Guerre

Guerre des Gaules

Bellum Gallicum

58–51 av. J.-C. ·

En une phrase

La guerre des Gaules (58–50 av. J.-C.) désigne les campagnes au cours desquelles Jules César conquit la Gaule, une vaste région couvrant la France et la Belgique actuelles ainsi que des parties des pays voisins, au prix d’immenses pertes humaines. Elle s’acheva avec le siège d’Alésia et la reddition du chef gaulois Vercingétorix.

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Pour les jeunes lecteurs

Il y a plus de 2 000 ans, de nombreux peuples vivaient sur les terres qui forment aujourd’hui la France, la Belgique, la Suisse et une partie de l’Allemagne. Les Romains les appelaient les Gaulois. Ces peuples formaient plusieurs dizaines de groupes, chacun avec ses chefs. Beaucoup habitaient dans de grandes villes entourées de remparts, souvent sur des collines. Ils cultivaient la terre, travaillaient le métal et faisaient du commerce. Leurs prêtres s’appelaient les druides.

En 58 av. J.-C., Jules César, un homme politique et général romain, devint gouverneur des territoires romains proches de la Gaule. Il voulait devenir célèbre, riche et puissant. Il profita de disputes entre les peuples gaulois et du déplacement d’un de ces peuples, les Helvètes, pour faire entrer son armée en Gaule.

Pendant huit ans, César combattit les peuples gaulois les uns après les autres. Il construisit aussi un pont sur le Rhin en seulement dix jours et traversa deux fois la mer pour aller en Bretagne, l’île que nous appelons aujourd’hui Grande-Bretagne. De nombreuses villes gauloises furent détruites. Beaucoup de personnes furent tuées ou vendues comme esclaves.

En 52 av. J.-C., de nombreux Gaulois s’unirent enfin sous la conduite d’un jeune chef nommé Vercingétorix. Il remporta une bataille à Gergovie, mais César l’encercla ensuite dans la ville fortifiée d’Alésia. Les Romains construisirent deux longues lignes de défense : l’une pour empêcher les Gaulois de sortir, l’autre pour arrêter l’armée venue les aider. Cette armée échoua et Vercingétorix se rendit.

La Gaule entra dans le monde romain. Avec le temps, ses habitants se mirent à parler latin, une langue dont le français est issu. Nous connaissons surtout cette guerre grâce au livre écrit par César lui-même. Les historiens le lisent avec attention, car César voulait donner une bonne image de lui.

En bref

Dates
58–50 av. J.-C. (les principaux combats s’achevèrent en 51 av. J.-C.)
Lieu
La Gaule (France, Belgique, Luxembourg et Suisse actuels, ainsi que des parties des Pays-Bas et de l’Allemagne), avec des expéditions au-delà du Rhin et en Bretagne
Camps
La République romaine sous le commandement du proconsul Caius Julius Caesar, avec des alliés gaulois et germaniques, contre de nombreux peuples gaulois, belges, germaniques et bretons, qui se combattaient parfois entre eux
Personnages clés
Jules César, Titus Labiénus (Rome) ; Arioviste (Suèves) ; Ambiorix (Éburons) ; Vercingétorix (Arvernes) ; Commios (Atrébates)
Principaux événements
Campagne contre les Helvètes (58), bataille de la Sabis (57), guerre contre les Vénètes (56), pont sur le Rhin et expéditions en Bretagne (55–54), révolte d’Ambiorix (54–53), Avaricum, Gergovie et Alésia (52), Uxellodunum (51)
Résultat
Conquête romaine de la Gaule ; César acquit d’immenses richesses, une armée fidèle et un prestige qu’il utilisa dans la guerre civile de 49 av. J.-C.
Source principale
Les Commentarii de Bello Gallico de César (livres 1 à 7), complétés par un huitième livre écrit par son officier Aulus Hirtius

Facile

Qu’est-ce que la guerre des Gaules ?

La guerre des Gaules est une série de campagnes militaires menées entre 58 et 50 av. J.-C. par le proconsul romain Jules César contre les peuples de Gaule et certains de leurs voisins. Au début de la guerre, Rome contrôlait déjà la côte méditerranéenne du sud de la France (la province de Gaule narbonnaise) et le nord de l’Italie (la Gaule cisalpine). À la fin, toute la Gaule située entre les Pyrénées, les Alpes, l’Atlantique et le Rhin était passée sous domination romaine.

Il ne s’agissait pas d’une seule guerre contre un ennemi unique. La Gaule était divisée entre plusieurs dizaines de peuples indépendants, et César combattit souvent certains d’entre eux avec l’aide d’autres peuples gaulois. Ce n’est qu’en 52 av. J.-C. qu’une vaste coalition menée par Vercingétorix tenta de chasser les Romains.

La guerre des Gaules transforma l’Europe occidentale, fit de César l’homme le plus puissant de Rome et mena directement à la guerre civile qui mit fin à la République romaine. Elle donna aussi naissance à l’un des ouvrages les plus célèbres de la littérature latine : le récit de César lui-même, qui commence ainsi : « Toute la Gaule est divisée en trois parties. »

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Facile

La Gaule avant César

César décrivait la Gaule comme divisée en trois parties : les Belges habitaient le nord, les Aquitains le sud-ouest et ceux qui se nommaient eux-mêmes Celtes, mais que les Romains appelaient Gaulois, vivaient au centre. Cette présentation simplifiait la réalité. Il existait peut-être soixante peuples ou davantage (civitates), dont les Éduens, les Arvernes, les Séquanes et les Helvètes. Chacun possédait son territoire, ses chefs aristocratiques et ses assemblées. Les rivalités étaient fortes, notamment entre les Éduens d’une part et les Arvernes et les Séquanes d’autre part.

L’archéologie montre que la Gaule des IIe et Ier siècles av. J.-C. était loin d’être la terre sauvage dépeinte par les stéréotypes sur les « barbares ». De nombreux peuples habitaient de grandes villes fortifiées appelées oppida, comme Bibracte (sur le mont Beuvray) et Gergovie. On y trouvait des rues, des ateliers, des monnaies et des échanges commerciaux à longue distance. Les Gaulois importaient beaucoup de vin italien, et certains écrivaient leur langue avec des lettres grecques.

La vie religieuse gauloise était dirigée par les druides, un groupe instruit qui, selon César, remplissait les fonctions de prêtres, de juges et d’enseignants. La plupart des informations dont nous disposons sur eux viennent du livre 6 de César et d’auteurs grecs et romains plus tardifs : notre connaissance reste donc partielle.

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Intermédiaire

Les causes : les ambitions de César et la politique romaine

Consul en 59 av. J.-C., César obtint, grâce à son alliance avec Pompée et Crassus (le « premier triumvirat »), un commandement exceptionnel de cinq ans sur la Gaule cisalpine et l’Illyrie ; le Sénat y ajouta ensuite la Gaule transalpine. Sa carrière politique l’avait lourdement endetté. Une grande guerre pouvait lui procurer un butin pour rembourser ses dettes et récompenser ses partisans, une armée fidèle et la gloire nécessaire pour rivaliser avec Pompée.

L’occasion immédiate se présenta en 58 av. J.-C., lorsque les Helvètes, un peuple établi dans la Suisse actuelle, projetèrent de migrer vers l’ouest en traversant le territoire romain. César leur refusa le passage, puis les suivit sur le territoire des Éduens, alliés de Rome, et les vainquit près de Bibracte. Ensuite, à la demande de chefs gaulois, il se retourna contre Arioviste, roi germanique des Suèves installé à l’ouest du Rhin. Pourtant, le Sénat avait reconnu Arioviste comme « ami du peuple romain » l’année précédente, pendant le consulat de César.

Dans ses Commentaires, César présente chaque campagne comme une réaction défensive face à une menace contre Rome ou ses alliés. La plupart des historiens actuels estiment que ces justifications étaient en partie fondées et en partie élaborées pour les besoins de son récit. Ils s’accordent à dire que la conquête de toute la Gaule servait les ambitions politiques personnelles de César autant que la sécurité de Rome.

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Intermédiaire

Les combattants : l’armée de César et les peuples de Gaule

En 58 av. J.-C., César disposait d’abord de quatre légions. Il en leva rapidement deux autres et, en 52 av. J.-C., en commandait dix ou davantage, dont certaines recrutées de sa propre initiative en Gaule cisalpine. Une légion comptait en principe environ 5 000 fantassins lourdement équipés, même si ses effectifs étaient souvent inférieurs en campagne. Des troupes auxiliaires combattaient à leurs côtés : des archers numides et crétois, des frondeurs baléares et surtout des cavaliers fournis par les alliés gaulois puis, à partir de 52 av. J.-C., des cavaliers germains recrutés contre rémunération. Le principal lieutenant de César était Titus Labiénus, qui rejoignit plus tard Pompée pendant la guerre civile.

En face, il n’existait pas d’ennemi unique. Les peuples gaulois étaient dirigés par des aristocrates entourés de leurs hommes. Leur cavalerie était réputée ; leur infanterie combattait avec courage, mais il était plus difficile de maintenir sa cohésion pendant de longues campagnes. Certains peuples, comme les Rèmes dans le nord et les Éduens pendant la majeure partie de la guerre, étaient alliés à Rome et tiraient avantage des victoires de César sur leurs rivaux. À l’intérieur même des peuples, des factions s’opposaient sur la coopération avec Rome, et César plaçait ou soutenait souvent des chefs qui lui étaient favorables.

Cette complexité est essentielle pour comprendre la guerre. La conquête de César fut rendue possible en partie par les divisions entre Gaulois et par les soldats gaulois qui combattaient à ses côtés. La grande révolte de 52 av. J.-C. fut remarquable précisément parce qu’elle surmonta brièvement ces divisions.

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Intermédiaire

Le déroulement de la guerre, de 58 à 53 av. J.-C.

58 av. J.-C. : César vainquit les Helvètes et repoussa Arioviste au-delà du Rhin. Selon César, seuls environ 110 000 des 368 000 Helvètes rentrèrent chez eux ; les chercheurs actuels jugent ses chiffres très exagérés. 57 av. J.-C. : il mena campagne contre les peuples belges du nord. Près de la rivière Sabis (probablement la Sambre), les Nerviens surprirent son armée et faillirent l’anéantir avant que César ne rallie ses troupes. Après le siège de la ville des Aduatuques, César affirme avoir vendu 53 000 personnes comme esclaves.

56 av. J.-C. : les Vénètes de Bretagne, un peuple de marins, retinrent des officiers romains. César construisit une flotte, vainquit les Vénètes sur mer, fit exécuter les membres de leur conseil et vendit le reste de la population comme esclaves. Cette année-là, les alliés de César se réunirent à Lucques et organisèrent la prolongation de son commandement pour cinq ans. 55 av. J.-C. : lorsque deux peuples germaniques, les Usipètes et les Tenctères, franchirent le Rhin, César retint leurs envoyés pendant les négociations et attaqua leur camp, tuant des hommes, des femmes et des enfants. Il avance pour ces peuples le chiffre invraisemblablement élevé de 430 000 personnes. À Rome, Caton proposa de livrer César aux Germains pour avoir violé les règles de bonne foi. César construisit ensuite un pont sur le Rhin en dix jours pour montrer sa puissance, puis mena une brève expédition en Bretagne.

54 av. J.-C. : une seconde expédition, plus importante, en Bretagne contraignit le chef breton Cassivellaunos à livrer des otages et à promettre un tribut. L’hiver suivant, Ambiorix, chef des Éburons, persuada une garnison romaine de quitter son camp et la détruisit, tuant environ quinze cohortes. D’autres Gaulois assiégèrent le camp de Quintus Cicéron jusqu’à l’arrivée de César, qui le délivra. 53 av. J.-C. : en représailles, César dévasta le territoire des Éburons et invita les peuples voisins à le piller. Selon ses propres mots, il voulait effacer jusqu’à leur nom. Ambiorix s’échappa et ne fut jamais capturé.

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Intermédiaire

La grande révolte de 52 av. J.-C. : Avaricum, Gergovie et Alésia

Au début de 52 av. J.-C., alors que César se trouvait en Italie, des insurgés gaulois tuèrent des marchands romains à Cénabum (Orléans). Le jeune noble arverne Vercingétorix fut proclamé roi par ses partisans et forma une alliance entre de nombreux peuples gaulois. Sa stratégie consistait à éviter les batailles rangées, à brûler les fermes et les villes pour priver les Romains de nourriture, et à attaquer leurs lignes de ravitaillement.

Les Bituriges ne purent se résoudre à brûler Avaricum (Bourges), leur plus belle ville, et choisirent de la défendre. César l’assiégea et la prit d’assaut. Il affirme que, sur environ 40 000 personnes qui s’y trouvaient, à peine 800 s’échappèrent. Il attaqua ensuite Gergovie, le principal oppidum des Arvernes, mais son assaut échoua au prix de lourdes pertes : ce fut sa plus grave défaite personnelle en Gaule. Même les Éduens, les plus anciens alliés de Rome en Gaule, rejoignirent alors la révolte.

Vercingétorix se replia ensuite avec son armée dans Alésia, un oppidum situé sur une hauteur et appartenant aux Mandubiens. César l’encercla d’une ligne intérieure de fortifications d’environ 15 km et d’une ligne extérieure d’environ 20 km, tournée vers l’armée de secours. Pour économiser les vivres, les Mandubiens chassèrent leurs femmes, leurs enfants et leurs personnes âgées. César refusa de les laisser passer ; ils restèrent entre les lignes, où ils moururent probablement. Une grande armée gauloise de secours, que César évalue à 250 000 fantassins et 8 000 cavaliers (des chiffres mis en doute par les historiens actuels), attaqua de l’extérieur tandis que Vercingétorix attaquait de l’intérieur. Après plusieurs jours, les Romains repoussèrent les deux attaques. Vercingétorix se rendit.

César distribua les captifs à ses soldats comme esclaves, à raison d’un par homme, à l’exception des Éduens et des Arvernes, qu’il libéra pour regagner leur fidélité. Vercingétorix resta prisonnier pendant six ans. Il fut exhibé lors du triomphe de César à Rome en 46 av. J.-C., puis exécuté.

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Intermédiaire

La fin de la guerre et ses conséquences

La résistance se poursuivit en 51 av. J.-C. À Uxellodunum, dans le sud-ouest de la Gaule, César coupa l’approvisionnement en eau des défenseurs. Après leur reddition, selon le livre 8, il fit couper les mains de tous ceux qui avaient porté les armes, afin d’avertir les autres. En 50 av. J.-C., la Gaule était en grande partie pacifiée. En janvier 49 av. J.-C., César franchit le Rubicon avec son armée, déclenchant la guerre civile contre Pompée et le Sénat.

Pour la Gaule, les conséquences immédiates furent dévastatrices. Les auteurs antiques donnent des chiffres immenses : Plutarque affirme que César combattit trois millions de personnes, en tua un million et en réduisit un autre million en esclavage ; Pline l’Ancien estime à 1 192 000 le nombre de morts dans les guerres de César, sans compter les guerres civiles. Ces chiffres ne peuvent pas être vérifiés et sont probablement exagérés. Mais la destruction des villes, les massacres de communautés entières et les mises en esclavage massives décrits par César lui-même ne laissent aucun doute sur l’ampleur des pertes humaines. César imposa un tribut que Suétone évalue à quarante millions de sesterces par an.

À long terme, la Gaule devint l’une des régions les plus importantes de l’Empire romain. Sous Auguste, elle fut organisée en provinces. Des villes comme Lugdunum (Lyon) devinrent des centres de l’administration romaine. Des aristocrates gaulois obtinrent la citoyenneté romaine et, sous l’empereur Claude, certains entrèrent au Sénat romain. Le latin remplaça peu à peu la langue gauloise ; le français et d’autres langues romanes en sont issus. Pour Rome, la conquête déplaça le centre de gravité de l’empire vers l’Europe occidentale et septentrionale.

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Intermédiaire

La mémoire de César, de Vercingétorix et de « nos ancêtres les Gaulois »

Pour les Romains, puis pendant des siècles pour les élites européennes, la guerre des Gaules fut avant tout l’exploit de César. Son récit était lu comme un modèle de commandement militaire et de prose latine claire. Des générations d’écoliers apprirent le latin dans les Commentaires, souvent sans réfléchir au point de vue gaulois.

Dans la France du XIXe siècle, des historiens comme Amédée Thierry firent des Gaulois les ancêtres de la nation, et Vercingétorix devint un symbole de résistance à la conquête étrangère. L’empereur Napoléon III finança des fouilles à Alise-Sainte-Reine dans les années 1860, écrivit une histoire de Jules César et y fit ériger en 1865 une statue colossale de Vercingétorix. Après la défaite contre la Prusse en 1870–1871, Vercingétorix incarna la défaite héroïque et l’espoir d’une revanche. Les manuels scolaires de la Troisième République parlaient de « nos ancêtres les Gaulois », formule enseignée plus tard jusque dans les colonies d’Afrique et d’Asie. La bande dessinée Astérix, créée en 1959, transforma ce thème en une histoire pleine d’humour.

D’autres pays entretiennent leurs propres souvenirs. En Belgique, la remarque de César selon laquelle les Belges étaient les plus braves des Gaulois, ainsi que la figure d’Ambiorix, dont la statue se dresse à Tongres depuis 1866, entrèrent dans l’identité nationale. En Grande-Bretagne, les expéditions de César sont souvent considérées comme le début de l’histoire écrite de l’île. Aujourd’hui, des chercheurs et des musées, comme le MuséoParc Alésia et le centre archéologique de Bibracte, présentent de plus en plus la guerre du point de vue des Gaulois autant que de celui des Romains. De nombreux historiens la décrivent désormais ouvertement comme une guerre de conquête marquée par des violences de masse.

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Avancé

Les sources : les Commentaires de César et leurs limites

La principale source est l’ouvrage de César, les Commentarii de Bello Gallico, composé de sept livres couvrant chacun une année de 58 à 52 av. J.-C. Il est écrit à la troisième personne dans un style simple et apparemment objectif. Cicéron en loua la sobriété, la droiture et l’élégance. Le livre 8, consacré aux années 51–50 av. J.-C., fut ajouté après la mort de César par son officier Aulus Hirtius. Les chercheurs débattent encore pour savoir si César envoya à Rome des rapports année après année, rassemblés ensuite, ou s’il écrivit rapidement l’ensemble de l’ouvrage en 52–51 av. J.-C. Dans les deux cas, il cherchait à influencer l’opinion romaine pendant son absence.

Le récit de César est indispensable, mais il sert aussi ses intérêts. Il justifie chacune de ses campagnes, souligne les dangers ainsi que sa propre rapidité et sa clémence, attribue les défaites à ses subordonnés et donne souvent pour ses ennemis des effectifs invraisemblablement élevés. Dès l’Antiquité, selon Suétone, Asinius Pollion estimait que les Commentaires avaient été écrits sans grand souci d’exactitude. Les passages décrivant les peuples gaulois, germaniques et bretons, surtout dans les livres 5 et 6, sont précieux, mais ils portent la marque de la tradition ethnographique grecque et des objectifs de César.

Les autres sources sont plus tardives et reprennent en partie des récits antérieurs : la Vie de César de Plutarque, Suétone, Appien (dont le texte est fragmentaire), Dion Cassius et quelques passages des lettres de Cicéron, dont certaines furent écrites par son frère Quintus, qui servit en Gaule. Aucun récit écrit par un Gaulois ne nous est parvenu. Pour retrouver le point de vue gaulois, les historiens s’appuient sur l’archéologie, sur les monnaies frappées par des chefs gaulois, dont Vercingétorix, et sur une lecture critique du texte de César.

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Avancé

L’archéologie et les débats historiographiques

Localiser les batailles est depuis longtemps un objectif des chercheurs. Les fouilles menées sous Napoléon III à Alise-Sainte-Reine mirent au jour des fossés, des armes et des monnaies, mais l’identification du site à Alésia fut contestée pendant plus d’un siècle. D’autres lieux furent proposés, notamment Chaux-des-Crotenay, dans le Jura. Des fouilles franco-allemandes menées de 1991 à 1997 confirmèrent la présence des fortifications romaines du siège à Alise-Sainte-Reine, convainquant la plupart des spécialistes, tout en montrant que la description de César était simplifiée. Gergovie a été située sur un plateau près de Clermont-Ferrand. Uxellodunum est généralement identifié au Puy d’Issolud, où l’on a trouvé de nombreuses pointes de flèche romaines et des traces des galeries creusées pour couper l’alimentation de la source.

L’ampleur des violences fait l’objet d’un débat important. Certains historiens ont qualifié de génocidaires les actions de César contre les Usipètes et les Tenctères ou contre les Éburons, peuple que César dit lui-même avoir voulu anéantir. D’autres appellent à la prudence avant d’appliquer des catégories juridiques modernes aux guerres antiques ou de se fier aux chiffres exagérés de César. Des découvertes archéologiques récentes ont apporté de nouveaux éléments à cette discussion. En 2015, la découverte de restes humains en grand nombre près de Kessel, aux Pays-Bas, fut ainsi présentée par les archéologues responsables des fouilles comme une trace du massacre de 55 av. J.-C., même si cette identification reste débattue.

Un autre débat porte sur la société gauloise et les effets de la conquête. Selon des conceptions anciennes, les Romains auraient apporté la civilisation à des « barbares ». L’archéologie des oppida révèle au contraire une société déjà engagée dans le développement des villes et des structures politiques, et étroitement liée à l’économie méditerranéenne. Les historiens cherchent aujourd’hui à comprendre comment les élites gauloises négocièrent avec le pouvoir romain, dans quelle mesure la culture gauloise survécut sous Rome et jusqu’à quel point l’image d’une « Gaule » unie fut créée par le récit de César.

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Batailles (21)

  1. bataille de Magetobriga63 av. J.-C.
  2. bataille de Bibracte58 av. J.-C.
  3. bataille de l'Arar58 av. J.-C.
  4. bataille de l'Ochsenfeld58 av. J.-C.
  5. bataille de Cavillonum58 av. J.-C.
  6. bataille du Sabis57 av. J.-C.
  7. bataille de l'Aisne57 av. J.-C.
  8. bataille d'Octodure57–56 av. J.-C.
  9. siège des Atuatucis57 av. J.-C.
  10. expédition de Jules César en Bretagne56 av. J.-C.
  11. guerre des Vénètes56 av. J.-C.
  12. bataille de Vernix56 av. J.-C.
  13. bataille d'Aduatuca54 av. J.-C.
  14. siège de Namur54 av. J.-C.
  15. siège d'Alésia52 av. J.-C.
  16. siège de Gergovie52 av. J.-C.
  17. Avaricum52 av. J.-C.
  18. bataille de Lutèce52 av. J.-C.
  19. siège d'Avaricum52 av. J.-C.
  20. Battle of Vingeanne52 av. J.-C.
  21. siège d'Uxellodunum51 av. J.-C.

Idées clés

La conquête au service du pouvoir personnel
Les campagnes de César servirent sa carrière politique à Rome autant qu’elles répondaient à une menace contre la ville : elles lui procurèrent des richesses, des soldats et de la gloire.
Diviser pour régner
César exploita les rivalités entre les peuples gaulois et combattit certains d’entre eux avec l’aide d’autres peuples.
Les oppida
Ces grandes villes gauloises fortifiées montrent que la Gaule s’urbanisait déjà avant la conquête romaine.
La guerre de siège
Les travaux des ingénieurs romains, du pont sur le Rhin à la double ligne de fortifications d’Alésia, jouèrent un rôle décisif.
La politique de la terre brûlée
Vercingétorix fit détruire les réserves de nourriture pour affamer l’armée romaine plutôt que de l’affronter en bataille rangée.
Les violences de masse et l’esclavage
Les massacres et la vente de populations entières comme esclaves faisaient partie des méthodes de César, comme le montre son propre récit.
La mise en valeur de sa propre image
Les Commentaires sont un texte politique destiné à influencer la façon dont les Romains voyaient César ; ils doivent être lus avec un regard critique.

Notices

  1. 59 av. J.-C. — César est consul et reçoit un commandement de cinq ans dans les provinces gauloises (59 av. J.-C.).
  2. 58 av. J.-C. — César vainc les Helvètes près de Bibracte et repousse Arioviste au-delà du Rhin (58 av. J.-C.).
  3. 57 av. J.-C. — Campagne contre les Belges ; César échappe de peu à une défaite et remporte la bataille de la Sabis (57 av. J.-C.).
  4. 56 av. J.-C. — Guerre contre les Vénètes ; la réunion de Lucques prolonge le commandement de César (56 av. J.-C.).
  5. 55 av. J.-C. — Massacre des Usipètes et des Tenctères ; pont sur le Rhin ; première expédition en Bretagne (55 av. J.-C.).
  6. 54 av. J.-C. — Seconde expédition en Bretagne ; Ambiorix détruit une garnison romaine (54 av. J.-C.).
  7. 53 av. J.-C. — César dévaste le territoire des Éburons (53 av. J.-C.).
  8. 52 av. J.-C. — Révolte de Vercingétorix : Avaricum, Gergovie et siège d’Alésia (52 av. J.-C.).
  9. 51 av. J.-C. — Siège d’Uxellodunum ; dernière résistance majeure (51 av. J.-C.).
  10. 49 av. J.-C. — César franchit le Rubicon et déclenche la guerre civile (49 av. J.-C.).
  11. 46 av. J.-C. — Vercingétorix est exhibé lors du triomphe de César, puis exécuté (46 av. J.-C.).
  12. 1865 — Napoléon III fait ériger la statue de Vercingétorix à Alise-Sainte-Reine.

Glossaire

Gaule (Gallia)
Nom donné par les Romains aux terres habitées par les Gaulois, principalement la France et la Belgique actuelles ainsi que des régions voisines, mais aussi le nord de l’Italie (Gaule cisalpine).
Proconsul
Ancien consul chargé de gouverner une province et d’en commander l’armée.
Civitas
Terme romain désignant un peuple ou une communauté politique gauloise, comme les Éduens ou les Arvernes.
Oppidum
Grande agglomération fortifiée de la fin de l’âge du fer, présente en Gaule et en Europe centrale.
Druides
Membres d’un groupe instruit de la société gauloise exerçant les fonctions de prêtres, de juges et d’enseignants.
Légion
Principale unité de l’armée romaine, comptant en principe environ 4 800 à 5 000 fantassins lourdement équipés, répartis en dix cohortes.
Circonvallation
Ligne de fortifications entourant une place assiégée ; à Alésia, elle était doublée d’une ligne tournée vers l’extérieur (contrevallation).
Commentaires
« Notes » ou « mémoires » ; nom des récits de guerre de César, écrits à la troisième personne.
Triomphe
Défilé de victoire romain à travers la ville, au cours duquel étaient exhibés les prisonniers et le butin.
Premier triumvirat
Alliance politique informelle conclue entre César, Pompée et Crassus vers 60–59 av. J.-C.

Questions et réponses

Pourquoi César a-t-il envahi la Gaule ?

Il affirmait protéger Rome et ses alliés contre des migrations et des invasions dangereuses. Les historiens s’accordent à dire qu’il avait aussi besoin d’argent pour rembourser ses dettes, d’une armée fidèle et de gloire pour rivaliser avec Pompée.

Qui était Vercingétorix ?

C’était un jeune noble arverne qui unit de nombreux peuples gaulois contre Rome en 52 av. J.-C. Il remporta une victoire à Gergovie, mais fut encerclé à Alésia et se rendit. Il fut exécuté à Rome six ans plus tard.

Combien de personnes sont mortes pendant la guerre des Gaules ?

Des auteurs antiques parlent d’environ un million de morts et d’un million de personnes réduites en esclavage. Ces chiffres sont invérifiables et probablement exagérés, mais les historiens s’accordent sur l’ampleur immense des pertes.

César est-il vraiment allé en Bretagne ?

Oui, à deux reprises, en 55 et 54 av. J.-C. Il remporta des combats, reçut des otages et obtint des promesses de tribut, mais ne conquit pas l’île. La conquête romaine commença sous l’empereur Claude, en 43 apr. J.-C.

Peut-on faire confiance au livre de César ?

C’est notre source la plus détaillée, écrite par un témoin direct, mais César s’en servait aussi pour défendre son image politique. Les historiens la confrontent à l’archéologie et aux autres auteurs, et examinent attentivement ce qu’elle passe sous silence.

Où se trouvait Alésia ?

La plupart des spécialistes la situent sur le mont Auxois, à Alise-Sainte-Reine, en Bourgogne. Des fouilles menées dans les années 1860 et 1990 y ont révélé des fortifications romaines du siège. Quelques chercheurs défendent encore d’autres sites.

Pourquoi les Français appellent-ils les Gaulois leurs ancêtres ?

Au XIXe siècle, les historiens et les manuels scolaires français firent des Gaulois et de Vercingétorix des symboles de la nation. Les historiens actuels y voient une construction du récit national, car la population de la France a des origines diverses.

Sources et lectures complémentaires

  1. Caesar, The Gallic War (trans. W. A. McDevitte and W. S. Bohn, 1869). Perseus Digital Library, Tufts University
  2. Gallic Wars. Wikipedia
  3. Guerre des Gaules. Wikipédia
  4. Commentarii de Bello Gallico. Wikipedia
  5. Vercingetorix. Wikipedia
  6. Battle of Alesia. Wikipedia
  7. Gauls. Wikipedia
  8. Bibracte. Wikipedia
  9. Adrian Goldsworthy, Caesar: Life of a Colossus. Yale University Press, 2006
  10. Kurt A. Raaflaub (ed.), The Landmark Julius Caesar. Pantheon Books, 2017

À découvrir aussi

Rédigé avec l’aide de l’IA à partir des sources publiées ci-dessus et révisé au fil des nouvelles recherches.

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