Guerre

Guerre de Genpei

源平合戦 (Genpei kassen) · 治承・寿永の乱 (Jishō–Juei no ran)

1180–1185 ·

En une phrase

La guerre de Genpei (1180–1185) est une guerre civile japonaise au cours de laquelle des guerriers ralliés à la famille Minamoto anéantissent la puissante famille Taira, ouvrant la voie au premier gouvernement des samouraïs, le shogunat de Kamakura.

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Pour les jeunes lecteurs

Il y a environ 850 ans, le Japon avait un empereur qui vivait dans la belle ville de Kyoto. Mais le pouvoir passait peu à peu aux samouraïs, des guerriers. Deux grandes familles de guerriers étaient rivales : les Taira, aussi appelés Heike, et les Minamoto, aussi appelés Genji. Le nom « Genpei » réunit le début de leurs noms prononcés à la manière chinoise : Gen pour Minamoto et Pei (Hei) pour Taira.

Le chef des Taira, Taira no Kiyomori, devint si puissant qu’il fit même de son petit-fils encore bébé un empereur. Beaucoup de gens étaient en colère. En 1180, un prince appela les Minamoto et d’autres guerriers à se soulever. La guerre éclata dans tout le Japon.

Minamoto no Yoritomo avait été envoyé dans l’est du Japon quand il était enfant. Il y rassembla des guerriers et installa sa base dans la ville de Kamakura. Son jeune frère Yoshitsune était un chef de guerre courageux et très habile. Les Taira quittèrent Kyoto avec le petit empereur et continuèrent à combattre dans l’ouest, mais ils perdirent bataille après bataille.

La dernière bataille eut lieu en mer, à Dan-no-ura, en 1185. Quand les Taira furent vaincus, la grand-mère de l’enfant empereur sauta dans la mer en le tenant dans ses bras. Il se noya. Une épée célèbre, l’un des trésors sacrés de l’empereur, disparut dans les vagues.

Après la guerre, Yoritomo devint le premier shogun à diriger durablement le Japon. Un shogun était un chef militaire. Les samouraïs gouvernèrent le Japon pendant près de 700 ans. Des conteurs aveugles racontaient la triste chute des Taira en jouant d’un instrument à cordes. Leur récit devint l’un des livres les plus aimés du Japon, Le Dit des Heike.

En bref

Dates
1180–1185 (les combats dans le nord-est se poursuivent jusqu’en 1189)
Lieu
Dans tout le Japon, de la région du Kantō à Kyoto, à la mer intérieure de Seto et au nord de Kyūshū
Principaux camps
Coalitions dirigées par les Minamoto (Yoritomo, Yoshinaka, Yoshitsune) contre les Taira (Kiyomori, puis Munemori)
Batailles décisives
Kurikara (1183), Ichi-no-Tani (1184), Yashima (1185), Dan-no-ura (1185)
Issue
Anéantissement de la puissance des Taira ; mort de l’empereur Antoku ; essor du shogunat de Kamakura
Autres noms
Guerre de Jishō–Juei (d’après les noms des ères), appellation préférée par de nombreux historiens japonais
Principales sources
Journaux de cour comme le Gyokuyō, la chronique Azuma Kagami, le Gukanshō et l’œuvre littéraire Le Dit des Heike

Facile

Qu’est-ce que la guerre de Genpei ?

La guerre de Genpei est une guerre civile qui touche l’ensemble du Japon entre 1180 et 1185. Elle porte le nom des deux grandes familles de guerriers au cœur du conflit : les Minamoto, dont le nom se lit Genji en lecture sino-japonaise, et les Taira, appelés Heike ou Heishi. La réunion de ces noms donne « Genpei ».

La guerre commence par une révolte contre Taira no Kiyomori, qui domine la cour impériale, et s’achève par l’anéantissement de sa famille lors de la bataille navale de Dan-no-ura, en 1185. Sa conséquence la plus importante à long terme est politique : Minamoto no Yoritomo établit à Kamakura, dans l’est du Japon, un nouveau gouvernement de guerriers. Ce premier shogunat partage le pouvoir avec la cour impériale de Kyoto.

Cette guerre est aussi l’un des événements les plus racontés de la culture japonaise. Depuis plus de huit siècles, Le Dit des Heike, le théâtre nô, le kabuki, la peinture et le cinéma reprennent l’histoire de ses héros et de ses tragédies.

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Facile

Le Japon avant la guerre : nobles de cour et guerriers

À la fin de l’époque de Heian (794–1185), le Japon est officiellement gouverné par l’empereur depuis la capitale, Heian-kyō (Kyoto). Dans les faits, le pouvoir est exercé par de puissantes familles de cour, surtout les Fujiwara, ainsi que par des empereurs retirés qui gouvernent en coulisses. Ce système est appelé insei (« gouvernement des empereurs retirés »). La capitale est un monde de poésie raffinée et de cérémonies, celui du Dit du Genji.

Dans les provinces, les propriétaires fonciers et les fonctionnaires locaux s’arment pour protéger leurs domaines et percevoir les impôts. Des groupes de guerriers se rassemblent autour de chefs d’ascendance noble. Les Taira et les Minamoto, deux lignées issues de la famille impériale, deviennent les plus importants. Les nobles de Kyoto font appel à eux comme forces de police et comme soldats.

Lors de deux brefs conflits dans la capitale, la rébellion de Hōgen en 1156 et la rébellion de Heiji en 1160, les forces guerrières tranchent des luttes au sein de la cour. Après 1160, Taira no Kiyomori devient le guerrier dominant, tandis que le chef des Minamoto, Yoshitomo, est tué. Ses jeunes fils sont épargnés : Yoritomo est exilé à Izu, dans l’est, et Yoshitsune, encore tout petit, est finalement envoyé dans un temple.

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Facile

Pourquoi la guerre a commencé

Kiyomori s’élève plus haut qu’aucun guerrier avant lui. En 1167, il devient grand chancelier (Daijō-daijin), la plus haute charge de la cour. Ses parents occupent de nombreux postes et administrent de nombreuses provinces. Sa fille Tokuko épouse l’empereur Takakura, et leur fils naît en 1178. Le Dit des Heike prête à un membre de la famille Taira cette vantardise : quiconque n’est pas un Taira ne compte guère comme une personne.

Les tensions s’aggravent avec l’empereur retiré Go-Shirakawa et les puissants temples bouddhiques. En 1179, Kiyomori mène un coup d’État : il destitue de nombreux fonctionnaires et assigne Go-Shirakawa à résidence. En 1180, il pousse Takakura à abdiquer et fait monter sur le trône son petit-fils, l’empereur Antoku, encore nourrisson. La même année, il transfère brièvement la capitale à Fukuhara, près de l’actuelle Kōbe. Cette décision impopulaire est annulée quelques mois plus tard.

En 1180, le prince Mochihito, un fils de Go-Shirakawa écarté de la succession au trône, appelle les Minamoto et d’autres guerriers à prendre les armes pour renverser les Taira. Sa révolte est rapidement écrasée à la bataille d’Uji, où lui-même et le vétéran Minamoto no Yorimasa trouvent la mort. Mais son appel s’est déjà répandu : des guerriers des provinces, dont Yoritomo dans l’est, se soulèvent.

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Intermédiaire

Le déroulement de la guerre, 1180–1183

Yoritomo se révolte à Izu à l’automne 1180. Vaincu à Ishibashiyama, il s’enfuit par mer vers la péninsule de Bōsō. De puissantes familles guerrières du Kantō le rejoignent cependant, dont beaucoup descendent elles-mêmes des Taira. Il établit son quartier général à Kamakura. Lorsqu’une armée Taira marche vers l’est, elle se retire de la rivière Fuji sans véritable bataille. Selon Le Dit des Heike, les Taira auraient fui, pris de panique lorsque des oiseaux aquatiques se sont envolés pendant la nuit ; ce récit a peut-être été embelli. Yoritomo choisit de consolider son autorité sur l’est plutôt que de marcher sur Kyoto.

La guerre ne se résume pas à un duel entre Yoritomo et les Taira. En 1180 et 1181, des soulèvements éclatent simultanément dans de nombreuses régions : les Genji de Kai, menés par Takeda Nobuyoshi dans les montagnes à l’ouest du Kantō ; Yoshinaka dans le Shinano ; ainsi que des guerriers locaux et des forces des temples dans l’Ōmi, à Kyūshū et à Shikoku. Chaque chef poursuit ses propres intérêts. Installés à Kyoto et dans l’ouest, les Taira doivent envoyer des armées dans plusieurs directions, alors que la famine rend leur ravitaillement difficile. La suprématie finale de Yoritomo sur les autres chefs Minamoto résulte de plusieurs années de rivalités ; elle n’était pas acquise au départ.

À la fin de 1180, des forces Taira commandées par Taira no Shigehira attaquent les puissants temples de Nara, qui ont soutenu les rebelles. Des incendies détruisent une grande partie du Tōdai-ji, dont la salle du Grand Bouddha, ainsi que le Kōfuku-ji. Au début de 1181, Kiyomori meurt d’une fièvre. Dans le même temps, une grave sécheresse et une famine, appelée famine de Yōwa (1181–1182), frappent l’ouest du Japon. Dans son essai Hōjōki, l’ermite Kamo no Chōmei décrit des cadavres étendus dans les rues de la capitale. La famine limite les opérations des armées des deux camps.

Le tournant décisif survient en 1183. Minamoto no Yoshinaka, cousin de Yoritomo soulevé dans le Shinano, écrase une importante armée Taira au col de Kurikara (Tonamiyama), dans la région de Hokuriku. Les Taira abandonnent Kyoto et emmènent vers l’ouest l’enfant empereur Antoku ainsi que les insignes impériaux. Go-Shirakawa, qui s’est échappé, fait introniser un nouvel empereur, Go-Toba, sans ces insignes.

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Intermédiaire

De Kyoto à Dan-no-ura, 1183–1185

Yoshinaka entre en vainqueur à Kyoto en 1183, mais perd vite ses soutiens : ses troupes pillent une ville frappée par la famine, et il se brouille avec Go-Shirakawa, dont il finit par s’emparer. Pendant ce temps, les Taira se réorganisent et battent une force Minamoto à Mizushima, sur la mer intérieure de Seto. Go-Shirakawa se tourne alors vers Yoritomo et reconnaît son autorité sur l’est du Japon par un édit de 1183. Au début de 1184, des armées envoyées par Yoritomo sous le commandement de ses demi-frères Noriyori et Yoshitsune vainquent Yoshinaka, qui est tué à Awazu.

Les Taira ont établi une position fortifiée à Ichi-no-Tani, près de l’actuelle Kōbe. En mars 1184, les Minamoto l’attaquent. Selon Le Dit des Heike, Yoshitsune mène des cavaliers sur une pente abrupte à Hiyodorigoe pour surprendre les défenseurs par l’arrière. De nombreux Taira sont tués, dont le jeune Taira no Atsumori. Sa mort aux mains du guerrier Kumagai Naozane devient l’un des épisodes les plus célèbres de la littérature japonaise.

Au début de 1185, Yoshitsune traverse une mer agitée pour attaquer la base Taira de Yashima, sur l’île de Shikoku, et en chasse ses occupants. La flotte Taira se replie vers le détroit de Kanmon, entre Honshū et Kyūshū. C’est là que se déroule, le 25 avril 1185, la bataille navale de Dan-no-ura. Après des heures de combat, les Taira sont vaincus. Des défections dans leurs rangs y contribuent ; on évoque aussi souvent le changement de marée, bien que son rôle soit discuté.

Lorsque la défaite devient certaine, Taira no Tokiko, veuve de Kiyomori, prend son petit-fils, l’empereur Antoku, âgé de six ans, et se jette avec lui dans la mer. De nombreux guerriers et nobles Taira se noient également. Le miroir et le joyau sacrés sont récupérés, mais l’épée sacrée est perdue. Tokuko (Kenreimon’in), la mère d’Antoku, est retirée de l’eau et devient plus tard religieuse. Le chef des Taira, Munemori, est capturé puis exécuté.

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Intermédiaire

Les suites de la guerre : la chute de Yoshitsune et le shogunat de Kamakura

La victoire divise bientôt les vainqueurs. Yoritomo se méfie de Yoshitsune, populaire à Kyoto et qui a accepté des honneurs de la cour sans sa permission. En 1185, Yoshitsune se voit refuser l’entrée à Kamakura ; plus tard cette année-là, il est déclaré ennemi. Il s’enfuit vers le nord, à Hiraizumi, siège des Fujiwara du Nord. Mais en 1189, sous la pression de Yoritomo, les Fujiwara l’attaquent et il meurt. Yoritomo envahit ensuite leur territoire et détruit leur pouvoir, achevant d’étendre son autorité à tout le pays.

À la fin de 1185, la cour autorise Yoritomo à nommer des gouverneurs militaires (shugo) dans les provinces et des intendants (jitō) dans les domaines. Ses vassaux, les gokenin, obtiennent ainsi une place durable dans l’administration des terres et de la justice à travers le Japon. En 1192, Yoritomo reçoit le titre de sei-i taishōgun, généralement abrégé en shōgun.

Le shogunat de Kamakura (1185/1192–1333) qui en résulte ne remplace pas la cour impériale. Le Japon entre dans une longue période de double gouvernement, avec la cour à Kyoto et un gouvernement de guerriers dans l’est. Des gouvernements guerriers, sous diverses formes, subsistent jusqu’en 1867. La guerre de Genpei est donc souvent considérée comme le tournant entre l’âge classique de l’aristocratie de cour et l’époque médiévale des samouraïs.

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Intermédiaire

Le coût humain

Il n’existe aucun chiffre fiable sur le nombre de morts pendant la guerre de Genpei. Les effectifs mentionnés dans les récits de guerre, parfois des dizaines de milliers ou cent mille hommes, sont des exagérations littéraires. Les historiens estiment que la plupart des armées étaient bien plus petites. Il est certain, en revanche, que la guerre coïncide avec de graves famines et épidémies, qui ont probablement tué beaucoup plus de personnes que les batailles.

La population souffre des réquisitions de riz et de main-d’œuvre, des pillages à Kyoto et dans les provinces, ainsi que de l’incendie de villes et de temples. La destruction du Tōdai-ji et du Kōfuku-ji à Nara bouleverse l’ensemble du monde bouddhique japonais. Le moine Chōgen mène ensuite une vaste collecte de fonds pour reconstruire le Tōdai-ji, et le Grand Bouddha est de nouveau consacré en 1185.

La guerre détruit aussi une lignée entière. Des femmes et des enfants Taira se noient, sont capturés ou sont pourchassés après le conflit. Rokudai, arrière-petit-fils de Kiyomori, figure parmi ceux qui sont tués plus tard. Le Dit des Heike accorde une grande place à la douleur des femmes, en particulier à celle de Kenreimon’in. Sa vie ultérieure de religieuse à Ōhara clôt la version la plus répandue de l’œuvre.

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Intermédiaire

La mémoire de la guerre : Le Dit des Heike et au-delà

La mémoire de la guerre est avant tout façonnée par Le Dit des Heike (Heike monogatari). L’œuvre est récitée par des moines aveugles appelés biwa hōshi, qui chantent en s’accompagnant du biwa, un instrument à cordes proche du luth. Elle existe en de nombreuses versions ; celle que fixe le récitant Kakuichi en 1371 devient la plus connue. Ses premières lignes donnent le ton : la cloche du monastère de Gion fait écho au caractère éphémère de toute chose, et les orgueilleux ne durent pas. La guerre devient une leçon bouddhique sur la chute des puissants.

Les héros de la guerre deviennent des figures culturelles. Yoshitsune, jeune général de talent perdu à cause de son frère jaloux, inspire l’expression japonaise hōgan-biiki, qui désigne la sympathie pour un héros tragique voué à la défaite. Des légendes se développent autour de lui et de son compagnon Benkei, un moine guerrier. Atsumori et Kumagai deviennent des personnages du théâtre nô, où le fantôme d’un guerrier demande des prières. Les bannières rouges des Taira et les bannières blanches des Minamoto se retrouvent dans les équipes rouges et blanches des concours japonais actuels.

La mémoire locale entretient elle aussi le souvenir des Taira. Le sanctuaire Akama, à Shimonoseki, honore l’empereur Antoku. Des villages de montagnes reculées se disent issus de fugitifs Taira. Dans le détroit de Kanmon, des crabes dont la carapace ressemble à un visage courroucé sont appelés « crabes Heike » : on dit qu’ils abritent l’esprit des guerriers noyés. Hors du Japon, le récit par Lafcadio Hearn de l’histoire de fantômes du musicien aveugle Hōichi, qui chante Dan-no-ura aux morts Taira, fait connaître la guerre à de nombreux lecteurs occidentaux.

La politique et l’enseignement modernes ont également remodelé cette mémoire. La fondation du premier shogunat est un repère de l’histoire enseignée dans les écoles japonaises, et les débats sur sa date exacte ont même modifié les manuels scolaires (voir plus bas). Comme cette guerre s’est déroulée à l’intérieur du Japon, son souvenir oppose surtout les sympathies : pour les Minamoto ou les Taira, pour Yoritomo ou Yoshitsune, pour le triomphe des guerriers ou pour la lamentation sur la cour.

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Avancé

Les sources primaires et leur fiabilité

Les sources contemporaines les plus précieuses sont les journaux de nobles de cour. Le Gyokuyō, journal du régent Kujō Kanezane, rapporte presque jour après jour les événements de Kyoto, y compris les rumeurs et les nouvelles des provinces à mesure qu’elles parviennent à la capitale. D’autres journaux de courtisans apportent des précisions supplémentaires. Comme leurs auteurs se trouvent à Kyoto, ces sources éclairent surtout la politique de cour et renseignent moins bien sur les batailles lointaines.

L’Azuma Kagami (« Miroir de l’Est ») est une chronique du shogunat de Kamakura qui couvre la période allant du soulèvement de Yoritomo, en 1180, à 1266. Elle est compilée après 1266 sous les régents Hōjō, qui gouvernent le shogunat après l’extinction de la lignée de Yoritomo. On sait qu’elle leur est favorable. Elle contient parfois des documents de grande valeur, mais son récit des années de guerre a été rédigé des décennies plus tard et doit être utilisé avec prudence.

Le Gukanshō, histoire écrite vers 1220 par le moine Jien, frère de Kanezane, propose une interprétation de l’histoire japonaise dans laquelle l’essor des guerriers est à la fois un signe d’une époque de déclin et une partie d’un ordre providentiel. Le Hōjōki (1212) livre un témoignage direct sur les catastrophes qui frappent la capitale.

Le Dit des Heike existe en de nombreuses variantes, depuis des textes destinés à la lecture, comme l’Engyō-bon, jusqu’à des textes destinés à la récitation, comme le Kakuichi-bon, ainsi que la version amplifiée Genpei jōsuiki. Les chercheurs y voient des œuvres littéraires qui conservent des souvenirs, et non des comptes rendus fiables. Des détails célèbres, tels que la fuite des Taira devant des oiseaux aquatiques à la rivière Fuji, les torches fixées aux cornes des bœufs à Kurikara ou la descente de la falaise à Ichi-no-Tani, ont pu être exagérés ou inventés. Leur réalité historique fait débat.

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Avancé

Historiographie : repenser l’opposition « Genji contre Heike »

De nombreux historiens japonais préfèrent aujourd’hui l’expression Jishō–Juei no ran (« guerre de Jishō–Juei », d’après les noms des ères de 1177 à 1184) à « guerre de Genpei ». L’ancienne appellation suggère une simple rivalité entre deux clans. En réalité, des Minamoto combattent d’autres Minamoto — Yoritomo affronte Yoshinaka, puis Yoshitsune. De nombreux partisans importants de Yoritomo dans l’est, comme les Hōjō, les Chiba et les Miura, descendent de lignées Taira. Beaucoup de guerriers rejoignent un camp pour des raisons locales, surtout pour protéger leurs terres ou en obtenir aux dépens de voisins et de fonctionnaires provinciaux.

Depuis la fin du XXe siècle, des recherches associées notamment à Kawai Yasushi présentent davantage la guerre comme une série de conflits locaux dans tout le pays. Elles montrent que le pouvoir de Yoritomo grandit lorsqu’il confirme les droits fonciers des guerriers, plutôt qu’au cours d’un duel héroïque entre nobles généraux. D’autres travaux réexaminent le régime Taira lui-même et se demandent si Kiyomori avait déjà établi à Kyoto une forme de gouvernement guerrier avant celui de Kamakura.

La date de fondation du shogunat de Kamakura est elle-même une question d’interprétation. La date traditionnelle est 1192, année où Yoritomo devient shogun. D’autres retiennent 1180, quand il établit son quartier général à Kamakura ; 1183, lorsque la cour reconnaît son autorité sur l’est ; ou 1185, quand il obtient le droit de nommer les shugo et les jitō. De nombreux manuels scolaires japonais ont délaissé 1192 au profit de 1185, suivant l’idée que l’exercice réel du pouvoir comptait davantage que le titre.

Les historiens de la guerre débattent aussi de batailles particulières : les marées ont-elles décidé de l’issue de Dan-no-ura ? Quelle était la taille réelle des armées ? Comment combattait-on en pratique : surtout par des duels d’archers à cheval, comme le suggèrent les récits, ou au moyen de forces organisées plus importantes, comprenant des fantassins et des combattants irréguliers ? Le Dit des Heike ayant façonné les idéaux ultérieurs de conduite des samouraïs, distinguer la guerre telle qu’elle s’est déroulée de son souvenir est l’une des tâches centrales de ce domaine de recherche.

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Batailles (26)

  1. bataille d'Uji1180
  2. bataille d'Ishibashiyama1180
  3. bataille de Fujigawa1180
  4. siège du castel de Kanasa1180
  5. siège du castel de Kinugasa1180
  6. siège de Nara1181
  7. bataille de Sunomata1181
  8. Iyo Kono Uprising1181
  9. bataille de Yokotagawara1181
  10. bataille de Kurikara1183
  11. siège de Hiuchi1183
  12. bataille de Mizushima1183
  13. siège de Fukuryūji1183
  14. bataille de Shinohara1183
  15. bataille de Hannyano1183
  16. bataille de Shioyama1183
  17. bataille d'Ichi-no-Tani1184
  18. bataille d'Uji1184
  19. bataille d'Awazu1184
  20. siège du Hōjūjidono1184
  21. Battle of Mikusayama1184
  22. bataille de Dan-no-ura1185
  23. bataille de Yashima1185
  24. bataille de Kojima1185
  25. bataille de Shido1185
  26. bataille d'Ashiyaura1185

Idées clés

Essor de la classe guerrière
La guerre transforme les guerriers, autrefois au service de la cour, en détenteurs d’un véritable pouvoir politique.
Double gouvernement
Après la guerre, la cour impériale de Kyoto et le shogunat de Kamakura gouvernent côte à côte.
Terre et loyauté
Yoritomo gagne des partisans en garantissant leurs droits fonciers, créant un lien entre seigneur et vassal essentiel dans le Japon médiéval.
Impermanence (mujō)
L’idée bouddhique selon laquelle toute chose est éphémère donne son cadre au récit de l’orgueil et de la chute des Taira dans Le Dit des Heike.
Légitimité et insignes impériaux
La perte de l’épée sacrée et l’intronisation de Go-Toba sans les insignes impériaux soulèvent des questions durables sur la légitimité impériale.
Sympathie pour le vaincu
Le destin tragique de Yoshitsune donne naissance au hōgan-biiki, une sympathie durable pour les héros voués à la défaite.
Littérature et histoire
Les récits les plus célèbres de la guerre proviennent d’œuvres littéraires ; les historiens doivent donc distinguer le souvenir des faits.

Notices

  1. 1156 — Rébellion de Hōgen : des guerriers tranchent une lutte de succession à Kyoto.
  2. 1160 — Rébellion de Heiji : Taira no Kiyomori vainc Minamoto no Yoshitomo ; Yoritomo est exilé à Izu.
  3. 1167 — Kiyomori devient grand chancelier (Daijō-daijin).
  4. 1179 — Coup d’État de Kiyomori ; l’empereur retiré Go-Shirakawa est assigné à résidence.
  5. 1180 — Antoku monte sur le trône ; le prince Mochihito appelle aux armes ; bataille d’Uji ; Yoritomo se soulève et établit sa base à Kamakura ; les Taira se retirent à la rivière Fuji.
  6. 1181 — Kiyomori meurt ; les temples de Nara ont été incendiés ; la famine de Yōwa commence.
  7. 1183 — Yoshinaka remporte la bataille de Kurikara ; les Taira quittent Kyoto avec Antoku et les insignes impériaux ; Go-Toba monte sur le trône.
  8. 1184 — Yoshinaka est tué à Awazu ; les Minamoto remportent la bataille d’Ichi-no-Tani.
  9. 1185 — Batailles de Yashima et de Dan-no-ura ; Antoku se noie ; Yoritomo obtient le droit de nommer les shugo et les jitō.
  10. 1189 — Yoshitsune meurt à Hiraizumi ; Yoritomo détruit le pouvoir des Fujiwara du Nord.
  11. 1192 — Yoritomo est nommé sei-i taishōgun.
  12. 1371 — Le récitant Kakuichi fixe la version la plus connue du Dit des Heike.

Glossaire

Samouraï (bushi)
Membre de la classe guerrière du Japon prémoderne.
Shogun
Abréviation de sei-i taishōgun, titre du chef d’un gouvernement guerrier.
Shogunat (bakufu)
Gouvernement militaire dirigé par un shogun ; bakufu signifie littéralement « gouvernement de la tente ».
Insei (gouvernement des empereurs retirés)
Exercice du pouvoir par un empereur retiré qui gouverne en coulisses, fréquent à la fin de l’époque de Heian.
Insignes impériaux
Miroir, épée et joyau sacrés qui symbolisent la légitimité de l’empereur du Japon.
Shugo et jitō
Gouverneurs militaires des provinces et intendants des domaines nommés par le shogunat.
Gokenin
Vassaux du shogun de Kamakura, liés à lui par leur loyauté et par des concessions de terres.
Biwa hōshi
Moines musiciens aveugles qui récitaient des récits de guerre en s’accompagnant du biwa.
Gunki monogatari
« Récits de guerre » : genre littéraire japonais consacré aux guerriers et aux batailles.
Hōgan-biiki
Sympathie pour un héros tragique voué à la défaite ; l’expression vient de hōgan, titre de cour porté par Yoshitsune.

Questions et réponses

Que signifie « Genpei » ?

Ce nom réunit les premiers caractères de Genji (Minamoto) et de Heike (Taira), les deux familles de guerriers au cœur de la guerre.

Qui a gagné la guerre de Genpei ?

Le camp des Minamoto, dirigé par Yoritomo, l’a emporté. Yoritomo a ensuite fondé le shogunat de Kamakura.

Qu’est-il arrivé à l’enfant empereur ?

L’empereur Antoku, âgé d’environ six ans, s’est noyé à Dan-no-ura en 1185 lorsque sa grand-mère s’est jetée dans la mer avec lui.

Les Minamoto et les Taira formaient-ils vraiment deux camps bien distincts ?

Pas tout à fait. Des membres de la famille Minamoto se sont combattus, beaucoup de partisans de Yoritomo avaient des ancêtres Taira et de nombreux guerriers ont choisi leur camp pour des raisons locales. C’est pourquoi beaucoup d’historiens préfèrent l’appellation « guerre de Jishō–Juei ».

Le Dit des Heike raconte-t-il la vérité ?

Il s’inspire de personnes et d’événements réels, mais c’est une œuvre littéraire façonnée par des générations de récitations. Beaucoup de détails ont donc été embellis. Les historiens le comparent aux journaux de cour et à d’autres documents.

Quand le shogunat de Kamakura a-t-il commencé ?

La date traditionnelle est 1192, lorsque Yoritomo est devenu shogun. Mais de nombreux historiens retiennent 1185, année où il a obtenu le droit de nommer les shugo et les jitō. Les dates de 1180 et de 1183 ont également été proposées.

Pourquoi Yoshitsune est-il si célèbre alors qu’il a perdu face à son frère ?

Ses brillantes victoires et sa mort tragique ont fait de lui un héros apprécié des légendes et du théâtre. Son histoire a donné naissance à l’expression japonaise hōgan-biiki, la sympathie pour celui qui lutte sans espoir de gagner.

Sources et lectures complémentaires

  1. Genpei War. Wikipedia
  2. The Tale of the Heike. Wikipedia
  3. Battle of Dan-no-ura. Wikipedia
  4. Azuma Kagami. Wikipedia
  5. Minamoto no Yoritomo. Wikipedia
  6. Minamoto no Yoshitsune. Wikipedia
  7. Hōjōki. Wikipedia
  8. Kamakura shogunate. Wikipedia
  9. Helen Craig McCullough, The Tale of the Heike (translation). Stanford University Press, 1988
  10. Kozo Yamamura (ed.), The Cambridge History of Japan, Vol. 3: Medieval Japan. Cambridge University Press, 1990

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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