Commencez en haut pour une introduction simple. Descendez pour découvrir plus de détails et de travaux de recherche.
- Facile
- Intermédiaire
- Avancé
Pour les jeunes lecteurs
Il y a environ 400 ans, sur les terres de l’actuel Angola, en Afrique australe, vivait une princesse nommée Njinga. Son père était le roi du Ndongo. Il lui avait appris à se battre à la hache de guerre et la laissait assister aux réunions importantes, si bien qu’elle apprit comment gouverner.
À cette époque, des soldats et des marchands portugais avaient construit des forts sur les terres du Ndongo et capturaient des gens pour les vendre comme esclaves de l’autre côté de l’océan. Quand le frère de Njinga devint roi, il l’envoya discuter avec le gouverneur portugais dans la ville de Luanda.
Une histoire célèbre raconte qu’à son arrivée, les Portugais avaient des chaises pour eux-mêmes, mais seulement une natte posée sur le sol pour elle. Plutôt que de s’asseoir plus bas que le gouverneur, elle fit s’agenouiller l’une de ses servantes pour s’asseoir sur son dos et parler au gouverneur d’égal à égal. Que chaque détail soit vrai ou non, cette histoire montre à quel point elle était fière et habile.
Plus tard, Njinga devint elle-même souveraine. Quand les Portugais attaquèrent, elle se déplaça vers l’est, se fit de nouveaux amis et de nouveaux ennemis, s’empara d’un autre royaume appelé Matamba, et combattit pendant de longues années. Elle s’allia même à des soldats néerlandais contre les Portugais.
Njinga était un personnage complexe. Courageuse et très intelligente, elle pouvait aussi se montrer impitoyable, et son royaume, comme ses ennemis, vendait des captifs dans le commerce des esclaves. Aujourd’hui, de nombreux Angolais l’appellent la « Mère de l’Angola », et une statue d’elle se dresse dans la capitale, Luanda.
En bref
- Dates
- vers 1583 – 17 décembre 1663
- Règne
- Ndongo à partir de 1624 et Matamba à partir de 1631, jusqu’à sa mort en 1663
- Lieu
- Les hauts plateaux mbundu (ambundu) de l’actuel nord de l’Angola ; parmi ses capitales, Kabasa au Ndongo puis la ville de Matamba
- Peuple et langue
- Mbundu ; langue kimbundu. Elle savait aussi lire et écrire le portugais
- Noms
- Njinga Mbandi, Nzinga, Ginga ou Jinga ; titre royal Ngola (à l’origine du nom « Angola ») ; nom chrétien Ana de Sousa après son baptême à Luanda en 1622
- Principaux adversaires
- La colonie portugaise d’Angola et ses alliés africains, dont le roi fantoche Ngola Hari ; parfois le chef imbangala Kasanje et le royaume du Kongo
- Principaux alliés
- Les bandes de guerriers imbangala (à partir d’environ 1629–1631) et la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, qui tint Luanda de 1641 à 1648
- Traces écrites
- Une douzaine de ses propres lettres ont survécu, ainsi que la correspondance de gouverneurs portugais et les récits de missionnaires capucins qui vécurent à sa cour
Facile
Qui était Nzinga ?
Nzinga, dont le nom s’écrit aussi Njinga, fut reine de deux royaumes voisins d’Afrique centre-occidentale : le Ndongo et le Matamba, dans la région qui forme aujourd’hui le nord de l’Angola. Elle naquit vers 1583 dans la famille royale du Ndongo et mourut en 1663, à environ quatre-vingts ans, après avoir régné pendant près de quarante ans.
Elle vécut une époque dangereuse. Les Portugais étaient arrivés sur la côte en 1575, avaient fondé la ville de Luanda, et progressaient à l’intérieur des terres avec des soldats, des forts et des marchands d’esclaves. Une grande partie de la vie de Nzinga fut une lutte pour les empêcher de s’emparer des terres de son peuple. Elle s’y employa de multiples façons : par la négociation, par la guerre, en changeant de religion, en se mariant pour sceller des alliances et en déplaçant son royaume quand elle y était contrainte.
Aujourd’hui, Nzinga est l’une des souveraines les plus célèbres de l’histoire africaine. En Angola, elle est honorée comme un symbole de résistance au colonialisme. Les historiens soulignent aussi qu’elle fut une dirigeante complexe, à l’image de son temps, qui prit part au commerce des esclaves et usa de la force contre ses rivaux, et ils s’efforcent de la comprendre sans en faire ni une héroïne pure ni une figure de méchante.
Facile
Une princesse formée à régner
Le père de Nzinga devint roi (ngola) du Ndongo alors qu’elle avait environ dix ans. Sa mère, Kengela ka Nkombe, était l’une des épouses réduites en esclavage du roi. La tradition raconte que Nzinga naquit avec le cordon ombilical enroulé autour du cou, et que son nom vient du verbe kimbundu kujinga, « tordre » ou « tourner ». On croyait que les enfants ayant survécu à une naissance difficile possédaient des dons spirituels particuliers.
Comme on ne s’attendait pas à ce qu’elle hérite du trône, son père pouvait la favoriser sans contrarier les héritiers masculins. Elle s’entraîna comme guerrière, apprenant à manier la hache de guerre, l’arme traditionnelle des combattants du Ndongo. Elle assista aussi à des conseils sur le droit et la guerre, ainsi qu’à d’importants rituels. Des missionnaires portugais lui apprirent à lire et à écrire le portugais, une compétence qui fit plus tard d’elle une diplomate précieuse.
Elle avait un frère, Mbandi, qui était l’héritier, et deux sœurs, Kambu et Funji, qui restèrent plus tard à ses côtés dans la guerre comme dans la captivité. Ces liens familiaux marquèrent profondément sa vie, tant par la loyauté que par de féroces rivalités.
Facile
Le Ndongo, les Portugais et le commerce des esclaves
Le Ndongo était un royaume du peuple mbundu, dont la capitale, Kabasa, était une grande ville des hauts plateaux. Ses rois portaient le titre de ngola, que les Portugais reprirent pour nommer leur colonie « Angola ». Au nord se trouvait le puissant royaume chrétien du Kongo, et à l’est le Matamba, un royaume que des femmes avaient parfois gouverné.
À partir de 1575, les Portugais, installés à Luanda, menèrent une longue série de guerres contre le Ndongo. Ils incendièrent des villages, bâtirent des forts à l’intérieur du territoire du Ndongo et capturèrent un très grand nombre de personnes, dont beaucoup furent transportées à travers l’Atlantique vers le Brésil et l’Amérique espagnole comme esclaves. Le Ndongo remporta une victoire majeure à la bataille du Lukala en 1590, mais perdit beaucoup de terres, et de nombreux seigneurs locaux, appelés sobas, cessèrent de payer tribut au roi.
Au début du XVIIe siècle apparut une nouvelle force : les Imbangala, des bandes de guerriers hautement militarisées dont les membres étaient recrutés par initiation plutôt que par naissance. Redoutés pour leur férocité, ils furent en partie engagés comme mercenaires par les Portugais. En 1618, des forces portugaises et imbangala mirent à sac la capitale du Ndongo. C’est dans cette crise que Nzinga fit son entrée.
Intermédiaire
L’ambassade à Luanda (1621–1622)
À la mort de son père en 1617, son frère Mbandi devint roi. Il fit tuer des prétendants rivaux et, selon les sources, fit tuer le jeune fils de Nzinga et fit stériliser de force Nzinga et ses sœurs. Nzinga semble avoir quitté la cour pendant un temps. Pourtant, en 1621, sous la pression portugaise, Mbandi lui demanda d’être son ambassadrice auprès du gouverneur portugais, João Correia de Sousa, à Luanda. Elle accepta à condition de pouvoir négocier avec pleins pouvoirs.
À Luanda, elle porta délibérément la parure fastueuse du Ndongo, plumes et bijoux, plutôt que des vêtements européens, pour montrer que sa culture n’était pas inférieure. La célèbre histoire de la chaise appartient à cette visite : ne trouvant qu’une natte pour elle alors que les Portugais étaient assis sur des chaises, elle fit s’agenouiller une servante pour en faire un siège, afin de pouvoir parler au gouverneur d’égal à égal. Cette histoire provient de récits ultérieurs et a pu s’enrichir en se transmettant, mais elle traduit bien la portée politique de la rencontre.
Sa position de négociation était ferme. Elle offrit la paix, l’accès aux marchands et le retour des esclaves fugitifs qui avaient rejoint l’armée du Ndongo, mais exigea que les Portugais retirent leurs forts du Ndongo et refusa de payer tribut, arguant que seuls les peuples conquis payaient tribut. Pour montrer sa bonne volonté, elle se fit baptiser publiquement, prenant le nom d’Ana de Sousa d’après ses parrain et marraine, le gouverneur et son épouse. Un traité fut conclu, et elle retourna à Kabasa en 1622.
La paix ne dura pas. Les Portugais ne se retirèrent pas de leurs forts et continuèrent à razzier des captifs, tandis que des groupes imbangala attaquaient le Ndongo. Mbandi sombra dans la dépression et confia de plus en plus ses fonctions à sa sœur.
Intermédiaire
Devenir reine et perdre le Ndongo (1624–1628)
Mbandi mourut en 1624 dans des circonstances peu claires ; certains parlèrent de suicide, d’autres d’empoisonnement. Nzinga s’empressa de prendre le pouvoir. Ses partisans s’emparèrent des objets rituels royaux, elle prit le titre de ngola, et elle élimina ses opposants. Les sources racontent qu’elle épousa le chef imbangala qui gardait son jeune neveu, un héritier rival, avant de faire tuer l’enfant.
Sa prétention fut vivement contestée. Certains nobles soutenaient que ni elle ni son frère n’avaient de droit légitime à régner, car leur mère était une épouse réduite en esclavage, et qu’une femme ne pouvait tout simplement pas être ngola. Les Portugais exploitèrent ces divisions. Ils exigèrent qu’elle devienne vassale du Portugal et paie tribut, ce qu’elle refusa, et ils encouragèrent les sobas à changer d’allégeance. Nzinga, de son côté, envoya des agents pour persuader les esclaves des terres tenues par les Portugais de s’enfuir et de la rejoindre.
En 1626, les Portugais déclarèrent la guerre et reconnurent un rival, d’abord Hari a Kiluanje puis Ngola Hari, comme roi du Ndongo. Les forces de Nzinga furent défaites au cours d’une série de batailles. Son offre, en 1627, de devenir vassale portugaise en échange de sa reconnaissance fut rejetée, et son ambassadeur fut exécuté. Dans une embuscade, ses deux sœurs furent capturées. À la fin de 1628, il ne lui restait qu’une petite troupe et elle avait été chassée de son royaume.
Intermédiaire
L’alliance avec les Imbangala et la conquête du Matamba
En exil, Nzinga fit un choix surprenant. Le chef imbangala Kasanje, un ancien ennemi, lui proposa une alliance. Elle l’accepta, l’épousa et fut initiée à la société imbangala, adoptant nombre de ses rites et de son organisation militaire tout en conservant son identité mbundu. L’historienne Linda Heywood a soutenu que son génie consista à combiner les traditions royales mbundu avec le système militaire imbangala pour créer une armée nouvelle et efficace. Elle accueillit des esclaves en fuite et des exilés du Ndongo, les récompensant par la liberté, des terres et des titres.
Les sources européennes décrivent l’initiation imbangala comme comportant des rituels extrêmes, y compris infanticide et cannibalisme, et certaines affirment que Nzinga y prit part. Ces récits proviennent en grande partie d’observateurs extérieurs, hostiles ou animés d’intentions propres, et les historiens ne s’accordent pas sur le degré de littéralité à leur accorder. Ce qui est certain, c’est que rejoindre les Imbangala offrit à Nzinga une communauté militaire puissante et fondée sur le mérite, indépendante des arguments de lignage utilisés contre elle au Ndongo.
Entre 1631 et 1635, elle envahit le royaume voisin du Matamba, captura sa reine, Mwongo Matamba, et fit du Matamba sa base. Parce que le Matamba avait une tradition de souveraines, il lui offrait un fondement plus sûr que le Ndongo. Elle y installa ses partisans et exploita la position de la région sur les routes commerciales vers l’intérieur pour prendre le contrôle du commerce des esclaves, utilisant les profits pour financer ses guerres.
Pendant ces années de guerre, elle endossa le rôle d’un souverain masculin, prenant des titres et des habits d’homme, entretenant une garde féminine et exigeant que ses concubins masculins s’habillent en femmes. Les historiens y voient une stratégie politique délibérée dans une société où le pouvoir était associé aux hommes.
Intermédiaire
L’alliance hollandaise et la guerre des années 1640
En août 1641, une flotte de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, alliée au royaume du Kongo, s’empara de Luanda, et les Portugais se replièrent à l’intérieur des terres, dans leur fort de Massangano. Nzinga envoya aussitôt des émissaires aux Hollandais et conclut une alliance, leur offrant du commerce, y compris d’esclaves. Des envoyés et des soldats néerlandais vinrent à sa cour. Elle transféra sa capitale vers l’ouest, à Kavanga, et y bâtit un immense camp de guerre qui, non-combattants compris, aurait compté quelque 80 000 personnes.
Entre 1641 et 1644, elle reconquit de larges portions du Ndongo. Elle vainquit les Portugais à la bataille de Ngoleme en 1644, mais fut défaite à Kavanga en 1646, où ses archives et sa sœur Kambu furent capturées. Les documents révélèrent que son autre sœur captive, Funji, lui envoyait secrètement des informations, et les Portugais l’auraient noyée dans le fleuve Kwanza. En 1647, avec des renforts néerlandais, Nzinga remporta une victoire majeure à la bataille de Kombi et assiégea Massangano.
Elle ne put toutefois s’emparer de la forteresse, faute d’artillerie. En août 1648, une expédition portugaise venue du Brésil, sous les ordres de Salvador Correia de Sá, reprit Luanda, et les Hollandais acceptèrent de quitter l’Angola. Nzinga se replia sur le Matamba. Dès lors, elle se concentra sur la défense du Matamba et sur l’endiguement de l’expansion portugaise vers l’intérieur, plutôt que sur la reconquête du Ndongo.
Intermédiaire
Christianisme, paix et dernières années
Dans les années 1640 et 1650, Nzinga se tourna de plus en plus vers le christianisme. Des missionnaires capucins italiens et espagnols, moins liés au gouvernement colonial portugais que ne l’avaient été les jésuites et les curés de paroisse, vinrent à sa cour ; l’un d’eux, Calisto Zelotes, devint son secrétaire. Elle s’en servit comme intermédiaires auprès de Rome et reçut en 1661 une lettre du pape Alexandre VII. Elle fit construire des églises et plaça des croix dans sa cour. Elle réprima aussi les opposants à sa politique religieuse, et certains prêtres traditionnels furent vendus aux Portugais comme esclaves.
Épuisées par des décennies de guerre, Nzinga et les Portugais négocièrent au début des années 1650 et signèrent un traité de paix en 1656. Le fleuve Lucala devint la frontière entre l’Angola portugais et le Matamba, les marchands portugais furent autorisés à entrer au Matamba, et un marché d’esclaves fut concentré dans sa capitale, lui donnant de fait un monopole. Les missionnaires purent résider dans son royaume. Une clause exigeant un tribut fut proposée mais jamais ratifiée. Sa sœur Kambu, connue sous le nom de Dona Barbara, fut libérée et lui revint.
Dans ses dernières années, Nzinga s’employa à reconstruire le Matamba et à assurer sa succession. Elle réinstalla des personnes affranchies, autorisa les femmes du camp de guerre à avoir des enfants, ce que la coutume imbangala interdisait, réforma les lois, abolit le concubinage et épousa son partenaire favori lors d’une cérémonie chrétienne. Elle désigna Kambu comme son héritière. Nzinga mourut le 17 décembre 1663 et fut enterrée selon des rites à la fois catholiques et mbundu. Kambu lui succéda, et au cours du siècle suivant sa mort, des reines gouvernèrent le Matamba pendant la majeure partie du temps.
Intermédiaire
Mémoire et héritage
Des traditions orales célébrant Nzinga apparurent peu après sa mort. Le Matamba finit par être intégré à l’Angola portugais au XIXe siècle, mais son souvenir survécut. Pendant la guerre d’indépendance de l’Angola (1961–1974), elle devint un puissant symbole de résistance, et elle est restée une héroïne nationale depuis l’indépendance. Une statue d’elle fut érigée sur la place Kinaxixi, à Luanda, en 2002, une grande rue porte son nom, et la Banque nationale d’Angola a émis en 2014 une pièce en son honneur.
Son image a également voyagé à travers le monde atlantique. Des écrivains de la diaspora africaine, comme la poétesse afro-cubaine Georgina Herrera, l’ont revendiquée comme figure d’ancêtre ; l’historien John Thornton a soutenu que sa réputation a contribué à façonner une culture créole atlantique plus large. Elle a été représentée dans des films, dont le film angolais Njinga : Reine d’Angola (2013), dans des docu-fictions et dans des jeux vidéo. La tradition locale attribue aussi à ses pas des empreintes gravées dans les Rochers noirs de Pungo Andongo, dans la province de Malanje.
Les portraits européens furent très différents. Les auteurs des XVIIIe et XIXe siècles, s’appuyant sur des récits hostiles ou enjolivés, insistèrent sur des histoires de cruauté, de sexualité et de cannibalisme ; le marquis de Sade et G. W. F. Hegel l’ont tous deux utilisée, directement ou non, comme exemple de désordre. Les travaux savants du XXe siècle, en partie stimulés par l’indépendance de l’Angola, ont adopté une approche plus rigoureuse.
Avancé
Les sources et leur fiabilité
Nzinga est l’une des souveraines africaines les mieux documentées du début de l’époque moderne, mais la quasi-totalité de cette documentation a été produite par des étrangers ou par leur intermédiaire. Les matériaux les plus riches comprennent une douzaine de ses propres lettres, publiées pour la plupart dans les Monumenta Missionaria Africana d’António Brásio ; la correspondance du gouverneur Fernão de Sousa, en poste de 1624 à 1631, qui décrivit en détail les débuts de son règne (éditée par Beatrix Heintze) ; la chronique d’António de Oliveira de Cadornega (1680–1681) ; et les œuvres de deux capucins italiens qui vécurent à sa cour à partir de 1658, Antonio Gaeta da Napoli et Giovanni Antonio Cavazzi da Montecuccolo.
Chacune de ces sources a ses biais. Les fonctionnaires portugais écrivaient pour justifier leur politique et leurs guerres. La biographie de Gaeta (1669) célèbre sa conversion comme un triomphe de la providence et la compare aux héroïnes de l’Antiquité. Cavazzi, qui présida ses funérailles, loua son habileté politique mais la décrivit aussi comme une souveraine qui avait ruiné le pays, et avança des affirmations péjoratives, comme sur le cannibalisme, sans en apporter de preuve. Son ouvrage, librement adapté en français par Jean-Baptiste Labat en 1732, devint la source principale des images européennes ultérieures de Nzinga, en amplifiant les éléments sensationnels.
Des récits populaires, comme l’affirmation qu’elle exécutait ses amants après une seule nuit, reposent sur des bases encore plus fragiles ; l’un d’eux vient de la compilation d’Olfert Dapper au XVIIe siècle et n’a aucun appui indépendant. Le célèbre épisode de la chaise, bien que largement cru, est lui aussi connu par des sources narratives tardives. Les historiens lisent donc ces documents à contre-courant, les comparent aux traditions orales mbundu et aux régularités de la culture politique d’Afrique centrale, et traitent les affirmations de violence rituelle avec une prudence particulière.
Avancé
Interprétations : résistance, légitimité et commerce des esclaves
Les travaux modernes ont proposé plusieurs cadres d’analyse. L’article de Joseph C. Miller paru en 1975 dans The Journal of African History mit en avant ses innovations politiques tout en critiquant ses méthodes autocratiques, lisant sa carrière comme une compétition entre institutions politiques mbundu. John Thornton, dans un article de 1991 intitulé « Legitimacy and Political Power », souligna sa longue lutte pour établir sa légitimité en tant que femme et fille d’une mère réduite en esclavage, montrant comment elle puisa, selon ses besoins, dans les précédents du Ndongo, les institutions imbangala et la royauté chrétienne. La biographie de Linda Heywood parue en 2017, Njinga of Angola: Africa’s Warrior Queen, la dépeint comme une grande stratège politique et met en garde contre la tentation d’en faire soit une héroïne populaire, soit une tyranne.
La question du genre est centrale dans ces débats. Nzinga ne renversa pas, de son vivant, l’idée que les souverains du Ndongo devaient être des hommes ; elle adopta plutôt des rôles et des titres masculins quand cela lui était utile, avant de remodeler plus tard sa cour dans un style plus féminin et chrétien. Pourtant, son succès changea les précédents : au cours du siècle suivant sa mort, des reines gouvernèrent le Matamba pendant au moins quatre-vingts des cent quatre années suivantes. Des autrices féministes ont salué son défi au patriarcat tout en notant qu’elle régna comme une élite au-dessus des autres.
La question la plus difficile est celle du commerce des esclaves. Nzinga combattit la conquête portugaise et encouragea parfois des esclaves à s’enfuir des plantations portugaises. Dans le même temps, elle captura, acheta et vendit des personnes, fournit aux Hollandais des milliers de captifs par an et négocia le contrôle du marché des esclaves dans le traité de 1656. Les historiens n’y voient pas de contradiction au regard de la politique du XVIIe siècle : le contrôle de ce commerce était une source de revenu et de pouvoir que recherchait tout État de la région. Mais pour les lecteurs d’aujourd’hui, se souvenir de Nzinga comme d’un symbole de liberté suppose d’affronter honnêtement cette part de son histoire, aux côtés de son véritable accomplissement : avoir préservé un royaume africain indépendant face à un empire européen.
Idées clés
- La diplomatie comme arme
- Nzinga utilisa la négociation, le vêtement, la cérémonie, le baptême et les lettres comme outils de pouvoir, et pas seulement les armées.
- Des alliances changeantes
- Elle s’allia avec d’anciens ennemis comme les Imbangala et avec les Hollandais, changeant de partenaires selon les circonstances.
- Légitimité
- En tant que femme et fille d’une mère réduite en esclavage, elle dut construire son droit à régner à partir de plusieurs traditions à la fois.
- Genre et pouvoir
- Elle adopta des titres et des habits masculins en temps de guerre, puis remodela sa cour, ouvrant la voie à de futures reines au Matamba.
- Résistance et commerce des esclaves
- Elle résista à la conquête portugaise tout en participant au commerce atlantique des esclaves, une tension centrale dans son héritage.
- Stratégie religieuse
- Elle passa de la religion mbundu aux rites imbangala puis au christianisme catholique, utilisant chacun pour renforcer sa position.
- Symbole national
- En Angola, elle est devenue un symbole de résistance anticoloniale et de leadership féminin.
Notices
- v. 1583 — Nzinga naît dans la famille royale du Ndongo.
- 1590 — Le Ndongo, aidé par le Matamba, bat les Portugais à la bataille du Lukala.
- 1617 — Son père meurt ; son frère Mbandi devient roi et fait tuer des rivaux, dont le fils de Nzinga.
- 1622 — Ambassadrice à Luanda, Nzinga négocie un traité et se fait baptiser Ana de Sousa.
- 1624 — Mbandi meurt ; Nzinga prend le pouvoir au Ndongo.
- 1626 — Le Portugal déclare la guerre et soutient un roi rival ; Nzinga est chassée du Ndongo dès 1628.
- 1631 — Alliée aux Imbangala, elle conquiert le Matamba et en fait sa base (campagnes jusqu’en 1635).
- 1641 — Les Hollandais s’emparent de Luanda ; Nzinga s’allie à eux.
- 1647 — Elle bat les Portugais à la bataille de Kombi et assiège Massangano.
- 1648 — Les Portugais reprennent Luanda ; les Hollandais partent et Nzinga se replie sur le Matamba.
- 1656 — Traité de paix avec le Portugal ; sa sœur Kambu est libérée.
- 1663 — Nzinga meurt le 17 décembre ; Kambu (Dona Barbara) lui succède.
Glossaire
- Ngola
- Le titre du souverain du Ndongo ; à l’origine du nom Angola.
- Mbundu (Ambundu)
- Le peuple du Ndongo, qui parle le kimbundu.
- Soba
- Un seigneur local du Ndongo redevable de tribut envers le roi.
- Imbangala
- Des bandes de guerriers militarisées de l’Angola du XVIIe siècle, organisées par initiation plutôt que par parenté.
- Kilombo
- Un camp de guerre imbangala ; connu en portugais sous le nom de quilombo.
- Kabasa
- La capitale du royaume du Ndongo, sur les hauts plateaux de l’actuel Cuanza Norte.
- Matamba
- Un royaume à l’est du Ndongo, que Nzinga conquit et fit sa base à partir de 1631.
- Capucins
- Un ordre religieux catholique dont des missionnaires italiens et espagnols vécurent à la cour de Nzinga et écrivirent sur elle.
- Massangano
- Un fort portugais sur le fleuve Kwanza, qui servit de capitale de repli quand Luanda fut perdue.
Questions et réponses
Nzinga s’est-elle vraiment assise sur le dos d’une servante ?
C’est la célèbre histoire de sa rencontre de 1622 avec le gouverneur portugais. Elle est racontée dans des récits ultérieurs et peut avoir été exagérée, mais elle montre qu’elle refusait d’accepter une position inférieure.
Pourquoi l’appelle-t-on la Mère de l’Angola ?
Parce qu’elle résista pendant des décennies à la conquête portugaise, et que pendant la lutte de l’Angola pour son indépendance, on vit en elle un symbole de liberté.
Nzinga était-elle chrétienne ?
Elle fut baptisée en 1622, se tourna plus tard vers les pratiques religieuses imbangala pendant la guerre, puis, à partir des années 1640-1650, embrassa de nouveau le christianisme, qu’elle utilisa dans la diplomatie et à sa cour.
S’opposait-elle à l’esclavage ?
Non. Elle combattit les Portugais et aida parfois des esclaves à leur échapper, mais elle vendit aussi des captifs dans le commerce atlantique des esclaves, comme d’autres souverains de la région.
Pourquoi s’habillait-elle en homme ?
En temps de guerre, elle adopta des titres et des vêtements masculins, probablement pour renforcer son autorité dans une société où l’on attendait des souverains qu’ils soient des hommes.
Comment en sait-on autant sur elle ?
Grâce à ses propres lettres, aux rapports des gouverneurs portugais et aux livres de missionnaires qui vécurent à sa cour. Les historiens lisent ces sources avec prudence, car beaucoup de leurs auteurs lui étaient hostiles ou avaient un message à faire passer.
Qu’est devenu son royaume après sa mort ?
Sa sœur Kambu devint reine, et le Matamba resta indépendant pendant longtemps, souvent gouverné par des femmes, avant d’être absorbé par l’Angola portugais au XIXe siècle.
Sources et lectures complémentaires
- Nzinga of Ndongo and Matamba. Wikipedia
- Kingdom of Ndongo. Wikipedia
- Kingdom of Matamba. Wikipedia
- Imbangala. Wikipedia
- Dutch Loango-Angola. Wikipedia
- Black Rocks at Pungo Andongo. Wikipedia
- Linda M. Heywood, Njinga of Angola: Africa’s Warrior Queen. Harvard University Press, 2017
- John K. Thornton, Legitimacy and Political Power: Queen Njinga, 1624–1663. The Journal of African History 32(1), 1991
- Joseph C. Miller, Nzinga of Matamba in a New Perspective. The Journal of African History 16(2), 1975
À découvrir aussi
- Sœurs TrưngDeux femmes de la noblesse Lạc Việt, Trưng Trắc et Trưng Nhị, qui menèrent en 40 apr. J.-C. une révolte contre la domination des Han et sont honorées comme héroïnes nationales au Viêt Nam.
- Révolution haïtienneUne révolution commencée par un soulèvement de personnes réduites en esclavage à Saint-Domingue conduisit à l’abolition de l’esclavage sur place et à l’indépendance d’Haïti en 1804.
- Bronzes du BéninMilliers de plaques en laiton, de têtes royales et d’autres œuvres d’art de cour réalisées pour l’oba du Bénin, pillées par les forces britanniques en 1897 et aujourd’hui au cœur des débats sur les restitutions.
- Premier voyage de Christophe ColombLe voyage atlantique entrepris en 1492 par Christophe Colomb pour la Couronne espagnole atteignit des îles habitées par des peuples autochtones.
- Túpac Amaru IIKuraka andin d’ascendance inca qui mena en 1780 le plus grand soulèvement anticolonial de l’Amérique espagnole du XVIIIe siècle ; il fut exécuté à Cuzco en 1781.
- Soliman le MagnifiqueDixième sultan ottoman (règne : 1520–1566), dont le long règne associa des conquêtes de la Hongrie à l’Irak, l’harmonisation du droit ottoman et un essor de l’architecture et de la poésie.
Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
