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Pour les jeunes lecteurs
Il y a très longtemps, sur la grande île grecque de Crète, des gens ont construit un immense bâtiment de plus de mille pièces. Il avait plusieurs étages, de grands escaliers, des salles de bains, des réserves pleines de jarres géantes et des murs peints de dauphins, de fleurs et de jeunes gens sautant par-dessus des taureaux. Ce lieu s’appelle Cnossos, et ses habitants étaient les Minoens.
Le bâtiment était si grand et comptait tant de couloirs qu’on pouvait facilement s’y perdre. Des milliers d’années plus tard, les Grecs de l’Antiquité ont raconté une histoire à son sujet. Ils disaient que le roi Minos de Crète y gardait un monstre, le Minotaure, moitié homme et moitié taureau, dans un dédale appelé le Labyrinthe. Un héros nommé Thésée a réussi à en sortir grâce à une pelote de fil donnée par la princesse Ariane.
Les vrais Minoens ne nous ont pas laissé cette histoire. Ils écrivaient avec une écriture que personne ne sait encore lire, appelée linéaire A. Les archéologues étudient donc leurs bâtiments, leurs poteries, leurs images et leurs outils comme des détectives pour comprendre leur vie.
Les Minoens étaient de grands marins et commerçants. Leurs bateaux transportaient de l’huile, du vin et de belles poteries vers l’Égypte et d’autres pays. Ils en rapportaient du cuivre, de l’étain et de l’or. Des peintures égyptiennes montrent même des gens venus de Crète apporter des cadeaux.
Il y a environ 125 ans, un archéologue britannique nommé Arthur Evans a fouillé Cnossos. Il a reconstruit certaines pièces avec du béton et fait peindre des copies des images pour aider les visiteurs à imaginer le palais. Mais il a dû deviner certains détails, et les archéologues en discutent encore.
En bref
- Période
- Occupation dès environ 7000 av. J.-C. ; premier palais construit vers 1900 av. J.-C., reconstruit après environ 1700 av. J.-C. et utilisé jusqu’au XIVe siècle av. J.-C. ou plus tard
- Lieu
- Colline de Képhala, à environ 5 km au sud-est du centre d’Héraklion, en Crète, Grèce
- Culture
- Civilisation minoenne (Crète de l’âge du bronze) ; plus tard, centre administratif grec mycénien
- Superficie
- Ensemble palatial d’environ 20 000 m² autour d’une grande cour centrale rectangulaire, au sein d’une ville beaucoup plus vaste
- Écriture
- Hiéroglyphes crétois et linéaire A (non déchiffrés) ; tablettes en linéaire B rédigées en grec mycénien
- Fouilles
- Minos Kalokairinos, 1878-1879 ; Arthur Evans, à partir de 1900 ; importantes reconstructions partielles au début du XXe siècle
- Statut
- Site du patrimoine mondial de l’UNESCO au sein des « Centres palatiaux minoens » (inscrit en 2025)
- Objets découverts
- Fresques, empreintes de sceaux, poteries et figurines, conservées pour la plupart au Musée archéologique d’Héraklion
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Qu’est-ce que Cnossos ?
Cnossos est un site archéologique de l’île de Crète, juste à l’extérieur de la ville actuelle d’Héraklion. Il est surtout connu pour son vaste ensemble de bâtiments de l’âge du bronze, généralement appelé palais de Minos. C’était le plus grand de plusieurs ensembles semblables en Crète. Ses bâtisseurs sont appelés les Minoens, un nom moderne créé par l’archéologue Arthur Evans d’après le légendaire roi Minos.
Le palais n’est pas un bâtiment unique construit d’un seul coup. Il s’est agrandi pendant des siècles autour d’une grande cour à ciel ouvert, avec des ailes de deux ou trois étages de chaque côté. Il comprenait des réserves, des ateliers, des sanctuaires, des salles de cérémonie, des logements ainsi qu’un système élaboré de canalisations et de puits de lumière. Une ville composée de maisons, de routes et de cimetières l’entourait.
Cnossos est aussi l’un des plus anciens lieux de peuplement d’Europe. Des habitants se sont installés sur la colline vers 7000 av. J.-C., au Néolithique. Les couches successives de leurs maisons ont formé un tertre de plusieurs mètres d’épaisseur avant la construction du premier palais.
Cnossos est important pour deux raisons. C’est un site essentiel pour comprendre les Minoens, qui ont développé la première civilisation urbaine complexe de la mer Égée. Par les mythes grecs, Cnossos nourrit aussi l’imaginaire européen depuis près de trois mille ans : c’est la demeure de Minos, de Dédale, du Minotaure et du Labyrinthe.
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Comment comprendre le palais
Le cœur du palais est la cour centrale, un rectangle pavé d’environ cinquante mètres de long, orienté approximativement du nord au sud. Chaque palais minoen possède une cour de ce type, probablement utilisée pour des rassemblements et des cérémonies. Toutes les ailes principales y donnent accès.
À l’ouest se trouvaient des pièces consacrées au stockage et aux rites. Un long couloir mène à d’étroites réserves où d’énormes jarres de terre cuite, appelées pithoi, contenaient de l’huile d’olive, du vin et des céréales. Des fosses revêtues de pierre dans le sol ont peut-être abrité des objets précieux. Près de la cour se trouve la salle dite du Trône : elle comporte un siège de pierre contre un mur, encadré de griffons peints, des bancs de pierre et un espace en contrebas qu’Evans a appelé « bassin lustral ». À proximité, dans de petits sanctuaires, Evans a découvert des figurines de femmes tenant des serpents.
À l’est, sur le versant de la colline, se trouve le secteur dit des appartements privés. Un grand escalier descendait sur plusieurs étages autour d’un puits de lumière, une ouverture qui apportait le jour et l’air frais aux pièces inférieures. Evans y a identifié le « mégaron du roi » et le « mégaron de la reine », ainsi qu’une pièce contenant ce qu’il interprétait comme une baignoire et des toilettes reliées au système d’évacuation. Ces noms correspondent aux interprétations d’Evans, pas à des désignations antiques.
Parmi les autres éléments remarquables figurent la façade ouest en grands blocs taillés, les entrées de cérémonie aux longs couloirs peints, les « cornes de consécration » en pierre (un symbole sacré en forme de paire de cornes de taureau) et les doubles haches, ou labrys, gravées sur des blocs. Une grande partie de ce que voient aujourd’hui les visiteurs, notamment les colonnes rouges qui s’amincissent vers le bas, est reconstruite. Ces reconstructions s’appuient toutefois sur les bases de colonnes d’origine et sur des représentations peintes de bâtiments minoens.
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La vie, l’art et la mer
Les peintres minoens décoraient les murs de fresques, peintes sur un enduit de chaux encore humide. Parmi les scènes célèbres de Cnossos figurent la fresque du saut de taureau, où des jeunes gens saisissent les cornes d’un taureau lancé au galop et passent par-dessus son dos ; la fresque de la Procession, avec des rangées de personnes portant des présents ; le Porteur de coupe ; la fresque des Dauphins ; et le personnage dit Prince aux lis. Des conventions de couleur distinguent les personnages : les hommes sont généralement peints en brun rouge, les femmes en blanc.
Les artisans minoens excellaient aussi dans les petits objets d’art. Ils gravaient dans des pierres dures des sceaux ornés de scènes minuscules, fabriquaient de fines poteries aux parois minces peintes d’animaux marins et de plantes, et produisaient des objets en faïence, en ivoire et en or. Un vase de pierre en forme de tête de taureau, découvert au Petit Palais de Cnossos, a des yeux en cristal de roche et portait autrefois des cornes recouvertes d’or.
Les Minoens vivaient de l’agriculture, de l’élevage et du commerce. La Crète produisait de l’huile d’olive, du vin, de la laine et des textiles, mais manquait de métaux. Ses navires traversaient donc la mer Égée et se rendaient à Chypre, au Levant et en Égypte. Des textes égyptiens mentionnent un pays appelé Keftiou, généralement identifié à la Crète, et des peintures dans des tombes égyptiennes du XVe siècle av. J.-C. montrent des habitants de Keftiou apportant des vases en présent.
Les taureaux sont partout dans l’art et la religion minoens : dans les scènes de saut de taureau, les cornes de consécration et les vases en forme de taureau. Cela peut aider à comprendre pourquoi les Grecs ont plus tard associé la Crète à un monstre à tête de taureau.
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Construction, destruction et reconstruction
Les archéologues divisent l’âge du bronze minoen en périodes minoennes ancienne, moyenne et récente. Evans et son assistant Duncan Mackenzie ont établi ce système à partir des styles de poterie. Le premier palais de Cnossos a été construit vers 1900 av. J.-C., à l’époque minoenne moyenne, en même temps que ceux de Phaistos et de Malia. Cette période des « anciens palais » a vu l’usage des hiéroglyphes crétois et de la céramique de Camarès, fine et colorée.
Vers 1700 av. J.-C., les palais ont subi de graves dommages, probablement causés par des tremblements de terre. Ils ont été reconstruits à une échelle plus grande : c’est le début de la période des « nouveaux palais », ou période néopalatiale, qui marque l’apogée de la civilisation minoenne. La plupart des vestiges visibles aujourd’hui à Cnossos datent de cette phase. Le linéaire A était alors la principale écriture administrative.
Pendant cette période, probablement au XVIe siècle av. J.-C., le volcan de l’île de Théra (Santorin), à environ 110 km au nord de la Crète, est entré en éruption avec une force considérable. Il a enseveli la ville minoenne d’Akrotiri, sur Théra, et provoqué des tsunamis et des retombées de cendres en Crète. Sa date exacte est discutée. L’éruption n’a pas immédiatement mis fin à la civilisation minoenne : Cnossos a continué d’exister et a même prospéré.
Vers 1450 av. J.-C., de nombreux sites crétois ont été détruits par des incendies. Cnossos, moins touché, est resté le principal centre de l’île, mais son administration utilisait désormais le linéaire B, une écriture adaptée à la langue grecque. Cela indique que des Grecs mycéniens venus du continent avaient pris le contrôle du palais, ou du moins qu’une élite de langue grecque le dirigeait. La destruction finale du palais est habituellement située au XIVe siècle av. J.-C., vers 1375-1350 av. J.-C., bien que certains chercheurs proposent une date plus tardive. Des habitants ont continué à vivre à Cnossos et, au Ier millénaire av. J.-C., la cité est devenue l’une des principales cités grecques de Crète.
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Qui gouvernait ? Société et religion
Comme le linéaire A ne peut pas être lu, nous savons peu de choses directement sur la politique minoenne. Evans imaginait un roi-prêtre régnant depuis Cnossos sur un empire insulaire pacifique, une « Pax Minoica ». Il a même proposé l’idée d’une thalassocratie, ou domination de la mer, en écho à l’historien grec Thucydide, qui écrivait que Minos avait été le premier à créer une flotte. Les archéologues actuels sont plus prudents. On ignore si la Crète était unifiée sous l’autorité de Cnossos, si les palais étaient des centres indépendants et comment le pouvoir était réparti.
Fait inhabituel dans l’art de l’âge du bronze, les images minoennes montrent rarement un roi, des batailles ou des dirigeants frappant leurs ennemis. Elles représentent plutôt des processions, des cérémonies, la nature et de nombreuses femmes occupant des rôles importants, souvent comme prêtresses ou figures divines. Certains en ont déduit que les femmes détenaient une autorité religieuse particulière, mais l’ancienne idée d’une société matriarcale n’est pas étayée par des preuves claires.
La religion minoenne se pratiquait dans les palais, les sanctuaires domestiques, les grottes et les sanctuaires de sommet, où les fidèles déposaient des figurines en terre cuite. Parmi ses symboles importants figurent la double hache, les cornes de consécration, les arbres et les piliers sacrés. Les figurines de la « déesse aux serpents » découvertes à Cnossos en 1903 comptent parmi les objets minoens les plus célèbres, même si leur signification exacte fait débat.
L’image de Minoens pacifiques a été remise en question par la découverte d’armes, de fortifications sur certains sites et d’indices possibles de sacrifices humains. À Cnossos, des fouilles menées vers 1980 ont révélé des ossements d’enfants portant des marques de découpe dans un bâtiment de la période minoenne récente. Certains y voient la trace d’une pratique rituelle ; d’autres proposent des explications différentes. Ce débat montre à quel point la vision initiale d’Evans influence encore les questions que posent les archéologues.
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L’écriture à Cnossos : hiéroglyphes, linéaire A et linéaire B
Trois écritures de l’âge du bronze ont été retrouvées à Cnossos. Les hiéroglyphes crétois, employés surtout sur des sceaux, apparaissent à la période des anciens palais. Le linéaire A, une écriture syllabique inscrite sur des tablettes d’argile, des empreintes de sceaux, des tables d’offrandes en pierre et des objets métalliques, était utilisé dans toute la Crète à la période néopalatiale. Aucune de ces deux écritures n’a été déchiffrée, et la langue minoenne qu’elles transcrivent demeure inconnue.
Evans a également découvert des milliers de tablettes et de fragments d’argile portant une troisième écriture, qu’il a nommée linéaire B. Ces tablettes étaient en argile crue et n’ont survécu que parce que l’incendie qui a détruit le palais les a durcies par la chaleur. En 1952, l’architecte Michael Ventris, s’appuyant sur les analyses d’Alice Kober et travaillant avec le philologue John Chadwick, a montré que le linéaire B transcrivait une forme ancienne de grec, aujourd’hui appelée grec mycénien.
Ce déchiffrement a transformé notre connaissance de l’histoire de Cnossos. Les tablettes sont des documents administratifs : listes de personnes, de moutons et de laine, de textiles, de chars et d’armures, de terres et d’offrandes aux dieux. Certains noms divins sont connus dans la religion grecque plus tardive, comme Zeus et Athéna. Une tablette de Cnossos mentionne une offrande de miel à la « Maîtresse du Labyrinthe » (da-pu2-ri-to-jo po-ti-ni-ja), ce qui montre que le mot « labyrinthe » était déjà associé à Cnossos à l’âge du bronze.
Le linéaire B prouve que Cnossos était administré en grec pendant sa dernière phase palatiale. Il soulève aussi une difficile question de chronologie, examinée plus bas : à quelle date précise les tablettes en linéaire B ont-elles été écrites et le palais détruit ?
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Du palais au mythe : Minos et le Labyrinthe
Les mythes grecs parlent de Minos, puissant roi de Crète et fils de Zeus et d’Europe. Son épouse Pasiphaé donna naissance au Minotaure, un monstre à tête de taureau que Minos enferma dans le Labyrinthe, un dédale construit par l’artisan Dédale. Athènes devait y envoyer des jeunes hommes et des jeunes femmes pour être dévorés par le monstre, jusqu’à ce que le héros athénien Thésée le tue avec l’aide d’Ariane, fille de Minos.
Homère connaissait déjà Cnossos. Dans l’Odyssée, la Crète est décrite comme une terre aux nombreuses villes, dont Cnossos, où régnait Minos. Dans l’Iliade, Idoménée, petit-fils de Minos, mène les Crétois à Troie. Ces poèmes ont été composés des siècles après la chute du palais, mais ils conservent le souvenir de l’importance de la Crète à l’âge du bronze.
Il est tentant de relier directement le mythe aux ruines : voir dans le palais aux nombreuses pièces le Labyrinthe, dans les sauts de taureau l’origine du récit du Minotaure et dans le nom de la double hache (labrys) la source du mot « labyrinthe ». Ces rapprochements sont séduisants mais incertains ; les linguistes discutent notamment l’étymologie fondée sur labrys. Il est toutefois clair que les Grecs associaient Cnossos à un puissant royaume ancien et que cette association a guidé les premiers fouilleurs vers le site.
Le mythe a connu une longue postérité, d’Ovide et des cartes médiévales aux minotaures de Picasso, puis aux romans et aux films modernes. Il fait de Cnossos l’un des lieux qui stimulent le plus l’imagination en Europe.
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Les fouilles et les reconstructions d’Evans
En 1878-1879, Minos Kalokairinos, commerçant et érudit originaire d’Héraklion, a creusé des tranchées d’essai sur le site et découvert des réserves pleines de pithoi. La Crète était alors sous domination ottomane, et la poursuite des fouilles a été empêchée. Heinrich Schliemann, qui avait fouillé Troie et Mycènes, a lui aussi tenté d’acheter le site, sans succès.
Après l’autonomie de la Crète, l’archéologue britannique Arthur Evans, qui avait acheté une partie du terrain, a commencé des fouilles à grande échelle en mars 1900 avec Duncan Mackenzie et une importante équipe d’ouvriers crétois. En quelques campagnes, ils ont mis au jour la majeure partie du palais. Evans a publié ses résultats dans The Palace of Minos at Knossos, en quatre volumes parus entre 1921 et 1935.
Evans est allé plus loin que les autres fouilleurs de son époque dans la reconstruction de ses découvertes. Pour protéger les ruines et aider les visiteurs à les comprendre, il a fait reconstruire des murs, des colonnes, des escaliers et des étages, surtout en béton armé dans les années 1920 et 1930. Il a aussi fait peindre des copies de fresques pour les placer sur les murs. Les artistes suisses Émile Gilliéron père et fils ont restauré de nombreuses fresques à partir de petits fragments.
Aujourd’hui, les reconstructions font partie de l’histoire du site et sont elles-mêmes protégées. Elles aident les visiteurs à imaginer un bâtiment à plusieurs étages, mais inscrivent aussi dans le béton les interprétations d’Evans. Certaines fresques restaurées, comme le Prince aux lis, réunissent des fragments qui n’appartenaient peut-être pas au même ensemble. Plusieurs noms de pièces reflètent également les hypothèses d’Evans sur la royauté et la religion.
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Débats : chronologie, tablettes en linéaire B et notion de « palais »
La date des archives en linéaire B. Evans situait la destruction du palais, et donc les tablettes en linéaire B, vers 1400 av. J.-C. Dans les années 1960, le philologue Leonard Palmer a contesté les relevés de fouilles d’Evans et de Mackenzie. Selon lui, les tablettes appartenaient à une destruction bien plus tardive, proche de celle de Pylos sur le continent (vers 1200 av. J.-C.). Le « débat Palmer-Boardman » qui s’est ensuivi a entraîné un réexamen approfondi des carnets de fouilles. La plupart des chercheurs acceptent aujourd’hui une date au XIVe siècle av. J.-C. pour les principales archives, mais les tablettes de la salle des Tablettes des chars pourraient être antérieures. L’occupation et l’administration plus tardives de Cnossos restent également discutées.
L’éruption de Théra. Les datations au carbone 14, notamment celle d’une branche d’olivier enfouie à Théra, tendent à indiquer la fin du XVIIe ou le XVIe siècle av. J.-C. Les correspondances archéologiques traditionnelles avec la chronologie égyptienne suggèrent plutôt le milieu du XVIe siècle ou une date plus tardive. De récentes révisions de la courbe d’étalonnage du carbone 14 ont réduit l’écart sans le faire disparaître. Ce débat touche aux dates absolues de toute la période néopalatiale, donc de la phase la plus célèbre de Cnossos.
Qu’était le « palais » ? Evans supposait qu’il s’agissait d’une résidence royale. De nombreux chercheurs se demandent aujourd’hui si un roi y vivait, si l’ensemble avait surtout une fonction religieuse, administrative ou collective, et si le modèle des palais du Proche-Orient convient à la Crète. Certains préfèrent des termes plus neutres, comme « bâtiment organisé autour d’une cour ». Les cours centrales évoquent de grandes cérémonies collectives, et les réserves, la collecte et la redistribution de biens, mais les liens entre ces fonctions restent discutés.
Minoens et Mycéniens. On ne sait toujours pas précisément comment des locuteurs du grec en sont venus à contrôler Cnossos : par conquête, par installation progressive ou par alliance avec les élites locales. L’étude des sépultures et des poteries, et plus récemment celle de l’ADN ancien, ont servi à examiner cette question. Elle rejoint le problème plus large des liens entre les cultures archéologiques, les langues et les populations.
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Vestiges, méthodes et conservation aujourd’hui
Une grande partie de nos connaissances sur Cnossos repose sur des fouilles menées au début du XXe siècle, avant l’apparition des méthodes d’enregistrement modernes. Evans et Mackenzie tenaient des carnets et des journaux de fouilles, mais les informations sur la succession des couches étaient souvent incomplètes, et de nombreux dépôts ont été entièrement retirés. D’autres archéologues, travaillant pour l’École britannique d’Athènes et le Service archéologique grec, ont depuis réexaminé certaines parties du site, fouillé sous les sols et dans la ville alentour, puis étudié à nouveau les objets conservés.
Les méthodes scientifiques apportent désormais beaucoup. La datation au carbone 14 affine la chronologie ; les analyses pétrographiques et chimiques des poteries et de l’argile permettent de retracer les échanges ; l’étude des ossements animaux et des restes végétaux éclaire l’alimentation et l’économie ; les analyses isotopiques renseignent sur les déplacements ; et les prospections dans la vallée de Cnossos montrent comment la ville s’est développée. Les peintures murales sont étudiées au microscope et par l’analyse des pigments, ce qui aide à distinguer la peinture antique des restaurations modernes.
La conservation pose des problèmes particuliers. Les premières reconstructions en béton se sont dégradées, et le fer qui les renforce a rouillé. Les spécialistes doivent protéger à la fois les fragiles vestiges antiques et les reconstructions historiques, tout en accueillant un très grand nombre de visiteurs. Les autorités grecques ont mis en place des abris, des passerelles et des programmes de restauration.
En 2025, Cnossos a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO avec cinq autres sites crétois (Phaistos, Malia, Zakros, Zominthos et Kydonia) sous le nom de « Centres palatiaux minoens ». Cette inscription reconnaît les palais comme un ensemble et reflète l’idée actuelle selon laquelle Cnossos doit être compris au sein d’un réseau de centres minoens.
Idées clés
- Civilisation minoenne
- Civilisation de la Crète à l’âge du bronze, nommée par Evans d’après le roi Minos et connue pour ses palais, ses fresques, sa navigation et son commerce.
- Palais organisé autour d’une cour
- Les palais minoens s’organisaient autour d’une grande cour centrale, bordée d’ailes réservées au stockage, aux rites, au travail et à l’habitation.
- Destructions et reconstructions
- Cnossos a subi plusieurs dommages et reconstructions à la suite de séismes, d’incendies et de l’éruption de Théra.
- Écritures non déchiffrées
- Les hiéroglyphes crétois et le linéaire A ne peuvent toujours pas être lus ; l’histoire minoenne dépend donc surtout de l’archéologie.
- Prise de contrôle mycénienne
- Les tablettes en linéaire B montrent que des locuteurs du grec administraient Cnossos pendant sa dernière phase palatiale.
- Mythe et mémoire
- Les récits grecs sur Minos, le Minotaure et le Labyrinthe conservent un lointain souvenir de la Crète de l’âge du bronze.
- La reconstruction comme interprétation
- Les reconstructions en béton d’Evans influencent la manière dont les visiteurs voient le site et font désormais partie de son histoire.
Notices
- v. 7000 av. J.-C. — Premier établissement néolithique sur la colline de Képhala, à Cnossos.
- v. 1900 av. J.-C. — Construction du premier palais, ainsi que des palais de Phaistos et de Malia.
- v. 1700 av. J.-C. — Dégâts causés par un séisme ; le palais est reconstruit à une échelle plus grande (période néopalatiale).
- v. 1600 av. J.-C. — Éruption du volcan de Théra (Santorin) ; sa date exacte fait débat.
- v. 1450 av. J.-C. — Destructions sur de nombreux sites crétois ; Cnossos subsiste sous une administration de langue grecque (mycénienne) utilisant le linéaire B.
- v. 1375 av. J.-C. — Date généralement retenue pour la destruction finale du palais (vers 1375-1350 av. J.-C. ; certains proposent une date plus tardive).
- 1878 — Minos Kalokairinos mène les premières fouilles sur le site.
- 1900 — Arthur Evans commence les fouilles du palais à grande échelle.
- 1921 — Evans publie le premier volume de The Palace of Minos at Knossos (œuvre achevée en 1935).
- 1952 — Michael Ventris déchiffre le linéaire B et montre qu’il transcrit du grec.
- 2025 — Cnossos est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au sein des Centres palatiaux minoens.
Glossaire
- Âge du bronze
- Période où le bronze (un mélange de cuivre et d’étain) était le principal métal utilisé pour fabriquer outils et armes ; dans la région égéenne, environ 3100-1100 av. J.-C.
- Minoen
- Qui se rapporte à la civilisation de la Crète à l’âge du bronze ; terme moderne créé par Arthur Evans.
- Mycénien
- Qui se rapporte à la civilisation grecque de l’âge du bronze sur le continent, nommée d’après Mycènes.
- Fresque
- Peinture murale réalisée sur un enduit de chaux encore humide, de sorte que les couleurs adhèrent au mur.
- Pithos (pluriel : pithoi)
- Très grande jarre en terre cuite servant à conserver de l’huile, du vin ou des céréales.
- Puits de lumière
- Ouverture verticale à l’intérieur d’un bâtiment qui laisse entrer la lumière et l’air dans les pièces inférieures.
- Labrys
- Hache à double tranchant, symbole religieux important chez les Minoens.
- Cornes de consécration
- Symbole sacré minoen en forme de paire de cornes de taureau, placé sur des bâtiments et des autels.
- Linéaire A / linéaire B
- Deux écritures syllabiques apparentées de la région égéenne ; le linéaire A (minoen) n’est pas déchiffré, tandis que le linéaire B transcrit le grec mycénien.
- Néopalatial
- Période des « nouveaux palais » de la Crète minoenne, vers 1700-1450 av. J.-C., qui marque l’apogée de cette civilisation.
Questions et réponses
Y a-t-il vraiment eu un Labyrinthe avec un Minotaure ?
Le Minotaure appartient au mythe. Cependant, le palais était immense et ressemblait à un dédale, les taureaux jouaient un rôle important dans la religion minoenne, et une tablette de Cnossos datant de l’âge du bronze mentionne une « Maîtresse du Labyrinthe ». Le récit conserve donc peut-être de lointains souvenirs.
Pouvons-nous lire les écrits des Minoens ?
Pas encore. Le linéaire A et les hiéroglyphes crétois ne sont pas déchiffrés. Le linéaire B, utilisé à Cnossos à la fin de la période palatiale, peut être lu parce qu’il transcrit du grec.
Pourquoi les colonnes s’amincissent-elles vers le bas ?
Les colonnes minoennes étaient faites de troncs d’arbres, probablement placés à l’envers. Les reconstructions reproduisent la forme indiquée par les bases de colonnes d’origine et par les peintures minoennes.
L’éruption de Théra a-t-elle détruit la civilisation minoenne ?
Pas directement. Elle a causé de graves dégâts, mais Cnossos a continué d’exister longtemps après. Le déclin ultérieur a eu plusieurs causes qui font encore débat.
Quelle part de ce que voient les visiteurs est d’origine ?
Les fondations, les parties basses des murs, les sols et de nombreuses pierres sont d’origine. En revanche, les étages, les colonnes, les murs peints et beaucoup de toitures ont été reconstruits par l’équipe d’Evans au XXe siècle.
Cnossos était-il gouverné par un roi ?
Evans le pensait, mais l’art minoen représente rarement des dirigeants. Les chercheurs se demandent si Cnossos avait un roi, une élite sacerdotale ou une forme de pouvoir plus collective.
Pourquoi la date des tablettes en linéaire B fait-elle débat ?
Les relevés des premières fouilles étaient imparfaits. Les chercheurs ont donc discuté de la couche de destruction d’où proviennent les tablettes. La plupart situent aujourd’hui les principales archives au XIVe siècle av. J.-C.
Sources et lectures complémentaires
- Knossos. Wikipedia
- Minoan civilization. Wikipedia
- Linear B. Wikipedia
- Arthur Evans. Wikipedia
- Minoan eruption. Wikipedia
- Minoan Palatial Centres. UNESCO World Heritage Centre
- 크노소스. 위키백과
- Arthur Evans, The Palace of Minos at Knossos (4 vols.). Macmillan, 1921–1935
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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
