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Pour les jeunes lecteurs
La plupart des maisons en bois ne durent pas plus d’une centaine d’années. La pluie, les insectes et le feu les abîment. Mais au Hōryū-ji, un temple au Japon, des bâtiments en bois tiennent debout depuis environ 1 300 ans. Ils sont plus vieux que presque tous les autres bâtiments en bois de la Terre.
Selon la tradition, le temple a été fondé par le prince Shōtoku. Ce prince a aidé à gouverner le Japon il y a environ 1 400 ans. Il aimait le bouddhisme, une religion arrivée au Japon depuis la Corée et la Chine. On se souvient de lui parce qu’il a fait construire des temples et écrit des règles pour que les dirigeants vivent en bonne entente.
Dans l’enceinte du temple, deux bâtiments particuliers se dressent côte à côte. Le pavillon d’Or abrite des statues du Bouddha. À côté se trouve une haute tour appelée pagode, avec cinq toits superposés. Au milieu de la pagode, un immense tronc d’arbre se dresse comme une colonne vertébrale. Il vient d’un arbre abattu en 594.
Un ancien livre d’histoire raconte que le premier temple a brûlé après avoir été frappé par la foudre en 670, puis qu’il a été reconstruit. Pendant longtemps, les spécialistes se sont demandé si les bâtiments actuels étaient les premiers ou des bâtiments reconstruits. Des archéologues ont trouvé dans le sol, tout près, les restes brûlés du premier temple. Cela a aidé à résoudre le mystère.
Les bâtisseurs ont utilisé du bois de cyprès du Japon, appelé hinoki. Ce bois est solide et résiste à la pourriture. Depuis des siècles, des charpentiers réparent les bâtiments, morceau par morceau. En 1993, le Hōryū-ji est devenu le premier site du Japon inscrit sur la Liste du patrimoine mondial.
En bref
- Fondation
- Selon la tradition, en 607, par le prince Shōtoku et l’impératrice Suiko ; l’enceinte occidentale actuelle a été reconstruite de la fin du VIIe au début du VIIIe siècle après un incendie mentionné en 670
- Lieu
- Ikaruga, préfecture de Nara (ancienne province de Yamato), Japon
- Bâtiments les plus anciens
- Kondō (pavillon d’Or), pagode à cinq étages, porte du Milieu et parties du cloître dans l’enceinte occidentale (Sai-in)
- Pagode
- Environ 32,5 m de haut ; son pilier central provient d’un arbre abattu en 594 (datation par les cernes)
- Œuvres célèbres
- Triade de Shaka de Tori Busshi (623), Kannon de Kudara, sanctuaire de Tamamushi, Kannon du Yumedono, peintures murales du Kondō
- Matériau
- Principalement du bois de hinoki (cyprès du Japon) sur des fondations en pierre, avec des toits en tuiles de terre cuite
- Affiliation
- Temple principal de l’école bouddhique Shōtoku (auparavant rattaché à l’école Hossō)
- Statut
- Patrimoine mondial de l’UNESCO, « Monuments bouddhiques de la région du Hōryū-ji » (1993, premier site japonais inscrit, avec le Hokki-ji)
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Qu’est-ce que le Hōryū-ji ?
Le Hōryū-ji, « temple de la Loi florissante », est un monastère bouddhique situé à Ikaruga, à environ 12 km au sud-ouest de l’ancienne capitale Nara. Son nom complet, Hōryū Gakumonji, signifie « temple d’étude de la Loi florissante » : on y étudiait les enseignements bouddhiques autant qu’on y pratiquait le culte. Il faisait partie des Sept Grands Temples de la région de Nara.
Le temple est associé au prince Shōtoku (574–622), membre de la famille impériale qui, selon les chroniques officielles, exerça la régence auprès de sa tante, l’impératrice Suiko, et encouragea le bouddhisme. La tradition situe sa fondation en 607. Les bâtiments conservés dans l’enceinte occidentale ont été construits après un incendie que la chronique de cour Nihon shoki date de 670. Ils préservent néanmoins le style de l’époque d’Asuka, lorsque le bouddhisme commença à s’implanter au Japon.
Le Hōryū-ji est célèbre pour deux raisons. D’abord, son pavillon d’Or (Kondō) et sa pagode à cinq étages comptent parmi les plus anciens bâtiments en bois encore debout dans le monde. Ensuite, il conserve un ensemble exceptionnel d’œuvres bouddhiques anciennes : sculptures, peintures et objets d’artisanat des VIIe et VIIIe siècles qui ont peu d’équivalents conservés ailleurs en Asie de l’Est. Le temple possède plus de 180 trésors nationaux et biens culturels importants classés.
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Comment comprendre le plan du temple : deux enceintes et des bâtiments côte à côte
Le Hōryū-ji comprend deux parties. L’enceinte occidentale (Sai-in) forme le monastère principal. L’enceinte orientale (Tō-in), à environ 120 m à l’est, occupe l’emplacement du palais du prince Shōtoku, Ikaruga-no-miya. Elle est organisée autour d’un pavillon octogonal appelé Yumedono (pavillon des Rêves).
Les visiteurs entrent dans l’enceinte occidentale par le sud, en franchissant la grande porte du Sud, puis atteignent la porte du Milieu (Chūmon). Cette porte est inhabituelle : elle compte quatre travées au lieu du nombre impair habituel, si bien qu’un pilier se dresse au centre de l’entrée. On ignore pourquoi les bâtisseurs ont fait ce choix. La porte donne sur une cour entourée d’une galerie couverte, le cloître. À l’intérieur, le Kondō se trouve à l’est et la pagode à l’ouest, côte à côte. Dans beaucoup d’autres temples anciens, la pagode et le pavillon principal étaient alignés l’un derrière l’autre. Le plan dit « de style Hōryū-ji » permet de voir les deux bâtiments en même temps et équilibre la tour haute et étroite avec le pavillon large et bas. Le grand pavillon des Conférences, où étudiaient les moines, ferme la cour au nord.
Le Kondō est un pavillon à deux niveaux, posé sur une plateforme de pierre, d’environ 18,5 m sur 15,2 m. Seul le rez-de-chaussée est utilisable ; l’étage supérieur donne au bâtiment de la hauteur et de la majesté. À l’intérieur se trouve un autel surélevé portant les statues principales. La pagode, haute d’environ 32,5 m, possède cinq toits de plus en plus petits vers le sommet. Une pagode est un monument bouddhique qui abrite des reliques du Bouddha, plutôt qu’un bâtiment destiné à être parcouru. Des reliques sont déposées à la base de son pilier central. Au rez-de-chaussée, des sculptures en argile achevées en 711 représentent des scènes de la vie du Bouddha autour de ce pilier.
Plusieurs détails méritent l’attention. Les colonnes s’élargissent légèrement au milieu, une caractéristique souvent comparée à l’entasis des temples grecs. Les consoles sous les avant-toits sont sculptées en formes de « nuages » enroulés. Les balustrades des étages supérieurs portent un motif fondé sur le svastika (manji), ancien symbole bouddhique de bon augure. Ces éléments sont caractéristiques de l’architecture de l’époque d’Asuka et se rencontrent rarement dans les bâtiments japonais plus tardifs.
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Trésors de l’art bouddhique ancien
La statue principale du Kondō est la Triade de Shaka : une représentation en bronze doré du Bouddha historique, Shakyamuni, entouré de deux figures qui l’accompagnent. Une inscription sur son auréole indique qu’elle fut réalisée en 623 par Tori Busshi, sculpteur issu d’une famille immigrée, en lien avec la maladie et la mort du prince Shōtoku en 622. Les visages allongés, le « sourire archaïque » et les plis des vêtements, traités comme des motifs plats, suivent le style de la sculpture chinoise des Wei du Nord, transmis par la Corée.
Parmi les autres œuvres célèbres figurent la Kannon de Kudara, grand bodhisattva élancé en bois dont le nom signifie « Kannon de Baekje » — Baekje était un royaume du sud-ouest de la Corée —, bien que les recherches récentes suggèrent qu’elle a été sculptée au Japon ; la Kannon du Yumedono (Guze Kannon), statue en bois doré restée enveloppée dans du tissu et cachée aux regards pendant des siècles ; ainsi que les Quatre Rois célestes du Kondō, les plus anciennes représentations de ces divinités protectrices au Japon.
Le sanctuaire de Tamamushi est un bâtiment miniature posé sur un haut piédestal, d’environ 2,3 m de hauteur. Il était autrefois décoré des ailes irisées de scarabées appelés tamamushi. Ses panneaux peints montrent notamment une vie antérieure du Bouddha, dans laquelle il donne son corps pour nourrir une tigresse affamée et ses petits. Comme presque aucun bâtiment de l’époque d’Asuka ne subsiste en dehors du Hōryū-ji, ce sanctuaire est également précieux comme modèle de l’architecture ancienne.
À la fin du VIIe siècle, les murs du Kondō furent peints de scènes de paradis bouddhiques, sous l’influence de la Chine des Tang et, plus lointainement, de l’Inde. Ces peintures comptaient parmi les plus importantes œuvres picturales anciennes d’Asie de l’Est jusqu’à ce qu’un incendie les endommage gravement en 1949. Celles que l’on voit aujourd’hui sont des reproductions.
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Contexte historique : l’arrivée du bouddhisme au Yamato
Le bouddhisme atteignit la cour japonaise depuis le royaume coréen de Baekje au milieu du VIe siècle. Le Nihon shoki date sa transmission officielle de 552, tandis que d’autres sources anciennes indiquent 538. Avec cette nouvelle religion arrivèrent l’écriture, les textes sacrés, l’architecture des temples, la sculpture et des artisans. Le Nihon shoki rapporte qu’en 577 Baekje envoya des charpentiers spécialisés dans les temples et un sculpteur de statues bouddhiques. En 588, d’autres artisans, dont des fabricants de tuiles, vinrent construire l’Asuka-dera, premier grand temple du Japon, pour le puissant clan Soga.
L’adoption du bouddhisme relevait d’un choix politique autant que religieux. Le clan Soga le soutenait ; des clans rivaux, comme les Mononobe, s’y opposaient. Le conflit s’acheva par une victoire des Soga en 587. Sous l’impératrice Suiko (règne : 592–628), avec Soga no Umako et le prince Shōtoku aux premiers rôles, la cour adopta le bouddhisme et des formes de gouvernement inspirées de la Chine. Le Nihon shoki attribue à Shōtoku un système de rangs à la cour (603), la Constitution en dix-sept articles (604) et des ambassades auprès de la Chine des Sui. Il mentionne aussi l’existence de 46 temples en 624.
Le Hōryū-ji appartient à cette période d’échanges intenses par-delà la mer. Ses techniques de construction et ses styles artistiques viennent de Baekje ainsi que de la Chine des dynasties du Nord et du Sud et des Sui. Ils furent adaptés par des artisans travaillant au Japon, dont beaucoup étaient issus de familles immigrées. Le temple témoigne ainsi d’une civilisation bouddhique commune à l’Asie de l’Est. Comme très peu de bâtiments anciens en bois ont survécu en Chine et en Corée, il aide également à comprendre l’architecture disparue du continent.
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Fondation, incendie et reconstruction
Deux inscriptions appuient la date traditionnelle de fondation. L’auréole de la statue de Yakushi, le Bouddha guérisseur, dans le Kondō indique que l’empereur Yōmei, père de Shōtoku, fit le vœu de bâtir un temple et de créer une statue lorsqu’il tomba malade en 586. Après sa mort, l’impératrice Suiko et le prince auraient achevé ces œuvres en 607. L’auréole de la Triade de Shaka porte la date de 623. Toutefois, de nombreux spécialistes estiment que l’inscription et la statue de Yakushi sont postérieures à la date qu’elles mentionnent. Il vaut donc mieux considérer 607 comme la date traditionnelle du temple.
Le Nihon shoki rapporte que, le trentième jour du quatrième mois de 670, le Hōryū-ji prit feu pendant la nuit et qu’« aucun bâtiment ne subsista ». Le temple fut reconstruit sur un emplacement légèrement différent. Selon les archives du temple, les sculptures en argile de la pagode et les statues des gardiens de la porte du Milieu furent réalisées en 711. À cette date, l’enceinte occidentale était pour l’essentiel achevée.
Dans l’enceinte orientale, le Yumedono fut construit en 739 sur les ruines du palais de Shōtoku, afin d’honorer sa mémoire. La tradition attribue ce projet au moine Gyōshin. Au cours des siècles suivants, à mesure que grandissait la vénération de Shōtoku, le prince en vint à être considéré comme une incarnation du bodhisattva Kannon et comme le fondateur du bouddhisme japonais. Le Hōryū-ji devint un important lieu de pèlerinage qui lui était consacré. Le grand pavillon des Conférences fut reconstruit en 990 ; d’autres pavillons furent ajoutés ou rebâtis aux époques de Heian, de Kamakura et par la suite.
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Comment le temple a été construit et préservé
Les bâtiments possèdent une charpente en bois reposant sur des bases en pierre. La structure principale ne comporte pas de clous : les pièces sont assemblées par des joints taillés avec précision et maintenues en place par le poids des lourds toits de tuiles. Les bâtisseurs ont utilisé le hinoki, un cyprès odorant qui pousse droit et haut et résiste à la dégradation. Certains maîtres charpentiers affirment qu’un hinoki de bonne qualité se renforce pendant des siècles après son abattage.
Comment une pagode en bois a-t-elle traversé 1 300 ans dans un pays touché par les séismes et les typhons ? Ses cinq étages ne sont pas fixés rigidement les uns aux autres : chacun peut bouger légèrement et les assemblages absorbent une partie des secousses. Le pilier central (shinbashira) traverse le bâtiment sans soutenir directement les planchers. Les ingénieurs débattent encore de l’importance exacte de chaque élément. La souplesse de la structure, les larges avant-toits qui protègent les murs de la pluie et l’entretien continu ont tous contribué à sa conservation.
L’entretien a été essentiel. Au fil des siècles, les bâtiments ont été réparés à de nombreuses reprises : les pièces endommagées ont été remplacées, tandis que les bois d’origine ont été conservés chaque fois que possible. La plus grande campagne, la Grande Restauration de l’ère Shōwa, dura de 1934 à 1985. Les bâtiments furent démontés, étudiés, puis remontés. Pendant la Seconde Guerre mondiale, certaines pièces furent démontées et entreposées pour les protéger. Le maître charpentier Nishioka Tsunekazu, qui travailla pendant des décennies au Hōryū-ji, devint célèbre pour avoir perpétué les techniques traditionnelles et la connaissance du bois.
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Histoire moderne : trésors, incendie et nouvelle loi
Après la restauration de Meiji en 1868, les politiques gouvernementales séparant le shintoïsme du bouddhisme privèrent de nombreux temples de terres et de revenus. En 1878, le Hōryū-ji remit plus de 300 de ses trésors à la Maison impériale. La somme reçue en échange l’aida à survivre. Ces objets, parmi lesquels figurent d’anciennes bannières, des masques et des sculptures, se trouvent aujourd’hui dans la galerie des trésors du Hōryū-ji, au Musée national de Tokyo.
Dans les années 1880, l’érudit américain Ernest Fenollosa et le critique japonais Okakura Kakuzō, qui recensaient les trésors artistiques du Japon pour le gouvernement, persuadèrent les moines de retirer l’étoffe enveloppant la Kannon du Yumedono, statue tenue secrète et invisible depuis des siècles. Son excellent état de conservation les étonna. Cet épisode entra dans le récit de la « découverte » de l’art bouddhique japonais comme art à part entière à l’époque moderne.
Le 26 janvier 1949, pendant le démontage du Kondō en vue de sa restauration, un incendie se déclara et endommagea gravement le rez-de-chaussée ainsi que ses peintures murales. Le choc contribua à l’adoption de la loi de 1950 sur la protection des biens culturels, fondement du système japonais moderne de préservation du patrimoine. Le 26 janvier reste la Journée de prévention des incendies des biens culturels. La restauration du Kondō fut achevée en 1954 ; on estime qu’environ 15 à 20 % de ses matériaux du VIIe siècle subsistent. Les pièces d’origine carbonisées et les peintures endommagées sont conservées dans une réserve distincte pour la recherche.
En 1993, 47 bâtiments du Hōryū-ji et la pagode du Hokki-ji voisin, soit 48 monuments au total, furent inscrits sur la Liste du patrimoine mondial sous le nom de « Monuments bouddhiques de la région du Hōryū-ji ». Ce fut le premier site japonais inscrit. En 1950, le temple avait quitté l’école Hossō pour devenir le temple principal de sa propre école, l’école Shōtoku.
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Signification religieuse et héritage
Pour les bouddhistes, le Hōryū-ji est avant tout un temple toujours en activité. La pagode abrite des reliques et représente la présence du Bouddha ; le Kondō conserve les statues devant lesquelles se déroulent les rites. La cérémonie commémorative annuelle Shōryō-e, dédiée au prince Shōtoku et célébrée depuis au moins le XIIe siècle, montre comment le temple est devenu un centre de dévotion envers ce prince, vénéré par de nombreux Japonais comme un sage et un bodhisattva.
Pour les historiens de l’art et les architectes, le Hōryū-ji est une « capsule temporelle » du VIIe siècle. Ses bâtiments et ses objets préservent des styles du continent asiatique qui y ont presque entièrement disparu. Ils constituent donc une référence pour l’étude de l’art de toute l’Asie de l’Est. Les histoires modernes de l’architecture japonaise prennent souvent ce temple comme point de départ.
Le prince Shōtoku est lui-même devenu un symbole national : son portrait a figuré sur des billets de banque japonais pendant une grande partie du XXe siècle, et son appel à l’« harmonie » (wa), dans le premier article de la Constitution en dix-sept articles, a souvent été cité comme un idéal japonais. L’image du temple reflète donc à la fois l’histoire ancienne et la manière dont le Japon moderne a choisi de se souvenir de ses origines.
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Le débat sur la reconstruction et les autres questions ouvertes
Reconstruit ou d’origine ? De la fin du XIXe siècle jusqu’en 1939, les spécialistes japonais s’opposèrent dans l’une de leurs plus célèbres controverses savantes, le « débat sur la reconstruction du Hōryū-ji » (saiken–hisaiken ronsō). Des historiens comme Kita Sadakichi se fiaient au récit du Nihon shoki, selon lequel l’incendie de 670 avait tout détruit, et soutenaient que les bâtiments actuels avaient été reconstruits. Des historiens de l’architecture comme Sekino Tadashi affirmaient que leur style et l’unité de mesure utilisée dans leur conception, le « pied de Koma » (Koma shaku), plus ancien, prouvaient qu’ils dataient de l’époque de Shōtoku et avaient échappé au feu.
L’archéologie a largement tranché la question. En 1939, des fouilles dirigées par Ishida Mosaku au sud-est de l’enceinte occidentale actuelle mirent au jour les fondations d’un temple plus ancien, aujourd’hui appelé Wakakusa-garan. Sa pagode et son pavillon étaient alignés l’un derrière l’autre selon un axe nettement différent de celui des bâtiments actuels. Des fouilles ultérieures révélèrent des fragments de peintures murales brûlées et des tuiles. La plupart des spécialistes admettent désormais que le Wakakusa-garan était le temple d’origine de Shōtoku, qu’il a brûlé et que l’enceinte occidentale actuelle fut construite ensuite.
De nouvelles énigmes subsistent. Une datation par les cernes réalisée en 2001 a montré que le pilier central de la pagode provient d’un arbre abattu en 594, plusieurs décennies avant l’incendie. Le bois a-t-il été stocké longtemps, réemployé à partir d’un autre bâtiment ou prélevé sur une structure plus ancienne ? Certains bois du Kondō ont été abattus peu avant 670. Cela pourrait indiquer que la construction du Kondō actuel avait commencé avant l’incendie de 670, ou que la reconstruction avait débuté très vite après. Les spécialistes discutent encore de la chronologie exacte et des liens entre le Wakakusa-garan et le nouvel ensemble.
Le Shōtoku historique fait lui aussi débat. Certains historiens estiment qu’une grande partie de la tradition qui l’entoure, notamment l’attribution de la Constitution en dix-sept articles, fut créée ou embellie un siècle plus tard par les rédacteurs du Nihon shoki, et que le rôle réel du prince a pu être plus limité. D’autres défendent l’existence d’un solide fondement historique. Les inscriptions des statues de Yakushi et de Shaka étant des preuves essentielles dans ce débat, leur datation est également contestée.
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Sources et méthodes
Sources écrites. Le Nihon shoki (720) est la plus ancienne chronique officielle, mais il fut rédigé dans un but politique : ses récits sur l’époque de Shōtoku doivent être examinés avec esprit critique. Des documents du temple, comme le Hōryū-ji garan engi narabi ni ruki shizaichō, inventaire de ses biens établi en 747, recensent les bâtiments et les objets au VIIIe siècle. Les inscriptions figurant sur les statues et les auréoles sont précieuses, mais elles doivent elles-mêmes être datées.
Archéologie. Les fouilles du Wakakusa-garan, de l’emplacement du palais sous l’enceinte orientale et de temples voisins comme le Hokki-ji et le Chūgū-ji livrent des fondations, des tuiles et des fragments que leur style et la stratigraphie permettent de dater. Les motifs des tuiles de toit sont particulièrement importants, car on peut les relier à des ateliers associés à Baekje et à d’autres temples japonais anciens.
Datation scientifique. La dendrochronologie consiste à comparer les motifs des cernes du bois avec une chronologie de référence. Elle a transformé l’étude du Hōryū-ji en fournissant les dates d’abattage d’arbres dont proviennent certaines pièces de charpente. Elle indique quand un arbre a été coupé, mais pas quand son bois a été utilisé : ses résultats doivent donc être associés à l’analyse architecturale. L’étude des pigments, des métaux et de la laque a aussi éclairé les techniques de fabrication des statues et des peintures.
Études architecturales. La Grande Restauration de l’ère Shōwa a produit des relevés détaillés de chaque bâtiment, notamment des traces laissées par les réparations antérieures, des modifications apportées aux charpentes des toits et des pièces remplacées. Les éléments brûlés du Kondō, soigneusement conservés, restent une ressource pour les recherches futures. Le Hōryū-ji montre que l’histoire des réparations fait partie de celle d’un bâtiment : pour savoir ce qui est d’origine, il faut connaître le travail des générations de charpentiers.
Idées clés
- Les plus anciens bâtiments en bois
- Le Kondō et la pagode, reconstruits à la fin du VIIe siècle, comptent parmi les plus anciens bâtiments en bois encore debout dans le monde.
- Plan avec des bâtiments côte à côte
- Le Kondō et la pagode se dressent l’un à côté de l’autre à l’intérieur du cloître, selon une disposition particulière appelée « style Hōryū-ji ».
- Style d’Asuka
- Les colonnes légèrement renflées, les consoles en forme de nuages et les balustrades ornées du motif du svastika préservent l’architecture et l’art des débuts du bouddhisme au Japon.
- Échanges en Asie de l’Est
- Des techniques et des styles venus de Baekje et de Chine furent adaptés par des artisans au Japon, dont beaucoup étaient issus de familles immigrées.
- Vénération de Shōtoku
- La vénération du prince Shōtoku comme sage et bodhisattva a marqué l’histoire ultérieure du temple ainsi que son image à l’époque moderne.
- Controverse sur la reconstruction
- Un long débat a porté sur la survie des bâtiments à l’incendie de 670. Les fouilles du Wakakusa-garan en 1939 l’ont largement résolu.
- La réparation comme moyen de préservation
- La réparation continue par des charpentiers qualifiés a permis à ce patrimoine en bois de traverser les siècles.
Notices
- 552 apr. J.-C. — Selon le Nihon shoki, le bouddhisme est officiellement transmis au Japon depuis Baekje (d’autres sources donnent 538).
- 594 apr. J.-C. — Un arbre est abattu ; son bois deviendra plus tard le pilier central de la pagode (datation par les cernes).
- 607 apr. J.-C. — Date traditionnelle de la fondation du Hōryū-ji par l’impératrice Suiko et le prince Shōtoku.
- 622 apr. J.-C. — Mort du prince Shōtoku.
- 623 apr. J.-C. — Selon l’inscription sur son auréole, Tori Busshi achève la Triade de Shaka.
- 670 apr. J.-C. — Le Nihon shoki rapporte que le temple est entièrement détruit par un incendie.
- 711 apr. J.-C. — Les sculptures en argile de la pagode et les statues des gardiens de la porte du Milieu sont achevées ; l’enceinte occidentale est pour l’essentiel reconstruite.
- 739 apr. J.-C. — Le Yumedono est construit à l’emplacement du palais de Shōtoku, dans l’enceinte orientale.
- 1878 — Plus de 300 trésors sont remis à la Maison impériale (ils se trouvent aujourd’hui au Musée national de Tokyo).
- 1939 — Les fouilles du Wakakusa-garan révèlent les fondations du premier temple.
- 1949 — Un incendie endommage le Kondō et ses peintures murales, contribuant à l’adoption de la loi de 1950 sur les biens culturels.
- 1993 — Les Monuments bouddhiques de la région du Hōryū-ji deviennent le premier site japonais inscrit au patrimoine mondial.
Glossaire
- Époque d’Asuka
- Période de l’histoire du Japon allant de la fin du VIe siècle à 710, durant laquelle le bouddhisme et des formes de gouvernement inspirées de la Chine furent adoptés.
- Kondō
- « Pavillon d’Or », bâtiment principal abritant les statues d’un ancien temple bouddhique japonais.
- Pagode
- Tour à plusieurs étages qui abrite des reliques du Bouddha.
- Shinbashira
- Pilier central qui traverse une pagode japonaise.
- Garan
- Ensemble des bâtiments principaux d’un monastère bouddhique et leur disposition.
- Hinoki
- Cyprès du Japon, bois durable utilisé pour construire des temples bouddhiques et des sanctuaires shintoïstes.
- Bodhisattva
- Dans le bouddhisme mahāyāna, être qui recherche l’éveil et aide les autres à l’atteindre ; Kannon est le bodhisattva de la compassion.
- Nihon shoki
- « Chroniques du Japon », histoire officielle achevée en 720.
- Dendrochronologie
- Méthode permettant de dater du bois en comparant ses cernes annuels à une chronologie de référence.
- Entasis
- Léger renflement au milieu d’une colonne.
Questions et réponses
Le Hōryū-ji est-il vraiment le plus ancien bâtiment en bois du monde ?
Son Kondō et sa pagode, construits à la fin du VIIe siècle, sont généralement présentés comme les plus anciens bâtiments en bois encore debout dans le monde, bien que certaines pièces aient été remplacées lors de réparations.
Qui était le prince Shōtoku ?
C’était un membre de la famille impériale (574–622) qui, selon le Nihon shoki, a aidé à gouverner sous l’impératrice Suiko, encouragé le bouddhisme et rédigé la Constitution en dix-sept articles. Les historiens discutent de l’exactitude de cette tradition.
Le temple a-t-il brûlé ?
Le Nihon shoki affirme qu’il a entièrement brûlé en 670. Les fouilles du Wakakusa-garan, en 1939, ont révélé les restes d’un temple plus ancien. La plupart des spécialistes s’accordent donc à dire que les bâtiments actuels ont été reconstruits.
Pourquoi le pilier de la pagode est-il plus ancien que l’incendie ?
Les cernes montrent que l’arbre a été abattu en 594. Le bois a peut-être été stocké ou réemployé ; les spécialistes discutent encore de cette question.
Comment une pagode en bois a-t-elle résisté aux séismes ?
Ses étages peuvent bouger légèrement et ses assemblages absorbent les secousses. Ses larges avant-toits la protègent de la pluie, et des charpentiers l’ont réparée régulièrement.
Pourquoi y a-t-il un pilier au milieu de la porte du Milieu ?
La porte compte un nombre pair de travées, ce qui place un pilier au centre. Personne ne sait exactement pourquoi. Plusieurs explications ont été proposées, mais aucune n’a été prouvée.
Qu’est-il arrivé aux peintures murales du Kondō ?
Un incendie survenu pendant des travaux en 1949 les a gravement endommagées. Les peintures d’origine sont conservées en réserve, et des reproductions sont présentées dans le pavillon.
Quel est le lien entre le Hōryū-ji et la Corée ?
Le bouddhisme et les techniques de construction des temples sont parvenus au Japon depuis Baekje. L’architecture et l’art du Hōryū-ji montrent de fortes influences de Baekje et de la Chine. Le nom de la Kannon de Kudara (Baekje) rappelle ce lien.
Sources et lectures complémentaires
- Buddhist Monuments in the Horyu-ji Area. UNESCO World Heritage Centre
- Hōryū-ji. Wikipedia
- Buddhist Monuments in the Hōryū-ji Area. Wikipedia
- Tamamushi Shrine. Wikipedia
- Prince Shōtoku. Wikipedia
- Mark Cartwright, Horyuji. World History Encyclopedia, 2017
- 호류사. 위키백과
- Mizuno Seiichi, Asuka Buddhist Art: Horyu-ji. Weatherhill / Heibonsha, 1974
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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
