Patrimoine

Obélisque d’Aksoum

ሐውልተ አክሱም (Ḥawəlta Aksum)

v. 300–400 apr. J.-C. · Aksoum

En une phrase

L’obélisque d’Aksoum est un immense pilier de pierre, haut comme un immeuble de huit étages, sculpté il y a environ 1 700 ans dans le royaume africain d’Aksoum pour ressembler à une grande maison et marquer la sépulture de ses dirigeants.

Obélisque d’Aksoum
Image: Ondřej Žváček · CC BY 2.5 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Il y a environ 1 700 ans, sur les hauts plateaux de l’actuel nord de l’Éthiopie, se trouvait un royaume riche et puissant appelé Aksoum. Ses rois échangeaient de l’ivoire, de l’or et de l’encens avec des régions aussi lointaines que Rome, l’Inde et l’Arabie. Ils fabriquaient aussi leurs propres pièces de monnaie.

Quand une personne importante mourait, les habitants d’Aksoum dressaient au-dessus de sa tombe de grands piliers de pierre appelés stèles. L’obélisque d’Aksoum est l’un des plus grands. Il est taillé dans un seul bloc de pierre, mesure environ 24 mètres de haut et pèse à peu près autant que 30 éléphants.

Le pilier ressemble à un très grand bâtiment de pierre. En bas, une fausse porte ne s’ouvre pas. Au-dessus, on voit des rangées de fausses fenêtres et les bouts arrondis de fausses poutres en bois, étage après étage. On dirait une maquette de palais qui monte vers le ciel.

Personne ne sait exactement comment les tailleurs de pierre déplaçaient des blocs aussi lourds. Ils les ont probablement extraits d’une colline hors de la ville, puis tirés sur des rondins ou des traîneaux avec l’aide de nombreuses personnes, de cordes et peut-être d’éléphants. Ils les ont ensuite dressés à l’aide de rampes de terre et de leviers.

L’obélisque a connu bien des aventures. Il est tombé et s’est brisé il y a longtemps. En 1937, des soldats italiens, dont le pays avait envahi l’Éthiopie, l’ont découpé et emporté à Rome comme trophée. Après avoir demandé son retour pendant de nombreuses années, l’Éthiopie l’a enfin récupéré en 2005. En 2008, il a été redressé à Aksoum, à sa place.

En bref

Nature
Une stèle funéraire monolithe (grand monument de pierre sculptée), souvent appelée obélisque ; les archéologues la désignent comme la stèle 2
Date
Probablement sculptée et érigée au IVe siècle de notre ère (certains chercheurs envisagent la fin du IIIe siècle) ; date exacte inconnue
Lieu
Champ des stèles du Nord, Aksoum, région du Tigré, nord de l’Éthiopie
Dimensions
Environ 24 m de haut et 160 tonnes, taillée dans un seul bloc de roche volcanique dure (généralement décrite comme une syénite néphélinique ou une phonolite)
Auteurs
Tailleurs de pierre du royaume d’Aksoum, pour un membre inconnu de l’élite dirigeante
Décor
Imite un bâtiment à plusieurs étages, avec une fausse porte à la base, de fausses fenêtres et des extrémités de poutres en saillie sur chaque face
Histoire récente
Emportée à Rome par l’Italie fasciste en 1937 ; rendue à l’Éthiopie en 2005 ; redressée à Aksoum en 2008
Statut
Fait partie du site archéologique d’Aksoum, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1980

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Qu’est-ce que l’obélisque d’Aksoum ?

L’obélisque d’Aksoum est un grand pilier de pierre sculptée qui se dresse dans la ville d’Aksoum (également orthographiée Axoum), dans le nord de l’Éthiopie. Il a été réalisé par les habitants du royaume d’Aksoum, l’un des grands États du monde antique, probablement au IVe siècle de notre ère. Il mesure environ 24 mètres de haut, pèse quelque 160 tonnes et a été taillé dans un seul bloc de pierre.

Bien qu’on l’appelle souvent « obélisque », les archéologues préfèrent généralement le mot « stèle » : une dalle ou un pilier de pierre dressé en guise de monument. Un obélisque égyptien est un pilier à quatre faces qui se rétrécit et se termine par une petite pyramide. Les piliers aksoumites sont plus plats, sculptés pour ressembler à des bâtiments et couronnés d’un sommet arrondi. Ils ne copient pas les obélisques égyptiens : ils appartiennent à une tradition locale de monuments funéraires devenus plus grands et plus élaborés au fil des siècles.

Aksoum compte plus d’une centaine de stèles de tailles variées, depuis les pierres brutes jusqu’à quelques monuments gigantesques soigneusement décorés. L’obélisque d’Aksoum, appelé « stèle 2 » dans les travaux scientifiques, est le deuxième plus grand de ces géants décorés. Il se dresse dans le champ des stèles du Nord, un cimetière de l’élite aksoumite situé à la périphérie de la ville actuelle.

Aujourd’hui, l’obélisque est un symbole national de l’Éthiopie. Son histoire relie les anciennes routes commerciales de la mer Rouge à l’invasion italienne de l’Éthiopie dans les années 1930, puis à l’un des exemples les plus connus de restitution d’un bien culturel à son pays d’origine.

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Comment « lire » la stèle : un immeuble de pierre

Ce qui frappe le plus dans l’obélisque d’Aksoum, c’est qu’il est sculpté pour ressembler à un grand bâtiment. En partant du bas, on voit une fausse porte sculptée en relief, avec ce qui évoque une serrure ou un heurtoir, comme si elle pouvait s’ouvrir sur la tombe ou la demeure du défunt. Au-dessus, des bandes horizontales divisent le pilier en étages imaginaires.

Chaque étage présente des éléments de l’architecture aksoumite. Des rangées de fausses fenêtres sont taillées dans la pierre. Des poutres horizontales séparent les étages, tandis que de petits éléments ronds ou carrés ressortent de la surface. Ils imitent les extrémités des poutres en bois qui dépassaient des murs des bâtiments aksoumites ; les archéologues les surnomment « têtes de singe ». Les véritables palais et églises d’Aksoum étaient construits en alternant ainsi la pierre et le bois. Certaines églises éthiopiennes plus récentes, comme celle du monastère de Debré Damo, présentent encore ce style.

La stèle se termine par un sommet arrondi, en demi-cercle. Des trous et des traces montrent que des plaques ou des cadres métalliques y étaient autrefois fixés. Selon les chercheurs, certaines grandes stèles portaient peut-être des disques ou des symboles en métal. On ignore ce qu’ils représentaient. Avant l’adoption du christianisme, le croissant et le disque, symboles des dieux du royaume, figuraient souvent sur les monnaies et les inscriptions aksoumites.

En parcourant la stèle du regard de bas en haut, on découvre une maison des morts qui s’élève vers le ciel sur de nombreux étages. Quelle qu’ait été sa signification religieuse exacte, le message était puissant : le dirigeant enterré ici méritait un palais de pierre visible de toute la ville.

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Les géants du champ des stèles

L’obélisque d’Aksoum est l’une des trois immenses stèles entièrement décorées du champ des stèles du Nord. La plus grande, appelée stèle 1 ou Grande Stèle, mesurait environ 33 mètres de long et son poids est estimé à plus de 500 tonnes. Elle aurait été l’une des plus grandes pierres d’un seul bloc jamais dressées par un peuple de l’Antiquité. Mais elle gît brisée au sol. De nombreux archéologues pensent qu’elle est tombée et s’est fracassée pendant sa mise en place ou peu après.

La troisième géante, la stèle 3, mesure environ 21 mètres de haut et porte souvent le nom de « stèle du roi Ézana ». Ce nom relève d’une tradition moderne et ne vient pas d’une inscription ancienne : aucun texte sur la stèle ne la relie à Ézana. C’était la seule des grandes stèles décorées encore debout lorsque des voyageurs et des archéologues européens ont décrit Aksoum au XIXe et au début du XXe siècle. Elle s’est inclinée au fil du temps.

Autour de ces géantes se trouvent de nombreuses stèles plus petites, certaines sculptées et d’autres brutes, ainsi que des tombes souterraines. Le site a servi de cimetière à l’élite pendant plusieurs siècles. La taille de chaque stèle semble refléter le rang de la personne enterrée dessous ou à proximité.

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Extraire, déplacer et dresser les pierres

Les stèles ont été taillées dans une roche volcanique dure à grain fin, présente dans les collines à l’ouest d’Aksoum. Les archéologues ont repéré d’anciennes carrières à plusieurs kilomètres de la ville, dont une où une stèle partiellement travaillée se trouve encore à l’endroit où elle a été abandonnée. Les tailleurs de pierre fendaient probablement la roche en enfonçant des coins dans des trous alignés, puis façonnaient et polissaient le bloc avec des outils en fer et des abrasifs.

Déplacer un bloc de plus de 100 tonnes sur plusieurs kilomètres représentait une tâche énorme. Aucun récit écrit ne nous est parvenu : toutes les explications sont donc des reconstitutions. La plupart des chercheurs pensent que les pierres étaient tirées sur des traîneaux en bois ou déplacées sur des rondins, le long d’une piste préparée, par de grandes équipes utilisant des cordes. Des éléphants, que les Aksoumites capturaient et utilisaient, ont peut-être aussi prêté leur force. Il est possible que les détails sculptés n’aient été achevés qu’une fois la pierre arrivée au cimetière.

Dresser la stèle était l’étape la plus dangereuse. Une méthode probable consistait à glisser sa base dans une fosse préparée, puis à soulever progressivement son sommet à l’aide de leviers, de cordes et de rampes de terre, tout en soutenant la pierre avec des pièces de bois. De grandes dalles et des pierres de calage étaient placées autour du pied. L’effondrement de la Grande Stèle montre les limites de cette technique : plus la pierre était grande, plus elle risquait de se fissurer sous son propre poids.

Un tel exploit exigeait un État capable d’organiser des centaines de travailleurs, de les nourrir et de leur fournir du bois, du fer et des cordes. Les stèles sont donc à la fois des œuvres d’art et des témoignages de la puissance économique et politique des dirigeants aksoumites.

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Le royaume d’Aksoum : un carrefour du monde antique

Le royaume d’Aksoum s’est développé sur les hauts plateaux de l’actuel nord de l’Éthiopie et de l’Érythrée vers le Ier siècle de notre ère. Le Périple de la mer Érythrée, guide grec destiné aux marchands et rédigé au milieu du Ier siècle, mentionne déjà Aksoum et son port d’Adulis, sur la mer Rouge, d’où partaient des cargaisons d’ivoire et d’autres marchandises.

Au cours des siècles suivants, Aksoum est devenu une grande puissance commerciale entre la Méditerranée romaine, l’Arabie et l’Inde. Le royaume exportait de l’ivoire, de l’or, de l’encens, des peaux d’animaux et d’autres produits ; il importait des tissus, du verre, des objets en métal, du vin et de l’huile. À la fin du IIIe siècle, le roi Endubis a commencé à frapper des monnaies d’or, d’argent et de bronze, une marque de puissance que peu d’États pouvaient afficher à l’époque. Des monnaies aksoumites ont été découvertes jusqu’en Méditerranée orientale et dans le sud de l’Inde.

Selon un témoignage, le maître religieux perse Mani classait au IIIe siècle Aksoum parmi les quatre grands royaumes du monde, aux côtés de Rome, de la Perse et de la Chine. Les rois aksoumites faisaient rédiger des inscriptions en guèze (langue classique de l’Éthiopie, dotée de sa propre écriture), en sabéen (langue de l’Arabie du Sud) et en grec. Cela témoigne d’une société tournée à la fois vers l’Afrique et vers les régions situées de l’autre côté de la mer Rouge.

Au sommet de sa puissance, au VIe siècle, sous le roi Kaleb, Aksoum a même contrôlé pendant un temps certaines régions du Yémen. Les grandes stèles appartiennent toutefois à une période antérieure, avant que le christianisme ne devienne la religion de la cour royale.

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Religion et mort : à quoi servaient les stèles ?

Les stèles marquaient les sépultures de l’élite aksoumite. Sous le champ des stèles du Nord et autour de celui-ci, les archéologues ont découvert des tombes souterraines creusées dans la roche ou construites en pierre, parfois composées de plusieurs chambres. À côté de la Grande Stèle tombée se trouve une vaste tombe en pierre appelée le Mausolée. Non loin se trouve la tombe dite « aux arcs de brique ». Beaucoup de tombes ont été pillées dans l’Antiquité, mais les poteries, objets en verre et en métal et autres vestiges retrouvés montrent que les morts étaient enterrés avec des biens précieux.

Les croyances précises liées aux stèles restent inconnues, car la religion préchrétienne d’Aksoum est mal documentée. Les inscriptions et les monnaies mentionnent des dieux comme Astar, Beher et Mahrem, ce dernier étant associé au roi ; elles emploient aussi le disque et le croissant comme symboles. De nombreux chercheurs pensent que la forme à plusieurs étages représentait la tombe comme une maison ou un palais pour les morts, et que la hauteur de la stèle proclamait la puissance et le rang du dirigeant et de sa famille.

Les stèles servaient aussi aux vivants. Visible depuis toute la ville, le monument d’un dirigeant défunt rappelait la grandeur de sa dynastie et aidait son successeur à affirmer sa légitimité. Ériger des stèles toujours plus grandes était peut-être une forme de rivalité entre dirigeants ou familles.

Des lieux destinés aux offrandes, notamment des plateformes de pierre munies de rigoles, ont été découverts près des stèles. Cela suggère que des rites se poursuivaient auprès des tombes après les funérailles.

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Le christianisme et la fin de la tradition des stèles

Au IVe siècle, le roi Ézana a adopté le christianisme sous l’influence de Frumentius, un chrétien venu du monde romain. Emmené jeune captif à la cour d’Aksoum, celui-ci en est devenu plus tard le premier évêque. Sur les monnaies d’Ézana, la croix a remplacé l’ancien symbole du disque et du croissant : il s’agit de l’une des premières apparitions de la croix sur la monnaie d’un État. Ses inscriptions, dont la pierre trilingue d’Ézana, relatent des campagnes militaires et, dans les plus tardives, louent le Dieu chrétien.

Après ce changement, on a cessé de dresser des stèles géantes. La plupart des chercheurs datent donc les grandes stèles décorées, dont l’obélisque d’Aksoum, de la période précédant de peu la conversion d’Ézana ou contemporaine de celle-ci, au IVe siècle ou un peu avant. Certains historiens ont avancé que l’effondrement spectaculaire de la Grande Stèle avait pu contribuer à la fin de cette tradition, mais il ne s’agit que d’une hypothèse.

Le christianisme est devenu la religion durable des hauts plateaux éthiopiens. L’Église éthiopienne orthodoxe tewahedo, l’une des plus anciennes Églises chrétiennes du monde, considère Aksoum comme sa ville la plus sainte. Les chrétiens orthodoxes éthiopiens croient que l’église Notre-Dame-de-Sion, à Aksoum, abrite l’Arche d’alliance, gardée par un seul moine. Cette tradition occupe une place centrale dans l’identité religieuse éthiopienne.

Selon la tradition islamique, au VIIe siècle, de premiers fidèles du prophète Mahomet ont fui les persécutions à La Mecque et trouvé refuge auprès du roi chrétien d’Aksoum. Cet épisode, souvent appelé la première hégire, donne aussi à Aksoum une place honorée dans la mémoire musulmane.

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Chute, pillage et retour

Aksoum a décliné à partir du VIIe siècle, lorsque les routes commerciales de la mer Rouge ont changé et que le centre politique des hauts plateaux éthiopiens s’est déplacé vers le sud. Le royaume a cessé de frapper monnaie vers le début du VIIIe siècle. La ville est restée un lieu sacré, où les empereurs éthiopiens étaient parfois couronnés. À une date inconnue, l’obélisque d’Aksoum est tombé et s’est brisé en plusieurs morceaux, restés au sol pendant des siècles.

En 1935-1936, l’Italie fasciste a envahi l’Éthiopie, l’un des rares pays africains à avoir conservé son indépendance. Pendant la guerre, les Italiens ont utilisé des gaz toxiques contre des soldats et des civils. L’occupation a aussi été marquée par de sanglantes représailles, notamment les massacres commis à Addis-Abeba en février 1937. En 1937, sur ordre de Mussolini, la stèle brisée a été emportée d’Aksoum, transportée en Italie et redressée à Rome. Elle y a été inaugurée le 28 octobre 1937, pour le quinzième anniversaire de la marche fasciste sur Rome. Elle se dressait sur la Piazza di Porta Capena, devant le bâtiment du ministère de l’Afrique italienne.

Dans le traité de paix de 1947, conclu après la Seconde Guerre mondiale, l’Italie s’est engagée à rendre les objets pris à l’Éthiopie. L’obélisque est pourtant resté à Rome pendant des décennies, sur fond de débats concernant le coût de son retour, les risques techniques et sa propriété. Pour les Éthiopiens, il était devenu un symbole de l’humiliation de l’occupation. Les campagnes réclamant sa restitution se sont poursuivies malgré les changements de gouvernement. En mai 2002, la stèle a été endommagée par la foudre.

En 2003-2004, l’obélisque a de nouveau été démonté en trois morceaux. En avril 2005, plusieurs vols effectués par l’un des plus grands avions-cargos du monde l’ont ramené en Éthiopie. Comme le sol près de son emplacement d’origine renferme des tombes fragiles, sa réinstallation a exigé des études minutieuses. Sous la supervision de l’UNESCO, la stèle a été redressée dans le champ des stèles du Nord, puis inaugurée le 4 septembre 2008. Son retour est souvent cité dans les débats internationaux sur la restitution des biens culturels pris pendant des guerres ou des occupations coloniales.

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Avancé

Débats scientifiques : datation, chronologie et signification

La datation. Aucune des grandes stèles ne porte d’inscription. Leur datation repose donc sur l’étude archéologique des tombes qui leur sont associées, sur la comparaison des objets découverts avec des pièces datées provenant d’autres sites et sur l’idée généralement admise que les stèles géantes ont cessé d’être dressées après l’adoption du christianisme. La plupart des spécialistes situent la stèle 2 au IVe siècle de notre ère, mais certains envisagent la fin du IIIe siècle. L’ordre de construction des trois géantes fait aussi débat. Les estimations concernant l’ensemble de la tradition aksoumite des stèles s’étendent sur plusieurs siècles, depuis les premières stèles simples du Ier millénaire de notre ère jusqu’aux grandes stèles décorées de la fin de cette tradition.

La chute de la Grande Stèle. La stèle 1 gît brisée dans le secteur du Mausolée. Des archéologues comme David Phillipson soutiennent qu’elle est tombée pendant sa mise en place ou immédiatement après, peut-être parce que ses fondations étaient insuffisantes, et qu’elle a pu être la dernière des stèles géantes. D’autres envisagent un effondrement plus tardif ou un renversement volontaire. La réponse influe sur la chronologie des stèles et sur notre compréhension de la fin de cette tradition.

Les noms et les attributions. Les noms courants qui associent des stèles à des souverains précis, comme « stèle du roi Ézana », ne sont étayés par aucune inscription. Des traditions locales, consignées dans des textes en guèze plus tardifs et dans l’histoire orale, relient Aksoum à la reine de Saba et au roi Ménélik, fondateur légendaire de la dynastie salomonide. Mais ces traditions sont bien postérieures aux stèles et relèvent de l’histoire religieuse et nationale de l’Éthiopie plutôt que de l’archéologie.

La signification du décor. Les chercheurs s’accordent à dire que les stèles sculptées imitent des bâtiments à plusieurs étages, mais divergent sur la façon de l’interpréter. Certains y voient des représentations de palais réels ; d’autres, des « maisons » symboliques pour les morts ou une manière d’exprimer le lien entre la tombe souterraine et le ciel. Les éléments métalliques autrefois fixés au sommet, aujourd’hui disparus, auraient peut-être permis de répondre à certaines questions.

Le mot « obélisque ». Le nom répandu d’« obélisque d’Aksoum » reflète l’habitude européenne de comparer les monuments africains à ceux de l’Égypte. De nombreux chercheurs préfèrent « stèle » ou « stèle 2 », termes plus précis qui soulignent aussi le développement propre de la tradition aksoumite.

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Avancé

Sources et méthodes : comment étudie-t-on les stèles ?

Les premières explorations. Des voyageurs européens ont décrit les stèles dès le XVIe siècle. La première étude systématique a été menée en 1906 par l’Expédition allemande d’Aksoum (Deutsche Aksum-Expedition), dirigée par l’orientaliste Enno Littmann. Elle a relevé les monuments, les inscriptions et l’architecture. Ses dessins et ses photographies restent précieux, notamment pour étudier des éléments modifiés depuis.

Les fouilles modernes. Dans les années 1970, le British Institute in Eastern Africa, sous la direction de Neville Chittick, a effectué des fouilles dans le champ des stèles et identifié des tombes associées aux grandes stèles. Les bouleversements politiques en Éthiopie ont interrompu les travaux. Ils ont repris dans les années 1990 sous la direction de David Phillipson, qui a fouillé des tombes comme le Mausolée et la tombe aux arcs de brique, et étudié les carrières. Depuis, des équipes éthiopiennes et internationales, notamment italiennes et allemandes, ont poursuivi les recherches sur le terrain.

Les sources écrites. Les inscriptions d’Aksoum, rédigées en guèze, en sabéen et en grec, ainsi que les monnaies, permettent de connaître le nom et l’ordre de règne de certains rois, mais aucune ne mentionne directement les stèles. Des sources extérieures, comme le Périple de la mer Érythrée, des auteurs grecs et romains et un récit du VIe siècle attribué à Cosmas Indicopleustès, décrivent le commerce et les cours royales d’Aksoum. Des textes éthiopiens plus tardifs, comme le Kebra Nagast, rapportent des traditions sur le passé sacré de la ville.

Les sciences de la conservation. Le retour et le redressement de la stèle 2 ont nécessité des études techniques de ses fractures, du sol et des tombes situées en dessous. Lors du remontage de 2008, des renforts modernes ont été placés entre ses sections. Surveiller l’inclinaison de la stèle 3 et protéger les tombes fragiles restent des défis. Ce cas montre combien la conservation, l’archéologie et la politique sont liées à Aksoum.

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Idées clés

Stèle
Monument de pierre dressé ; les stèles aksoumites sont des marqueurs funéraires taillés dans un seul bloc, parfois de taille immense.
Monolithe
Monument fait d’un seul bloc de pierre ; l’obélisque d’Aksoum a été taillé dans un bloc d’environ 24 m de long.
Architecture sculptée dans la pierre
Les stèles sculptées imitent des bâtiments à plusieurs étages, avec de fausses portes et fenêtres ainsi que des extrémités de poutres copiées sur les constructions aksoumites.
Mémoire de l’élite
La taille et le décor de chaque stèle reflétaient le rang du défunt et la puissance de sa famille ou de sa dynastie.
Commerce de la mer Rouge
La richesse d’Aksoum provenait du commerce entre l’Afrique, la Méditerranée, l’Arabie et l’Inde, qui finançait ses monuments.
Christianisation
Après l’adoption du christianisme par le roi Ézana au IVe siècle, on a cessé de dresser des stèles géantes.
Restitution
Le retour de l’obélisque de Rome en 2005 est devenu un exemple majeur dans les débats sur la restitution des biens culturels pris pendant la guerre.

Notices

  1. v. 50 apr. J.-C. — Le Périple de la mer Érythrée mentionne Aksoum et son port d’Adulis, sur la mer Rouge.
  2. v. 270 apr. J.-C. — Le roi Endubis commence à faire frapper des monnaies aksoumites en or, en argent et en bronze.
  3. v. 300 apr. J.-C. — Période probable de la sculpture et de l’érection des grandes stèles décorées, dont la stèle 2 (IVe siècle de notre ère, date incertaine).
  4. v. 340 apr. J.-C. — Le roi Ézana adopte le christianisme ; la croix apparaît sur ses monnaies et on cesse de dresser des stèles géantes.
  5. v. 520 apr. J.-C. — Le roi Kaleb mène une campagne au Yémen ; Aksoum atteint son extension maximale.
  6. v. 615 apr. J.-C. — Selon la tradition islamique, les premiers musulmans venus de La Mecque trouvent refuge auprès du roi d’Aksoum.
  7. 1906 — L’Expédition allemande d’Aksoum réalise la première étude systématique des stèles.
  8. 1937 — Les forces d’occupation italiennes emportent la stèle tombée à Rome, où elle est inaugurée le 28 octobre.
  9. 1947 — Dans le traité de paix, l’Italie accepte de rendre les objets pris à l’Éthiopie.
  10. 1980 — Le site archéologique d’Aksoum est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
  11. 2005 — En avril, l’obélisque est ramené par avion en Éthiopie, en trois morceaux.
  12. 2008 — La stèle est redressée à Aksoum et inaugurée le 4 septembre.

Glossaire

Stèle
Dalle ou pilier de pierre dressé en guise de monument, souvent pour marquer une tombe.
Obélisque
À l’origine, pilier égyptien de pierre à quatre faces, terminé par une petite pyramide ; le mot est aussi employé, dans un sens plus large, pour d’autres grands monuments de pierre.
Monolithe
Monument taillé dans un seul bloc de pierre.
Fausse porte
Porte sculptée qui ne s’ouvre pas et symbolise une entrée vers la tombe ou le monde des morts.
« Têtes de singe »
Surnom donné par les archéologues aux extrémités des poutres en bois qui dépassaient des murs aksoumites et que les stèles imitent dans la pierre.
Guèze
Langue classique de l’Éthiopie, dotée de sa propre écriture ; elle reste la langue liturgique de l’Église orthodoxe éthiopienne.
Adulis
Principal port d’Aksoum sur la côte de la mer Rouge, dans l’actuelle Érythrée.
Périple de la mer Érythrée
Guide grec du Ier siècle de notre ère destiné aux marchands, décrivant les ports et le commerce de l’Égypte à l’Inde.
Mausolée
Grand édifice funéraire ; à Aksoum, nom donné à une tombe construite en pierre à côté de la Grande Stèle.
Restitution
Retour de biens culturels au pays ou à la communauté dont ils ont été retirés.

Questions et réponses

L’obélisque d’Aksoum est-il vraiment un obélisque ?

Pas au sens égyptien du terme. C’est une stèle aksoumite : un pilier aux faces plates, sculpté comme un bâtiment et terminé par un sommet arrondi. « Obélisque » est son nom courant.

Comment a-t-on soulevé une pierre aussi lourde sans machines ?

Aucun témoignage ne nous est parvenu, mais les travailleurs l’ont probablement tirée sur des traîneaux ou des rondins avec des cordes, puis dressée à l’aide de leviers, de supports en bois et de rampes de terre.

Qui est enterré dessous ?

On l’ignore. La stèle marque une partie d’un cimetière réservé à l’élite, mais aucune inscription ne nomme la personne qu’elle commémorait.

Pourquoi se trouvait-elle à Rome ?

Pendant l’occupation italienne de l’Éthiopie, la stèle tombée a été emportée à Rome en 1937 comme trophée de guerre du régime fasciste. Elle a été restituée en 2005.

Pourquoi date-t-on les stèles d’avant l’adoption du christianisme ?

Parce qu’on a cessé de dresser des stèles géantes après l’adoption du christianisme par le roi Ézana au IVe siècle et que les tombes associées aux stèles contiennent des objets préchrétiens.

La Grande Stèle a-t-elle déjà été debout ?

Peut-être pas. De nombreux archéologues pensent que cette stèle de 33 mètres s’est brisée pendant sa mise en place ou immédiatement après, mais la question fait débat.

Que signifie le décor en forme de bâtiment ?

Les chercheurs s’accordent à dire qu’il imite les bâtiments aksoumites à plusieurs étages. Beaucoup y voient une maison ou un palais pour les morts, qui montrait aussi la puissance de la famille, mais les croyances exactes restent inconnues.

Sources et lectures complémentaires

  1. Obelisk of Axum. Wikipedia
  2. Axum. Wikipedia
  3. Kingdom of Aksum. Wikipedia
  4. Ezana Stone. Wikipedia
  5. Aksum. UNESCO World Heritage Centre
  6. Stuart Munro-Hay, Aksum: An African Civilisation of Late Antiquity. Edinburgh University Press, 1991
  7. David W. Phillipson, Ancient Ethiopia: Aksum, Its Antecedents and Successors. British Museum Press, 1998

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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