Philosophie

Voltaire

Voltaire (François-Marie Arouet)

1718–1778 · Ferney (France)

En une phrase

Voltaire était un écrivain français du XVIIIe siècle. Dans ses pièces, ses poèmes, ses récits, ses essais et ses milliers de lettres, il se moquait du fanatisme, défendait la raison et la science, et combattait l’intolérance religieuse et les procès injustes. Il devint la voix la plus célèbre des Lumières.

Voltaire
Image: Nicolas de Largillière · CC0 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Voltaire est né à Paris en 1694. Son vrai nom était François-Marie Arouet. Quand il était jeune, il a choisi un nouveau nom : « Voltaire ». C’est sous ce nom qu’on le connaît aujourd’hui.

Voltaire était très intelligent et très drôle. Il se moquait des personnes puissantes quand elles étaient cruelles ou ridicules. Cela lui a attiré des ennuis. Il a été enfermé deux fois à la Bastille, une prison de Paris. Il a aussi dû partir en Angleterre. Plus tard, il a vécu près de la frontière suisse pour pouvoir s’enfuir si la police venait le chercher.

En Angleterre, il a découvert de nouvelles idées sur la science, notamment les découvertes d’Isaac Newton sur la gravité et la lumière. Il y a aussi découvert une plus grande liberté de religion. De retour en France, il a écrit des livres pour faire connaître ces idées. Avec son amie Émilie du Châtelet, une grande scientifique, il a étudié la physique et les mathématiques.

Son histoire la plus célèbre est Candide. Elle raconte les aventures d’un jeune homme à qui l’on a appris que nous vivons dans « le meilleur des mondes possibles ». Pourtant, il subit catastrophe après catastrophe : des guerres, des tremblements de terre et des naufrages. L’histoire est drôle et triste à la fois. Elle se termine par ces mots : « Il faut cultiver notre jardin. » Cela veut dire qu’il vaut mieux faire un travail utile que seulement rêver.

Quand Voltaire était âgé, il a appris qu’un protestant nommé Jean Calas avait été torturé et exécuté pour un crime qu’il n’avait presque certainement pas commis. Les préjugés contre sa religion avaient joué un rôle dans sa condamnation. Voltaire a beaucoup écrit pour le défendre, jusqu’à ce que le jugement soit annulé. Il est devenu un héros pour les personnes qui défendaient la justice, la tolérance et la liberté de penser.

En bref

Dates et lieux de vie
21 novembre 1694, Paris – 30 mai 1778, Paris
Nom de naissance
François-Marie Arouet ; utilise le nom « Voltaire » à partir de 1718
Principaux lieux de résidence
Paris ; Angleterre (1726–1728) ; Cirey, en Champagne (1734–1749) ; Potsdam, en Prusse (1750–1753) ; Genève (Les Délices, à partir de 1755) ; Ferney, près de Genève (à partir de 1759)
Genres littéraires
Tragédie, poésie épique et satirique, contes philosophiques, histoire, essais, pamphlets polémiques, lettres
Œuvres majeures
Lettres philosophiques (1733–1734) ; Éléments de la philosophie de Newton (1738) ; Le Siècle de Louis XIV (1751) ; Candide (1759) ; Traité sur la tolérance (1763) ; Dictionnaire philosophique (1764)
Causes défendues
Tolérance religieuse, liberté d’expression, réforme de la justice pénale, science newtonienne, déisme
Production écrite
Plus de 20 000 lettres conservées et quelque 2 000 livres et pamphlets
Sépulture
D’abord à l’abbaye de Scellières ; transféré au Panthéon, à Paris, en 1791

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Qui était Voltaire ?

Voltaire (1694–1778) était l’écrivain le plus célèbre des Lumières françaises, mouvement du XVIIIe siècle qui invitait à s’appuyer sur la raison et les faits pour remettre en question la tradition, la religion et l’autorité. De son vivant, il était surtout admiré comme poète et dramaturge. Aujourd’hui, on se souvient principalement de ses contes philosophiques, surtout Candide, et de ses combats contre l’intolérance.

Voltaire n’a pas construit de système philosophique comme Descartes ou Spinoza. Critique, vulgarisateur et homme engagé dans la vie publique, il utilisait l’esprit et la satire comme des armes. Il a fait connaître en France la science d’Isaac Newton et la philosophie de John Locke, attaqué le pouvoir de l’Église catholique et défendu les victimes de persécutions religieuses et d’une justice cruelle. Il a ainsi contribué à créer une nouvelle image du philosophe : un intellectuel qui s’adresse à un large public et cherche à changer la société.

Dans les dernières années de sa vie, son mot d’ordre était « Écrasez l’infâme ! » Par « l’infâme », il désignait le fanatisme religieux et les persécutions qu’il provoquait. Il croyait en un Dieu créateur — une position appelée déisme — mais rejetait les religions fondées sur la révélation, les miracles et l’autorité des Églises.

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Facile

Jeunesse : le jeune poète et la Bastille

François-Marie Arouet naît à Paris le 21 novembre 1694. Son père est notaire et fonctionnaire. Il étudie chez les jésuites au collège Louis-le-Grand, où il reçoit une excellente formation classique et se lie d’amitié avec des fils de l’aristocratie. Son père souhaite qu’il devienne avocat, mais lui veut être écrivain.

Il se fait bientôt connaître dans la société parisienne par ses vers mordants et spirituels. Des poèmes satiriques qui lui sont attribués, visant le régent, le duc d’Orléans, entraînent son emprisonnement à la Bastille de mai 1717 à avril 1718. Après sa libération, en 1718, il commence à utiliser le nom de « Voltaire ». La même année, sa tragédie Œdipe remporte un grand succès sur la scène parisienne. L’origine de son nom reste incertaine. Selon une explication répandue, il s’agirait d’une anagramme d’« Arouet l. j. » (« le jeune »), écrite avec des lettres capitales latines ; d’autres y voient un lien avec un nom de lieu associé à sa famille.

En 1726, il se querelle avec un noble, le chevalier de Rohan, qui le fait battre par ses domestiques. Quand Voltaire demande réparation, c’est lui qui est de nouveau enfermé à la Bastille. Il est libéré à condition de partir pour l’Angleterre. Cet épisode lui montre à quel point la loi protège peu un homme qui n’est pas noble face aux privilèges de naissance.

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L’Angleterre et les Lettres philosophiques

Voltaire vit en Angleterre de 1726 à 1728. Il apprend l’anglais, rencontre des écrivains comme Jonathan Swift et Alexander Pope ainsi que l’homme politique Lord Bolingbroke, et assiste aux funérailles d’Isaac Newton en 1727. Il est frappé par ce qu’il considère comme les libertés anglaises : le pouvoir du Parlement, la relative liberté de la presse, la coexistence de nombreux groupes religieux et les honneurs rendus aux savants et aux commerçants.

De cette expérience naît un livre publié en anglais à Londres en 1733 sous le titre Letters Concerning the English Nation, puis en français en 1734 sous le titre Lettres philosophiques. Dans de courts chapitres vivants, Voltaire fait l’éloge des quakers et de la tolérance religieuse, du gouvernement et du commerce anglais, ainsi que de Bacon, Locke, Newton et Shakespeare. La comparaison implicite avec la France ne passe pas inaperçue.

Les autorités françaises condamnent le livre. Le Parlement de Paris ordonne qu’il soit brûlé et un mandat d’arrêt est lancé contre Voltaire. Il se réfugie au château de Cirey, en Champagne, près de la frontière du duché indépendant de Lorraine.

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Intermédiaire

Cirey et Émilie du Châtelet : science et philosophie

À Cirey, Voltaire vit pendant environ quinze ans (1734–1749) avec Émilie du Châtelet, mathématicienne et physicienne, dans le château appartenant au mari de celle-ci. Tous deux en font un lieu d’étude doté d’une bibliothèque et d’instruments scientifiques. Ils étudient Newton, la Bible et l’histoire, réalisent des expériences et participent à un concours de l’Académie des sciences sur la nature du feu.

En 1738, Voltaire publie les Éléments de la philosophie de Newton, qui présentent aux lecteurs français l’optique et la théorie de la gravitation de Newton, alors que beaucoup restent attachés à la physique de Descartes. Du Châtelet, plus douée que Voltaire pour les mathématiques, réalise ensuite une traduction française commentée des Principia de Newton, publiée après sa mort. Les historiens voient aujourd’hui dans leur travail à Cirey une véritable collaboration intellectuelle, plutôt que l’histoire d’un homme célèbre et de sa maîtresse, comme le suggéraient souvent les récits anciens.

Pendant toutes ces années, Voltaire est avant tout un homme de théâtre. Son poème épique La Henriade, qui célèbre le roi Henri IV comme un souverain tolérant ayant mis fin aux guerres de Religion, circule dès les années 1720. Des tragédies comme Zaïre (1732) et Mahomet (1741) comptent parmi les plus grands succès théâtraux du siècle. Mahomet présente le prophète de l’islam comme un imposteur fanatique. La pièce vise en réalité le fanatisme en général, y compris le fanatisme chrétien, mais elle a aussi été critiquée pour sa représentation hostile de l’islam. Les écrits ultérieurs de Voltaire sur l’islam et son fondateur sont plus nuancés et parfois admiratifs.

Voltaire écrit également des pièces, l’épopée comique La Pucelle sur Jeanne d’Arc et ses premiers contes philosophiques, dont Zadig (1747). Dans les années 1740, il retrouve pour un temps la faveur de la cour, est nommé historiographe du roi et entre à l’Académie française en 1746. Émilie du Châtelet meurt en 1749 après avoir accouché.

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La Prusse, Genève et Ferney

En 1750, Voltaire accepte l’invitation du roi Frédéric II de Prusse, avec qui il correspond depuis des années, et rejoint sa cour à Potsdam et à Berlin. L’amitié entre le philosophe et le « roi philosophe » se détériore, surtout après que Voltaire s’est moqué de Maupertuis, président de l’Académie de Berlin. Il part en 1753, mais des agents de Frédéric le retiennent plusieurs semaines à Francfort.

N’étant pas le bienvenu à Paris, Voltaire achète en 1755 une propriété près de Genève, Les Délices. Il entre ensuite en conflit avec les strictes autorités calvinistes de Genève, qui désapprouvent les représentations théâtrales qu’il organise. En 1758–1759, il acquiert le domaine de Ferney, juste de l’autre côté de la frontière, en France. Il peut ainsi gagner la Suisse si les autorités françaises le menacent, et inversement.

À Ferney, où il vit près de vingt ans, le « patriarche de Ferney » reçoit des visiteurs de toute l’Europe. Il développe le village en faisant construire des maisons, une église et des ateliers d’horlogerie et d’autres métiers, tout en entretenant une immense correspondance. C’est de là qu’il mène ses combats pour la tolérance et la justice.

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Intermédiaire

Candide et le problème du mal

Le 1er novembre 1755, un séisme, un raz-de-marée et un incendie détruisent une grande partie de Lisbonne et font des dizaines de milliers de morts. La catastrophe ébranle la confiance de l’Europe dans l’« optimisme » associé à Leibniz et à Alexander Pope : l’idée que ce monde est le meilleur des mondes possibles et que tout ce qui existe est juste. Dans son Poème sur le désastre de Lisbonne (1756), Voltaire demande comment on pourrait dire aux victimes que leurs souffrances étaient pour le mieux. Rousseau lui répond dans une lettre où il défend la Providence.

La réponse de Voltaire prend la forme de Candide ou l’Optimisme, publié anonymement au début de 1759. Son héros innocent, à qui le philosophe Pangloss a enseigné que tout est pour le mieux, est chassé d’un château, enrôlé dans une guerre, survit au séisme de Lisbonne, assiste à un autodafé de l’Inquisition, voyage en Amérique du Sud et dans le pays idéal d’Eldorado, et rencontre des esclaves, des escrocs et des rois. Le récit rapide, raconté sur un ton impassible, rend ces horreurs à la fois absurdes et bouleversantes.

Le livre s’achève dans une petite ferme près de Constantinople, où les personnages trouvent une certaine satisfaction dans le travail. Les derniers mots de Candide, « il faut cultiver notre jardin », ont reçu de nombreuses interprétations : un appel à des efforts concrets et modestes plutôt qu’aux spéculations métaphysiques, une invitation à se tenir à l’écart du monde, ou un programme visant à l’améliorer par le travail. Candide est rapidement condamné et interdit, mais devient l’un des livres les plus lus du siècle.

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Intermédiaire

L’affaire Calas et la lutte contre l’intolérance

En octobre 1761, à Toulouse, Marc-Antoine Calas, fils d’un marchand de tissus protestant nommé Jean Calas, est retrouvé mort au domicile familial. Une rumeur prétend que son père l’a tué pour l’empêcher de se convertir au catholicisme. Bien que les éléments disponibles suggèrent fortement un suicide, le Parlement de Toulouse condamne Jean Calas. Le 10 mars 1762, il est torturé et exécuté par le supplice de la roue. Il affirme son innocence jusqu’au bout.

Voltaire enquête sur l’affaire et acquiert la conviction que Calas est innocent et victime de préjugés contre les protestants. Il lance une campagne de lettres, de pamphlets et d’appels à des personnalités influentes dans toute l’Europe. En 1763, il publie le Traité sur la tolérance, qui s’appuie sur cette affaire pour montrer que persécuter des personnes en raison de leurs croyances est irrationnel, cruel et nuisible à la société. En 1764, le Conseil du roi annule la condamnation. En 1765, Calas est officiellement réhabilité et sa famille reçoit une indemnisation.

Voltaire défend d’autres personnes : la famille Sirven, des protestants accusés d’avoir tué leur fille, et le jeune chevalier de La Barre, exécuté en 1766 pour des actes présumés de blasphème et de sacrilège. Le corps de La Barre est brûlé avec un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire. Ces campagnes contribuent à faire de l’opinion publique une force dans la politique française et, plus tard, à réformer la procédure pénale et à abolir la torture judiciaire.

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Intermédiaire

Les idées de Voltaire : déisme, empirisme, liberté et histoire

Religion. Voltaire est déiste : il pense que l’ordre de la nature révèle l’existence d’un être suprême, l’« horloger » de l’univers, et que la morale est universelle et naturelle. Il rejette la révélation, les miracles, la divinité du Christ et l’autorité des Églises. Il estime aussi que croire en un Dieu qui récompense et punit est utile à la société. On lui attribue souvent cette formule : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. » Il attaque surtout le fanatisme et le pouvoir du clergé, qu’il tient pour responsables de guerres, de massacres et de persécutions.

Connaissance. Dans le sillage de Locke et de Newton, il considère que la connaissance vient de l’expérience et de l’observation, et se méfie des grands systèmes métaphysiques. Son Dictionnaire philosophique (1764), recueil alphabétique de courts articles souvent ironiques, applique cet esprit critique à la théologie, à la Bible et à la philosophie.

Politique. Voltaire n’est pas démocrate. Il espère obtenir des réformes grâce à des souverains éclairés et admire les monarques puissants qui favorisent la raison et la tolérance, comme Frédéric II et Catherine II de Russie, avec qui il correspond. Il défend les libertés civiles, la liberté de la presse, l’égalité devant la loi et le droit de propriété. Il soutient les efforts du gouvernement royal pour limiter les privilèges des parlements et du clergé.

Histoire. Dans des ouvrages comme Le Siècle de Louis XIV (1751) et l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations (1756), Voltaire cherche à écrire l’histoire des civilisations, plutôt que celle des seuls rois et des seules batailles. Il y inclut la Chine, l’Inde et le monde islamique, et aborde l’histoire comme une enquête critique et non religieuse. On lui attribue souvent l’invention de l’expression « philosophie de l’histoire ».

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Intermédiaire

La mort de Voltaire, le Panthéon et sa postérité

En février 1778, à 83 ans, Voltaire revient à Paris pour la première fois depuis près de trente ans afin d’assister à la représentation de sa tragédie Irène. Il reçoit un accueil enthousiaste ; lors d’une représentation, son buste est couronné sur scène. Il meurt à Paris le 30 mai 1778. Comme il n’a pas fait une confession jugée satisfaisante, l’Église lui refuse une sépulture chrétienne à Paris. Son neveu le fait alors enterrer secrètement à l’abbaye de Scellières, en Champagne.

Pendant la Révolution française, Voltaire est honoré comme un précurseur de la liberté. Le 11 juillet 1791, sa dépouille est conduite en grande procession au Panthéon, nouveau monument national consacré aux grands hommes. Ses œuvres complètes paraissent dans la somptueuse édition de Kehl (1784–1789), organisée par Beaumarchais.

Le nom de Voltaire devient un symbole, aimé ou détesté, des Lumières elles-mêmes : de l’anticléricalisme, de la liberté de pensée, de la satire et des droits humains. Les libéraux, les républicains et les partisans de la laïcité se réclament de lui ; les conservateurs et les auteurs catholiques lui reprochent d’avoir sapé la foi et l’ordre social. La célèbre phrase « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je défendrai jusqu’à la mort votre droit de le dire » n’a pas été écrite par lui. L’écrivaine anglaise Evelyn Beatrice Hall l’a formulée en 1906 pour résumer son attitude.

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Avancé

Limites et contradictions : Juifs, racisme, esclavage et classes sociales

Les lecteurs d’aujourd’hui doivent aussi examiner les préjugés présents dans les écrits de Voltaire. Nombre de ses œuvres contiennent des propos hostiles et méprisants envers les Juifs et le judaïsme ancien. Les chercheurs ne s’accordent pas sur leur interprétation. Certains, comme Arthur Hertzberg dans The French Enlightenment and the Jews (1968), estiment que Voltaire a donné une forme moderne et non religieuse à d’anciens préjugés antijuifs. D’autres soulignent que ses attaques contre la Bible hébraïque s’inscrivaient dans sa critique des fondements du christianisme, tout en rappelant que cela n’excuse pas ses propos. Voltaire a également condamné les persécutions des Juifs par l’Inquisition.

Voltaire soutenait le polygénisme, l’idée selon laquelle les groupes humains auraient des origines distinctes. Il a écrit des propos méprisants sur les Africains et d’autres peuples, des idées qui ont nourri le racisme scientifique ultérieur. En même temps, Candide contient une scène célèbre où un homme réduit en esclavage au Surinam, mutilé par son maître, dit à Candide : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. » C’est l’une des dénonciations les plus fortes de l’esclavage dans la littérature du XVIIIe siècle. Les affirmations selon lesquelles Voltaire aurait investi directement dans la traite des esclaves ne reposent pas sur des preuves claires. Comme beaucoup d’hommes riches de son époque, il a toutefois investi dans des entreprises coloniales et commerciales.

Ses idées sociales avaient elles aussi des limites. Il s’est enrichi grâce à des placements et à des prêts consentis à des aristocrates. Il doutait de l’utilité de répandre les Lumières parmi le peuple, qu’il appelait parfois « la canaille ». Les historiens débattent de la place à lui donner : Jonathan Israel, par exemple, le présente comme un représentant de « Lumières modérées » réservées aux élites, par opposition aux « Lumières radicales » plus démocratiques héritées de Spinoza.

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Avancé

Sources et recherches historiques

Voltaire philosophe. Comme il n’a pas écrit de traité systématique, les philosophes l’ont longtemps considéré comme un brillant vulgarisateur plutôt que comme un penseur. Des recherches plus récentes, présentées notamment dans l’article de J. B. Shank pour la Stanford Encyclopedia of Philosophy, montrent que son importance tient à sa manière de pratiquer la philosophie. En associant littérature, science et engagement, il a créé un modèle du philosophe comme critique public.

Correspondance et éditions. Sa vaste correspondance est la source la plus riche sur sa vie. Theodore Besterman en a établi une édition de référence. Il a aussi fondé l’institution devenue la Voltaire Foundation à l’université d’Oxford, qui a publié une édition critique des œuvres complètes. Voltaire publiait souvent anonymement, sous un pseudonyme ou avec une fausse adresse d’éditeur, et niait parfois être l’auteur de ses propres textes quand cela l’arrangeait. L’attribution et la datation de ses œuvres restent donc des questions importantes.

Histoire de sa réception. La réputation de Voltaire s’est en grande partie construite après sa mort : par l’édition de Kehl, par les révolutionnaires qui ont transféré sa dépouille au Panthéon, puis au fil des combats politiques du XIXe siècle, où il est devenu un emblème du républicanisme anticlérical. Les historiens distinguent ce Voltaire symbolique de l’écrivain du XVIIIe siècle, dont les positions étaient souvent prudentes, tactiques et contradictoires. Sa collaboration avec du Châtelet, le rôle de ses éditeurs et de ses correspondants, ainsi que les réseaux qui ont diffusé ses œuvres, font toujours l’objet de recherches.

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Idées clés

Écrasez l’infâme
Le mot d’ordre de Voltaire contre le fanatisme religieux, la superstition et les persécutions.
Tolérance
Nul ne devrait être persécuté pour ses croyances ; l’intolérance est irrationnelle, cruelle et nuisible à la société.
Déisme
Croyance en un Dieu créateur connu par la raison et l’étude de la nature, sans révélation, miracles ni autorité d’une Église.
Empirisme newtonien
La connaissance vient de l’observation et de l’expérience, et non de systèmes métaphysiques spéculatifs.
Critique de l’optimisme
Candide tourne en dérision l’idée que ce monde est le meilleur des mondes possibles face à la réalité de la souffrance.
Cultiver notre jardin
Le conseil final de Candide : accomplir un travail concret et utile plutôt que se perdre en vaines spéculations.
Le philosophe comme critique public
Voltaire a fait du philosophe une personnalité publique qui utilise l’esprit et la diffusion de ses idées pour changer la société.

Notices

  1. 1694 — François-Marie Arouet naît à Paris le 21 novembre.
  2. 1718 — Libéré de la Bastille, où il était détenu depuis mai 1717, il adopte le nom de Voltaire ; sa tragédie Œdipe triomphe à Paris.
  3. 1726 — Après sa querelle avec le chevalier de Rohan, il est brièvement emprisonné, puis part en Angleterre.
  4. 1734 — Les Lettres philosophiques sont condamnées et brûlées ; Voltaire s’installe à Cirey avec Émilie du Châtelet.
  5. 1750 — Il rejoint la cour de Frédéric II de Prusse, où il reste jusqu’en 1753.
  6. 1755 — Il s’installe aux Délices, près de Genève ; le séisme de Lisbonne survient le 1er novembre.
  7. 1759 — Candide est publié ; Voltaire s’installe à Ferney.
  8. 1762 — Jean Calas est exécuté à Toulouse le 10 mars ; Voltaire commence sa campagne pour le défendre.
  9. 1763 — Le Traité sur la tolérance est publié.
  10. 1765 — Jean Calas est officiellement réhabilité.
  11. 1778 — Voltaire revient triomphalement à Paris et y meurt le 30 mai.
  12. 1791 — Sa dépouille est transférée au Panthéon le 11 juillet.

Glossaire

Lumières
Mouvement intellectuel européen du XVIIIe siècle qui met l’accent sur la raison, la science, la tolérance et la critique des autorités traditionnelles.
Philosophe
Homme ou femme de lettres du XVIIIe siècle qui applique la raison critique à la société, à la religion et à la politique.
Déisme
Croyance en un Dieu qui a créé le monde mais n’intervient pas par des miracles ou des révélations.
Bastille
Forteresse et prison royale de Paris où étaient détenues des personnes sur ordre du roi ; elle fut prise d’assaut en 1789.
Parlement
Cour supérieure de justice dans la France d’Ancien Régime, comme le Parlement de Paris ou celui de Toulouse.
Optimisme philosophique
Doctrine associée à Leibniz selon laquelle ce monde est le meilleur des mondes possibles.
Conte philosophique
Court récit satirique qui transmet des idées philosophiques, comme Candide ou Zadig.
Autodafé
Cérémonie publique de l’Inquisition au cours de laquelle les sentences étaient annoncées, parfois avant des exécutions.
Polygénisme
Théorie aujourd’hui discréditée selon laquelle les groupes humains auraient des origines distinctes.
Panthéon
Ancienne église de Paris transformée en mausolée pour les grandes figures de la France en 1791.

Questions et réponses

Pourquoi a-t-il choisi le nom de Voltaire ?

Il a adopté ce nom en 1718. Personne ne sait exactement pourquoi. Selon une théorie répandue, ce serait une anagramme de son nom de famille, Arouet, accompagnée des lettres « l. j. » pour « le jeune ».

De quoi parle Candide ?

Un jeune homme naïf, à qui l’on a appris que tout est pour le mieux, découvre la guerre, les catastrophes et la cruauté à travers le monde. Il finit par comprendre qu’il faut « cultiver notre jardin » en accomplissant un travail utile.

Voltaire a-t-il dit : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je défendrai jusqu’à la mort votre droit de le dire » ?

Non. Cette phrase a été écrite en 1906 par Evelyn Beatrice Hall pour résumer son attitude. Elle reflète toutefois sa défense de la liberté d’expression.

Voltaire était-il athée ?

Non. Il était déiste : il croyait en un Dieu créateur, mais rejetait les religions fondées sur la révélation et l’autorité des Églises. Il critiquait l’athéisme aussi bien que le fanatisme.

Qu’est-ce que l’affaire Calas ?

En 1762, à Toulouse, un père protestant a été exécuté à tort, accusé d’avoir tué son fils. La campagne menée par Voltaire a conduit à sa réhabilitation après sa mort, en 1765. L’affaire est devenue un symbole de l’intolérance religieuse.

Pourquoi Voltaire est-il critiqué aujourd’hui ?

Ses écrits contiennent des propos antisémites et racistes, et il avait une vision élitiste du peuple. Les chercheurs débattent de la manière de concilier ces positions avec sa défense de la tolérance.

Voltaire était-il un philosophe original ?

Il n’a pas construit de système philosophique, mais les chercheurs estiment qu’il a transformé la philosophie en une critique publique et largement contribué à diffuser en Europe la science de Newton et l’empirisme de Locke.

Sources et lectures complémentaires

  1. J. B. Shank, Voltaire. Stanford Encyclopedia of Philosophy
  2. Voltaire. Wikipedia
  3. Candide. Wikipedia
  4. Letters on the English. Wikipedia
  5. Jean Calas. Wikipedia
  6. Treatise on Tolerance. Wikipedia
  7. François-Jean de la Barre. Wikipedia
  8. Poem on the Lisbon Disaster. Wikipedia
  9. Émilie du Châtelet. Wikipedia
  10. Arthur Hertzberg, The French Enlightenment and the Jews. Columbia University Press, 1968

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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