Littérature

Les Mille et Une Nuits

ألف ليلة وليلة (Alf layla wa-layla)

v. 800–1400 apr. J.-C. · Bagdad (sphère culturelle abbasside)

En une phrase

Les Mille et Une Nuits sont un vaste recueil de récits dans lequel une jeune femme rusée, Shéhérazade, sauve sa vie en racontant chaque nuit une histoire passionnante à un roi et en s’arrêtant au moment le plus captivant.

Les Mille et Une Nuits
Image: Al-Mubashshir ibn Fatik · Public domain · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Il était une fois, raconte l’histoire, un roi nommé Chahriar. Il était si triste et si en colère qu’il décida d’épouser une nouvelle femme chaque jour et de la faire tuer le lendemain matin. Tout le royaume avait peur.

Alors Shéhérazade, la fille du ministre du roi, eut une idée courageuse. Elle avait lu des centaines de livres et connaissait beaucoup d’histoires. Elle épousa le roi et, cette nuit-là, commença à lui raconter une histoire. Mais au matin, elle s’arrêta juste au moment le plus passionnant.

Le roi voulait connaître la suite. Il la laissa donc vivre un jour de plus. La nuit suivante, elle termina son histoire et en commença une autre. Une fois encore, elle s’arrêta au meilleur moment. Cela continua pendant mille et une nuits !

Ses histoires parlent de génies enfermés dans des bouteilles, de chevaux volants, de lampes magiques, d’animaux qui parlent, de marins qui rencontrent des oiseaux géants, de voleurs malins et de pêcheurs généreux. Certaines histoires en contiennent même d’autres, comme des boîtes rangées les unes dans les autres.

À la fin, le roi a changé. Grâce à toutes ces histoires, il a appris à être bon et à faire confiance aux autres. Il abandonne son terrible projet. Ces contes ont voyagé dans le monde entier. Tu en connais peut-être déjà certains, comme Aladin, Ali Baba et Sindbad le Marin.

En bref

Époque
Recueil constitué au fil de nombreux siècles, du VIIIe au XVIe siècle environ et au-delà ; le plus ancien fragment arabe date du IXe siècle
Lieux
Univers des contes persans et arabes ; étapes importantes à Bagdad (époque abbasside), puis en Syrie et en Égypte (Le Caire)
Langue
Arabe (souvent « arabe moyen », mêlant formes classiques et parlées), avec des racines dans un recueil en moyen perse
Forme
Recueil à récit-cadre : des histoires à l’intérieur d’une histoire, mêlant prose, vers, fables, récits d’amour, aventures et humour
Auteur
Aucun auteur unique ; des conteurs, copistes et compilateurs anonymes, puis des traducteurs
Contes célèbres
Le récit-cadre de Shéhérazade, Le Pêcheur et le Génie, Le Bossu, Sindbad ; Aladin et Ali Baba (connus d’abord par la version française de Galland)
Importance
L’un des recueils de récits les plus lus et les plus adaptés de la littérature mondiale

Facile

Que sont Les Mille et Une Nuits ?

Les Mille et Une Nuits (en arabe, Alf layla wa-layla) sont un vaste recueil d’histoires reliées par un récit-cadre : celui de Shéhérazade et du roi Chahriar. Le recueil n’est pas l’œuvre d’un seul auteur. Il s’est développé pendant de nombreux siècles, tandis que des conteurs et des copistes ajoutaient, retiraient et transformaient des récits issus des traditions persane, indienne, arabe, grecque, juive et d’autres encore.

Il n’existe pas une seule version « originale » des Mille et Une Nuits. Les manuscrits présentent des histoires différentes, dans des ordres différents, et certains contes célèbres ne sont entrés dans le recueil qu’au XVIIIe siècle, par l’intermédiaire de traductions. Il vaut mieux voir les Nuits comme une tradition vivante, un cadre dans lequel de nouvelles histoires pouvaient toujours prendre place, que comme un livre au contenu fixe.

Le recueil va des fables où parlent les animaux aux histoires d’amour, en passant par les enquêtes criminelles, les voyages vers des îles merveilleuses, les comédies grivoises, les leçons de morale et les récits de souverains sages ou insensés. Beaucoup d’histoires se déroulent à Bagdad sous le calife abbasside Hâroun al-Rachid, au Caire ou à Damas ; d’autres conduisent jusqu’en Inde et en Chine.

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Facile

Le récit-cadre : Shéhérazade et le roi

Le récit-cadre commence avec deux frères rois, Chahriar et Chah Zaman, qui découvrent chacun l’infidélité de leur épouse. Persuadé qu’aucune femme n’est digne de confiance, Chahriar décide d’épouser une nouvelle femme chaque nuit et de la faire exécuter à l’aube. Le royaume se vide de ses jeunes femmes, et son vizir, le premier ministre chargé de lui trouver des épouses, est désespéré.

Sa fille aînée, Shéhérazade, qui a beaucoup lu sur l’histoire, la poésie, la médecine et la philosophie, insiste pour épouser le roi. Elle demande à sa jeune sœur, Dinarzade, de réclamer une histoire pendant la nuit. Shéhérazade commence un récit, puis s’interrompt à l’aube au moment où le suspense est le plus fort. Le roi, qui veut connaître la fin, reporte son exécution. Le même procédé se répète nuit après nuit. Dans le texte, chaque nuit s’achève par une formule indiquant que le matin surprend Shéhérazade et qu’elle se tait.

Les versions ne se terminent pas toutes de la même manière. Dans les versions égyptiennes tardives, après mille et une nuits, Shéhérazade présente au roi les enfants qu’elle a eus avec lui et lui demande de lui laisser la vie. Transformé par ses histoires, il lui accorde son pardon et en fait sa reine. Le plus ancien manuscrit d’une certaine ampleur s’interrompt bien avant cette fin : nous ignorons donc comment se terminaient les premières versions arabes. Le récit-cadre fait de l’art de raconter une question de vie ou de mort et laisse entendre que les histoires peuvent apaiser la violence et enseigner la sagesse.

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Facile

Quels contes trouve-t-on dans le recueil ?

Au début du recueil figure une série de récits dans lesquels des personnages sauvent une vie en racontant une histoire plus merveilleuse que la précédente. Dans Le Marchand et le Génie, trois vieillards racontent chacun une histoire pour obtenir d’un génie vengeur qu’il épargne une partie de la vie du marchand. Dans Le Pêcheur et le Génie, un pauvre pêcheur libère d’une jarre scellée un immense djinn, un être créé d’un feu sans fumée selon la croyance islamique, puis doit se montrer plus rusé que lui. Ce conte mène à d’autres récits, notamment ceux d’un prince ensorcelé et d’un roi et de son médecin.

Le Portefaix et les Trois Dames de Bagdad réunit un portefaix, trois sœurs, trois derviches errants borgnes et le calife déguisé. Chacun a une histoire à raconter. Le cycle du Bossu commence lorsqu’un bouffon s’étouffe et meurt : chaque personne qui se croit responsable de sa mort raconte ce qui lui est arrivé. Le Conte des trois pommes, dans lequel le calife ordonne à son vizir Jaafar d’élucider un meurtre, est parfois considéré comme l’un des premiers récits policiers.

Parmi les autres contes célèbres figurent l’histoire d’amour de Qamar al-Zamân et de la princesse Boudour, Le Cheval d’ébène (un cheval mécanique volant), La Ville de cuivre, l’histoire de l’esclave savante Tawaddud, qui l’emporte sur des érudits dans un débat, et les sept voyages de Sindbad le Marin, qui circulaient séparément avant d’être intégrés à des versions tardives. Aladin et Ali Baba et les Quarante Voleurs, aujourd’hui parmi les contes les plus célèbres, ont paru pour la première fois en français au début du XVIIIe siècle, comme l’explique une section plus loin.

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Contexte historique : de la Perse sassanide à Bagdad sous les Abbassides, puis au Caire sous les Mamelouks

Le récit-cadre est probablement passé en arabe à partir d’un recueil en moyen perse, ou pehlevi, appelé Hazār Afsān, « Mille contes », qui circulait dans l’Empire sassanide (224–651) ou dans le monde culturel issu de cet empire. Des écrivains arabes du Xe siècle indiquent qu’il fut traduit en arabe et nomment sa conteuse, Shīrāzād, ainsi que sa sœur, Dīnāzād. Certains chercheurs voient une influence indienne dans la technique des récits emboîtés, également caractéristique de recueils sanskrits comme le Pañcatantra. Celui-ci était lui-même parvenu en arabe par l’intermédiaire du persan, sous le titre Kalīla wa-Dimna, au VIIIe siècle.

Après que le califat abbasside eut fait de Bagdad sa capitale en 762, la ville devint l’une des plus grandes du monde et un centre de traduction, de savoir et de commerce reliant la Méditerranée, l’Iran, l’Inde et la Chine. L’arrivée de la fabrication du papier dans le monde islamique au VIIIe siècle rendit les livres moins coûteux ; une culture florissante de libraires et de conteurs populaires se développa. Le règne de Hâroun al-Rachid (786–809) devint plus tard un âge d’or légendaire. Dans les Nuits, le calife parcourt de nuit les rues sous un déguisement, accompagné de son vizir Jaafar et de son exécuteur Masrour.

Une grande partie du recueil tel que nous le connaissons prit forme plus tard, en Syrie et en Égypte, sous les sultanats ayyoubide et surtout mamelouk (1250–1517). Le Caire, alors la plus grande ville du monde arabe, sert de décor à de nombreux contes peuplés de marchands, de marchés, de chefs de police et de mystiques soufis. De nouvelles couches s’ajoutèrent sous la domination ottomane. Les manuscrits égyptiens à l’origine des éditions imprimées les plus complètes furent assemblés au XVIIIe siècle.

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Intermédiaire

Grands thèmes et procédés narratifs

Le procédé le plus célèbre des Nuits est l’emboîtement : des récits s’insèrent les uns dans les autres, parfois sur plusieurs niveaux, comme des boîtes gigognes. Un personnage raconte une histoire dans laquelle un autre personnage en raconte une à son tour, et ainsi de suite. Cet emboîtement crée du suspense, puisque chaque récit en interrompt un autre, et relie souvent les contes par leurs thèmes : les récits intérieurs éclairent la situation de celui qui raconte et de celui qui écoute. La situation de Shéhérazade, qui raconte pour survivre, se retrouve chez d’autres personnages qui racontent pour sauver une vie.

Beaucoup de contes mettent en jeu le destin et la providence. Les personnages connaissent d’étonnants revers de fortune, et les récits rappellent souvent que ce que Dieu a écrit doit arriver. Pourtant, l’intelligence, la générosité et le courage sont récompensés. La justice et le bon gouvernement reviennent aussi régulièrement : des rois apprennent de leurs erreurs et le calife déguisé découvre la vie des gens ordinaires. Les contes explorent également le désir, la confiance et la tromperie entre les hommes et les femmes, souvent d’une manière qui fait écho au récit-cadre.

Les Nuits mêlent prose et poésie : dans les moments de vive émotion, les personnages se mettent à parler en vers, et le texte cite ou imite des poèmes arabes classiques. La langue relève généralement de l’« arabe moyen », une forme écrite qui mêle grammaire classique et traits de la langue parlée. C’est l’une des raisons pour lesquelles les élites littéraires médiévales méprisaient souvent le recueil, qu’elles voyaient comme un divertissement populaire. Son univers associe le merveilleux (ʿajīb) — djinns, magie et pays prodigieux — à des scènes réalistes de commerce urbain et de vie quotidienne.

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Intermédiaire

Galland, Hanna Diyab et les « contes orphelins »

Les Nuits arrivèrent en Europe grâce à l’érudit français Antoine Galland, qui publia Les Mille et une nuits en douze volumes entre 1704 et 1717. Sa principale source était un manuscrit arabe syrien en trois volumes, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France, qui s’interrompt au cours de la 282e nuit. Galland adapta les contes au goût français, atténuant les passages érotiques et ajoutant des explications. Sa version connut un succès immédiat et fut bientôt traduite en anglais et dans d’autres langues.

Lorsqu’il eut épuisé son manuscrit, Galland ajouta des récits provenant d’autres sources, notamment les voyages de Sindbad. En 1709, il rencontra Hanna Diyab, un jeune chrétien maronite d’Alep en visite à Paris, et nota des résumés des histoires que Diyab lui racontait oralement. À partir de celles-ci, Galland rédigea notamment Aladin ou la Lampe merveilleuse et Ali Baba et les Quarante Voleurs. Comme on ne connaît aucun manuscrit arabe de ces contes antérieur à leur publication par Galland, on les appelle les « contes orphelins ». Il a été établi que les manuscrits arabes d’Aladin apparus plus tard ont été produits après la version française de Galland, probablement sous son influence.

Le rôle de Diyab a longtemps été négligé. Il est aujourd’hui reconnu comme un conteur important à part entière, et son récit de voyage, conservé à la Bibliothèque vaticane, a été publié. Les contes orphelins montrent comment les Nuits sont devenues une création collective issue de plusieurs cultures, façonnée aussi bien dans le Paris du XVIIIe siècle que dans la Bagdad ou le Caire du Moyen Âge.

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Intermédiaire

Manuscrits, éditions imprimées et traductions

La popularité de la version de Galland suscita en Europe une demande de textes arabes « complets », à laquelle répondirent collectionneurs et copistes. Les chercheurs distinguent une branche syrienne de manuscrits, à laquelle appartient celui de Galland, plus courte et plus ancienne, et une branche égyptienne, beaucoup plus longue, qui atteint mille et une nuits. La recension égyptienne tardive identifiée par l’érudit français Hermann Zotenberg dans les années 1880, souvent appelée ZER, pour « recension égyptienne de Zotenberg », fut probablement compilée au XVIIIe siècle, en partie pour compléter le nombre de nuits.

Quatre éditions arabes imprimées au XIXe siècle sont devenues des références : Calcutta I (1814–1818, incomplète), Breslau (1825–1843, un texte composite établi par Maximilian Habicht et Heinrich Fleischer), Boulaq au Caire (1835) et Calcutta II (1839–1842, éditée par W. H. Macnaghten). Les éditions de Boulaq et de Calcutta II suivent la recension égyptienne et servent de base à la plupart des traductions intégrales.

Parmi les traductions importantes figurent la version anglaise annotée d’Edward William Lane (1838–1841), celle de John Payne (1882–1884), la version en dix volumes de Richard Francis Burton, accompagnée de notes abondantes et souvent sensationnalistes (1885, avec des volumes supplémentaires jusqu’en 1888), et l’adaptation française libre de Joseph-Charles Mardrus (1898–1904). En 1984, Muhsin Mahdi publia une édition critique de la tradition manuscrite utilisée par Galland, traduite en anglais par Husain Haddawy (1990). Malcolm C. Lyons, avec Ursula Lyons, publia la première traduction anglaise intégrale du texte de Calcutta II depuis Burton (2008).

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Intermédiaire

Influence et héritage dans le monde

Peu de livres ont été aussi souvent adaptés. Dans l’Europe des XVIIIe et XIXe siècles, les Nuits inspirèrent une vogue des « contes orientaux » et influencèrent des écrivains allant de Voltaire et Goethe à Coleridge, Dickens et Stevenson. La suite symphonique Shéhérazade de Nikolaï Rimski-Korsakov (1888) et le cycle de mélodies Shéhérazade de Ravel (1903) les mirent en musique. Leurs adaptations cinématographiques vont du cinéma muet à Il fiore delle mille e una notte de Pier Paolo Pasolini (1974) et à Aladdin de Disney (1992).

Dans le monde arabe, les élites littéraires ont longtemps considéré les Nuits comme un divertissement populaire plutôt que comme une œuvre littéraire sérieuse, mais des écrivains arabes modernes les ont réinvesties. Tawfiq al-Hakim a écrit la pièce Shéhérazade (1934), et Naguib Mahfouz, lauréat du prix Nobel en 1988, a écrit Nuits des mille et une nuits (1979), une suite située dans l’univers des contes. Des écrivains issus de nombreuses autres traditions ont puisé dans le recueil, notamment Jorge Luis Borges, dont l’essai « Les traducteurs des Mille et Une Nuits » (1935) est célèbre, Italo Calvino et Salman Rushdie.

Les Nuits ont également façonné la manière dont les Européens imaginaient le Moyen-Orient, parfois comme une terre de magie, de luxe et de cruauté. L’orientalisme d’Edward Said (1978) a incité les chercheurs à étudier comment des traductions comme celle de Burton projetaient des fantasmes occidentaux sur les sociétés arabes et musulmanes. Aujourd’hui, chercheurs et artistes cherchent à lire les contes à la fois comme un véritable produit de la culture littéraire arabe et comme un texte mondial, recréé dans chaque lieu où il est arrivé.

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Avancé

Débats entre chercheurs : les origines, le « texte original » et les limites du recueil

Les chercheurs s’accordent dans l’ensemble à dire que le récit-cadre vient du Hazār Afsān persan et que le recueil a pris une forme arabe en Irak au IXe ou au Xe siècle. Au-delà, de nombreuses incertitudes demeurent. Quelle part du livre persan a survécu en arabe ? Quelles histoires appartenaient aux premières Nuits arabes ? Cette version était-elle un texte écrit destiné à une élite, ou se rapprochait-elle davantage d’une représentation orale ? Ces questions font débat. Le bibliographe du Xe siècle Ibn al-Nadim rapporte avoir vu plusieurs fois le livre complet, qu’il jugeait médiocre et grossier. Il ajoute que, malgré son titre, il ne contenait qu’environ deux cents contes.

Un débat central porte sur l’idée de Nuits « originales » ou « authentiques ». Muhsin Mahdi soutenait que le manuscrit utilisé par Galland représente la forme la plus ancienne que l’on puisse reconstituer pour un noyau du recueil, et que les textes égyptiens plus tardifs ont été étoffés de récits sans lien avec ce noyau, notamment pour atteindre littéralement mille et une nuits. Son édition contient donc beaucoup moins d’histoires que les éditions imprimées familières. D’autres chercheurs répondent que les Nuits ont toujours été ouvertes à de nouveaux récits et que les versions tardives, plus longues, constituent une étape tout aussi légitime de leur histoire. Ce sont d’ailleurs celles que la plupart des lecteurs arabes ont connues.

La datation du manuscrit de Galland a elle-même été révisée. Mahdi le situait au XIVe siècle ; des recherches ultérieures sur son papier, son écriture et ses références internes indiquent le XVe siècle ou une date plus tardive. Les débats se poursuivent aussi sur la place des contes orphelins — Aladin et Ali Baba appartiennent-ils seulement aux « Nuits » ? —, sur l’importance relative des apports indiens, persans et arabes, et sur l’interprétation du récit-cadre : est-il misogyne, critique-t-il la tyrannie masculine ou célèbre-t-il l’intelligence et l’éloquence d’une femme ?

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Avancé

Sources primaires et témoignages

Le plus ancien témoignage matériel est un fragment de papier publié par la papyrologue Nabia Abbott en 1949. Il conserve le titre « Livre du conte des mille nuits » et les premières lignes du récit-cadre, dans lesquelles Dīnāzād demande une histoire à Shīrāzād. Abbott l’a daté du IXe siècle. Des notes ajoutées plus tard sur la feuille semblent porter une date correspondant à l’année 879 de notre ère (266 de l’hégire), ce qui laisse penser que le livre existait en arabe dès le début de l’époque abbasside.

Des références littéraires complètent ce tableau. L’historien al-Masʿūdī (mort en 956), dans ses Prairies d’or (vers 947), mentionne le Hazār Afsān comme un livre traduit du persan. Il précise que sa version arabe s’appelait Alf khurāfa (« Mille contes »), mais qu’elle était généralement connue sous le nom d’Alf layla (« Mille nuits »). Le Fihrist d’Ibn al-Nadim (vers 987–988), catalogue des livres connus à Bagdad, décrit en détail le récit-cadre. La première attestation du titre complet « Les Mille et Une Nuits » apparaît au Caire au XIIe siècle, dans une note provenant des archives d’un libraire ou prêteur de livres juif, conservée dans la gueniza du Caire, un dépôt de documents mis au rebut.

Viennent ensuite les manuscrits : le manuscrit syrien utilisé par Galland, daté selon les chercheurs d’une période allant du XIVe au XVIe siècle, d’autres manuscrits syriens et égyptiens des XVIe au XIXe siècles, puis les éditions imprimées du XIXe siècle. Des histoires particulières subsistent aussi dans des manuscrits séparés et dans d’autres recueils, ce qui permet aux chercheurs de suivre leur entrée dans les Nuits et leur circulation hors du recueil.

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Avancé

Notes de méthode : lire un texte sans forme fixe

Comme les Nuits n’ont pas de texte fixe, les lecteurs doivent toujours se demander quelle version ils lisent. L’édition de Mahdi et la traduction de Haddawy représentent le noyau syrien ; Lyons, Burton et Lane traduisent les textes égyptiens de Calcutta II ou de Boulaq ; Galland et Mardrus proposent des adaptations libres. Les anthologies pour enfants mêlent ces différentes versions à des récits réécrits. Les affirmations sur les « Nuits » dans leur ensemble — combien elles contiennent d’histoires, comment elles se terminent, si elles comprennent Aladin — dépendent de la version choisie.

Les chercheurs utilisent de plus en plus les outils de l’étude du folklore, notamment des répertoires de types de contes qui classent les intrigues récurrentes, parallèlement à l’étude des manuscrits et à l’histoire sociale. Des ouvrages de référence comme The Arabian Nights Encyclopedia (2004), d’Ulrich Marzolph et Richard van Leeuwen, répertorient les histoires, leurs sources et leur postérité. L’étude des pratiques matérielles — libraires, bibliothèques de prêt et conteurs des cafés — aide à comprendre qui lisait ou écoutait réellement ces récits.

Enfin, l’histoire des Nuits illustre les échanges culturels et les rapports de pouvoir. Les traducteurs européens ont à la fois préservé et déformé les contes, et certains stéréotypes « orientaux » sur le monde arabe se sont répandus par leur intermédiaire. Une lecture équilibrée reconnaît dans les Nuits un monument de la littérature arabe, un carrefour des traditions narratives persanes, indiennes et méditerranéennes, ainsi qu’un texte qui continue d’être réécrit dans le monde entier.

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Idées clés

Récit-cadre
Une histoire qui contient et relie d’autres histoires. Les récits que Shéhérazade raconte au roi assurent l’unité du recueil.
Emboîtement
Des histoires insérées dans d’autres histoires, parfois sur plusieurs niveaux, si bien que chaque récit peut éclairer celui qui l’entoure.
Raconter pour survivre
Shéhérazade et d’autres personnages racontent des histoires pour sauver une vie : le récit devient une force capable d’apaiser la violence et de faire changer les esprits.
Destin et providence
Les brusques revers de fortune montrent un monde guidé par le destin, dans lequel l’intelligence, la générosité et la foi sont néanmoins récompensées.
Le merveilleux (ʿajīb)
Des prodiges — djinns, objets magiques et pays étranges — qui suscitent l’émerveillement et côtoient des scènes urbaines réalistes.
Recueil ouvert
Les Nuits n’avaient pas de contenu fixe : compilateurs et traducteurs ont ajouté et retiré des contes pendant des siècles.
Contes orphelins
Des histoires comme Aladin et Ali Baba, entrées dans les Nuits par la version française de Galland et dont on ne connaît aucun manuscrit arabe antérieur.

Notices

  1. v. 500 apr. J.-C. — Le recueil persan Hazār Afsān (« Mille contes ») circule dans le monde sassanide (date incertaine).
  2. 762 apr. J.-C. — Le calife abbasside al-Mansour fonde Bagdad, qui deviendra plus tard le décor légendaire de nombreux contes.
  3. v. 879 apr. J.-C. — Date inscrite sur le plus ancien fragment arabe conservé, intitulé « Livre du conte des mille nuits » (IXe siècle).
  4. v. 947 apr. J.-C. — Al-Masʿūdī mentionne dans ses Prairies d’or le Hazār Afsān, traduit du persan.
  5. v. 987 apr. J.-C. — Le Fihrist d’Ibn al-Nadim décrit le récit-cadre et l’origine persane du livre.
  6. v. 1150 — Un document de la gueniza du Caire mentionne le titre « Les Mille et Une Nuits » (XIIe siècle).
  7. v. 1450 — Le manuscrit syrien qu’utilisera plus tard Galland est copié (XVe siècle ou plus tard ; datation débattue).
  8. 1704 — Antoine Galland commence à publier Les Mille et une nuits en français (douze volumes, jusqu’en 1717).
  9. 1709 — À Paris, Hanna Diyab raconte des histoires à Galland, notamment Aladin et Ali Baba.
  10. 1835 — L’édition de Boulaq est imprimée au Caire ; elle devient un texte arabe de référence pour la recension égyptienne.
  11. 1885 — La traduction anglaise de Richard Francis Burton commence à paraître.
  12. 1984 — Muhsin Mahdi publie son édition critique fondée sur le manuscrit utilisé par Galland.

Glossaire

Djinn (pluriel : djinns)
Dans la croyance islamique, être créé d’un feu sans fumée, capable de faire le bien ou le mal ; il est à l’origine du génie des contes.
Vizir
Premier ministre au service d’un calife, d’un sultan ou d’un roi ; Shéhérazade est la fille d’un vizir.
Calife
Titre porté par des souverains qui affirmaient diriger la communauté musulmane en tant que successeurs du prophète Mahomet, comme Hâroun al-Rachid.
Hazār Afsān
« Mille contes », recueil disparu d’histoires en moyen perse considéré comme la source du récit-cadre.
Arabe moyen
Forme écrite de l’arabe qui associe la grammaire classique à des traits des dialectes parlés et que l’on trouve souvent dans les textes populaires.
Recension
Version distincte d’un texte, commune à un groupe de manuscrits, comme les branches syrienne et égyptienne des Nuits.
ZER
« Recension égyptienne de Zotenberg » : version égyptienne tardive et longue sur laquelle reposent les éditions de Boulaq et de Calcutta II.
Gueniza du Caire
Dépôt d’une synagogue du Caire où ont été conservés des centaines de milliers de documents médiévaux.
Orientalisme
Manière occidentale d’imaginer et de représenter « l’Orient », analysée de façon critique par Edward Said en 1978.

Questions et réponses

Qui a écrit Les Mille et Une Nuits ?

Personne à lui seul. Le recueil s’est développé pendant des siècles à partir de récits persans, indiens et arabes, façonnés par des conteurs, copistes et compilateurs anonymes, puis par des traducteurs comme Antoine Galland.

Y a-t-il vraiment 1 001 histoires ?

Non. Le titre désigne le nombre de nuits pendant lesquelles Shéhérazade raconte des histoires, et « mille et une » suggère aussi un nombre incalculable. Les versions arabes les plus longues contiennent quelques centaines de contes répartis sur 1 001 nuits ; le plus ancien manuscrit en contient beaucoup moins et s’arrête à la 282e nuit.

Aladin fait-il vraiment partie des Mille et Une Nuits ?

Aladin a été ajouté par Antoine Galland dans sa version française, à partir d’une histoire que lui raconta en 1709 Hanna Diyab, un conteur originaire d’Alep. On ne connaît aucun manuscrit arabe plus ancien de ce récit ; les chercheurs le qualifient donc de « conte orphelin ». Il fait partie de l’histoire des Nuits, mais pas du recueil arabe médiéval.

Comment se termine l’histoire de Shéhérazade ?

Dans les versions égyptiennes largement imprimées, après 1 001 nuits, Shéhérazade présente au roi leurs enfants et lui demande grâce. Transformé par ses récits, le roi l’épargne et ils vivent ensemble comme roi et reine. Les manuscrits plus anciens s’interrompent avant cette fin.

D’où viennent les histoires ?

Le récit-cadre vient probablement du recueil persan disparu Hazār Afsān. Certains procédés et contes ont des équivalents indiens ; beaucoup d’histoires ont été créées à Bagdad, à Damas et au Caire ; quelques-unes ont été ajoutées dans la France du XVIIIe siècle.

Quel est le plus ancien témoignage des Nuits ?

Un fragment de papier du IXe siècle, publié par Nabia Abbott en 1949, qui porte le titre « Livre du conte des mille nuits » et le début du récit-cadre. S’y ajoutent des références du Xe siècle chez al-Masʿūdī et Ibn al-Nadim.

Quelle est la meilleure traduction ?

Tout dépend de ce que l’on cherche : la traduction par Husain Haddawy de l’édition de Mahdi donne accès au noyau le plus ancien ; la traduction anglaise intégrale de Malcolm et Ursula Lyons publiée chez Penguin (2008) donne le texte égyptien complet ; celle de Burton est importante pour l’histoire du recueil, mais sa langue est archaïque et elle est fortement marquée par les idées de l’époque victorienne.

Sources et lectures complémentaires

  1. One Thousand and One Nights. Wikipedia
  2. Scheherazade. Wikipedia
  3. Hazar Afsan. Wikipedia
  4. List of stories within One Thousand and One Nights. Wikipedia
  5. Antoine Galland. Wikipedia
  6. Hanna Diyab. Wikipedia
  7. Muhsin Mahdi. Wikipedia
  8. Sinbad the Sailor. Wikipedia
  9. Robert Irwin, The Arabian Nights: A Companion. Allen Lane, 1994
  10. Ulrich Marzolph and Richard van Leeuwen, The Arabian Nights Encyclopedia. ABC-CLIO, 2004

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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