Patrimoine

Pueblo Bonito

Pueblo Bonito (Spanish, “beautiful village”)

v. 850–1150 apr. J.-C. · Canyon de Chaco (monde des Pueblos ancestraux et de Chaco)

En une phrase

Pueblo Bonito est un immense bâtiment de pierre en forme de D, comptant des centaines de pièces, dans le canyon de Chaco, au Nouveau-Mexique, construit sur environ 300 ans par les ancêtres des peuples pueblos d’aujourd’hui, qui considèrent toujours Chaco comme un lieu sacré et vivant.

Pueblo Bonito
Image: See below · Public domain · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Dans un canyon aride du Nouveau-Mexique se dresse un énorme bâtiment de pierre en forme de lettre D. Il compte des centaines de pièces, et certaines parties comptaient autrefois quatre ou cinq étages. On l’appelle Pueblo Bonito, ce qui signifie « beau village » en espagnol. Il fut construit par les ancêtres des peuples pueblos qui vivent encore aujourd’hui au Nouveau-Mexique et en Arizona.

Les bâtisseurs n’avaient ni outils en métal, ni roues, ni chevaux. Ils taillaient le grès en fines dalles et les assemblaient en murs bien ordonnés et décorés de motifs. Pour les toits, ils transportaient à pied des dizaines de milliers de grosses poutres depuis des forêts situées à des kilomètres de là.

À l’intérieur de la courbe du D se trouvaient des pièces rondes creusées dans le sol, appelées kivas. Certaines, les grandes kivas, étaient assez vastes pour accueillir de grands rassemblements. De nombreux peuples pueblos utilisent encore aujourd’hui les kivas pour la prière et les cérémonies.

Dans quelques pièces, les archéologues ont trouvé de merveilleux objets : des milliers de perles de turquoise bleu-vert, des coquillages venus de l’océan, de hautes jarres peintes qui contenaient autrefois des boissons au chocolat faites de cacao cultivé au loin, au Mexique, et les plumes et les os de perroquets tropicaux appelés aras, aux couleurs vives. Chaco était donc relié à des lieux très éloignés.

Les peuples pueblos disent que Chaco n’a pas été un lieu simplement abandonné. Leurs ancêtres se sont installés dans de nouveaux foyers, en emportant leur savoir avec eux, et ils croient que les esprits des ancêtres sont encore présents là-bas. C’est pourquoi beaucoup demandent aux visiteurs de traiter Chaco avec un profond respect.

En bref

Construction
Par étapes vers 850-1150 apr. J.-C., sur environ 300 ans (les premières dates dendrochronologiques remontent aux années 800)
Lieu
Côté nord du canyon de Chaco, parc historique national de la culture Chaco, comté de San Juan, Nouveau-Mexique, États-Unis
Bâtisseurs
Le peuple pueblo ancestral (Ancestral Puebloans), ancêtres des peuples pueblos d’aujourd’hui, dont les Hopis, les Zunis, les Acomas, les Lagunas et les pueblos du Rio Grande
Taille
Environ 1 à 1,2 hectare (2-3 acres) ; estimations de 650 à 800 pièces ; jusqu’à quatre ou cinq étages ; des dizaines de kivas, dont deux grandes kivas
Plan
Grande maison en forme de D, divisée par un mur nord-sud traversant sa place centrale
Découvertes notables
Riches sépultures dans la pièce 33 avec des milliers d’ornements de turquoise et de coquillage ; plus de 100 jarres cylindriques, certaines avec des résidus de cacao ; restes d’aras
Statut
Fait partie de la culture Chaco, site du patrimoine mondial de l’UNESCO (1987) ; sacré pour de nombreuses nations pueblos et autres nations autochtones

Facile

Qu’est-ce que Pueblo Bonito ?

Pueblo Bonito est la plus grande et la plus connue des « grandes maisons » du canyon de Chaco, dans le nord-ouest du Nouveau-Mexique. Ces immenses bâtiments de maçonnerie à plusieurs étages furent construits par le peuple pueblo ancestral entre le milieu des années 800 et le milieu des années 1100, période où Chaco devint le centre d’un réseau de communautés réparties sur une grande partie de la région des Four Corners, où se rencontrent aujourd’hui le Nouveau-Mexique, l’Arizona, le Colorado et l’Utah.

Le bâtiment a la forme d’un immense D. Son mur arrière incurvé fait face au nord, vers la falaise du canyon, et sa façade droite regarde vers le sud, de l’autre côté du canyon. À l’intérieur de ses murs se trouvent des centaines de pièces rectangulaires, empilées jusqu’à quatre ou cinq étages à l’arrière, et des dizaines de pièces rondes et partiellement souterraines appelées kivas, disposées autour de places à ciel ouvert. Le Service des parcs nationaux le qualifie de site culturel le plus minutieusement étudié du canyon de Chaco.

Le nom n’est pas un nom ancestral. En 1849, une expédition de l’armée américaine dirigée par le lieutenant James H. Simpson fut guidée à travers le canyon par Carravahal, un homme de San Ysidro, au Nouveau-Mexique, qui donna à plusieurs ruines leurs noms espagnols, dont Pueblo Bonito, « beau village ». Les peuples pueblos ont leurs propres noms et récits pour Chaco et ses lieux, dont certains sont conservés au sein de leurs communautés.

Pour de nombreuses nations autochtones, Pueblo Bonito n’est pas une ruine mais fait partie d’un paysage ancestral vivant. Le parc reconnaît plus de deux douzaines de tribus et de pueblos ayant des liens traditionnels avec Chaco, et demande aux visiteurs de venir avec respect.

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Facile

Comment « lire » la grande maison : pièces, kivas et places

La plupart des pièces de Pueblo Bonito sont rectangulaires, petites et sombres, reliées par des portes plutôt qu’ouvertes sur l’extérieur. De nombreuses pièces intérieures n’avaient pas de foyer et semblent avoir servi au stockage ou à des usages particuliers plutôt qu’à l’habitat familial. Certaines portes ont une forme de T, un trait distinctif de l’architecture chacoane. Les pièces arrière s’élèvent en terrasses vers la falaise, si bien que le bâtiment descend en marches vers la place.

Les kivas sont des pièces rondes, généralement partiellement enterrées, dont on accède par le toit, équipées d’un banc, d’un foyer et d’un conduit de ventilation. Pueblo Bonito compte des dizaines de petites kivas et deux grandes kivas, beaucoup plus vastes et pouvant accueillir de nombreuses personnes pour des cérémonies communautaires. Chez les peuples pueblos actuels, les kivas restent des lieux importants de prière et de cérémonie, si bien que ce que l’on sait d’elles par la tradition vivante est partagé ou non selon la discrétion des communautés.

Un mur droit court du nord au sud à travers la place centrale, divisant le bâtiment en deux moitiés presque symétriques, chacune avec sa propre grande kiva. Certains chercheurs relient cette division à l’organisation sociale duale que l’on retrouve dans plusieurs communautés pueblos actuelles, où un village est divisé en deux groupes complémentaires, bien que de tels liens à travers neuf siècles relèvent de l’interprétation.

Le bâtiment est aligné avec une précision remarquable. Le mur nord-sud est proche du nord vrai, et le mur sud droit court presque est-ouest, s’alignant ainsi sur le lever et le coucher du soleil aux équinoxes. D’autres éléments de Chaco se rapportent aux solstices et au cycle lunaire de 18,6 ans, ce qui témoigne d’une observation attentive et prolongée du ciel.

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Facile

Comment il fut construit

Pueblo Bonito fut planifié et construit en plusieurs étapes majeures. Il débuta dans les années 800 comme un arc de pièces plus modeste et s’agrandit sur trois siècles, avec les plus grandes expansions au XIe siècle et au début du XIIe siècle, période où la forme en D fut achevée et où le bâtiment atteignit sa pleine hauteur. Comme les poutres de bois peuvent être datées en comptant leurs cernes de croissance (dendrochronologie), les archéologues connaissent les dates de nombreuses phases de construction avec une précision inhabituelle.

Les murs ont un noyau de pierre brute et de mortier de boue, revêtu des deux côtés de grès soigneusement posé. Dans les phases ultérieures, les maçons utilisèrent des motifs de gros blocs alternant avec des bandes de fines pierres tabulaires, créant de belles surfaces texturées. Ces murs étaient à l’origine recouverts de plâtre, si bien que les motifs n’étaient peut-être pas visibles ; leur soin suggère une fierté du métier ou des significations que nous ne comprenons pas pleinement.

Le canyon de Chaco compte peu d’arbres, pourtant les grandes maisons exigeaient d’énormes quantités de bois pour les poutres et les toits. Des études du bois montrent que de nombreuses grumes furent coupées dans des forêts de montagne situées à des dizaines de kilomètres et transportées jusqu’au canyon, probablement sur les épaules des hommes, puisqu’il n’y avait pas d’animaux de trait. Le travail nécessaire pour extraire la pierre, préparer le mortier et transporter le bois indique une société capable d’organiser des projets vastes et durables.

La falaise du canyon derrière Pueblo Bonito présentait un danger. Une énorme dalle de roche, connue sous le nom de Threatening Rock (en navajo, tsé biyaa anii’áhí, « brèche de la roche penchée »), s’écartait de la falaise. Les Chacoans construisirent des soutiens à sa base. En janvier 1941, elle finit par tomber, écrasant une partie du mur arrière et un certain nombre de pièces.

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Intermédiaire

Le monde chacoan : routes, grandes maisons et échanges

Pueblo Bonito était l’une d’environ quinze grandes maisons dans le canyon central et ses environs, dont Chetro Ketl, Pueblo Alto, Peñasco Blanco et Una Vida, avec des établissements plus petits. Vers 1050, Chaco était relié à plus de 150 grandes maisons réparties dans la région, souvent appelées « satellites » (outliers), construites dans le même style.

Des routes droites et aménagées rayonnaient depuis le canyon, certaines s’étendant sur de longues distances à travers le paysage, avec des rampes et des escaliers taillés dans les falaises. Leur usage exact est débattu : elles ont pu servir au déplacement et au transport, mais leur rectitude, même là où elle n’est pas pratique, suggère aussi des significations cérémonielles ou symboliques, reliant peut-être des lieux importants.

Chaco était un centre d’échanges. Environ 200 000 morceaux de turquoise ont été retrouvés sur les sites de Chaco, une grande partie travaillée dans le canyon même. Des coquillages venaient de la côte pacifique et du golfe de Californie. Pueblo Bonito contenait aussi des objets venus de Méso-Amérique, loin au sud : des grelots de cuivre, des restes d’aras écarlates, et des jarres cylindriques portant des traces de cacao. Cela montre que Chaco faisait partie de réseaux s’étendant sur plus de 1 900 km.

Le climat a façonné l’histoire de Chaco. Le canyon est aride, avec des saisons de croissance courtes et des pluies incertaines. Les Chacoans cultivaient maïs, haricots et courges à l’aide de systèmes de contrôle de l’eau qui captaient le ruissellement des falaises. Une période de précipitations relativement favorables au XIe siècle coïncida avec la construction la plus intense, et une sécheresse sévère débutant dans les années 1130 coïncida avec la fin des grandes constructions.

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Intermédiaire

Qui vivait à Pueblo Bonito, et pourquoi fut-il construit ?

Les premiers visiteurs imaginaient Pueblo Bonito comme un immeuble bondé abritant plus d’un millier de personnes. La plupart des archéologues pensent aujourd’hui que bien moins de gens y vivaient à l’année. Le compte des foyers et des pièces d’habitation suggère peut-être quelques dizaines de foyers, soit environ 50 à 100 personnes, bien que des nombres bien plus élevés aient pu se rassembler à certains moments pour des cérémonies, des festins ou des échanges.

Cela a conduit de nombreux chercheurs à voir Pueblo Bonito et les autres grandes maisons comme des centres cérémoniels, politiques et de stockage plutôt que comme des villages ordinaires. Des pèlerins venus des communautés environnantes ont pu venir à Chaco pour des rassemblements saisonniers, apportant biens et travail. De grands monticules devant Pueblo Bonito, contenant de la poterie brisée et d’autres matériaux, ont été interprétés soit comme des dépotoirs, soit comme les vestiges de festins rituels et de dépôts délibérés.

Les sépultures les plus riches jamais trouvées dans le Sud-Ouest américain proviennent de la pièce 33, dans la partie la plus ancienne du bâtiment. Quatorze personnes y furent enterrées sur environ 330 ans. Une sépulture précoce d’un homme était accompagnée de milliers de perles et de pendentifs de turquoise et de coquillage qui formaient autrefois des colliers, des bracelets de cheville et des bracelets. Une autre pièce voisine contenait plus d’une centaine de hautes jarres cylindriques, une forme presque unique à Pueblo Bonito ; des tests chimiques publiés en 2009 ont trouvé des résidus de cacao, une plante méso-américaine, dans certaines d’entre elles, suggérant une consommation rituelle de boissons au chocolat.

Les descendants pueblos décrivent souvent Chaco comme un lieu de rassemblement spécial où de nombreux peuples et clans se réunissaient pour partager cérémonies, savoirs et traditions, y compris la connaissance des saisons et du Soleil et de la Lune. Cette perspective met l’accent sur la coopération et le savoir partagé, et elle s’accorde bien avec les preuves archéologiques de rassemblements périodiques.

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Intermédiaire

Communautés descendantes : Chaco comme lieu vivant

Le peuple qui a construit Pueblo Bonito n’a pas disparu. L’archéologie, la tradition orale et la génétique s’accordent : leurs descendants sont les peuples pueblos d’aujourd’hui, dont les Hopis en Arizona, les Zunis, les Acomas et les Lagunas, ainsi que les pueblos de langue keres, tewa, tiwa et towa de la vallée du Rio Grande. Les traditions claniques hopies, et les traditions à Acoma, Zuni, Zia, Laguna et ailleurs, décrivent des clans migrant à travers Chaco au cours de leurs voyages. Les Hopis appellent les ancêtres Hisatsinom, « le peuple ancien ».

De nombreux peuples pueblos s’opposent au terme archéologique plus ancien « Anasazi », un mot navajo souvent traduit par « ancêtres des ennemis », et préfèrent « pueblo ancestral » (Ancestral Pueblo ou Ancestral Puebloan). Ils rejettent aussi l’idée populaire selon laquelle Chaco aurait été mystérieusement « abandonné ». À leurs yeux, les ancêtres se sont délibérément déplacés, comme le décrivent leurs traditions migratoires, et le lieu est encore habité par des esprits ancestraux. Comme l’a dit l’éducateur laguna et zuni Jon Ghahate : Chaco « n’est pas une ruine. Ce n’est pas un parc. C’est le commencement de qui nous sommes. »

Les chercheurs pueblos mettent aussi en garde contre les limites du savoir extérieur. Le chercheur hopi Phillip Tuwaletstiwa a fait remarquer que même si Chaco a été « étudié à mort », on sait en réalité très peu de choses de sa religion, de sa gouvernance, de sa langue et de son organisation sociale. Certains savoirs sont conservés au sein des communautés et ne sont pas destinés à être partagés publiquement, et les chercheurs extérieurs sont censés le respecter.

Les Navajos (Diné), dont le territoire entoure aujourd’hui Chaco, ont aussi des liens profonds avec le canyon. Plus de 750 sites archéologiques navajos sont connus dans le parc, de la période antérieure à la colonisation espagnole jusqu’au XXe siècle, et les traditions orales diné décrivent des interactions entre les ancêtres diné et le peuple des grandes maisons, y compris une histoire bien connue d’un puissant Joueur (Gambler) associé à Chaco. Les familles navajos vivant dans le canyon furent déplacées au cours du XXe siècle, mais leurs descendants entretiennent des liens avec le lieu. Le parc consulte les Navajos, les Hopis, les Pueblos et d’autres tribus par l’intermédiaire d’un Comité de consultation amérindien créé en 1991.

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Intermédiaire

La fin de la construction, les fouilles et la protection

La construction majeure à Pueblo Bonito prit fin au début du XIIe siècle. Pendant la longue sécheresse qui débuta vers 1130, le rôle de Chaco comme centre régional s’estompa, et les gens se déplacèrent de plus en plus vers d’autres lieux, dont Aztec et Mesa Verde au nord et les régions du Rio Grande, du Rio Puerco, du Little Colorado et hopi au sud et à l’ouest. La poterie montre que Pueblo Bonito fut légèrement utilisé jusque dans les années 1200. Le stress environnemental, dont la déforestation et l’érosion des champs, s’est probablement combiné à des changements sociaux et religieux.

En 1896, Richard Wetherill, un éleveur, et George H. Pepper, travaillant pour l’American Museum of Natural History, commencèrent des fouilles à Pueblo Bonito financées par les collectionneurs new-yorkais Talbot et Frederick Hyde (l’expédition d’exploration Hyde). Sur quatre saisons, jusqu’en 1900, ils dégagèrent environ 190 pièces et expédièrent de nombreux objets à New York. L’inquiétude suscitée par de telles fouilles contribua à l’adoption de l’Antiquities Act américain de 1906 et à la proclamation du monument national du canyon de Chaco en 1907.

Dans les années 1920, Neil Judd dirigea de grandes fouilles pour la National Geographic Society, dégageant une grande partie du reste du bâtiment et étudiant son développement architectural. Des travaux ultérieurs menés par le Chaco Project du Service des parcs nationaux dans les années 1970 et 1980, et une nouvelle analyse plus récente d’anciennes collections, ont transformé la compréhension de Chaco. En 1980, le monument devint le parc historique national de la culture Chaco, et en 1987, il fut inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

La protection de Chaco reste une question vive. Le développement pétrolier et gazier dans le bassin de San Juan qui entoure le site a menacé des sites archéologiques et des paysages sacrés en dehors du parc. Le Conseil de gouverneurs de tous les pueblos et d’autres dirigeants tribaux ont fait campagne pour une zone tampon autour du parc ; en 2023, le ministère américain de l’Intérieur a agi pour retirer les terres fédérales situées dans un rayon d’environ 10 miles autour du parc de tout nouveau bail pétrolier et gazier. Les points de vue au sein des communautés autochtones ne sont pas uniformes, car certains ayants droit navajos détiennent des droits miniers dans la zone.

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Avancé

Débats scientifiques : quel genre de société était Chaco ?

Hiérarchie ou rituel communautaire ? Les archéologues sont depuis longtemps en désaccord sur l’organisation sociale de Chaco. Certains y voient une société hiérarchique dirigée par une élite dominante, s’appuyant sur les grandes maisons monumentales, le système routier, la concentration de turquoise et d’objets exotiques, et les riches sépultures de la pièce 33. D’autres soulignent l’absence de palais, d’imagerie royale ou de preuves claires de coercition, et interprètent Chaco comme un centre rituel soutenu par le pèlerinage, le festin et le travail communautaire, plus cohérent avec les valeurs relativement égalitaires des sociétés pueblos historiques.

L’étude de la dynastie matrilinéaire. En 2017, une équipe dirigée par Douglas Kennett et Stephen Plog a publié de l’ADN ancien issu des sépultures de la pièce 33 dans Nature Communications, constatant que neuf individus partageaient le même ADN mitochondrial, hérité par la lignée féminine, sur environ 330 ans (env. 800-1130 apr. J.-C.). Ils y voyaient la preuve d’une lignée matrilinéaire d’élite, en accord avec l’importance des clans matrilinéaires dans de nombreuses sociétés pueblos actuelles. Des critiques ont demandé si une ascendance maternelle commune prouvait réellement un pouvoir hérité.

Éthique de la recherche. La même étude devint un point de débat sur la recherche menée sur des restes ancestraux. Comme le musée détenant les restes avait conclu que la loi fédérale de rapatriement (NAGPRA) ne s’appliquait pas, aucune consultation formelle avec les tribus descendantes n’eut lieu avant la publication. Des chercheurs comme la juriste Rebecca Tsosie et l’archéologue Ruth Van Dyke ont critiqué cela, soutenant que la légalité ne rendait pas la recherche éthique ; un membre de l’équipe a plus tard décrit des efforts pour associer les communautés du Sud-Ouest. Cet épisode a encouragé une recherche plus collaborative, dans laquelle les communautés descendantes contribuent à façonner les questions et à décider ce qui peut être étudié.

La portée plus large de Chaco. Les propositions sur l’importance régionale de Chaco vont de modestes à ambitieuses. L’hypothèse du « méridien de Chaco » de Stephen Lekson soutenait que Chaco, Aztec et le centre plus tardif de Paquimé, au Chihuahua, étaient délibérément alignés sur une ligne nord-sud, reflétant une continuité du pouvoir politique ; de nombreux archéologues considèrent cela comme non prouvé. De même, l’étendue de l’influence méso-américaine, attestée par les aras, les grelots de cuivre et le cacao, est débattue : s’agissait-il de signes de contact direct, d’échanges à longue distance à travers de nombreux intermédiaires, ou de dirigeants chacoans puisant dans un prestige lointain ?

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Avancé

Preuves et méthodes

Les cernes des arbres. Chaco est l’une des régions archéologiques les mieux datées du monde grâce à la dendrochronologie. Des milliers de poutres de bois donnent des dates de coupe, parfois à l’année exacte, permettant aux chercheurs de reconstituer en détail les séquences de construction de Pueblo Bonito. L’analyse chimique du bois (isotopes de strontium) a aidé à identifier les chaînes de montagnes lointaines où le bois fut coupé.

D’anciennes fouilles, de nouvelles questions. Une grande partie de Pueblo Bonito fut fouillée entre 1896 et les années 1920 selon des méthodes qui enregistraient bien moins de contexte que l’archéologie moderne. Les chercheurs réexaminent aujourd’hui les notes, photographies et collections de musées archivées pour répondre à de nouvelles questions, par exemple sur les jarres cylindriques, les aras ou les dates des sépultures. Ce travail montre à la fois la valeur et les limites des anciens registres de fouille.

Les données environnementales. Le pollen, les nids fossilisés de rats des bois, les carottes de sédiments et les registres climatiques dendrochronologiques permettent de reconstituer les précipitations, la végétation et les conditions agricoles, aidant à tester des théories sur la sécheresse et le changement environnemental. Ces données montrent une corrélation entre climat et histoire de Chaco, mais expliquer les décisions humaines exige plus que le seul climat.

Le savoir autochtone. Les traditions orales, les histoires de migration claniques et les liens cérémoniels persistants avec Chaco sont de plus en plus reconnus comme des sources de connaissance historique à part entière. Les chercheurs descendants soulignent que la science et les récits traditionnels peuvent parfois s’accorder, parfois diverger, sans que l’un n’invalide simplement l’autre. Les intégrer avec respect, y compris en acceptant que certains savoirs ne sont pas partagés, est l’un des défis centraux des études chacoanes aujourd’hui.

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Idées clés

Grande maison
Un grand bâtiment de maçonnerie planifié, à plusieurs étages, du monde chacoan, utilisé pour la cérémonie, le stockage et la résidence de l’élite autant que pour l’habitat ordinaire.
Kiva
Une pièce ronde, souvent souterraine, à usage cérémoniel ; les grandes kivas servaient des communautés entières, et les kivas restent importantes dans la vie pueblo.
Réseau chacoan
Routes, grandes maisons satellites et échanges reliaient Chaco à des communautés à travers la région des Four Corners et au-delà.
Observation du ciel
Des alignements précis avec les points cardinaux, les équinoxes, les solstices et les cycles lunaires reflètent une connaissance astronomique de long terme.
Migration, non disparition
Les traditions pueblos et l’archéologie s’accordent : le peuple de Chaco s’est déplacé, et ses descendants vivent aujourd’hui.
Lieu ancestral vivant
Pour de nombreuses nations autochtones, Chaco est sacré et encore habité par des esprits ancestraux, non une ruine.
Éthique de la recherche
Le travail sur les restes ancestraux et les sites sacrés exige de plus en plus la consultation et la collaboration avec les communautés descendantes.

Notices

  1. v. 828 apr. J.-C. — Les plus anciennes dates dendrochronologiques associées à la première phase de Pueblo Bonito.
  2. v. 850 apr. J.-C. — La construction du premier arc de pièces commence.
  3. v. 1050 — Chaco est relié à plus de 150 grandes maisons à travers la région ; grandes expansions de Pueblo Bonito.
  4. v. 1130 — Une longue sécheresse débute ; la construction majeure à Chaco cesse et les gens migrent de plus en plus vers d’autres lieux.
  5. 1849 — L’expédition du lieutenant James H. Simpson, guidée par Carravahal, consigne les ruines de Chaco et nomme Pueblo Bonito.
  6. 1896 — L’expédition d’exploration Hyde (Wetherill et Pepper) commence à fouiller Pueblo Bonito (jusqu’en 1900).
  7. 1907 — Le monument national du canyon de Chaco est proclamé.
  8. v. 1921 — Neil Judd commence les fouilles de la National Geographic Society à Pueblo Bonito (jusque dans les années 1920).
  9. 1941 — Threatening Rock s’effondre, détruisant une partie du mur arrière et des pièces (janvier).
  10. 1980 — Le monument est agrandi et devient le parc historique national de la culture Chaco.
  11. 1987 — La culture Chaco est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
  12. 2017 — Une étude d’ADN ancien sur la pièce 33 est publiée, suscitant un débat sur la consultation des tribus descendantes.

Glossaire

Peuple pueblo ancestral
Les ancêtres des peuples pueblos d’aujourd’hui, qui construisirent Chaco et de nombreux autres sites ; terme préféré à l’ancien mot « Anasazi ».
Pueblo
Espagnol pour « village » ; aussi le nom de nations autochtones du Nouveau-Mexique et de l’Arizona et de leurs communautés.
Grande maison
Un grand bâtiment de maçonnerie planifié, caractéristique du monde chacoan.
Kiva
Une pièce ronde à usage cérémoniel, souvent partiellement souterraine.
Grande kiva
Une kiva particulièrement vaste utilisée pour des cérémonies communautaires.
Dendrochronologie
La datation du bois par la correspondance des motifs de cernes annuels.
Satellite (outlier)
Une grande maison en dehors du canyon de Chaco construite dans le style chacoan et reliée au canyon.
Matrilinéaire
Qui retrace la descendance et l’héritage par la lignée maternelle.
NAGPRA
La loi américaine de 1990 sur la protection et le rapatriement des tombes amérindiennes.
Hisatsinom
Terme hopi pour les ancêtres, signifiant « le peuple ancien ».
Jarre cylindrique
Un récipient de poterie haut et étroit trouvé surtout à Pueblo Bonito, certains contenant des résidus de cacao.

Questions et réponses

Le peuple de Chaco a-t-il disparu ?

Non. Il s’est déplacé vers d’autres lieux au fil du temps, et ses descendants sont les peuples pueblos d’aujourd’hui, dont les Hopis, les Zunis, les Acomas, les Lagunas et les pueblos du Rio Grande.

Combien de personnes vivaient à Pueblo Bonito ?

Probablement bien moins qu’on ne le pensait autrefois, peut-être 50 à 100 personnes à l’année, bien que beaucoup plus aient pu s’y rassembler pour des cérémonies.

Qu’est-ce qu’une kiva ?

Une pièce ronde, souvent souterraine, utilisée pour les cérémonies. Les kivas restent importantes dans de nombreuses communautés pueblos aujourd’hui.

Pourquoi ne devrait-on pas appeler les bâtisseurs « Anasazi » ?

Le mot vient du navajo et se traduit souvent par « ancêtres des ennemis » ; de nombreux peuples pueblos le trouvent offensant et préfèrent « peuple pueblo ancestral ».

Les Chacoans buvaient-ils du chocolat ?

Des résidus de cacao, qui ne pousse que loin au sud en Méso-Amérique, ont été trouvés dans des jarres cylindriques de Pueblo Bonito, suggérant que oui, probablement lors de rituels.

Pueblo Bonito était-il gouverné par des rois ?

Rien ne prouve l’existence de rois au sens habituel. Les riches sépultures et l’ADN suggèrent une famille matrilinéaire importante, mais on débat de savoir si elle détenait un pouvoir politique.

Pourquoi l’étude d’ADN de 2017 fut-elle controversée ?

Les tribus descendantes ne furent pas consultées avant qu’elle soit menée et publiée, ce que de nombreux chercheurs et dirigeants autochtones ont jugé contraire à l’éthique, même si c’était légal.

Peut-on visiter Pueblo Bonito ?

Oui. Il se trouve dans le parc historique national de la culture Chaco, et les visiteurs peuvent traverser certaines pièces d’origine, mais on leur demande de le respecter comme un lieu sacré.

Sources et lectures complémentaires

  1. Pueblo Bonito. Wikipedia
  2. Pueblo Bonito. US National Park Service
  3. History & Culture, Chaco Culture National Historical Park. US National Park Service
  4. Chaco Culture National Historical Park. Wikipedia
  5. Ancestral Puebloans. Wikipedia
  6. Elizabeth Miller, Chaco Canyon’s Impact Continues to Expand. New Mexico Magazine, 2026
  7. Michael Balter, Ancient DNA Yields Unprecedented Insights into Mysterious Chaco Civilization. Scientific American, 2017
  8. Wade Campbell, The Diné History of Chaco Canyon. Archaeology Southwest, 2022
  9. Patricia L. Crown, W. Jeffrey Hurst, Evidence of cacao use in the Prehispanic American Southwest. Proceedings of the National Academy of Sciences 106, 2009
  10. Stephen H. Lekson, The Chaco Meridian: Centers of Political Power in the Ancient Southwest. AltaMira Press, 1999

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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