniers souverains, il ne donne guère plus que des noms, des palais, des mariages et des lieux de sépulture. Le Kojiki passe ainsi du mythe cosmique à l’histoire légendaire, puis à une simple généalogie qui s’arrête quelques décennies avant l’époque de sa rédaction.
Intermédiaire
La composition du livre : Tenmu, Hieda no Are et Ō no Yasumaro
Tout ce que nous savons des origines du Kojiki vient de sa préface. Selon celle-ci, l’empereur Tenmu, monté sur le trône après la guerre de Jinshin en 672, s’inquiétait des erreurs accumulées dans les chroniques impériales (Teiki) et les récits anciens (Kyūji ou Honji) conservés par diverses familles. Il les fit donc examiner et corriger, puis ordonna à un membre de sa suite nommé Hieda no Are, alors âgé de 28 ans, de les apprendre par cœur. Are passait pour pouvoir réciter tout texte après l’avoir lu une fois et retenir tout récit après l’avoir entendu une fois.
Tenmu mourut avant la fin du projet. Des décennies plus tard, le 18e jour du 9e mois de 711, l’impératrice Genmei ordonna à Ō no Yasumaro de mettre par écrit ce qu’Are avait mémorisé. Il acheva ce travail en environ quatre mois et présenta l’ouvrage en trois livres le 28e jour du 1er mois de 712.
Le Kojiki s’inscrivait dans les efforts du nouvel État centralisé, inspiré de la Chine des Tang, pour se définir par des codes de lois, une capitale à Nara et des histoires officielles. En 720, seulement huit ans plus tard, la cour acheva le Nihon shoki (« Chroniques du Japon »), une histoire bien plus longue, en trente livres. Yasumaro participa probablement aussi à sa compilation. Comprendre pourquoi deux ouvrages de ce type ont été produits à si peu d’intervalle est une question centrale dans l’étude du Kojiki.
On sait très peu de choses sur Hieda no Are. Le titre de toneri, qui désignait un membre de la suite impériale, était généralement porté par des hommes. Certains chercheurs, dont le folkloriste Yanagita Kunio et le spécialiste de littérature Saigō Nobutsuna, ont toutefois avancé qu’Are était une femme, peut-être issue de la famille Sarume, dont les danseuses rituelles de cour faisaient remonter leur ascendance à Ame-no-Uzume. La question reste ouverte.
Intermédiaire
Écrire le japonais avec des caractères chinois
Au début du VIIIe siècle, le japonais ne possédait pas de système d’écriture propre. Les fonctionnaires instruits écrivaient en chinois classique. Yasumaro devait trouver comment consigner des récits et des noms japonais par leur langue et leur esprit. Dans sa préface, rédigée en une élégante prose chinoise à phrases parallèles, il explique sa solution : employer les caractères chinois tantôt pour leur sens, tantôt pour leur son, et parfois mêler les deux usages dans une même phrase, avec des notes lorsque la lecture pouvait prêter à confusion.
Il en résulte un texte hybride. Le récit principal est écrit dans une forme de chinois japonisé, souvent appelée hentai kanbun, qui ne suit la grammaire chinoise que librement et doit être lue en japonais. Les noms des dieux et plus d’une centaine de chants sont transcrits phonétiquement, à raison d’un caractère par syllabe, dans le système appelé plus tard man’yōgana, d’après le recueil de poésie du VIIIe siècle Man’yōshū. Ces passages phonétiques comptent parmi les témoignages les plus importants sur la prononciation du japonais ancien.
Comme le texte peut être lu de plusieurs façons, la manière de « lire à voix haute » le Kojiki en japonais fait débat depuis des siècles. Chaque édition moderne suppose un travail de reconstitution savante, et les traductions reflètent des choix différents concernant la langue sous-jacente.
Intermédiaire
Idées clés : kami, lignées, pureté et chants
Les kami. Le Kojiki présente un monde peuplé de kami, des êtres divins qui peuvent être des ancêtres, des forces de la nature, des lieux ou des objets. Ils sont puissants, mais ni omniscients ni moralement parfaits : ils se disputent, s’affligent, commettent des erreurs et prêtent parfois à rire. Cette représentation diffère profondément de celle du Dieu créateur transcendant des religions abrahamiques.
Les lignées et la légitimité. La généalogie forme l’ossature du livre. En faisant remonter la maison impériale à Amaterasu et en rattachant de nombreux clans à des dieux ou à des princes, le Kojiki inscrit chaque lignée dans une hiérarchie centrée sur le souverain. Le récit dans lequel Ōkuninushi cède le pays présente l’intégration d’Izumo, région dotée de fortes traditions propres, comme une soumission volontaire à la lignée céleste.
La pureté et la souillure. L’opposition entre le pur et le souillé, visible dans la purification d’Izanagi après son séjour à Yomi et dans les offenses de Susanoo, traverse les mythes et se rattache aux rites shintoïstes ultérieurs.
Les chants et les émotions. Les chants, dont beaucoup sont des chants d’amour, des lamentations, des chants à boire ou des chants guerriers, donnent au Kojiki une forte dimension émotive et poétique. Certains chercheurs étudient l’œuvre davantage comme une création littéraire que comme une histoire, en soulignant son art du récit. Fait remarquable, le Kojiki ne fait aucune référence au bouddhisme, alors que cette religion était florissante à la cour au moment de sa compilation.
Intermédiaire
Manuscrits, oubli et redécouverte
Contrairement au Nihon shoki, qui faisait l’objet de conférences à la cour et fut étudié pendant toute l’époque de Heian, le Kojiki fut considéré durant des siècles comme un texte secondaire. Aucun manuscrit des époques de Nara ou de Heian ne nous est parvenu. La plus ancienne copie complète est le manuscrit de Shinpukuji, réalisé par le moine Ken’yu en 1371–1372 et aujourd’hui classé Trésor national. D’autres manuscrits appartiennent à une tradition liée à la famille Urabe, composée de spécialistes du shintoïsme.
La première édition imprimée parut à Kyoto en 1644, rendant le texte largement accessible pour la première fois. Au XVIIIe siècle, les savants du mouvement des « études nationales » (kokugaku), qui cherchaient une culture japonaise authentique, dégagée des influences chinoises et bouddhiques, se tournèrent vers le Kojiki. Ils y voyaient le témoignage le plus pur de la langue et du mode de vie anciens.
Le plus célèbre d’entre eux, Motoori Norinaga (1730–1801), consacra environ trente-cinq ans (1764–1798) à la rédaction du Kojiki-den, un commentaire en 44 livres. Il y reconstitua la lecture de chaque ligne en japonais ancien et interpréta les mythes comme des récits véridiques de l’âge des dieux. Norinaga plaça le Kojiki au-dessus du Nihon shoki, qu’il jugeait déformé par une « pensée chinoise ». Son travail reste fondamental pour la philologie du Kojiki, même si ses interprétations religieuses et nationalistes ne sont plus acceptées comme des conclusions scientifiques.
Intermédiaire
Le Kojiki dans le Japon et l’Asie orientale modernes
Après la restauration de Meiji, en 1868, les mythes du Kojiki et du Nihon shoki furent enseignés à l’école comme histoire nationale dans le cadre du shintoïsme d’État. La descendance de l’empereur depuis Amaterasu et la fondation de l’État par Jinmu, datée par le Nihon shoki de 660 avant notre ère, devinrent des doctrines officielles. L’historien Tsuda Sōkichi, qui soutint à partir de 1913 que l’âge des dieux et les premiers règnes étaient des constructions politiques de la cour, vit plusieurs de ses livres interdits en 1940 et fut poursuivi en justice.
Ces mythes servirent aussi l’expansion impériale. Le récit de la conquête de Silla par l’impératrice Jingū fut utilisé pour présenter la Corée comme anciennement soumise au Japon et justifier la domination japonaise sur la Corée (1910–1945). Les historiens coréens et japonais considèrent aujourd’hui cet épisode comme une légende ; les chercheurs coréens ont particulièrement critiqué son utilisation comme mythe colonial. En revanche, des épisodes comme celui du lettré Wani, venu de Baekje apporter des livres chinois au Japon, sont lus comme des souvenirs d’échanges culturels réels avec la péninsule coréenne, même si leurs détails comportent des anachronismes.
Après 1945, les mythes cessèrent d’être enseignés comme des faits historiques, et les chercheurs purent étudier librement le Kojiki comme mythe, œuvre littéraire et discours idéologique. Il se lit aujourd’hui dans de nombreuses traductions, depuis la version anglaise de Basil Hall Chamberlain, parue en 1882, jusqu’à celles de Donald Philippi, en 1968, et de Gustav Heldt, en 2014. Ses dieux et ses récits inspirent des romans, des mangas, des dessins animés et des jeux, ainsi que les célébrations dans des sanctuaires tels que ceux d’Ise et d’Izumo. Le 1 300e anniversaire de son achèvement a été célébré en 2012.
Avancé
Débats scientifiques et questions ouvertes
L’authenticité. Comme le Kojiki n’est pas mentionné dans le Shoku Nihongi, la chronique officielle qui couvre l’année 712, et que sa préface est la seule source décrivant sa composition, certains chercheurs soupçonnent depuis le début de l’époque moderne que la préface, voire l’ouvrage entier, a été rédigé plus tard, peut-être au IXe siècle. La plupart des spécialistes rejettent la thèse du faux. Le texte conserve des distinctions orthographiques archaïques du japonais ancien, notamment entre deux types de syllabe mo, distinction disparue peu après 712. En 1979, l’épitaphe en bronze d’Ō no Yasumaro fut découverte dans une plantation de thé à Nara, confirmant l’existence de ce fonctionnaire mort en 723.
Deux mythologies ou une seule ? Le Kojiki et le Nihon shoki racontent des histoires qui se recoupent, mais de façons différentes ; le Nihon shoki donne souvent plusieurs variantes (« un livre dit que… »). Les chercheurs d’autrefois avaient tendance à les réunir en une seule « mythologie japonaise ». Des spécialistes comme Kōnoshi Takamitsu soutiennent au contraire que chaque texte construit, à des fins différentes, son propre univers mythique cohérent et doit donc être lu séparément.
Histoire ou mythe ? Depuis les travaux de Tsuda, la plupart des historiens considèrent l’âge des dieux et les premiers empereurs comme relevant du mythe politique. La part de souvenir historique préservée dans les règnes ultérieurs reste débattue. La comparaison avec les sources chinoises et coréennes, les découvertes archéologiques dans les grands tumulus funéraires (kofun) et les inscriptions, notamment celles d’épées du Ve siècle, aident les historiens à évaluer les passages susceptibles de contenir des informations historiques.
Sources et comparaisons. Les chercheurs ont comparé les mythes du Kojiki à ceux de Corée, de Chine, d’Asie du Sud-Est, du Pacifique et d’Eurasie. Ils ont, par exemple, rapproché le voyage d’Izanagi au monde souterrain de l’histoire grecque d’Orphée. Ces ressemblances soulèvent des questions encore ouvertes sur la diffusion des récits, leurs origines communes ou les grands motifs partagés par les sociétés humaines.
Avancé
Sources et méthodes d’étude
La philologie. L’étude du Kojiki commence par son texte : comparer les manuscrits, reconstituer la lecture de son écriture hybride et utiliser les chants et les noms transcrits phonétiquement pour retrouver le japonais ancien. La découverte du système à huit voyelles du japonais ancien, dont témoignent des différences orthographiques régulières, a été décisive pour dater et interpréter le texte.
Le contexte historique. Les chercheurs replacent le Kojiki dans le monde politique des règnes de Tenmu, Jitō et Genmei : la construction d’un État inspiré du modèle chinois, les rivalités entre clans et les relations avec Silla et la Chine des Tang. Les tablettes de bois (mokkan) découvertes sur les sites des palais de Nara et de Fujiwara montrent comment les fonctionnaires écrivaient le japonais à la fin du VIIe siècle et aident à comprendre l’écriture du Kojiki.
L’étude des religions et l’anthropologie. Les chercheurs comparent les mythes aux rites shintoïstes, aux traditions des sanctuaires et au folklore, en évitant de supposer que le shintoïsme moderne prolonge directement les croyances du VIIIe siècle.
L’histoire de la réception. Enfin, de nombreux travaux portent aujourd’hui sur les différentes lectures du Kojiki : celles des penseurs shintoïstes médiévaux, de Norinaga, de l’État moderne et des chercheurs de l’après-guerre. Le sens du livre a toujours dépendu de ses lecteurs. C’est aussi une leçon importante sur la manière dont les textes anciens deviennent des classiques nationaux.
Idées clés
- Kami
- Êtres divins liés à la nature, aux ancêtres et aux lieux ; puissants, mais capables de se tromper dans les mythes.
- Descendance divine
- L’affirmation selon laquelle la maison impériale descend de la déesse solaire Amaterasu par Ninigi et Jinmu.
- La généalogie comme ordre
- Le rattachement des clans aux dieux et aux princes plaçait chaque lignée dans une hiérarchie centrée sur le souverain.
- Purification
- L’acte de laver la souillure de la mort et des mauvaises actions, un thème lié aux rites shintoïstes.
- Écriture hybride
- L’emploi de caractères chinois pour leur sens comme pour leur son afin de noter le japonais, avant l’apparition des kana.
- Mythe et idéologie
- Le Kojiki a servi à légitimer l’État du VIIIe siècle et a ensuite été réutilisé par le nationalisme moderne.
- De l’oral à l’écrit
- La préface présente le livre comme la mise par écrit de traditions mémorisées et récitées par Hieda no Are.
Notices
- 672 apr. J.-C. — Tenmu remporte la guerre de Jinshin et monte sur le trône ; il ordonne plus tard la correction des chroniques et des récits.
- v. 681 apr. J.-C. — La cour de Tenmu entreprend un travail de compilation historique, achevé plus tard dans le Nihon shoki.
- 710 apr. J.-C. — La capitale est transférée à Heijō-kyō (Nara).
- 711 apr. J.-C. — L’impératrice Genmei ordonne à Ō no Yasumaro de consigner ce que Hieda no Are a mémorisé.
- 712 apr. J.-C. — Yasumaro présente le Kojiki en trois livres à l’impératrice Genmei.
- 720 apr. J.-C. — Le Nihon shoki est achevé.
- 723 apr. J.-C. — Ō no Yasumaro meurt, selon son épitaphe.
- 1371 — Le moine Ken’yu copie le manuscrit de Shinpukuji (jusqu’en 1372), la plus ancienne copie conservée.
- 1644 — La première édition imprimée paraît à Kyoto.
- 1798 — Motoori Norinaga achève le Kojiki-den.
- 1882 — Basil Hall Chamberlain publie la première traduction anglaise complète.
- 1979 — L’épitaphe en bronze d’Ō no Yasumaro est découverte à Nara.
Glossaire
- Kami
- Dieux ou esprits de la religion japonaise, notamment les esprits de la nature, les ancêtres et les personnes divinisées.
- Takamagahara
- La Plaine du Haut Ciel, domaine des dieux célestes.
- Yomi
- Le pays des morts dans le Kojiki.
- Insignes impériaux
- Le miroir, le joyau et l’épée qu’Amaterasu aurait confiés à Ninigi.
- Man’yōgana
- Emploi de caractères chinois pour leur son afin d’écrire les syllabes japonaises.
- Nihon shoki
- Histoire officielle intitulée « Chroniques du Japon », achevée en 720.
- Kokugaku
- « Études nationales » : mouvement de l’époque d’Edo consacré à l’étude des textes japonais anciens et à la redécouverte de la culture du pays.
- Toneri
- Membre de la suite servant à la cour impériale.
- Teiki et Kyūji
- Généalogies impériales et récits anciens qui, selon la préface, ont servi de base au Kojiki.
- Shintoïsme d’État
- Utilisation par l’État japonais moderne du shintoïsme et des mythes impériaux comme idéologie nationale, de 1868 à 1945.
Questions et réponses
Le Kojiki est-il un texte sacré ?
Pas exactement. Il ne contient ni commandements ni enseignements religieux, mais ses mythes occupent une place centrale dans le shintoïsme et nombre de ses dieux sont vénérés dans des sanctuaires.
Qui a écrit le Kojiki ?
Selon sa préface, Ō no Yasumaro l’a mis par écrit en 711–712 à partir des traditions mémorisées par Hieda no Are sur l’ordre de l’empereur Tenmu.
Le Kojiki raconte-t-il une histoire véridique ?
Les historiens considèrent l’âge des dieux et les premiers empereurs comme des mythes et des légendes créés ou façonnés à des fins politiques. Les parties plus tardives peuvent conserver certains souvenirs historiques.
Quelle est la différence entre le Kojiki et le Nihon shoki ?
Le Kojiki (712) est plus court, se concentre sur la lignée impériale et emploie un style plus japonais. Le Nihon shoki (720) est une histoire officielle plus longue, écrite en chinois et organisée par années ; il donne souvent plusieurs versions d’un même mythe.
Pourquoi la déesse du soleil se cache-t-elle dans une grotte ?
Elle est effrayée et offensée par la violence de son frère Susanoo. Le récit explique le retour de la lumière et reflète peut-être des rites destinés à renouveler la puissance du soleil.
Le Kojiki pourrait-il être un faux rédigé plus tard ?
Une minorité de chercheurs l’a soutenu. Toutefois, les traits archaïques de sa langue et la découverte de l’épitaphe de Yasumaro en 1979 conduisent la plupart des spécialistes à y voir une œuvre du début du VIIIe siècle.
Pourquoi le Kojiki suscite-t-il des controverses en Corée ?
Sa légende de la conquête de Silla par l’impératrice Jingū a été utilisée à l’époque moderne pour justifier la domination coloniale japonaise sur la Corée, bien que les historiens la considèrent comme une légende.
Pourquoi le Kojiki est-il important pour les linguistes ?
Ses chants et ses noms transcrits phonétiquement comptent parmi les meilleurs témoignages de la prononciation du japonais il y a 1 300 ans.
Sources et lectures complémentaires
- Kojiki. Wikipedia
- 고사기. 위키백과
- Ō no Yasumaro. Wikipedia
- Hieda no Are. Wikipedia
- Nihon Shoki. Wikipedia
- Motoori Norinaga. Wikipedia
- Man'yōgana. Wikipedia
- Mark Cartwright, Kojiki: Japan’s Oldest Book. World History Encyclopedia, 2017
- Donald L. Philippi, Kojiki (translated with an introduction and notes). University of Tokyo Press, 1968
- Gustav Heldt (trans.), The Kojiki: An Account of Ancient Matters. Columbia University Press, 2014
À découvrir aussi
- Hōryū-jiEnsemble de temples bouddhiques japonais dont la fondation est traditionnellement datée de 607 apr. J.-C. et qui abrite certains des plus anciens bâtiments en bois encore conservés au monde.
- Le Dit du GenjiRécit japonais du début du XIe siècle, généralement attribué à l’autrice de cour Murasaki Shikibu.
- Samguk sagiHistoire des Trois Royaumes de Corée compilée sous la direction de Kim Busik et présentée à la cour de Goryeo en 1145.
- Restauration de MeijiLe transfert de l’autorité politique à l’empereur Meiji en 1868 amorça une profonde transformation du gouvernement et de la société du Japon.
- Popol VuhRécit des Mayas k’iche’ portant sur les origines, les êtres divins et l’histoire des ancêtres.
Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
