Littérature

Instructions de Shuruppak

v. 2600–2500 av. J.-C. · Abu Salabikh (Sumer)

En une phrase

Les Instructions de Shuruppak rassemblent les conseils d’un père sumérien à son fils, écrits sur des tablettes d’argile il y a environ 4 500 ans, ce qui en fait l’une des plus anciennes œuvres littéraires découvertes à ce jour.

Instructions de Shuruppak
Image: Daderot · CC0 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Imagine que ton grand-père ou ta grand-mère te dise : « Écoute, je vais te raconter les choses les plus importantes que j’ai apprises dans ma vie. » C’est un peu ce que fait ce vieux texte. Un père sage, nommé Shuruppak, donne beaucoup de conseils à son fils.

Le texte a été écrit à Sumer, dans une région qui se trouve aujourd’hui dans le sud de l’Irak. Les habitants y ont inventé l’une des premières formes d’écriture. Ils n’utilisaient pas de papier : ils appuyaient un roseau taillé sur de l’argile humide pour faire de petites marques en forme de coins. Puis ils laissaient sécher l’argile. Cette écriture s’appelle le cunéiforme.

Certains conseils parlent de choses très concrètes. Par exemple : ne place pas ton champ juste à côté d’une route, car les gens marcheront dessus ; ne creuse pas de puits au milieu de ton champ, car d’autres viendront l’abîmer ; n’achète pas un âne qui brait trop.

D’autres conseils expliquent comment bien se conduire : ne vole pas, n’entre pas de force chez les autres, ne parle pas mal à ta mère, réfléchis avant de parler et ne promets pas de payer les dettes de quelqu’un d’autre.

Le fils s’appelle Ziusudra. Dans une autre histoire sumérienne, il construit un grand bateau et survit à une immense inondation, un peu comme Noé dans la Bible. Le texte imagine donc que ces conseils viennent d’un temps très ancien, « avant le déluge ».

Les plus anciennes copies ont environ 4 500 ans. Pendant des centaines d’années, des élèves ont continué à recopier le texte. Des enfants des écoles anciennes ont donc appris à écrire avec les mêmes conseils que tu peux lire aujourd’hui.

En bref

Genre
Littérature de sagesse : recueil de proverbes et de préceptes présentés comme les conseils d’un père à son fils
Langue
Sumérien, écrit en cunéiforme sur des tablettes d’argile ; traduit plus tard en akkadien
Plus anciennes copies
Période des dynasties archaïques III, vers 2600–2500 av. J.-C., à Abou Salabikh et Adab, dans le sud de l’Irak
Version la plus connue
Époque paléo-babylonienne (vers 1900–1700 av. J.-C.), copiée dans les écoles de scribes ; un peu moins de 300 lignes dans les reconstitutions modernes
Personnages
Shuruppak, fils d’Ubara-Tutu, conseille son fils Ziusudra, héros sumérien du déluge
Contenu
Conseils pratiques sur l’agriculture, les biens et les voisins, ainsi que règles morales concernant le vol, la parole, la famille et la conduite sexuelle
Importance
L’une des plus anciennes œuvres littéraires conservées au monde et le plus ancien exemple connu du genre des « instructions »

Facile

Que sont les Instructions de Shuruppak ?

Les Instructions de Shuruppak sont une œuvre sumérienne composée de courts conseils. Le texte prend la forme d’un discours : un vieil homme sage nommé Shuruppak explique à son fils Ziusudra comment cultiver la terre, gérer sa maison, traiter ses voisins et se conduire. Les chercheurs le classent dans la littérature de sagesse, un genre qui transmet des connaissances pratiques et morales plutôt que de raconter les aventures de dieux ou de héros.

Le texte est célèbre pour son ancienneté. Les premières copies datent de la période des dynasties archaïques III, vers 2600–2500 av. J.-C., à Sumer, dans le sud de la Mésopotamie (l’actuel sud de l’Irak). Il compte ainsi parmi les plus anciennes œuvres littéraires conservées dans le monde. Il précède de plusieurs siècles les plus anciennes versions conservées de l’Épopée de Gilgamesh et de près d’un millénaire le Code de Hammurabi.

L’œuvre a eu une longue histoire. Après sa première apparition, elle a été recopiée à de nombreuses reprises. Une version sumérienne remaniée et plus longue est devenue un texte courant dans les écoles de scribes à l’époque paléo-babylonienne, vers 1900–1700 av. J.-C. Des fragments de versions en akkadien, principale langue sémitique de la Mésopotamie, montrent qu’elle était encore connue à la fin du IIe millénaire av. J.-C.

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Facile

Que dit le texte ? Des conseils pour les champs, la maison et la vie en société

Le texte s’ouvre sur un ton solennel qui situe l’action dans un passé lointain. La version paléo-babylonienne commence à peu près ainsi : « En ces jours, en ces jours lointains ; en ces nuits, en ces nuits lointaines ; en ces années, en ces années lointaines… » Elle présente ensuite le sage Shuruppak, qui « donna des instructions à son fils Ziusudra ». Celui-ci déclare : « Mon fils, laisse-moi te donner des instructions ; prends mes instructions à cœur. »

Beaucoup de conseils sont pratiques et liés à la vie du village et des champs. Le père recommande à son fils de ne pas acheter un âne qui brait, de ne pas placer son champ au bord d’une route, de ne pas creuser de puits dans son propre champ parce que d’autres personnes l’abîmeraient, et de ne pas construire sa maison près d’une place publique où se rassemblent les foules. Ces passages montrent les préoccupations de l’époque : les biens, l’eau, les animaux et les difficultés de la vie en communauté.

D’autres passages portent sur la conduite et la morale. Le fils doit éviter de voler ou d’entrer de force dans une maison, de commettre des violences, de se porter garant de la dette d’autrui, de parler avec arrogance à sa mère ou de rendre un jugement en buvant de la bière. Il doit aussi surveiller ses paroles. Certaines lignes mettent en garde contre les écarts de conduite sexuelle, notamment avec une femme mariée. D’autres parlent de la famille : l’une affirme qu’un cœur aimant maintient l’unité d’une maison, tandis qu’un cœur haineux la détruit.

Chaque conseil occupe généralement une à trois lignes. Les conseils ne sont pas regroupés par sujet comme dans un guide moderne : une ligne sur l’agriculture peut être suivie d’une autre sur la parole, puis d’une troisième sur un esclave ou un voisin. À la lecture, on a un peu l’impression d’écouter un grand-parent passer d’un sujet à l’autre, toujours avec le même sérieux.

De nombreux conseils sont accompagnés d’une explication. Au lieu de simplement dire « ne fais pas cela », le père précise souvent ce qui arrivera si son fils le fait : des gens abîmeront son champ, l’homme dont il a garanti la dette aura une emprise sur lui, ou ses paroles seront utilisées contre lui. Ces raisons donnent au texte le ton d’une personne qui parle d’expérience plutôt que celui d’une simple liste d’ordres.

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Facile

Qui étaient Shuruppak et Ziusudra ?

Shuruppak était aussi le nom d’une véritable ville sumérienne, aujourd’hui connue sous le nom de Tell Fara, située sur un ancien cours de l’Euphrate. Dans la tradition mésopotamienne, cette ville faisait partie de celles qui avaient eu des rois avant le Déluge. Le père du texte porte le nom de la ville et y est présenté comme le fils d’Ubara-Tutu. Dans la Liste royale sumérienne, Ubara-Tutu est le dernier roi à avoir régné avant le déluge.

Son fils Ziusudra est le héros sumérien du déluge. Dans un autre récit sumérien, les dieux décident d’envoyer une inondation pour détruire l’humanité, mais Ziusudra est averti, construit un bateau et survit. Dans la littérature akkadienne ultérieure, ce personnage est connu sous les noms d’Atrahasis et d’Uta-Napishtim. Dans la version babylonienne classique de l’Épopée de Gilgamesh, Uta-Napishtim est appelé fils d’Ubara-Tutu et homme de Shuruppak.

En attribuant les conseils à ces personnages, le texte leur donne une grande autorité. Il les présente comme une sagesse venue d’avant le déluge, transmise de la dernière génération de l’ancien monde à l’homme qui allait la porter dans le nouveau. Certains résumés modernes appellent Shuruppak un roi, et la tradition ultérieure l’associe à la royauté, mais le texte lui-même le présente surtout comme un homme sage et savant. On ignore si l’un de ces personnages a réellement existé.

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Intermédiaire

Le monde où le texte est né : Sumer à l’époque des dynasties archaïques

Au milieu du IIIe millénaire av. J.-C., le sud de la Mésopotamie était partagé entre des cités-États indépendantes, telles qu’Ur, Uruk, Lagash, Umma, Nippur, Kish et Shuruppak. Chacune avait sa divinité protectrice, ses domaines liés aux temples et ses dirigeants. Elles se disputaient, parfois par la force, les terres et l’eau du Tigre et de l’Euphrate. L’agriculture dépendait des canaux d’irrigation, ce qui explique la place fréquente des champs, des puits et de l’eau dans le texte.

L’écriture était apparue en Mésopotamie quelques siècles plus tôt, vers 3400–3200 av. J.-C., surtout pour tenir des comptes. À la période des dynasties archaïques III, elle servait à bien d’autres usages : inscriptions royales, contrats, listes de mots et premières œuvres littéraires. Les Instructions de Shuruppak appartiennent à cette première vague de littérature écrite, aux côtés d’œuvres comme l’Hymne du temple de Kesh et d’une série d’hymnes aux dieux retrouvés sur les mêmes sites.

Les scribes étaient formés dans des écoles, où la littérature faisait partie de l’enseignement. En recopiant des paroles de sagesse, les élèves apprenaient le vocabulaire et la grammaire tout en découvrant des valeurs. Les Instructions de Shuruppak se trouvent ainsi à la rencontre de l’éducation, de la morale et de l’art d’écrire.

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Intermédiaire

Comment le texte nous est parvenu : des tablettes d’Abou Salabikh à Babylone

Les plus anciens manuscrits proviennent de deux sites de la période des dynasties archaïques. À Abou Salabikh, un petit tell situé à environ 20 km au nord-ouest de Nippur, dont le nom ancien était peut-être Eresh, des fouilles de l’Oriental Institute de l’université de Chicago menées entre 1963 et 1965 ont mis au jour quelque 500 tablettes cunéiformes et fragments. Ils comprennent certains des plus anciens textes littéraires jamais découverts, dont une copie des Instructions. Robert D. Biggs a publié les textes d’Abou Salabikh en 1974. Des fragments d’une autre copie ancienne proviennent d’Adab.

La lecture de ces premières tablettes est extrêmement difficile. L’orthographe du sumérien de la période des dynasties archaïques est peu explicite : les signes ne sont pas toujours écrits dans l’ordre où ils étaient lus et de nombreux éléments grammaticaux sont omis. Les chercheurs s’appuient souvent sur la version plus tardive et plus complète pour comprendre l’ancienne, tout en évitant de supposer qu’elles étaient identiques.

Vers 1900–1700 av. J.-C., à l’époque paléo-babylonienne, le texte était largement recopié dans les écoles de scribes, notamment à Nippur. Cette version, plus longue et plus travaillée, sert de base à la plupart des traductions modernes. Elle comprend trois grandes parties, dont chacune s’ouvre sur une variante de l’introduction présentant Shuruppak donnant des instructions à Ziusudra. Elle se termine par une ligne à la gloire de Nisaba, déesse de l’écriture et du savoir des scribes.

Des fragments plus tardifs montrent le texte en akkadien ou sous forme bilingue à la fin du IIe millénaire av. J.-C. Pendant environ mille ans, sa formulation a donc changé : certaines maximes ont disparu, d’autres ont été ajoutées et la langue a été modernisée. Les Instructions de Shuruppak ne constituent donc pas un texte figé, mais une tradition vivante conservée dans de nombreuses copies différentes.

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Intermédiaire

Grands thèmes : prudence, parole et ordre social

La prudence est au cœur du texte. Beaucoup de conseils visent à éviter les ennuis : ne te place pas dans une situation où d’autres peuvent abîmer tes biens, ne prends pas en charge les dettes d’autrui, ne te mêle pas des querelles et ne fais pas confiance trop facilement. L’idéal proposé est celui d’une personne attentive, raisonnable et maîtresse d’elle-même, plutôt que d’un héros.

La parole reçoit une attention particulière. De nombreuses lignes mettent en garde contre les propos irréfléchis, vantards ou calomnieux, ainsi que contre les témoignages donnés à la légère. Dans une société où les contrats, les litiges et la réputation dépendaient beaucoup des serments prononcés et des témoins, savoir tenir sa langue était une qualité aussi pratique que morale.

Le texte reflète aussi l’ordre social de son époque. Il suppose l’existence d’une maison possédant des champs, des animaux et des esclaves ; il tient pour acquises les différences entre riches et pauvres, entre personnes libres et non libres ; et il adopte le point de vue d’un chef de famille s’adressant à son héritier. Les lecteurs d’aujourd’hui peuvent y reconnaître des préoccupations humaines partagées, comme l’entente familiale et l’honnêteté, mais aussi des valeurs très éloignées des leurs.

La religion est présente sans dominer le texte. Les dieux apparaissent dans certaines lignes et la conclusion loue la déesse Nisaba, mais la plupart des conseils sont justifiés par leurs conséquences pratiques plutôt que par un commandement divin. Ce ton concret est caractéristique de la littérature de sagesse mésopotamienne.

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Intermédiaire

La naissance d’un genre : les instructions dans le monde antique

Les Instructions de Shuruppak sont le plus ancien exemple connu d’une forme devenue courante dans le Proche-Orient ancien : des conseils présentés comme les instructions d’un père ou d’un maître à son fils ou à son élève. La Mésopotamie a produit d’autres œuvres de ce type, comme les Instructions d’Ur-Ninurta et les Conseils de sagesse en akkadien, ainsi que de grands recueils de proverbes sumériens utilisés dans les écoles.

L’Égypte a développé une tradition parallèle d’« enseignements » (sebayt), comme l’Enseignement de Ptahhotep, présenté comme les conseils d’un vieux dignitaire à son fils. Dans la Bible hébraïque, le Livre des Proverbes emploie lui aussi l’adresse « mon fils ». Certaines de ses préoccupations, comme les avertissements contre le fait de se porter garant pour autrui ou contre l’adultère, ressemblent à celles du texte sumérien. Les chercheurs ont également comparé celui-ci aux Travaux et les Jours d’Hésiode, poème grec de conseils pratiques et moraux adressé au frère du poète.

Ces ressemblances ne signifient pas nécessairement qu’un texte en a copié un autre. Elles montrent que des sociétés organisées autour de l’agriculture, des familles, des tribunaux et des écoles de scribes ont élaboré des façons semblables de transmettre la sagesse. Le texte sumérien est important parce qu’il montre que cette façon d’enseigner était déjà bien établie au IIIe millénaire av. J.-C.

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Intermédiaire

Redécouverte et réception moderne

Comme le reste de la littérature sumérienne, les Instructions ont été entièrement oubliées pendant plus de deux mille ans après l’abandon de l’écriture cunéiforme au début de notre ère. Elles n’ont été retrouvées que grâce aux fouilles modernes en Irak et au déchiffrement du sumérien, aux XIXe et XXe siècles.

L’édition publiée par Bendt Alster en 1974 fut la première étude savante complète de l’œuvre. Son ouvrage ultérieur, Wisdom of Ancient Sumer (2005), reste une référence. Des traductions anglaises sont librement accessibles dans l’Electronic Text Corpus of Sumerian Literature (ETCSL) de l’université d’Oxford, qui a permis aux étudiants et au grand public de découvrir le texte.

Aujourd’hui, les Instructions sont régulièrement citées dans les livres et les salles de classe comme « les plus anciens conseils du monde ». Beaucoup des tablettes originales provenant de sites irakiens étaient conservées au Musée national d’Irak, à Bagdad. Les pillages et les dommages subis par le patrimoine irakien au cours des dernières décennies ont rendu la documentation et la publication soigneuses de ces tablettes d’autant plus importantes.

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Avancé

Questions débattues : datation, versions et interprétation

La datation de la version la plus ancienne. Le contexte archéologique et la paléographie situent les manuscrits d’Abou Salabikh et d’Adab à la période des dynasties archaïques III. Les dates absolues de cette période dépendent de la chronologie mésopotamienne retenue et des données fournies par le radiocarbone. « Vers 2600–2500 av. J.-C. » est donc une approximation. L’œuvre peut être antérieure à sa plus ancienne copie conservée, mais aucune preuve directe ne l’établit.

Un seul texte ou plusieurs ? La comparaison des versions de la période des dynasties archaïques et de l’époque paléo-babylonienne révèle d’importantes différences de formulation, d’ordre et de contenu. Les chercheurs débattent de la meilleure façon de les décrire : une œuvre unique remaniée, une famille de recueils apparentés partageant un même cadre et de nombreuses maximes, ou un ensemble souple de dictons que les scribes organisaient de différentes manières. Les éditeurs reconstituent un « texte composite » à partir de nombreux manuscrits, mais aucun lecteur de l’Antiquité n’a vu exactement cette version.

Comprendre la langue. De nombreuses maximes restent obscures à cause de mots rares, de passages endommagés et du style elliptique des proverbes. Les traductions peuvent varier considérablement, et même les meilleures éditions présentent certaines lignes comme incertaines. Il faut donc lire avec prudence les paraphrases modernes trop assurées de passages isolés.

Le cadre narratif et le déluge. Les raisons pour lesquelles le texte est attribué à Shuruppak et à Ziusudra font aussi débat. Ce cadre le relie à la tradition du déluge, surtout connue par des sources plus tardives. On ignore s’il était présent dès l’origine ou s’il a pris de l’importance dans les versions ultérieures, ainsi que ses liens avec l’évolution du récit du déluge.

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Avancé

Sources et méthodes

Les sources sont uniquement des tablettes d’argile, pour la plupart brisées. Les assyriologues repèrent les fragments appartenant à la même œuvre, les assemblent lorsque c’est possible et établissent un texte composite ligne par ligne, en relevant les variantes des manuscrits. Ce travail s’appuie sur les collections des musées de Bagdad, de Philadelphie, de Chicago et d’ailleurs, ainsi que sur l’enregistrement précis des lieux de découverte des tablettes.

Le contexte est important. Les copies paléo-babyloniennes proviennent souvent de milieux scolaires, ce qui suggère que le texte servait à la formation des scribes. L’étude des autres textes trouvés avec lui, de la forme des tablettes et de leur nature — exercices ou copies achevées — aide les chercheurs à comprendre comment il était utilisé et pourquoi il a été conservé.

L’étude comparative est une autre méthode. Mettre les Instructions en regard des recueils de proverbes sumériens, des textes de sagesse akkadiens plus tardifs, des enseignements égyptiens et des Proverbes bibliques fait apparaître des formes et des thèmes communs. Les chercheurs évitent toutefois de supposer des emprunts directs sans preuves claires. Les corpus numériques comme l’ETCSL permettent désormais des recherches systématiques de vocabulaire et de formulations dans l’ensemble de la littérature sumérienne.

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Idées clés

Littérature de sagesse
Écrits qui transmettent des connaissances pratiques et morales, souvent sous forme de proverbes ou de conseils, plutôt que de raconter un mythe ou une épopée.
Instructions d’un père à son fils
Cadre dans lequel un homme âgé conseille son fils ; cette forme est devenue courante en Mésopotamie, en Égypte et dans l’Israël antique.
Prudence
Conduite attentive et raisonnable qui évite les risques inutiles ; c’est la valeur centrale du texte.
Maîtrise de la parole
Mise en garde récurrente contre les paroles irréfléchies, vantardes ou fausses, qui pouvaient provoquer des conflits et ruiner une réputation.
Une sagesse d’avant le déluge
En présentant Ziusudra, héros du déluge, comme celui qui écoute les conseils, le texte donne à ceux-ci une ancienneté et une autorité particulières.
Un texte vivant
L’œuvre a été remaniée et recopiée pendant environ mille ans ; elle nous est donc parvenue sous plusieurs versions.
Apprendre en recopiant
Les élèves scribes apprenaient à écrire en recopiant des textes comme celui-ci, tout en assimilant des leçons de morale et des connaissances linguistiques.

Notices

  1. v. 3300 av. J.-C. — L’écriture se développe dans le sud de la Mésopotamie, d’abord pour tenir des comptes.
  2. v. 2600 av. J.-C. — Période des dynasties archaïques III : les premiers textes littéraires apparaissent dans les cités sumériennes.
  3. v. 2500 av. J.-C. — Des scribes d’Abou Salabikh et d’Adab écrivent les plus anciennes copies conservées des Instructions de Shuruppak.
  4. v. 1800 av. J.-C. — Époque paléo-babylonienne : une version sumérienne standard plus longue est copiée dans les écoles de scribes, notamment à Nippur.
  5. v. 1200 av. J.-C. — Fin du IIe millénaire av. J.-C. : des fragments de versions akkadiennes et bilingues montrent que le texte est toujours recopié.
  6. 1963 — Les fouilles de l’Oriental Institute à Abou Salabikh, menées jusqu’en 1965, mettent au jour quelque 500 tablettes anciennes, dont une copie des Instructions.
  7. 1974 — Robert D. Biggs publie les tablettes d’Abou Salabikh ; Bendt Alster publie une édition complète des Instructions.
  8. 2005 — Dans Wisdom of Ancient Sumer, Alster présente une édition et une traduction révisées.

Glossaire

Sumer
Région la plus méridionale de la Mésopotamie antique, dans l’actuel sud de l’Irak, où se trouvaient certaines des premières villes.
Sumérien
Langue de Sumer ; elle n’est apparentée à aucune autre langue connue.
Akkadien
Langue sémitique de Mésopotamie, écrite en cunéiforme, qui a progressivement remplacé le sumérien dans l’usage quotidien.
Cunéiforme
Écriture formée en appuyant un calame de roseau sur l’argile pour y laisser des marques en forme de coins.
Tablette d’argile
Morceau d’argile aplati servant de support d’écriture ; une fois séché ou cuit, il peut se conserver pendant des milliers d’années.
Période des dynasties archaïques
Époque des cités-États sumériennes rivales, vers 2900–2350 av. J.-C.
Époque paléo-babylonienne
Période située approximativement entre 2000 et 1600 av. J.-C., durant laquelle une grande partie de la littérature sumérienne était recopiée dans les écoles.
Maxime
Courte formule exprimant une règle de conduite ou une vérité générale.
Assyriologie
Étude scientifique de la Mésopotamie antique, de ses langues et de ses textes.
Texte composite
Reconstitution moderne d’une œuvre obtenue en combinant de nombreux manuscrits fragmentaires.

Questions et réponses

Est-ce vraiment le plus vieux livre du monde ?

C’est l’une des plus anciennes œuvres littéraires conservées, avec des copies datant d’environ 2600–2500 av. J.-C. Quelques autres œuvres sumériennes de la même période, comme l’Hymne du temple de Kesh, sont tout aussi anciennes. Il est donc plus juste de dire que c’est l’une des plus anciennes.

Qui l’a écrit ?

Nous ne le savons pas. Le texte se présente comme les paroles de Shuruppak, personnage censé avoir vécu avant le déluge, mais ses véritables auteurs étaient des scribes anonymes, et l’œuvre a été remaniée pendant de nombreux siècles.

Quel est le conseil le plus amusant ?

Beaucoup de lecteurs aiment la recommandation de ne pas acheter un âne qui brait et celle de ne pas rendre un jugement en buvant de la bière. Elles montrent qu’il y a 4 500 ans, les gens se souciaient aussi de choses très ordinaires.

Ziusudra est-il le même personnage que Noé ?

Non, mais ces personnages appartiennent à des traditions comparables. Ziusudra est le héros du récit sumérien du déluge ; des versions mésopotamiennes ultérieures l’appellent Atrahasis ou Uta-Napishtim. Les chercheurs comparent depuis longtemps ces récits à l’histoire biblique de Noé.

Pourquoi les traductions d’une même ligne sont-elles si différentes ?

L’orthographe du sumérien ancien donne peu d’indications, beaucoup de tablettes sont brisées et les proverbes sont courts et pleins d’allusions. Les traducteurs doivent reconstituer le sens à partir de fragments ; certaines lignes restent donc incertaines.

Quel est le lien entre la version des dynasties archaïques et la version paléo-babylonienne ?

Elles partagent le même cadre et de nombreuses maximes, mais diffèrent par leur longueur, leur formulation et leur ordre. La version plus tardive, plus complète, aide à lire l’ancienne, sans que les deux puissent être considérées comme identiques.

Où peut-on lire le texte ?

Une traduction anglaise est disponible dans l’Electronic Text Corpus of Sumerian Literature (ETCSL) de l’université d’Oxford. On trouve aussi des éditions savantes et des traductions dans Wisdom of Ancient Sumer, de Bendt Alster.

Sources et lectures complémentaires

  1. Instructions of Shuruppak. Wikipedia
  2. Abu Salabikh. Wikipedia
  3. Shuruppak. Wikipedia
  4. Ziusudra. Wikipedia
  5. Sumerian literature. Wikipedia
  6. Wisdom literature. Wikipedia
  7. The instructions of Šuruppag (ETCSL 5.6.1). The Electronic Text Corpus of Sumerian Literature, University of Oxford
  8. Bendt Alster, Wisdom of Ancient Sumer. CDL Press, 2005
  9. Jeremy Black, Graham Cunningham, Eleanor Robson, Gábor Zólyomi, The Literature of Ancient Sumer. Oxford University Press, 2004
  10. Robert D. Biggs, Inscriptions from Tell Abū Ṣalābīkh (Oriental Institute Publications 99). University of Chicago Press, 1974

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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