Guerre

Bataille de Myeongnyang

명량해전 鳴梁海戰 (Myeongnyang haejeon) · 명량대첩 鳴梁大捷 (“the great victory at Myeongnyang”) · Japanese 鳴梁海戦 (Meiryō kaisen)

1597

Première publication le 14 octobre 2026 · Dernière mise à jour le 14 octobre 2026 · Édité par Terra Scripta

Rédigé par IA · vérifié par IA

Rédigé par Claude et vérifié de manière indépendante par Codex (gpt-6.1-sol) à partir de sources publiques : faits, dates, citations et versions anglaise et coréenne. Non relu par un expert humain. Dernière vérification par IA : 2026-10-14. Problèmes trouvés et corrigés : 25.

En une phrase

Le 16e jour du 9e mois lunaire de 1597 (26 octobre dans le calendrier occidental), Yi Sun-sin, avec 13 navires de guerre rassemblés à partir de ce qui restait de la marine de Joseon après le désastre de Chilcheollyang, repoussa une flotte japonaise bien plus nombreuse dans l’étroit détroit de Myeongnyang (Uldolmok), aux courants rapides, au large de l’île de Jindo ; le commandant japonais Kurushima Michifusa fut tué et les Japonais se retirèrent, mais la guerre se poursuivit encore un an.

Bataille de Myeongnyang
Image: 太田天洋(1884~1946) · CC BY 1.0 · Wikimedia Commons

Commencez en haut pour une introduction simple. Descendez pour découvrir plus de détails et de travaux de recherche.

  • Facile
  • Intermédiaire
  • Avancé

Pour les jeunes lecteurs

Il y a plus de 400 ans, le Japon envahit la Corée, qui était alors le royaume de Joseon. En 1597, les Japonais revinrent une deuxième fois. Cet été-là, presque toute la marine coréenne fut détruite lors d’une attaque surprise, à un endroit appelé Chilcheollyang.

Le roi rendit le commandement de la marine à l’amiral Yi Sun-sin, qui avait été arrêté et puni quelques mois plus tôt. Quand il reprit le commandement, il ne restait qu’une douzaine de navires de guerre. Certains fonctionnaires pensaient que la marine devait renoncer et combattre sur terre, mais Yi aurait répondu : « J’ai encore douze navires. »

Une grande flotte japonaise fit voile vers l’ouest en longeant la côte. Yi l’attendit près d’un passage très étroit entre l’île de Jindo et le continent. La mer s’y engouffre si vite et si bruyamment qu’on l’appelle Uldolmok, « le passage qui rugit ».

Le jour de la bataille, plus de 130 navires japonais entrèrent dans le passage pour affronter 13 navires coréens. Au début, le navire de Yi combattit presque seul, pendant que les autres restaient en arrière. Puis les autres capitaines s’avancèrent, un commandant japonais fut tué et une trentaine de navires japonais furent fracassés. Les Japonais firent demi-tour.

La bataille ne mit pas fin à la guerre. Yi avait trop peu de navires pour rester sur place : il partit donc vers le nord pour rassembler d’autres hommes et d’autres bateaux. Mais la marine qui avait presque disparu était sauvée, et les Coréens se souviennent de Myeongnyang comme de l’une des batailles navales les plus célèbres de leur histoire. Une histoire populaire raconte que Yi tendit des chaînes de fer en travers du passage, mais le récit de la bataille dans son journal ne parle d’aucune chaîne tendue en travers du détroit.

En bref

Date
16e jour du 9e mois lunaire de 1597 (calendriers de Joseon et du Japon) = 26 octobre 1597 (calendrier grégorien). Les combats durèrent du matin jusqu’à la fin de l’après-midi
Lieu
Le détroit de Myeongnyang (Uldolmok), entre l’île de Jindo et la péninsule de Hwawon sur le continent, et les eaux situées au large du quartier général de la marine de droite du Jeolla (Usuyeong), à son extrémité nord-ouest, dans les actuels districts de Haenam et de Jindo
Guerre
Seconde invasion japonaise (guerre de Jeongyu, 1597–1598), dans le cadre de la guerre d’Imjin (1592–1598)
Commandants
Joseon : Yi Sun-sin (Commandant naval des Trois Provinces), avec Kim Eok-chu (commandant de la marine de droite du Jeolla), An Wi, Kim Eung-ham, Song Yeo-jong et d’autres / Japon : Tōdō Takatora, Katō Yoshiaki, Wakisaka Yasuharu et Kurushima Michifusa (tué), avec Mōri Takamasa comme inspecteur
Forces
Joseon : 13 navires de guerre, plus 32 bateaux d’éclaireurs qui restèrent probablement à l’écart du combat (rapport de Yi) / Japon : 133 navires engagés dans l’attaque selon le journal de Yi (« cent trente et quelques » dans son rapport à la cour) ; les estimations de l’ensemble de la flotte présente dans les environs vont jusqu’à environ 330
Pertes
Japon : 31 navires fracassés selon le journal de Yi (son rapport donne plus de vingt, puis onze de plus ; environ 30 dans la plupart des ouvrages modernes), Kurushima Michifusa tué, Tōdō Takatora blessé / Joseon : aucun navire perdu ; 2 tués et 3 blessés sur le navire amiral de Yi, et sept ou huit rameurs du navire d’An Wi sautèrent à la mer (journal de Yi)
Résultat
Victoire de Joseon : la flotte japonaise se retira. Yi se replia vers le nord la nuit même ; la marine japonaise lança ensuite des raids sur la côte ouest du Jeolla avant de se retirer sur la côte sud pour l’hiver. La guerre ne prit fin qu’après la mort de Hideyoshi, lorsque les Japonais quittèrent Busan en décembre 1598
Principales sources
Le journal de guerre de Yi Sun-sin (Nanjung ilgi) et son rapport tel qu’il est cité dans les Annales véridiques du roi Seonjo ; le Jingbirok de Yu Seong-ryong ; la biographie (haengnok) rédigée par le neveu de Yi, Yi Bun ; les archives familiales japonaises des Tōdō et des Mōri ; la stèle de la victoire de 1688

Sur la carte

Pendant ce temps, ailleurs dans le monde

D’autres sujets de cette bibliothèque, à peu près des mêmes années, dans des régions lointaines du monde.

Facile

Que s’est-il passé à Myeongnyang ?

La bataille de Myeongnyang fut une bataille navale de la guerre d’Imjin, livrée pendant la seconde invasion japonaise de la Corée. Elle eut lieu le 16e jour du 9e mois lunaire de 1597, soit le 26 octobre 1597 dans le calendrier occidental. Les archives japonaises donnent la même date lunaire. Le champ de bataille était le détroit de Myeongnyang, un passage étroit entre l’île de Jindo et l’extrémité sud-ouest de la péninsule coréenne, que les Coréens appellent aussi Uldolmok, « le passage qui rugit », à cause du bruit de ses courants de marée.

Deux mois plus tôt, la marine de Joseon avait été presque anéantie à Chilcheollyang. Yi Sun-sin, nommé de nouveau à la tête de ce qu’il en restait, n’avait rassemblé que 13 navires de guerre au jour de la bataille. Une flotte japonaise qui progressait vers l’ouest le long de la côte de la province de Jeolla entra dans le détroit pour l’attaquer ; le journal de Yi compte 133 navires japonais engagés dans l’attaque.

Pendant longtemps, le navire amiral de Yi combattit presque seul, tandis que ses autres capitaines restaient en arrière. Lorsqu’ils s’avancèrent enfin, le combat bascula. Yi consigna que 31 navires japonais avaient été fracassés, et les Japonais se retirèrent. Les archives japonaises font elles aussi état de lourdes pertes : le commandant Kurushima Michifusa fut tué et Tōdō Takatora fut blessé.

Myeongnyang sauva la marine de Joseon, mais ne mit pas fin à la guerre. Yi avait trop peu de navires pour tenir le détroit et fit voile vers le nord la nuit même, l’armée de terre japonaise avait déjà commencé à refluer vers le sud, et les combats se poursuivirent encore un an, jusqu’à ce que les Japonais quittent Busan en décembre 1598. Les sections suivantes examinent ce que disent réellement les sources, et comment le récit de la bataille s’est amplifié.

[1][7][23][25][13][32]

Facile

De Chilcheollyang aux « douze navires »

Le Japon envahit de nouveau la Corée en 1597, après l’échec des pourparlers de paix avec la Chine des Ming. Au début de cette année-là, un agent japonais nommé Yoshira fit savoir que le commandant Katō Kiyomasa traverserait la mer un jour donné ; l’information aurait été une ruse. Yi Sun-sin n’attaqua pas comme le souhaitait la cour ; il fut arrêté, interrogé, puis envoyé servir sans grade sous les ordres du commandant en chef Gwon Yul. Won Gyun prit la tête de la marine. Les 15e et 16e jours du 7e mois lunaire (27–28 août 1597), la flotte de Won Gyun fut surprise et détruite à Chilcheollyang, au large de l’île de Geoje ; Won Gyun lui-même aurait été tué.

L’officier Kim Sik, qui avait échappé au désastre, dit au roi que la flotte avait brûlé et que le commandant de la marine de droite du Gyeongsang, Bae Seol, ainsi que quelques autres commandants, s’en étaient tirés de justesse. Il avait débarqué avec Won Gyun et vu des soldats japonais se ruer sur lui, mais ne pouvait dire s’il avait survécu. Bae Seol avait ramené une douzaine de navires de guerre environ. Lorsque la cour débattit de la punition des commandants au 8e mois lunaire, elle laissa Bae tranquille pour le moment, parce qu’il était encore en mer avec les navires.

Le 22e jour du 7e mois lunaire (3 septembre), le jour même où elle apprit la défaite, la cour nomma de nouveau Yi commandant de la marine de gauche du Jeolla et Commandant naval des Trois Provinces du Sud. Yi reçut l’ordre au début du 8e mois lunaire, près de Jinju. En traversant le Jeolla vers l’ouest, il rassembla des soldats dispersés, des armes et du grain, et sur la côte de Jangheung, il prit en charge les navires que Bae Seol avait sauvés. Les récits divergent sur le nombre de navires dont il prit d’abord le commandement ; avec d’autres navires rassemblés par la suite, il disposait de 13 navires de guerre au moment de la bataille.

Certains membres de la cour jugeaient inutile une flotte aussi réduite, et Yi reçut l’ordre de rejoindre les forces terrestres. Selon la biographie (haengnok) écrite par son neveu Yi Bun, Yi répondit que, depuis cinq ou six ans, les Japonais n’avaient pas osé pénétrer dans le Jeolla et le Chungcheong parce que la marine leur barrait la route : « Aujourd’hui, votre serviteur a encore douze navires de guerre. Si je combats de toutes mes forces, il y a encore quelque chose à faire… Bien que les navires de guerre soient peu nombreux, tant que je serai en vie, l’ennemi n’osera pas nous mépriser. » Les sources utilisées ici ne comprennent pas le mémoire lui-même ; ces paroles célèbres sont connues par la biographie de Yi Bun.

[8][9][10][7][1][24][23][3][36]

Facile

Byeokpajin : l’attente à l’entrée du détroit

Sur terre, les armées japonaises déferlaient sur le Jeolla. Elles prirent Namwon d’assaut à la fin de septembre et s’emparèrent de Jeonju sans combat. En mer, la flotte japonaise suivait la côte vers l’ouest pour les soutenir. Yi, qui avait trop peu de navires pour l’affronter en pleine mer, se replia vers le détroit de Myeongnyang, le passage qui mène de la côte sud à la mer occidentale.

Le 29e jour du 8e mois lunaire, Yi conduisit ses navires à Byeokpajin, à la pointe nord-est de l’île de Jindo, juste au sud-est du détroit. Quelques jours plus tôt, selon son journal, huit navires japonais qui s’étaient approchés de son mouillage au large d’Eoranpo avaient été repoussés. Le 2e jour du 9e mois (12 octobre), Bae Seol déserta. La cour exigea plus tard qu’il soit puni selon la loi militaire, et il fut finalement capturé et exécuté. Dans la nuit du 7 (17 octobre), une escadre japonaise attaqua les navires coréens à Byeokpajin et fut repoussée.

Le 14, des éclaireurs signalèrent que plus de 200 navires japonais approchaient et que des dizaines étaient déjà entrés à Eoranpo. Yi jugea que sa petite flotte ne pouvait pas combattre avec le détroit dans son dos. Le 15 (25 octobre), il franchit le détroit pour gagner Usuyeong, le quartier général de la marine de droite du Jeolla, situé sur le continent à son extrémité nord-ouest.

Ce soir-là, selon son journal, il réunit ses officiers et cita l’art de la guerre : « Ceux qui cherchent la mort vivront ; ceux qui cherchent la vie mourront », et « Si un seul homme tient un passage étroit, il peut faire trembler mille hommes ». Il les avertit que quiconque désobéirait aux ordres, même légèrement, serait puni selon la loi militaire.

[7][1][23][24][12][5]

Facile

Le 16e jour du 9e mois : la bataille dans le détroit

Tôt le matin du 16, des éclaireurs signalèrent que d’innombrables navires japonais traversaient le détroit en direction du mouillage coréen. Yi mena ses navires à leur rencontre. Dans son rapport à la cour, il écrivit que cent trente et quelques navires de guerre arrivaient des eaux situées au large d’Ijinpo ; son journal en compte 133. Le mémoire de la famille Tōdō indique que, comme il était difficile pour de grands navires de descendre le chenal aux courants rapides, on rassembla pour l’attaque des sekibune de taille moyenne au lieu des grands atakebune.

Les Japonais encerclèrent les navires coréens, et au début le navire amiral de Yi les combattit presque seul, au canon et à l’arc. Les autres navires restaient en arrière ; le journal dit que le navire du commandant de la marine de droite du Jeolla, Kim Eok-chu, se trouvait loin. Yi hissa des pavillons de signal pour appeler ses capitaines à s’avancer. Lorsque An Wi, magistrat de Geoje, s’approcha, Yi lui cria, selon les mots consignés dans le journal : « An Wi, veux-tu être mis à mort en vertu de la loi militaire ? Crois-tu que tu vivras si tu t’enfuis ? » An Wi se lança au milieu de l’ennemi, et son navire fut envahi par des soldats japonais ; Yi fit avancer son navire amiral et aida à les repousser.

Deux archives coréennes décrivent, chacune à sa manière, un commandant japonais appelé Madasi. Le rapport de Yi dit qu’un grand navire japonais portant des drapeaux rouges et un rideau bleu dirigeait l’attaque, et qu’un Japonais qui s’était rendu aux Coréens le désigna comme le navire de « Madasi, le commandant ennemi d’Angolpo ». L’Encyclopédie de la culture coréenne, suivant le journal, dit que Junsa, un Japonais rallié qui servait sur le navire de Yi, reconnut Madasi dans un homme vêtu d’habits à motifs qui flottait dans l’eau ; il fut repêché au crochet, décapité, et sa tête fut suspendue en vue, ce qui fit chuter le moral des Japonais. Le rapport de Yi dit que les Coréens fracassèrent d’abord plus de vingt navires japonais à coups de canon, puis que, lorsque Song Yeo-jong et Jeong Eung-du se joignirent au combat, ils en brisèrent onze de plus ; son journal en donne 31 au total. Les Japonais se retirèrent. Yi écrivit dans son journal : « Ce fut vraiment une chance du ciel. »

Selon le propre récit de Yi, aucun navire coréen ne fut perdu, et deux hommes furent tués et trois blessés sur son navire amiral ; le journal dit aussi que sept ou huit rameurs du navire d’An Wi sautèrent à la mer et nagèrent, sans dire s’ils survécurent. Yi voulait rester sur le lieu de la bataille, mais le courant était dangereux, le vent contraire et ses navires peu nombreux ; cette nuit-là, il se déplaça donc vers Dangsado, une île située au nord. Un récit japonais indique que les combats durèrent de l’heure du dragon (environ 7 h–9 h) à l’heure du coq (environ 17 h–19 h).

[13][1][7][23][24][25][5]

Intermédiaire

Uldolmok : le détroit et ses marées

Le détroit de Myeongnyang est l’un des passages les plus étroits de la côte coréenne et l’un de ceux où le courant est le plus rapide. Selon l’Encyclopédie de la culture coréenne, il mesure 293 mètres de large à son point le plus étroit et environ 19 mètres de profondeur, et en vives-eaux le courant atteint 11,5 nœuds (plus de 20 km à l’heure). Son nom coréen, Uldolmok, vient du rugissement de l’eau, qui donne l’impression que le passage pleure. Le flot porte vers le nord-ouest et le jusant vers le sud-est, et le courant faiblit puis s’inverse environ quatre fois par jour.

Les premiers récits relient déjà la bataille à la force de l’eau, mais de différentes manières. Le Jingbirok de Yu Seong-ryong, écrit après la guerre, dit que Yi, avec douze navires portant des canons, « profita de la marée » et attaqua avec le courant. La stèle de la victoire érigée en 1688 dit que la marée était forte et que les Japonais fondirent sur les navires coréens en se laissant porter par elle. Le rapport de Yi à la cour, tel qu’il est cité dans les Annales véridiques, attribue la victoire au feu des canons et à l’âpreté des combats, et ne mentionne pas la marée ; les résumés de son journal évoquent le courant dangereux surtout pour expliquer pourquoi il ne put rester sur le lieu de la bataille.

Le tableau détaillé de la marée ce jour-là provient de reconstitutions modernes. En 2010, l’Agence hydrographique et océanographique de Corée utilisa six mois de mesures de courant à Uldolmok pour recalculer la marée du 16e jour du 9e mois lunaire ; l’article de presse ne précise pas quelle date occidentale elle retint. Selon cet article, c’était une marée de vives-eaux : le flot vers le nord-ouest commença vers 6 h 30 et atteignit son maximum, 4,0 mètres par seconde, vers 10 h 10 ; le courant s’inversa vers le sud-est à 12 h 21, et le jusant atteignit son maximum, 2,7 mètres par seconde, vers 14 h 40. Une étude publiée en 2011 par Byun Do-seong, Lee Min-woong et Lee Ho-jung utilisa de telles rétro-simulations pour réinterpréter le déroulement de la bataille, en prenant pour jour de la bataille le 25 octobre, la conversion alors couramment utilisée ; ses chiffres ne peuvent donc pas être appliqués tels quels au 26 octobre, la date retenue sur cette page. Selon cette interprétation, les Japonais, venant du sud-est, entrèrent dans le détroit avec le flot, et l’inversion du courant vers midi se retourna contre eux.

Ces reconstitutions doivent être lues avec prudence. Les ouvrages de référence ne s’accordent pas sur les détails : l’Encyclopédie de la culture coréenne dit que le courant était presque étale lorsque les Japonais entrèrent, et qu’ils tentèrent d’encercler les navires de Yi lorsqu’il tourna vers le sud-est. Les rétro-simulations reposent sur des mesures modernes dans un chenal dont les rives ont changé, et elles dépendent de la date : les marées arrivent environ cinquante minutes plus tard chaque jour, si bien que le désaccord d’un jour entre les archives coréennes sur le calendrier (voir « Les sources et leurs problèmes ») a son importance. La marée aide à comprendre pourquoi le détroit favorisait une petite flotte tenant son extrémité nord, mais le déroulement heure par heure de la bataille reste une reconstitution.

[2][18][19][20][13][7][21][22][1][24]

Intermédiaire

Du côté japonais

Lors de la campagne de 1597, les armées japonaises attaquèrent d’abord les provinces méridionales, surtout le Jeolla, qui avait échappé aux pires ravages de la première invasion. Après Chilcheollyang, la marine japonaise, sous des commandants comme Tōdō Takatora, Katō Yoshiaki, Wakisaka Yasuharu et Kurushima Michifusa, progressa vers l’ouest le long de la côte du Jeolla pour soutenir l’armée. Certains de ces commandants avaient aussi combattu sur terre : selon Wikipédia en japonais, Kurushima mena 600 hommes lors de l’attaque de Namwon.

Les archives japonaises de la bataille sont surtout des archives familiales des commandants, telles que les résument Wikipédia en japonais et en anglais. Le mémoire de la famille Tōdō (Tōdō-ke oboegaki) dit que, de grands navires ne pouvant guère descendre le chenal aux courants rapides, on rassembla des sekibune pour l’attaque ; Wikipédia en japonais parle de plusieurs dizaines. Selon ces résumés, le mémoire des Tōdō et le Kōzankō jitsuroku, une chronique de Tōdō Takatora, rapportent que Kurushima Michifusa fut tué ; que plus de la moitié des principaux vassaux de la maison Tōdō furent blessés ou tués ; que Tōdō lui-même fut blessé ; et que Mōri Takamasa, l’inspecteur envoyé avec la flotte, tomba à la mer alors qu’il était aux prises avec un navire coréen et fut repêché par deux vassaux des Tōdō. Un document de la famille Mōri dit que des centaines de petits bateaux étaient rassemblés derrière la ligne coréenne.

Kurushima Michifusa (1561–1597) était issu de la branche Kurushima des Murakami, les seigneurs maritimes de la mer intérieure de Seto. Il se rallia à Toyotomi Hideyoshi en 1582, devint en 1585 un daimyō doté d’un domaine de 14 000 koku dans la province d’Iyo (Shikoku), et combattit sur terre et sur mer lors de la première invasion. À Myeongnyang, il mena l’avant-garde dans le détroit et fut tué, à l’âge de 37 ans selon le mode traditionnel de calcul de l’âge en Asie de l’Est. Son second fils, Nagachika, lui succéda.

On dit souvent que le commandant que les hommes de Yi repêchèrent, « Madasi », était Kurushima lui-même. Le rapport de Yi l’appelle « Madasi, le commandant ennemi d’Angolpo », et Wikipédia en coréen, par exemple, l’identifie à Kurushima. Mais cette identification relie un nom figurant dans les archives coréennes à une mort consignée dans les archives japonaises, et repose sur ce qu’un Japonais déjà rallié aux Coréens reconnut au milieu de la bataille ; de plus, le nom de Madasi apparaît aussi, dans des archives coréennes antérieures de 1597, pour désigner un Japonais présent à Busan ; les sources utilisées ici ne permettent pas de trancher.

[25][23][26][24][13][16][6]

Intermédiaire

Après la bataille : ce qui changea et ce qui ne changea pas

Yi ne resta pas dans le détroit. Après la nuit passée à Dangsado, il remonta la côte vers le nord et, le 21 du 9e mois, il avait atteint les îles Gogunsan, au large de l’actuelle Gunsan, rassemblant en chemin des survivants de Chilcheollyang. Il redescendit vers le sud au 10e mois, trouva le quartier général d’Usuyeong incendié par les Japonais, et reconstitua ses forces pendant l’hiver. Le Jingbirok de Yu Seong-ryong raconte que, lorsqu’il s’établit sur l’île de Gogeumdo au début de 1598, Yi disposait de plus de 8 000 hommes : il délivra des laissez-passer maritimes aux nombreux bateaux de réfugiés en échange de riz, rassemblant plus de 10 000 seok de grain en dix jours, fit fondre des canons et construire des navires.

La marine japonaise, de son côté, franchit le détroit après le départ de Yi et lança des raids sur la côte ouest du Jeolla avant l’hiver. Le 23 du 9e mois, le lettré Kang Hang fut capturé en mer par la flotte de Tōdō et emmené au Japon. Un soldat coréen qui s’était échappé de captivité chez les Japonais déclara à des fonctionnaires, au début de 1598, que la flotte de son commandant avait combattu le commandant naval coréen au large d’Usuyeong, où la moitié des Japonais avaient été tués ou blessés ; elle avait ensuite mouillé au large de Muan, incendié la région pendant plusieurs jours, puis était retournée à Suncheon. Avant l’arrivée de l’hiver, la flotte japonaise se retira sur la côte sud.

Sur terre, les Japonais avaient déjà fait demi-tour. Après avoir pris Namwon et Jeonju, les armées japonaises avancèrent dans la province de Chungcheong, et certaines unités atteignirent la limite sud de la province de Gyeonggi. À la mi-octobre, des troupes ming affrontèrent l’avant-garde de Kuroda Nagamasa à Jiksan. Puis les Japonais se retournèrent vers le sud. Une entrée des Annales véridiques datée du 15e jour du 9e mois, avant Myeongnyang, montre le roi Seonjo et ses ministres s’interrogeant tard dans la nuit sur des rapports selon lesquels les Japonais s’étaient soudain retirés. Le repli de l’armée de terre avait donc commencé avant la bataille, et Myeongnyang ne peut à elle seule l’expliquer. Pendant l’hiver, les Japonais tinrent et construisirent des forts le long de la côte sud, d’Ulsan à Suncheon.

Myeongnyang eut aussi un coût personnel. Au 10e mois, Yi apprit que son plus jeune fils, Yi Myeon, avait été tué par des soldats japonais qui pillaient la maison familiale à Asan. En 1598, une flotte ming commandée par Chen Lin rejoignit Yi à Gogeumdo. Toyotomi Hideyoshi mourut en septembre 1598, et les Japonais se préparèrent à partir. Lors de la bataille de Noryang, le 16 décembre 1598, Yi fut tué alors qu’il attaquait une flotte japonaise ; à la fin de décembre, les dernières forces japonaises quittèrent Busan, et la guerre prit fin.

[7][25][23][18][14][17][11][16][6][3]

Intermédiaire

Pendant ce temps dans le monde, en 1597

Au Japon, l’année de la seconde invasion commença par un acte de persécution dans le pays même. Le 5 février 1597, vingt-six catholiques, parmi lesquels des missionnaires franciscains venus d’Europe et du Mexique et des fidèles japonais, furent crucifiés sur une colline dominant Nagasaki sur ordre de Toyotomi Hideyoshi, le souverain même qui avait renvoyé ses armées en Corée.

En Europe, l’Espagne lança en octobre 1597 une troisième armada contre l’Angleterre. La flotte quitta La Corogne et, à la fin d’octobre, fut dispersée par des tempêtes avant d’avoir pu débarquer, si bien que ses commandants ordonnèrent aux navires rescapés de se disperser. À Londres, la même année vit la première impression de Roméo et Juliette de Shakespeare.

Aucun de ces événements n’avait de lien avec les combats en Corée. Les mettre côte à côte montre seulement que 1597 fut aussi une année où les conditions météorologiques et la mer déterminèrent l’issue d’une autre campagne navale, à l’autre bout du monde, et où le Japon de Hideyoshi poursuivit son hostilité envers la mission chrétienne dans le pays.

[33][34][35]

Intermédiaire

Chaînes de fer, bateaux leurres et autres récits

La légende la plus connue sur Myeongnyang veut que Yi ait tendu des chaînes de fer en travers du détroit et les ait tirées pour accrocher et faire chavirer les navires japonais. Les entrées du journal de Yi consacrées à la bataille ne mentionnent aucune chaîne tendue en travers du détroit, pas plus que son rapport tel qu’il est cité dans les Annales véridiques. Wikipédia en coréen fait remonter l’histoire à une archive familiale plus tardive de Kim Eok-chu, le Hyeonmugong silgi. L’Encyclopédie de la culture coréenne ne la mentionne que parmi des récits « transmis », et l’histoire en ligne de l’Institut national d’histoire de Corée (Urinara yeoksanet) indique que la recherche ne la confirme pas. Mieux vaut la traiter comme une légende plus tardive.

L’histoire des bateaux de réfugiés est mieux étayée. Le Jingbirok dit que des gens qui avaient fui en mer sur leurs propres bateaux se rassemblèrent en apprenant l’arrivée de Yi, et qu’il les plaça derrière sa flotte « pour en renforcer l’apparence ». La stèle de la victoire de 1688 dit que plus d’une centaine de bateaux de réfugiés furent déployés en mer comme leurres, de sorte que, de loin, ils ressemblaient à des navires de guerre, et un document japonais de la famille Mōri parle de centaines de petits bateaux derrière la ligne coréenne. Les nombres et le but varient, mais la présence de bateaux civils derrière la flotte apparaît dans plusieurs récits anciens.

Certaines versions populaires ajoutent des éléments que les sources ne confirment pas. Aucun bateau tortue ne combattit à Myeongnyang. Les célèbres « douze navires » et les « treize navires » de la bataille sont tous deux exacts : le premier est le nombre dont Yi parla lorsque la cour voulait supprimer la marine, le second le nombre de navires qui combattirent.

Les légendes ont aussi gonflé les chiffres. Les chiffres de Yi lui-même sont de 133 ou « cent trente et quelques » navires japonais, mais des ouvrages plus tardifs parlent de 330 ou plus, et certains récits de bien davantage (voir « Compter les navires et les pertes »). Plus un récit est éloigné de la bataille, plus la flotte japonaise tend à y grossir.

[23][24][1][7][13][18][19][20][25]

Intermédiaire

Le souvenir de Myeongnyang

Après la guerre, Yi fut nommé sujet méritant Seonmu de première classe en 1604. En 1688, le commandant de la marine de droite du Jeolla, Bak Sin-ju, érigea une stèle de la victoire à Usuyeong, au bord du détroit. Son texte fut composé par le ministre des Rites Yi Min-seo, la calligraphie fut l’œuvre de Yi Jeong-yeong, et le titre en écriture sigillaire fut tracé par l’écrivain Kim Man-jung. La stèle célèbre cette victoire comme la plus remarquable de Yi, décrit la forte marée et les bateaux leurres, et se termine par un poème (ci) sur l’étroite embouchure de Myeongnyang. Pendant la période coloniale, elle fut transportée au palais Gyeongbokgung, à Séoul ; après la libération, elle fut réinstallée sur la côte de Haenam en 1947, et en 2011 elle fut ramenée à son emplacement d’origine. Elle fut classée Trésor de Corée (n° 503) en 1969.

Aujourd’hui, la bataille est commémorée sur les deux rives du détroit. Le festival de la victoire de Myeongnyang, organisé par la ville spéciale intégrée de Jeonnam-Gwangju et les districts de Haenam et de Jindo, reconstitue la bataille chaque année, le site principal alternant entre les deux districts ; en 2026, il s’est tenu du 11 au 13 septembre.

Dans la culture populaire, la bataille est surtout connue par le film The Admiral : Roaring Currents (Myeongnyang), réalisé par Kim Han-min et sorti le 30 juillet 2014, avec Choi Min-sik dans le rôle de Yi Sun-sin et Ryu Seung-ryong dans celui de Kurushima Michifusa. Avec 17,6 millions d’entrées, il est devenu le film le plus vu de l’histoire de la Corée du Sud. Il mêle l’histoire et l’invention, par exemple une vendetta personnelle pour Kurushima ; Kim Han-min a ensuite réalisé Hansan : La Bataille du dragon (2022) et Noryang : Deadly Sea (2023).

Le souvenir de Myeongnyang ne se limite pas à la Corée. Wikipédia en japonais note que des livres publiés sous le Gouvernement général japonais de Corée et par la Marine impériale japonaise décrivaient déjà la bataille comme une victoire coréenne, et que la plupart des historiens japonais modernes partagent cet avis.

[3][19][20][1][24][28][27][25][37][38]

Avancé

Compter les navires et les pertes : ce que disent les sources

Les forces coréennes sont les plus faciles à dénombrer. Le rapport de Yi donne 13 navires de guerre et 32 bateaux d’éclaireurs ; ces derniers étaient de petites embarcations qui ne combattirent probablement pas. Le Jingbirok donne 12 navires, le nombre du célèbre mémoire. Le nombre d’hommes engagés dans la bataille n’est pas connu par les sources utilisées ici ; le Jingbirok dit seulement qu’au moment où Yi s’installa à Gogeumdo, il en avait plus de 8 000.

La flotte japonaise est bien plus difficile à évaluer. Le journal de Yi compte 133 navires engagés dans l’attaque, et son rapport à la cour « cent trente et quelques ». Le Jingbirok dit que Madasi menait plus de 200 navires. L’histoire en ligne de l’Institut national d’histoire de Corée estime la flotte à 200–300 navires, dont seulement 133 sekibune environ entrèrent dans le détroit. Wikipédia en japonais, citant l’histoire de la guerre rédigée par l’état-major de l’armée japonaise et un tableau d’ordre de bataille, donne plusieurs dizaines de navires à l’avant-garde, 133 dans le corps principal, plus de 200 en arrière et environ 7 200 hommes. Des chiffres plus élevés apparaissent dans des ouvrages plus tardifs : Wikipédia en coréen relève 330 dans une édition imprimée du journal, qu’elle explique par une erreur de lecture, 333 dans les œuvres complètes de Yi, « plusieurs centaines » dans le Nanjung japrok et 500–600 dans le Yeollyeosil gisul ; Samuel Hawley donne 133–330. Le chiffre le mieux attesté est celui d’environ 133 navires qui entrèrent réellement dans le détroit ; la taille de l’ensemble de la flotte présente dans les environs est incertaine.

Les pertes japonaises sont elles aussi incertaines. Le rapport de Yi, tel qu’il est cité dans les Annales véridiques, dit que plus de vingt navires furent fracassés par le feu des canons et onze de plus par la suite, et que huit têtes furent prises, sans donner de total ; son journal donne 31, et la plupart des ouvrages modernes environ 30. Le mot employé signifie « fracassé » ou « percé » par éperonnage ou par des tirs : tous ces navires n’ont donc pas forcément coulé. L’histoire en ligne ajoute quatre-vingt-dix et quelques navires endommagés, sans indiquer sa source. Un prisonnier coréen évadé rapporta plus tard que la moitié des hommes de son commandant avaient été tués ou blessés, et le mémoire des Tōdō consigne de lourdes pertes parmi les officiers de la maison elle-même. Aucun total fiable des morts japonais n’est disponible.

Les chiffres des pertes coréennes sont tirés du récit de Yi lui-même : aucun navire perdu, et deux tués et trois blessés sur le navire amiral. Le journal dit aussi que sept ou huit rameurs d’An Wi sautèrent à la mer et nagèrent ; il ne dit pas s’ils se noyèrent. Les pertes des autres navires coréens ne sont pas indiquées dans les sources utilisées ici, et le rapport d’un amiral n’est pas le témoin le plus neutre de ses propres pertes.

[13][18][7][25][24][23][29][1][14]

Avancé

Les sources et leurs problèmes

Le principal témoin est Yi Sun-sin lui-même. Son journal de guerre pour 1597 subsiste en plusieurs versions, qui diffèrent sur des détails comme le nombre de navires japonais, et il fut écrit par le commandant au sujet de sa propre bataille. Son rapport à la cour est connu par les Annales véridiques du roi Seonjo, où il est cité dans une lettre que le gouvernement de Joseon envoya à un commandant ming au 11e mois lunaire. Cette lettre avait un but : elle demandait une aide navale des Ming et soulignait que « de ce fait, les navires ennemis ne purent entrer dans la mer occidentale », une affirmation qu’il faut lire avec prudence, comme le montrent les raids ultérieurs sur la côte du Jeolla.

Les autres récits coréens sont plus tardifs ou de seconde main. Le Jingbirok de Yu Seong-ryong fut écrit après la guerre par un ministre qui avait recommandé Yi. Le célèbre mémoire des « douze navires » est connu par la biographie écrite par le neveu de Yi, Yi Bun, un admirateur, et imprimée dans les œuvres complètes de Yi en 1795. La stèle de 1688, des archives familiales comme le Hyeonmugong silgi et des compilations plus tardives ajoutent des détails, comme les bateaux leurres, les chaînes de fer et des flottes plus nombreuses, qui s’amplifient à mesure qu’on s’éloigne de l’événement.

Les sources japonaises sont des archives familiales, comme celles des Tōdō et des Mōri, qui se concentrent naturellement sur le rôle de leur propre seigneur, et elles sont connues ici principalement par les résumés de Wikipédia en japonais et en anglais. Les témoignages de Coréens capturés ou évadés, consignés dans les Annales véridiques, apportent un regard extérieur. Les citations du journal sur cette page sont nos propres traductions des entrées de Yi pour les 15e et 16e jours du 9e mois. C’est en confrontant ces différents types de sources, plutôt qu’en se fiant à une seule, que l’on peut se fier aux grandes lignes de la bataille.

Même la date demande de la prudence. Le 16e jour du 9e mois lunaire est certain, mais les archives coréennes diffèrent d’un jour sur le calendrier de ce mois. Les Annales révisées du roi Seonjo donnent pour 1er jour du 9e mois un jour gichuk, qui correspond au 11 octobre 1597 et concorde avec le journal de Yi, qui nomme le jour de la bataille gapjin ; selon ce calcul, la bataille eut lieu le 26 octobre. Les noms de jours des Annales véridiques originales pour ce mois sont décalés d’un jour, et les conversions qui s’appuient sur eux donnent le 25 octobre. La date du calendrier japonais, le 16e jour du 9e mois de la deuxième année de l’ère Keichō, correspond elle aussi au 26 octobre.

[4][13][18][1][19][24][25][14][15][32][36][5]

Avancé

Quelle fut l’importance de Myeongnyang ?

La tradition coréenne compte Myeongnyang parmi les plus grandes victoires de son histoire. L’Encyclopédie de la culture coréenne dit qu’elle infléchit le cours de la seconde invasion en faveur de Joseon ; l’histoire en ligne de l’Institut national d’histoire de Corée dit qu’elle empêcha la marine japonaise d’avancer le long de la côte ouest, fit échouer le plan japonais d’une avance conjointe par terre et par mer, et permit à la marine de Joseon de se relever de Chilcheollyang. En anglais, Samuel Hawley estime que la marine japonaise renonça ensuite à tenter d’atteindre la mer Jaune, et l’historien naval Yi Min’ung, dans un volume dirigé par James Lewis, qu’elle stoppa l’avance japonaise vers l’ouest et donna à Joseon le temps de reconstruire sa marine.

Il y a de bonnes raisons de nuancer ce jugement. L’armée de terre japonaise avait déjà fait demi-tour depuis le Chungcheong avant la bataille, après avoir affronté les Ming à Jiksan et alors que des renforts arrivaient de Chine ; les Annales véridiques montrent la cour coréenne discutant de ce repli avant que la nouvelle de Myeongnyang ait pu lui parvenir. Après la bataille, c’est Yi qui quitta le détroit, et la marine japonaise le franchit et lança des raids sur la côte du Jeolla pendant quelques semaines. Plus généralement, l’étude de Kenneth Swope consacrée au côté ming réévalue le rôle militaire des Ming dans la guerre et soutient qu’il a été sous-estimé. Wikipédia en anglais note que quelques auteurs japonais ont même qualifié Myeongnyang de succès stratégique japonais, puisque la flotte coréenne abandonna le détroit, mais Wikipédia en japonais rapporte que la plupart des historiens japonais modernes y voient une victoire coréenne décisive.

Que décida donc la bataille ? Elle n’arrêta pas la campagne terrestre, dans laquelle l’armée japonaise avait déjà commencé à se replier, et elle ne chassa pas les Japonais de la mer. Mais elle maintint en vie la marine de Joseon. Une force de 13 navires repoussa une attaque menée par une force bien plus nombreuse, tua un daimyō et ne perdit aucun navire, et dans les mois qui suivirent, Yi reconstitua, à partir des réfugiés, du grain et de nouveaux navires, une flotte de plusieurs milliers d’hommes. Hawley juge que la marine japonaise renonça à l’idée d’atteindre la mer Jaune, bien que ses raids sur la côte du Jeolla juste après la bataille montrent qu’elle ne quitta pas ces eaux tout de suite ; en 1598, la marine de Yi, désormais rejointe par les Ming, put menacer les forts japonais et la route maritime du retour.

Il vaut donc mieux voir en Myeongnyang la bataille qui maintint Joseon dans la guerre navale au moment où il avait failli la perdre, plutôt que la bataille qui gagna la guerre. La guerre prit fin un an plus tard pour d’autres raisons, la mort de Hideyoshi et la décision japonaise de se retirer, les Japonais quittant Busan en décembre 1598.

[1][7][29][30][11][23][25][31][14][18][6]

Idées clés

Une flotte qui existe encore
Après Chilcheollyang, la question était de savoir si Joseon aurait encore une marine. Myeongnyang maintint en vie une petite flotte, autour de laquelle Yi reconstruisit la puissance navale coréenne.
Tirer parti d’un passage étroit
Dans un détroit de moins de 300 mètres de large, une grande flotte ne pouvait pas engager tous ses navires à la fois, et les quelques navires qui y entraient pouvaient être affrontés groupe par groupe.
Marée et chronologie
Les courants d’Uldolmok comptent parmi les plus forts de la côte coréenne. Les premiers récits disent que la marée joua un rôle ; l’horaire exact de l’inversion du courant ce jour-là est une reconstitution moderne.
Commander sous la pression
Pendant longtemps, le navire amiral de Yi combattit seul tandis que les autres capitaines restaient en arrière. Son journal le montre les appelant à s’avancer en les menaçant des sanctions prévues par la loi militaire.
Ce qu’une bataille décide
Myeongnyang sauva la marine mais ne mit pas fin à la guerre et ne fit pas, à elle seule, refluer l’armée japonaise, qui avait déjà commencé à se retirer.
Légende et archives
Des récits comme celui des chaînes de fer se sont formés plus tard. Comparer le journal et le rapport de Yi avec les stèles et les archives familiales plus tardives montre quels détails sont documentés.

Notices

  1. 1597 — Début de l’année : le Japon reprend la guerre. Yi Sun-sin est arrêté, puis envoyé servir sans grade ; Won Gyun prend la tête de la marine.
  2. 1597 — 27–28 août (15e–16e jour du 7e mois lunaire) : la flotte de Joseon est détruite à Chilcheollyang ; une douzaine de navires environ s’échappent sous Bae Seol.
  3. 1597 — 3 septembre (22e jour du 7e mois lunaire) : la cour nomme de nouveau Yi Commandant naval des Trois Provinces.
  4. 1597 — Fin septembre : les Japonais prennent Namwon d’assaut et occupent Jeonju.
  5. 1597 — 29e jour du 8e mois lunaire : Yi s’installe à Byeokpajin, sur l’île de Jindo.
  6. 1597 — 12 octobre (2e jour du 9e mois lunaire) : Bae Seol déserte.
  7. 1597 — Mi-octobre : des troupes ming affrontent les Japonais à Jiksan ; l’armée de terre japonaise reflue vers le sud.
  8. 1597 — 25 octobre (15e jour du 9e mois lunaire) : Yi s’installe à Usuyeong et dit à ses officiers : « Ceux qui cherchent la mort vivront. »
  9. 1597 — 26 octobre (16e jour du 9e mois lunaire) : bataille de Myeongnyang ; Kurushima Michifusa est tué.
  10. 1597 — 31 octobre (21e jour du 9e mois lunaire) : Yi atteint les îles Gogunsan.
  11. 1598 — Début de l’année : Yi établit sa flotte sur l’île de Gogeumdo ; plus tard, une flotte ming commandée par Chen Lin le rejoint.
  12. 1598 — 16 décembre : bataille de Noryang ; Yi est tué. À la fin de décembre, les dernières forces japonaises quittent Busan.
  13. 1688 — La stèle de la victoire de Myeongnyang est érigée à Usuyeong.
  14. 2010 — L’Agence hydrographique et océanographique de Corée reconstitue les marées du jour de la bataille.
  15. 2014 — Le film The Admiral : Roaring Currents sort et devient le film le plus vu en Corée du Sud.

Glossaire

Uldolmok
Le nom coréen du détroit de Myeongnyang, « le passage qui rugit », d’après le bruit de ses courants de marée.
Panokseon
Le principal navire de guerre de Joseon à cette époque, un solide navire à rames doté d’un pont surélevé qui protégeait les rameurs et portait des canons.
Sekibune et atakebune
Navires de guerre japonais : le sekibune était un navire rapide de taille moyenne, l’atakebune un grand navire de construction robuste. Les archives japonaises disent que seuls des sekibune furent envoyés dans le détroit.
Samdo sugun tongjesa
Commandant naval des trois provinces du Sud (Gyeongsang, Jeolla, Chungcheong), le poste auquel Yi fut nommé de nouveau en 1597.
Usuyeong
Le quartier général de la marine de droite du Jeolla, à l’extrémité nord-ouest du détroit de Myeongnyang, dans l’actuelle Haenam.
Baegui jonggun
« Suivre l’armée en habits blancs » : servir sans grade à titre de punition, comme le fit Yi en 1597 avant d’être nommé de nouveau.
Haengnok
Récit biographique de la vie et des actes d’une personne, souvent rédigé par un parent ; le haengnok que Yi Bun consacra à son oncle conserve les paroles des « douze navires ».
Vives-eaux et étale
Les vives-eaux sont la période du mois où le marnage et les courants sont les plus forts ; l’étale est la courte pause pendant laquelle le courant s’inverse.
Rétro-simulation
Calcul de conditions passées, comme les marées d’un jour donné il y a plusieurs siècles, à partir de mesures et de modèles modernes.
Calendrier luni-solaire
Le calendrier utilisé à Joseon et au Japon : les mois suivent la lune, et des mois supplémentaires sont ajoutés pour rester en accord avec l’année solaire. Ses dates doivent être converties dans le calendrier occidental.

Questions et réponses

Douze navires ou treize ?

Les deux. Yi parla de douze navires lorsque la cour voulait abandonner la marine ; un autre le rejoignit plus tard, et treize navires de guerre combattirent à Myeongnyang.

Combien y avait-il de navires japonais ?

Le journal de Yi en compte 133 engagés dans l’attaque, et son rapport « cent trente et quelques ». D’autres navires attendaient peut-être hors du détroit ; des récits plus tardifs donnent 330 ou plus, mais ces chiffres sont moins fiables.

Yi a-t-il tendu des chaînes de fer en travers du détroit ?

Rien ne l’atteste solidement. Les entrées de son journal et son rapport sur la bataille de Myeongnyang ne mentionnent aucune chaîne tendue en travers du détroit, et l’histoire apparaît dans des archives familiales plus tardives. On la considère comme une légende.

La marée a-t-elle gagné la bataille ?

Le fort courant a compté, et les premiers récits le mentionnent, mais l’horaire exact de l’inversion de la marée provient de reconstitutions modernes. Le propre rapport de Yi attribue la victoire au feu des canons et à l’âpreté des combats.

Myeongnyang a-t-elle empêché les Japonais d’atteindre Séoul ?

Pas à elle seule. L’armée de terre japonaise avait déjà reflué vers le sud après avoir affronté les Ming à Jiksan, et la cour discutait de son repli avant la bataille. Myeongnyang sauva la marine coréenne et entrava l’avance de la marine japonaise le long de la côte ouest.

Qui était Kurushima Michifusa ?

Un daimyō japonais issu d’une famille de seigneurs maritimes de la mer intérieure de Seto. Il mena l’avant-garde japonaise dans le détroit et fut tué. On ne sait pas avec certitude s’il était le « Madasi » dont les hommes de Yi repêchèrent le corps.

Était-ce le 25 ou le 26 octobre ?

La date lunaire, le 16e jour du 9e mois, est certaine. D’après le calendrier des Annales révisées et du journal de Yi, c’est le 26 octobre 1597 ; certaines conversions fondées sur les Annales véridiques originales donnent le 25 octobre.

Le film Myeongnyang est-il fidèle ?

Il suit les grandes lignes de la bataille mais ajoute des scènes et des motivations inventées, comme la vendetta personnelle de Kurushima. C’est une fiction, pas un documentaire.

Sources et lectures complémentaires

  1. 조성도 (Jo Seong-do), 명량대첩 (鳴梁大捷). Encyclopedia of Korean Culture (Academy of Korean Studies)
  2. 명량 (鳴梁). Encyclopedia of Korean Culture (Academy of Korean Studies)
  3. 이순신 (李舜臣). Encyclopedia of Korean Culture (Academy of Korean Studies)
  4. 난중일기 (亂中日記). Encyclopedia of Korean Culture (Academy of Korean Studies)
  5. Yi Sun-sin (李舜臣), 亂中日記 · 丁酉日記 (Nanjung ilgi, diary of 1597), entries for the 14th–16th days of the 9th lunar month, 1597
  6. 이장희, 임진왜란 (壬辰倭亂). Encyclopedia of Korean Culture (Academy of Korean Studies)
  7. 명량해전 (The Battle of Myeongnyang), in 한국사 연대기 (Chronicle of Korean history). Urinara yeoksanet (우리역사넷), National Institute of Korean History
  8. Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 90, 22nd day of the 7th month of the 30th year of Seonjo (1597), entry 2: Kim Sik reports the defeat at Hansan (Chilcheollyang). Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
  9. Veritable Records of King Seonjo (선조실록), vol. 90, 22nd day of the 7th month of 1597, entry 5: appointments of Jo Jeup, Yi Sun-sin and Gwon Jun. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
  10. Veritable Records of King Seonjo (선조실록), 5th day of the 8th month of 1597, entry 4: Yi Won-ik reports on the fate of the naval commanders; Bae Seol left unpunished for the time being. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
  11. Veritable Records of King Seonjo (선조실록), 15th day of the 9th month of 1597, entry 4: night audience on the sudden Japanese withdrawal. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
  12. Veritable Records of King Seonjo (선조실록), 11th day of the 10th month of 1597, entry 5: the Border Defence Council asks for Bae Seol to be punished for desertion. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
  13. Veritable Records of King Seonjo (선조실록), 10th day of the 11th month of 1597, entry 5: letter to the Ming commander-in-chief quoting Yi Sun-sin’s report of the battle off Byeokpajeong, Jindo. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
  14. Veritable Records of King Seonjo (선조실록), 11th day of the 2nd month of the 31st year of Seonjo (1598), entry 4: testimony of Jeon Pung-sang, a soldier of Jinhae who escaped from the Japanese. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
  15. Revised Annals of King Seonjo (선조수정실록), 1st day of the 9th month of the 30th year of Seonjo (1597), entry 1. Annals of the Joseon Dynasty database, National Institute of Korean History
  16. 朝鮮王朝實錄 / 宣祖實錄 / 三十年 (Veritable Records of King Seonjo, 30th year, classical Chinese text). Wikisource
  17. 朝鮮王朝實錄 / 宣祖實錄 / 三十一年 (Veritable Records of King Seonjo, 31st year, classical Chinese text). Wikisource
  18. Yu Seong-ryong (柳成龍), 懲毖錄 (Jingbirok), vol. 2 (classical Chinese text). Wikisource
  19. Yi Min-seo (이민서), text; transcription by the National Research Institute of Cultural Heritage, 해남 명량대첩비 (Haenam Myeongnyang victory stele), transcribed text. Wikisource (Korean)
  20. Translated by Yi U-tae and the National Research Institute of Cultural Heritage, 해남 명량대첩비/해석 (Haenam Myeongnyang victory stele, Korean translation). Wikisource (Korean)
  21. 이동훈, 명량해전 울돌목 조류 재현된다 (Uldolmok tidal currents of the Battle of Myeongnyang reconstructed). Newspim, 2010
  22. Byun Do-seong, Lee Min-woong, Lee Ho-jung, 명량해전 당일 울돌목 조류·조석 재현을 통한 해전 전개 재해석 (A Revisit to the Myungryang Naval Battle through Hindcasting Tidal Currents and Tides), Journal of the Korea Institute of Military Science and Technology 14(2): 189–197. Korea Institute of Military Science and Technology, 2011
  23. Battle of Myeongnyang. Wikipedia
  24. 명량 해전. Wikipedia (Korean)
  25. 鳴梁海戦. Wikipedia (Japanese)
  26. 来島通総. Wikipedia (Japanese)
  27. The Admiral: Roaring Currents. Wikipedia
  28. 울돌목에 되살아난 430년 전 명량의 함성…호국의 바다를 깨우다 (2026 Myeongnyang Victory Festival). MTN (Money Today Network), 2026
  29. Samuel Hawley, The Imjin War: Japan’s Sixteenth-Century Invasion of Korea and Attempt to Conquer China. Royal Asiatic Society, Korea Branch; Institute of East Asian Studies, University of California, Berkeley, 2005
  30. James B. Lewis (ed.), The East Asian War, 1592–1598: International Relations, Violence and Memory (incl. Yi Min’ung, “The role of the Chosŏn navy and major naval battles during the Imjin Waeran”, pp. 120–140). Routledge, 2015
  31. Kenneth M. Swope, A Dragon’s Head and a Serpent’s Tail: Ming China and the First Great East Asian War, 1592–1598. University of Oklahoma Press, 2009
  32. 음양력 변환 계산 (Lunar–solar calendar conversion). Korea Astronomy and Space Science Institute
  33. 26 Martyrs of Japan. Wikipedia
  34. 3rd Spanish Armada. Wikipedia
  35. Romeo and Juliet. Wikipedia
  36. Yi Bun (李芬), Yi Sun-sin’s nephew, 行錄 (Haengnok, biographical record of Yi Sun-sin), in 李忠武公全書 (Complete Works of Yi Sun-sin), vol. 9. Printed by royal order, 1795
  37. 해남 명량대첩비 (Haenam Myeongnyang victory stele). National Heritage Digital Service, Korea Heritage Service
  38. 2026 프로그램 소개 (2026 programme). Myeongnyang Victory Festival (명량대첩축제), 2026

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

← Retour à la carte