Littérature

Enheduanna

En-ḫedu-ana (Sumerian)

v. 2285–2250 av. J.-C. · Ur

En une phrase

Enheduanna était une princesse et grande prêtresse qui vécut dans la cité mésopotamienne d’Ur il y a environ 4 300 ans. On la présente souvent comme la première autrice de l’histoire dont nous connaissions le nom, car la tradition ancienne lui attribue de puissants hymnes à la déesse Inanna.

Enheduanna
Image: Mefman00 · CC0 · Wikimedia Commons

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Pour les jeunes lecteurs

Il y a très longtemps, dans le pays qui est aujourd’hui l’Irak, un roi nommé Sargon bâtit l’un des premiers empires du monde. Il envoya sa fille dans la grande cité d’Ur pour qu’elle devienne la prêtresse la plus importante de Nanna, le dieu de la Lune.

Nous la connaissons sous le nom d’Enheduanna. Ce nom signifie généralement « grande prêtresse, parure du ciel ». Elle vivait dans une maison près du temple. Elle dirigeait des cérémonies et s’occupait du temple et de ses terres.

Enheduanna est célèbre parce que des poèmes ont été écrits sous son nom. Dans l’un d’eux, elle dit même « je » et raconte son histoire : un rebelle l’a chassée de son temple et elle demande de l’aide à la déesse Inanna. Elle est ainsi l’une des premières personnes de l’histoire dont nous connaissons le nom et la voix dans des poèmes.

Inanna était la déesse de l’amour et de la guerre. On l’associait aussi à l’astre très brillant que l’on voit le matin et le soir : la planète Vénus. Les poèmes d’Enheduanna la présentent comme forte, éclatante et plus puissante que les autres dieux.

En 1927, des archéologues ont trouvé à Ur un disque de pierre brisé. Après l’avoir reconstitué, ils ont vu l’image d’une prêtresse pendant une cérémonie. Une inscription au dos indique qu’il s’agit d’Enheduanna, la fille de Sargon. C’est un peu comme si l’on retrouvait son portrait 4 300 ans plus tard.

Pendant des centaines d’années, des élèves qui apprenaient à écrire ont recopié ses poèmes. Aujourd’hui, on les lit en traduction dans le monde entier. Enheduanna rappelle que les femmes avaient aussi une voix aux débuts de l’écriture.

En bref

Époque
Fin du XXIVe siècle et XXIIIe siècle av. J.-C. (dates incertaines ; elle exerça sous Sargon d’Akkad et jusqu’au règne de son petit-fils Naram-Sin)
Lieu
Ur, dans le sud de la Mésopotamie (Tell el-Muqayyar, dans le sud de l’Irak)
Fonction
En (grande prêtresse) du dieu de la Lune Nanna à Ur ; fille de Sargon, fondateur de l’Empire d’Akkad
Langue des œuvres
Sumérien, écrit en cunéiforme, bien que sa famille parlât l’akkadien
Œuvres attribuées
L’Exaltation d’Inanna (Nin-me-šara), les hymnes In-nin ša-gur-ra et Inanna et Ebih, ainsi que le recueil des Hymnes aux temples sumériens
Objet majeur
Le Disque d’Enheduanna, découvert à Ur en 1927, aujourd’hui conservé au Penn Museum de Philadelphie
Importance
Souvent présentée comme la plus ancienne autrice connue par son nom ; l’attribution des œuvres fait débat parmi les spécialistes

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Qui était Enheduanna ?

Enheduanna était la fille de Sargon d’Akkad, le roi qui, au XXIVe siècle av. J.-C., réunit pour la première fois les cités-États de Mésopotamie sous un même pouvoir et fonda ce que les historiens appellent l’Empire d’Akkad. Sargon nomma sa fille en, ou grande prêtresse, de Nanna, le dieu de la Lune, à Ur, l’un des plus anciens et des plus importants centres religieux du sud de la Mésopotamie.

Enheduanna est un nom-titre sumérien, généralement traduit par « prêtresse en, parure du ciel ». Elle le reçut probablement lors de son entrée en fonction ; son nom de naissance est inconnu. En tant que prêtresse en, elle était considérée comme l’épouse terrestre du dieu de la Lune. Elle vivait dans le giparu, un grand bâtiment voisin du temple d’Ur, où elle présidait les rites et administrait les domaines du dieu.

Aujourd’hui, Enheduanna est surtout connue comme poétesse. La tradition ancienne lui attribue plusieurs hymnes en sumérien, dont certains passages où la voix poétique parle à la première personne et se nomme. Si cette attribution est juste, elle est la plus ancienne autrice du monde connue par son nom, environ mille ans avant Homère et plusieurs siècles avant les plus anciennes versions conservées de l’Épopée de Gilgamesh.

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Le Disque d’Enheduanna : un portrait gravé dans la pierre

En 1927, l’archéologue britannique Leonard Woolley découvrit des fragments d’un disque rond en albâtre (calcite) en fouillant le giparu d’Ur. Une fois reconstitué, le disque montre une scène de culte sculptée en relief. Un prêtre nu verse une libation, c’est-à-dire une offrande liquide, devant un autel ou une structure à degrés. Derrière lui se tient une femme vêtue d’une longue robe à volants et coiffée d’une parure distinctive. Elle lève la main en signe de vénération et deux personnes l’accompagnent.

L’inscription au dos la désigne comme Enheduanna, épouse de Nanna et fille de Sargon. Le disque est ainsi l’une des très rares images anciennes d’une femme nommée datant du IIIe millénaire av. J.-C. Certaines parties du visage et de l’inscription étaient abîmées et ont été restaurées. Le disque se trouve aujourd’hui au Penn Museum (musée d’archéologie et d’anthropologie de l’université de Pennsylvanie), à Philadelphie.

D’autres découvertes confirment qu’Enheduanna a réellement existé. Des sceaux portant son nom et appartenant à des membres de sa maisonnée, datés de l’époque des rois d’Akkad, ont également été trouvés à Ur. Ces objets montrent qu’elle occupait une fonction importante et disposait de son propre personnel et d’une administration.

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La vie à Ur, cité du dieu de la Lune

Ur se trouvait près de l’Euphrate, à l’extrême sud de la Mésopotamie, non loin des marais et du fond du golfe Persique. C’était déjà une cité ancienne et prospère lorsqu’Enheduanna y arriva. Quelques siècles plus tôt, ses souverains avaient été enterrés dans les célèbres tombes royales, remplies d’or, de lyres et de bijoux, que Woolley fouilla également dans les années 1920.

Le dieu protecteur de la cité était Nanna, le dieu de la Lune, que les Akkadiens appelaient Sîn. Son ensemble de temples se dressait au cœur de la ville. La grande ziggourat d’Ur visible aujourd’hui fut construite plus tard, vers 2100 av. J.-C., par le roi Ur-Namma, mais un temple consacré au dieu de la Lune occupait le site depuis bien plus longtemps.

En tant que prêtresse en, Enheduanna était à la fois une responsable religieuse et la cheffe d’une grande maisonnée. Le temple du dieu possédait des champs, des troupeaux et des ateliers, et employait de nombreuses personnes, des agriculteurs et tisserands aux scribes. Ses sceaux et le personnel qui y est nommé montrent qu’elle dirigeait cette organisation. Sa vie associait donc rites religieux, administration et, selon la tradition, création littéraire.

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Ses poèmes

Quatre grandes compositions sont le plus souvent attribuées à Enheduanna. La plus connue est Nin-me-šara, « Dame de tous les pouvoirs divins », généralement appelée L’Exaltation d’Inanna, un hymne d’environ 150 lignes. La deuxième, In-nin ša-gur-ra, « Dame au cœur vaillant », célèbre la puissance terrifiante d’Inanna au combat. La troisième, In-nin me-huš-a, connue sous le titre Inanna et Ebih, raconte comment la déesse détruit une montagne qui a refusé de l’honorer.

La quatrième est un recueil de 42 courts hymnes consacrés aux temples de Sumer et d’Akkad, appelé les Hymnes aux temples sumériens. Chaque hymne s’adresse à un temple comme à un être vivant et célèbre sa beauté et son dieu. Vers la fin, deux lignes nomment Enheduanna comme celle qui a composé la tablette et déclarent que quelque chose d’inédit a été créé.

Ces poèmes regorgent d’images saisissantes. Inanna chevauche des bêtes, fait pleuvoir le feu sur le pays et est célébrée comme plus grande qu’An, le dieu du ciel. La voix poétique parle aussi de sa propre souffrance : chassée de son temple, elle voit sa beauté réduite en poussière et appelle Inanna à son secours. Ce mélange de louange, de supplication et de parole personnelle explique l’admiration que suscitent les poèmes.

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L’Exaltation d’Inanna : un poème d’exil et de retour

L’Exaltation d’Inanna commence par célébrer Inanna comme la reine de tous les me, les pouvoirs divins qui constituent la civilisation, et comme une déesse guerrière dont personne ne peut résister à la fureur. Le poème évoque ensuite une crise. Un homme nommé Lugal-Ane s’est emparé du pouvoir à Ur. La voix poétique affirme avoir été chassée de son temple et de sa fonction, sans recevoir l’aide de son propre dieu, Nanna.

Dans la partie centrale, la voix poétique s’adresse directement à Inanna et lui demande de juger l’affaire et de punir le rebelle. Certains spécialistes, notamment Annette Zgoll, estiment que le poème est construit comme une requête juridique : la prêtresse présente sa cause devant un tribunal divin. Au point culminant, elle dit avoir composé l’hymne pendant la nuit et l’offre à la déesse ; dans les dernières lignes, Inanna accueille sa prière et la prêtresse retrouve sa place.

Le contexte historique semble être celui des révoltes contre les rois d’Akkad, en particulier contre Naram-Sin, petit-fils de Sargon, lorsque plusieurs cités sumériennes se soulevèrent contre leur domination. Naram-Sin écrasa ces rébellions. Le poème pourrait donc évoquer des événements réels : Enheduanna, représentante de la dynastie d’Akkad à Ur, aurait été chassée puis serait revenue. Les spécialistes ne s’accordent toutefois pas sur la possibilité de rattacher précisément le poème à des événements historiques déterminés.

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Lire les poèmes : images, voix et structure

Les hymnes attribués à Enheduanna exploitent toute la richesse de la poésie sumérienne. Les lignes forment souvent des paires parallèles, dont la seconde reprend ou renforce la première. Les épithètes s’accumulent pour impressionner l’auditoire par la grandeur de la déesse. Les images viennent de la nature et de la guerre : Inanna est comparée à une tempête, à une inondation, à un lion et à un feu déchaîné ; elle chevauche des bêtes et disperse ses ennemis.

La présence de la voix poétique est particulièrement frappante. Dans L’Exaltation d’Inanna, elle passe de la louange à la troisième personne à la plainte à la première personne, puis s’adresse directement à la déesse pour lui raconter ce qui lui est arrivé et lui faire connaître sa demande. Elle décrit l’hymne lui-même comme une œuvre qu’elle a « mise au monde » pendant la nuit : la composition du texte devient ainsi une partie du poème. Une telle réflexion sur la création d’un texte est rare dans la littérature de l’époque.

Les Hymnes aux temples fonctionnent autrement. Chaque court hymne suit un modèle semblable : il nomme un temple, célèbre sa splendeur et se termine en nommant le dieu qui l’habite. Ensemble, ils dessinent une carte sacrée du pays, d’Eridu, à l’extrême sud, jusqu’aux cités du nord. Lus comme un recueil, ils présentent Sumer et Akkad comme un seul espace religieux, ce qui correspond bien au projet politique des rois d’Akkad.

Ces poèmes peuvent être difficiles à lire aujourd’hui. De nombreuses lignes sont fragmentaires ou obscures, et les traducteurs doivent choisir entre plusieurs interprétations de mots difficiles. Comparer différentes traductions permet de percevoir à la fois la force des poèmes et les incertitudes propres à chaque version.

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Religion et politique : pourquoi une princesse devint prêtresse

Sargon était un Akkadien, locuteur d’une langue sémitique, originaire du nord de la Mésopotamie. Son empire réunissait les anciennes cités sumériennes du sud, chacune avec ses dieux et ses traditions. Nommer sa fille grande prêtresse à Ur, la cité du dieu de la Lune, était un acte politique : cela liait une institution religieuse sumérienne prestigieuse à la nouvelle dynastie et donnait à la famille royale d’Akkad une place au cœur de la religion sumérienne.

Les poèmes attribués à Enheduanna semblent aussi rapprocher différentes traditions religieuses. La déesse sumérienne Inanna est étroitement assimilée à la déesse akkadienne Ishtar, et les hymnes célèbrent sa supériorité sur les autres dieux. Certains spécialistes pensent que ces poèmes ont pu favoriser une vision religieuse commune dans un empire unifié, bien qu’il soit difficile de prouver cette intention.

La fonction de prêtresse en de Nanna devint une tradition durable. Pendant des siècles, des rois mésopotamiens continuèrent d’y nommer leurs filles. Au VIe siècle av. J.-C. encore, le roi Nabonide de Babylone rétablit cette fonction pour sa propre fille en s’appuyant sur d’anciennes inscriptions concernant des prêtresses antérieures. Enheduanna se trouvait au début de cette longue lignée.

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Comment ses poèmes nous sont parvenus

Presque tous les manuscrits des poèmes attribués à Enheduanna datent de l’époque paléo-babylonienne, vers 1900-1700 av. J.-C., plusieurs siècles après sa vie. Ils proviennent d’écoles de scribes de Nippur, d’Ur et d’autres cités. Les élèves y copiaient la littérature sumérienne pour apprendre leur métier, alors même que le sumérien n’était plus une langue parlée.

L’Exaltation d’Inanna figurait parmi les œuvres les plus souvent copiées dans les écoles paléo-babyloniennes, signe qu’elle était considérée comme un classique. Plus tard encore, certains hymnes furent copiés avec des traductions en akkadien.

Lorsque l’écriture cunéiforme cessa d’être utilisée, dans les premiers siècles de notre ère, les poèmes furent oubliés. Ils furent redécouverts au XXe siècle grâce à des tablettes trouvées lors de fouilles. William W. Hallo et J. J. A. van Dijk publièrent une édition et une traduction anglaise de L’Exaltation d’Inanna en 1968, et Åke Sjöberg, entre autres, établit une édition des Hymnes aux temples. Aujourd’hui, des traductions sont également accessibles dans le Corpus électronique des textes de la littérature sumérienne de l’université d’Oxford.

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Héritage et réception moderne

À la fin du XXe siècle, Enheduanna devint une figure importante au-delà de l’assyriologie. En 1976, la folkloriste et anthropologue Marta Weigle la fit connaître à un public féministe plus large comme la première autrice connue de la littérature mondiale. Depuis, elle est souvent célébrée comme une pionnière de l’écriture féminine, et ses poèmes ont été traduits et adaptés par des poètes et des chercheurs.

Des spécialistes de la rhétorique ont étudié L’Exaltation d’Inanna comme un exemple ancien de texte visant à convaincre. Hallo a comparé les procédés de persuasion du poème à ceux d’œuvres ultérieures, notamment les écrits des prophètes bibliques. Les poèmes ont également été rapprochés de traditions plus tardives d’hymnes et de prières dans tout le Proche-Orient ancien.

En 2023, Sophus Helle publia une traduction anglaise complète des poèmes qui lui sont attribués, accompagnée d’essais, et fit ainsi connaître son œuvre à un large public. Dans le même temps, de nombreux spécialistes appellent à la prudence : la célébrer comme la « première autrice » ne doit pas faire oublier les incertitudes sur l’identité des personnes qui ont composé les poèmes et sur ce que signifiait être auteur dans la Mésopotamie ancienne.

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Le débat sur l’attribution des œuvres

Les arguments en faveur de l’attribution reposent surtout sur le contenu des textes. Dans L’Exaltation d’Inanna, la voix poétique se nomme Enheduanna et décrit sa propre situation ; les Hymnes aux temples comportent des lignes qui la désignent comme celle qui a composé le recueil. Hallo et van Dijk (1968), ainsi qu’Åke Sjöberg, ont soutenu qu’il fallait prendre ces déclarations au pied de la lettre. Hallo a ensuite mis en garde contre ce qu’il considérait comme un scepticisme excessif.

Les doutes viennent de la nature des manuscrits. Toutes les copies substantielles datent de plusieurs siècles après la vie d’Enheduanna ; elles ont été produites dans des écoles ; et leur langue ne présente aucune trace nette du sumérien de l’époque d’Akkad. Jeremy Black et ses collègues ont observé que les textes tels que nous les possédons ont pu être composés ou largement remaniés à l’époque paléo-babylonienne. Miguel Civil a suggéré qu’« Enheduanna » pouvait renvoyer davantage à une fonction sacerdotale qu’à une autrice individuelle. Black a aussi estimé que les lignes des Hymnes aux temples ne s’appliquaient peut-être qu’au dernier hymne.

Entre ces positions, plusieurs spécialistes soulignent que l’attribution est en elle-même significative. À une époque où les œuvres littéraires étaient presque toujours anonymes, nommer Enheduanna comme autrice pouvait leur donner une autorité particulière en les associant à une princesse-prêtresse respectée de la dynastie de Sargon. Cette attribution conserve-t-elle un souvenir historique, relève-t-elle d’une construction littéraire plus tardive ou combine-t-elle les deux ? La question reste ouverte.

La plupart des spécialistes s’accordent sur une position intermédiaire : Enheduanna était une personne historique qui occupa la fonction de prêtresse en, et les poèmes appartenaient à une tradition liée à son nom. Les éléments dont nous disposons ne permettent pas de prouver qu’elle a personnellement composé les textes que nous lisons aujourd’hui, ni sous quelle forme.

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Sources et méthodes d’étude

L’étude d’Enheduanna repose sur trois types de sources. D’abord, les vestiges archéologiques de son époque : le disque et les sceaux d’Ur, qui établissent son existence historique, sa fonction et ses liens familiaux. Ensuite, les manuscrits littéraires, qui exigent une étude philologique : reconstituer les textes à partir de nombreuses copies paléo-babyloniennes, analyser la langue, l’orthographe et les variantes, puis chercher les éléments qui pourraient révéler un original plus ancien. Enfin, le contexte historique de l’Empire d’Akkad, connu grâce aux inscriptions royales et aux traditions postérieures.

L’interprétation dépend beaucoup de la manière dont ces sources sont rapprochées. L’analyse linguistique seule permet difficilement de dater une œuvre dont la langue a été modernisée au fil de siècles de copies. Les lectures historiques de L’Exaltation d’Inanna dépendent de l’identification de Lugal-Ane et de la datation de la révolte. Les approches féministes et littéraires étudient la façon dont l’attribution, le genre et la voix poétique ont été construits dans les textes et dans leur réception.

Les recherches récentes soulignent que la notion d’« auteur » dans la Mésopotamie ancienne diffère de l’idée moderne d’un créateur individuel. Étudier Enheduanna conduit donc à des questions plus larges sur l’attribution des œuvres, l’anonymat, l’autorité et la formation d’un ensemble d’œuvres reconnues dans les premières littératures du monde.

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Idées clés

Prêtresse en
La plus haute fonction sacerdotale liée au dieu d’une cité ; à Ur, la prêtresse en de Nanna était considérée comme l’épouse terrestre du dieu.
Autrice connue par son nom
Enheduanna est souvent présentée comme la plus ancienne autrice connue par son nom, même si l’attribution des œuvres fait débat.
Voix personnelle
Dans L’Exaltation d’Inanna, la voix poétique parle à la première personne de son exil et de sa supplication, ce qui est inhabituel dans la littérature ancienne.
Religion et empire
Sa nomination liait la dynastie d’Akkad à l’ancien culte sumérien du dieu de la Lune.
Suprématie d’Inanna
Les hymnes attribués à Enheduanna célèbrent Inanna comme reine des pouvoirs divins et supérieure aux autres dieux.
Transmission par les écoles
Ses poèmes nous sont parvenus surtout grâce à des copies scolaires paléo-babyloniennes réalisées des siècles après sa vie.
Un nom qui fait autorité
Associer un texte à un nom célèbre pouvait lui donner du prestige, même si cette personne n’en avait pas écrit chaque ligne.
Une œuvre qui parle de sa création
La voix poétique décrit la création de l’hymne lui-même : l’acte de composer entre dans le poème, ce qui est remarquable dans les premières littératures du monde.

Notices

  1. v. 2334 av. J.-C. — Sargon d’Akkad accède au pouvoir (selon la chronologie moyenne) et commence à bâtir son empire.
  2. v. 2285 av. J.-C. — Enheduanna exerce la fonction de prêtresse en de Nanna à Ur (dates approximatives).
  3. v. 2254 av. J.-C. — Naram-Sin, petit-fils de Sargon, devient roi ; des rébellions éclatent plus tard contre la domination d’Akkad.
  4. v. 2250 av. J.-C. — Vers cette époque, ou plus tard sous le règne de Naram-Sin, la révolte de Lugal-Ane à Ur pousse Enheduanna à l’exil.
  5. v. 1800 av. J.-C. — Les écoles de scribes paléo-babyloniennes copient largement ses hymnes ; la plupart des manuscrits conservés datent de cette période.
  6. v. 554 av. J.-C. — Le roi Nabonide de Babylone rétablit la fonction de prêtresse en à Ur pour sa fille.
  7. 1927 — Leonard Woolley découvre le Disque d’Enheduanna à Ur.
  8. 1968 — Hallo et van Dijk publient L’Exaltation d’Inanna.
  9. 1976 — Marta Weigle fait connaître Enheduanna aux études féministes comme la première autrice connue.
  10. 2023 — Sophus Helle publie une traduction complète de ses poèmes.

Glossaire

Empire d’Akkad
Empire fondé par Sargon d’Akkad au XXIVe siècle av. J.-C., qui réunit une grande partie de la Mésopotamie.
Sumérien
Langue de l’ancien Sumer, restée en usage dans les textes religieux et littéraires longtemps après avoir cessé d’être parlée.
Ur
Ancienne cité sumérienne située dans le sud de l’Irak, centre du culte de Nanna, le dieu de la Lune.
Nanna
Dieu sumérien de la Lune (appelé Sîn en akkadien) et dieu protecteur d’Ur.
Inanna
Déesse sumérienne de l’amour, de la guerre et de la planète Vénus, assimilée à l’Ishtar akkadienne.
Giparu
Résidence et bâtiment religieux de la prêtresse en à Ur.
Me
Pouvoirs ou décrets divins qui constituent la civilisation dans la pensée sumérienne.
Libation
Offrande rituelle d’un liquide que l’on verse pour un dieu.
Colophon
Note placée à la fin d’un texte, qui donne des renseignements sur sa rédaction ou son auteur.
Époque paléo-babylonienne
Période allant approximativement de 2000 à 1600 av. J.-C., durant laquelle de nombreuses œuvres sumériennes furent copiées dans les écoles.
Ziggourat
Immense plateforme de briques crues construite en étages dans les cités mésopotamiennes pour porter un temple ; la grande ziggourat d’Ur fut édifiée vers 2100 av. J.-C., après l’époque d’Enheduanna.
Sceau-cylindre
Petit cylindre de pierre gravée que l’on roulait sur l’argile pour y laisser une empreinte, utilisée comme signature par des responsables et des maisonnées.

Questions et réponses

Enheduanna était-elle vraiment la première autrice ?

Elle est la plus ancienne personne connue par son nom à qui des œuvres littéraires sont attribuées. On débat toutefois de la question de savoir si elle les a composées elle-même, car les copies conservées ont été faites des siècles plus tard.

Pourquoi une princesse est-elle devenue prêtresse ?

Son père Sargon utilisa sa nomination pour lier sa nouvelle dynastie d’Akkad à Ur, ancien centre de la religion sumérienne. C’était à la fois un honneur religieux et une décision politique.

Que signifie son nom ?

C’est un nom-titre sumérien généralement traduit par « prêtresse en, parure du ciel ». Son nom de naissance est inconnu.

Inanna et Ishtar sont-elles la même déesse ?

Elles ont été étroitement assimilées l’une à l’autre. Inanna est le nom sumérien et Ishtar le nom akkadien ; avec le temps, leurs mythes et leurs cultes se sont mêlés, et les hymnes attribués à Enheduanna ont contribué à façonner l’image de cette puissante déesse.

Que lui est-il arrivé pendant la rébellion ?

Selon L’Exaltation d’Inanna, un rebelle nommé Lugal-Ane s’empara d’Ur et la chassa de son temple. Elle appela Inanna à l’aide et retrouva finalement sa place.

Où se trouve aujourd’hui le Disque d’Enheduanna ?

Au Penn Museum de Philadelphie. Il fut découvert à Ur en 1927 lors de fouilles menées conjointement par le British Museum et l’université de Pennsylvanie.

Pourquoi les spécialistes doutent-ils qu’elle soit l’autrice des poèmes ?

Toutes les copies substantielles datent de l’époque paléo-babylonienne ; leur langue ne présente pas de traces nettes du sumérien plus ancien de l’époque d’Akkad ; et attribuer un texte à une personne célèbre pouvait lui donner de l’autorité.

Écrivait-elle dans sa langue maternelle ?

Sa famille parlait l’akkadien, mais les poèmes sont en sumérien, langue prestigieuse de la religion et de la littérature dans le sud de la Mésopotamie.

Sources et lectures complémentaires

  1. Enheduanna. Wikipedia
  2. Sargon of Akkad. Wikipedia
  3. Inanna. Wikipedia
  4. Ur. Wikipedia
  5. The Electronic Text Corpus of Sumerian Literature (ETCSL): hymns to Inana and the temple hymns. University of Oxford
  6. William W. Hallo, J. J. A. van Dijk, The Exaltation of Inanna. Yale University Press, 1968
  7. Annette Zgoll, Der Rechtsfall der En-ḫedu-Ana im Lied nin-me-šara. Ugarit-Verlag, 1997
  8. Jeremy Black, Graham Cunningham, Eleanor Robson, Gábor Zólyomi, The Literature of Ancient Sumer. Oxford University Press, 2004
  9. Sophus Helle, Enheduana: The Complete Poems of the World’s First Author. Yale University Press, 2023

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Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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