Commencez en haut pour une introduction simple. Descendez pour découvrir plus de détails et de travaux de recherche.
- Facile
- Intermédiaire
- Avancé
Pour les jeunes lecteurs
Il y a plus de 400 ans, de 1592 à 1598, le Japon mena une longue guerre en Corée, qui était alors le royaume de Joseon. La Chine, alors appelée Ming, envoya des armées et des navires pour aider la Corée. En 1598, le souverain japonais Toyotomi Hideyoshi mourut, et les chefs japonais décidèrent de ramener leurs soldats chez eux.
Mais un général japonais, Konishi Yukinaga, était coincé dans un fort à Suncheon, sur la côte sud. Des navires de guerre coréens et chinois, menés par l’amiral coréen Yi Sun-sin et l’amiral chinois Chen Lin, bloquaient la mer devant son fort, si bien que son armée ne pouvait pas partir en bateau.
D’autres généraux japonais, menés par Shimazu Yoshihiro, rassemblèrent des centaines de navires et firent voile vers l’ouest pour le sauver. Leur route passait par Noryang, un passage étroit entre l’île de Namhae et le continent. Yi Sun-sin et Chen Lin naviguèrent toute la nuit pour aller à leur rencontre.
La bataille commença dans l’obscurité et continua après le lever du soleil. Les canons tonnaient, les flèches enflammées volaient et les navires se heurtaient. De nombreux navires japonais furent brûlés ou capturés, et les autres firent demi-tour. Pendant qu’il les poursuivait, Yi fut touché par une balle. De vieilles archives racontent qu’il dit à ceux qui l’entouraient : « Le combat bat son plein. Ne dites à personne que je suis mort. »
Yi Sun-sin mourut, de même qu’un vieux général chinois, Deng Zilong. Pendant que tout le monde était occupé à combattre, l’armée de Konishi s’échappa par une autre route. Quelques jours plus tard, les derniers soldats japonais rentrèrent chez eux en bateau depuis Busan, et la longue guerre fut terminée. Les Coréens se souviennent encore de Yi Sun-sin comme de leur plus grand héros.
En bref
- Date
- Nuit du 18e au 19e jour du 11e mois lunaire de 1598 (calendrier de Joseon) = 15–16 décembre 1598 (calendrier grégorien, conversion selon la table de l’Institut coréen d’astronomie et de sciences spatiales) ; les combats commencèrent avant l’aube du 16 décembre et se poursuivirent dans la matinée. Les récits japonais donnent le 18e jour du 11e mois du calendrier japonais, qui correspond au même jour grégorien que le 19e du calendrier de Joseon
- Lieu
- Le détroit de Noryang, entre l’île de Namhae et le continent (actuels districts de Namhae et de Hadong, province du Gyeongsang du Sud), les derniers combats ayant lieu près de la baie de Gwaneumpo, sur l’île de Namhae
- Guerre
- Seconde invasion japonaise (guerre de Jeongyu, 1597–1598), dans le cadre de la guerre d’Imjin, pendant le retrait japonais qui suivit la mort de Toyotomi Hideyoshi
- Commandants
- Joseon : Yi Sun-sin, Commandant naval des Trois Provinces du Sud (tué) / Ming : Chen Lin, avec Deng Zilong (tué) et d’autres officiers / Japon : Shimazu Yoshihiro, avec Tachibana Muneshige, Sō Yoshitoshi, Terazawa Masanari et d’autres
- Forces
- Joseon : 82 navires de guerre panokseon et environ 8 000 hommes selon Wikipédia en anglais, qui suit Samuel Hawley / Ming : 63 navires, plus deux panokseon prêtés par Yi, avec 5 000 hommes de l’escadre du Guangdong et 2 600 fantassins de marine à bord de navires coréens (même source) ; la flotte alliée est estimée à environ 150 navires (Wikipédia en anglais) ou à plus de 200 (Encyclopédie de la culture coréenne) / Japon : plus de 300 navires selon le rapport de Yi Deok-hyeong à la cour, environ 500 selon l’Encyclopédie de la culture coréenne et Wikipédia en anglais
- Pertes
- Japon : plus de 200 navires détruits et plusieurs milliers de tués ou blessés selon le rapport de Yi Deok-hyeong ; le messager de Chen Lin fit état de 200 navires brûlés, 100 capturés, 500 têtes prises et plus de 180 prisonniers ; les récits japonais avancent des chiffres divergents plutôt qu’un total fiable / Joseon : une dizaine de commandants, dont Yi Sun-sin, tués par balle selon les rapports / Ming : Deng Zilong et d’autres tués
- Résultat
- Victoire navale de Joseon et des Ming : la flotte japonaise de secours subit de lourdes pertes et se replia vers l’est. Mais l’armée de Konishi Yukinaga quitta Suncheon par une autre route pendant la bataille, et les Japonais achevèrent leur retrait de Busan à la fin de décembre 1598
- Principales sources
- Annales véridiques du roi Seonjo (rapports des 21e–29e jours du 11e mois, dont le rapport de Yi Deok-hyeong et le commentaire d’un historien), Annales révisées du roi Seonjo, Jingbirok de Yu Seong-ryong, Histoire des Ming ; archives de clans japonais telles que les résument des ouvrages modernes
Sur la carte
Pendant ce temps, ailleurs dans le monde
D’autres sujets de cette bibliothèque, à peu près des mêmes années, dans des régions lointaines du monde.
- Bronzes du Béninv. 1300–1897 · Benin City (royaume du Bénin)
- William Shakespeare1589–1613 · Londres (Angleterre)
- Akbar1556–1605 · Fatehpur-Sikri (Empire moghol)
- Mosquée Selimiye1568–1575 · Edirne (Empire ottoman)
- Codex de Florencev. 1545–1577 · Tlatelolco, Mexico (Nouvelle-Espagne)
- Nzinga du Ndongo et du Matamba1624–1663 · Ndongo et Matamba (royaumes mbundu, dans l’actuel Angola)
Facile
Que s’est-il passé à Noryang ?
La bataille de Noryang fut la dernière grande bataille de la guerre d’Imjin, les invasions japonaises de la Corée qui commencèrent en 1592 et reprirent en 1597. Elle fut livrée en mer dans la nuit du 18e au 19e jour du 11e mois lunaire de 1598. Une fois la date convertie à l’aide de la table de l’Institut coréen d’astronomie et de sciences spatiales (KASI), le début du combat se situe avant l’aube du 16 décembre 1598. L’Encyclopédie de la culture coréenne date la bataille des 18e et 19e jours du 11e mois.
Le contexte était celui du retrait japonais. Toyotomi Hideyoshi, qui avait lancé les invasions, mourut en septembre 1598, et les dirigeants japonais décidèrent de rapatrier leurs armées. L’armée japonaise la plus occidentale, celle de Konishi Yukinaga à Suncheon, ne pouvait pas partir, car une flotte combinée de Joseon et des Ming bloquait la mer devant son fort. D’autres commandants japonais, menés par Shimazu Yoshihiro, rassemblèrent une flotte sur la côte à l’est et firent voile vers l’ouest pour dégager Konishi. Leur route passait par le détroit de Noryang, un passage étroit entre l’île de Namhae et le continent.
L’amiral de Joseon Yi Sun-sin et l’amiral ming Chen Lin se portèrent vers l’est pendant la nuit pour aller à leur rencontre. La bataille commença dans l’obscurité et se poursuivit après l’aube : les alliés employèrent des canons et des flèches incendiaires, les équipages lancèrent des matières enflammées sur les ponts ennemis, et par endroits les navires combattirent bord à bord. Au matin, la flotte japonaise avait perdu de nombreux navires et se retirait vers l’est. Pendant la poursuite, Yi Sun-sin fut touché par une balle et mourut ; selon le Jingbirok de Yu Seong-ryong et les Annales révisées du roi Seonjo, il demanda à ceux qui l’entouraient de ne pas annoncer sa mort tant que la bataille se poursuivait. Le commandant ming Deng Zilong fut également tué.
La victoire ne fut pas complète. Pendant que les flottes combattaient à Noryang, l’armée de Konishi quitta Suncheon par une autre route, et à la fin de décembre 1598 les dernières forces japonaises rentrèrent chez elles en bateau depuis Busan. Noryang fut donc la dernière grande bataille de la guerre, mais non sa fin officielle : il n’y eut pas de traité de paix, et les relations entre la Corée et le Japon ne furent rétablies qu’en 1607–1609. Les sections suivantes de cette page examinent comment la bataille se produisit, ce que disent les sources et sur quels points elles divergent.
Facile
Reconstruire une marine : Gogeumdo et l’alliance avec Chen Lin
Un an avant Noryang, la marine de Joseon avait presque cessé d’exister. En août 1597, la flotte de Won Gyun fut détruite à Chilcheollyang, et Yi Sun-sin, qui avait été destitué et emprisonné plus tôt cette année-là, fut nommé de nouveau avec une poignée de navires seulement. En octobre 1597, il vainquit une flotte japonaise bien plus nombreuse dans l’étroit détroit de Myeongnyang. Selon l’Encyclopédie de la culture coréenne, il s’établit ensuite à Bohwado (Gohado, près de Mokpo), puis, au 2e mois lunaire de 1598 (mars), transféra son quartier général sur l’île de Gogeumdo, dans l’actuel district de Wando.
Gogeumdo devint la base où la marine fut reconstruite. Le Jingbirok dit que Yi y avait plus de 8 000 hommes et que, pour les nourrir, il délivra des laissez-passer maritimes : les bateaux de réfugiés qui longeaient la côte devaient obtenir un laissez-passer en payant du riz, trois seok pour un grand bateau, deux pour un moyen et un pour un petit. En dix jours, il réunit plus de 10 000 seok de grain. Il fit aussi apporter du cuivre et du fer pour fondre des canons, et couper du bois pour construire des navires ; et des réfugiés s’installèrent autour de la base. L’Encyclopédie de la culture coréenne ajoute qu’à Gogeumdo il fit cultiver des terres militaires et vendit du poisson et du sel, et un commentaire d’historien dans les Annales véridiques lui attribue les mêmes mesures après sa nouvelle nomination.
En 1598, une flotte ming le rejoignit. Son commandant, Chen Lin, était originaire du Guangdong et avait fait carrière en combattant des rebelles et des pirates dans le sud de la Chine. L’Histoire des Ming le décrit comme un commandant capable, mais aussi cupide partout où il passait et mis en accusation à plusieurs reprises. Il fut envoyé en Corée avec 5 000 soldats du Guangdong et, en 1598, fut placé à la tête des forces navales ming ; cette année-là, sa flotte descendit vers le sud et rejoignit Yi à Gogeumdo.
Le Jingbirok raconte l’histoire de l’alliance en deux temps. Lorsque le roi Seonjo raccompagna Chen Lin au départ de Séoul, Yu Seong-ryong vit les hommes de Chen battre un fonctionnaire local et craignit que Chen ne s’immisce dans le commandement de Yi. Mais Yi accueillit Chen par un grand festin et, lorsque des navires coréens prirent quarante têtes lors d’une escarmouche, il les lui donna toutes pour qu’elles soient portées à son crédit. Chen, dit le Jingbirok, en vint à consulter Yi sur tout et écrivit au roi que Yi avait « le talent d’ordonner le ciel et la terre et le mérite de réparer le ciel et de baigner le soleil ». Tous les récits ne sont pas aussi harmonieux : l’article de Wikipédia en coréen sur Chen Lin décrit des différends entre les deux hommes au sujet du mérite et des opérations avant Noryang. Les deux versions s’accordent sur le fait qu’à la fin de 1598, les deux flottes opéraient ensemble.
Facile
La mort de Hideyoshi et l’offensive des quatre routes
En 1598, les armées japonaises tenaient une chaîne de forts (wajō) le long de la côte sud de la Corée, d’Ulsan à l’est à Suncheon à l’ouest. Katō Kiyomasa tenait Ulsan, Shimazu Yoshihiro Sacheon au centre et Konishi Yukinaga Suncheon. Les forts étaient construits au bord de la mer pour pouvoir être ravitaillés par bateau depuis le Japon. Un premier siège allié d’Ulsan, en janvier et février 1598, avait échoué.
Toyotomi Hideyoshi mourut au château de Fushimi le 18 septembre 1598 (le 18e jour du 8e mois de la troisième année de l’ère Keichō). Son héritier, Hideyori, avait cinq ans. Selon Wikipédia en anglais, le Conseil des cinq anciens, qui gouvernait désormais au nom de Hideyori, garda la mort secrète pour préserver le moral et ordonna aux armées de Corée de rentrer au Japon. La nouvelle de la mort parvint à la cour de Joseon tardivement et sous des formes contradictoires. Dans un rapport consigné au 11e mois lunaire (décembre), un commandant coréen transmit l’affirmation, erronée, de captifs revenus selon laquelle Hideyoshi était mort au 7e mois ; ils dirent aussi que Tokugawa Ieyasu dirigeait les affaires. L’avis que Katō Kiyomasa laissa en abandonnant Ulsan indiquait correctement que Hideyoshi était mort au 8e mois.
Pendant ce temps, les alliés ming et coréens lancèrent leur plus grande offensive de la seconde invasion. Le Jingbirok et l’Encyclopédie de la culture coréenne décrivent un plan « des quatre routes » (saro byeongjin) : le commandant suprême ming Xing Jie envoya Ma Gui contre Ulsan à l’est, Dong Yiyuan contre Sacheon au centre et Liu Ting contre Suncheon à l’ouest, tandis que Chen Lin attaquait par mer. Des troupes coréennes combattaient aux côtés de chaque armée. Le Jingbirok résume le résultat en quelques mots : toutes les attaques échouèrent, et l’armée de Dong Yiyuan fut défaite avec les pertes les plus lourdes. À Sacheon, en octobre, l’attaque s’effondra après qu’un incendie eut éclaté dans le camp ming et que la garnison de Shimazu eut fait une sortie.
À Suncheon, l’armée de Liu Ting attaqua par terre à partir du 19 octobre environ, tandis que Yi Sun-sin et Chen Lin attaquaient depuis la mer. Wikipédia en japonais, résumant des archives japonaises et coréennes, dit que Liu tenta d’abord d’attirer Konishi à une rencontre de paix pour le capturer, mais que l’embuscade fut déclenchée trop tôt ; qu’un assaut général par terre et par mer échoua avec de lourdes pertes ming ; et qu’une attaque de nuit de la flotte ming se termina avec de nombreux navires ming échoués par la marée descendante et incendiés. En novembre, Liu Ting retira son armée, et la flotte alliée se replia un temps à Gogeumdo avant de revenir bloquer Suncheon par la mer.
Facile
Konishi pris au piège : arrangements, cadeaux et un bateau
Le fort de Konishi à Suncheon, que les archives coréennes appellent Waegyo, abritait environ 13 700 hommes issus des forces de cinq seigneurs, selon Wikipédia en japonais : Konishi lui-même, Matsura Shigenobu, Arima Harunobu, Gotō Harumasa et Ōmura Yoshiaki. À mesure que l’ordre de retrait se répandait, d’autres garnisons commencèrent à partir. Yi Chung-won, l’officier coréen attaché au général ming Dong Yiyuan, rapporta que les Japonais de Dongyangchang, sur le front de Dong, avaient commencé à se retirer le 17e jour du 11e mois et que quelque soixante-dix navires avaient traversé la mer le lendemain ; Katō Kiyomasa abandonna Ulsan. Mais Konishi ne pouvait pas prendre la mer tant que la flotte alliée tenait les eaux devant son fort.
Konishi tenta de négocier sa sortie. Des fonctionnaires coréens accusèrent Liu Ting d’avoir conclu un arrangement privé avec lui : des secrétaires royaux dirent au roi que Liu avait envoyé des otages aux Japonais et les avait délibérément laissés partir, et qu’il avait empêché Chen Lin de couper la route maritime. Lorsque Katō quitta Ulsan, il afficha un avis adressé aux généraux ming, que le gouverneur coréen du Gyeongsang recopia pour la cour. Katō y affirmait que Konishi était convenu avec les généraux ming de faire la paix entre les trois pays et que des otages devaient lui être envoyés, et accusait les Ming d’avoir rompu cet accord en assiégeant Konishi.
En mer, Konishi se tourna vers Chen Lin. Selon l’Encyclopédie de la culture coréenne, Konishi envoya des pots-de-vin à Chen et lui demanda de lui ouvrir une voie de retraite, et Chen laissa passer un bateau de liaison japonais, en le disant à Yi après coup. L’encyclopédie dit que Konishi se servit de ce bateau pour contacter Shimazu Yoshihiro à Sacheon, afin que la flotte de secours attaque la flotte alliée par l’arrière. Le commentaire de l’historien dans les Annales véridiques raconte une histoire voisine : un soir, quatre Japonais partirent en bateau, et Yi dit à Chen qu’ils étaient sûrement allés demander de l’aide et qu’une grande force arriverait bientôt. Chen refusa d’abord de sortir à sa rencontre, mais accepta lorsque Yi l’en supplia en larmes.
La force de secours était importante. Le conseiller d’État de gauche Yi Deok-hyeong rapporta du Sud que plus de 300 navires japonais venus de Sacheon, de Namhae et de Goseong atteignirent Noryang le 19e jour du 11e mois. Le Jingbirok et les Annales révisées disent que Konishi demanda l’aide du commandant de Sacheon, que les archives coréennes appellent Sim Andon-o (沈安頓吾), c’est-à-dire Shimazu. Wikipédia en japonais énumère comme commandants partis secourir Konishi Shimazu Yoshihiro, Tachibana Muneshige, Sō Yoshitoshi, Takahashi Munemasu, Kobayakawa Hidekane, Chikushi Hirokado et Terazawa Masanari.
Facile
La bataille de nuit dans le détroit : 15–16 décembre 1598
Le détroit de Noryang est l’étroit passage qui sépare l’île de Namhae du continent près de Hadong. Une flotte faisant route vers l’ouest depuis Sacheon ou Goseong en direction de Suncheon devait le franchir ou contourner Namhae par le sud. Selon le commentaire de l’historien dans les Annales véridiques, les flottes alliées ramèrent toute la nuit et atteignirent Noryang avant l’aube, où elles trouvèrent la flotte japonaise en train d’arriver. L’Encyclopédie de la culture coréenne cite la prière que Yi aurait faite cette nuit-là, telle que la rapportent des récits plus tardifs : « Si seulement cet ennemi peut être anéanti, je n’aurai aucun regret, même dans la mort. »
Le combat commença aux petites heures ; Wikipédia en anglais en situe le début vers 2 h du matin. Les alliés employèrent des canons et des flèches incendiaires, et les navires s’approchèrent tant que les équipages de Joseon purent lancer du bois enflammé sur les ponts des navires japonais. Les Japonais répliquèrent par un feu nourri d’arquebuses et tentèrent l’abordage. Les flottes s’entremêlèrent dans ces eaux étroites, et à un moment le navire amiral de Chen Lin fut encerclé ; selon le Jingbirok et les Annales révisées, il fut secouru par le navire de Yi, alors mené par son neveu Yi Wan.
L’Histoire des Ming décrit la mort de Deng Zilong, un vétéran ming âgé, dit-elle, de plus de soixante-dix ans. Chen Lin l’avait envoyé avec Yi Sun-sin mener l’avant-garde avec 1 000 hommes sur trois grands navires. Désireux de remporter les premiers honneurs, Deng sauta avec 200 hommes sur un navire coréen et chargea l’ennemi, mais un autre navire allié lança par erreur des armes incendiaires sur son navire, qui prit feu, et les Japonais l’encerclèrent et le tuèrent.
Les Japonais subirent eux aussi de lourdes pertes. Wikipédia en japonais, résumant des archives de clans japonais, dit que le navire de Shimazu Yoshihiro lui-même resta en arrière et faillit être abordé, et ne fut sauvé que par le feu des mousquets de ses vassaux et par d’autres navires venus à l’aide ; un détachement commandé par Kabayama Hisataka fut coupé du reste, s’échoua dans la baie de Gwaneumpo et dut traverser l’île de Namhae à pied. Au matin, la flotte japonaise se retirait vers l’est le long de la côte sud de Namhae. Yi Deok-hyeong rapporta que les cadavres, les planches brisées, les armes et les vêtements couvraient la mer si densément que l’eau ne pouvait plus s’écouler, et que la mer était rouge.
Intermédiaire
La mort de Yi Sun-sin et de Deng Zilong
Yi Sun-sin fut tué dans la matinée, pendant la poursuite. Les Annales révisées disent qu’il poursuivit l’ennemi jusqu’aux abords de Namhae, combattit en personne, exposé aux flèches et aux pierres, et fut touché à la poitrine par une balle. Ceux qui l’entouraient l’aidèrent à gagner l’abri fermé par des tentures (帳中), et il dit : « Le combat bat son plein. Gardez-vous de dire que je suis mort » (戰方急,愼勿言我死). Sur ces mots, il mourut. Le Jingbirok donne les mêmes paroles et ajoute que la balle lui traversa la poitrine et ressortit par le dos. Il avait 53 ans.
Dans ces deux mêmes récits, son neveu Yi Wan cacha sa mort et continua d’exhorter la flotte au nom de Yi, si bien que les hommes ne surent rien. Lorsque le navire de Chen Lin fut encerclé, Yi Wan mena les secours. Chen envoya un homme remercier Yi et n’apprit qu’alors qu’il était mort ; selon le Jingbirok, il se jeta de son siège à terre en s’écriant : « Je croyais que le vieux maître était vivant et venait me sauver. Pourquoi est-il mort ? », puis se frappa la poitrine et pleura. Dans les différents camps, les soldats coréens et ming pleurèrent.
Le commentaire de l’historien joint au rapport de Yi Deok-hyeong dans les Annales véridiques raconte la scène autrement. Il ne rapporte aucune dernière parole. Il dit que Yi fut touché alors qu’il tirait des flèches sur l’ennemi, que son fils s’apprêtait à se lamenter et que les soldats s’alarmèrent, et qu’un homme nommé Yi Mun-uk, qui se trouvait à ses côtés, fit cesser les pleurs, couvrit le corps de vêtements et battit le tambour pour faire avancer la flotte. Les soldats continuèrent le combat en croyant Yi vivant, et l’on dit que « Sun-sin mort a vaincu l’ennemi vivant ». Wikipédia en coréen identifie Yi Mun-uk à Son Mun-uk, un ancien captif qui avait servi du côté japonais. Certaines versions populaires modernes ajoutent d’autres paroles, sur les tambours à battre ou l’armure à revêtir ; elles ne figurent ni dans les archives de la cour ni dans le Jingbirok utilisés ici.
Yi ne fut pas le seul commandant coréen à mourir. Yi Deok-hyeong rapporta que Yi Sun-sin, le commandant de Garipo Yi Yeong-nam, le magistrat de Nagan Bang Deok-ryong, le magistrat de Heungyang Go Deuk-jang et d’autres, une dizaine en tout, furent tués par balle. Du côté ming, l’Histoire des Ming abrège le récit : elle dit que Deng Zilong mourut en combattant et que Yi Sun-sin, venu à son secours, mourut lui aussi.
Intermédiaire
La fuite de Konishi et les derniers navires partis de Busan
La bataille n’arrêta pas Konishi. Yi Deok-hyeong rapporta que, lorsque Konishi vit la flotte japonaise vaincue, il s’enfuit vers le large, et que les troupes japonaises restées dans leurs camps les abandonnèrent, laissant derrière elles le grain qu’elles avaient entassé sur le rivage de Namhae. Le Jingbirok dit que, pendant que la flotte alliée poursuivait l’ennemi au-delà de son camp, Konishi s’éclipsa derrière elle. Wikipédia en anglais décrit sa route comme passant par l’extrémité sud de l’île de Namhae, en contournant le détroit de Noryang et la bataille. Wikipédia en japonais ajoute que Konishi et d’autres commandants aidèrent ensuite à secourir environ 500 hommes de Shimazu bloqués sur Namhae.
Les commandants japonais se rassemblèrent à Busan. Selon Wikipédia en anglais, Konishi, Shimazu, Katō et les autres généraux firent voile vers le Japon le 21 décembre, et les derniers navires partirent le 24 décembre. Les nouvelles circulaient plus lentement : le 28e jour du 11e mois, un commandant coréen rapporta qu’il ne restait que cinquante ou soixante Japonais à Busan, et le 29 (26 décembre), le Conseil de défense des frontières annonça au roi que les Japonais de Busan étaient partis et proposa de proclamer la nouvelle au sanctuaire des ancêtres royaux.
La réaction de la cour fut mitigée. De hauts ministres vinrent féliciter le roi de ce que les Japonais des trois routes avaient fui en même temps, tout en reconnaissant qu’en sept ans Joseon n’avait pas détruit un seul camp ennemi et avait laissé les chefs ennemis traverser la mer ; le roi Seonjo remercia le commandant ming Xing Jie pour la victoire. L’historien de la cour alla plus loin : les ministres méritaient le blâme, écrivit-il, pour avoir félicité le roi alors que pas un seul commandant ennemi n’avait été tué pendant le départ des envahisseurs. Xing Jie, le commandant suprême ming, ordonna à Liu Ting, Dong Yiyuan et Chen Lin de se rendre à Busan et demanda à la cour coréenne de nommer sans délai un successeur à Yi Sun-sin.
Noryang fut la dernière grande bataille de la guerre, mais la guerre ne se termina pas par un traité. Des troupes ming restèrent quelque temps en Corée, et les Japonais, désormais menés par Tokugawa Ieyasu, cherchèrent la paix par l’intermédiaire des seigneurs de Tsushima. Joseon envoya une délégation officielle au Japon en 1607, et l’accord de Giyu de 1609 fixa les conditions du commerce par Tsushima.
Intermédiaire
Pendant ce temps dans le monde, en 1598
En Europe, 1598 fut une année d’accords de paix et de successions. En France, le roi Henri IV promulgua l’édit de Nantes en avril 1598, accordant des droits aux huguenots protestants, et le 2 mai, la paix de Vervins mit fin à sa guerre contre l’Espagne. Philippe II d’Espagne mourut à l’Escurial le 13 septembre 1598, cinq jours avant Hideyoshi.
En Russie, le tsar Fédor Ier mourut sans enfant le 17 janvier 1598 (7 janvier selon le calendrier julien alors en usage en Russie), et le régent Boris Godounov devint tsar plus tard dans l’année. En Irlande, pendant la guerre de Neuf Ans, une armée irlandaise commandée par Hugh O’Neill mit en déroute une armée anglaise à la bataille du gué Jaune (Yellow Ford), le 14 août 1598 selon le calendrier julien utilisé par les Anglais (24 août dans le calendrier grégorien).
Aucun de ces événements n’avait de lien avec les combats de Noryang. Les mettre côte à côte montre seulement que l’année où s’acheva la guerre d’Imjin vit aussi, ailleurs, bien des choses prendre fin : les guerres de Religion en France touchèrent à leur terme, et l’Espagne et la Russie passèrent à de nouveaux souverains.
Intermédiaire
Le souvenir de Noryang
Le deuil commença aussitôt. Les Annales révisées et le Jingbirok disent que partout où passait le cercueil de Yi, les gens dressaient des offrandes et s’accrochaient au char en pleurant, si bien qu’il pouvait à peine avancer. La cour le nomma à titre posthume conseiller d’État de droite, et les habitants de la côte lui élevèrent de leur propre initiative un sanctuaire (appelé Chungmin dans les Annales révisées et Minchung dans le Jingbirok). Il fut enterré à Asan. Selon l’Encyclopédie de la culture coréenne, il fut nommé sujet méritant Seonmu de première classe en 1604 et élevé à titre posthume au rang de Premier conseiller d’État en 1793 ; son titre posthume Chungmu (« loyal et martial »), sous lequel il est le plus connu, lui fut décerné en 1643, selon Wikipédia en anglais.
Deux sites de l’île de Namhae commémorent la bataille. Au Chungnyeolsa de Seolcheon, près du détroit, le corps de Yi aurait reposé avant d’être transporté à Asan ; des lettrés locaux y construisirent un petit sanctuaire en 1632, qui reçut en 1663 une plaque portant son nom, offerte par le roi. À Gwaneumpo, où il serait tombé, un autel et une stèle furent érigés sur ordre royal en 1832, avec une inscription de Hong Seok-ju ; le sanctuaire y est appelé Irak-sa, « le sanctuaire où Yi tomba ». Les deux sites furent classés sites historiques en 1973, et le 16 décembre 1998, pour le 400e anniversaire, une pierre gravée de ses dernières paroles fut dévoilée à Gwaneumpo.
Les alliés ne furent pas oubliés non plus. L’Histoire des Ming rapporte que Deng Zilong reçut un rang posthume et que des sacrifices lui furent offerts en Corée. Selon Wikipédia en coréen et en anglais, le petit-fils de Chen Lin s’installa en Corée après la chute des Ming, et ses descendants forment le clan Jin de Gwangdong. Au Japon, Shimazu Yoshihiro est surtout connu pour sa victoire de Sacheon, qui, selon Wikipédia en japonais, lui valut, ainsi qu’à sa maison, une réputation militaire légendaire, et pour sa percée à Sekigahara en 1600 ; des récits japonais disent que les Coréens et les Ming l’appelaient « Shimazu le démon » (鬼石曼子).
Dans la Corée du Sud moderne, Noryang occupe une place dans le récit qui présente Yi Sun-sin comme un héros national. Le film de 2023 Noryang : Deadly Sea, de Kim Han-min, acheva une trilogie commencée avec Myeongnyang (2014) et Hansan (2022). En coréen, la bataille est d’ordinaire appelée Noryang haejeon (« bataille navale ») plutôt que daecheop (« grande victoire »), et Wikipédia en japonais suggère que c’est parce que le héros qui sauva le pays y mourut.
Avancé
Compter les navires et les morts : ce que disent les sources
La taille de la flotte alliée est incertaine. Wikipédia en anglais, suivant Samuel Hawley, donne 82 panokseon de Joseon avec 8 000 marins et fantassins de marine, et une flotte ming de six grandes jonques de guerre, 57 navires de guerre plus légers et deux panokseon prêtés par Yi, avec 5 000 hommes de l’escadre du Guangdong et 2 600 fantassins de marine ming combattant à bord de navires coréens, soit environ 150 navires et 16 000 hommes en tout. L’Encyclopédie de la culture coréenne parle de plus de 200 navires alliés. L’Histoire des Ming attribue à Chen Lin plus de 13 000 hommes et plusieurs centaines de navires de guerre, mais cela décrit l’ensemble de son commandement naval, et non la flotte de Noryang. Le chiffre de plus de 8 000 hommes donné par le Jingbirok se rapporte à la base de Yi à Gogeumdo quelques mois plus tôt.
Les chiffres japonais varient encore davantage. Yi Deok-hyeong fit état de plus de 300 navires venus de Sacheon, de Namhae et de Goseong ; l’Encyclopédie de la culture coréenne et Wikipédia en anglais en donnent environ 500, et Wikipédia en anglais environ 20 000 hommes. Wikipédia en japonais fait remarquer que ni le chiffre de 300 ni celui de 500 ne proviennent d’archives japonaises, et que les quotas de mobilisation des cinq maisons concernées totalisent environ 17 000 hommes. Le chiffre de 60 000 hommes de Wikipédia en coréen est mis en doute dans le même article.
Les chiffres absolus de pertes cités ici proviennent de rapports alliés. Yi Deok-hyeong fit état de plus de 200 navires japonais détruits et de plusieurs milliers de tués ou blessés, environ 100 navires s’échappant vers Namhae. Le messager de Chen Lin annonça à la cour 100 navires capturés, 200 brûlés, 500 têtes prises et plus de 180 prisonniers, ajoutant que les noyés ne pouvaient pas encore être comptés. Les Annales révisées et le Jingbirok parlent de plus de 200 navires brûlés. Dans son récit de l’ensemble des dernières opérations, l’Histoire des Ming affirme que les brûlés et les noyés se comptèrent par dizaines de milliers, un chiffre qui ne se limite pas clairement à Noryang. Wikipédia en japonais note que l’histoire de la maison Shimazu, le Seikanroku, ne donne aucun nombre de navires perdus et nomme vingt-six morts, en ajoutant seulement que beaucoup d’autres moururent. Le Seikanroku ne donne donc aucun total d’ensemble. Wikipédia en japonais cite aussi d’autres récits japonais affirmant que la moitié des soldats japonais moururent ou que soixante navires de guerre revinrent ; aucune de ces affirmations n’établit un chiffre global fiable.
Les pertes alliées sont surtout connues par les noms des morts. Du côté de Joseon, une dizaine de commandants, dont Yi Sun-sin, furent tués par balle selon les rapports ; du côté ming, Deng Zilong et d’autres. Wikipédia en japonais cite des chiffres de quatre navires de Joseon et deux navires ming coulés, mais les sources utilisées ici ne consignent le nombre de simples soldats et marins tués dans aucun des deux camps.
Avancé
Les sources et leurs problèmes
Les nouvelles parvinrent à Séoul par étapes, et les premiers rapports étaient erronés. Le 21e jour du 11e mois, un courrier de l’armée ming de l’ouest rapporta que les alliés avaient attaqué le fort de Waegyo le 19, brûlé plus de cinquante navires japonais alors que l’ennemi tentait de s’échapper, et tué « Sim Ando », c’est-à-dire Shimazu, venu à la rescousse. Le 24, le messager de Chen Lin apporta ses chiffres et confirma la mort de Yi. Le 27 arriva le rapport de Yi Deok-hyeong, le récit coréen ancien le plus complet, auquel l’historien de la cour joignit un long commentaire sur le caractère et la mort de Yi. En réalité, Shimazu survécut à la bataille et mourut au Japon en 1619.
La version la plus connue des dernières paroles de Yi provient de deux textes écrits ou compilés après la guerre : le Jingbirok de Yu Seong-ryong et les Annales révisées du roi Seonjo, achevées en 1657, dont le récit de Noryang suit de près le Jingbirok, presque mot pour mot. Le commentaire de l’historien de la cour dans les Annales véridiques originales ne donne aucune dernière parole et attribue à Yi Mun-uk, et non à Yi Wan, le fait d’avoir caché la mort. L’Encyclopédie de la culture coréenne présente des éléments des deux : elle cite les mêmes dernières paroles que le Jingbirok, puis décrit Yi Mun-uk couvrant le corps. Les traditions s’accordent sur le fait que Yi fut atteint par balle pendant le combat et que sa mort fut cachée ; elles divergent sur ce qu’il dit et sur qui agit.
Les sources ming sont façonnées par le système de rapports des Ming. La biographie de Chen Lin dans l’Histoire des Ming affirme qu’il intercepta et tua Shi Manzi (石曼子), le nom chinois de Shimazu, ce qui est faux. Wikipédia en japonais décrit comment des prisonniers japonais furent présentés à Pékin en 1599 avec des affirmations exagérées sur leur rang, et suggère que les commandants ming gonflèrent leur succès parce qu’aucun grand commandant japonais n’avait été capturé.
Les sources japonaises sont plus maigres sur la bataille elle-même. Wikipédia en japonais énumère des journaux de clans et des mémoires de vassaux des Shimazu, ainsi que l’histoire plus tardive des Shimazu, le Seikanroku (1671), qui consignent les hauts faits et la mort de différents vassaux mais donnent peu de totaux. Les archives japonaises datent la bataille et le départ de Konishi du 18e jour du 11e mois du calendrier japonais, là où les archives coréennes donnent le 19 ; les deux calendriers étaient décalés d’un jour, et convertis dans le calendrier occidental, tous deux désignent la nuit du 15 au 16 décembre.
Avancé
Débats : qui gagna, pourquoi combattre, et comment Yi mourut
Qui gagna ? Les récits coréens et les résumés de Wikipédia en anglais et en japonais cités ici décrivent Noryang comme une victoire navale alliée : la flotte japonaise de secours perdit une grande partie de ses navires et fit demi-tour, et Wikipédia en japonais y voit l’opinion généralement admise. Un second point est aussi souligné : le but de l’opération japonaise était de faire sortir Konishi de Suncheon, et ce but fut atteint. L’article de Wikipédia en japonais sur Shimazu Yoshihiro le dit directement, et l’article de Wikipédia en anglais sur la guerre dit aussi que, sur le plan stratégique, les Japonais atteignirent leur objectif. Les deux points de vue reposent sur les mêmes faits : les alliés gagnèrent le combat en mer, mais l’armée japonaise s’échappa.
Pourquoi combattre un ennemi qui partait déjà ? Pour Yi Sun-sin et beaucoup à la cour de Joseon, laisser partir les Japonais impunis après sept ans de guerre était inacceptable. Le commentaire de l’historien du 24e jour du 11e mois montre cette colère, tout comme les accusations portées contre Liu Ting. Chen Lin, selon l’Encyclopédie de la culture coréenne et les Annales véridiques, hésita d’abord à combattre, et Liu Ting, aux yeux des fonctionnaires coréens, préférait négocier. La bataille eut lieu parce que Yi refusa de lever le blocus et parce que les Japonais tentèrent de le briser par la force.
Yi Sun-sin a-t-il cherché la mort ? Cette théorie persiste depuis longtemps dans les récits historiques destinés au grand public. Elle invoque son arrestation et sa torture en 1597 et les intrigues de cour qu’il aurait affrontées après la guerre ; dans les semaines mêmes de Noryang, son protecteur Yu Seong-ryong était mis en accusation et destitué. Wikipédia en coréen cite une biographie de 1992 de Choe Seok-nam qui défend cette théorie, et Wikipédia en anglais décrit le roman de Kim Hoon de 2001, Le Chant de l’épée, comme montrant Yi s’exposant délibérément. L’Encyclopédie de la culture coréenne note que la mort de Yi a soulevé de nombreuses questions chez les générations suivantes, mais que celles-ci restent des spéculations sans preuves solides. Les archives anciennes le décrivent atteint par balle alors qu’il combattait pendant la poursuite.
Noryang marqua-t-elle la fin de la guerre ? Ce fut la dernière grande bataille, et les récits coréens disent souvent qu’avec Noryang la guerre prit fin. Mais les Japonais se retiraient déjà, et les derniers navires quittèrent Busan une semaine plus tard ; il n’y eut pas de traité de paix, et des relations normales ne furent rétablies qu’en 1607–1609. Il vaut mieux voir en Noryang le dernier acte violent d’un retrait déjà décidé, un acte qui coûta aux alliés leur commandant le plus célèbre.
Idées clés
- Un retrait sous le feu
- Le Japon avait déjà décidé de quitter la Corée après la mort de Hideyoshi. La dernière bataille fut livrée non pour conquérir, mais pour faire sortir une armée prise au piège, et pour l’empêcher de partir.
- Le blocus
- En tenant la mer devant Suncheon, la flotte alliée empêchait l’armée de Konishi de prendre la mer. Briser ce blocus fut la raison pour laquelle la flotte japonaise de secours vint à Noryang.
- Des eaux étroites
- Le détroit de Noryang obligea les flottes à se rapprocher, si bien que canons, armes incendiaires et abordages entrèrent tous en jeu, et le combat fut confus et coûteux pour les deux camps.
- Une alliance difficile
- Les commandants de Joseon et des Ming ne voulaient pas toujours la même chose : Chen Lin et Liu Ting étaient prêts à négocier, tandis que Yi Sun-sin tenait à combattre.
- Victoire et fuite
- Les alliés gagnèrent la bataille en mer, mais l’armée de Konishi s’échappa. Considérer Noryang comme une victoire ou non dépend de l’objectif retenu pour en juger.
- Dernières paroles et archives
- Les célèbres dernières paroles de Yi proviennent du Jingbirok et des Annales révisées ; l’archive originale de la cour raconte la scène autrement. Les comparer montre comment un récit se façonne.
- Dernière bataille, mais pas de paix conclue
- Noryang mit fin aux combats, mais la paix ne vint que par des négociations ultérieures, avec une ambassade en 1607 et un accord commercial en 1609.
Notices
- 1597 — Août : la flotte de Joseon est détruite à Chilcheollyang ; Yi Sun-sin est nommé de nouveau commandant naval.
- 1597 — 26 octobre : Yi vainc une flotte japonaise bien plus nombreuse à Myeongnyang.
- 1598 — Janvier–février : le premier siège allié d’Ulsan échoue.
- 1598 — 2e mois lunaire (mars) : Yi transfère son quartier général à Gogeumdo.
- 1598 — La flotte ming de Chen Lin rejoint Yi à Gogeumdo.
- 1598 — 18 septembre : Toyotomi Hideyoshi meurt à Fushimi ; les dirigeants japonais décident de se retirer de Corée.
- 1598 — Octobre–novembre : l’offensive alliée des quatre routes échoue à Ulsan, à Sacheon et à Suncheon.
- 1598 — 15–16 décembre (18e–19e jour du 11e mois lunaire) : bataille de Noryang ; Yi Sun-sin et Deng Zilong sont tués ; Konishi quitte Suncheon.
- 1598 — 21–24 décembre : les dernières forces japonaises rentrent au Japon depuis Busan.
- 1604 — Yi Sun-sin est nommé sujet méritant Seonmu de première classe.
- 1607 — Joseon envoie une délégation officielle au Japon, les hoedap-gyeom-swaehwansa (« envoyés de réponse et de rapatriement des captifs »).
- 1832 — Un autel et une stèle sont érigés sur ordre royal à Gwaneumpo, où Yi tomba.
- 1973 — Gwaneumpo et le sanctuaire Chungnyeolsa de Namhae sont classés sites historiques.
- 2023 — Le film Noryang : Deadly Sea sort en salles.
Glossaire
- Noryang (露梁)
- L’étroit détroit entre l’île de Namhae et le continent près de Hadong, sur la côte sud de la Corée.
- Panokseon
- Le principal navire de guerre de Joseon : un grand navire à rames doté d’un pont supérieur surélevé qui protégeait les rameurs et portait des canons.
- Wajō (waeseong)
- Forts de style japonais construits sur la côte sud de la Corée pendant la guerre, comme ceux d’Ulsan, de Sacheon et de Suncheon.
- Waegyo
- Le nom que les archives coréennes donnent au fort de Konishi Yukinaga à Suncheon (aussi écrit Yegyo).
- Offensive des quatre routes (saro byeongjin)
- Le plan allié de l’automne 1598 visant à attaquer simultanément Ulsan, Sacheon et Suncheon par terre, avec une quatrième force en mer.
- Samdo sugun tongjesa
- Commandant naval des trois provinces du Sud, le poste que Yi Sun-sin occupait à Noryang.
- Laissez-passer maritime (haero tonghaengcheop)
- Un permis délivré par Yi à Gogeumdo : les bateaux payaient en riz le droit de naviguer, ce qui nourrissait son armée.
- Arquebuse
- Une des premières armes à feu à mèche ; les Japonais l’utilisaient en grand nombre, et Yi fut tué par une balle d’arquebuse.
- Conseil des cinq anciens
- Les cinq grands seigneurs que Hideyoshi désigna pour gouverner au nom de son jeune fils ; ils ordonnèrent le retrait de Corée.
- Calendrier luni-solaire
- Le calendrier utilisé à Joseon et au Japon, dont les mois suivent la lune. Ses dates doivent être converties dans le calendrier occidental (grégorien), et les versions coréenne et japonaise pouvaient différer d’un jour.
Questions et réponses
Quelles furent les dernières paroles de Yi Sun-sin ?
Selon le Jingbirok et les Annales révisées du roi Seonjo : « Le combat bat son plein. Gardez-vous de dire que je suis mort. » Les Annales véridiques originales ne rapportent aucune dernière parole, et certaines versions populaires en ajoutent d’autres.
Pourquoi combattirent-ils si le Japon partait déjà ?
L’armée de Konishi était bloquée à Suncheon par le blocus allié, et d’autres commandants japonais vinrent le briser. Yi Sun-sin refusait de laisser partir les envahisseurs impunis, tandis que ses alliés étaient plus enclins à négocier.
Chen Lin a-t-il accepté un pot-de-vin de Konishi ?
Des récits coréens, dont l’Encyclopédie de la culture coréenne, disent que Konishi envoya des pots-de-vin à Chen et que Chen laissa passer un bateau japonais. Chen combattit néanmoins à Noryang, où son propre navire fut encerclé puis secouru.
Yi Sun-sin est-il mort volontairement ?
Certains auteurs plus tardifs l’ont suggéré, en invoquant les intrigues de cour qui l’attendaient. L’Encyclopédie de la culture coréenne y voit une spéculation sans preuves solides ; les archives anciennes le décrivent atteint par balle en plein combat.
Qui a gagné la bataille ?
Les alliés gagnèrent le combat en mer et infligèrent de lourdes pertes. Mais les Japonais atteignirent leur but principal : l’armée de Konishi s’échappa et rentra au Japon.
Noryang marqua-t-elle la fin de la guerre ?
Ce fut la dernière grande bataille. Les derniers Japonais quittèrent Busan environ une semaine plus tard, mais il n’y eut pas de traité de paix ; les relations avec le Japon ne furent rétablies qu’en 1607–1609.
La date est-elle le 19 novembre ou le 16 décembre ?
Les deux désignent le même jour. Le 19e jour du 11e mois lunaire du calendrier de Joseon correspond au 16 décembre 1598 dans le calendrier occidental. « 19 novembre » mélange le mois lunaire et le calendrier occidental.
Sources et lectures complémentaires
- 조성도, 노량해전 (露梁海戰). Encyclopedia of Korean Culture (Academy of Korean Studies)
- 이순신 (李舜臣). Encyclopedia of Korean Culture (Academy of Korean Studies)
- 정유재란 (丁酉再亂). Encyclopedia of Korean Culture (Academy of Korean Studies)
- Revised Annals of King Seonjo (선조수정실록), vol. 32, 1st day of the 11th month of the 31st year of Seonjo (1598), entry 2: naval commander Yi Sun-sin defeats the enemy relief force at sea and is killed. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 21st day of the 11th month of 1598, entry 2: Gyeongsang Left Army Commander Seong Yun-mun reports captives’ accounts of Hideyoshi’s death. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 21st day of the 11th month of 1598, entry 3: first report of the attack on Waegyo and the naval battle of the 19th. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 23rd day of the 11th month of 1598, entry 2: the censorates demand that Yu Seong-ryong be stripped of office; the king replies that he has already been dismissed. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 23rd day of the 11th month of 1598, entry 6: the Royal Secretariat accuses Liu Ting of letting the enemy go. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 24th day of the 11th month of 1598, entry 1: senior ministers congratulate the king on the enemy’s flight, with the historian’s comment. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 24th day of the 11th month of 1598, entry 2: Yun Du-su and others on Liu Ting’s release of the enemy. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 24th day of the 11th month of 1598, entry 4: Chen Lin’s messenger reports the results of the naval battle and Yi Sun-sin’s death. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 24th day of the 11th month of 1598, entry 5: Xing Jie orders the Ming generals to Busan and asks for Yi Sun-sin’s successor. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 26th day of the 11th month of 1598, entry 3: King Seonjo visits Xing Jie and thanks the Ming for the victory. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 26th day of the 11th month of 1598, entry 5: report from Dong Yiyuan’s liaison officer that the Japanese at Dongyangchang have withdrawn. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 27th day of the 11th month of 1598, entry 5: Left State Councillor Yi Deok-hyeong reports the battle at Noryang, with the historian’s comment on Yi Sun-sin. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 28th day of the 11th month of 1598, entry 2: Gyeongsang governor Jeong Gyeong-se sends the notice Katō Kiyomasa left at Ulsan. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 28th day of the 11th month of 1598, entry 3: report that only fifty or sixty Japanese remain at Busan. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 106, 29th day of the 11th month of 1598, entry 6: the Border Defence Council reports that the Japanese have left Busan. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
- Yu Seong-ryong (柳成龍), 懲毖錄 (Jingbirok), vol. 2 (classical Chinese text). Wikisource
- 明史 (Ming History), vol. 247: biographies of Chen Lin and Deng Zilong (classical Chinese text). Wikisource
- 음양력 변환 계산 (Lunar–solar calendar conversion). Korea Astronomy and Space Science Institute
- Battle of Noryang. Wikipedia
- 노량 해전. Wikipedia (Korean)
- 露梁海戦. Wikipedia (Japanese)
- 順天城の戦い. Wikipedia (Japanese)
- Imjin War. Wikipedia
- Toyotomi Hideyoshi. Wikipedia
- Yi Sun-sin. Wikipedia
- 이순신. Wikipedia (Korean)
- 이문욱. Wikipedia (Korean)
- Chen Lin (Ming dynasty). Wikipedia
- 진린. Wikipedia (Korean)
- Shimazu Yoshihiro. Wikipedia
- 島津義弘. Wikipedia (Japanese)
- 선조실록. Wikipedia (Korean)
- 남해 관음포 이충무공 유적. Wikipedia (Korean)
- 남해 충렬사. Wikipedia (Korean)
- Noryang: Deadly Sea. Wikipedia
- Edict of Nantes. Wikipedia
- Peace of Vervins. Wikipedia
- Philip II of Spain. Wikipedia
- Boris Godunov. Wikipedia
- Battle of the Yellow Ford. Wikipedia
À découvrir aussi
- Yi Sun-sinCommandant naval de la dynastie Joseon qui vainquit les flottes japonaises lors des invasions de 1592–1598 et tint le journal de guerre Nanjung ilgi.
- Shimazu YoshihiroGénéral du Satsuma qui tint le château japonais de Sacheon en 1597–1598, y repoussa un assaut sino-coréen et mena la flotte de secours que la marine alliée combattit à Noryang ; en 1600, il réussit une percée restée célèbre à travers les lignes ennemies à Sekigahara.
- Chen LinGénéral Ming originaire du Guangdong qui commanda la flotte Ming en Corée en 1598, rejoignit Yi Sun-sin à Gogeumdo et combattit à ses côtés à la bataille de Noryang.
- Konishi YukinagaDaimyō chrétien issu d’une famille de marchands de Sakai, qui commanda la Première Division lors de l’invasion de la Corée en 1592 et mena les négociations de paix du Japon avec l’envoyé Ming Shen Weijing.
Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.
