Littérature

Fictions

Ficciones

1944 · Buenos Aires (Argentine)

En une phrase

Fictions est un recueil de nouvelles de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, publié à Buenos Aires en 1944. Ses bibliothèques impossibles, ses mondes inventés, ses labyrinthes et ses énigmes invitent à se demander ce qui est réel.

Fictions
Image: Jorge Romeira · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Imagine une bibliothèque si grande qu’elle contient tous les livres qu’on pourrait écrire. Quelque part, il y a le récit de toute ta vie, mais aussi des millions de livres avec une seule lettre différente. C’est l’une des histoires de Fictions.

Fictions rassemble des histoires inventées. Son auteur, Jorge Luis Borges, vivait à Buenos Aires, la capitale de l’Argentine. Il aimait les encyclopédies, les cartes, les miroirs, les enquêtes et les vieux livres. Il aimait aussi jouer avec les idées.

Dans une histoire, deux amis trouvent dans une encyclopédie un article sur un pays qui n’existe pas. Puis ils découvrent une encyclopédie secrète sur une planète imaginaire. Peu à peu, des objets de cette planète apparaissent dans notre monde.

Dans une autre histoire, un garçon tombe de cheval. Après sa chute, il se souvient de tout : chaque feuille de chaque arbre et chaque nuage à chaque instant. Cela ressemble à un superpouvoir, mais sa vie devient très difficile. Il ne peut rien oublier pour réfléchir.

Les histoires sont courtes, mais elles ressemblent à des énigmes ou à des labyrinthes. Elles ont inspiré des écrivains du monde entier, ainsi que des scientifiques et des informaticiens.

En bref

Auteur
Jorge Luis Borges (1899–1986), Argentine
Publication
Buenos Aires, 1944 (Editorial Sur) ; édition augmentée en 1956 (Emecé)
Langue
Espagnol
Composition
Deux parties : « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent » (huit nouvelles, publiées d’abord en volume séparé en 1941) et « Artifices » (six nouvelles en 1944, neuf à partir de 1956)
Genre
Nouvelles mêlant fantastique, récit policier, essai philosophique et érudition fictive
Nouvelles célèbres
« Tlön, Uqbar, Orbis Tertius », « Pierre Ménard, auteur du Quichotte », « La Bibliothèque de Babel », « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent », « Funes ou la mémoire », « La Mort et la Boussole », « Le Sud »
Édition anglaise
Édition de Grove Press dirigée par Anthony Kerrigan, 1962
Importance
A fait connaître Borges dans le monde entier ; œuvre fondatrice pour les littératures postmoderne et latino-américaine ultérieures

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Qu’est-ce que Fictions ?

Fictions est un recueil de nouvelles de Jorge Luis Borges, l’un des écrivains les plus importants du XXe siècle. Publié à Buenos Aires en 1944, il est devenu son livre le plus célèbre. Son titre désigne des récits inventés, mais donne aussi un indice : ces histoires jouent sans cesse avec la frontière entre invention et réalité.

La plupart des nouvelles sont très courtes, et beaucoup ne ressemblent pas à des récits ordinaires. Certaines prennent la forme de critiques de livres inexistants ; d’autres, de notices nécrologiques, d’essais avec des notes de bas de page, d’énigmes policières ou de confessions. Borges les peuple de livres et de savants réels ou imaginaires, ainsi que de détails qui semblent précis. Le lecteur ne sait donc jamais tout à fait où finit le fait et où commence la fiction.

Labyrinthes, miroirs, bibliothèques, encyclopédies, rêves, loteries et temps infini reviennent souvent dans le livre. Borges s’en sert pour poser avec malice de grandes questions : pouvons-nous connaître l’univers ? Le monde est-il ordonné ou chaotique ? Qu’est-ce qui fait qu’une personne reste elle-même au fil du temps ? Que se passe-t-il lorsqu’une idée devient assez puissante pour changer la réalité ?

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Qui était Borges ?

Jorge Luis Borges est né à Buenos Aires le 24 août 1899. Son père était avocat et enseignant, d’ascendance anglaise. Borges a grandi en parlant l’espagnol et l’anglais ; il a dit plus tard que l’événement le plus important de son enfance avait été la bibliothèque de son père. En 1914, sa famille s’est installée en Europe et y est restée bloquée par la Première Guerre mondiale. Borges a étudié à Genève, puis vécu en Espagne, où il a rejoint un mouvement de poésie d’avant-garde appelé ultraïsme.

De retour à Buenos Aires en 1921, il s’est d’abord fait connaître comme poète et essayiste. En 1938, il a pris un emploi modeste d’assistant dans une bibliothèque municipale. La veille de Noël, cette année-là, il s’est cogné la tête contre une fenêtre ouverte. Sa blessure s’est gravement infectée et il est resté très malade pendant des semaines. En convalescence, il a essayé d’écrire un nouveau type de récit pour voir si son esprit fonctionnait toujours. Ce fut « Pierre Ménard, auteur du Quichotte », publié en mai 1939. Les autres nouvelles de Fictions ont suivi au cours des cinq années suivantes.

La vue de Borges a décliné progressivement et, vers le milieu des années 1950, il était presque aveugle. En 1955, après la chute de Juan Perón, il est devenu directeur de la Bibliothèque nationale d’Argentine. Il est mort à Genève le 14 juin 1986.

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Que contient le livre ?

La première partie, « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent », a d’abord été publiée en petit volume autonome en 1941. Elle contient huit textes : « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius », « L’Approche d’Al-Mu’tasim », « Pierre Ménard, auteur du Quichotte », « Les Ruines circulaires », « La Loterie à Babylone », « Examen de l’œuvre d’Herbert Quain », « La Bibliothèque de Babel » et « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent ».

La deuxième partie, « Artifices », a été ajoutée en 1944 avec six nouvelles : « Funes ou la mémoire », « La Forme de l’épée », « Thème du traître et du héros », « La Mort et la Boussole », « Le Miracle secret » et « Trois Versions de Judas ». Pour l’édition de 1956, Borges en a ajouté trois : « La Fin », « La Secte du Phénix » et « Le Sud ». La plupart avaient d’abord paru dans la revue de Buenos Aires Sur ou dans le journal La Nación.

Chaque partie s’ouvre sur un court prologue. Dans le premier, Borges explique qu’écrire d’immenses livres est une folie laborieuse et appauvrissante. Il préfère faire comme si ces livres existaient déjà, puis en proposer un résumé ou un commentaire. Cela explique pourquoi tant de ses nouvelles ressemblent à des critiques, à des notes ou à des résumés d’œuvres imaginaires.

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Quatre nouvelles célèbres

« Tlön, Uqbar, Orbis Tertius » commence lorsque Borges et son ami réel, l’écrivain Adolfo Bioy Casares, trouvent dans un exemplaire d’une encyclopédie un article sur un pays nommé Uqbar. Plus tard apparaît un volume d’une encyclopédie consacrée à Tlön, planète imaginaire dont les habitants croient que seuls existent les esprits et les perceptions, et non les choses matérielles. Un post-scriptum daté du futur révèle qu’une société secrète a inventé Tlön et que ses objets et ses idées commencent à envahir le monde réel.

« La Bibliothèque de Babel » décrit un univers formé d’une infinité de salles hexagonales remplies de livres. Chaque livre compte 410 pages et contient des combinaisons de 25 signes. Quelque part, la bibliothèque renferme tous les récits véridiques, tous les mensonges et sa propre explication. Pourtant, y trouver une page qui ait un sens est presque impossible. Ses bibliothécaires sombrent dans le désespoir, la superstition et le fanatisme.

Dans « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent », un espion chinois au service de l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale doit transmettre un message secret avant qu’un agent britannique ne l’arrête. Il rend visite à un savant qui a résolu l’énigme du roman inachevé de son ancêtre : un livre où le temps se ramifie et où toutes les issues possibles se produisent à la fois. La nouvelle est à la fois un récit policier haletant et une réflexion sur le temps.

« Funes ou la mémoire » raconte l’histoire d’un jeune Uruguayen qui, après une chute de cheval, se souvient dans les moindres détails de tout ce qu’il a perçu. Incapable d’oublier, il ne peut ni généraliser ni former des idées abstraites. Le narrateur suggère que, pour cette raison, il ne peut pas vraiment penser.

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D’autres nouvelles : identité, foi et destin

« Pierre Ménard, auteur du Quichotte » prend la forme d’un hommage à un écrivain français imaginaire. Celui-ci a tenté, sans copier ni traduire le Don Quichotte de Cervantès, de l’écrire à nouveau mot pour mot en homme du XXe siècle. Le narrateur compare des passages identiques et soutient que la version de Ménard est plus riche, puisque les mêmes mots prennent un autre sens à une autre époque. C’est à la fois une histoire comique et une réflexion sérieuse sur la lecture, la création littéraire et l’histoire.

« Les Ruines circulaires » suit un magicien qui crée un fils en rêve, détail après détail, avant de découvrir qu’il est lui-même le rêve de quelqu’un d’autre. « La Loterie à Babylone » imagine une société où la loterie d’une Compagnie secrète en vient peu à peu à tout contrôler, jusqu’à rendre le hasard et l’ordre indiscernables.

Dans « La Mort et la Boussole », un brillant détective enquête sur une série de meurtres qui semblent suivre le nom mystique de Dieu en hébreu. Il découvre finalement que ce motif était un piège tendu par son ennemi. « Le Miracle secret » raconte l’histoire d’un dramaturge juif arrêté par les nazis à Prague en 1939. Il demande à Dieu le temps d’achever sa pièce : pendant l’instant qui précède son exécution, le temps s’arrête pour lui durant une année entière. « Trois Versions de Judas » expose les arguments d’un théologien imaginaire selon lesquels Judas, et non Jésus, était la véritable incarnation de Dieu.

« La Forme de l’épée » et « Thème du traître et du héros » jouent avec la trahison et l’identité cachée sur fond de rébellions irlandaises. Ajoutée en 1956, « Le Sud », que Borges a un jour présentée comme étant peut-être sa meilleure nouvelle, suit un bibliothécaire qui, après une grave blessure à la tête semblable à celle de Borges, part vers la campagne argentine et s’avance vers un combat au couteau. On peut aussi lire ce récit comme le rêve d’un homme mourant à l’hôpital.

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Buenos Aires, Sur et un monde en guerre

Dans les années 1930 et 1940, Buenos Aires était l’une des villes les plus grandes et les plus riches des Amériques. Elle possédait une industrie de l’édition dynamique et accueillait de nombreux immigrants européens. Fondée par Victoria Ocampo en 1931, la revue Sur mettait les écrivains argentins en relation avec les littératures européenne et nord-américaine. Elle a publié beaucoup de nouvelles de Borges. Son ami Bioy Casares, avec qui il écrivait des parodies policières et dirigeait des anthologies de littérature fantastique, partageait son goût pour les récits intellectuels aux intrigues rigoureusement construites.

Fictions a été écrit pendant la Seconde Guerre mondiale. Borges s’opposait ouvertement au fascisme et au nazisme, alors qu’une partie des élites et de l’armée argentines sympathisait avec les puissances de l’Axe. Certaines nouvelles reflètent directement cette période, notamment « Le Miracle secret », situé à Prague, et le post-scriptum de « Tlön ». Dans ce dernier, un système inventé, séduisant et ordonné, commence à dominer le monde réel : de nombreux lecteurs y voient un écho des idéologies totalitaires de l’époque.

Borges réagissait aussi aux débats littéraires argentins. Beaucoup de romans argentins et latino-américains de cette période privilégiaient le réalisme, les questions sociales et les sujets nationaux. Borges défendait le droit des écrivains argentins à puiser dans toute la culture mondiale, sans se limiter à la couleur locale. Lorsque « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent » n’a pas obtenu de prix littéraire national en 1942, Sur lui a consacré un dossier de soutien. Après l’arrivée de Perón au pouvoir, Borges a perdu son poste de bibliothécaire en 1946. Selon le récit qu’il en a donné, il a été réaffecté à l’inspection des volailles et des lapins ; il a démissionné.

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Idées et techniques essentielles

La philosophie comme fiction. Borges a puisé des idées chez des philosophes comme Berkeley, Hume et Schopenhauer, ainsi que dans la Kabbale, la théologie chrétienne et les mathématiques, pour en faire des récits. Il ne cherchait pas à prouver leur vérité : il les appréciait, comme il l’a dit, pour leur valeur esthétique et imaginait ce que serait le monde si elles étaient vraies.

L’infini et le labyrinthe. La bibliothèque, le jardin aux chemins qui bifurquent, la loterie sans fin et le dédale de « La Mort et la Boussole » représentent tous un univers trop vaste ou trop complexe pour être compris entièrement. Les personnages de Borges cherchent souvent un ordre caché, une clé ou un centre ; ils échouent ou découvrent quelque chose d’inattendu.

L’érudition fictive. Borges mêle des livres et des personnes réels à d’autres qu’il invente, en ajoutant des notes de bas de page, des dates et des bibliographies. Cette technique donne au fantastique l’apparence d’un document et pousse le lecteur à réfléchir à la confiance qu’il accorde aux textes.

La concision et la précision. À la différence de nombreux romanciers modernistes, Borges écrivait des textes très courts, avec des adjectifs soigneusement choisis, une grande retenue et un humour ironique. Une part du plaisir vient du ton calme et savant avec lequel il présente des idées stupéfiantes.

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Intermédiaire

Le récit policier et le plaisir de l’énigme

Borges aimait les récits policiers, en particulier ceux de l’Anglais G. K. Chesterton et de l’Américain Edgar Allan Poe, qu’il considérait comme l’inventeur du genre. Il admirait leurs règles strictes : poser un problème, présenter loyalement les indices, puis parvenir à une solution surprenante mais inévitable. Plusieurs nouvelles de Fictions, surtout « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent » et « La Mort et la Boussole », utilisent ouvertement cette structure.

Borges renverse aussi les codes du récit policier. Dans « La Mort et la Boussole », c’est précisément le raisonnement brillant du détective qui le conduit au piège : son ennemi a prévu qu’il chercherait un motif intellectuel plutôt qu’une explication simple. Dans « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent », la véritable énigme porte moins sur l’auteur du crime que sur la nature du temps. La résolution de l’intrigue ouvre sur une question plus vaste qu’aucun détective ne peut résoudre.

Beaucoup de nouvelles ont ainsi une double structure. En surface, une intrigue serrée s’achève sur un retournement ; en profondeur, elle soulève un problème philosophique. Le lecteur est invité à mener lui-même l’enquête en relevant les indices cachés dans les noms, les dates et les notes de bas de page. Des personnes réelles, comme Bioy Casares dans « Tlön », côtoient des personnages inventés, et l’un des plaisirs de la lecture consiste à les distinguer. Une seconde lecture révèle souvent l’importance de détails qui semblaient d’abord décoratifs.

Avec Bioy Casares, Borges a également écrit des récits policiers comiques sous le pseudonyme commun de H. Bustos Domecq, à partir de 1942. Cette collaboration, tout comme Fictions, montre le sérieux avec lequel il abordait les genres dits populaires, que beaucoup de critiques méprisaient alors.

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Influence et postérité

« Le Jardin aux sentiers qui bifurquent », traduit par Anthony Boucher dans Ellery Queen’s Mystery Magazine en 1948, a été la première œuvre de Borges publiée en anglais. Sa renommée internationale s’est toutefois affirmée après le partage du Prix international de littérature, dit prix Formentor, avec Samuel Beckett en 1961. En 1962 sont parus deux recueils en anglais, Ficciones chez Grove Press et l’anthologie Labyrinths. Borges est alors devenu une référence pour les écrivains du monde entier.

Fictions a compté pour les auteurs du « boom » latino-américain des années 1960, comme Julio Cortázar, Gabriel García Márquez et Carlos Fuentes, même si leurs positions politiques et leurs styles différaient souvent de ceux de Borges. Aux États-Unis et en Europe, John Barth, Italo Calvino et Umberto Eco, entre autres, se sont inspirés de ses jeux avec la fiction. Dans son essai « The Literature of Exhaustion » (1967), Barth a présenté Borges comme un modèle pour la littérature d’après le modernisme. Le Nom de la rose, d’Eco, met en scène un bibliothécaire aveugle nommé Jorge de Burgos.

Cette influence dépasse la littérature. « La Bibliothèque de Babel » est évoquée dans les discussions sur l’information, la combinatoire et Internet ; un site web en propose même une simulation. « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent » a été rapproché de l’interprétation des mondes multiples en mécanique quantique et de la fiction hypertextuelle ; son titre a aussi donné son nom à un problème en statistique. « Tlön » est souvent lu comme une parabole montrant comment des systèmes inventés et des mondes virtuels peuvent transformer la réalité.

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Avancé

Texte, éditions et traductions

L’histoire éditoriale de Fictions comporte plusieurs étapes. Les nouvelles ont d’abord paru dans des périodiques entre 1939 et 1944, et jusqu’au début des années 1950 pour celles ajoutées plus tard. « L’Approche d’Al-Mu’tasim » est encore antérieure : elle figurait déjà dans le recueil d’essais de Borges Histoire de l’éternité (1936). Les textes ont ensuite été réunis dans Le Jardin aux sentiers qui bifurquent (1941), puis dans Fictions (Sur, 1944). L’édition Emecé de 1956 a ajouté trois nouvelles et une note. Borges a révisé ses textes d’une édition à l’autre et leur a ajouté des post-scriptum et des notes ; les chercheurs comparent donc les versions pour suivre ces changements.

La date de 1944 correspond ainsi à la parution du volume réunissant les deux parties, et non à la rédaction de chaque nouvelle. Le post-scriptum de « Tlön » porte la date de 1947 à l’intérieur d’une nouvelle publiée en 1940 : c’est l’un des jeux délibérés de Borges avec le temps.

En anglais, l’édition publiée par Grove Press en 1962 est l’œuvre de plusieurs traducteurs sous la direction d’Anthony Kerrigan. James E. Irby et Donald A. Yates ont également traduit beaucoup de nouvelles pour Labyrinths. Plus tard, Andrew Hurley a proposé une nouvelle version, réalisée par un seul traducteur, dans Collected Fictions (1998). Les différences entre traductions, notamment dans le rendu des adjectifs et de la retenue caractéristiques de Borges, constituent elles-mêmes un sujet d’étude. Cela convient bien à un auteur qui, dans « Pierre Ménard », a envisagé la traduction comme une création.

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Avancé

Débats critiques

Universel ou argentin ? Certains des premiers critiques argentins reprochaient à Borges d’être « européanisé » et coupé de la réalité nationale. Des lectures plus récentes soulignent au contraire l’importance de l’Argentine dans son œuvre : la tradition des gauchos réinventée dans « La Fin » et « Le Sud », les faubourgs de Buenos Aires et la place d’une culture périphérique face au canon européen. L’étude de Beatriz Sarlo Borges, a Writer on the Edge (1993) est un plaidoyer connu pour une lecture de Borges depuis les marges argentines.

Précurseur de la théorie. Des philosophes et des théoriciens ont vu dans Fictions une anticipation de leurs propres idées. « Pierre Ménard » est souvent rapproché des théories de la réception par le lecteur et des réflexions ultérieures sur la « mort de l’auteur ». Michel Foucault a ouvert Les Mots et les Choses (1966) par un passage de Borges, tiré d’un essai plus tardif et non de Fictions. Les critiques débattent de la valeur de telles lectures : éclairent-elles les nouvelles ou les réduisent-elles à des exemples de théories apparues plus tard ?

Politique. Les prises de position politiques ultérieures de Borges ont compliqué sa réputation. Il a notamment soutenu des coups d’État militaires en Argentine et accepté en 1976 une distinction du régime de Pinochet au Chili. Il est en partie revenu sur ces positions lorsqu’il a dénoncé les exactions de la junte argentine dans les années 1980. Ces faits sont souvent avancés pour expliquer qu’il n’ait jamais reçu le prix Nobel. Les chercheurs débattent aussi de la manière de lire les thèmes antitotalitaires de Fictions à la lumière de ces positions ultérieures.

Genre. Fictions est parfois qualifié de littérature fantastique, parfois de métafiction ou de fiction philosophique. Borges utilisait la structure du récit policier et le fantastique comme des outils. Les critiques ne s’accordent pas sur ce qui domine dans ses nouvelles : le jeu formel, la philosophie ou l’expression d’angoisses personnelles liées à la mémoire, à l’identité et à la cécité.

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Idées clés

Métafiction
Fiction qui réfléchit ouvertement à sa propre nature de fiction, par exemple au moyen de fausses critiques et de notes de bas de page.
Le labyrinthe
Image centrale chez Borges pour représenter un univers complexe, peut-être infini, que l’esprit peine à saisir.
L’infini
Les bibliothèques sans fin, les loteries et les temps qui se ramifient explorent ce que l’infini signifierait pour la vie humaine.
L’idéalisme
Conception philosophique selon laquelle la réalité est faite d’esprits et d’idées, poussée à l’extrême sur la planète Tlön.
La lecture change le sens
Comme le montre Pierre Ménard, les mêmes mots prennent des sens différents selon les époques et les lecteurs.
La mémoire et l’oubli
Funes suggère que penser exige d’oublier, de généraliser et de former des idées abstraites.
L’ordre et le hasard
Des nouvelles comme « La Loterie à Babylone » demandent si le monde obéit à un plan ou au hasard.

Notices

  1. 1899 — Jorge Luis Borges naît à Buenos Aires le 24 août.
  2. 1931 — Victoria Ocampo fonde la revue Sur à Buenos Aires.
  3. 1936 — « L’Approche d’Al-Mu’tasim » paraît dans Histoire de l’éternité, de Borges.
  4. 1938 — Le 24 décembre, Borges se blesse gravement à la tête ; sa plaie s’infecte.
  5. 1939 — « Pierre Ménard, auteur du Quichotte » paraît dans Sur en mai.
  6. 1940 — « Tlön, Uqbar, Orbis Tertius » paraît dans Sur.
  7. 1941 — Le Jardin aux sentiers qui bifurquent paraît en volume avec huit nouvelles.
  8. 1944 — Fictions réunit ce volume et les six nouvelles d’« Artifices ».
  9. 1948 — « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent » devient la première œuvre de Borges publiée en traduction anglaise.
  10. 1956 — Une édition augmentée ajoute « La Fin », « La Secte du Phénix » et « Le Sud ».
  11. 1961 — Borges partage le Prix international de littérature avec Samuel Beckett.
  12. 1962 — Les recueils anglais Ficciones et Labyrinths sont publiés.

Glossaire

Nouvelle
Court récit de fiction, que l’on peut généralement lire d’une seule traite.
Labyrinthe
Réseau de chemins où il est facile de se perdre ; chez Borges, symbole de l’univers.
Métafiction
Fiction qui attire l’attention sur le fait qu’elle est inventée.
Idéalisme
En philosophie, conception selon laquelle la réalité est fondamentalement mentale et faite d’idées ou de perceptions.
Prologue
Texte d’introduction placé au début d’un livre.
Post-scriptum
Note ajoutée à la fin d’un texte, après sa partie principale.
Sur
Revue littéraire influente fondée à Buenos Aires en 1931 par Victoria Ocampo.
Boom latino-américain
Succès international des romanciers latino-américains dans les années 1960 et 1970.
Ultraïsme
Mouvement poétique d’avant-garde apparu en Espagne et en Argentine vers 1920, qui mettait l’accent sur des métaphores frappantes.

Questions et réponses

La Bibliothèque de Babel existe-t-elle vraiment ?

Non, elle est imaginaire. Mais des personnes ont calculé quelle pourrait être sa taille, et un site web a été créé pour l’imiter.

Les livres et les personnes des nouvelles existent-ils vraiment ?

Certains existent, d’autres non. Borges mêlait de vrais écrivains, amis et livres à des inventions : cela fait partie de son jeu.

Pourquoi les nouvelles sont-elles si courtes ?

Borges pensait qu’il valait mieux imaginer d’immenses livres et en écrire de courts résumés ou des critiques, plutôt que de rédiger ces livres en entier.

Que lire en premier ?

Beaucoup de lecteurs commencent par « La Bibliothèque de Babel », « Funes ou la mémoire » ou « Le Jardin aux sentiers qui bifurquent » : ces nouvelles sont courtes et captivantes. « Tlön » est plus riche, mais aussi plus dense.

Borges s’est-il inspiré de sa propre vie pour écrire Fictions ?

Oui, en partie. Sa blessure à la tête de 1938 a nourri le premier récit qu’il a écrit dans cette veine ainsi que « Le Sud ». Son travail de bibliothécaire a influencé « La Bibliothèque de Babel ». Ces nouvelles ne sont toutefois pas de simples récits autobiographiques.

Fictions a-t-il influencé la philosophie et les sciences ?

Des philosophes, des théoriciens de la littérature, des physiciens et des informaticiens l’ont beaucoup cité. La question de savoir si Borges avait véritablement « anticipé » leurs idées reste débattue.

Pourquoi Borges n’a-t-il jamais reçu le prix Nobel ?

L’Académie suédoise n’explique pas ses choix. Beaucoup de commentateurs évoquent les prises de position politiques controversées de Borges dans les années 1970, mais cela reste une interprétation.

Sources et lectures complémentaires

  1. Ficciones. Wikipedia
  2. 픽션들. 위키백과
  3. Jorge Luis Borges. Wikipedia
  4. Tlön, Uqbar, Orbis Tertius. Wikipedia
  5. The Library of Babel. Wikipedia
  6. The Garden of Forking Paths. Wikipedia
  7. Pierre Menard, Author of the Quixote. Wikipedia
  8. Funes the Memorious. Wikipedia
  9. Edwin Williamson, Borges: A Life. Viking, 2004

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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