Philosophie

Marc Aurèle

Marcus Aurelius Antoninus (Latin); Μᾶρκος Αὐρήλιος Ἀντωνῖνος (Greek)

161–180 apr. J.-C. · Vindobona (près de Vienne)

En une phrase

Marc Aurèle fut un empereur romain qui régna de 161 à 180 apr. J.-C. et qui, tout en menant des guerres et en affrontant une terrible épidémie, écrivit pour lui-même des notes sur la manière de rester calme, juste et bon, aujourd’hui connues sous le titre de Pensées.

Marc Aurèle
Image: Unknown · CC BY 2.5 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Marc Aurèle dirigeait l’Empire romain, l’un des plus grands États du monde antique, il y a environ 1 850 ans. Il était très puissant. Pourtant, ce qui l’a rendu célèbre n’est ni une bataille ni un palais. C’est un petit carnet qu’il écrivait seulement pour lui-même.

Dans ce carnet, Marc se donnait des conseils, comme tu pourrais le faire avant un contrôle difficile. Il se disait par exemple : quand quelqu’un est désagréable avec toi, essaie de comprendre qu’il ne sait pas mieux agir ; tu ne peux pas décider de ce que font les autres, mais tu peux choisir ta réponse ; et fais chaque tâche avec soin, sans te plaindre.

Marc suivait une philosophie appelée le stoïcisme. Les stoïciens pensaient que le plus important est d’être une bonne personne : courageuse, juste, honnête et capable de se maîtriser. On peut perdre son argent, sa célébrité et même sa santé, disaient-ils. Mais personne ne peut t’enlever ta bonté si tu ne l’abandonnes pas toi-même.

Être empereur était difficile. Pendant des années, Marc a vécu dans des camps militaires près du Danube, loin de Rome, car des peuples attaquaient les frontières de l’empire. En même temps, une terrible maladie se répandait et tuait beaucoup de gens. Marc écrivait son carnet en grec, souvent la nuit, pour garder son calme.

Il ne voulait pas que d’autres personnes lisent son carnet. Mais quelqu’un l’a conservé après sa mort. Aujourd’hui, des gens du monde entier le lisent pour apprendre à rester calmes et bienveillants quand la vie est difficile.

En bref

Vie
26 avril 121 – 17 mars 180 apr. J.-C.
Règne
161–180 apr. J.-C. (avec Lucius Verus de 161 à 169, puis avec son fils Commode à partir de 177)
Naissance et mort
Né à Rome ; mort lors d’une campagne sur la frontière du Danube, à Vindobona (Vienne) ou à Sirmium (Sremska Mitrovica) selon les sources
Fonction
Empereur romain ; philosophe et écrivain stoïcien
Œuvre principale
Pensées (en grec ta eis heauton, « à soi-même »), douze livres de notes personnelles rédigées en grec vers 170–180
Philosophie
Stoïcisme romain, fortement influencé par Épictète
Principaux événements du règne
Guerre contre les Parthes (161–166), peste antonine (à partir de 165), guerres marcomanes (vers 166–180), révolte d’Avidius Cassius (175)
Postérité
Dernier des « cinq bons empereurs » ; les Pensées comptent parmi les œuvres de philosophie antique les plus lues

Facile

Qui était Marc Aurèle ?

Marc Aurèle fut empereur de Rome de 161 à 180 apr. J.-C., à une époque où l’Empire romain s’étendait de la Bretagne à l’Égypte et de l’Espagne à la Syrie. On se souvient de lui comme d’un souverain consciencieux qui passa l’essentiel de son règne à défendre les frontières de l’empire, mais aussi comme de l’auteur des Pensées, un carnet personnel de réflexions philosophiques devenu l’un des livres les plus lus de l’Antiquité.

Il naquit à Rome le 26 avril 121 dans une famille riche et influente originaire d’Espagne. Son père mourut lorsqu’il avait environ trois ans, et il fut élevé par sa mère, Domitia Lucilla, et par son grand-père. L’empereur Hadrien remarqua cet enfant sérieux et sincère. Il lui aurait donné le surnom de « Verissimus », « le plus sincère », par jeu de mots avec son nom de famille, Verus.

En 138, Hadrien, qui n’avait pas de fils, choisit Antonin le Pieux pour lui succéder, à condition qu’il adopte deux garçons : Marc, âgé de seize ans, et le plus jeune Lucius, connu plus tard sous le nom de Lucius Verus. Dès lors, Marc fut préparé à exercer le pouvoir. En 145, il épousa Faustine la Jeune, fille d’Antonin ; ils eurent au moins treize enfants, dont beaucoup moururent jeunes.

À la mort d’Antonin en 161, Marc devint empereur et fit aussitôt de Lucius son coempereur. C’était la première fois que Rome était gouvernée par deux empereurs portant un titre égal. Lucius mourut en 169. Marc régna seul jusqu’à ce qu’il associe son fils Commode au pouvoir en 177. Il mourut en 180, pendant une campagne militaire sur le Danube.

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Un élève passionné de philosophie

En tant que futur empereur, Marc reçut la meilleure éducation possible. Son professeur le plus célèbre fut Marcus Cornelius Fronton, le plus grand orateur latin de son temps, qui lui enseigna l’art de parler en public. Marc et Fronton échangèrent pendant des décennies des lettres affectueuses. Beaucoup ont été conservées et offrent un rare aperçu de la vie quotidienne du jeune prince, de ses études, de ses rhumes et de ses vendanges. Il étudia aussi la rhétorique grecque auprès du riche Athénien Hérode Atticus.

Marc était toutefois plus attiré par la philosophie que par la rhétorique. Selon l’Histoire Auguste, vers l’âge de douze ans, il adopta le manteau rude des philosophes grecs et dormit à même le sol jusqu’à ce que sa mère le persuade d’utiliser un lit. Vers vingt-cinq ans, il se tourna plus résolument vers la philosophie, au grand regret de Fronton. Parmi ses maîtres figuraient les stoïciens Junius Rusticus, Apollonios de Chalcédoine et Sextus de Chéronée.

Le premier livre des Pensées est une liste de remerciements : Marc y nomme ses proches, ses maîtres et ses amis, et note ce qu’il a appris de chacun. De son grand-père, il a appris la droiture et l’égalité d’humeur ; de sa mère, la générosité et la simplicité ; de Rusticus, il a appris qu’il devait corriger son caractère et reçu un exemplaire des notes prises aux leçons d’Épictète, prêté par Rusticus dans sa propre bibliothèque. Épictète, ancien esclave devenu l’un des plus grands maîtres stoïciens, fut le penseur qui influença le plus Marc.

Cette liste révèle une conviction importante de Marc : on apprend à bien agir auprès des autres, et la gratitude aide à garder en mémoire les exemples que l’on souhaite suivre.

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Facile

Le stoïcisme en bref

Le stoïcisme est une école de philosophie fondée à Athènes vers 300 av. J.-C. par Zénon de Kition. Son nom vient de la Stoa Poikilè, le « Portique peint » où enseignait Zénon. À l’époque de Marc, c’était la philosophie la plus influente parmi les Romains instruits. Elle était enseignée par des figures comme Sénèque, Musonius Rufus et Épictète.

Les stoïciens enseignaient que seule la vertu est véritablement bonne : la sagesse, la justice, le courage et la maîtrise de soi. La richesse, la santé, la réputation et même la vie sont des choses « indifférentes » : certaines sont naturellement préférables, mais aucune ne rend une personne vraiment bonne ou mauvaise. Ce qui compte, c’est l’usage que nous en faisons.

Les stoïciens pensaient aussi que l’univers forme un seul tout vivant, organisé par une raison divine, le logos, présente en toute chose. Les êtres humains partagent cette raison, qui fait de tous les hommes les citoyens d’une même cité universelle. Bien vivre, c’est vivre « conformément à la nature » : comprendre sa place dans l’ensemble et agir en être raisonnable et sociable.

Enfin, les stoïciens enseignaient que nos troubles viennent moins des événements eux-mêmes que des jugements que nous portons sur eux. Épictète résumait cette idée par une distinction célèbre : certaines choses dépendent de nous, comme nos jugements, nos désirs et nos actes ; d’autres n’en dépendent pas, comme notre corps, nos biens et notre réputation. Marc revient sans cesse à cette idée.

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Intermédiaire

Gouverner un empire en crise : guerres et épidémie

Marc arriva au pouvoir à la fin d’une longue période de paix relative, mais son règne fut dominé par les crises. En 161, l’Empire parthe envahit l’Arménie et vainquit les forces romaines. Lucius Verus fut envoyé en Orient. Les généraux romains, notamment Avidius Cassius, remportèrent une série de victoires qui s’acheva par le pillage des capitales parthes, Séleucie et Ctésiphon, en 165–166.

On pense que les troupes de retour rapportèrent une épidémie dévastatrice, la peste antonine, qui se répandit dans l’empire à partir d’environ 165. Le médecin Galien, qui servait à la cour de Marc, en décrivit les symptômes. De nombreux chercheurs actuels pensent qu’il s’agissait de la variole, sans que cela soit certain. Les estimations du nombre de morts varient énormément, de quelques pour cent de la population à des chiffres bien plus élevés ; la maladie revint par vagues pendant des années.

À la fin des années 160, des peuples germaniques et sarmates établis au nord du Danube, dont les Marcomans, les Quades et les Iazyges, pénétrèrent en territoire romain. Vers 170, des envahisseurs atteignirent même le nord de l’Italie et assiégèrent Aquilée : c’était la première incursion ennemie en Italie depuis des siècles. Marc passa l’essentiel des années 170 auprès de l’armée sur le Danube, dans des bases comme Carnuntum et Sirmium. Selon l’Histoire Auguste, il vendit aux enchères des trésors impériaux sur le forum de Trajan pour financer la guerre sans augmenter les impôts.

En 175, après une fausse rumeur annonçant la mort de Marc, Avidius Cassius, alors gouverneur en Orient, fut proclamé empereur. La révolte s’effondra en trois mois environ lorsque Cassius fut tué par ses propres officiers. Marc se rendit en Orient pour rétablir l’ordre ; en chemin, sa femme Faustine mourut en Cappadoce. Au retour, il visita Athènes, où il fut initié aux mystères d’Éleusis et finança des chaires de philosophie pour les quatre grandes écoles : platonicienne, aristotélicienne, stoïcienne et épicurienne.

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Intermédiaire

Les Pensées : un carnet écrit pour soi-même

Les Pensées comprennent douze livres de notes rédigées en grec, la langue de la philosophie dans le monde romain. La plupart des chercheurs situent leur rédaction pendant la dernière décennie de la vie de Marc, vers 170–180. Deux indications figurant dans les manuscrits placent certaines parties de l’œuvre « chez les Quades, sur le Granua » — un cours d’eau de l’actuelle Slovaquie — et « à Carnuntum ». Elles montrent qu’au moins une partie fut écrite pendant les campagnes militaires.

Le titre grec sous lequel l’œuvre nous est parvenue, ta eis heauton, signifie « à soi-même » ou « les choses adressées à soi-même » ; ce n’est peut-être pas le titre choisi par Marc. En anglais, le titre Meditations s’est imposé après la traduction de Meric Casaubon publiée en 1634. Le texte n’est pas un traité construit selon un plan : c’est un recueil de courtes notes, longues tantôt d’une phrase, tantôt d’une page, dans lesquelles Marc se rappelle ses principes, se réprimande et s’encourage.

Les répétitions sont volontaires. Des chercheurs comme Pierre Hadot ont soutenu que Marc pratiquait un exercice spirituel : il reformulait dans ses propres mots les principes fondamentaux du stoïcisme pour les garder présents à l’esprit. Parmi les passages célèbres figurent le rappel matinal au début du livre II : Marc rencontrera ce jour-là des personnes indiscrètes, ingrates, arrogantes et trompeuses, mais elles ne peuvent lui faire de mal et il est né pour travailler avec elles, comme les mains ou les rangées de dents. Il se met aussi en garde (VI, 30) contre le risque de devenir « un César », d’être « teint de pourpre » par le pouvoir.

Marc n’avait jamais prévu de publier son œuvre. C’est aussi ce qui fait son intérêt : le lecteur découvre un homme puissant aux prises avec la colère, la fatigue, le chagrin et la peur de mourir, qui s’efforce, sans toujours y parvenir, de vivre selon ses principes.

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Les grandes idées des Pensées

Le jugement et la liberté intérieure. « L’univers est changement ; la vie est opinion » (IV, 3). Marc se répète que les choses n’atteignent pas l’âme : le trouble naît des jugements que nous portons sur elles. Nous pouvons nous retirer en nous-mêmes, dans ce que Hadot a appelé la « citadelle intérieure », et corriger ces jugements.

L’impermanence et le regard d’en haut. Marc s’imagine souvent contempler la vie humaine depuis une grande hauteur, ou se souvient de la cour disparue d’Auguste et des noms oubliés des anciens empereurs. « Bientôt tu auras tout oublié, et bientôt tous t’auront oublié » (VII, 21). Il ne cherche pas à susciter le désespoir, mais à prendre du recul : la gloire et les possessions passent, aussi faut-il s’appliquer à bien agir maintenant.

Le devoir et la nature sociale. Les êtres humains sont faits les uns pour les autres. Marc s’exhorte à se lever le matin pour accomplir « l’œuvre d’un être humain », à considérer que ceux qui agissent mal le font par ignorance et à se voir comme un citoyen du monde autant que de Rome. « Ce qui n’est pas bon pour l’essaim n’est pas bon pour l’abeille » (VI, 54).

La providence ou les atomes. Marc envisage souvent deux possibilités : soit le monde est ordonné par la providence, comme l’enseignaient les stoïciens, soit il est un mélange chaotique d’atomes, comme le pensaient les épicuriens. Dans les deux cas, affirme-t-il, il faut agir avec justice et accepter ce qui arrive. Les chercheurs débattent pour savoir si cette alternative exprime un véritable doute ou s’il s’agit d’un procédé pédagogique montrant que l’éthique stoïcienne reste valable même dans l’hypothèse la moins favorable.

La mort comme phénomène naturel. Pour Marc, la mort est un changement naturel, comme la naissance ou la vieillesse, et n’a rien d’effrayant. La dernière note de l’œuvre compare la fin de la vie au départ d’un acteur qui quitte la scène lorsque le metteur en scène le congédie : « Pars avec grâce, car celui qui te libère le fait avec grâce. »

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Le souverain derrière le philosophe : chrétiens, Commode et jugements sur son règne

Les auteurs anciens et modernes ont généralement loué Marc comme un empereur juste et travailleur, respectueux du Sénat et attentif à ses devoirs judiciaires. Il passait de longues heures à entendre des affaires. Nombre de ses décisions, conservées dans le droit romain postérieur, témoignent d’une attention portée aux esclaves, aux mineurs et à d’autres personnes vulnérables, dans les limites du droit romain.

Son règne ne fut pourtant pas paisible pour tous. Des chrétiens furent persécutés en plusieurs endroits, notamment à Lyon en 177, où des chrétiens subirent le martyre, raconté par l’historien de l’Église Eusèbe. À Rome, le philosophe Justin Martyr fut condamné vers 165 par le préfet de la ville Junius Rusticus, qui avait été le maître stoïcien de Marc. Les persécutions étaient surtout locales et dépendaient des gouverneurs et des foules ; les historiens débattent de la responsabilité personnelle de Marc. Beaucoup de chercheurs pensent que la seule mention des chrétiens dans les Pensées (XI, 3) est un ajout postérieur.

Les guerres sur le Danube furent violentes, comme le montrent les reliefs de la colonne de Marc Aurèle à Rome : des villages incendiés, des prisonniers exécutés, des femmes et des enfants emmenés. La colonne représente aussi le célèbre « miracle de la pluie » : une armée romaine encerclée et mourant de soif aurait été sauvée par un orage soudain. Les auteurs païens attribuèrent ce phénomène à la magie égyptienne ou aux dieux, tandis que les auteurs chrétiens l’attribuèrent aux prières de soldats chrétiens.

Le choix de Commode, fils de Marc, comme successeur est critiqué depuis l’Antiquité. Depuis près d’un siècle, les empereurs avaient adopté des adultes jugés capables. Or Commode, empereur de 180 à 192, se fit connaître par un règne imprévisible et cruel. Ceux qui défendent Marc rappellent qu’écarter un fils vivant aurait risqué de déclencher une guerre civile. Cassius Dion, sénateur qui vécut sous le règne de Commode, écrivit qu’à la mort de Marc, l’histoire passa « d’un royaume d’or à un royaume de fer et de rouille ».

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Intermédiaire

La transmission du texte et son influence

La façon dont les Pensées nous sont parvenues reste en partie mystérieuse. Une possible allusion de l’orateur Thémistios, au IVe siècle, demeure incertaine. La première référence claire vient d’Aréthas, érudit byzantin devenu évêque de Césarée, qui écrivit vers 900 qu’il possédait un exemplaire ancien et usé et l’avait fait recopier. L’œuvre est citée dans une encyclopédie byzantine du Xe siècle appelée la Souda.

En Occident, elle resta inconnue jusqu’à la Renaissance. La première édition imprimée fut publiée à Zurich en 1558–1559 par Wilhelm Xylander, à partir d’un manuscrit de Heidelberg aujourd’hui perdu. En dehors de ce manuscrit disparu, le seul manuscrit complet est le Vaticanus Graecus 1950, conservé à la Bibliothèque du Vatican ; d’autres manuscrits contiennent des extraits.

Une fois imprimée, l’œuvre trouva des admirateurs dans toute l’Europe, des humanistes de la Renaissance aux penseurs des Lumières. La traduction anglaise de Meric Casaubon (1634) fut suivie de nombreuses autres. Frédéric le Grand, roi de Prusse, admirait Marc. Edward Gibbon décrivit l’époque allant de Nerva à Marc comme la période où le genre humain fut « le plus heureux et le plus prospère ». Marc devint le modèle du « philosophe-roi », ce souverain rare qui semblait réaliser l’idéal de Platon.

L’image de Marc subsiste aussi dans l’art. Sa statue équestre en bronze doré échappa à la fonte au Moyen Âge parce qu’on croyait qu’elle représentait l’empereur chrétien Constantin. Elle devint la pièce maîtresse de la place du Capitole aménagée par Michel-Ange à Rome. L’original se trouve aujourd’hui à l’intérieur des musées du Capitole, et une copie est exposée à l’extérieur. Depuis quelques décennies, les Pensées connaissent de nouveau un grand succès. Elles sont lues par des responsables politiques, des soldats, des sportifs, des psychologues et des personnes en quête de conseils pratiques, dans le cadre d’un renouveau plus large des idées stoïciennes.

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Avancé

Débats entre chercheurs : quel type de texte, quel type de stoïcien ?

Genre et intention. Les Pensées sont-elles un journal intime, un carnet philosophique, une série d’exercices spirituels ou le brouillon inachevé d’une œuvre destinée à être publiée ? Dans The Inner Citadel (édition française de 1992, édition anglaise de 1998), Pierre Hadot soutient que ces notes sont des exercices par lesquels Marc reformule l’enseignement d’Épictète. Elles s’organiseraient autour de trois disciplines : l’assentiment, lié au jugement ; le désir ; et l’action. Celles-ci correspondent aux trois domaines stoïciens que sont la logique, la physique et l’éthique. L’interprétation de Hadot a eu une grande influence, même si certains chercheurs estiment qu’elle prête au texte une organisation plus rigoureuse que celle qu’il possède.

L’homme derrière le texte. Les études anciennes voyaient souvent dans les Pensées la confession d’un homme solitaire et mélancolique, voire dépressif. L’étude de R. B. Rutherford (1989) et des travaux ultérieurs ont souligné que les passages sombres suivent des conventions littéraires et philosophiques, comme la réflexion sur la mort et la brièveté de la gloire, et qu’il ne faut pas les lire directement comme des données biographiques. L’idée avancée au XXe siècle selon laquelle la pensée de Marc aurait été façonnée par l’opium prescrit par Galien est généralement considérée comme une hypothèse sans fondement.

Orthodoxie. Dans quelle mesure le stoïcisme de Marc était-il orthodoxe ? Son dilemme récurrent entre « providence ou atomes », l’importance qu’il accorde au repli de l’âme sur elle-même et son intérêt pour la partie directrice de l’âme, l’hēgemonikon, ont été interprétés comme des signes d’éclectisme ou d’influence platonicienne. D’autres chercheurs, y compris dans des analyses récentes de la Stanford Encyclopedia of Philosophy, soutiennent que ces passages s’inscrivent dans la tradition stoïcienne, notamment telle que la transmet Épictète, et que l’hypothèse des atomes est un procédé rhétorique plutôt qu’un doute réel.

Philosophie et politique. Le stoïcisme de Marc a-t-il eu une influence sur sa manière de gouverner ? Certains historiens ne voient guère de traits distinctifs dans sa politique par rapport à celle d’autres empereurs consciencieux. D’autres invoquent ses décisions juridiques, le financement de chaires de philosophie et sa retenue envers les rebelles. Cette question s’inscrit dans un débat plus large : la philosophie antique façonnait-elle la vie publique ou demeurait-elle surtout une discipline personnelle ?

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Avancé

Les sources sur la vie de Marc et leur fiabilité

Cassius Dion. L’Histoire romaine du sénateur Cassius Dion, rédigée au début du IIIe siècle, est la principale source narrative. Dion connaissait des personnes qui avaient connu Marc. Cependant, ses livres sur cette période ne subsistent que sous la forme d’un abrégé byzantin réalisé par le moine Xiphilin au XIe siècle et de quelques extraits ; de nombreux détails ont donc disparu.

L’Histoire Auguste. Ce recueil de biographies d’empereurs prétend avoir été écrit par six auteurs à l’époque de Dioclétien et de Constantin. Mais depuis les travaux de Hermann Dessau en 1889, la plupart des chercheurs pensent qu’il est l’œuvre d’un seul auteur de la fin du IVe siècle. Il contient des inventions, surtout dans les vies de personnages secondaires. La vie de Marc passe pour l’une des plus fiables et s’appuierait sur une bonne source antérieure, mais ses anecdotes doivent être comparées à d’autres témoignages.

Lettres, inscriptions et monuments. La correspondance entre Marc et Fronton fut redécouverte en 1815 par Angelo Mai dans des palimpsestes, des manuscrits dont le texte d’origine avait été gratté puis recouvert d’une autre écriture. Elle donne une image intime, quoique fragmentaire, de la jeunesse de Marc. Les monnaies, les inscriptions, les textes juridiques et les reliefs de la colonne de Marc Aurèle renseignent sur sa politique, ses titres et ses guerres. Les écrits médicaux de Galien offrent des aperçus de la cour et de l’épidémie.

Les Pensées elles-mêmes. C’est une source personnelle précieuse, mais délicate à interpréter : elle nous dit ce que Marc voulait devenir, pas nécessairement ce qu’il était. Les historiens doivent confronter ce monde intérieur aux témoignages extérieurs sur un souverain qui mena de longues guerres, sous le règne duquel eurent lieu des persécutions et qui choisit son fils pour héritier.

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Idées clés

La vertu comme seul bien
La sagesse, la justice, le courage et la maîtrise de soi sont les seuls véritables biens ; la richesse, la gloire et la santé sont des choses « indifférentes ».
Ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas
Cette distinction vient d’Épictète : nos jugements, nos désirs et nos actes sont en notre pouvoir ; les événements extérieurs ne le sont pas.
La citadelle intérieure
Expression de Hadot désignant la capacité de l’esprit à se recueillir en lui-même et à corriger ses jugements, quoi qu’il arrive à l’extérieur.
Le regard d’en haut
Imaginer les affaires humaines vues d’une hauteur cosmique pour percevoir leur petitesse et leur brièveté.
Le cosmopolitisme
Tous les êtres raisonnables sont citoyens d’un même monde ; le devoir de chacun dépasse sa cité ou son empire.
La providence ou les atomes
Que le monde soit ordonné par la raison ou par le hasard, il convient d’agir avec justice et d’accepter ce qui arrive.
La philosophie comme pratique
Écrire et relire des principes comme exercices spirituels quotidiens, et non seulement comme théorie.

Notices

  1. 121 apr. J.-C. — Marc naît à Rome le 26 avril.
  2. 138 apr. J.-C. — Hadrien adopte Antonin le Pieux, qui adopte à son tour Marc et Lucius Verus ; Hadrien meurt cet été-là.
  3. 145 apr. J.-C. — Marc épouse Faustine la Jeune.
  4. 161 apr. J.-C. — Antonin le Pieux meurt ; Marc devient empereur avec Lucius Verus comme coempereur. La guerre contre les Parthes commence.
  5. v. 165 apr. J.-C. — La peste antonine commence à se répandre dans l’empire.
  6. 169 apr. J.-C. — Lucius Verus meurt ; Marc règne seul.
  7. v. 170 apr. J.-C. — Des peuples du Nord envahissent l’Italie et assiègent Aquilée ; Marc mène des campagnes sur le Danube. La rédaction des Pensées commence probablement durant ces années.
  8. 175 apr. J.-C. — Révolte d’Avidius Cassius en Orient ; Faustine meurt.
  9. 176 apr. J.-C. — Marc visite Athènes et finance des chaires de philosophie.
  10. 177 apr. J.-C. — Commode devient coempereur ; des chrétiens sont persécutés à Lyon.
  11. 180 apr. J.-C. — Marc meurt en campagne le 17 mars ; Commode lui succède et conclut la paix.
  12. 1558 — Wilhelm Xylander publie la première édition imprimée des Pensées (datée de 1558–1559).

Glossaire

Stoïcisme
École de philosophie grecque fondée par Zénon de Kition vers 300 av. J.-C., qui enseigne que la vertu est le seul bien.
Logos
Dans le stoïcisme, raison divine qui ordonne l’univers et à laquelle participent les esprits humains.
Choses indifférentes
Choses comme la santé et la richesse, qui ne sont en elles-mêmes ni bonnes ni mauvaises, même si certaines sont naturellement préférables.
Hēgemonikon
La « partie directrice » de l’âme, siège du jugement et du choix.
Coempereur
L’un des deux ou plusieurs souverains qui partagent le titre et le pouvoir impériaux.
Adoption
Pratique romaine consistant à faire légalement de quelqu’un son fils, utilisée par les empereurs pour choisir leurs successeurs.
Peste antonine
Épidémie, peut-être de variole, qui se répandit dans l’Empire romain à partir d’environ 165 apr. J.-C.
Guerres marcomanes
Guerres menées sur la frontière du Danube contre les Marcomans, les Quades, les Iazyges et d’autres peuples, vers 166–180 apr. J.-C.
Édition princeps
Première édition imprimée d’un texte ancien.
Palimpseste
Manuscrit dont le texte d’origine a été gratté puis recouvert d’une autre écriture ; le texte ancien peut parfois être retrouvé.

Questions et réponses

Marc Aurèle était-il un bon empereur ?

La plupart des auteurs anciens et modernes le pensent : il était travailleur, juste et respectueux du droit. Son règne connut cependant des guerres violentes, des persécutions de chrétiens en certains lieux et la désignation de son fils Commode, dont le règne fut mauvais.

Pourquoi un empereur romain écrivait-il en grec ?

Le grec était la langue de la philosophie dans le monde romain, et les Romains instruits l’apprenaient dès l’enfance. Les auteurs stoïciens que lisait Marc, comme Épictète, écrivaient ou enseignaient en grec.

Marc voulait-il que les gens lisent les Pensées ?

Presque certainement pas. Il écrivait ces notes pour lui-même, comme des rappels et des exercices. C’est pourquoi elles se répètent et sont parfois difficiles à comprendre.

Le film Gladiator est-il fidèle à l’histoire ?

Pas vraiment. Marc est bien mort pendant une campagne militaire et Commode lui a succédé, mais rien ne prouve que Commode l’ait assassiné ni que Marc ait prévu de rétablir la République.

Où Marc est-il mort exactement ?

Les sources antiques ne s’accordent pas. Certaines situent sa mort à Vindobona (l’actuelle Vienne), d’autres à Sirmium (dans l’actuelle Serbie). Ces deux villes servaient de bases pendant ses campagnes sur le Danube.

Quelle était l’originalité de Marc comme philosophe ?

Il n’a pas inventé de nouvelles doctrines et s’est beaucoup inspiré d’Épictète. Son originalité tient à la façon personnelle et vivante dont il appliquait les idées stoïciennes à sa propre vie. C’est pourquoi les chercheurs le considèrent comme un précieux témoin de la philosophie vécue au quotidien.

Comment les Pensées ont-elles été conservées ?

Probablement grâce à quelques copies byzantines. L’érudit Aréthas mentionne vers 900 un exemplaire usé qu’il possédait. La première édition imprimée (1558–1559) reposait sur un manuscrit de Heidelberg aujourd’hui perdu.

Sources et lectures complémentaires

  1. Marcus Aurelius. Wikipedia
  2. Rachana Kamtekar, Marcus Aurelius. Stanford Encyclopedia of Philosophy
  3. Stoicism. Stanford Encyclopedia of Philosophy
  4. Meditations. Wikipedia
  5. Antonine Plague. Wikipedia
  6. Marcomannic Wars. Wikipedia
  7. Historia Augusta. Wikipedia
  8. Pierre Hadot (trans. Michael Chase), The Inner Citadel: The Meditations of Marcus Aurelius. Harvard University Press, 1998
  9. R. B. Rutherford, The Meditations of Marcus Aurelius: A Study. Clarendon Press (Oxford), 1989
  10. Anthony R. Birley, Marcus Aurelius: A Biography. Routledge, 2000 (revised edition)

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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